Aller au contenu principal

Le marché du travail en août 2020 et la COVID-19

10 septembre 2020

marché du travail août et la COVID 19Après avoir analysé les données de mars à juillet du Bureau of Labor Statistics (BLS) et de l’Enquête sur la population active (EPA), je vais maintenant commenter celles d’août, quatrième mois après le creux de l’emploi en avril dû aux mesures de confinement visant à limiter les dégâts de la COVID-19. On verra ici si ma prévision d’une hausse légère de l’emploi au Québec, au Canada et aux États-Unis s’est réalisée.

Août 2020 aux États-Unis

Le BLS publie au début de chaque mois (le 4 septembre pour août 2020) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey (HS), l’équivalent de l’EPA canadienne, et de l’Establishment Survey (ES), qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) du Canada. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent en général uniquement la variation de l’emploi selon l’ES et le taux de chômage selon la HS. La couverture journalistique de la publication des données d’août dernier par le BLS n’a pas fait exception, les articles que j’ai lus, dont celui-ci de La Presse, ne retenant que l’ajout de «1,37 million d’emplois» en août (sans mentionner que cette donnée vient de l’ES, voir la dernière colonne de ce tableau) et la baisse du taux de chômage de 10,2 % à 8,4 % entre juillet et août (sans mentionner non plus que cette donnée vient de la HS, voir la septième ligne de cet autre tableau), pensant probablement que ces deux données sont liées. Or, elles ne le sont pas et cela est particulièrement évident ce mois-ci.

Si on regarde plus attentivement les données de la dernière colonne du tableau de la HS, on verra que, selon les estimations de cette enquête, il se serait ajouté 3,76 millions d’emplois en août, soit 2,4 millions de plus de moins qu’estimé par l’ES (1,37 million) ou 2,7 fois plus! Cela explique que le taux de chômage ait diminué autant malgré, selon les articles lus, une hausse de «seulement» 1,37 million d’emplois, hausse la moins élevée des quatre derniers mois. Entre février et août, cela nous donne une baisse de 11,55 millions d’emplois ou de 7,6 % selon l’ES et de 11,47 millions ou de 7,2 % selon l’HS. Ces écarts ne sont pas étonnants, car ces deux enquêtes comportent de nombreuses différences. Par exemple, les périodes de référence de ces deux enquêtes ne sont pas les mêmes (du 9 au 15 août pour la HS et la période de paye incluant le 12 août pour l’ES, période qui peut être hebdomadaire, aux deux semaines, bimensuelle ou mensuelle), et l’ES ne tient compte que des salarié.es non agricoles, excluant donc les travailleur.euses autonomes et les salarié.es agricoles. La quasi égalité entre la baisse de l’emploi de ces deux enquêtes entre février et août (autour de 11,5 millions) est donc trompeuse.

Les attentes à la veille de la publication de ces données allaient dans le sens du rapport de la ES (hausse de 1,4 million emplois), mais avec un taux de chômage de 9,8 %, bien plus élevé que ce que nous montre le rapport de la HS avec son taux de 8,4 %. Cela est dû, comme mentionné dans le paragraphe précédent, à la hausse surprise (et douteuse) de 3,76 millions emplois selon cette enquête. Cela dit, les données du Department of Labor (DOL) ont montré une baisse de 2,5 millions de prestataires (insured unemployment) entre les semaines de référence de la HS de juillet (17,0 millions) et d’août (14,5 millions), ce qui est juste un peu inférieur à la baisse du nombre de chômeur.es selon la HS (2,8 millions). Toutefois, la baisse assez étonnante de 738 000 inactif.ives selon la HS pourrait être due à la diminution du nombre d’erreurs de classification que j’ai expliquées dans le billet de juin. Notons en outre que la hausse de l’emploi en août a bénéficié de l’embauche de plus de 235 000 employé.es temporaires entre les semaines de référence de juillet et d’août (pour un total de 287 000, selon le Census Bureau) pour tenir le recensement de 2020.

