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Le marché du travail en septembre 2020 et la COVID-19

15 octobre 2020

marché du travail septembre et la COVID 19Après avoir analysé les données de mars à août du Bureau of Labor Statistics (BLS) et de l’Enquête sur la population active (EPA), je vais maintenant commenter celles de septembre, cinquième mois après le creux de l’emploi en avril dû aux mesures de confinement visant à limiter les dégâts de la COVID-19. On verra ici si ma prévision d’une hausse légère de l’emploi au Québec, au Canada et aux États-Unis s’est réalisée.

Septembre 2020 aux États-Unis

Le BLS publie au début de chaque mois (le 2 octobre pour septembre 2020) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey (HS), l’équivalent de l’EPA canadienne, et de l’Establishment Survey (ES), qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) du Canada. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent en général uniquement la variation de l’emploi selon l’ES et le taux de chômage selon la HS. La couverture journalistique de la publication des données de septembre dernier par le BLS n’a pas fait exception, les articles que j’ai lus, dont celui-ci de La Presse, ne retenant que l’ajout de «661 000 emplois seulement» en septembre (sans mentionner que cette donnée vient de l’ES, voir la dernière colonne de ce tableau) et la baisse du taux de chômage de 8,4 % à 7,9 % entre août et septembre (sans mentionner non plus que cette donnée vient de la HS, voir la septième ligne de cet autre tableau), pensant probablement que ces deux données sont liées. Or, elles ne le sont pas et cela est particulièrement évident ce mois-ci.

Si on regarde plus attentivement les données de la dernière colonne du tableau de la HS, on verra que, selon les estimations de cette enquête, il se serait ajouté 275 000 emplois en septembre, soit 386 000 de moins qu’estimé par l’ES (661 000) ou 2,4 fois moins! Comment alors expliquer que le taux de chômage ait diminué autant, face à cette faible hausse? Si on regarde à la dernière ligne de la dernière colonne du tableau de la HS, on verra que le nombre d’inactif.ives a augmenté de 879 000 en septembre, soit un nombre à peine moins élevé que la baisse du nombre de chômeur.euses (970 000). D’ailleurs, le BLS estime dans son communiqué que, en raison des erreurs de classification que j’ai expliquées dans le billet de juin, le taux de chômage devrait être plus élevé, possiblement de 0,4 point de pourcentage. De même, on peut voir que le taux d’activité est passé de 61,7 à 61,4 %, en raison de la baisse de la population active de près de 700 000 personnes. Bref, le taux de chômage a baissé surtout parce que la population a moins confiance en ses possibilités de trouver un emploi! Et cela, je ne l’ai lu ni entendu dans aucun article ou reportage… Entre février et septembre, cela nous donne une baisse de 10,7 millions d’emplois ou de 7,0 % selon l’ES et de 11,2 millions ou de 7,1 % selon l’HS. Ces écarts ne sont pas étonnants, car ces deux enquêtes comportent de nombreuses différences. Par exemple, les périodes de référence de ces deux enquêtes ne sont pas les mêmes (du 6 au 12 septembre pour la HS et la période de paye incluant le 12 septembre pour l’ES, période qui peut être hebdomadaire, aux deux semaines, bimensuelle ou mensuelle), et l’ES ne tient compte que des salarié.es non agricoles, excluant donc les travailleur.euses autonomes et les salarié.es agricoles.

