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Le marché du travail en mai 2021 et la COVID-19

10 juin 2021

marché du travail mai 2021 et la COVID 19Après avoir analysé les données sur l’emploi de mars 2020 à avril 2021 du Bureau of Labor Statistics (BLS) et de l’Enquête sur la population active (EPA), je vais maintenant commenter celles de mai 2021, toujours influencées par les mesures gouvernementales et les changements de comportement de la population visant à limiter les dégâts de la COVID-19. On verra ici si mes prévisions d’un maintien ou d’une légère baisse de l’emploi au Québec et au Canada, et d’une hausse importante aux États-Unis se sont réalisées.

Mai 2021 aux États-Unis

Le BLS publie au début de chaque mois (le 4 juin pour mai 2021) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey (HS), l’équivalent de l’EPA canadienne auprès des ménages, et de l’Establishment Survey (ES), qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) du Canada auprès des entreprises. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent en général uniquement la variation de l’emploi selon l’ES et le taux de chômage selon la HS. La couverture journalistique de la publication des données de mai 2021 par le BLS n’a pas fait exception, les articles que j’ai lus, dont celui-ci de La Presse, ne retenant que la hausse de «559 000 emplois» (sans mentionner que cette donnée vient de l’ES, voir la dernière colonne de ce tableau) et la baisse du taux de chômage de 6,1 % à 5,8 % (sans mentionner non plus que cette donnée vient de la HS, voir la septième ligne de cet autre tableau), pensant probablement que ces deux données sont liées. Or, elles ne le sont pas.

Si on regarde les données de la dernière colonne de ce tableau, on voit que les estimations de la HS montrent une hausse de 444 000 emplois en mai plutôt que de 559 000 emplois comme l’ES, une différence de quand même 115 000 emplois! En plus, cette hausse de 559 000 emplois s’additionne aux révisions positives de 27 000 emplois des données de mars et avril 2021, ce qui rend le niveau d’emploi en mai plus élevé de 586 000 que celui publié en avril 2021. De son côté, la baisse du taux de chômage (de 6,1 à 5,8 %) aurait été plus importante si les données de la HS avaient indiqué une hausse d’emploi du niveau de celle de l’ES. Notons que l’emploi selon la ES a augmenté un peu moins (559 000) que l’indiquaient les prévisions moyennes (650 000), mais que le taux de chômage a baissé davantage (à 5,8 %) que ce qu’anticipaient les prévisionnistes (5,9 %), même si la hausse de l’emploi estimée par la HS (444 000) fut moins élevée que les prévisions (650 000) et que le niveau estimé par l’ES (559 000). Cette apparente contradiction s’explique par la hausse de 160 000 personnes inactives et la baisse de la population active de 53 000 personnes, faisant diminuer le taux d’activité de 61,7 % en avril à 61,6 % en mai, en baisse de 1,7 point par rapport à février 2020 (63,3 %). Par ailleurs, le BLS estime que, en raison des erreurs de classification que j’ai expliquées dans le billet de juin 2020, le taux de chômage devrait être plus élevé, possiblement de 0,3 point de pourcentage, soit à 6,1 %.

Entre février 2020 et mai 2021, l’emploi a baissé de 7,6 millions ou de 5,0 % selon l’ES et de 7,1 millions ou de 4,5 % selon la HS. Les écarts entre les résultats de ces deux enquêtes ne sont pas étonnants, car elles comportent de nombreuses différences. Par exemple, l’ES ne tient compte que des salarié.es non agricoles, excluant donc les travailleur.euses autonomes et les salarié.es agricoles. Notons en outre que, selon ce tableau de l’ES, la hausse de 559 000 emplois en mai 2021 s’est traduite par un ajout net de 314 000 emplois chez les femmes (0,4 %) et de 235 000 chez les hommes (0,3 %). Entre février 2020 et mai 2021, l’emploi salarié non agricole a baissé de 4,2 millions ou de 5,5 % chez les femmes et de 3,5 millions ou de 4,5 % chez les hommes. Du côté industriel, les hausses d’emploi furent les plus importantes dans les loisirs et l’hospitalité (292 000 emplois, dont 221 000 dans l’hébergement et la restauration, et 72 000 dans les arts, spectacles et loisirs, reflet des déconfinements), les services d’enseignement gouvernementaux et privés (103 000 et 41 000, reflet de la réouverture d’écoles), et dans les soins de santé et d’assistance sociale (46 000).