Les données de la HS permettent aussi de répartir le nombre de personnes qui ont perdu leur emploi entre celles qui sont considérées par le BLS en chômage ou inactives. En effet, si une personne sans emploi n’en cherche pas activement ou ne prévoit pas un rappel dans les quatre semaines qui suivent, elle sera considérée comme inactive. Entre février et août, le nombre de personnes en chômage a augmenté de 7,8 millions et le nombre d’inactif.ives de 4,6 millions. Si toutes ces personnes avaient satisfait aux critères du chômage, le taux de chômage en août aurait atteint 11,0 % plutôt que 8,4 %, en hausse de 7,5 points de pourcentage plutôt que de 4,9 points depuis février (3,5 %). Notons que ce taux de chômage ajusté montre une amélioration encore plus importante que le taux de chômage officiel par rapport à avril, avec une baisse de 8,1 points de pourcentage (19,1 % en avril par rapport à 11,0 % en août), plutôt que de 6,3 points pour le taux officiel (14,7 % en avril et 8,4 % en août).

Août 2020 au Canada

Statistique Canada a publié le 4 septembre son communiqué sur les estimations de l’EPA pour la semaine du 9 au 15 août. On y apprend notamment que :

  • en raison d’une hausse de près de 246 000 emplois en août (ou de 1,4 %), suivant celles observées de mai à juillet, l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a diminué d’environ 1,1 million ou de 5,7 % entre février et août, baisse nettement moins élevée qu’aux États-Unis (7,2 %, selon les données de la HS, la plus comparable à l’EPA); rappelons-nous que cette baisse atteignait 3,0 millions d’emplois ou 15,7 % entre février et avril;
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 913 000 personnes entre février et août, malgré une baisse de 137 000 en août, faisant passer le taux de chômage de 5,6 % en février à 10,2 % en août (en forte baisse par rapport à son sommet de 13,7 % en mai);
  • le nombre de personnes inactives a diminué de 87 000 en août, mais a augmenté de 350 000 entre février et août, faisant diminuer le taux d’activité de 65,5 % en février à 64,6 % en août (par rapport à son plancher de 59,8 % en avril); la baisse importante du nombre de personnes inactives en août, malgré une hausse de 22 000 de la population adulte vieillissante, montre que bien des inactif.ives sont retourné.es en emploi ou ont recommencé à en chercher en août;
  • les proportions de la hausse du chômage et de l’inactivité sur la hausse totale de ces deux données depuis février (soit 72 % et 28 % par rapport à 63 % et 37 % aux États-Unis) montraient en août une baisse de l’importance relative des inactif.ives dans la baisse de l’emploi (42 % et 58 % entre février et avril); cela confirme que beaucoup de personnes qui ont perdu leur emploi au Canada, et dans une moindre mesure aux États-Unis, ont repris confiance;
  • si la hausse du chômage et de l’inactivité avait plutôt été uniquement une hausse du chômage, le taux de chômage en août aurait atteint 11,7 % plutôt que 10,2 %, en hausse de 6,1 points de pourcentage plutôt que de 4,6 points depuis février (5,6 %); notons que la différence entre ces deux types de taux de chômage est passée de 7,6 points en avril (20,6 % et 13,0 %) à seulement 1,5 point en août, autre illustration du retour de nombreuses personnes inactives sur le marché du travail;
  • en plus de la perte de 1,1 million d’emplois depuis février, Statistique Canada souligne que, parmi les personnes en emploi, 713 000 de plus qu’en février (mais 1,8 million de moins qu’en avril) ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles, parfois aucune;
  • selon le tableau 14-10-0289-01, le nombre d’heures travaillées a augmenté de 2,9 % en août, faisant passer la baisse entre février et août à 8,6 %, soit bien moins qu’entre février et avril (27,7 %); alors que cette baisse entre février et avril était plus élevée que celle du nombre d’emplois de 12,0 points de pourcentage (27,7 % par rapport à 15,7 %), elle ne lui était supérieure que de 2,9 points entre février et août (8,6 % par rapport à 5,7 %); cela montre que la baisse des heures travaillées a perdu un peu plus des trois quarts de son impact entre avril et août;
  • même si l’emploi à temps plein a augmenté davantage que l’emploi à temps partiel en août (1,4 % par rapport 1,2 %), l’emploi à temps partiel a moins diminué que l’emploi à temps plein entre février et août (3,9 % par rapport à 6,1 %); pourtant, l’emploi à temps partiel avait diminué plus de deux fois plus que l’emploi à temps plein entre février et avril (baisses respectives de 29,5 % et de 12,5 %); cela montre que le travail à temps partiel a subi plus durement que l’emploi à temps plein le confinement (surtout celui du commerce de détail non prioritaire et de la restauration), mais a bénéficié davantage du déconfinement, d’autant plus que certaines entreprises ont réouvert avec des horaires réduits; d’ailleurs, même si l’emploi à temps partiel a diminué de 5,7 % en données non désaisonnalisées entre août 2019 et août 2020, le nombre de personnes invoquant un motif involontaire à leur travail à temps partiel a augmenté de 18,9 %, selon le tableau 14-10-0028-01;
  • selon le tableau 14-10-0286-01, le taux de chômage des jeunes âgé.es de 15 à 24 ans qui étudiaient à temps plein en mars et qui prévoyaient poursuivre leurs études à l’automne est passé de 12,8 % en août 2019 à 26,3 % en août 2020 (40,3 % en mai 2020) et leur taux d’emploi de 54,8 % à 47,2 % (seulement 27,4 % en mai 2020).

