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Retour sur le marché du travail de juin 2020

3 septembre 2020

Retour sur le marché du travail de juin 2020Dans ma série de billets sur les estimations de l’emploi de l’Enquête sur la population active (EPA), j’ai souligné à quelques reprises qu’il fallait prendre les variations d’emploi avec des pincettes en raison de leurs marges d’erreur importantes. Comme je l’ai fait pour les données de mars à mai je reviens donc sur les estimations de l’emploi globales et par industrie de l’EPA en les comparant avec les données de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) qui ont été mises à jour jeudi dernier. Je pourrai ainsi comparer les baisses d’emploi globales et par industrie selon ces deux sources, et montrer quels sous-secteurs des industries ont subi les pertes les plus importantes et lesquels n’en ont pas subi.

En effet, alors que les estimations de l’EPA sont sujettes à d’importantes marges d’erreur, surtout pour les données désagrégées comme celles sur l’emploi par industrie, les données de l’EERH n’ont pas de marge d’erreur, car elles proviennent d’un recensement des salarié.es de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye. Pour cette raison, l’EPA ne fournit des estimations que pour 19 niveaux de désagrégation industrielle, tandis que l’EERH en publie pour 398! Par contre, l’EERH ne comptabilise pas les travailleur.euses autonomes, les salarié.es du secteur de l’agriculture (et de quelques autres secteurs qui comptent moins d’employé.es), les grévistes, les personnes en lock-out et celles en congé sans solde, alors que l’EPA le fait. Autre différence, l’EERH compile tous les emplois alors que l’EPA ne calcule qu’une seule personne si elle occupe deux emplois. Le plus grand défaut des données de l’EERH est qu’elles ne sont publiées que près de deux mois après celles de l’EPA et carrément deux mois après les faits.

Données industrielles

Le tableau qui suit, basé sur le contenu des tableaux 14-10-0223-01 et 14-10-0355-01 de Statistique Canada, compare l’évolution des données désaisonnalisées sur l’emploi de février à juin 2020 selon l’EPA et l’EERH, et souligne les différences entre ces données.

Retour sur le marché du travail de juin 2020_1_Québec_industries

Notons que ces différences peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs. Par exemple, la différence de plus de 560 000 emplois entre les estimations de l’EPA en février 2020 (4 384 500) et les données de l’EERH (3 815 175) s’explique surtout par le fait que les données de l’EERH ne couvrent que les salarié.es non agricoles et donc pas les travailleur.euses autonomes et les salarié.es du secteur de l’agriculture. La différence plus grande en juin (de 775 000 emplois) est due au fait que beaucoup plus de personnes sans rémunération de la part de l’employeur ont été considérées en emploi par l’EPA, mais pas par l’EERH, en raison de leur absence du travail pour une période prolongée sans rémunération, l’équivalent d’un congé sans solde. Ainsi, alors que le nombre de salarié.es selon l’EERH et d’employé.es selon l’EPA était presque identique en février avec un écart de 3000 emplois ou de moins de 0,1 % en faveur de l’EERH, cet écart favorisait en juin l’EPA de 246 000 emplois ou de 7,5 %!

Ces facteurs jouent aussi un rôle dans la différence du pourcentage de la baisse de l’emploi entre février et juin entre les estimations de l’EPA (-7,8 %) et les données de l’EERH (-14,6 %). On peut en effet voir dans le tableau ci-Retour sur le marché du travail de juin 2020_2_catégoriescontre tiré des estimations de l’EPA (voir le tableau 14-10-0288-01) que si l’emploi global a baissé de 7,8 %, cette baisse fut de 8,1 % pour les employé.es (9,6 % et 11,0 % respectivement dans le reste du Canada). J’ai aussi indiqué dans ce tableau pour information les baisses de l’emploi chez les employé.es des secteurs public (3,6 % au Québec et 4,6 % dans le reste du Canada) et privé (9,6 % au Québec et 12,9 % dans le reste du Canada), et celles, moins élevées, chez les travailleur.euses autonomes (6,0 % au Québec et 2,3 % dans le reste du Canada). Notons que, lors de récessions, la baisse d’activités autonomes se traduit plus souvent par une baisse des heures travaillées et des revenus que par des pertes d’emplois, les travailleur.euses autonomes n’abandonnant pas leur emploi pour une baisse d’activités qu’ils et elles jugent temporaire.

