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Le taureau – Une histoire culturelle

15 mars 2021

taureauAvec son livre Le Taureau – Une histoire culturelle, Michel Pastoureau, historien médiéviste français, raconte l’histoire du taureau, un peu comme il l’a fait pour le loup avec son livre Le loup – Une histoire culturelle (voir ce billet). «Domestiqué sept ou huit millénaires avant notre ère, le taureau est resté le plus sauvage des animaux domestiques. Il se dégage de lui une impression de puissance, de vitalité et de fécondité, qui en a fait un dieu pour de nombreux peuples de l’Antiquité».

Introduction : «Sauvage ou domestique»? La réponse à cette question reste ambiguë. L’auteur précise que ce livre ne portera que sur la vision du taureau (et de sa famille, vache, veau et autres) en Europe. Il concentre ses recherches sur ce qu’il appelle un bestiaire central «autour duquel se sont tissés différents réseaux de croyances, de mythes, d’images, d’emblèmes et de rites se situant au cœur de l’histoire culturelle» qui remontent au moins à l’Antiquité. Ce bestiaire est formé d’une vingtaine d’espèces, dont le loup et le taureau font bien sûr partie. Il conclut cette introduction en glissant quelques mots sur les cousins du taureau (zébu, yack, bison, buffle et arni).

L’aurochs : L’aurochs le plus ancien sur les parois des grottes a été dessiné il y a de 25 à 34 000 ans. Cet herbivore, qui est l’ancêtre des races actuelles de bovins domestiques, pouvait atteindre deux mètres et peser 1000 kilos. Homo sapiens et les Néandertaliens étaient ses seuls prédateurs. Domestiqué pour l’élevage dès le Néolithique, l’aurochs sauvage est devenu une rareté lors de l’Antiquité. S’il était encore présent au début du Moyen Âge, sa taille était toutefois moins imposante. Le dernier (en fait, la dernière) est décédé(e) en 1627 en Pologne.

De l’aurochs au bœuf : Lors du Néolithique, il y a 12 000 ans environ, les humains ont commencé à cultiver la terre et à élever des animaux pour leur consommation. La domestication des aurochs et leur transformation en taureaux et en bœufs et vaches auraient commencé il y a environ 8000 ans (il y a de nombreux débats autour de cette estimation), après le mouton, mais avant le porc, l’âne et le cheval. Chose certaine, cette domestication s’est faite graduellement, avec de nombreuses étapes de sélection : moins grands, plus gras, moins farouches, reproduction contrôlée, alimentation modifiée, etc. L’auteur décrit ensuite les différents services rendus par cet animal, comme bête de trait, source alimentaire (lait, viande, gras, etc.), engrais, peau, corne, os, tendons, etc. Il était aussi un signe de richesse et un étalon d’échange.

Mythologies taurines et bovines : Les récits mythologiques anciens mettant en vedette le taureau se regroupent majoritairement en trois thèmes : le vol de troupeaux, la métamorphose d’un humain en une créature bovine et l’union charnelle entre un dieu ou un mortel avec un membre de la famille du taureau. D’autres récits sont plutôt liés à la fécondité et à la force. L’auteur en présente quelques-uns.

Le premier dieu? : Si le taureau n’est pas avec certitude le premier animal dont l’image a été associée à une divinité, il serait le deuxième, après l’ours. L’auteur présente quelques-unes de ces associations, ainsi que des exemples de sacrifices de taureaux, notamment aux dieux taurins ou bovins.

Le christianisme face au taureau : En concurrence dans l’Empire romain avec le mithracisme, religion monothéiste qui reposait entre autres sur les sacrifices de taureaux, la religion catholique s’opposait farouchement à ce genre de sacrifice, celui du Christ sur la croix dispensant de tous les autres. Dans cette optique, elle diabolisa le taureau, vénéré dans la religion rivale. Cela expliquerait les représentations d’un Satan ayant des cornes, des pieds fendus et une queue. Au Moyen Âge, sa représentation sera davantage inspirée par le dieu Pan, mi-homme, mi-bouc. Elle valorisa au contraire le bœuf, «animal vertueux, pacifique, patient, chaste, utile», notamment dans l’étable où est né Jésus.

Des bestiaires aux encyclopédies : Les bestiaires du Moyen Âge n’étaient pas des livres scientifiques, mais étaient plutôt axés sur la religion, les fables, les légendes, les proverbes, les armoiries et les emblèmes. On y trouve des descriptions du bœuf, de la vache, du taureau, du bison et d’autres animaux, parfois mythiques, associés aux bovins. Ce n’est qu’après le Moyen Âge qu’on a commencé à publier des ouvrages plus scientifiques sur les animaux, dont les bovins.

Emblèmes et symboles : À la Renaissance, l’image du taureau se revalorise et celle du bœuf se déprécie. Comme le titre de ce chapitre le laisse soupçonner, le taureau apparaît fréquemment dans les emblèmes et les armoiries de nobles et même de papes, et évidemment sur des casques guerriers. Le taureau apparaît aussi dans les signes astrologiques et désigne une constellation.

La vache dans nos campagnes : Ce chapitre porte sur ce qui reste aujourd’hui des légendes et des perceptions anciennes sur le taureau, qui demeure le plus impressionnant de nos animaux domestiques. La vache a de son côté un statut plus contrasté, symbole à la fois de la paresse et de la méchanceté («mort aux vaches», dit-on…), et de la fécondité et de la terre nourricière. L’auteur aborde aussi la symbolique du lait, le lien entre les bovins et notre vision de l’agriculture, et le rôle des ruminants dans le réchauffement climatique.

La corrida : Contrairement à ce que prétendent ses partisan.es, la corrida est relativement récente, apparaissant vers la fin du XVIIIe siècle en Espagne, même si des courses de taureaux avec des fins tragiques ont eu lieu avant cela. Les protestations contre les corridas remontent à leurs premières manifestations et ont gagné en importance avec le temps, mais ses partisan.es ont jusqu’à maintenant eu le dernier mot.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire, même si j’ai préféré le livre de l’auteur sur le loup. Il s’agit d’un «beau livre» vendu environ 40,00 $ et qui ne prend pas beaucoup de temps à lire. Cela dit, j’en ai quand même appris sur les origines de cet animal et sur la mythologie l’entourant. Malgré son format un peu encombrant, ce livre est agréable à lire et se distingue par la qualité des images qui accompagnent le texte. En fait, l’espace du livre est à peu près réparti également entre le texte et ces images qui valent à elles seules le détour. Il n’y a pas de notes, mais les sources de chacun des chapitres sont mentionnées à la fin du livre. Malgré mes réserves, je vais sans hésitation lire le prochain livre de cet auteur portant sur des animaux.

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