Août 2020 au Québec

La semaine de référence de l’EPA suivait entre autres l’autorisation de la tenue de festivals et d’événements avec un maximum de 250 le nombre de personnes présentes (le 5 août). Au Québec :

  • malgré une hausse de près de 55 000 emplois en août (ou de 1,3 %) et de 630 000 emplois depuis avril (ou de 17,7 %), l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a diminué d’environ 190 000 ou de 4,3 % entre février et août (mais de 10,1 % chez les 15 à 24 ans, malgré une hausse de 6,0 % en août);
  • cette baisse de 4,3 % est inférieure à celle observée dans le reste du Canada (6,1 %); la baisse de l’emploi depuis février au Québec était en août la quatrième plus basse au Canada, après le Nouveau-Brunswick (3,6 %), le Manitoba (4,1 %) et la Saskatchewan (4,3 %), alors que le Québec avait connu la plus forte baisse entre février et avril (car il y avait proportionnellement plus d’industries confinées au Québec que dans le reste du Canada);
  • 77 % de l’estimation de la baisse du nombre d’emplois observée entre février et avril (820 500 par rapport à 190 300 entre février et août) a été annulée grâce aux hausses de mai à août (230 900, 247 500, 97 600 et 54 200), proportion nettement plus élevée que celle observée dans le reste du Canada (58 %); cette différence s’explique surtout par le fait que le Québec a davantage confiné février et avril au Québec, mais qu’il a aussi davantage déconfiné par la suite;
  • marché du travail août et la COVID 19_1entre février et août, l’emploi a diminué davantage chez les femmes (de 121 700 emplois ou de 5,8 %) que chez les hommes (de 68 600 emplois ou de 3,0 %); l’écart entre ces deux baisses a augmenté en août, passant de 1,7 point de pourcentage entre février et juillet à 2,8 points entre février et août, en raison d’une hausse beaucoup plus forte de l’emploi chez les hommes en août (40 400 par rapport à 13 900);
  • si le nombre d’emplois a globalement diminué de 4,3 % entre février et août, cette baisse fut de 4,9 % chez les employé.es (ou salarié.es) du secteur privé, de 2,0 % chez les employé.es du secteur public et de 5,5 % chez les travailleur.euses autonomes;
  • selon les tableaux 14-10-0036-01 et 14-10-0022-01, le nombre d’heures effectivement travaillées en données non désaisonnalisées a diminué de 6,6 % entre août 2019 et août 2020, alors que l’emploi n’a diminué que de 3,7 %; cet écart (2,9 points de pourcentage) a toutefois fortement diminué depuis avril, alors que cet écart atteignait 12,4 points (baisse des heures travaillées de 30,5 % et de l’emploi de 18,1 % entre avril 2019 et avril 2020); cela montre que la baisse des heures travaillées a perdu un peu plus des trois quarts de son impact entre avril et août, comme pour le Canada;
  • la baisse du nombre d’heures effectivement travaillées entre août 2019 et août 2020 fut la plus forte dans les services d’hébergement et de restauration (29,3 % par rapport à une baisse de l’emploi de 17,9 %) et dans la foresterie, pêche, mines, exploitation en carrière, et extraction de pétrole et de gaz (25,0 % et 15,3 %); notons aussi la baisse de 15,3 % des heures travaillées dans les services d’enseignement, alors que le nombre d’emploi a augmenté de 2,6 %;