Les données de la HS permettent aussi de répartir la baisse du nombre de personnes en emploi entre celles qui sont considérées par le BLS en chômage ou inactives. En effet, si une personne sans emploi n’en cherche pas activement ou ne prévoit pas un rappel dans les quatre semaines qui suivent, elle sera considérée comme inactive. Entre février 2020 et mai 2021, le nombre de personnes en chômage a augmenté de 3,6 millions et le nombre d’inactif.ives de 5,1 millions. Si le taux d’activité s’était maintenu à 63,3 % comme en février 2020 (il était de 61,6 % en mai 2021), il y aurait 4,5 millions de personnes inactives de moins et 4,5 millions de personnes en chômage de plus. Dans ce cas, le taux de chômage ajusté aurait atteint 8,4 % en mai 2021 plutôt que 5,8 %, en hausse de 4,9 points de pourcentage plutôt que de 2,3 points depuis février 2020 (3,5 %).

Mai 2021 au Canada

Statistique Canada a publié le 4 juin son communiqué sur les estimations de l’EPA pour la semaine du 9 au 15 mai. On y apprend notamment que :

  • avec sa baisse de 68 000 en mai 2021 (ou de 0,4 %), l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées était inférieure de 570 000 ou de 3,0 % à son niveau de février 2020, baisse qui est demeurée proportionnellement bien moins élevée qu’aux États-Unis (4,5 %, selon les données de la HS, la plus comparable à l’EPA); rappelons-nous que cette baisse atteignait au Canada près de 3,0 millions d’emplois ou 15,6 % en avril 2020;
  • comme la population adulte a augmenté de 1,0 % depuis février 2020, son taux d’emploi a baissé davantage, soit de 4,0 % ou de 2,4 points de pourcentage, passant de 61,8 % à 59,4 %; si le taux d’emploi s’était maintenu à 61,8 %, il y aurait eu 765 000 emplois de plus en mai;
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 507 000 personnes ou de 44 % entre février 2020 et mai 2021, dont 12 000 en mai, faisant passer le taux de chômage de 5,7 % en février 2020 à 8,2 % en mai 2021, en hausse de 0,1 point par rapport à avril (8,1 %);
  • la population inactive a augmenté de 70 000 en mai, portant le total de la hausse à 381 000 entre février 2020 et mai 2021 et faisant diminuer le taux d’activité de 65,5 % à 64,3 %;
  • si le taux d’activité s’était maintenu à 65,5 % comme en février 2020, le taux de chômage en mai 2021 aurait atteint 9,4 % plutôt que 8,2 %, en hausse de 3,7 points de pourcentage plutôt que de 2,5 points depuis février 2020 (5,7 %);
  • l’emploi à temps plein a diminué de 0,1 % en mai et l’emploi à temps partiel de 1,6 %; la baisse de l’emploi à temps partiel fut aussi beaucoup plus forte que celle de l’emploi à temps plein entre février 2020 et mai 2021 (7,5 % par rapport à 1,9 %);
  • l’emploi a diminué de 11,1 % entre février 2020 et mai 2021 chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, bien plus que chez les 25 à 54 ans (1,7 % ) et chez les 55 ans et plus (1,8 % ), comme ce fut le cas en mai (1,2 %, 0,2 % et 0,5 %); sans surprise, le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait de beaucoup celui des deux autres groupes en mai 2021 (15,9 %, 6,6 % et 8,1 %);
  • mai est le premier mois au cours duquel Statistique Canada fournit des données sur le travail d’été des étudiant.es; selon ces données, le taux de chômage des jeunes qui étudiaient à temps plein en mars et qui prévoyaient poursuivre leurs études à l’automne est passé de 13,7 % en mai 2019 à 40,0 % en mai 2020 et à 23,1 % en mai 2021, et leur taux d’emploi de 47,0 % à 27,7 % puis à 39,5 %.