Ce facteur n’explique toutefois que 0,3 point de pourcentage sur les 6,4 points de l’écart entre la baisse de l’emploi entre février et juin selon les estimations de l’EPA (-7,8 %) et les données de l’EERH (-14,6 %). Il est donc clair que d’autres facteurs ont joué. On pourrait penser à la marge d’erreur des estimations de l’EPA et à la différence de semaine de référence, soit du 14 au 16 juin pour l’EPA et du 21 au 27 juin pour l’EERH. Mais ce serait étonnant que ces facteurs aient pu avoir un impact suffisant pour expliquer les 6,1 points d’écart restant, d’autant plus que les décisions de réouverture prises entre les deux semaines de référence (dont celle des restaurants et des centres commerciaux de la région de Montréal) ont eu un impact à la hausse sur l’emploi, pas à la baisse! Il semble donc clair que cet écart restant (6,1 points de pourcentage) est dû en premier lieu au facteur mentionné auparavant, soit qu’un nombre élevé de personnes sans rémunération ont été considérées en emploi par l’EPA, mais pas par l’EERH (nombre qu’on peut estimer à environ 250 000 personnes).

Par ailleurs, la présence des travailleur.euses autonomes dans les estimations de l’EPA peut fausser les comparaisons de l’évolution de l’emploi par industrie (comme dans la construction et dans les autres services où entre 20 % et 30 % des travailleur.euses sont autonomes). Cela dit, malgré ce facteur et la différence du concept d’emploi dans les deux enquêtes, seulement cinq industries (toutes dans le secteur des services) présentent des écarts de plus de six points de pourcentage entre les baisses d’emploi selon les deux enquêtes, soit :

  • les services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien, avec une hausse de 1,1 % selon l’EPA et une baisse de 18,1 % selon l’EERH;
  • les services d’hébergement et de restauration, baisses de 38,8 % et de 54,8 %;
  • les services d’enseignement, baisses de 3,2 % et de 14,6 %;
  • le commerce de gros et de détail, baisses de 4,1 % et de 22,9 %;
  • l’information, culture et loisirs, baisses de 18,4 % et de 28,5 %.

Notons aussi qu’un autre facteur peut expliquer l’écart de volume d’emploi par industrie entre ces deux sources. En effet, alors que, pour l’EERH, l’industrie à laquelle appartient un employeur est déterminée par son attribution par l’Agence du revenu du Canada (ARC) lors de son enregistrement, cette industrie est attribuée en fonction des réponses des personnes interrogées pour l’EPA.

J’ai aussi produit un tableau semblable pour le reste du Canada. On peut y voir que les différences de niveaux de croissance globale et par industrie selon les deux enquêtes y sont de la même ampleur que pour le Québec.

Retour sur le marché du travail de juin 2020_3_Canada_industries

Les données par sous-secteurs de quelques industries

Comme mentionné en amorce, je visais entre autres par cette série de billets à vérifier quels sous-secteurs des industries avaient subi les pertes d’emploi les plus importantes et lesquelles n’en ont pas subies. Pour ce faire, j’ai toutefois dû utiliser un tableau contenant des données non désaisonnalisées, car il fournit des données pour 398 niveaux de désagrégation industrielle au lieu de 26 pour celui que j’ai utilisé pour les tableaux précédents en données désaisonnalisées. Le fait que ces données ne soient pas désaisonnalisées explique que les taux de baisses d’emplois que je présenterai dans cette section ne correspondent pas à ceux du premier tableau. Pour tenir compte des variations saisonnières, je présenterai aussi lorsque pertinent les variations d’emploi entre juin 2019 et juin 2020.

– Construction

Retour sur le marché du travail de juin 2020_4_constructionComme la différence entre la variation d’emploi en données désaisonnalisées (-7,9 %) et en données non désaisonnalisées (+11,9 %) est importante en raison de la reprise normale de l’emploi dans la construction en juin, le tableau ci-contre montre la variation de l’emploi entre juin 2019 et juin 2020 plutôt qu’entre février et juin 2020. On peut d’ailleurs voir que l’emploi a baissé de 5,2 % entre ces mois, baisse semblable à celle en données désaisonnalisées entre février et juin 2020 (-7,9 %). On peut voir que les variations de l’emploi furent très différentes d’un sous-secteur à l’autre. La baisse la plus importante en pourcentage, et de loin, a été observée dans la construction d’installations de services publics (aqueducs, égouts, lignes électriques et autres, -28,0 % ou 2400 emplois), et celle en nombre chez les entrepreneurs en installation d’équipements techniques (électricité, plomberie et autres, 4100 emplois ou -7,6 %), suivis par la construction résidentielle (2800 emplois ou -8,1 %). Un seul sous-secteur a connu une hausse d’emploi, mais une hausse de près de 24 % (près de 1300), soit les autres travaux de génie civil (71 types de travaux différents).