  • l’emploi à temps partiel en données désaisonnalisées a diminué de 0,9 % en août, tandis que l’emploi à temps plein augmentait de 1,8 %; entre février et août, l’emploi à temps partiel a aussi diminué davantage que l’emploi à temps plein (de 5,5 % par rapport à 4,1 %), mais avec un écart de seulement 1,4 point de pourcentage, alors que cet écart était de 19 points entre février et avril (baisse de 34 % de l’emploi à temps partiel par rapport à la baisse de 15 % dans l’emploi à temps plein); comme dans l’ensemble du Canada, l’emploi à temps partiel a bénéficié davantage du déconfinement, d’autant plus que certaines entreprises ont réouvert avec des horaires réduits; d’ailleurs, même si l’emploi à temps partiel a diminué de 8,1 % en données non désaisonnalisées entre août 2019 et août 2020, le nombre de personnes invoquant un motif involontaire à leur travail à temps partiel a augmenté de 30,8 %, selon le tableau 14-10-0028-01, soit encore plus que dans le reste du Canada (16,8 %);
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 193 700 entre février et août (ou de 95 %), malgré une baisse de 331 000 entre avril et août (ou de 45 %, dont 38 400 en août), faisant passer le taux de chômage de 4,5 % en février à 8,7 % en août, en baisse de 8,3 points de pourcentage par rapport à avril (17,0 %);
  • l’estimation du nombre de personnes inactives a augmenté de 26 700 entre février et août, malgré des baisses de 281 000 d’avril à août (dont 10 600 en août), faisant diminuer très légèrement le taux d’activité entre février et août (de 64,7 % à 64,5 %), en hausse de 4,1 points de pourcentage par rapport à son niveau plancher d’avril (60,4 %);
  • si l’ajout d’inactif.ives avait plutôt été un ajout de chômeur.euses (bref, si ces personnes avaient dit avoir cherché un emploi ou prévoir un rappel dans moins de cinq semaines), le taux de chômage aurait atteint 9,2 %, soit 0,5 point de pourcentage de plus que le taux officiel (8,7 %); notons que cet écart était de 5,5 points en avril (22,5 % et 17,0 %);
  • le taux de chômage des jeunes âgé.es de 15 à 24 ans qui étudiaient à temps plein en mars et qui prévoyaient poursuivre leurs études à l’automne est passé de 10,1 % en entre août 2019 à 19,2 % en août 2020 (37,1 % en mai 2020) et leur taux d’emploi de 62,8 % à 60,8 % (35,0 % en mai 2020); étrangement, leur taux d’activité était nettement plus élevé en août 2020 (75,3 %) qu’en août 2019 (69,8 %); on voit que, même si leur situation sur le marché du travail était moins bonne qu’en 2019, elle s’est grandement améliorée entre mai et août 2020 et était bien meilleure que dans le reste du Canada; en outre, comme le taux d’activité, soit la proportion de ces jeunes qui travaillaient ou cherchaient un emploi, était en hausse, cette situation ne semblait pas influencée de façon significative par la prestation canadienne d’urgence (PCU) et par la prestation canadienne d’urgence pour étudiant.es (PCUE), comme trop de monde l’affirme avec des anecdotes ou avec des raisonnements et des préjugés non appuyés par les faits.

Les proportions de la hausse du chômage et de l’inactivité sur la hausse totale de ces deux données entre février et août, soit 88 % et 12 %, étaient passablement différentes de ces proportions pour le reste du Canada, soit 69 % et 31 %, et pour les États-Unis, soit 63 % et 37 %, ce qui montre que les personnes qui ont perdu un emploi au Québec ont plus souvent (88 % par rapport à 69 % dans le reste du Canada) répondu chercher un emploi ou prévoir un rappel dans moins de cinq semaines. Ainsi, alors que l’écart entre le taux de chômage officiel au Québec et dans le reste du Canada était en août de 1,5 point de pourcentage (10,2 % et 8,7 %), l’écart entre leur taux de chômage ajusté en fonction de la hausse de l’inactivité était de 2,5 points (11,7 % et 9,2 %). Cela montre à quel point il faut faire preuve de prudence quand on analyse les données sur le chômage, surtout au cours d’une période comme celle-ci.

