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Retour sur le marché du travail de juillet 2020

1 octobre 2020

Retour sur le marché du travail de juillet 2020Dans ma série de billets sur les estimations de l’emploi de l’Enquête sur la population active (EPA), j’ai souligné à quelques reprises qu’il fallait prendre les variations d’emploi par industrie avec des pincettes en raison de leurs marges d’erreur importantes. Comme je l’ai fait pour les données de mars à juin, je reviens donc sur les estimations de l’emploi globales et par industrie de l’EPA en les comparant avec les données de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) qui ont été mises à jour jeudi dernier. Je pourrai ainsi comparer les baisses d’emploi globales et par industrie selon ces deux sources, et montrer quels sous-secteurs des industries ont subi les pertes les plus importantes et lesquels n’en ont pas subi.

En effet, alors que les estimations de l’EPA sont sujettes à d’importantes marges d’erreur, surtout pour les données désagrégées comme celles sur l’emploi par industrie, les données de l’EERH n’ont pas de marge d’erreur, car elles proviennent d’un recensement des salarié.es de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye. Pour cette raison, l’EPA ne fournit des estimations que pour 19 niveaux de désagrégation industrielle, tandis que l’EERH en publie pour 398! Par contre, l’EERH ne comptabilise pas les travailleur.euses autonomes, les salarié.es du secteur de l’agriculture (et de quelques autres secteurs qui comptent peu de salarié.es), les grévistes, les personnes en lock-out et celles en congé sans solde, alors que l’EPA le fait. Autre différence, l’EERH compile tous les emplois alors que l’EPA ne considère qu’un seul emploi quand une seule personne en occupe plus d’un en même temps. Le plus grand défaut des données de l’EERH est qu’elles ne sont publiées que près de deux mois après celles de l’EPA et carrément deux mois après les faits.

Données industrielles

Le tableau qui suit, basé sur le contenu des tableaux 14-10-0223-01 et 14-10-0355-01 de Statistique Canada, compare l’évolution des données désaisonnalisées sur l’emploi de février à juillet 2020 selon l’EPA et l’EERH, et souligne les différences entre ces données.

Retour sur le marché du travail de juillet 2020_1_Québec

Notons que ces différences peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs. Par exemple, la différence de plus de 560 000 emplois entre les estimations de l’EPA en février 2020 (4 384 500) et les données de l’EERH (3 815 175) s’explique surtout par le fait que les données de l’EERH ne couvrent que les salarié.es non agricoles et donc pas les travailleur.euses autonomes. La différence plus grande en juillet (de 667 600 emplois) qu’en février (560 000) est due au fait que beaucoup plus de personnes sans rémunération de la part de l’employeur ont été considérées en emploi par l’EPA, mais pas par l’EERH, en raison de leur absence du travail pour une période prolongée sans rémunération, l’équivalent d’un congé sans solde. Ainsi, alors que le nombre de salarié.es selon l’EERH et d’employé.es selon l’EPA était presque identique en février avec un écart de 3000 emplois ou de moins de 0,1 % en faveur de l’EERH, cet écart favorisait en juillet l’EPA de 123 000 ou de 3,6 %, ce qui est beaucoup, mais deux fois moins que l’écart de 246 000 emplois observé en juin.

Ces facteurs jouent aussi un rôle dans la différence du pourcentage de la baisse de l’emploi entre février et juillet entre les estimations de l’EPA (-5,6 Retour sur le marché du travail de juillet 2020_2_catégories%) et les données de l’EERH (-9,2 %). On peut en effet voir dans le tableau ci-contre tiré des estimations de l’EPA (voir le tableau 14-10-0288-01) que si l’emploi global a baissé de 5,6 %, cette baisse fut de 5,9 % pour les employé.es (7,4 % et 8,2 % respectivement dans le reste du Canada). J’ai aussi indiqué dans ce tableau pour information les baisses de l’emploi chez les employé.es des secteurs public (0,6 % au Québec et 3,9 % dans le reste du Canada) et privé (7,7 % et 9,6 %), et chez les travailleur.euses autonomes (3,2 % dans les deux cas).