Les attentes à la veille de la publication de ces données étaient supérieures aux résultats des deux enquêtes (prévisions moyennes d’une hausse de 850 000 emplois), mais avec un taux de chômage de 8,2 %, nettement plus élevé que ce que nous montre le rapport de la HS avec son taux de 7,9 %. Le fait que le taux de chômage soit plus bas que prévu, même si l’emploi a beaucoup moins augmenté que prévu, est dû, comme mentionné dans le paragraphe précédent, à la hausse-surprise de l’inactivité. Notons en outre que la hausse de l’emploi en septembre a été réduite en raison de la baisse d’environ 41 000 employé.es temporaires embauché.es pour tenir le recensement de 2020 entre les semaines de référence d’août et de septembre (de 288 000 à 247 000, selon le Census Bureau) et de 350 000 emplois dans les services d’enseignement (total des variations des Educational services, State government education et Local government education, sur ce tableau de l’ES), baisse due en partie au fonctionnement de la désaisonnalisation (l’emploi non désaisonnalisé était resté élevé en juillet et août en raison de la COVID-19, alors qu’il diminue habituellement davantage; en conséquence, sa hausse moins élevée que d’habitude en septembre devient une baisse en données désaisonnalisées).

Les données de la HS permettent aussi de répartir le nombre de personnes qui ont perdu leur emploi entre celles qui sont considérées par le BLS en chômage ou inactives. En effet, si une personne sans emploi n’en cherche pas activement ou ne prévoit pas un rappel dans les quatre semaines qui suivent, elle sera considérée comme inactive. Entre février et septembre, le nombre de personnes en chômage a augmenté de 6,8 millions et le nombre d’inactif.ives de 5,5 millions. Si le taux d’activité s’était maintenu à 63,4 % comme en février (il était de 61,4 % en septembre), il y aurait beaucoup moins de personnes inactives et beaucoup plus de personnes en chômage. Dans ce cas, le taux de chômage en septembre aurait atteint 10,7 % plutôt que 7,9 %, en hausse de 7,2 points de pourcentage plutôt que de 4,4 points depuis février (3,5 %). Notons que ce taux de chômage ajusté montre une amélioration encore plus importante que le taux de chômage officiel par rapport à avril, avec une baisse de 8,3 points de pourcentage (19,0 % en avril par rapport à 10,7 % en septembre), plutôt que de 6,8 points pour le taux officiel (14,7 % en avril et 7,9 % en septembre), ce qui est normal étant donné que le taux d’activité est passé de 60,2 % en avril à 61,4 % en septembre.

Septembre 2020 au Canada

Statistique Canada a publié le 9 octobre son communiqué sur les estimations de l’EPA pour la semaine du 13 au 19 septembre, une semaine après le communiqué et la semaine de référence de la HS des États-Unis. On y apprend notamment que :

