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Derrière le niqab

17 mai 2021

Derrière le niqabAvec son livre Derrière le niqab – 10 ans d’enquête sur les femmes qui ont porté et enlevé le voile intégral, Agnès De Féo, sociologue et documentariste, «met à profit ses dix ans d’enquête sur les usagères du niqab en France pour nous permettre de découvrir leurs motivations profondes, loin des clichés réducteurs que leur opposent leurs détracteurs».

Préface : Olivier Roy vante ce livre, mais en dit trop! Avoir su, j’aurais sauté cette préface…

Introduction : Le port du niqab «a fait l’objet en juin 2009 d’une polémique» lors de l’étude d’un projet de loi visant à interdire la dissimulation du visage dans l’espace public français. Tout le monde avait un avis sur la question, construisant un mythe collectif rempli de clichés et de complots sans s’intéresser à ce que les moins de 2000 femmes qui le portaient en pensaient. L’autrice, elle, s’est posé la question et a donc mené une enquête de 2008 à 2018 en France, en Inde, au Qatar et en Tunisie auprès de plus de 200 de ces femmes en les choisissant au hasard de ses rencontres et en discutant avec elles jusqu’à 100 fois chacune pour pouvoir accéder à leur «univers intérieur». Elle a filmé certains de ces échanges produisant huit documentaires. Les citations des femmes dans ce livre sont tirées de quatre de ces documentaires.

Le niqab des mouvements de réislamisation : L’autrice explique les différents courants de l’islam et l’origine du retour en force du port du niqab, surtout avec les mouvements de réislamisation.

Sociologie des femmes niqabées : La réapparition du voile est interprétée par l’opinion publique des pays occidentaux et musulmans «comme un signe d’échec des progrès de modernisation». Le port du niqab est, contrairement aux clichés, «une manifestation de la modernité liée à l’abandon des traditions». Il avait en effet disparu dans les pays d’origine de l’immigration en France, où il est beaucoup plus porté par des natives converties ou réislamisées, n’ayant souvent que des connaissances de base de la religion. L’autrice décrit ensuite la situation familiale passée et actuelle de ces femmes, dont les parents sont souvent athées ou non pratiquants, et qui disent ne jamais avoir été forcées de porter le niqab. Elle présente ensuite trois types de femmes niqabées en fonction de leur âge, puis quatre groupes de raisons évoquées pour le porter (plaire à Allah, développement personnel, rédemption et rejet de la marchandisation du corps des femmes).

Le niqab et l’autre : Le port du niqab peut aussi bien être un geste de pudeur que d’exhibitionnisme, un signe de modestie que d’orgueil et de narcissisme. Il peut aussi bien viser à éviter le regard des hommes qu’à l’attirer. L’autrice aborde aussi le désir de séduction présent chez un bon nombre de ces femmes, la durée parfois très brève des mariages musulmans (parfois prononcés sur Internet), la diabolisation du niqab de la part des détracteurs de l’islam (accentuée à la suite d’actes terroristes), et l’agressivité contre ces femmes et leurs enfants aussi bien de la part de la population non musulmane que musulmane (et plus souvent par des femmes).

Une réaction à la loi d’interdiction : «La loi du 11 octobre 2010 n’a pas eu un effet dissuasif, mais persuasif». En effet, «Le voile intégral est passé d’un signe de piété à une revendication d’identité». Il en fut de même lors de l’interdiction des signes religieux à l’école en 2004 qui a mené à l’augmentation de sa popularité hors de l’école et à la création de plus d’écoles religieuses. L’autrice aborde ensuite l’attrait de la déviance (qui peut s’avérer plus fort que l’appartenance religieuse) pour se distinguer du reste de la population, comme le font les punks et d’autres groupes, le refus du corps féminin (comme le font des anorexiques) et l’impact du rejet des femmes niqabées sur leur radicalisation (aussi bien par le harcèlement policier et citoyen que par l’adoption de lois).

Conclusion : On a vu que bien des facteurs peuvent expliquer la décision que prend une femme musulmane de porter un niqab, mais pas celui qui correspond au cliché le plus répandu, soit celui de la coercition masculine, pas plus que celui du manque d’estime de soi, bien au contraire. Ces femmes sont bien sûr religieuses, mais beaucoup moins que l’image pieuse qu’elles projettent. En tolérant la culture du viol, on pourrait dire que la société française est moins sévère envers le viol qu’envers le niqab (et même qu’envers le voile), alors que celui-ci est consenti. Elle va même plus loin :

«La condamnation collective contre le niqab n’est pas sans rapport avec une volonté de faire disparaître de l’espace public certaines femmes autonomisées accusées pour cela de troubler l’ordre social, comme sous l’Inquisition Aux XVIe et XVIIe siècles. Aujourd’hui, ces quelques femmes (moins de 0,003 % de la population française) sont accusées avec le niqab de mettre à mal l’identité nationale et jusqu’à la démocratie. Comme les sorcières étaient accusées de mettre en danger la société.»

Portraits de femmes niqabées – huit primo-niqabées : Les huit femmes présentées dans ce chapitre ont des histoires et des vies bien différentes, et les motifs de porter le niqab varient considérablement d’une femme à l’autre. Elles n’hésitent d’ailleurs pas à se critiquer les unes les autres. Mais, elles ont toutes subi l’opprobre en raison de leur choix.

Portraits de femmes niqabées – huit néo-niqabées : Même s’ils sont tous différents, les témoignages de ces huit autres femmes présentent des caractéristiques semblables aux précédents, sauf qu’ils sont plus longs, notamment parce que le cheminement de ces femmes est plus complexe.

Réfutation des idées reçues sur le niqab : L’autrice démystifie 14 clichés circulant dans l’opinion publique autour du port du niqab.

Mon histoire avec le niqab : L’autrice raconte comment elle en est venue à choisir ce sujet pour sa thèse de doctorat en sociologie. Elle présente ensuite les réponses de quelques cheikhs à des questions qu’elle leur a posées. Ces cheikhs considèrent que le port de la burqa n’est pas obligatoire et qu’il nuit même à l’image des musulman.es dans les pays étrangers.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce livre ne m’a pas fait aimer ce vêtement, mais est très efficace pour défaire les mythes qui entourent ce choix et les clichés sur les caractéristiques des femmes qui le portent. C’est déjà énorme! Même s’il s’agit d’un livre tiré d’une thèse de doctorat en sociologie, l’autrice l’a écrit de façon à ce qu’il soit facile à lire. Il est en plus agrémenté de photos, ce qui permet de mieux saisir les propos de l’autrice et ce qui agrémente la lecture. Malheureusement, les 71 notes, surtout des références, mais aussi des compléments d’information, sont à la fin du livre, nous forçant à utiliser deux signets. J’invite les personnes intéressées à écouter cette courte vidéo (2 min. 38) qui présente une entrevue avec l’autrice sur ce livre.

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