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Du temps et de l’eau

8 mars 2021

Du temps et de l’eauAvec son livre Du temps et de l’eau – Requiem pour un glacier, Andri Snaer Magnason, écrivain islandais, «présente la réalité des changements climatiques comme jamais personne ne l’a fait avant lui, dans un récit mobilisateur qui offre en même temps une bonne dose d’espoir face à un avenir incertain».

Préface : Les Mères au front signent cette courte préface poétique.

Puissiez-vous vivre des temps intéressants : L’auteur donne en exemple la chute du mur de Berlin et la faillite d’une banque islandaise pour se demander quel autre système pourrait bien s’effondrer sans avertissement et si ce ne serait pas celui de l’eau de notre planète en raison du réchauffement climatique et, par conséquent, l’effondrement de la présence de la majorité des êtres qui y vivent actuellement.

Deux petits trésors : Les deux trésors du titre sont un livre vieux de 700 ans et un enregistrement sonore datant de 1969, les deux portant sur des légendes islandaises, que l’auteur a dénichés à la fin de ses études. Cela lui a donné l’idée d’enregistrer ses grands-parents.

Conversation sur le futur : Si on tient compte de la naissance de nos grands-parents et de la mort de nos petits enfants, on peut dire que la période de vie des personnes qu’on a connues et qu’on connaîtra couvre plus de deux siècles et demi (262 ans, dans l’exemple de l’auteur).

Quelques diapositives : Il s’agit de milliers de photos (dont cinq sont reproduites dans le livre) et de films d’un des grands-pères de l’auteur qui «couvrent une bonne partie de sa vie». L’auteur en profite pour raconter quelques anecdotes sur la vie de ce grand-père et de sa grand-mère.

L’espace infini de Dieu empli de silence : L’auteur raconte des expéditions de recherche des derniers rennes d’Islande dans les années 1940 et fait le lien avec les débuts du «tout jetable» (produits en aluminium), ce qui a accentué les besoins en matière première et en électricité, «rognant peu à peu les espaces vierges du globe».

Barrage contre l’inspiration : Ce chapitre porte sur la destruction de paysages vierges (qui ne servent à rien…) par un barrage, ce qui n’est rien par rapport aux territoires qui seront engloutis par la hausse du niveau de la mer due au réchauffement climatique. Et ce ne seront pas seulement des territoires vierges…

Racontez des histoires : À la suite de la parution d’un de ses livres dans lequel il critiquait les effets de l’érection de barrages, un scientifique l’a incité à écrire davantage sur les conséquences du réchauffement climatique, dans l’espoir qu’on l’écoute plus que les scientifiques.

Trouver les mots : «Les mots influencent nos sentiments». C’est d’ailleurs en grande partie grâce à des mots que les Islandais ont obtenu leur indépendance du Danemark (finalement, en 1944). Ils pourraient aussi contribuer à faire comprendre les concepts ardus liés au réchauffement climatique.

À la recherche de la vache «Auðhumla» : L’auteur raconte sa préparation en vue d’une entrevue que le dalaï-lama lui a accordée, notamment sur l’environnement. Il découvre que bien des mythes de l’Islande et de l’Inde se ressemblent et portent entre autres sur des vaches et sur l’importance de l’eau.

Visite d’un saint homme : Alors que les sommités du gouvernement islandais ont fui le dalaï-lama lors de sa visite en Islande devant les menaces de la Chine, l’auteur l’a rencontré dans un hôtel en 2008. Il s’étonne de son discours environnemental bien informé et terre à terre, alors qu’il s’attendait à plus de propos mystiques.

La révélation d’un faux dieu : En plus de ce qu’en dit le titre, ce chapitre porte sur l’importance des fleuves qui naissent dans l’Himalaya et des dangers que la Chine décide d’en détourner un vers son pays. Et ce n’est pas le seul désastre qui nous attend si nous ne réagissons pas adéquatement.