Ce facteur n’explique toutefois que 0,3 point de pourcentage sur les 3,6 points de l’écart entre la baisse de l’emploi entre février et juillet selon les estimations de l’EPA (-5,6 %) et les données de l’EERH (-9,2 %). Il est donc clair que d’autres facteurs ont joué. On pourrait penser à la marge d’erreur des estimations de l’EPA et à la différence de semaine de référence, soit du 12 au 18 juillet pour l’EPA et du 25 au 31 juillet pour l’EERH. Mais ce serait étonnant que ces facteurs aient pu avoir un impact suffisant pour expliquer les 3,3 points d’écart restant, d’autant plus que les décisions de réouverture prises entre les deux semaines de référence (dont la tenue de festivals et d’événements avec un maximum de 250 le nombre de personnes présentes) ont eu un impact à la hausse sur l’emploi, pas à la baisse! Il semble donc clair que cet écart restant (3,3 points de pourcentage) est dû en premier lieu au facteur mentionné auparavant, soit qu’un nombre plus élevé de personnes sans rémunération ont été considérées en emploi par l’EPA en juillet qu’en février, mais pas par l’EERH.

Par ailleurs, la présence des travailleur.euses autonomes dans les estimations de l’EPA peut fausser les comparaisons de l’évolution de l’emploi par industrie (comme dans la construction et dans les autres services où entre 20 % et 30 % des travailleur.euses sont autonomes). Cela dit, malgré ce facteur et la différence du concept d’emploi dans les deux enquêtes, seulement cinq industries (toutes dans le secteur des services) présentent des écarts de plus de cinq points de pourcentage entre les variations d’emploi entre février et juillet selon les deux enquêtes, soit :

  • les services d’hébergement et de restauration, avec des baisses de 21,4 % selon l’EPA et de 34,2 % selon l’EERH
  • le commerce de gros et de détail, baisses de 1,4 % et de 7,6 %;
  • les services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien, baisses de 6,9 % et de 13,7 %;
  • l’information, culture et loisirs, baisses de 12,1 % et de 19,0 %;
  • les services d’enseignement, baisses de 0,4 % et de 5,8 %.

Notons aussi qu’un autre facteur peut expliquer l’écart de volume d’emploi par industrie entre ces deux sources. En effet, alors que, pour l’EERH, l’industrie à laquelle appartient un employeur est déterminée par son attribution par l’Agence du revenu du Canada (ARC) lors de son enregistrement, cette industrie est attribuée en fonction des réponses des personnes interrogées pour l’EPA.

J’ai aussi produit un tableau semblable pour le reste du Canada. On peut y voir que les différences de niveaux de croissance globale et par industrie selon les deux enquêtes n’y sont que légèrement plus élevées que pour le Québec.

Retour sur le marché du travail de juillet 2020_3_Canada

Les données par sous-secteurs

Comme mentionné en amorce, je visais entre autres par cette série de billets à vérifier quels sous-secteurs des industries avaient subi les pertes d’emploi les plus importantes et lesquelles n’en ont pas subies. Pour ce faire, j’ai toutefois dû utiliser un tableau contenant des données non désaisonnalisées, car il fournit des données pour 398 niveaux de désagrégation industrielle au lieu de 26 pour celui que j’ai utilisé pour les tableaux précédents en données désaisonnalisées. Pour que ces données soient comparables et éviter les écarts saisonniers importants, surtout entre février et juillet, je présenterai les variations d’emploi entre juillet 2019 et 2020.

– Construction

Dans la construction, la baisse du nombre d’emplois entre février et juin en données désaisonnalisées fut de 8Retour sur le marché du travail de juillet 2020_4_construction,4 % selon les estimations de l’EPA et de 10,2 % selon les données de l’EERH et de 7,3 % en données non désaisonnalisées entre juillet 2019 et 2020. On peut voir dans le tableau ci-contre que les variations de l’emploi furent très différentes d’un sous-secteur à l’autre. La baisse la plus importante en pourcentage, et de loin, a été observée dans la construction d’installations de services publics (aqueducs, égouts, lignes électriques et autres, -28,4 % ou 2500 emplois), et celle en nombre dans la construction résidentielle (4800 emplois ou -14,7 %), suivie par celle chez les entrepreneurs en installation d’équipements techniques (électricité, plomberie et autres, 4400 emplois ou -8,7 %). Deux sous-secteurs ont connu une hausse d’emploi, dont une de plus de 26 % pour près de 1500 emplois (les autres travaux de génie civil qui comprennent 71 types de travaux différents), mais l’autre, le lotissement de terrains, de seulement 1,1 % pour moins de 20 emplois.

