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Le marché du travail en octobre 2020 et la COVID-19

12 novembre 2020

marché du travail en octobre 2020 et la COVID-19Après avoir analysé les données de mars à septembre du Bureau of Labor Statistics (BLS) et de l’Enquête sur la population active (EPA), je vais maintenant commenter celles d’octobre, sixième mois après le creux de l’emploi en avril dû aux mesures gouvernementales et aux changements de comportement de la population visant à limiter les dégâts de la COVID-19. On verra ici si mes prévisions d’une baisse de l’emploi au Québec et au Canada, et d’une légère hausse aux États-Unis se sont réalisées.

Octobre 2020 aux États-Unis

Le BLS publie au début de chaque mois (le 6 novembre pour octobre 2020) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey (HS), l’équivalent de l’EPA canadienne, et de l’Establishment Survey (ES), qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) du Canada. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent en général uniquement la variation de l’emploi selon l’ES et le taux de chômage selon la HS. La couverture journalistique de la publication des données d’octobre par le BLS n’a pas fait exception, les articles que j’ai lus, dont celui-ci de La Presse, ne retenant que l’ajout de «638 000 emplois» en octobre (sans mentionner que cette donnée vient de l’ES, voir la dernière colonne de ce tableau) et la baisse du taux de chômage de 7,9 % à 6,9 % (sans mentionner non plus que cette donnée vient de la HS, voir la septième ligne de cet autre tableau), pensant probablement que ces deux données sont liées. Or, elles ne le sont pas et cela est particulièrement évident ce mois-ci.

Si on regarde les données de la dernière colonne du tableau de la HS, on verra qu’il se serait ajouté 2 243 000 emplois en octobre, soit 1 605 000 de plus qu’estimé par l’ES (638 000) ou 3,5 fois plus! Cela explique que le taux de chômage ait diminué autant (de 7,9 à 6,9 %), soit beaucoup plus que prévu (7,6 %), même si l’emploi selon la ES a augmenté d’un nombre d’emplois très semblable aux prévisions (638 000 par rapport à 600 000). Cela dit, le BLS estime dans son communiqué que, en raison des erreurs de classification que j’ai expliquées dans le billet de juin, le taux de chômage devrait être plus élevé, possiblement de 0,3 point de pourcentage, soit à 7,2 %. Entre février et octobre, la baisse fut de 10,1 millions d’emplois ou de 6,6 % selon l’ES et d’un peu moins de 9 millions ou de 5,6 % selon la HS. Les écarts entre les résultats de ces deux enquêtes ne sont pas étonnants, car elles comportent de nombreuses différences. Par exemple, les périodes de référence de ces deux enquêtes ne sont pas les mêmes (du 11 au 17 octobre pour la HS et la période de paye incluant le 12 octobre pour l’ES, période qui peut être hebdomadaire, aux deux semaines, bimensuelle ou mensuelle), et l’ES ne tient compte que des salarié.es non agricoles, excluant donc les travailleur.euses autonomes et les salarié.es agricoles.

Notons en outre que la hausse de l’emploi en octobre a été réduite en raison de la baisse, entre les semaines de référence de septembre et d’octobre, d’environ 147 300 emplois temporaires créés pour tenir le recensement de 2020 (de 246 800 à 99 500, selon le Census Bureau) et de 180 000 emplois dans les services d’enseignement (total des variations des Educational services, State government education et Local government education, sur ce tableau de l’ES), baisse due en partie au fonctionnement de la désaisonnalisation (l’emploi non désaisonnalisé était resté élevé en juillet et août en raison de la COVID-19, alors qu’il diminue habituellement davantage; en conséquence, sa hausse moins élevée que d’habitude en septembre et en octobre devient une baisse en données désaisonnalisées).

Les données de la HS permettent aussi de répartir le nombre de personnes qui ont perdu leur emploi entre celles qui sont considérées par le BLS en chômage ou inactives. En effet, si une personne sans emploi n’en cherche pas activement ou ne prévoit pas un rappel dans les quatre semaines qui suivent, elle sera considérée comme inactive. Entre février et octobre, le nombre de personnes en chômage a augmenté de 5,3 millions et le nombre d’inactif.ives de 5,0 millions. Si le taux d’activité s’était maintenu à 63,4 % comme en février (il était de 61,7 % en octobre), il y aurait beaucoup moins de personnes inactives et beaucoup plus de personnes en chômage. Dans ce cas, le taux de chômage en octobre aurait atteint 9,4 % plutôt que 6,9 %, en hausse de 5,9 points de pourcentage plutôt que de 3,4 points depuis février (3,5 %). Notons que ce taux de chômage ajusté montre une amélioration encore plus importante que le taux de chômage officiel par rapport à avril, avec une baisse de 9,6 points de pourcentage (19,0 % en avril par rapport à 9,4 % en octobre), plutôt que de 7,8 points pour le taux officiel (14,7 % en avril et 6,9 % en octobre), ce qui est normal étant donné que le taux d’activité est passé de 60,2 % en avril à 61,7 % en octobre.

