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Lesbos, la honte de l’Europe

19 octobre 2020

Lesbos, la honte de l'EuropePour écrire son livre Lesbos, la honte de l’Europe, Jean Ziegler s’est rendu «à Lesbos, cette île grecque qui abrite le plus grand des cinq centres d’accueil de réfugiés en mer Égée. Sous la haute autorité de l’Union européenne, plus de 18 000 personnes y sont entassées dans des conditions inhumaines, en violation des principes les plus élémentaires des droits».

Chapitre I : «C’est en tant que vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies que je me suis rendu à Lesbos en mai 2019». Île d’une grande beauté, elle a été choisie en 2015 par la Commission européenne et le gouvernement grec, avec quatre autres îles de la mer Égée, comme lieu d’accueil de réfugié.es fuyant la guerre et la torture pour gagner l’Europe. En novembre 2019, on estime que près de 35 000 réfugié.es étaient «parqué.es» sur ces îles, alors qu’elles sont équipées pour en recevoir 6400. Des organisations sont chargé.es d’enquêter sur ces réfugié.es pour chasser les terroristes, pour identifier les réseaux de passeurs, en fait et surtout, pour les empêcher de se rendre en Europe. On ne leur fournit qu’une aide minimale.

Chapitre II : L’auteur décrit comment sont traité.es les réfugié.es qui arrivent à Lesbos, soit très mal, notamment laissé.es sans eau ni nourriture pendant 12 à 24 heures avant leur enregistrement, sans compter que des bateaux de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), de Frontex (agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes «chargée du contrôle et de la gestion des frontières extérieures de l’espace Schengen») et des gardes-côtes grecs et turcs interceptent un grand nombre d’embarcations remplies de réfugié.es avant leur arrivée à Lesbos pour les repousser vers les eaux territoriales turques. Il livre des témoignages de réfugié.es qui ont subi les attaques aux barres de fer et à la mitraillette des équipages de ces bateaux, causant la mort de nombreuses personnes, dont des enfants. Des membres d’organisations non gouvernementales (ONG) parviennent toutefois à en sauver.

Chapitre III : L’auteur montre à quel point la lutte aux migrant.es et aux réfugié.es est payante pour l’industrie de l’armement.

Chapitre IV : L’auteur décrit les conflits entre les militant.es des ONG et Frontex, marqués notamment par des accusations criminelles non fondées contre ces militant.es et même contre des réfugié.es.

Chapitre V : L’auteur explique que le fait de repousser les embarcations de réfugié.es et de les attaquer va à l’encontre de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de la Convention de l’ONU relative au statut des réfugié.es, signées par 193 pays. Il aborde ensuite la question des réfugié.es de la faim, non comprise dans la convention, sujet qui lui tient à cœur, ayant été rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation de 2000 à 2008.

Chapitre VI : «Jamais, dans l’histoire récente, autant d’êtres humains ne se sont trouvés au même moment en fuite», soit environ 60 millions de personnes, dont près d’un million ont tenté de fuir par la mer Égée. C’est pourquoi l’Union européenne a décidé de créer des centres d’accueil (ou de tri…) sur les îles grecques pour répartir ensuite les réfugié.es les plus chanceux.euses dans les 28 pays européens. L’auteur explique pourquoi ce système n’a jamais fonctionné, causant un surpeuplement des camps des îles grecques et la répression en mer.

Chapitre VII : Même averti qu’il subirait un choc, l’auteur fut scandalisé par l’insalubrité extrême des camps de réfugié.es qui n’ont souvent «ni toilettes, ni douches, ni électricité, ni points d’eau», ou si peu. Les maladies sont nombreuses, dont la gale, et les décès sont fréquents.

Chapitre VIII : L’auteur décrit les conséquences d’une tempête qui s’est abattue sur Lesbos en 2018.

Chapitre IX : L’auteur raconte la vie de réfugié.es dans des containers et lhistoire d’une de ces personnes.

Chapitre X : L’auteur présente la tragédie vécue par des rescapé.es du camp de réfugié.es palestinien.nes de Yarmouk en Syrie, ville dévastée par l’armée de Bachar al-Assad.

Chapitre XI : Ce chapitre porte sur le droit à l’alimentation, bafoué en bonne partie à Lesbos.