Retour en arrière : L’auteur montre que nous avons de la difficulté à percevoir le temps. Les annonces d’apocalypse vers 2100 ne semblent pas nous toucher (ni les graves effets qu’on ressentira bien avant), même si une bonne partie de nos petits enfants seront dans la fleur de l’âge à ce moment. Et pourtant, il y a déjà des réfugié.es climatiques de nos jours.

Rêves de crocodiles : Certaines espèces de crocodiles qui survivent depuis 70 millions d’années sont actuellement en danger de disparition. La cinquième extinction les a épargnées, mais il est probable que la sixième ne leur laisse pas cette chance, à moins que nous changions de façon importante notre mode de vie. Pourtant, il n’y a pas que ce qui se vend sur les marchés qui a de la valeur… En fait, de nombreuses espèces sont déjà disparues parce que nous sommes trop nombreux à rejeter ce fait. Et cette vague de disparition risque de s’accélérer.

Mythologie du présent : L’auteur raconte d’autres histoires provenant de ses grands-parents, dont une rencontre avec J. R. R. Tolkien quand il écrivait Le Hobbit. Puis, il s’aperçoit que, même pour ses grands-parents, le présent est plus important que le passé, même s’il ne faut pas l’oublier.

N64 35.378, W16 44.691 : L’auteur raconte une expédition de deux de ses grands-parents sur le Brudarbunga, le quinzième plus haut sommet d’Islande, dont la position est indiquée dans le titre de ce chapitre. Lors de ce voyage de noces, ils explorèrent aussi d’autres sommets de l’Islande formés de glaciers avec des touristes, des guides et des scientifiques. Mais, avec le réchauffement climatique, ce genre d’expédition deviendra impossible, car les glaciers islandais disparaîtront d’ici 30 à 100 ans.

La mère nourricière blanche de givre : Il en est de même des glaciers de l’Himalaya, ce qui est encore plus dramatique, car leur disparition privera d’eau de grandes parties de l’Inde et de la Chine et affectera ainsi la vie d’environ un milliard de personnes et d’innombrables espèces. Et il en sera de même dans les Andes et ailleurs, sans parler des conséquencwa de la montée des océans qui s’en suivra.

Adieu au géant blanc : L’auteur raconte une de ses expéditions sur un glacier. Il constate que la fonte d’un glacier n’a rien de spectaculaire, la glace fondant graduellement. Mais, le glacier n’en disparaît pas moins…

Le dieu dans la machine à vapeur : Comme Paul Josef Crutzen, un des concepteurs de l’Anthropocène, l’auteur fait remonter ses débuts au XVIIIe siècle, lors de l’invention de la machine à vapeur par James Watt, puis sa véritable lancée avec l’extraction du pétrole au XIXe siècle. Puis, il illustre avec des comparaisons imagées la quantité de CO2 que nous émettons de nos jours individuellement et collectivement. Il aborde ensuite les inégalités d’émissions de gaz à effet de serre (GES) et de leurs conséquences, et les catastrophes qui nous attendent si nous ne réagissons pas rapidement et intensément. Il considère que nous avons la possibilité et les moyens de le faire.

Encore quelques mots : Ce chapitre porte surtout sur la situation des émissions de GES et de la pollution aux États-Unis et en Chine. Il aborde aussi la croissance de la production d’aluminium et d’acier, deux industries énergivores, fortement émettrices de GES et qui exigent beaucoup de matières premières.

«L’océan, l’océan si bleu» : Comme son titre l’indique, ce chapitre porte sur les océans. L’auteur y aborde les déchets en plastique qui les pollue, leur réchauffement et, pire, leur acidification, les espèces qu’on y trouve (poissons, tortues, coraux, etc.) et les oiseaux qui les survolent et s’y posent. Il poursuit en expliquant le principe du point de basculement qui entraîne des changements climatiques majeurs et conclut en expliquant à nouveau l’urgence d’intervenir rapidement et intensément.

Peut-être que tout ira bien : L’auteur présente les nombreux changements qui ont modifié la faune et la flore sur la Terre depuis ses débuts. Nous aussi ne sommes que de passage. Mais, nous devons faire en sorte que ce passage dure le plus longtemps possible!