– Fabrication

Dans la fabrication (industrie qu’on appelle aussi secteur manufacturier), la baisse du nombre d’emplois entre février et juillet en données désaisonnalisées fut de 6,5 % selon les estimations de l’EPA et de 6,7 % selon les données de l’EERH, et de 6,6 % en données non désaisonnalisées entre juillet 2019 et 2020. C’est rare que ces données soient toutes aussi près les unes des autres! Un seul sous-secteur a connu une hausse d’emploi entre ces deux mois de juillet, soit celui de la première transformation des métaux (6,0 % ou près de 1000 emplois), dont une hausse de 6,5 % ou de plus de 350 emplois dans la production et la transformation d’alumine et d’aluminium, sous-secteur qui devrait être pénalisé à compter d’août par les tarifs imposés par les États-Unis, mais qui ne l’était pas encore en juillet. Les baisses les plus importantes furent observées dans la fabrication de vêtements (17 % ou 1800 emplois), la fabrication de meubles (16 % ou près de 4000 emplois) et l’impression (16 % ou près de 2000 emplois), tandis que les plus faibles furent dans la fabrication de produits minéraux non métalliques (-1 %) et la fabrication de matériel de transport (-1 %, mais une hausse de 10 % ou de plus de 2850 emplois dans la fabrication de produits aérospatiaux et de leurs pièces, sous-secteur que certains disent pourtant en difficulté, en confondant probablement avec d’autres sous-secteurs liés comme le transport aérien).

– Commerce de gros et de détail

Retour sur le marché du travail de juillet 2020_5_commerceL’emploi désaisonnalisé du commerce de gros et de détail a diminué de 1,4 % entre février et juillet selon les estimations de l’EPA et de 9,0 % selon les donnés de l’EERH, et de 8,4 % en données non désaisonnalisées entre juillet 2019 et 2020. L’emploi a diminué de 9,6 % (ou de 17 500 emplois) dans le commerce de gros. S’il a augmenté de 7 % chez les grossistes-marchands de produits agricoles, il a baissé dans tous les autres sous-secteurs d’entre 6 et 17 %.

Dans le commerce de détail, la baisse fut de 7,9 % entre les deux mois de juillet (ou de près de 36 000 emplois). Si l’emploi a augmenté d’un peu plus de 5 % dans les magasins de marchandises diverses (dont les grands magasins) et chez les détaillants hors magasins, il est demeuré assez stable chez les marchands de matériaux de construction et de matériel et fournitures de jardinage et dans les magasins d’alimentation. Il a diminué dans tous les autres secteurs, les baisses les plus fortes (de plus de 10 %) ayant été observées dans les magasins de vêtements et d’accessoires vestimentaires (28 % ou 16 000 emplois), les magasins de meubles et d’accessoires de maison (20 % ou 3500 emplois), les magasins de détail divers (19 % ou 4300 emplois), les magasins d’appareils électroniques et ménagers (16 % ou 1800 emplois) et les magasins d’articles de sport, d’articles de passe-temps, d’articles de musique et de livres (15 % ou 1800 emplois).

– Transport

Retour sur le marché du travail de juillet 2020_6_transportL’emploi désaisonnalisé du transport a diminué de 12,1 % entre février et juillet selon les estimations de l’EPA et de 9,1 % selon les donnés de l’EERH, et de 8,7 % en données non désaisonnalisées entre juillet 2019 et 2020. Si l’emploi a augmenté dans les messageries et les services de messagers (de 8 % ou de 800 emplois), il a diminué d’une ampleur semblable (entre 8 et 15 %) dans les autres sous-secteurs. Étonnamment, l’emploi n’a baissé que de 11 % dans le transport aérien, probablement en raison de la Subvention salariale d’urgence du Canada.

– Finance, assurances, services immobiliers et de location

L’emploi désaisonnalisé de cette industrie a diminué de 3,9 % entre février et juillet selon les estimations de l’EPA et de 8,1 % selon les donnés de l’EERH, et de 6,5 % en données non désaisonnalisées entre juillet 2019 et 2020. Cette baisse fut en fait de seulement 1,1 % dans la finance et l’assurance (1700 emplois) et de 26 % dans les services immobiliers et de location (15 600 emplois).

– Services professionnels, scientifiques et techniques

Retour sur le marché du travail de juillet 2020_7_Services professionnelsL’emploi désaisonnalisé de cette industrie a diminué de 3,2 % entre février et juillet selon les estimations de l’EPA et de 4,2 % selon les donnés de l’EERH, mais de seulement 1,5 % en données non désaisonnalisées entre juillet 2019 et 2020. Le tableau ci-contre montre que l’emploi a varié de façon bien différente selon les sous-secteurs, augmentant de 4 % (ou de 1000 emplois) dans les services de comptabilité, demeurant assez stable (écarts de moins de 2 %) dans cinq sous-secteurs et baissant de plus de 10 % dans les services spécialisés de design (24 % ou de 860 emplois), les services juridiques (13 % ou de 2000 emplois) et la publicité, les relations publiques et les services connexes (11 % ou de 1300 emplois).

