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La COVID-19 et la démographie

10 octobre 2020

COVID-19 et la démographieStatistique Canada a publié le 29 septembre dernier des données sur ses estimations de la population du Canada, des provinces et des territoires au 1er juillet 2020 et lors du deuxième trimestre de 2020, ainsi qu’un supplément technique expliquant les ajustements qu’elle a dû apporter à ses méthodes d’estimation dans le contexte de la pandémie de la COVID-19. Les données utilisées dans ce billet proviennent des tableaux contenus sur ces deux pages (annuels et trimestriels).

Supplément technique

La méthode utilisée habituellement par Statistique Canada pour produire ses estimations de la population, le Programme des estimations démographiques (PED) est assez complexe. J’ai d’ailleurs déjà publié un billet présentant uniquement la partie du PED portant sur l’émigration. Ce supplément explique les grandes lignes du PED et les ajustements qui ont été apportés en raison des effets de la COVID-19. En gros :

  • aucune modification n’a été apportée pour les naissances, mais il y en aura vers décembre, quand les bébés conçus durant la crise naîtront;
  • des ajustements ont été apportés pour les décès, mais pas pour le Québec, car les estimations de décès de Statistique Canada proviennent de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ);
  • aucun ajustement n’a été apporté à l’immigration et à l’estimation de la présence des résident.es non permanent.es (RNP), car les sources habituelles sont demeurées fiables;
  • des ajustements ont été apportés pour l’émigration (permanente et temporaire) et pour l’émigration de retour;
  • des sources ont été ajoutées pour l’estimation de la migration interprovinciale.

Population

COVID-19 et la démographie_1_populationLes graphiques ci-contre présentent la croissance annuelle (au premier juillet) et trimestrielle (au premier jour de ces trimestres) de la population du Canada (barres rouges) et du Québec (barres bleues). Le graphique du haut montre que la population du Canada a augmenté plus fortement que celle du Québec chaque année entre 2011 et 2020, mais que cette différence a diminué depuis 2017. En effet, alors que la population canadienne a augmenté 85 % plus rapidement que celle du Québec de 2011 à 2016, cet écart ne fut que de 23 % entre 2016 et 2020. Entre 2019 et 2020, cette croissance a diminué de 28 % au Canada et de 23 % au Québec.

Le graphique du bas montre que la croissance de la population varie beaucoup selon les trimestres, cette croissance étant plus faible au cours des deux premiers et plus forte au cours des deux derniers. Alors que la croissance de la population entre les deuxième et troisième trimestre de 2019 a atteint 0,47 % au Canada et 0,43 % au Québec, elle ne fut que de 0,07 % au Canada et de 0,03 % au Québec entre les deuxième et troisième trimestre de 2020, une croissance sept fois moins élevée au Canada et 14 fois moins élevée au Québec. Cet écart énorme montre l’impact majeur des mesures prises pour combattre la COVID-19 sur la croissance de la population. Je précise que, par exemple, la croissance indiquée au troisième trimestre de 2020 est celle observée entre la population estimée le premier avril et celle estimée le premier juillet 2020.

Naissances et décès

COVID-19 et la démographie_2_naissances-décèsLes deux graphiques ci-contre présentent le nombre de naissances (barres bleues) et de décès (barres rouges) annuels et trimestriels au Québec. Si le nombre de naissances annuelles (graphique du haut) surpasse toujours le nombre de décès, l’écart annuel entre les deux tend à diminuer. Cet écart est en effet passé de 48 % en 2011-2012 (du premier juillet 2011 au 30 juin 2012) à 24 % en 2018- 2019 et à 16 % en 2019-2020. Le nombre de naissances varie peu sur une base annuelle, mais a quand même baissé de 6,0 % entre son sommet de 2012-2013 (89 200) et 2018-2019 (83 800), avant d’augmenter de 0,7 % en 2019-2020 (84 400). Le nombre de décès a davantage varié, parfois à la baisse, mais surtout à la hausse, pour une augmentation de 9,2 % entre 2012-2013 (61 960) et 2018-2019 (67 640), mais de 7,7 % en une seule année en 2019-2020 (72 850), sûrement une conséquence de la COVID-19.

Le graphique du bas nous montre que le nombre de naissances et de décès varie passablement d’un trimestre à l’autre, parfois de plus de 10 %. Cela dit, d’un trimestre d’une année au même trimestre de l’année suivante jusqu’au premier trimestre de 2020, le nombre de naissances n’a varié en moyenne que de 1,2 % et le nombre de décès de 2,0 %. Par contre, le nombre de décès au deuxième trimestre de 2020 (21 150) a connu une hausse de 25,9 % par rapport au deuxième trimestre de 2019 (16 800), alors que le nombre de naissances diminuait de 1,9 % (de 21 150 à 20 750), variation bien ordinaire. Cela a fait en sorte que le nombre de décès (21 150) a surpassé le nombre de naissances (20 750) au cours du deuxième trimestre de 2020 pour la première fois de l’histoire (les données commencent en 1946). En plus, alors que le nombre de décès est habituellement le plus élevé lors du premier trimestre, ce nombre a augmenté de 13 % (de 18 750 à 21 150) entre le premier et le deuxième trimestres de 2020. Avec ces données, l’impact de la COVID-19 sur les décès ne fait pas de doute.

