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Le marché du travail en décembre 2020 et la COVID-19

14 janvier 2021

marché du travail en décembre 2020 et la COVID-19Depuis quelques années, je présente la revue de l’année du marché du travail lors de la publication du rapport de décembre de l’Enquête sur la population active (EPA). Mais, cette année, cette revue aurait moins de sens, car l’évolution du marché du travail en 2020 n’a rien eu à voir avec des tendances de fond, mais tout à voir avec les effets des mesures gouvernementales et des changements de comportement de la population visant à limiter les dégâts de la COVID-19. Je poursuis donc ma série de billets sur l’analyse mensuelle de ces données. On verra ici si mes prévisions d’une stabilité ou de légers mouvements à la baisse ou à la hausse de l’emploi au Québec, au Canada et aux États-Unis se sont réalisées.

Décembre 2020 aux États-Unis

Le BLS publie au début de chaque mois (le 8 janvier pour décembre 2020) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey (HS), l’équivalent de l’EPA canadienne, et de l’Establishment Survey (ES), qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) du Canada. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent en général uniquement la variation de l’emploi selon l’ES et le taux de chômage selon la HS. La couverture journalistique de la publication des données de décembre par le BLS n’a pas fait exception, les articles que j’ai lus, dont celui-ci de La Presse, ne retenant que la «perte» de «140 000 emplois» au cours du dernier mois de l’année 2020 (sans mentionner que cette donnée vient de l’ES, voir la dernière colonne de ce tableau) et le maintien du taux de chômage à 6,7 % (sans mentionner non plus que cette donnée vient de la HS, voir la septième ligne de cet autre tableau), pensant probablement que ces deux données sont liées. Or, elles ne le sont pas.

Si on regarde les données de la dernière colonne de ce tableau, on voit que les estimations de la HS montrent une hausse de 21 000 emplois en décembre plutôt qu’une baisse de 140 000 emplois comme l’ES, une différence de 161 000 emplois. Malgré cette faible hausse de l’emploi face à une hausse de 145 000 personnes âgées de 16 ans et plus, on peut aussi voir que le taux de chômage s’est maintenu à 6,7 %, en raison de la hausse de 115 000 inactif.ives, ce qui est une autre mauvaise nouvelle. Si l’emploi selon la ES a diminué de 140 000 alors que les prévisions moyennes tablaient sur une hausse de 70 000, c’est en grande partie parce que le BLS a révisé à la hausse les données d’octobre (44 000) et de novembre (91 000), pour une révision totale étonnamment élevée de 135 000, à peu près équivalente à la baisse de décembre. La prévision de hausse du taux de chômage à 6,8 %, elle, ne s’est pas réalisée en raison de la hausse de l’inactivité de 115 000 personnes. Par ailleurs, le BLS estime dans son communiqué que, en raison des erreurs de classification que j’ai expliquées dans le billet de juin, le taux de chômage devrait être plus élevé, possiblement de 0,6 point de pourcentage, soit à 7,3 %. Finalement, le BLS a aussi révisé les données désaisonnalisées de la HS.

Entre février et décembre, la baisse fut de 9,8 millions d’emplois ou de 6,5 % selon l’ES et de 8,9 millions d’emplois ou de 5,6 % selon la HS. Les écarts entre les résultats de ces deux enquêtes ne sont pas étonnants, car elles comportent de nombreuses différences. Par exemple, l’ES ne tient compte que des salarié.es non agricoles, excluant donc les travailleur.euses autonomes et les salarié.es agricoles.

Notons en outre que, selon ce tableau de l’ES, la baisse de 140 000 emplois en décembre est le résultat de mouvements opposés, l’emploi ayant baissé de près de 500 000 dans les loisirs et l’hospitalité (dont 372 000 dans la restauration), mais augmenté de près de 200 000 dans le commerce et le transport, et de 160 000 dans les services professionnels et aux entreprises. Ces mouvements opposés ont entraîné une baisse de 156 000 emplois chez les femmes, mais une hausse de 16 000 chez les hommes.