  • même si elle a augmenté de près de 380 000 emplois en septembre (ou de 2,1 %), l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées est demeurée inférieure d’environ 720 000 ou de 3,7 % à son niveau de février, baisse nettement moins élevée qu’aux États-Unis (7,1 %, selon les données de la HS, la plus comparable à l’EPA); rappelons-nous que cette baisse atteignait au Canada 3,0 millions d’emplois ou 15,7 % entre février et avril;
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de près de 700 000 personnes ou de 62 % entre février et septembre, malgré une baisse de 214 000 en septembre, faisant passer le taux de chômage de 5,6 % en février à 9,0 % en septembre (en forte baisse par rapport à son sommet de 13,7 % en mai);
  • le nombre de personnes inactives a diminué de 130 000 en août, mais a augmenté de 220 000 entre février et septembre, faisant diminuer le taux d’activité de 65,5 % en février à 65,0 % en septembre (par rapport à son plancher de 59,8 % en avril, alors que le nombre de personnes inactives avait augmenté de près de 1,8 million depuis février); cette baisse importante montre que bien des inactif.ives ont trouvé un emploi ou ont recommencé à en chercher en septembre;
  • si le taux d’activité s’était maintenu à 65,5 % comme en février, il y aurait beaucoup moins de personnes inactives et beaucoup plus de personnes en chômage. Dans ce cas, le taux de chômage en septembre aurait atteint 9,7 % plutôt que 9,0 %, en hausse de 4,1 points de pourcentage plutôt que de 3,4 points depuis février (5,6 %). Notons que ce taux de chômage ajusté montre une amélioration beaucoup plus importante que le taux de chômage officiel par rapport à son niveau maximal de la crise, avec une baisse de 10,8 points de pourcentage (20,5 % en avril par rapport à 9,7 % en septembre), plutôt que de 4,7 points pour le taux officiel (13,7 % en mai et 9,0 % en septembre), ce qui est normal étant donné que le taux d’activité est passé de 59,8 % en avril à 65,0 % en septembre;
  • en plus de la baisse de 720 000 d’emplois depuis février, Statistique Canada souligne que, parmi les personnes en emploi, 605 000 de plus qu’en février (mais 1,9 million de moins qu’en avril) ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles, parfois aucune;
  • selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0032-01, 1,6 million de personnes n’ont travaillé aucune heure en septembre, soit 14 % de plus qu’en septembre 2019 (1,4 million), alors que ce nombre était 134 % plus élevé en avril 2020 qu’en avril 2019 (3,4 millions par rapport à 1,5 million); ainsi, la part des personnes en emploi qui ne travaillaient aucune heure est passée de 7,4 % en février 2020 à 21,3 % en avril, puis à 8,6 % en septembre;
  • selon le tableau 14-10-0289-01, le nombre d’heures travaillées a augmenté de 1,9 % en septembre, faisant passer la baisse entre février et septembre à 6,9 %, soit bien moins qu’entre février et avril (27,7 %); alors que cette baisse entre février et avril était plus élevée que celle du nombre d’emplois de 12,0 points de pourcentage (27,7 % par rapport à 15,7 %), elle ne lui était supérieure que de 3,2 points entre février et septembre (6,9 % par rapport à 3,7 %); cela montre que la baisse des heures travaillées a perdu près des trois quarts de son impact entre avril et septembre;
  • même si l’emploi à temps plein a augmenté davantage que l’emploi à temps partiel en septembre (2,3 % par rapport 1,3 %), l’emploi à temps partiel a moins diminué que l’emploi à temps plein entre février et septembre (2,6 % par rapport à 4,0 %); pourtant, l’emploi à temps partiel avait diminué plus de deux fois plus que l’emploi à temps plein entre février et avril (baisses respectives de 29,5 % et de 12,5 %); cela montre que le travail à temps partiel a subi plus durement que l’emploi à temps plein le confinement (surtout celui du commerce de détail non prioritaire et de la restauration), mais a bénéficié davantage du déconfinement, d’autant plus que certaines entreprises ont rouvert avec des horaires réduits; d’ailleurs, même si l’emploi à temps partiel a diminué de 4,1 % entre septembre 2019 et septembre 2020, le nombre de personnes invoquant un motif involontaire à leur travail à temps partiel a augmenté de 12,8 %, selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0028-01; ainsi, la proportion de personnes travaillant à temps partiel qui le font involontairement est passée de 18,6 % en février à 29,7 % en juillet et à 22,7 % en septembre;
  • l’emploi a diminué de 10,3 % entre février et septembre chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, bien plus que chez les 25 à 54 ans (2,3 %) et les 55 ans et plus (4,1 %), même s’il a augmenté davantage en septembre (5,9 %, par rapport à 1,6 et 1,4 %); sans surprise, le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait de beaucoup celui des deux autres groupes (18,9 % par rapport à 7,3 et 7,9 %).

Septembre 2020 au Québec

La semaine de référence de l’EPA suivait entre autres l’autorisation des sports de combat et l’ouverture des écoles et leurs services de garde. Au Québec :

