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Le coup d’État climatique

2 novembre 2020

coup d'État climatiqueAvec son livre Le coup d’État climatique, le philosophe français Mark Alizart avance qu’il «n’y a pas de crise climatique. Il y a une volonté politique que le climat soit en crise». Quand des États «ne se bornent pas à douter des scientifiques, mais les intimident : on peut affirmer qu’ils font tout pour que la planète soit détruite».

1. Parce que c’est notre projet : Maintenant que l’excuse de l’ignorance des conséquences du réchauffement climatique n’existe plus, même du côté des lobbyistes des sociétés les plus émettrices de gaz à effet de serre (GES), il est clair que ceux qui aggravent la crise climatique le font en connaissance de cause. De là à conclure qu’ils le font volontairement, il n’y a qu’un pas que l’auteur franchit sans hésitation.

2. La fin du monde, et après ? : Cette volonté de viser carrément l’aggravation de la crise climatique a été longtemps rejetée, notamment par Greta Thunberg, mais force est de constater que de nombreuses sociétés (et même des gouvernements) profitent des catastrophes qui se multiplient et qui continueront à le faire. L’auteur donne quelques exemples des «occasions d’affaires» qu’elles procurent à des sociétés et des occasions politiques qu’elles permettent à des gouvernements.

3. Carbofascisme : Si certain.es politicien.es populistes nient le réchauffement climatique, d’autres agissent pour qu’il survienne le plus tôt possible, notamment parce qu’ils et elles veulent «faire s’effondrer le gouvernement pour reconstruire sur ses cendres».

4. Marée blanche: L’auteur fait ressortir l’aspect raciste du laisser-faire en matière de réchauffement climatique, notamment parce que ses principales victimes ne sont pas blanches et occidentales.

5. Comment nous n’allons pas sauver le monde : «Nous avons besoin aujourd’hui d’écologistes qui comprennent que le capitalisme ne peut être vaincu qu’à la condition de vaincre sa métastase carbofasciste».

6. ClimAct Up : L’auteur raconte la stratégie en trois volets (unir les forces, mobiliser la technologie et susciter l’espoir) utilisée par Act Up pour lutter contre le sida et propose que la lutte contre la crise climatique adopte une stratégie semblable.

7. Malheureuse sobriété : Le mouvement écologiste doit montrer :

  • que tous ne seront pas touchés également, les plus grandes victimes étant les jeunes, les plus pauvres et les populations des pays en développement;
  • que la frugalité par les victimes ne résoudra rien, et que les privilégié.es doivent aussi faire leur part;
  • qu’il ne faut pas confondre la lutte contre la surconsommation avec la lutte contre la consommation (les pauvres doivent aussi consommer pour vivre);
  • que la taxe sur le carbone doit s’appliquer sur tous les biens de consommation, pas seulement sur ceux qui émettent le plus de GES.

8. L’armée verte : Ce chapitre porte sur les actions du groupe Extinction Rebellion (XR). L’auteur les approuve dans une certaine mesure, mais reproche à XR de ne pas miser sur les changements technologiques pour combattre le réchauffement climatique. Si certaines des techniques qu’il propose sont pertinentes (bioplastiques, reforestation, etc.), d’autres me le semblent moins (géo-ingénierie, séquestration du carbone, etc.). Il propose aussi la formation d’une armée verte visant par exemple à agir «contre la pêche illégale et les dégazages clandestins» (ça me va).

9. Il ne faut pas désespérer Gaïa : L’auteur considère que le grand problème avec les thèses collapsologiques est qu’elles font perdre l’espoir, ce qui va à l’encontre du troisième volet de la stratégie utilisée par Act Up que l’auteur aimerait que le mouvement écologiste adopte. Il faut donc présenter des possibilités attrayantes des résultats de la lutte contre la crise climatique.

10. Le monde est à nous! : L’auteur conclut sur une note optimiste.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Pas vraiment. Comme tous les livres à thèse, celui-ci écarte les arguments qui affaibliraient sa thèse et se concentre sur ceux qui l’appuient. Même là, ces arguments me semblent faibles et orientés. Prétendre que les puissants veulent détruire une grande partie de la planète exige pourtant des arguments convaincants et non pas une série de suppositions et de raisonnements plus conspirationnistes que valables. Oui, la crise climatique est intimement liée au capitalisme, mais bien plus en raison de ses objectifs de profits à court terme et de son biais pour le présent (biais partagé à divers degrés par l’ensemble des êtres humains), qu’à une volonté stricte que les prévisions des expert.es en climat se réalisent et qu’une partie de la planète devienne invivable. Cela dit, il est vrai qu’il y aura toujours des capitalistes qui n’hésiteront pas à profiter des «occasions d’affaires» que la crise leur offrira, comme ils n’hésiteraient pas à profiter de celles que la lutte au réchauffement climatique leur offrirait.

Si son appui aux solutions technologiques, dont à la géo-ingénierie, m’étonne et ne me convainc pas (même si certaines techniques qu’il mentionne peuvent sans contredit aider), ce livre contient tout de même de bonnes analyses. De fait, nous ne sommes pas égaux face à la crise et certaines solutions que l’auteur propose se tiennent et sont recommandables. Autres bons points, ce livre est court (96 pages, selon l’éditeur) et de petit format (je l’ai lu en moins d’une journée), et les notes sont en bas de page.

Le prochain livre que je présenterai ici portera aussi sur l’environnement et la crise environnementale, mais est beaucoup plus recommandable!

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