– Services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien

Retour sur le marché du travail de juillet 2020_8_Services aux entreprisesL’emploi désaisonnalisé de cette industrie a diminué de 6,9 % entre février et juillet selon les estimations de l’EPA et de 13,7 % selon les donnés de l’EERH, et de 11,7 % en données non désaisonnalisées entre juillet 2019 et 2020. Les plus fortes baisses ont eu lieu dans les services de préparation de voyages et de réservation (25 % ou 2100 emplois), la collecte de déchets (19 % ou 800 emplois), les services de soutien aux entreprises (17 % ou 2700 emplois) et les services d’emploi (17 % ou de 7000 emplois). À l’inverse, l’emploi a augmenté dans le traitement et l’élimination des déchets (9 % ou de 200 emplois) et dans les services d’enquête et de sécurité (7 % ou de 1750 emplois).

– Services d’enseignement

Retour sur le marché du travail de juillet 2020_9_enseignementL’emploi désaisonnalisé dans les services d’enseignement a diminué de 0,4 % entre février et juillet selon les estimations de l’EPA et de 5,8 % selon les donnés de l’EERH, et de 5,8 % aussi en données non désaisonnalisées entre juillet 2019 et 2020. Les trois baisses supérieures à 15 % s’observent dans les sous-secteurs qui ne font pas partie de l’éducation primaire, secondaire, collégiale ou universitaire. Ces baisses ont en effet varié de 18 % (écoles de commerce et de formation en informatique et en gestion) à 31 % (autres établissements d’enseignement et de formation, et services de soutien à l’enseignement). Ces baisses ne peuvent toutefois pas influencer beaucoup l’évolution de l’emploi dans cette industrie, en raison de leur faible volume d’emploi (6 % de l’emploi en juillet 2019 et 5 % en juillet 2020). En fait, près de 50 % de la baisse de l’emploi dans ce secteur provient de celle observée dans les écoles primaires et secondaires (4,5 %, mais de 7 800 emplois). Notons que le mois de juillet est le deuxième plus important après août pour la hausse du chômage saisonnier des employé.es non permanent.es dans cette industrie.

– Soins de santé et assistance sociale

Les hausses en données désaisonnalisées selon l’EPA et l’EERH dans cette industrie furent du même ordre de grandeur, soit de respectivement +1,4 % et +1,2 %, et de +3,0 % en données non désaisonnalisées entre juillet 2019 et 2020. Entre ces deux mois, les baisses et les hausses de plus de 10 % ont été observées dans les :

  • services de soins de santé à domicile (-23 % ou 800 emplois);
  • bureaux d’autres praticien.nes de la santé (-14 % ou 2000 emplois);
  • bureaux de dentistes (-12 % ou 2250 emplois);
  • établissements résidentiels pour handicaps liés au développement, troubles mentaux, alcoolisme et de toxicomanie (+37 % ou 1900 emplois);
  • établissements communautaires de soins pour personnes âgées (+33 % ou 10 000 emplois)
  • centres de soins ambulatoires (dont les CLSC, +20 % ou 8600 emplois);
  • services de réadaptation professionnelle (+18 % ou 1900 emplois).

Mentionnons aussi la baisse de 2650 emplois dans les services de garde (-7 %) et la hausse de 8600 emplois dans les établissements de soins infirmiers et de soins pour bénéficiaires internes (dont les CHSLD, +8 %).

– Information, culture et loisirs

Retour sur le marché du travail de juillet 2020_10_ICLDans cette industrie, la baisse en données désaisonnalisées entre février et juin fut nettement moins forte dans les estimations de l’EPA (12,1 %) que dans les données de l’EERH (19,0 %). En données non désaisonnalisées, elle fut de 19,1 % entre juillet 2019 et 2020. Les baisses furent les plus élevées en pourcentage dans les arts d’interprétation, sports-spectacles et activités connexes (-46 % ou 6900 emplois), dans le divertissement, les loisirs, les jeux de hasard et les loteries (-27,5 % ou 14 000 emplois), dans les industries du film et de l’enregistrement sonore (-26 % ou 4100 emplois) et dans les établissements du patrimoine (musées, lieux historiques, jardins zoologiques et botaniques, et parcs naturels, -20 % ou 2200 emplois). Le seul sous-secteur qui a vraiment connu une hausse d’emploi est celui du traitement de données, hébergement de données et services connexes (+16 %, mais de seulement 370 emplois), mais on peut aussi souligner le maintien des emplois dans les télécommunications. Finalement, la baisse de 5,6 % de l’emploi dans l’édition s’est traduite par une hausse de 4 % (460 emplois) chez les éditeurs de logiciels, mais par une baisse de 20 % (1500 emplois) chez les éditeurs de journaux, de périodiques, de livres et de répertoires.