  • malgré une hausse de près de 77 000 emplois en septembre (ou de 1,8 %) et de plus de 700 000 emplois depuis avril (ou de 19,8 %), l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a diminué d’environ 114 000 ou de 2,6 % entre février et septembre;
  • cette baisse de 2,6 % est nettement inférieure à celle observée dans le reste du Canada (4,1 %); comme on peut le voir dans l’image qui accompagne ce billet, la baisse de l’emploi depuis février au Québec était en septembre la deuxième plus basse au Canada, après le Manitoba (1,8 %), alors que le Québec avait connu la plus forte baisse entre février et avril; ces différences sont en grande partie dues au fait qu’il y avait proportionnellement plus d’industries confinées au Québec que dans le reste du Canada en avril, et moins en septembre (ce qui n’est pas nécessairement une bonne chose, la plus forte intensité de la deuxième vague au Québec le montrant bien);
  • 86 % de l’estimation de la baisse du nombre d’emplois observée entre février et avril a été annulée grâce aux hausses de mai à septembre (707 000 emplois sur 820 500), proportion nettement plus élevée que celle observée dans le reste du Canada (72 %); cet écart aussi est dû aux niveaux de confinement différents;
  • marché du travail septembre et la COVID 19_1entre février et septembre, l’estimation de l’emploi a diminué davantage chez les femmes (de 81 900 emplois ou de 3,9 %) que chez les hommes (de 31 700 emplois ou de 1,4 %); l’écart entre ces deux baisses a légèrement diminué en septembre, passant de 2,8 points de pourcentage entre février et août à 2,5 points entre février et septembre, en raison d’une hausse un peu plus forte de l’emploi chez les femmes en septembre (2,0 % par rapport à 1,7 %);
  • si le nombre d’emplois a globalement diminué de 2,6 % entre février et septembre, cette baisse fut de 4,8 % chez les employé.es (ou salarié.es) du secteur privé, et de 8,2 % chez les travailleur.euses autonomes; pendant ce temps, l’emploi augmentait de 2,6 % chez les employé.es du secteur public, essentiellement dans le secteur de l’éducation, secteur dont les estimations d’emploi ne cessent de surprendre depuis le début de la crise; notons que la marge d’erreur à 95 % de la hausse de l’emploi dans le secteur public depuis février est près de deux fois plus élevée que la hausse de l’estimation de l’emploi, soit de 46 200 par rapport à 25 100; la forte baisse de l’emploi autonome fait de son côté face à une marge d’erreur à 95 % de 46 600 par rapport à la baisse de 45 900 de son estimation;
  • selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0032-01, 400 000 personnes n’ont travaillé aucune heure en septembre, soit 7 % de plus qu’en septembre 2019 (375 000), alors que ce niveau était 142 % plus élevé en avril 2020 qu’en avril 2019 (920 000 par rapport à 380 000); ainsi, la part des personnes en emploi qui ne travaillaient aucune heure est passée de 7,6 % en février 2020 à 26,2 % en avril, puis à 9,4 % en septembre;
  • selon les tableaux 14-10-0036-01 et 14-10-0022-01, le nombre d’heures effectivement travaillées en données non désaisonnalisées a diminué de 4,1 % entre septembre 2019 et septembre 2020, alors que l’emploi n’a diminué que de 2,5 %; cet écart (1,6 point de pourcentage) a toutefois fortement diminué depuis avril, alors qu’il atteignait 12,4 points (baisse des heures travaillées de 30,5 % et de l’emploi de 18,1 % entre avril 2019 et avril 2020); cela montre que la baisse des heures travaillées a perdu 87 % de son impact entre avril et septembre;