Les données de la HS permettent aussi de répartir le nombre de personnes qui ont perdu leur emploi entre celles qui sont considérées par le BLS en chômage ou inactives. En effet, si une personne sans emploi n’en cherche pas activement ou ne prévoit pas un rappel dans les quatre semaines qui suivent, elle sera considérée comme inactive. Entre février et décembre, le nombre de personnes en chômage a augmenté de 5,0 millions et le nombre d’inactif.ives de 5,5 millions. Si le taux d’activité s’était maintenu à 63,3 % comme en février (il était de 61,5 % en décembre, en hausse de 1,3 point depuis avril à 60,2 %), il y aurait 4,9 millions de personnes inactives de moins et 4,9 millions de personnes en chômage de plus. Dans ce cas, le taux de chômage en décembre aurait atteint 9,5 % plutôt que 6,7 %, en hausse de 6,0 points de pourcentage plutôt que de 3,2 points depuis février (3,5 %). Notons que ce taux de chômage ajusté montre une amélioration plus importante que le taux de chômage officiel par rapport à avril, avec une baisse de 9,5 points de pourcentage (19,0 % en avril par rapport à 9,5 % en décembre), plutôt que de 8,1 points pour le taux officiel (14,8 % en avril et 6,7 % en décembre).

Décembre 2020 au Canada

Statistique Canada a publié le 8 janvier son communiqué sur les estimations de l’EPA pour la semaine du 6 au 12 décembre. On y apprend notamment que :

  • avec sa baisse de 63 600 en décembre (ou de 0,3 %), l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées était inférieure d’environ 635 000 ou de 3,3 % à son niveau de février, baisse nettement moins élevée qu’aux États-Unis (5,6 %, selon les données de la HS, la plus comparable à l’EPA); rappelons-nous que cette baisse atteignait au Canada 3,0 millions d’emplois ou 15,7 % entre février et avril;
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 620 000 personnes ou de 55 % entre février et décembre, dont 21 000 en décembre, faisant passer le taux de chômage de 5,6 % en février à 8,6 % en décembre (en forte baisse par rapport à son sommet de 13,7 % en mai);
  • le nombre de personnes inactives a augmenté de 64 000 en décembre, pour une hausse totale de 284 000 entre février et décembre, faisant diminuer le taux d’activité de 65,5 % en février à 64,9 % en décembre (par rapport à son plancher de 59,8 % en avril, alors que le nombre de personnes inactives avait augmenté de près de 1,8 million depuis février); la hausse de décembre résulte probablement de l’arrêt de la recherche d’emploi par de nombreuses personnes en raison de l’accentuation de la deuxième vague de la COVID-19;
  • si le taux d’activité s’était maintenu à 65,5 % comme en février, il y aurait moins de personnes inactives et plus de personnes en chômage. Dans ce cas, le taux de chômage en décembre aurait atteint 9,5 % plutôt que 8,6 %, en hausse de 3,9 points de pourcentage plutôt que de 3,0 points depuis février (5,6 %); ce taux de chômage ajusté montre une amélioration beaucoup plus importante que le taux de chômage officiel par rapport à son niveau maximal de la crise, avec une baisse de 11,0 points de pourcentage (20,5 % en avril par rapport à 9,5 % en décembre), plutôt que de 4,1 points pour le taux officiel (13,7 % en mai et 8,6 % en décembre);
  • en plus de la baisse de 635 000 d’emplois depuis février, Statistique Canada souligne que, parmi les personnes en emploi, 488 000 de plus qu’en février (mais 2,01 millions de moins qu’en avril) ont travaillé en décembre moins de la moitié de leurs heures habituelles, parfois aucune;
  • selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0032-01, 1,5 million de personnes en emploi n’ont travaillé aucune heure en décembre, soit 14,6 % de plus qu’en décembre 2019 (1,3 million), alors que ce niveau était 134 % plus élevé en avril 2020 qu’en avril 2019 (3,4 millions par rapport à 1,5 million); ainsi, la part des personnes en emploi qui ne travaillaient aucune heure est passée de 7,4 % en février 2020 à 21,3 % en avril, puis à 8,0 % en décembre;
  • selon le tableau 14-10-0289-01, le nombre d’heures travaillées a diminué de 0,3 % en décembre, faisant passer la baisse entre février et décembre à 5,3 %, soit bien moins qu’entre février et avril (27,7 %); alors que cette baisse entre février et avril était plus élevée que celle du nombre d’emplois de 12,0 points de pourcentage (27,7 % par rapport à 15,7 %), elle ne lui était supérieure que de 2,0 points entre février et décembre (5,3 % par rapport à 3,3 %); cela montre que la baisse des heures travaillées a perdu environ 83 % de son impact entre avril et décembre;
  • alors que l’emploi à temps plein a augmenté de 0,2 % en décembre, l’emploi à temps partiel a diminué de 2,9 %; entre février et décembre, l’emploi à temps partiel a diminué plus de deux fois plus fortement que l’emploi à temps plein (6,0 % par rapport à 2,7 %);
  • même si le nombre d’emplois à temps partiel a diminué de 6,7 % entre décembre 2019 et décembre 2020, le nombre de personnes invoquant un motif involontaire à leur travail à temps partiel a augmenté de 19,8 %, selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0028-01; ainsi, la proportion de personnes travaillant à temps partiel involontairement est passée de 18,6 % en février à 29,7 % en juillet et à 23,0 % en décembre;
  • l’emploi a diminué de 10,5 % entre février et décembre chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, bien plus que chez les 25 à 54 ans (1,8 %) et les 55 ans et plus (3,4 %); ce scénario s’est répété en décembre (-1,1 %, -0,2 et -0,2 %); sans surprise, le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait de beaucoup celui des deux autres groupes (17,7 %, 7,0 % et 7,9 %).