Notons que ces proportions étaient en août au Québec passablement différentes chez les femmes et les hommes. En effet, le nombre d’inactifs n’a augmenté que de 1900 entre février et août (pour des proportions de 98 % et 2 %), alors que le nombre d’inactives a augmenté de 24 800 (pour des proportions de 81 % et 19 %). Ainsi, alors que le taux de chômage ajusté des hommes n’était plus élevé que son taux officiel que de 0,1 point de pourcentage (8,4 % par rapport à 8,3 %), celui des femmes lui était plus élevé de 1,0 point (10,1 % par rapport à 9,0 %), faisant passer l’écart entre les taux de chômage des hommes et des femmes de 0,7 à 1,7 point de pourcentage. Cet écart appuie certaines observations sur le fait que les femmes seraient plus touchées par la crise, ayant été plus nombreuses à s’être retirées du marché du travail après avoir perdu leur emploi, que ce soit pour prendre soin des enfants ou de proches, ou pour d’autres raisons.

Il est aussi probable que la désaisonnalisation des données soit douteuse cette année, car les mouvements de l’emploi sont dus en grande majorité à un phénomène non saisonnier, soit la fermeture et la réouverture de secteurs jugés non prioritaires. Par exemple, l’écart entre le taux de chômage des hommes et des femmes en août était en données désaisonnalisées de 0,7 point (9,0 % par rapport à 8,3 %), mais atteignait 2,8 points en données non désaisonnalisées (10,5 % par rapport à 7,7 %, selon ce tableau). Alors que la différence entre les deux taux de chômage (désaisonnalisées et non désaisonnalisées) des hommes était en août 2020 de 0,6 point de pourcentage (8,3 % et 7,7 %), elle ne l’était que de 0,3 point en août 2019 (5,5 % et 5,2 %). Pourtant, l’effet de la saisonnalité ne peut pas être deux fois plus important en 2020 qu’en 2019! Bref, voilà bien une autre incertitude dont on doit tenir compte pour interpréter correctement ces données, surtout celles qui touchent les secteurs les plus saisonniers.

En gardant en tête le fait que les marges d’erreur des estimations de l’EPA sont encore plus importantes avec des données désagrégées comme celles par industrie, je présente dans le tableau qui suit (tiré des données du tableau 14-10-0355-01) les industries dont les estimations d’emploi ont le plus augmenté entre juillet et août, et celles dont les estimations d’emploi ont le plus diminué entre février et août. J’ai mis ces hausses et ces baisses en caractère gras dans le tableau.

marché du travail août et la COVID 19_2

Les cinq hausses les plus importantes entre juillet et août 2020 représentent en tout 97 % de la hausse totale de l’emploi entre ces deux mois, soit 52 500 emplois sur 54 200 :

  • le commerce de gros et de détail (hausse de 14 700 emplois ou de 2 %);
  • la construction (11 800, ou de 5 %);
  • les services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien (10 800, ou de 7 %);
  • les autres services (7 900 ou de 5 %)
  • la fabrication (7 300, ou de 2 %).

Les sept baisses les plus importantes (celles de plus de 10 000 emplois) entre février et août 2020 représentent en tout 88 % de la baisse totale entre ces deux mois, soit 168 300 emplois sur 190 300 :

  • les services d’hébergement et de restauration (baisse de 52 500, ou de 20 %);
  • le transport et l’entreposage (25 400, ou de 10 %);
  • la fabrication (25 300 ou de 5 %);
  • l’information, la culture et les loisirs (23 700, ou de 13 %)
  • les autres services (15 600 ou de 9 %, malgré la hausse de près de 8 000 en août);
  • les administrations publiques (13 900, ou de 6 %);
  • la construction (11 900, ou de 4 %, malgré la hausse de 11 800 en août).