  • la baisse du nombre d’heures effectivement travaillées entre septembre 2019 et septembre 2020 fut la plus forte dans les services d’hébergement et de restauration (21,7 % par rapport à une baisse de l’emploi de 15,6 %) et dans les autres services (19,3 % et 15,6 %); ces données nous montrent aussi une baisse de 19,7 % des heures travaillées dans le travail autonome, alors que le nombre d’emplois a diminué de 11,1 %; notons que cette baisse atteignait 48,5 % entre avril 2019 et avril 2020, avec pourtant une baisse de seulement 3,6 % de l’emploi, ce qui montre que les travailleur.euses autonomes tendent à diminuer leurs heures de travail avant d’abandonner leur emploi;
  • l’emploi à temps partiel en données désaisonnalisées a augmenté de 4,1 % en septembre, beaucoup plus que l’emploi à temps plein (1,3 %); entre février et septembre, l’emploi à temps partiel a aussi moins diminué que l’emploi à temps plein (de 1,6 % par rapport à 2,8 %), alors que cet écart était de 19 points entre février et avril à l’avantage de l’emploi à temps plein (baisse de 34 % de l’emploi à temps partiel par rapport à la baisse de 15 % dans l’emploi à temps plein); comme dans l’ensemble du Canada, l’emploi à temps partiel a bénéficié davantage du déconfinement, d’autant plus que certaines entreprises ont rouvert avec des horaires réduits; d’ailleurs, même si l’emploi à temps partiel a diminué de 3,8 % entre septembre 2019 et septembre 2020, le nombre de personnes invoquant un motif involontaire à leur travail à temps partiel a augmenté de 12,0 %, selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0028-01; d’ailleurs la proportion de personnes travaillant à temps partiel qui le font involontairement est passée de 12,4 % en février à 22,9 % en août et à 15,0 % en septembre;
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 137 200 entre février et septembre (ou de 67 %), malgré une baisse de 387 500 entre avril et septembre (ou de 53 %, dont 56 500 en septembre), faisant passer le taux de chômage de 4,5 % en février à 7,4 % en septembre, en baisse de 9,6 points de pourcentage depuis avril (17,0 %);
  • l’estimation du nombre de personnes inactives a augmenté de 13 800 entre février et septembre, soit une proportion sur la hausse de la population (de 37 400) presque identique au taux d’inactivité de février (37 % par rapport 35 %); en conséquence, le taux d’activité a retrouvé en septembre son niveau de février (de 64,7 %), en hausse de 4,3 points de pourcentage par rapport à son niveau plancher d’avril (60,4 %);
  • l’emploi a diminué de 6,4 % entre février et septembre chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, bien plus que chez les 25 à 54 ans (2,1 %) et les 55 ans et plus (1,8 %), même s’il a augmenté davantage en septembre (4,2 %, par rapport à 1,5 et 1,3 %); sans surprise, le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait de beaucoup celui des deux autres groupes (13,1 % par rapport à 6,4 et 6,9 %); notons aussi que le taux d’activité des jeunes était plus élevé en septembre qu’en février (71,5 % par rapport à 71,0 %), ce qui contredit encore une fois la prétention de trop de personnes que la prestation canadienne d’urgence (PCU) et la prestation canadienne d’urgence pour étudiant.es (PCUE), encore offertes en septembre, ont nui à la présence des jeunes sur le marché du travail.