Décembre 2020 au Québec

La semaine de référence de l’EPA (du 6 au 12 décembre) suivait l’ajout de quelques régions du Québec dans les zones rouges. Les données de l’EPA nous montrent que :

  • l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a diminué de 16 800 en décembre (ou de 0,4 %); la baisse entre février et décembre était d’environ 128 000 emplois ou de 2,9 %, malgré une hausse de 390 000 emplois depuis avril (ou de 19,4 %);
  • cette baisse de 2,9 % est demeurée inférieure à celle observée dans le reste du Canada (3,4 %); après s’être classée au deuxième rang en septembre, la baisse de l’emploi depuis février au Québec était en décembre la cinquième plus basse au Canada (comme on peut le voir dans l’image qui accompagne ce billet), alors que le Québec avait connu la plus forte baisse entre février et avril; l’ampleur de ces baisses est en grande partie due aux différences dans les mesures prises dans les provinces pour combattre la COVID-19;
  • 84 % de l’estimation de la baisse du nombre d’emplois observée entre février et avril a été annulée grâce à la hausse observée entre avril et décembre (693 000 emplois sur 820 500), proportion nettement plus élevée que dans le reste du Canada (77 %) et aux États-Unis (65 % selon la HS);
  • marché du travail en décembre 2020 et la COVID-19_1entre février et décembre, l’estimation de l’emploi a diminué un peu plus chez les femmes (de 69 400 emplois ou de 3,3 %) que chez les hommes (de 58 100 emplois ou de 2,5 %); l’écart entre ces deux baisses a diminué en décembre, passant de 0,9 point de pourcentage entre février et novembre à 0,8 point entre février et décembre, en raison d’une baisse plus forte en décembre chez les hommes (10 300 emplois) que chez les femmes (6400 emplois);
  • si le nombre d’emplois a globalement diminué de 2,9 % entre février et décembre, cette baisse fut de 4,4 % chez les employé.es (ou salarié.es) du secteur privé et de 3,6 % chez les travailleur.euses autonomes; pendant ce temps, l’emploi augmentait de 2,1 % chez les employé.es du secteur public, surtout dans le secteur de l’éducation, secteur dont les estimations d’emploi ne cessent de surprendre depuis le début de la crise; ces estimations nous montrent aussi que la baisse de 16 800 emplois en décembre est le résultat de hausses de 6100 emplois chez les salarié.es du secteur privé et de 4400 dans le travail autonome et d’une baisse de 27 400 dans le secteur public (surtout dans les soins de santé et l’assistance sociale); notons toutefois que seule la baisse de l’emploi dans le secteur public surpasse la marge d’erreur à 95 % de ces variations mensuelles;
  • selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0032-01, 342 000 personnes en emploi n’ont travaillé aucune heure en décembre, soit 15 % de plus qu’en décembre 2019 (296 000), alors que ce niveau était 142 % plus élevé en avril 2020 qu’en avril 2019 (920 000 par rapport à 380 000); ainsi, la part des personnes en emploi qui ne travaillaient aucune heure est passée de 7,6 % en février 2020 à 26,2 % en avril, puis à 8,1 % en décembre;