Octobre 2020 au Canada

Statistique Canada a publié le 6 novembre son communiqué sur les estimations de l’EPA pour la semaine du 11 au 17 octobre. On y apprend notamment que :

  • même si elle a augmenté de près de 85 000 emplois en octobre (ou de 0,5 %), l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées est demeurée inférieure d’environ 635 000 ou de 3,3 % à son niveau de février, baisse nettement moins élevée qu’aux États-Unis (5,6 %, selon les données de la HS, la plus comparable à l’EPA); rappelons-nous que cette baisse atteignait au Canada 3,0 millions d’emplois ou 15,7 % entre février et avril;
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 683 000 personnes ou de 60 % entre février et octobre, malgré une baisse de 16 000 en octobre, faisant passer le taux de chômage de 5,6 % en février à 8,9 % en octobre (en forte baisse par rapport à son sommet de 13,7 % en mai);
  • le nombre de personnes inactives a diminué de 44 000 en octobre, mais a augmenté de 175 000 entre février et octobre, faisant diminuer le taux d’activité de 65,5 % en février à 65,2 % en octobre (par rapport à son plancher de 59,8 % en avril, alors que le nombre de personnes inactives avait augmenté de près de 1,8 million depuis février); cette baisse importante montre qu’il reste beaucoup moins de personnes qui ont perdu leur emploi en raison de la crise qui n’ont pas trouvé un emploi ou qui n’ont pas recommencé à en chercher;
  • si le taux d’activité s’était maintenu à 65,5 % comme en février, il y aurait moins de personnes inactives et plus de personnes en chômage. Dans ce cas, le taux de chômage en octobre aurait atteint 9,4 % plutôt que 8,9 %, en hausse de 3,8 points de pourcentage plutôt que de 3,3 points depuis février (5,6 %). Notons que ce taux de chômage ajusté montre une amélioration beaucoup plus importante que le taux de chômage officiel par rapport à son niveau maximal de la crise, avec une baisse de 11,1 points de pourcentage (20,5 % en avril par rapport à 9,4 % en octobre), plutôt que de 4,8 points pour le taux officiel (13,7 % en mai et 8,9 % en octobre), ce qui est normal étant donné que le taux d’activité est passé de 59,8 % en avril à 65,2 % en octobre;
  • en plus de la baisse de 635 000 d’emplois depuis février, Statistique Canada souligne que, parmi les personnes en emploi, 433 000 de plus qu’en février (mais 2,1 millions de moins qu’en avril) ont travaillé en octobre moins de la moitié de leurs heures habituelles, parfois aucune;
  • selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0032-01, 1,6 million de personnes n’ont travaillé aucune heure en octobre, soit 12 % de plus qu’en octobre 2019 (1,4 million), alors que ce niveau était 134 % plus élevé en avril 2020 qu’en avril 2019 (3,4 millions par rapport à 1,5 million); ainsi, la part des personnes en emploi qui ne travaillaient aucune heure est passée de 7,4 % en février 2020 à 21,3 % en avril, puis à 8,5 % en octobre;
  • selon le tableau 14-10-0289-01, le nombre d’heures travaillées a augmenté de 0,8 % en octobre, faisant passer la baisse entre février et octobre à 6,1 %, soit bien moins qu’entre février et avril (27,7 %); alors que cette baisse entre février et avril était plus élevée que celle du nombre d’emplois de 12,0 points de pourcentage (27,7 % par rapport à 15,7 %), elle ne lui était supérieure que de 2,8 points entre février et octobre (6,1 % par rapport à 3,3 %); cela montre que la baisse des heures travaillées a perdu plus des trois quarts de son impact entre avril et octobre;
  • même si l’emploi à temps plein a augmenté un peu plus que l’emploi à temps partiel en octobre (0,5 % par rapport 0,4 %), l’emploi à temps partiel a moins diminué que l’emploi à temps plein entre février et octobre (2,2 % par rapport à 3,6 %); pourtant, l’emploi à temps partiel avait diminué plus de deux fois plus que l’emploi à temps plein entre février et avril (baisses respectives de 29,5 % et de 12,5 %); cela montre que le travail à temps partiel a subi plus durement que l’emploi à temps plein le confinement (surtout celui du commerce de détail non prioritaire et de la restauration), mais a bénéficié davantage du déconfinement, d’autant plus que certaines entreprises ont rouvert avec des horaires réduits; d’ailleurs, même si l’emploi à temps partiel a diminué de 3,8 % entre octobre 2019 et octobre 2020, le nombre de personnes invoquant un motif involontaire à leur travail à temps partiel a augmenté de 27,3 %, selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0028-01; ainsi, la proportion de personnes travaillant à temps partiel qui le font involontairement est passée de 18,6 % en février à 29,7 % en juillet et à 23,0 % en octobre;
  • l’emploi a diminué de 10,2 % entre février et octobre chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, bien plus que chez les 25 à 54 ans (1,7 %) et les 55 ans et plus (3,8 %); il a d’ailleurs aussi moins augmenté en octobre (0,1 %, par rapport à 0,5 et 0,4 %); sans surprise, le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait de beaucoup celui des deux autres groupes (18,8 % par rapport à 7,1 et à 7,9 %).

