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Raison, déraison et religion

7 juin 2021

Raison, déraison et religionAvec son livre Raison, déraison et religion – Plaidoyer pour une laïcité ouverte, Michel Seymour, professeur retraité du département de philosophie de l’Université de Montréal, «s’engage dans une riche investigation philosophique pour réfléchir à la laïcité des institutions des États démocratiques occidentaux et aux difficultés que pose le pluralisme des conceptions morales, religieuses et philosophiques».

Introduction – Entre la religion intolérante et l’intolérance à la religion : «Comment devons-nous envisager la cohabitation des non-croyants avec le phénomène religieux?». C’est à cette question que compte répondre l’auteur à partir de trois angles différents présentés dans les trois premières parties de ce livre. Il consacrera la quatrième aux objections pouvant être soulevées à la suite de son analyse.

Première partie – de la tradition à la modernité

1. L’âge séculier selon Charles Taylor : À l’aide de l’analyse de Charles Taylor dans son livre L’âge séculier, l’auteur explore les différents sens et applications du concept de sécularité et leur évolution. Taylor considérait que l’âge séculier est celui où la religion comme l’incroyance peuvent être contestables et contestées, et non pas comme une époque où la religion est absente. L’auteur explique les raisons pour lesquelles cette interprétation représente mieux notre époque, notre nature et notre société que l’autre, puis examine plus à fond quelques éléments qu’il juge moins convaincants dans la réflexion de Taylor.

2. Une perspective wittgensteinienne : Après l’approche de Taylor, l’auteur passe à celle de Ludwig Wittgenstein qu’il préfère. Comme je n’ai pas bien compris la pertinence de ce chapitre (je ne dis pas qu’il n’en a pas) et encore moins son contenu (un peu, quand même…), il m’est difficile de le résumer. J’ai quand même noté que l’auteur parle de langage, du concept de la vérité, d’identité personnelle, de communauté linguistique et, finalement, du lien entre Dieu et les êtres humains. Il explique ensuite les raisons qui l’ont amené à s’attarder ainsi à la philosophie de Wittgenstein et à s’éloigner de celle de Taylor.

Deuxième partie – la religion dans la cité

3. Le libéralisme politique de John Rawls : Pour voir comment les croyant.es et les non-croyant.es peuvent entretenir des rapports harmonieux dans une société commune, l’auteur se base cette fois sur les travaux de John Rawls. Dans sa vision de la laïcité, celui-ci cherche à trouver un équilibre entre le respect des droits et libertés de la personne, et celui des décisions prises pour le bien de la société. Dans cette optique, l’État doit «s’occuper de la laïcité des institutions, mais il n’a pas à se mêler de séculariser la société», position mitoyenne entre le républicanisme français et le libéralisme canadien. Dans ce chapitre, il aborde aussi l’égalité des chances, les inégalités sociales, les accommodements raisonnables, le pluralisme «des conceptions morales, religieuses et philosophiques», le concept de raisonnabilité par rapport à celui de la vérité et le respect des cultures.

4. Vers une charte de la laïcité : L’auteur présente les principes sur lesquels devrait reposer une charte de la laïcité qui respecte à la fois les droits et libertés de la personne et le républicanisme. Il montre tout d’abord que celle adoptée par le gouvernement (la loi 21) ne respecte pas les droits et libertés de la personne, «affecte tout particulièrement les minorités», laisse de côté des enjeux fondamentaux, «comme le financement des écoles privées confessionnelles et les crédits d’impôt aux organismes religieux» et transmet une vision confuse de la laïcité. Il explique ensuite les raisons qui le portent à recommander l’adoption d’une charte de la laïcité contenant une affirmation claire de la neutralité de l’État et de la séparation des institutions religieuses et de l’État, explicite les principes et les objectifs qui doivent être à la base de cette charte, et décrit son contenu.

Troisième partie – une perspective internationale

5. Rawls contre le choc des civilisations : L’auteur décrit le contexte international des conflits (trop souvent armés) entre l’Occident, surtout les États-Unis, et les pays musulmans, qui ont débouché sur un sentiment islamophobe dans les pays occidentaux. Il se base sur des écrits de John Rawls pour montrer qu’il est possible de résoudre ces conflits, d’éviter le choc des civilisations annoncé par Samuel Huntington et de vivre en société en tout respect les un.es des autres.

6. Une théorie libérale non individualiste : L’auteur examine ici plus en détail la proposition de Rawls et les réactions qu’elle a suscitées, s’attarde sur la perspective occidentalo-centrée dans ce débat, puis se penche sur «le statut accordé à l’individualisme moral dans la philosophie politique contemporaine».

Quatrième partie – conjectures et réfutations

7. Une hypothèse falsifiée ? : L’auteur revient sur le concept de choc des civilisations d’Huntington et fait le tour des arguments, bons et moins bons, visant à la réfuter. Dans cette analyse, il aborde le communautarisme, les questions économiques, les processus de racialisation, le différentialisme, l’individualisme moral, le droit des peuples, la démocratie et quelques autres sujets.

8. Dépasser Huntington : L’auteur poursuit avec l’analyse des arguments sur la thèse de Huntington, mais cette fois du côté de ceux qui l’appuient. Pour ce, il aborde l’opposition (souvent injustifiée) entre les droits collectifs et les droits individuels, le patriarcat présent dans toutes les religions, les signes religieux comme marqueurs d’appartenance identitaire, le consentement, les enjeux identitaires des minorités et de la majorité, la différence entre la critique et les propos haineux, le respect de la dignité de tou.tes et les particularismes culturels.

Conclusion – Entre le réalisme de l’intolérance et l’intolérance au réalisme : L’auteur précise que ce livre porte sur une théorie idéale et analyse la pertinence de cette approche. Il réitère ensuite l’importance de favoriser la «rencontre entre des sociétés libérales et communautariennes», puis revient sur les racines de l’islamophobie un peu partout en Occident, notamment en France, ainsi que sur les différentes formes de laïcité. Il conclut que, avec ce livre, il a «voulu débusquer les différents présupposés qui ne sont presque jamais remis en cause par les auteur.es occidentaux.ales et qui se trouvent dans l’angle mort de leurs considérations» et qu’il espère que ce livre permettra «de réfléchir à une ouverture d’esprit possible qui est à la disposition des personnes et des peuples raisonnables».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Autant j’ai du respect pour la philosophie et pour son importance, autant j’ai de la difficulté à suivre les méandres des raisonnements de bien des philosophes. Je l’ai constaté encore une fois! J’avais l’impression que l’auteur contournait la plupart du temps (sauf vers la fin) l’objet du livre avec des questions accessoires, même si je reconnais qu’elles sont importantes. Je ne peux donc pas me prononcer sur ce livre, sinon de dire qu’il n’est pas pour moi. Mais, il peut être passionnant pour d’autres! L’auteur est sans conteste érudit et maîtrise les enjeux dont il parle. Ajoutons que les 322 notes sont en bas de pages, qu’il s’agit surtout de références, mais aussi de quelques compléments d’information. On peut aussi écouter l’auteur présenter son livre dans cette vidéo d’un peu moins de 20 minutes (il y dit notamment que le deuxième chapitre, celui que j’ai dit ne pas avoir compris, est le plus difficile du livre; cela m’a rassuré!). Je termine ce billet avec une citation que j’ai trouvée particulièrement pertinente :

«L’interdiction des signes religieux ne relève pas du principe de tolérance, il s’agit plutôt d’une forme de gestion des intolérances»

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