  • selon les tableaux 14-10-0036-01 et 14-10-0022-01, le nombre d’heures effectivement travaillées en données non désaisonnalisées a diminué de 3,5 % entre décembre 2019 et décembre 2020, soit un peu plus que l’emploi (2,5 %); cet écart de 1,0 point de pourcentage est beaucoup moins élevé que celui observé en avril (12,4 points, soit une baisse des heures travaillées de 30,5 % et de l’emploi de 18,1 % entre avril 2019 et avril 2020), faisant diminuer l’impact de la baisse des heures travaillées de 92 % entre avril et décembre;
  • l’emploi à temps partiel en données désaisonnalisées a diminué de 1,2 % en décembre, beaucoup plus que l’emploi à temps plein (-0,2 %); entre février et décembre, l’emploi à temps partiel a aussi diminué beaucoup plus que l’emploi à temps plein (de 7,0 % par rapport à 2,0 %); cet écart de 5,0 points de pourcentage était de 19 points entre février et avril (baisses de 34 % et de 15 %);
  • même si le nombre d’emplois à temps partiel a diminué de 8,2 % entre décembre 2019 et décembre 2020, le nombre de personnes invoquant un motif involontaire à leur travail à temps partiel a augmenté de 13 %, selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0028-01; d’ailleurs, la proportion de personnes travaillant à temps partiel involontairement est passée de 12,4 % en février à 22,9 % en août et à 14,2 % en décembre;
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 101 000 entre février et décembre (ou de 49 %), malgré une baisse 23 900 en décembre et de 423 600 entre avril et décembre (ou de 58 %), variations qui ont fait passer le taux de chômage de 4,5 % en février à 17,0 % en avril et à 6,7 % en décembre;
  • l’estimation du nombre de personnes inactives a augmenté de 78 900 entre février et décembre, dont 45 000 en décembre (surtout chez les 15-24 ans, avec une hausse de 37 000); avec cette dernière hausse, le taux d’activité s’est éloigné de son niveau de février (63,8 % par rapport à 64,7 %), alors qu’il l’avait presque retrouvé en octobre (64,6 %), il était toutefois en décembre en hausse de 3,4 points de pourcentage par rapport à son niveau plancher d’avril (60,4 %);
  • l’emploi a diminué de 12,2 % entre février et décembre chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, dont une baisse de 3,5 % en décembre, baisse bien plus élevée que chez les 25 à 54 ans (1,0 %, malgré une hausse de 0,8 % en décembre) et chez les 55 ans et plus (2,8 %, dont une baisse de 2,3 % en décembre); sans surprise, le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait nettement celui des deux autres groupes en décembre (10,5 % par rapport à 5,5 % et à 8,1 %).

Si le taux d’activité du Québec s’est éloigné en décembre son niveau de février (63,8 % par rapport à 64,7 %), c’est un peu moins le cas dans le reste du Canada (65,2 % par rapport à 65,7 %). Cela fait en sorte que la différence entre le taux de chômage au Québec et dans le reste du Canada était un peu surestimée par le taux de chômage officiel. En effet, la différence entre le taux de chômage officiel au Québec (6,7 %) et son taux ajusté (7,9 %) était de 1,2 point de pourcentage, alors que cette différence était de 0,8 point dans le reste du Canada (9,2 % et 10,0 %). Ainsi, si la différence entre les taux officiels du Québec et du reste du Canada était en décembre de 2,5 points (6,7 et 9,2 %), la différence entre leurs taux ajustés était de 2,1 points (7,9 et 10,0 %), ce qui traduit mieux l’écart de la détérioration du marché du travail entre les deux territoires.