Mai 2021 au Québec

Entre les semaines de référence d’avril et de mai (du 9 au 15 mai), le gouvernement du Québec n’a pas procédé à de grosses annonces et celles qu’il a faites allaient dans des sens opposés. Je m’attendais donc à une stabilité de l’emploi ou à une faible baisse. Et de fait :

  • l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a diminué de 8 000 en mai (ou de 0,2 %); la baisse entre février 2020 et mai 2021 était d’environ 134 000 emplois ou de 3,1 %;
  • comme la population adulte a augmenté de 0,8 % depuis février 2020, son taux d’emploi a baissé davantage, soit de 3,8 % ou de 2,4 points de pourcentage, passant de 61,9 % à 59,5 %; si le taux d’emploi s’était maintenu à 61,9 %, il y aurait eu 170 000 emplois de plus en mai;
  • la baisse de l’emploi depuis février 2020 fut semblable au Québec (3,1 %) et dans le reste du Canada (3,0 %); le Québec se classait en mai au sixième rang des pertes d’emplois les moins élevées en pourcentage depuis février 2020, comme on peut le voir dans l’image qui accompagne ce billet;
  • marché du travail mai 2021 et la COVID 19_1entre février 2020 et mai 2021, l’estimation de l’emploi a diminué nettement plus chez les femmes (de 101 000 emplois ou de 4,9 %) que chez les hommes (de 33 000 emplois ou de 1,4 %); l’écart entre ces deux baisses a légèrement augmenté en mai, passant de 3,3 à 3,4 points; en effet, l’estimation de l’emploi a diminué de 2300 chez les hommes (ou de 0,1 %), mais de 5800 chez les femmes (ou de 0,3 %);
  • si le nombre d’emplois a globalement diminué de 3,1 % entre février 2020 et mai 2021, cette baisse fut de 5,1 % chez les employé.es (ou salarié.es) du secteur privé et de 8,5 % chez les travailleur.euses autonomes; pendant ce temps, l’emploi augmentait de 6,0 % chez les employé.es du secteur public, surtout dans le secteur de l’éducation, secteur dont les estimations d’emploi ne cessent de surprendre depuis le début de la crise; ces estimations nous montrent aussi que la baisse de 8 000 emplois en mai fut plus que concentrée chez les salarié.es du secteur privé (-19 200), l’emploi ayant augmenté chez les salarié.es du secteur public (+2 700) et dans le travail autonome (+8 500);
  • l’emploi à temps partiel n’a diminué que de 0,1 % en mai 2021, moins que l’emploi à temps plein (0,2 %); entre février 2020 et mai 2021, l’emploi à temps partiel a diminué de 11,9 %, pendant que l’emploi à temps plein ne baissait que de 1,1 %;
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 92 000 (ou de 45 %) entre février 2020 et mai 2021, dont moins de 1000 en mai 2021; le taux de chômage est ainsi passé de 4,5 % en février 2020 à 17,6 % en avril 2020 et à 6,6 % en mai 2021;
  • la population inactive a augmenté de 96 000 entre février 2020 et mai 2021 (de 75 000 chez les femmes, mais de 21 000 chez les hommes), dont près de 10 000 en mai 2021; en conséquence, le taux d’activité (63,7 %) a baissé de 1,1 point de pourcentage depuis février 2020 (64,8 %);
  • l’emploi a diminué de 9,8 % entre février 2020 et mai 2021 chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, bien plus que chez les 25 à 54 ans (2,6 % ) et chez les 55 ans et plus (0,3 % ), mais ce fut différent en mai (hausses de 1,3 % chez les jeunes et de 1,1 % chez les 55 ans et plus, et baisse de 0,9 % chez les 25-54 ans); sans surprise, le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait nettement celui des deux autres groupes en mai 2021 (10,0 % par rapport à 5,8 % et à 6,5 %);
  • le taux de chômage des jeunes qui étudiaient à temps plein en mars et qui prévoyaient poursuivre leurs études à l’automne est passé de 11,0 % en mai 2019 à 36,4 % en mai 2020 et à 14,8 % en mai 2021 et leur taux d’emploi de 53,1 % à 35,6 % puis à 47,3 %, situation nettement meilleure que dans le reste du Canada avec leur taux de chômage de 25,7 % et leur taux d’emploi de 37,4 %.