Comme mentionné auparavant, il faut prendre ces niveaux de hausses et de baisses avec des pincettes. On notera que trois des cinq industries dont les estimations d’emploi ont le plus augmenté entre juillet et août se retrouvent aussi parmi les sept industries dont les estimations d’emploi ont le plus diminué entre février et août (construction, fabrication et autres services). Bref, les industries qui ont été les plus touchées par le confinement sont parmi celles qui bénéficient le plus des réouvertures, ce qui est bien normal!

Et après?

Que ce soit au Québec, dans le reste du Canada ou aux États-Unis, on a vu que les hausses d’emploi d’août ont été bien inférieures à celles de mai et de juin, et même à celles, moins importantes, de juillet. Au cours des prochains mois, on peut s’attendre à une nouvelle hausse légère de l’emploi au Québec et au Canada en raison de la reprise des activités dans quelques secteurs (notamment au Québec les sports de combat, les écoles et leurs services de garde, ce qui pourrait aussi avoir en plus un effet positif sur l’inactivité des femmes). La hausse récente et inquiétante du nombre d’infections pourrait toutefois amener la santé publique à resserrer ses directives, voire à recommander de nouvelles fermetures (notamment dans les bars) et à appliquer des règles plus sévères dans les régions les plus atteintes. La fermeture des terrasses dans la restauration pourrait aussi faire baisser l’emploi, voire entraîner des fermetures, mais pas avant octobre ou novembre. En plus, on l’a vu, il reste de moins en moins de secteurs qui peuvent rapidement reprendre leurs activités au niveau d’avant la crise.

Encore une fois, la situation est plus complexe aux États-Unis. La baisse du nombre d’infections à la COVID-19 depuis la fin juillet pourrait avoir un effet positif, à moins que la réouverture des écoles et le laxisme des politicien.nes et d’une part importante de la population entraînent une nouvelle hausse. En outre, l’apport des employé.es temporaires pour le recensement ne pourra plus contribuer à la hausse de l’emploi. Par contre, la baisse légère du nombre de demandes hebdomadaires de prestations de l’assurance-chômage semble se poursuivre, ce qui est sûrement la conséquence d’une légère hausse de l’emploi depuis la semaine de référence d’août.

Et alors…

Ce billet a permis de constater, comme les précédents, l’adéquation entre les mouvements de l’emploi, surtout par industrie, et les décisions gouvernementales, quoique moins que lors des mois précédents, puisque seules des décisions mineures ont été prises entre les semaines de référence de l’EPA de juillet et d’août. Les grands facteurs macroéconomiques n’ont presque pas eu d’impact sur l’évolution récente de la situation du marché du travail, mais cet impact pourrait gagner en importance au cours des prochains mois, puisque les effets des décisions de confinement et de déconfinement devraient être faibles, sauf si la hausse actuelle des cas de contamination s’accentuait.

Encore une fois, on a pu constater l’inadéquation du taux de chômage comme seul indicateur de la situation sur le marché du travail. S’il n’y a rien de nouveau à ce constat, les limitations à l’interprétation à donner au taux de chômage ressortent encore plus dans une situation comme celle qu’on vit, alors que les hausses du chômage et de l’inactivité se confondent plus que jamais. On aura toutefois noté que ce facteur tend à perdre en importance, surtout au Québec, mais influence encore l’analyse de la situation sur le marché du travail pour certains groupes. En plus des différences du niveau d’inactivité entre les hommes et les femmes, j’ai aussi noté que la hausse de l’inactivité entre février et août (de 26 700 personnes, je le rappelle) s’est essentiellement manifestée chez les personnes âgées de 55 ans et plus (hausse de 31 400, dont 22 600 chez les femmes et 8800 chez les hommes), alors que le nombre d’inactif.ives a diminué de 7300 chez les jeunes en raison d’une chute de près de 30 000 en août (autre constat qui remet en question les plaintes sur le rôle désincitif de la PCU et de la PCUE sur la disponibilité des jeunes) et a peu changé dans la population âgée de 25 à 54 ans (hausse de 2500).

La hausse récente du nombre d’infections nous montre clairement que la crise n’est pas terminée. Continuons donc à suivre les consignes de la sécurité publique si on veut qu’elle se termine le plus rapidement possible et surtout qu’elle ne revienne pas. Alors, gardez vos distances, lavez-vous les mains et mettez un masque quand vous sortez de chez vous!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :