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Dans le rouge

31 août 2020

Dans le rougeLes auteur.es du livre Dans le rouge – L’endettement des ménages québécois sous la direction de Sébastien Rioux, montrent que l’endettement «est un phénomène systémique du capitalisme financiarisé qui vient supporter la croissance économique dans un contexte caractérisé par l’érosion de la santé financière des travailleur·euses» et qu’il «représente un puissant outil de contrôle social engendrant de nouveaux rapports de dépendance».

Introduction : Sébastien Rioux présente une foule de données (pas toutes nuancées) pour montrer la dégradation de la situation financière des ménages et la hausse de leur endettement, puis les commente. Il résume ensuite brièvement le contenu des textes qui suivent.

1. Endettement – les ménages dans le tordeur de la finance : Julia Posca décrit l’évolution de l’endettement des ménages au Québec depuis les débuts du XXe siècle et montre que son portrait actuel est le reflet de la logique économique, des transformations récentes du capitalisme et de la tendance à la surconsommation. Elle analyse ce portrait en détail, dont l’importance relative de ses composants (prêts hypothécaires, automobiles, de cartes de crédit, aux étudiant.es et autres) et son niveau selon les groupes d’âge et le quintile de revenus. Puis, elle présente quelques initiatives mises sur pied avec le postulat que les consommateur.trices sont les premier.ères responsables de leur endettement, mais souligne que ces initiatives n’abordent pas le rôle du système capitaliste et particulièrement du système financier qui incitent à la surconsommation. Elle conclut en proposant une solution à cette situation.

2. Les structures de l’endettement : Sébastien Rioux lie le phénomène de l’endettement à «l’éclatement du compromis fordiste». Pour illustrer ce lien, l’auteur présente de nombreuses données, notamment sur l’évolution des salaires, des revenus des ménages, des inégalités, du taux d’emploi et de l’adhésion à un régime de retraite (données éloquentes, même si pas toujours présentées avec les nuances qui s’imposeraient). Il poursuit en montrant que le rôle de l’État a été détourné à l’avantage des entreprises et des plus riches.

3. Distribution du revenu et endettement des ménages au Québec : Mathieu Dufour fait le lien entre la croissance de l’endettement des ménages au Québec et la hausse des inégalités. Pour ce, il présente l’évolution des revenus des travailleur.euses et des dynamiques de pouvoir entre les employeurs et les travailleur.euses. Il conclut en analysant une série de mesures pour mettre fin au cercle vicieux entre l’endettement et les inégalités, tout en permettant une transition économique et écologique.

Les données sont mieux nuancées ici que dans le premier chapitre, mais pas suffisamment à mon goût, notamment en faisant commencer une série de données sensibles aux récessions en 1981, année de récession, et dans l’estimation de la part des revenus gagnés par le 1 % le plus riche (voir le calcul des revenus ajustés du 1 % le plus riche dans ce billet); notons que ce manque de nuances n’influence pas l’analyse, excellente, mais modifie l’ampleur des tendances présentées.

4. La dette du Québec – les zombies au service de la financiarisation : Philippe Hurteau s’attaque à un zombie économique classique, la dette du Québec et son supposé impact sur les générations futures. Pour ce, il retrace les nombreuses résurrections de ce zombie depuis les années 1970, présente les principaux officiants de ces renaissances et contredit leurs arguments en commentant l’évolution depuis 2000 du service de la dette et des dettes brute, nette et représentant des déficits cumulés. Il conteste ensuite la pertinence des objectifs officiels du Fonds des générations.

5. Crédit hypothécaire et croissance immobilière au Canada : Louis Gaudreau retrace l’historique et l’évolution de l’utilisation des prêts hypothécaires qui atteint des niveaux très élevés de nos jours, et analyse les conséquences de cette situation, notamment sur la baisse de l’accessibilité de la propriété et sur la hausse des loyers. Il aborde ensuite :

  • l’attrait de la propriété individuelle, son impact sur la consommation de biens complémentaires et son rôle comme véhicule d’investissement;
  • la place des prêts hypothécaires dans les profits des entreprises financières;
  • les politiques et les interventions des gouvernements en matière de logement et d’appui aux prêts hypothécaires.

L’auteur conclut en proposant de démarchandiser la propriété résidentielle et, en attendant que ce soit possible de le faire, de mieux réglementer le marché de l’habitation (je résume outrancièrement).

6. L’endettement étudiant et les institutions financières au Québec : Charles Guay-Boutet présente l’historique des droits de scolarité, de l’Aide financière aux études (AFE) et de l’endettement étudiant au Québec. Il souligne notamment le préjugé favorable aux institutions financières des gouvernements qui ont créé l’AFE,

7. Le panoptique financier – le contrôle social par la normalisation de la dette : Le titre de ce chapitre de Patrick Ducharme décrit bien son objectif. Pour démontrer la présence et la nature de ce contrôle, l’auteur aborde :

  • la surveillance des consommateur.trices par les établissements bancaires, notamment par l’accumulation de données personnelles;
  • la normalisation de la dette, notamment par les pénalités imposées aux mauvais.es payeur.euses;
  • l’examen des endetté.es, par l’enquête de crédit (ou la notation).

L’auteur conclut en s’interrogeant sur la notion de la valeur dans notre société et en souhaitant son changement.

Conclusion : Sébastien Rioux propose une série de mesures pour mettre fin à la spirale de l’endettement. Ces mesures s’appliqueraient de la sortie des études à la retraite en passant par la période active sur le marché du travail. Il conclut que :

«les vraies utopistes ne sont pas les personnes qui travaillent à l’avènement d’un mode de production plus juste, économiquement démocratique et écologiquement durable, mais celles qui persistent à prétendre que le système actuel a un avenir.»

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Malgré les lacunes que j’ai soulevées dans la présentation des données de quelques chapitres (et quelques autres que je n’ai pas commentées), ce livre a la grande qualité de faire réfléchir en présentant la question de l’endettement sous différents angles, tous pertinents et complémentaires aux autres. J’ai aussi déploré que les données datent souvent de quelques années alors que des données plus récentes sont disponibles, mais cela changerait peu de choses aux constats principaux. Les textes sont en général faciles à lire et s’emboîtent bien. On passe en effet d’un chapitre à l’autre sans cassure, ce qui est souvent le cas des livres écrits par plusieurs auteur.es (ici sept). Autre bon point, les notes sont en bas de page!

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