Si le taux d’activité du Québec était en mai inférieur à son niveau de février 2020 de 1,1 point de pourcentage (63,7 % par rapport à 64,8 %), la baisse dans le reste du Canada fut un peu moins élevée, soit de 0,8 point (64,9 % par rapport à 65,7 %). Cela fait en sorte que la différence entre le taux de chômage au Québec et dans le reste du Canada était un peu surestimée par le taux de chômage officiel. En effet, la différence entre le taux de chômage officiel au Québec (6,6 %) et son taux ajusté (8,1 %) était de 1,5 point de pourcentage, alors que cette différence était de 1,2 point dans le reste du Canada (8,6 % et 9,8 %). Ainsi, si la différence entre les taux officiels du Québec et du reste du Canada était en mai 2021 de 2,0 points (6,6 % et 8,6 %), la différence entre leurs taux ajustés était plutôt de 1,7 point (8,1 % et 9,8 %), ce qui traduit mieux l’écart de la situation du marché du travail entre les deux territoires.

On pourrait penser que le fait que le taux d’activité ait été plus élevé dans le reste du Canada (64,9 %) qu’au Québec (63,7 %) en mai 2021 entraîne une sous-estimation du taux de chômage du Québec. En fait, c’est uniquement en raison des différences dans leur structure démographique que le taux d’activité était plus élevé dans le reste du Canada qu’au Québec, le Québec ayant une proportion beaucoup plus élevée d’adultes âgé.es de 65 ans et plus (23,5 % par rapport à 20,9 %). Ainsi, si le Québec avait eu la même structure démographique que le reste du Canada en mai 2021, son taux d’activité aurait été plus élevé que celui du reste du Canada. En effet, avec les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0017-01, on peut calculer, en associant les taux d’activité par tranche d’âge de cinq ans (15-19 ans, 20-24 ans jusqu’à 65-69 ans et 70 ans et plus) au pourcentage de la population adulte dans ces tranches d’âges dans le reste du Canada, que le taux d’activité aurait en fait été en mai 2021 de 66,1 % au Québec au lieu de 64,2 % par rapport à 65,6 % dans le reste du Canada. On remarquera que les taux d’activité de mai 2021 en données non désaisonnalisées étaient plus élevés que les taux d’activité en données désaisonnalisées de 0,5 point au Québec (64,2 % et 63,7 %) et de 0,7 point dans le reste du Canada (65,6 % et 64,9 %).

L’effet de l’évolution de l’inactivité, du chômage et du taux d’activité a eu des impacts différents selon le sexe et selon la tranche d’âge. Ainsi, les taux de chômage officiels et ajustés en fonction du taux d’activité de février 2020 ont évolué ainsi au Québec :