Chapitre XII : L’auteur revient sur la guerre qui a sévi de 1919 à 1922 entre la Grèce et la Turquie, et sur ses conséquences sur les îles grecques où un bon nombre de Grec.ques venant de Turquie se sont réfugié.es. Il aborde aussi les relations solidaires entre les réfugié.es et les habitants de Lesbos, et le travail des ONG pour aider les réfugié,es dans de nombreux domaines (accueil, défense juridique, soins de santé et d’hygiène, etc.).

Chapitre XIII : Ce chapitre porte sur une nouvelle entente négociée entre l’Union européenne et la Turquie en 2016 qui permettait notamment le refus en Europe de réfugié.es provenant de pays autres que la Syrie. Mais, cet accord fut un échec. Il a toutefois donné plus de pouvoir au Bureau européen d’appui en matière d’asile (que l’auteur appelle l’EASO, selon l’acronyme anglais), censément créé pour accélérer le traitement des demandes d’asile, organisme fortement critiqué pour son travail bâclé et ses délais de traitement des cas.

Chapitre XIV : L’auteur montre que la Convention relative aux droits de l’enfant (non signée par les États-Unis) est bafouée à Lesbos (notamment), où pourtant plus de 35 % des réfugié.es sont des enfants. On n’y trouve ni école ni service de garde, même si des enfants y restent des années, dont des enfants non accompagnés. Et les abus sexuels y sont fréquents.

Chapitre XV : L’auteur raconte certains des hauts faits du Haut-Commissariat pour les réfugié.es (HCR) depuis sa création en 1933 (notamment pour aider les juifs qui quittaient l’Allemagne), mais attaché à l’ONU seulement en 1950. Il déplore et s’explique mal son absence à Lesbos.

Chapitre XVI : L’auteur note que le concept de «personne vulnérable» (enfants, femmes enceintes, personnes atteintes de maladies graves, etc.), pourtant présent dans la législation grecque, n’est pas appliqué à Lesbos. Il décrit ensuite le travail de Médecins sans frontières sur l’île, avec une mission «prioritairement destinée aux soins psychiatriques» notamment auprès des enfants traumatisés qui sont nombreux à s’automutiler.

Chapitre XVII : Le traitement scandaleux des réfugié.es à Lesbos (et dans les autres camps du genre qui se multiplient) est en bonne partie le résultat des conflits politiques en Europe, notamment en raison de l’arrivée au pouvoir de gouvernements d’extrême droite, surtout dans l’est du continent. Selon l’auteur, pour que cette situation s’améliore, «seule l’action collective des militant.es des mouvements sociaux et autres organisations de la société civile a quelque chance d’aboutir». Et, pendant ce temps, des milliers de personnes continuent de mourir en tentant de traverser la mer Méditerranée et les réfugié.es qui survivent sont traité.es de façon ignoble.

Chapitre XVIII : Cette courte conclusion est un appel à mettre fin à ce que l’auteur appelle «la honte de l’Europe».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Jean Ziegler excelle dans ses livres dénonçant des injustices. On se rappellera Destruction massive – Géopolitique de la faim qui illustrait de façon éloquente l’horreur de la faim dans le monde (voir ce billet). Ici aussi, il sait présenter des cas concrets et mettre des visages derrière une tragédie dont on entend parler de temps en temps. En plus, ce livre a été écrit avant l’incendie qui a dévasté le camp de Moria à Lesbos au début septembre, alors que les directives de confinement dues à la propagation de la COVID-19 avaient détérioré davantage les conditions de vie des réfugié.es. Et ce n’est pas cet incendie qui a amélioré les choses, même si on peut espérer que l’attention accordée à leurs conditions de vie réveille les autorités européennes (et autres). Malheureusement, rien n’est garanti, surtout si on considère l’adoption d’un nouveau pacte européen sur la migration et l’asile plus tard en septembre, qui prévoit notamment le durcissement sur les renvois des migrants irréguliers et des contrôles accrus aux frontières extérieures, et qui est considéré par des eurodéputé.es et des ONG, dont Oxfam, comme une victoire des pays d’extrême droite anti-immigration.

La lecture de ce court livre (144 pages, selon l’éditeur) demeure essentielle pour mieux connaître cette situation et la dénoncer. Finalement, les notes, surtout des références, mais aussi quelques compléments d’information, sont en bas de page.

One Comment leave one →
  1. 3 novembre 2020 14 h 53 min

    Un texte intéressant sur les conséquences de la COVID-19 sur les camps de réfugié.es et sur la situation des migrant.es :

    Trajectoires et détours migratoires à l’heure de la COVID-19

    revuelespritlibre.org/trajectoires-et-detours-migratoires-lheure-de-la-covid-19

    J’aime

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