– Fabrication

Dans la fabrication (industrie qu’on appelle aussi secteur manufacturier), la baisse du nombre d’emplois entre février et juin en données non désaisonnalisées fut de 6,5 %, plutôt que de 10,0 % en données désaisonnalisées, de 7,1 % selon les estimations de l’EPA et de 10,1 % en données non désaisonnalisées entre juin 2019 et juin 2020. Un seul sous-secteur a connu une hausse d’emploi entre février et juin, soit celui de la fabrication de produits minéraux non métalliques (11,0 % ou près de 1500 emplois), mais a quand même perdu 2,9 % de ses emplois (ou 440) entre les deux mois de juin. Les baisses les plus importantes entre février et juin furent dans la fabrication de vêtements (21 % et 24 % entre les deux mois de juin), l’impression (17 % et 23 %), la fabrication de meubles (14 % et 18 %) et les activités diverses de fabrication (12 % et 17 %), tandis que les plus faibles furent dans la fabrication de produits informatiques et électroniques (moins de 1 % dans les deux cas), la fabrication du papier (1 %, mais de 18 % depuis juin 2019) et la première transformation des métaux (2 %, mais en hausse de 2 % depuis juin 2019).

– Commerce de gros et de détail

Retour sur le marché du travail de juin 2020_5_commerceL’emploi non désaisonnalisé du commerce de gros a diminué de 10,8 % entre février et juin (ou de 19 400 emplois) et de 12,8 % entre juin 2019 et juin 2020 (23 500 emplois). Si l’emploi a augmenté de 10 % entre février et juin chez les grossistes-marchands de produits agricoles, cette hausse ne fut que de 2 % entre les deux mois de juin. Tous les autres sous-secteurs ont connu une baisse, que ce soit entre février et juin ou entre les deux mois de juin, ces baisses allant de 8 à 19 % dans les deux cas, mais pas dans les mêmes sous-secteurs.

Dans le commerce de détail, la baisse fut de 12,1 % entre février et juin (ou de 53 400 emplois) et de 14,8 % entre juin 2019 et juin 2020 (68 000 emplois). Entre les variations des deux périodes (février à juin et juin à juin), il n’y a que chez les marchands de matériaux de construction et de matériel et fournitures de jardinage (hausse de 14 % et baisse de 5 %), les détaillants hors magasins (baisse de 9 % et hausse de 2 %), les concessionnaires de véhicules et de pièces automobiles (baisses de 7 % et de 14 %) et les magasins de détail divers (baisses de 16 % et de 23 %) qu’on observe des écarts de plus de cinq points de pourcentage. La baisse de loin la plus forte s’est observée dans les magasins de vêtements et d’accessoires vestimentaires (plus de 40 % dans les deux cas). L’emploi a aussi baissé de plus de 20 % dans les deux cas (mais de moins de 30 %) dans les magasins d’articles de sport, d’articles de passe-temps, d’articles de musique et de livres, dans les magasins de meubles et d’accessoires de maison et dans les magasins d’appareils électroniques et ménagers.

– Transport

Retour sur le marché du travail de juin 2020_6_transportL’emploi non désaisonnalisé du transport a diminué de 10,6 % entre février et juin (ou de 17 600 emplois), soit un peu moins qu’en données désaisonnalisées (13,0 %). D’ailleurs, cette baisse fut de 12,3 % entre juin 2019 et juin 2020. La baisse de loin la plus forte s’est observée dans le transport en commun et transport terrestre de voyageurs (25 % ou 24 % entre les deux mois de juin). Si l’emploi a baissé de 15 % entre février et juin dans le transport aérien, cette baisse ne fut que de 5 % entre juin 2019 et juin 2020, baisse que j’aurais pensée bien plus importante. À l’inverse, l’emploi a baissé de 6,5 % dans le transport ferroviaire entre février et juin, mais de 14 % entre les deux mois de juin.