Si le taux d’activité du Québec a retrouvé en septembre son niveau de février, ce n’est pas le cas dans le reste du Canada (65,1 % par rapport à 65,7 %). Cela fait en sorte que la différence entre le taux de chômage au Québec et dans le reste du Canada était sous-estimée par le taux de chômage officiel. En effet, le taux de chômage officiel au Québec était le même que son taux ajusté, soit de 7,4 %, car son taux d’activité a retrouvé en septembre son niveau de février (64,7 %). Dans le reste du Canada, le taux de chômage officiel était de 9,5 %, mais, si son taux d’activité s’était maintenu à 65,7 % comme en février, son taux de chômage aurait atteint 10,4 %, soit 0,9 point de pourcentage de plus que son taux officiel, Ainsi, si la différence entre les taux officiels du Québec et du reste du Canada était en septembre de 2,1 points (7,4 et 9,5 %), la différence entre leurs taux ajustés était de 3,0 points (7,4 et 10,4 %).

L’effet de l’évolution de l’inactivité, du chômage et du taux d’activité a eu des impacts différents selon le sexe et selon l’âge. Ainsi, les taux de chômage officiels et ajustés en fonction du taux d’activité de février ont évolué ainsi au Québec :

  • femmes : le taux de chômage officiel est passé de 4,0 % en février à 17,4 % en avril et à 7,3 % en septembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 4,0 % en février à 21,7 % en avril et à 8,1 % en septembre ;
  • hommes : le taux de chômage officiel est passé de 4,9 % en février à 16,6 % en avril et à 7,5 % en septembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 4,9 % en février à 23,1 % en avril et à 6,8 % en septembre; alors que le taux de chômage officiel des femmes était plus bas que celui des hommes de 0,2 point de pourcentage, son taux de chômage ajusté était plus élevé de 1,3 point;
  • 15 à 24 ans : le taux de chômage officiel est passé de 6,8 % en février à 34,4 % en avril et à 13,1 % en septembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 6,8 % en février à 41,0 % en avril et à 12,6 % en septembre;
  • 25 à 54 ans : le taux de chômage officiel est passé de 3,8 % en février à 13,9 % en avril et à 6,4 % en septembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 3,8 % en février à 17,8 % en avril et à 5,9 % en septembre;
  • 55 ans et plus : le taux de chômage officiel est passé de 5,0 % en février à 15,6 % en avril et à 6,9 % en septembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 5,0 % en février à 24,4 % en avril et à 7,8 % en septembre.

Ces évolutions montrent clairement que ce sont les femmes, les jeunes et les travailleur.euses âgé.es qui ont le plus subi les effets de la crise et qui la subissent encore.

En gardant en tête le fait que les marges d’erreur des estimations de l’emploi de l’EPA sont encore plus importantes avec des données désagrégées comme celles par industrie, je présente dans le tableau qui suit (tiré des données du tableau 14-10-0355-01) la variation de ces estimations par industrie entre août et septembre, et entre février et septembre. J’ai mis en caractère gras dans le tableau les hausses entre août et septembre, et les baisses entre février et septembre les plus importantes.

marché du travail septembre et la COVID 19_2

Seulement deux industries ont connu entre août et septembre des hausses de l’estimation de l’emploi à la fois supérieures à 10 000 emplois et à 5 %. Ces hausses représentent en tout 37 % de la hausse totale de l’emploi entre ces deux mois, soit 37 400 emplois sur 76 700. Cette faible concentration de la hausse de l’emploi montre que la hausse de septembre fut bien répartie et illustre le fait que peu d’activités ont été déconfinées ce mois-là :

  • les services d’enseignement (hausse de 23 000 emplois ou de 7,5 %, probablement un effet de la désaisonnalisation déficiente dans un tel contexte ou de l’ajout de ressources en raison des mesures sanitaires mises en place)
  • les services d’hébergement et de restauration (hausse de 13 500, ou de 6,4 %).

Les quatre baisses les plus importantes (celles de plus de 15 000 emplois et de plus de 5 %) entre février et septembre 2020 représentent en tout 84 % de la baisse totale entre ces deux mois, soit 94 900 emplois sur 113 600. Cette forte concentration montre que la plupart des industries se sont rétablies, et que même certaines avaient en septembre plus d’emplois qu’en février (soit les services d’enseignement, le commerce de gros et de détail et les soins de santé et d’assistance sociale), mais que celles qui ne se sont pas encore rétablies subissent encore durement les effets de la crise :

  • les services d’hébergement et de restauration (baisse de 39 000, ou de 15 %, malgré la hausse de près de 13 500 en septembre);
  • les autres services (19 200 ou de 11 %);
  • le transport et l’entreposage (18 500, ou de 7,5 %);
  • l’information, la culture et les loisirs (18 200, ou de 10 %).

Et après?

Comme la semaine de référence de l’EPA (et du BLS) est cette semaine (du 11 au 17 octobre), on peut déjà dire que la décision du gouvernement du Québec de fermer les salles à manger et les terrasses des restaurants, les salles de spectacle, les casinos, les cinémas, les théâtres, les musées et les salles d’entraînement dans les zones rouges (de plus en plus nombreuses) entraînera une baisse de l’emploi importante au Québec en octobre. Prévues au moins jusqu’à la fin octobre, il est toutefois possible que ces mesures soient maintenues par après. Comme des décisions semblables sont appliquées dans d’autres provinces, on peut s’attendre aussi à une baisse d’emploi dans l’ensemble du Canada. À cela s’ajoutent quelques annonces de licenciements dont celle-ci.