Migrations internationales

COVID-19 et la démographie_3_mig-internationalesLes deux graphiques ci-contre présentent les estimations annuelles et trimestrielles des composantes de la migration internationale. Le graphique du haut nous montre que :

  • le nombre d’immigrant.es a diminué chaque année depuis 2015-2016 (55 400), de moins de 10 % au cours des trois premières années, mais de 26 % en 2019-2020 (de 44 900 à 33 300);
  • le solde des résident.es non permanent.es (RNP, soit surtout des travailleur.euses et étudiant.es étranger.ères ainsi que des réfugié.es) a augmenté fortement en début de période pour atteindre son sommet en 2018-2019, puis a diminué de 33 % en 2019-2020 (de 49 400 à 33 100);
  • le nombre d’émigrant.es a diminué de 32 % entre 2014-2015 (10 550) et 2018-2019 (7160), puis de 25 % en 2019-2020 (5380);
  • le nombre d’émigrant.es de retour est demeuré assez stable (entre 5100 et 5800) entre 2011-2012 et 2018-2019, avant de diminuer de 15 % en 2019-2020 (à moins de 4700);
  • le solde de l’émigration temporaire est demeuré assez stable (entre 4500 et 4700) entre 2011-2012 et 2018-2019, avant de diminuer de 32 % en 2019-2020 (à moins de 3200).

Le graphique du bas, sur lequel, comme précédemment, les effets de la COVID-19 sont plus évidents, nous montre que, entre les deuxièmes trimestres de 2019 et de 2020 :

  • le nombre d’immigrant.es a diminué de 71 %, passant de 10 180 à un peu moins de 3000;
  • le solde des résident.es non permanent.es (RNP) a diminué de 98 %, passant de 23 550 à 410; notons ici que cela signifie que le nombre de RNP présent.es au Québec n’a quand même pas diminué, mais bien qu’il a augmenté de 410; on doit aussi retenir que le deuxième trimestre est souvent le plus positif de l’année, en raison de l’arrivée des travailleur.euses étranger.ères agricoles; cette année, il en est venu quand même (deux fois moins, selon l’Union des producteurs agricoles); aucune information fiable ne peut toutefois nous informer sur la variation du nombre d’étudiant.es étranger.ères et de réfugié.es, quoique leur nombre a sûrement diminué;
  • le nombre d’émigrant.es a diminué de 99 %, passant de 1710 à 21;
  • le nombre d’émigrant.es de retour a diminué de 96 %, passant de 1550 à 58; par contre, ce nombre avait fortement augmenté au premier trimestre, passant de 760 en 2019 à 1390 en 2020, probablement en majorité en mars avant que le Canada ferme ses frontières;
  • le solde de l’émigration temporaire a diminué de 99 %, passant de 1100 à 12.

Il est donc clair que la crise a eu un impact colossal sur la migration internationale.

Migrations interprovinciales

COVID-19 et la démographie_4_mig-interprovincialesLes deux graphiques ci-contre présentent les estimations annuelles et trimestrielles des composantes de la migration interprovinciale. Le graphique du haut nous montre que le solde migratoire interprovincial, soit la différence entre les migrant.es entrant.es (barre bleue) et sortant.es (barres rouges) du Québec, a été déficitaire au cours de ces neufs années et que ce déficit a augmenté fortement de 2011-2012 à 2014-2015, passant de 6910 personnes à 16 140, avec près du double de sortant.es (32 750) que d’entrant.es (16 610), avant de diminuer graduellement pour se situer à 1240 en 2019-2020 (26 700 sortant.es et 25 460 entrant.es). La COVID-19 a-t-elle joué un rôle dans ce redressement?

Le graphique du bas nous montre que non. En fait, le trimestre qui a affiché le déficit le plus faible des neuf derniers a été le quatrième de 2019 (déficit de 54 migrant.es ou de 1,1 % des entrant.es) et le seul qui a affiché un solde positif (le premier depuis le quatrième trimestre de 2009) a été le premier de 2020, soit surtout avant la crise, quoique certaines personnes aient pu regagner le Québec en mars en prévision du confinement. Le deuxième trimestre de 2020 a au contraire affiché un déficit de 510 migrant.es ou de 6 % (8310 entrant.es et 8820 sortant.es), déficit du même ordre de grandeur que ceux des trois premiers trimestres de 2019 (entre 340 et 730 migrant.es ou entre 4 et 8 %). Bref, la COVID-19 ne semble pas avoir influencé les migrations interprovinciales de façon significative.

Par tranches d’âge

J’ai aussi tenté d’analyser l’évolution des données annuelles selon l’âge (les données trimestrielles ne contiennent pas de données à ce sujet), mais les résultats ne montrent pas de bris de tendances évidents, même dans les tranches d’âge les plus élevées. Par exemple, le nombre de personnes âgées de 75 ans et plus a augmenté de 3,7 % en 2020, soit plus que la moyenne des huit (2,7 %) et des quatre (3,5 %) années précédentes. Par contre, le nombre de décès de personnes âgées de 75 ans et plus a augmenté de 9,1 % en 2020, soit plus que la moyenne des huit (2,8 %) et des quatre (1,6 %) années précédentes. Bref, les effets du vieillissement de la population surpassent ceux de la surmortalité due à la COVID-19, puisque l’augmentation des décès n’a pas modifié de façon perceptible la croissance de la population âgée. Cela dit, les données trimestrielles aurait peut-être montré un impact plus net de ce côté.

Et alors…

Ce billet a permis de quantifier l’impact démographique de la crise actuelle. Cet impact est nettement négatif pour la croissance de la population. Les principales composantes démographiques de cet impact sont la migration internationale, surtout l’immigration et le solde des résident.es non permanent.es, et les décès. La COVID-19 pourrait aussi avoir un impact négatif sur les naissances d’ici quelques mois selon l’analyse contenue dans le supplément technique (qui souligne en citant de nombreuses recherches l’impact négatif de l’incertitude économique et des inquiétudes générées par une pandémie). C’est ce que nous saurons peut-être dans six mois environ…

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