– Services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien

Retour sur le marché du travail de juin 2020_7_entreprises_bâtiment_soutienCette industrie a connu une baisse de l’emploi désaisonnalisé de 18,1 % entre février et juin alors que les estimations de l’EPA montrent une hausse de 1,1 %. En données non désaisonnalisées, l’emploi y a baissé de 11,9 % entre février et juin, mais de 15,8 % entre juin 2019 et juin 2020. Près de 45 % de la baisse entre février et juin vient des services d’emploi (baisse de 22,3 % ou de 8900 emplois). L’emploi a aussi baissé d’au moins 20 % entre février et juin et entre les deux mois de juin dans les services de préparation de voyages et de réservation (27 % et 24 %), la collecte des déchets (20 % dans les deux cas) et les services de soutien aux entreprises (20 % et 24 %). Le sous-secteur des services relatifs aux bâtiments et aux logements est le plus saisonnier, sûrement en raison de la présence dans ce sous-secteur des services d’aménagement paysager, avec une baisse de 5 % entre février et juin, mais de 16 % entre juin 2019 et juin 2020.

– Services d’enseignement

Depuis mon premier billet sur les conséquences de la COVID-19 sur le marché du travail, je me gratte la tête au sujet des estimations de l’emploi de l’EPA dans les services d’enseignement. Mais, j’ai cessé de me poser des questions, surtout que la baisse en données désaisonnalisées est rendue plus élevée dans les données de l’EERH (14,6 %) que dans les estimations de l’EPA (3,2 %).

Retour sur le marché du travail de juin 2020_8_enseignementTrois des quatre baisses supérieures à 20 % entre février et juin s’observent dans les sous-secteurs qui ne font pas partie de l’éducation primaire, secondaire, collégiale ou universitaire. Ces baisses ont en effet varié de 14 % (écoles techniques et écoles de métiers) à 50 % (autres établissements d’enseignement et de formation). Ces baisses ne peuvent toutefois pas influencer beaucoup l’évolution de l’emploi dans cette industrie, en raison du faible volume d’emploi dans ces sous-secteurs (5 % de l’emploi en février et 13 % de la baisse totale entre février et juin). En fait, près de 50 % de la baisse de l’emploi dans ce secteur provient de celle observée dans les écoles primaires et secondaires (14,4 %, mais de 29 400 emplois), probablement des enseignant.es suppléant.es et d’autres employé.es non permanent.es. Notons que la forte baisse dans les universités (23 %, pour 19 000 emplois, soit un peu plus de 30 % de la baisse totale du secteur) est en majeure partie saisonnière, puisque l’emploi n’y a baissé que de 7 % entre juin 2019 et juin 2020.

– Soins de santé et assistance sociale

Les baisses en données désaisonnalisées selon l’EPA et l’EERH dans cette industrie furent du même ordre de grandeur, soit de respectivement +0,2 % et -1,7 % (+0,1 % en données non désaisonnalisées que ce soit de février à juin ou de juin 2019 à juin 2020). Entre février et juin, les baisses et les hausses de plus de 20 % ont été observées dans les :

  • services de soins de santé à domicile (-26 % ou 800 emplois);
  • bureaux de dentistes (-23 % ou 4300 emplois);
  • bureaux d’autres praticien.nes de la santé (-23 % ou 3400 emplois);
  • laboratoires médicaux et d’analyses diagnostiques (-22 % ou 700 emplois);
  • établissements résidentiels pour handicaps liés au développement, troubles mentaux, alcoolisme et de toxicomanie (+38 % ou 2000 emplois);
  • établissements communautaires de soins pour personnes âgées (+29 % ou 9000 emplois).

Mentionnons aussi la baisse de 6900 emplois les services de garde (-13 %) et la hausse de 8700 emplois dans les hôpitaux (+5 %). La situation particulière dans les hôpitaux psychiatriques et hôpitaux pour alcooliques et toxicomanes a aussi retenu mon attention, en raison d’une hausse de 10 % de l’emploi (ou de 860 emplois) entre février et juin, mais d’une baisse de 5 % ou de 440 emplois entre juin 2019 et juin 2020.

– Information, culture et loisirs

Retour sur le marché du travail de juin 2020_9_ICLoisirsDans cette industrie, la baisse en données désaisonnalisées entre février et juin fut nettement moins forte dans les estimations de l’EPA (18,4 %) que dans les données de l’EERH (25,5 %). En données non désaisonnalisées, elle fut de 21,9 % de février à juin, mais de 29,3 % entre juin 2019 et juin 2020. Les baisses de février à juin furent les plus élevées en pourcentage dans les arts d’interprétation, sports-spectacles et activités connexes (-47 % ou 6700 emplois), dans le divertissement, loisirs, jeux de hasard et loteries (-44 % ou 17 000 emplois), et dans les industries du film et de l’enregistrement sonore (33 % ou 4750 emplois). Le seul sous-secteur qui a vraiment connu une hausse d’emploi est celui des télécommunications (+3,5 % ou 800 emplois). Le tableau montre aussi une hausse de 0,2 % dans les établissements du patrimoine (musées, lieux historiques, jardins zoologiques et botaniques, et parcs naturels), mais comme les activités de ce sous-secteur sont bien plus importantes en été, il est préférable de souligner que l’emploi y a baissé de 34,5 % ou de 3500 emplois entre juin 2019 et juin 2020. Finalement, la baisse de 2,5 % de l’emploi dans l’édition s’est traduite par une hausse de 1 % (130 emplois) chez les éditeurs de logiciels, mais par une baisse de 9 % (560 emplois) chez les éditeurs de journaux, de périodiques, de livres et de répertoires.

