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Résistances des femmes à l’Androcapitalocène

31 mai 2021

Résistances des femmes à l’AndrocapitalocèneAvec son livre Résistances des femmes à l’Androcapitalocène – Le nécessaire écoféminisme, Catherine Albertini, chargée d’une mission sur le travail des femmes en agriculture à l’Institut national de la recherche pour l’agriculture et l’environnement, «montre comment le capitalisme primitif a affaibli le statut des femmes, les a expropriées des terres communales et de leurs savoirs, comment son bras armé – la science occidentale – a réifié les femmes et la nature, comment le colonialisme lui a permis d’envahir la planète, d’en organiser le pillage des ressources et d’ériger son modèle de développement de façon hégémonique en tant que progrès universel. Elle fait état des résistances des femmes des pays du Sud au capitalisme néolibéral patriarcal».

Introduction : Le concept d’Anthropocène a été créé pour décrire notre époque de destructions environnementales. Or, les femmes n’ont pratiquement rien à voir avec ces destructions, mais le capitalisme et les hommes en sont bien plus responsables, d’où l’utilisation du concept d’Androcapitalocène par l’autrice.

1. La dispute de la terminologie : Anthropocène, Poubellien supérieur, Anglocène, Capitalocène, Androcène ou Androcapitalocène? : L’autrice explique les contextes des propositions de nommer notre époque par les termes listés dans le titre de ce chapitre, et les raisons de son choix parmi ces propositions.

2. Les écoféminismes, entre théories et objectifs pratiques : L’autrice présente les caractéristiques, les fondements et les objectifs de différents courants d’écoféminisme. Ces courants abordent notamment la décroissance, le patriarcat, le capitalisme, le colonialisme, le travail invisible, le «réductionnisme de la science occidentale», la chasse aux sorcières pour déposséder les femmes de leurs savoirs, le contrôle de la nature, la biopiraterie, l’extractivisme et les guerres.

3. Stratégies capitalistes de l’aide au développement, la crise de la dette et ses répercussions sur les femmes au nom de leur «empowerment» : L’autrice critique les politiques imposées à bien des pays par les institutions économiques mondiales (dont le FMI et la Banque mondiale), notamment les programmes d’ajustement structurel qui visent à privatiser et à déréglementer le plus possible et qui mènent à une forme de recolonisation. L’instrumentalisation des dettes publiques et privées permet l’imposition de politiques néolibérales d’austérité, de baisses salariales, de concurrence internationale et de contrôle social. Elle aborde ensuite :

  • le microcrédit, qui exploite plus souvent les femmes qu’il ne les aide, contrairement à ce que prétendent les promoteurs de la microfinance;
  • l’ignorance des pratiques paysannes en agriculture et la sous-alimentation des populations rurales;
  • l’échec des politiques prônant l’égalité des sexes;
  • le détournement de sens du concept d’empowerment (agentivité), notamment par l’industrie du sexe;
  • l’insuffisance et l’inadéquation des Objectifs du millénaire pour le développement pour les femmes;
  • l’inanité des programmes favorisant la «gestation pour autrui» (GPA) et la marchandisation du corps des femmes;
  • l’imposture du féminisme postmoderne.

4. Mouvements de résistance des femmes et des populations opprimées au modèle hégémonique de développement : Les politiques de développement nuisent souvent plus qu’elles n’aident. Dans cette optique, l’autrice donne en exemple la formation de l’Armée zapatiste de libération nationale au Chiapas qui est surtout connu pour sa résistance aux effets de l’adoption de l’ALENA. Elle aborde ensuite les actions :

  • pour la sécurité alimentaire et pour l’agroécologie de la Via Campesina, mouvement paysan présent dans 70 pays;
  • du Mouvement pour la ceinture verte au Kenya, tout d’abord dans le domaine de la foresterie, puis dans bien d’autres domaines (éducation populaire, souveraineté alimentaire, justice environnementale, démocratie, paix, etc.);
  • du mouvement Chipko en Inde, dans les domaines de la foresterie, de l’élevage et de l’agriculture auprès de femmes tribales, pauvres et illettrées;
  • pour la défense des terres communales en Papouasie Nouvelle-Guinée à l’encontre d’institutions internationales et de sociétés transnationales;
  • en agroécologie urbaine des Afro-Américaines membres du D-Town-Farm à Détroit, une ferme urbaine;
  • du collectif de femmes musulmanes Mahila Milan à Bombay, dans le domaine de l’épargne de groupe pour se construire des habitations; ce collectif fait partie d’une organisation internationale présente dans 33 pays, le Slum/Shack Dwellers International (SDI), dont les activités des membres débordent du domaine de l’épargne et de l’habitation.

Conclusion : Le chapitre précédent ne fournit que quelques exemples de la «résistance de mouvements de femmes contre le capitalisme patriarcal et la destruction environnementale qu’il opère». L’autrice critique les modèles capitalistes de développement économique et agricole qui mènent au sous-développement, à la misère (surtout pour les femmes) et au désastre environnemental. Après avoir donné quelques exemples éloquents de ces conséquences et de résistance à ces modèles, elle conclut que les «organisations internationales de femmes rurales contre l’Androcapitalocène agissent et connaissent du succès». Elle ajoute qu’il devient urgemment nécessaire de faire entendre leurs voix.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce petit livre (128 pages, selon l’éditeur) présente des mouvements dont on entend rarement parler et qui méritent de fait d’être mieux connus. La structure du livre est impeccable, en expliquant d’abord les concepts, en décrivant les ravages du modèle de développement actuel et en donnant de nombreux exemples des moyens qu’ont pris des mouvements de femmes pauvres pour y résister. Elle fait bien en peu de pages le tour de la question. En plus, les notes sont en bas de pages. Bref, il n’y a aucune raison de ne pas le lire!

One Comment leave one →
  1. 31 juillet 2022 14 h 10 min

    Un livre extrêmement intéressant. Merci de la suggestion!

    Aimé par 1 personne

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