Octobre 2020 au Québec

La semaine de référence de l’EPA suivait la décision du gouvernement du Québec de fermer les salles à manger et les terrasses des restaurants, les salles de spectacle, les casinos, les cinémas, les théâtres, les musées et les salles d’entraînement dans les zones rouges (de plus en plus nombreuses). Au Québec :

  • après cinq hausses consécutives, l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a diminué de 13 000 en octobre (ou de 0,3 %), pour une baisse d’environ 126 000 ou de 2,9 % entre février et octobre, malgré une hausse de 694 000 emplois depuis avril (ou de 19,5 %);
  • cette baisse de 2,9 % est demeurée inférieure à celle observée dans le reste du Canada (3,3 %); après s’être classée au deuxième rang en septembre, la baisse de l’emploi depuis février au Québec était en octobre la sixième plus basse au Canada (comme on peut le voir dans l’image qui accompagne ce billet), alors que le Québec avait connu la plus forte baisse entre février et avril; l’ampleur de ces baisses est en grande partie due aux différences dans les mesures prises dans les provinces pour combattre la COVID-19;
  • 85 % de l’estimation de la baisse du nombre d’emplois observée entre février et avril a été annulée grâce à la hausse observée de mai à octobre (694 000 emplois sur 820 500), proportion nettement plus élevée que celle observée dans le reste du Canada (77 %) et aux États-Unis (entre 55 et 65 %, selon l’enquête);
  • marché du travail en octobre 2020 et la COVID-19_1entre février et octobre, l’estimation de l’emploi a diminué davantage chez les femmes (de 82 600 emplois ou de 3,9 %) que chez les hommes (de 43 900 emplois ou de 1,9 %); l’écart entre ces deux baisses a légèrement diminué en octobre, passant de 2,5 points de pourcentage entre février et septembre à 2,0 points entre février et octobre, en raison d’une baisse plus forte de l’emploi chez les hommes en octobre (12 200 emplois par rapport à 700);
  • si le nombre d’emplois a globalement diminué de 2,9 % entre février et octobre, cette baisse fut de 3,6 % chez les employé.es (ou salarié.es) du secteur privé, et de 4,8 % chez les travailleur.euses autonomes; pendant ce temps, l’emploi augmentait de 0,3 % chez les employé.es du secteur public, essentiellement dans le secteur de l’éducation, secteur dont les estimations d’emploi ne cessent de surprendre depuis le début de la crise; notons que les variations de l’emploi dans le secteur public et dans l’emploi autonome depuis février doivent être interprétées prudemment, car leur marge d’erreur à 95 % est beaucoup plus élevée que ces variations;
  • selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0032-01, 380 000 personnes n’ont travaillé aucune heure en octobre, soit 2 % de plus qu’en octobre 2019 (375 000), alors que ce niveau était 142 % plus élevé en avril 2020 qu’en avril 2019 (920 000 par rapport à 380 000); ainsi, la part des personnes en emploi qui ne travaillaient aucune heure est passée de 7,6 % en février 2020 à 26,2 % en avril, puis à 8,8 % en octobre;
  • selon les tableaux 14-10-0036-01 et 14-10-0022-01, le nombre d’heures effectivement travaillées en données non désaisonnalisées a augmenté de 1,1 % entre octobre 2019 et octobre 2020, alors que l’emploi a diminué de 2,6 %; ce constat est très étonnant, face aux baisses importantes observées de mars à septembre, baisses toujours plus importantes que celles de l’emploi, surtout en avril (baisse des heures travaillées de 30,5 % et de l’emploi de 18,1 % entre avril 2019 et avril 2020); la hausse des heures travaillées en octobre s’est surtout manifestée chez les personnes qui ont travaillé 40 heures et plus au cours de la semaine de référence;