Entretien avec le dalaï-lama, à Dharamsala : Cet entretien s’est déroulé dans le nord de l’Inde, où le dalaï-lama et le gouvernement tibétain vivent en exil. Il raconte à l’auteur sa vie au Tibet, ses rencontres avec Mao Zedong, puis avec Pandit Nehru, sa fuite en Inde en 1959 et sa vie dans ce pays depuis ce temps. Il aborde ensuite sa vision (optimiste) de l’avenir et l’importance de la paix.

Dans le fleuve de lait : L’auteur raconte une expédition au Népal où il a découvert une nature foisonnante. Il ajoute que, après son entrevue avec le dalaï-lama, il s’est rendu à New Delhi et y a constaté des niveaux d’inégalités de richesse renversants.

Crocodylus thorbjarnarsoni : Le plus grand crocodile disparu a été baptisé en l’honneur de l’oncle de l’auteur, qui a passé sa vie à défendre les milieux naturels et les espèces qui y vivent, dont les crocodiles. D’autres chercheur.euses et militant.es poursuivent son travail.

2050 : Les avancées technologiques et l’utilisation croissante des énergies fossiles ont certainement amélioré grandement notre qualité de vie, malgré leurs applications parfois délétères (comme la bombe atomique) et leurs conséquences catastrophiques (comme le réchauffement climatique et la sixième extinction). L’auteur déplore ensuite la marchandisation de l’éducation et ses visées de plus en plus utilitaristes et individualistes sous les pressions du capitalisme. C’est cela et bien d’autres manifestations de notre mode de vie qu’il faut changer au plus vite. Le monde n’en serait que meilleur. L’auteur conclut en présentant une série de mesures qui permettraient de nous approcher de cet objectif.

Conversation du futur 4 octobre 2102 : Avec cette conversation, l’auteur revient sur son calcul du temps que couvre la vie des personnes qu’on a connues (252 ans, cette fois!).

Apocalypse – Now covid post-scriptum : La crise de la COVID-19 est un bon exemple des catastrophes qui peuvent survenir si on ne respecte pas la nature, mais aussi des difficultés que notre espèce peut surmonter quand elle en prend les moyens.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce livre commence lentement, tellement qu’on se demande si on lit le livre décrit en quatrième de couverture. Puis, tout se met en branle et on voit alors la pertinence de ce début plutôt axé sur ses souvenirs sa famille et, en fait, sur l’écoulement du temps, un des deux thèmes de son titre. Je ne raffole en général pas des livres qui utilisent ce genre de procédé, mais celui-ci a su m’intéresser, malgré certaines digressions plus ou moins pertinentes. Je dois avouer que ce style, avec en plus les nombreuses photos qui parsèment le livre, rend la lecture facile et agréable. Ce livre n’est certainement pas une référence incontournable en la matière, mais il a le potentiel de rejoindre un public qui ne serait pas porté à lire des livres et d’autres textes plus exhaustifs sur le sujet. C’est déjà beaucoup! Les notes, toutes des références sauf un complément d’information, sont à la fin du livre. Heureusement, il n’y en a que 77 qui couvrent seulement cinq pages. On se demande en fait encore plus que lorsqu’il y en a plus pourquoi les avoir mis à la fin… Heureusement, les notes des traductrices sont en bas de page.

2 commentaires leave one →
  1. 8 mars 2021 10 h 43 min

    Merci du partage, je l’ajoute à ma liste !

    Je mentionne au passage qu’il a une excellente note de 4,38 sur Goodreads (930 évaluations). Ce commentaire m’a fait sourire: « Please read this book. I don’t know what to say about it other than I actually hugged it when it was done. »

    J’aime

  2. 9 mars 2021 10 h 39 min

    Bizarre, je n’ai pas vu ton commentaire hier… Il faut dire que je ne vérifie pas souvent!

    Cela confirme que ce style peut plaire à plus de monde qu’un style moins personnel. Merci pour le complément d’information!

    J’aime

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