On pourrait penser que le fait que le taux d’activité ait été plus élevé dans le reste du Canada (65,2 %) qu’au Québec (63,8 %) entraîne une sous-estimation du taux de chômage du Québec. En fait, c’est uniquement en raison des différences dans leur structure démographique que le taux d’activité était plus élevé dans le reste du Canada qu’au Québec. Ainsi, si le Québec avait eu la même structure démographique que le reste du Canada en décembre, son taux d’activité aurait été plus élevé que celui du reste du Canada. En effet, avec les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0017-01, on peut calculer, en associant les taux d’activité par tranche d’âge de cinq ans (15-19 ans, 20-24 ans jusqu’à 65-69 ans et 70 ans et plus) au pourcentage de la population adulte dans ces tranches d’âges dans le reste du Canada, que le taux d’activité aurait en fait été de 65,1 % au Québec au lieu de 63,3 % par rapport à 64,5 % dans le reste du Canada.

L’effet de l’évolution de l’inactivité, du chômage et du taux d’activité a eu des impacts différents selon le sexe et selon l’âge. Ainsi, les taux de chômage officiels et ajustés en fonction du taux d’activité de février ont évolué ainsi au Québec :

  • femmes : le taux de chômage officiel est passé de 4,0 % en février à 17,4 % en avril et à 5,4 % en décembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 4,0 % en février à 21,8 % en avril et à 7,7 % en décembre ;
  • hommes : le taux de chômage officiel est passé de 4,9 % en février à 16,6 % en avril et à 7,8 % en décembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 4,9 % en février à 23,1 % en avril et à 8,1 % en décembre; si le taux de chômage officiel des femmes était plus bas que celui des hommes de 2,4 points de pourcentage (5,4 % par rapport à 7,8 %), son taux de chômage ajusté ne l’était que de 0,1 point (7,7 % par rapport à 7,8 %);
  • 15 à 24 ans : le taux de chômage officiel est passé de 6,8 % en février à 34,4 % en avril et à 10,5 % en décembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 6,8 % en février à 41,0 % en avril et à 18,0 % en décembre;
  • 25 à 54 ans : le taux de chômage officiel est passé de 3,8 % en février à 13,9 % en avril et à 5,5 % en décembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 3,8 % en février à 17,8 % en avril et à 5,0 % en décembre;
  • 55 ans et plus : le taux de chômage officiel est passé de 5,0 % en février à 15,6 % en avril et à 8,1 % en décembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 5,0 % en février à 24,4 % en avril et à 9,1 % en décembre.

Ces évolutions montrent clairement que ce sont les jeunes, et dans une moindre mesure les femmes et les personnes plus âgées, qui ont subi le plus durement les effets de la crise et qui la subissent encore.

En gardant en tête le fait que les marges d’erreur des estimations de l’emploi de l’EPA sont encore plus importantes avec des données désagrégées comme celles par industrie, je présente dans le tableau qui suit (tiré des données du tableau 14-10-0355-01) la variation de ces estimations par industrie entre novembre et décembre, et entre février et décembre. J’ai mis en caractère gras dans les quatre dernières colonnes du tableau les hausses et les baisses les plus importantes.

marché du travail en décembre 2020 et la COVID-19_2

Les baisses de l’estimation de l’emploi entre novembre et décembre supérieures à 5 000 emplois se sont observées dans trois industries, soit les soins de santé et l’assistance sociale (baisse de 9 700, ou de 1,6 %), les autres services (7 000 ou 4,4 %) et les services d’hébergement et de restauration (6 800, ou 3,9 %). À l’inverse, la plus forte hausse de l’estimation de l’emploi fut de 10 000 emplois (ou de 2,9 %) dans les services professionnels, scientifiques et techniques.

Entre février et décembre, l’emploi a augmenté dans près de la moitié des industries présentées dans ce tableau (7 sur 16). Les hausses les plus importantes se sont observées dans les services d’enseignement (34 000 emplois ou 11 %) et dans les services professionnels, scientifiques et techniques (29 800 emplois ou 8 %). Cela dit, trois industries ont connu des baisses de plus de 20 000 emplois et de plus de 10 %, et subissaient donc encore fortement les effets de la crise en décembre :

  • les services d’hébergement et de restauration (baisse de 96 700 emplois, ou de 37 %);
  • l’information, la culture et les loisirs (42 300 ou 23 %);
  • les autres services (25 300 ou 14 %).