  • la hausse du nombre d’heures effectivement travaillées par rapport à la hausse de l’emploi entre octobre 2019 et octobre 2020 fut la plus forte dans l’agriculture (hausse de 24 % par rapport à une hausse de l’emploi de 7 %), dans les services publics (hausse de 9 % par rapport à une stabilité de l’emploi), les administrations publiques (hausse de 2 % par rapport à une baisse de l’emploi de 6 %) et le commerce de gros et de détail (hausse de 8 % par rapport à une hausse de l’emploi de 1 %); à l’inverse, le nombre d’heures effectivement travaillées a diminué davantage que l’emploi dans quelques industries, dont l’information, culture et loisirs (baisse de 19 % par rapport à une baisse de l’emploi de 14 %), et les services d’hébergement et de restauration (baisse de 34 % par rapport à une baisse de l’emploi de 31 %);
  • l’emploi à temps partiel en données désaisonnalisées a baissé de 4,4 % en octobre, alors que l’emploi à temps plein a augmenté de 0,6 %, reflet des secteurs confinés à nouveau ce mois-là, dont les restaurants; entre février et octobre, l’emploi à temps partiel a aussi diminué davantage que l’emploi à temps plein (de 5,9 % par rapport à 2,2 %); cet écart de 3,7 points de pourcentage était de 19 points entre février et avril (baisse de 34 % de l’emploi à temps partiel par rapport à la baisse de 15 % dans l’emploi à temps plein);
  • même si l’emploi à temps partiel a diminué de 8,6 % entre octobre 2019 et octobre 2020, le nombre de personnes invoquant un motif involontaire à leur travail à temps partiel a augmenté de 19,9 %, selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0028-01; d’ailleurs, la proportion de personnes travaillant à temps partiel qui le font involontairement est passée de 12,4 % en février à 22,9 % en août et à 15,1 % en octobre;
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 149 500 entre février et octobre (ou de 73 %), dont 12 300 en octobre, malgré une baisse de 375 200 entre avril et octobre (ou de 51 %), faisant passer le taux de chômage de 4,5 % en février à 7,7 % en octobre, taux tout de même en baisse de 9,3 points de pourcentage depuis avril (17,0 %);
  • l’estimation du nombre de personnes inactives a augmenté de 19 500 entre février et octobre, soit une proportion sur la hausse de la population adulte (de 42 500) à peine supérieure au taux d’inactivité de février (45 % par rapport 35 %); en conséquence, le taux d’activité a presque retrouvé en octobre son niveau de février (64,6 % par rapport à 64,7 %), en hausse de 4,2 points de pourcentage par rapport à son niveau plancher d’avril (60,4 %);
  • l’emploi a diminué de 10,6 % entre février et octobre chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans (notamment en raison de la baisse de 4,5 % en octobre, probablement en bonne partie à la suite de la fermeture des terrasses et des salles à manger des restaurants), bien plus que chez les 25 à 54 ans (2,5 %), alors que l’emploi des 55 ans et plus a augmenté de 0,7 % (en raison d’une hausse de 2,6 % en octobre); sans surprise, le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait de beaucoup celui des deux autres groupes (14,8 % par rapport à 6,3 et 7,3 %).

Si le taux d’activité du Québec a presque retrouvé en octobre son niveau de février, c’est moins le cas dans le reste du Canada (65,4 % par rapport à 65,7 %). Cela fait en sorte que la différence entre le taux de chômage au Québec et dans le reste du Canada était sous-estimée par le taux de chômage officiel. En effet, le taux de chômage officiel au Québec (7,7 %) était à peine un peu plus bas que son taux ajusté (7,8 %). Dans le reste du Canada, le taux de chômage officiel était de 9,3 %, mais, si son taux d’activité s’était maintenu à 65,7 % comme en février, son taux de chômage aurait atteint 9,8 %, soit 0,5 point de pourcentage de plus que son taux officiel, Ainsi, si la différence entre les taux officiels du Québec et du reste du Canada était en octobre de 1,6 point (7,7 et 9,3 %), la différence entre leurs taux ajustés était de 2,0 points (7,8 et 9,8 %), ce qui traduit mieux l’écart de la détérioration du marché du travail entre les deux territoires.