– Services d’hébergement et de restauration

Retour sur le marché du travail de juillet 2020_11_hébergement et restaurationLa baisse de l’emploi en données désaisonnalisées entre février et juillet 2020 dans les services d’hébergement et de restauration fut la plus importante de toutes les industries à la fois selon les estimations de l’EPA (21,4 %) et selon les données de l’EERH (34,2 %). Entre les deux mois de juillet, elle fut 31,8 %. Sans surprise, la baisse la plus forte en pourcentage provenait des débits de boissons alcoolisées (50 %, ou près de 7000 emplois), mais à égalité avec les services de restauration spéciaux (traiteurs, cantines, cafétérias et autres, 50 % aussi, ou plus de 6400 emplois). Par contre, la plus forte baisse en nombre, et de loin, a été observée dans les restaurants (29 % ou 64 500 emplois, soit 70 % de la baisse totale). La situation ne fut pas plus enviable dans les services d’hébergement, avec une baisse de 35 % ou de 13 800 emplois.

– Autres services (sauf les administrations publiques)

Retour sur le marché du travail de juillet 2020_12_autres servicesLes baisses en données désaisonnalisées entre février et juillet 2020 selon l’EPA et l’EERH dans les autres services furent du même ordre de grandeur, soit de respectivement -13,3 % et -15,4%. La baisse fut aussi semblable en données non désaisonnalisées entre juillet 2019 et 2020, soit de -15,3 %. Les baisses les plus fortes en pourcentage ont eu lieu dans les autres services personnels (35 % ou 2000 emplois), les services de nettoyage à sec et de blanchissage (25 % ou 1300 emplois) et les services de soins personnels (coiffure, esthétique, tatouage, massage et autres, 22 % ou 3800 emplois). En nombre, la baisse la plus importante s’est observée dans les organismes religieux, fondations, groupes de citoyens et organisations professionnelles et similaires (7100 emplois ou 13 %), dont une baisse de 3900 emplois ou de 18 % dans les organisations civiques et sociales. Le sous-secteur de la réparation et de l’entretien a connu une baisse de près de 5600 emplois (13 %), dont 3100 dans la réparation et l’entretien de véhicules automobiles pour une diminution de 11 %.

Et alors…

Tel que je le pensais, la différence entre les estimations de l’EPA et les données de l’EERH se sont réduites considérablement entre juin et juillet. Cela était prévisible, car les données de l’EPA de juillet ont montré une baisse importante du nombre de personnes en emploi, mais sans rémunération. Et de fait, la différence entre le nombre de salarié.es selon l’EERH et le nombre d’employé.es selon l’EPA a diminué de moitié entre juin et juillet, soit de 246 000 emplois à 123 000. Et cette différence devrait se réduire encore en août.

Cela dit, ces données nous ont permis, comme au cours des mois précédents, de mieux associer les décisions gouvernementales pour combattre la COVID-19 à leurs conséquences par sous-secteurs. Une baisse dans une industrie peut par exemple cacher des hausses dans certains de ses sous-secteurs, comme on l’a vu dans la plupart des industries en juillet. Les données de juillet nous ont montré plus clairement que par les mois passés les sous-secteurs qui sont sortis de la crise et ceux qui sont encore touchés fortement. Étant donné que l’effet de la saisonnalité est très élevé entre février et juillet, l’utilisation des comparaisons entre juillet 2019 et juillet 2020 a permis de mieux faire ressortir l’évolution des sous-secteurs. On voit que, même si l’emploi s’est redressé de façon importante depuis avril, les mesures d’aide gouvernementales sont encore essentielles pour les personnes qui ont perdu leur emploi dans de nombreux sous-secteurs. Finalement, n’oublions pas que Statistique Canada diffusera les estimations de l’emploi de l’EPA pour le mois de septembre dans huit jours, soit vendredi le 9 octobre, et que je publierai mon billet sur ces estimations la semaine suivante, ce qui donnera plus de temps pour digérer ce billet!

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