– Services d’hébergement et de restauration

Retour sur le marché du travail de juin 2020_10_Héber-restoLa baisse de l’emploi en données désaisonnalisées dans les services d’hébergement et de restauration fut la plus importante de toutes les industries à la fois selon les estimations de l’EPA (39,0 %) et selon les données de l’EERH (54,8 % ou 48,4 % en données non désaisonnalisées de février à juin et 52,1 % de juin 2019 à juin 2020). Sans surprise, la baisse la plus forte en pourcentage de février à juin provenait des débits de boissons alcoolisées (79 %, ou 10 300 emplois), mais la plus forte en nombre des restaurants (43 % ou 97 750 emplois, soit 76 % de la baisse totale). La situation ne fut pas plus enviable dans les services d’hébergement, seul sous-secteur saisonnier de cette industrie, avec une baisse de 43 % ou de 12 900 emplois de février à juin, mais, encore pire, de 52 % ou de près de 20 000 emplois de juin 2019 à juin 2020.

– Autres services (sauf les administrations publiques)

Retour sur le marché du travail de juin 2020_11_Autres_servicesLa baisse de l’emploi en données désaisonnalisées dans les autres services de février à juin fut aussi plus faible selon les estimations de l’EPA (18,8 %) que selon les données de l’EERH (23,4 % ou 19,0 % en données non désaisonnalisées, mais 22,9 % de juin 2019 à juin 2020). Les baisses les plus fortes en pourcentage entre février et juin ont eu lieu dans les autres services personnels (41 % ou 6800 emplois), dans les services de soins personnels (coiffure, esthétique, tatouage, massage et autres, 40 % ou 2200 emplois) et dans les services de nettoyage à sec et de blanchissage (30 % ou 1500 emplois). En nombre, la baisse la plus importante s’est observée dans les organismes religieux, fondations, groupes de citoyens et organisations professionnelles et similaires (8000 emplois ou 15 %), dont une baisse de 4500 emplois ou de 23 % dans les organisations civiques et sociales. Le sous-secteur de la réparation et de l’entretien a connu une baisse de près de 4900 emplois (11 %), dont 2850 dans la réparation et l’entretien de véhicules automobiles pour une diminution de 11 %.

Et alors…

Je suis encore surpris de la différence entre les estimations de l’EPA et les données de l’EERH. Alors que les premières ont montré une baisse de l’emploi en données désaisonnalisées de 7,8 % entre février et juin au Québec, les deuxièmes nous arrivent avec une baisse proportionnellement 85 % plus élevée (14,6 %). La raison donnée par Statistique Canada (les personnes sans rémunération de la part de l’employeur ont été considérées en emploi par l’EPA, mais pas par l’EERH) se tient et respecte les différences entre les populations visées par ces deux enquêtes, mais l’augmentation soudaine de ce nombre en mai et encore plus en juin, et l’absence d’effet notable de ce facteur en mars et en avril demeure mystérieuse.

Cela dit, ces données nous ont permis, comme au cours des mois précédents, de mieux associer les décisions gouvernementales pour combattre la COVID-19 à leurs conséquences par sous-secteurs. Une baisse dans une industrie peut par exemple cacher des hausses dans certains de ses sous-secteurs, comme on l’a vu dans la plupart des industries en juin. Autre nouveauté, l’effet de la saisonnalité s’est beaucoup plus fait sentir en juin que lors des mois précédents. Je devrai donc le mois prochain laisser tomber mes comparaisons entre février et juillet avec les données non désaisonnalisées par sous-secteur et comparer plutôt les données entre juillet 2019 et juillet 2020. Finalement, n’oublions pas que Statistique Canada publiera les estimations de l’emploi de l’EPA pour le mois d’août dès demain et que mon billet sur ces données paraîtra dans une semaine. On n’aura pas le temps de s’ennuyer!

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