L’effet de l’évolution de l’inactivité, du chômage et du taux d’activité a eu des impacts différents selon le sexe et selon l’âge. Ainsi, les taux de chômage officiels et ajustés en fonction du taux d’activité de février ont évolué ainsi au Québec :

  • femmes : le taux de chômage officiel est passé de 4,0 % en février à 17,4 % en avril et à 6,9 % en octobre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 4,0 % en février à 21,8 % en avril et à 8,2 % en octobre ;
  • hommes : le taux de chômage officiel est passé de 4,9 % en février à 16,6 % en avril et à 8,3 % en octobre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 4,9 % en février à 23,1 % en avril et à 7,4 % en octobre; alors que le taux de chômage officiel des femmes était plus bas que celui des hommes de 1,4 point de pourcentage (6,9 % par rapport à 8,3 %), son taux de chômage ajusté était plus élevé de 0,8 point (8,2 % par rapport à 7,4 %);
  • 15 à 24 ans : le taux de chômage officiel est passé de 6,8 % en février à 34,4 % en avril et à 14,8 % en octobre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 6,8 % en février à 41,0 % en avril et à 16,5 % en octobre;
  • 25 à 54 ans : le taux de chômage officiel est passé de 3,8 % en février à 13,9 % en avril et à 6,3 % en octobre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 3,8 % en février à 17,8 % en avril et à 6,3 % en octobre;
  • 55 ans et plus : le taux de chômage officiel est passé de 5,0 % en février à 15,6 % en avril et à 7,3 % en octobre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 5,0 % en février à 24,4 % en avril et à 5,5 % en octobre.

Ces évolutions montrent clairement que ce sont les femmes et encore plus les jeunes qui ont subi le plus durement les effets de la crise et qui la subissent encore.

En gardant en tête le fait que les marges d’erreur des estimations de l’emploi de l’EPA sont encore plus importantes avec des données désagrégées comme celles par industrie, je présente dans le tableau qui suit (tiré des données du tableau 14-10-0355-01) la variation de ces estimations par industrie entre septembre et octobre, et entre février et octobre. J’ai mis en caractère gras dans le tableau les hausses et les baisses les plus importantes.

marché du travail en octobre 2020 et la COVID-19_2

Les baisses de l’estimation de l’emploi entre septembre et octobre à la fois supérieures à 10 000 emplois et à 5 % se sont concentrées dans deux industries, soit l’information, la culture et les loisirs (baisse de 11 400, ou de 7 %) et les services d’hébergement et de restauration (baisse de 41 400, ou de 19 %), soit les deux industries qui ont subi les fermetures mentionnées au début de cette section. En fait, l’estimation de l’emploi dans les autres industries a augmenté de 40 000 emplois, sans concentration notable, si ce n’est dans la finance, assurances, services immobiliers et de location (hausse de 14 000 emplois ou de 6 %), fort probablement dans l’immobilier et la location, sous-secteurs les plus touchés par la crise entre février et août, selon les données de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (voir ce billet).

Les quatre baisses les plus importantes (celles d’au moins 15 000 emplois et 5 %) entre février et octobre 2020 représentent en tout 120 % de la baisse totale entre ces deux mois, soit 151 400 emplois sur 126 500. Cette concentration supérieure à 100 % montre que l’emploi dans les autres industries a augmenté. Les services d’enseignement sont de loin l’industrie qui a connu la plus forte hausse d’emploi (de 32 100 emplois ou de 10,1 %). Décidément, les estimations d’emploi pour cette industrie me feront toujours gratter la tête! Cela dit, certaines industries qui ne se sont pas encore rétablies subissent encore durement les effets de la crise :

  • les services d’hébergement et de restauration (baisse de 80 300 emplois, ou de 31 %);
  • l’information, la culture et les loisirs (29 600 ou 16 %);
  • la fabrication (25 000 ou 5 %);
  • les autres services (16 200 ou 9 %).

Et après?