Encore une fois, la situation est plus complexe aux États-Unis. La hausse du nombre d’infections à la COVID-19 depuis la mi-septembre pourrait avoir un effet négatif. En outre, le nombre d’employé.es temporaires embauché.es pour le recensement a continué à diminuer, en fait de plus de 80 000 entre la semaine de référence de septembre et le début octobre, et il a probablement diminué davantage depuis ce temps, pour un total qu’on peut estimer à 150 000. De plus, de grosses entreprises ont annoncé des dizaines de milliers de licenciements (Disney, American Airlines, United Airlines, AllState, Marathon Petroleum, etc.) en raison de la fin du soutien financier de l’État le 30 septembre. Cela dit, d’autres entreprises, dont Amazon et Walmart ont annoncé des embauches, mais sans préciser de date précise. Dans le même sens, le nombre de prestataires de l’assurance-chômage a continué à diminuer, même si le nombre de demandes hebdomadaires a augmenté légèrement au cours de la semaine se terminant le 10 octobre. Au bout du compte, on ne peut pas s’attendre à des mouvements majeurs de l’emploi en octobre dans le rapport du BLS qui sera publié trois jours après l’élection aux États-Unis.

Et alors…

Les constats de ce billet sont un peu différents de ceux des précédents. S’il a permis de constater, comme les précédents, l’adéquation entre la baisse de l’emploi entre février et septembre, surtout par industrie, et les décisions gouvernementales, il a aussi montré que la hausse de l’emploi entre août et septembre était beaucoup plus généralisée que lors des mois précédents. En effet, aucune décision gouvernementale d’importance n’a été adoptée entre les semaines de référence de ces deux mois. Je pensais que les grands facteurs macroéconomiques auraient plus d’impact au cours des prochains mois, mais l’arrivée de la deuxième vague a été accompagnée de nouvelles mesures gouvernementales qui ont inévitablement entraîné de nouvelles pertes d’emploi.

J’ai ce mois-ci modifié la méthode que j’utilisais pour calculer le taux de chômage ajusté pour tenir compte des personnes qui ont perdu un emploi, mais ne sont pas considérées en chômage, mais plutôt inactives, parce qu’elles ne cherchent pas d’emploi. Je l’ai modifiée pour deux raisons. Tout d’abord, la méthode que j’utilisais ne tenait pas compte de la hausse de la population adulte. Au début de cette série, ce n’était pas bien important, mais après sept mois, cela commençait à fausser les résultats de cet ajustement. Ensuite, comme la forte baisse de l’inactivité au cours des derniers mois faisait diminuer (et pratiquement effacer au Québec) la hausse de l’inactivité depuis février, le biais causé par la hausse de la population adulte gagnait en importance. Pire, comme l’inactivité a même diminué pour quelques groupes au Québec (hommes, jeunes et population âgée de 25 à 54 ans), la méthode que j’utilisais n’avait plus de sens. Cela dit, avec la nouvelle méthode que j’ai adoptée ce mois-ci, qui, elle, tient compte de la hausse de la population adulte, cet ajustement demeure pertinent, car il permet de mieux comparer l’impact global de la crise, globalement, entre les territoires et entre les groupes de population.

Je pensais avec la baisse du chômage et de l’inactivité ralentir la fréquence de ces billets, mais l’arrivée de la deuxième vague justifie que je poursuive l’analyse mensuelle des estimations de l’EPA, d’autant plus que les médias continuent à limiter leur analyse à la variation de l’emploi et du taux de chômage, indicateur trompeur si on ne l’interprète pas en lien avec les autres indicateurs, dont l’inactivité. L’arrivée de la deuxième vague nous montre clairement que la crise n’est pas terminée. Continuons donc à suivre les consignes de la sécurité publique si on veut qu’elle se termine le plus rapidement possible et surtout qu’elle ne revienne pas. Alors, gardez vos distances, lavez-vous les mains et mettez un masque quand vous sortez de chez vous!

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