Et après?

Comme la semaine de référence de janvier de l’EPA est cette semaine, soit du 10 au 16 janvier, on peut déjà prévoir que les mesures annoncées depuis la semaine de référence de décembre (fermeture des commerces non essentiels et couvre-feu, surtout) entraîneront une baisse de l’emploi au Québec et encore plus du nombre d’heures travaillées (sauf pour les policier.ères!). Certaines décisions gouvernementales dans le reste du Canada (comme celles-ci) auront le même effet.

Aux États-Unis, le nombre d’infections, d’hospitalisations et de décès dus la COVID-19 a continué à augmenter dernièrement et rien ne semble vouloir ralentir cette tendance. Ces hausses devraient avoir un effet négatif sur l’emploi, d’autant plus que la plupart des États ont adopté de nouvelles mesures (dont quelques fermetures). Seul indicateur allant dans le sens opposé, le nombre de prestataires de l’assurance-chômage a continué à diminuer récemment, mais est demeuré très élevé. Au bout du compte, on peut s’attendre, comme au Canada et au Québec, à une baisse légère de l’emploi dans le rapport du BLS de janvier.

Et alors…

On a vu dans ce billet que l’estimation de l’emploi a diminué de 16 800 au Québec et de 62 600 au Canada. Si je m’obstine à écrire «estimation» un peu partout dans ce billet, c’est en raison de la forte marge d’erreur de ces «données». Par exemple, la marge d’erreur à 95 % des changements mensuels d’emploi en décembre était de 38 000 au Québec et de 74 000 au Canada, soit une marge plus élevée que les baisses estimées. La façon la plus exacte de parler de ces estimations serait de dire que la probabilité est de 95 % que le nombre d’emplois ait varié entre -54 800 et +21 200 au Québec et entre -136 600 et +11 400 au Canada avec une probabilité plus grande que les variations réelles aient été vers le centre de cette fourchette. Disons que je préfère parler d’estimations!

Ces estimations montrent bien que nous ne sommes pas sortis du bois, mais on le savait! Les baisses d’emploi depuis février 2020 étaient en décembre fortement concentrées dans trois industries, même si le rattrapage n’était pas complété dans toutes les autres industries. J’ai en outre été surpris de la forte baisse de l’emploi dans le secteur public en décembre, notamment en santé, quoiqu’il ne faut jamais sauter aux conclusions à la suite d’une baisse mensuelle, encore une fois en raison des fortes marges d’erreur des estimations par industrie. Par exemple, la marge d’erreur à 95 % de la baisse de 9700 emplois en santé est de 13 600… On en saura plus à ce sujet avec mon billet sur les données de décembre de l’EERH, soit dans six ou sept semaines.

On a encore observé en décembre un niveau beaucoup plus élevé d’inactivité qu’en février aux États-Unis, mais alors que ce phénomène s’estompait graduellement au Canada et au Québec en octobre et en novembre, il est reparti en hausse en décembre, probablement en raison de l’intensification de la deuxième vague de COVID-19. Il ne serait pas étonnant que cette hausse se poursuive en janvier. Chose certaine, il demeure pertinent de continuer à suivre l’évolution de l’inactivité, souvent négligée dans les analyses sur le marché du travail, cela permettant entre autres des comparaisons plus valides de l’impact de la crise entre les territoires et les groupes de la population.

L’ampleur de la deuxième vague, ici, mais encore plus en Europe et aux États-Unis, nous montre clairement que les mesures de santé publique et les programmes gouvernementaux à l’intention des victimes de la crise sont encore essentiels. L’arrivée des vaccins ne doit surtout pas nous faire relâcher la garde. Continuons donc à suivre les consignes de la sécurité publique, gardons nos distances, lavons-nous les mains et mettons un masque quand nous sortons de chez nous! Et pensons aux personnes les plus touchées par le couvre-feu…

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