Même si la semaine de référence de l’EPA sera la semaine prochaine, soit du 15 au 21 octobre (celle de la HS est cette semaine), on peut déjà dire que les décisions du gouvernement du Québec d’ajouter des régions dans les zones rouges entraîneront une baisse de l’emploi au Québec en novembre, quoique moins importante qu’en octobre. En fait, comme cette baisse serait probablement dans la marge d’erreur, les données pourraient peut-être montrer une stabilité, voire une faible hausse. Même si le nombre d’infections à la COVID-19 est en hausse dans le reste du Canada, je dois avouer que je ne connais pas assez bien les décisions de confinement qui y ont été prises pour me prononcer sur leur effet sur l’emploi (je sais seulement que Toronto vient de prendre des mesures semblables à celles prises au Québec), d’autant plus que je me suis trompé le mois précédent, m’attendant à une baisse de l’emploi alors qu’il a augmenté.

La situation aux États-Unis dépend de facteurs allant dans des sens opposés. Le nombre d’infections à la COVID-19 a atteint cette semaine près du double du sommet de la première vague et rien ne semble vouloir ralentir cette tendance. Cette hausse devrait avoir un effet négatif sur l’emploi, mais les gouvernements des États les plus atteints ne semblent pas vouloir prendre de mesures supplémentaires pour protéger leur population. L’annonce de l’arrivée éventuelle d’un ou de plusieurs vaccins efficaces pourrait retarder l’adoption de mesures pour faire diminuer le nombre de cas, mais je renonce à prévoir les décisions des autorités de ce pays et le comportement de sa population. En outre, comme il reste moins d’employé.es temporaires embauché.es pour le recensement, leur nombre baissera moins le mois prochain. De même, l’effet saisonnier de la baisse du nombre d’emplois dans le secteur de l’enseignement devrait s’estomper. Dans le même sens, le nombre de prestataires de l’assurance-chômage a continué à diminuer récemment. Au bout du compte, on ne peut pas s’attendre à des mouvements majeurs de l’emploi en novembre dans le rapport du BLS, qui devrait montrer une légère hausse de l’emploi.

Et alors…

Ce billet a montré la première baisse de l’emploi au Québec depuis avril, même si elle fut beaucoup moins importante que je m’y attendais. Il a aussi permis de constater, comme les précédents, l’adéquation entre les variations de l’emploi, surtout par industrie, et les décisions gouvernementales. Il a aussi montré que l’emploi a continué à augmenter entre septembre et octobre dans les industries non touchées par les décisions gouvernementales, ce qui m’a un peu étonné. Finalement, la hausse du nombre d’heures effectivement travaillées au Québec entre octobre 2019 et octobre 2020 m’a encore plus surpris. On verra le mois prochain s’il s’agit d’un phénomène temporaire ou persistant, car il est fort possible que cela s’explique par le bas niveau d’heures travaillées en octobre 2019.

Si on a encore observé en octobre un niveau plus élevé d’inactivité qu’en février aux États-Unis et, dans une moindre mesure, dans le reste du Canada, ce phénomène ne se manifestait plus en octobre au Québec que dans quelques groupes, notamment chez les femmes. Il est même disparu en octobre chez les personnes âgées de 55 ans et plus, alors qu’on aurait pu penser que les interruptions d’emploi dues à la COVID-19 en auraient poussé un certain nombre à prendre leur retraite. Il semble finalement que cela n’a pas été le cas, leur taux d’activité ayant même été plus élevé en octobre qu’en février (mais uniquement chez les hommes)! Il demeure pertinent de continuer à suivre l’évolution de l’inactivité, cela permettant des comparaisons plus valides entre les territoires et les groupes de la population.

L’ampleur de la deuxième vague, ici, mais encore plus en Europe et aux États-Unis, nous montre clairement que les mesures de santé publique et les programmes gouvernementaux à l’intention des victimes de la crise sont encore essentiels. L’espoir de l’arrivée d’un vaccin ne doit surtout pas nous faire relâcher la garde. Continuons donc à suivre les consignes de la sécurité publique, gardons nos distances, lavons-nous les mains et mettons un masque quand nous sortons de chez nous!

2 commentaires leave one →
  1. 16 novembre 2020 22 h 38 min

    J’ai écrit : «Dans ce cas, le taux de chômage en octobre aurait atteint 9,4 % plutôt que 6,9 %»

    Je viens de voir enfin au autre économiste calculer un taux de chômage ajusté pour tenir compte de l’inactivité et de la croissance de la population. En fait, il utilise une méthode un peu différente (le taux de croissance prévu, plutôt que le taux d’activité en février comme moi). Toujours est-il qu’il fait passer le taux de chômage aux États-Unis de 6,9 % à 9,5 %, pas très loin de mon 9,4 %!

    https://www.calculatedriskblog.com/2020/11/note-employment-situation-is-worse-than.html

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