  • femmes : le taux de chômage officiel est passé de 4,1 % en février 2020 à 17,5 % en avril et à 6,6 % en mai 2021, alors que le taux de chômage ajusté passait de 4,1 % en février 2020 à 21,8 % en avril et à 9,4 % en mai 2021;
  • hommes : le taux de chômage officiel est passé de 4,8 % en février 2020 à 17,8 % en avril et à 6,5 % en mai 2021, alors que le taux de chômage ajusté passait de 4,8 % en février 2020 à 23,4 % en avril et à 7,0 % en mai 2021; si le taux de chômage officiel des femmes était presque le même que celui des hommes en mai 2021 (6,6 % par rapport à 6,5 %), leur taux de chômage ajusté lui était plus élevé de 2,4 points (9,4 % par rapport à 7,0 %);
  • 15 à 24 ans : le taux de chômage officiel est passé de 7,0 % en février 2020 à 34,2 % en avril et à 10,0 % en mai 2021, alors que le taux de chômage ajusté passait de 7,0 % en février 2020 à 41,2 % en avril et à 15,6 % en mai 2021;
  • 25 à 54 ans : le taux de chômage officiel est passé de 3,8 % en février 2020 à 14,5 % en avril et à 5,8 % en mai 2021, alors que le taux de chômage ajusté passait de 3,8 % en février 2020 à 17,9 % en avril et à 6,1 % en mai 2021;
  • 55 ans et plus : le taux de chômage officiel est passé de 4,9 % en février 2020 à 16,9 % en avril et à 6,5 % en mai 2021, alors que le taux de chômage ajusté passait de 4,9 % en février 2020 à 24,3 % en avril et à 7,2 % en mai 2021.

Ces évolutions montrent clairement que ce sont les jeunes et les femmes qui ont subi le plus durement les effets de la crise et qui la subissent encore.

En gardant en tête le fait que les marges d’erreur des estimations de l’emploi de l’EPA sont encore plus importantes avec des données désagrégées comme celles par industrie, je présente dans le tableau qui suit (tiré des données du tableau 14-10-0355-01) la variation de ces estimations par industrie entre avril 2021 et mai 2021, et entre février 2020 et mai 2021. J’ai mis en caractère gras dans les quatre dernières colonnes du tableau les hausses et les baisses les plus importantes.

marché du travail mai 2021 et la COVID 19_2

Il n’y a eu que deux baisses de plus 8 000 emplois entre avril 2021 et mai 2021, soit dans la fabrication (13 600 emplois ou 2,8 %) et dans les services d’hébergement et de restauration (16 400 emplois ou 9,4 %). Il n’y a eu aussi que deux hausses de cette ampleur, soit dans le commerce de gros et de détail (10 800 emplois ou 1,7 %) et dans l’information, la culture et les loisirs (8 300 emplois ou 5,5 %).

Malgré la baisse de 134 000 emplois entre février 2020 et mai 2021, l’emploi a augmenté dans près de la moitié des industries présentées dans ce tableau (7 sur 16), mais dans certains cas de très peu. Les deux hausses les plus importantes ont eu lieu dans les surprenants services d’enseignement (45 300 emplois ou 14,3 %) et dans la finance, assurances, services immobiliers et de location (16 900 emplois ou 6,7 %). À l’inverse, cinq industries ont connu des baisses de plus de 18 000 emplois et de plus de 5 %, dont trois de plus de 10 % et une de près de 40 % :

  • les services d’hébergement et de restauration (baisse de 101 100 emplois, ou de 39,1 %);
  • la fabrication (27 600 ou 5,5 %);
  • les autres services (25 200 ou 14,6 %);
  • l’information, la culture et les loisirs (22 700 ou 12,5 %);
  • le transport et l’entreposage (18 500 ou 7,5 %).

Et après?

Entre les semaines de référence de mai et de juin (la semaine prochaine), le gouvernement du Québec a annoncé des réouvertures trop nombreuses et trop différentes selon les régions pour que je puisse les nommer, dont certaines n’entreront en vigueur qu’après la semaine de référence de juin (voir par exemple cet article). Chose certaine (ou presque, on ne sait jamais avec l’EPA…), l’emploi devrait augmenter fortement le mois prochain. Dans le reste du Canada, les annonces furent aussi nombreuses, mais très différentes d’une province à l’autre (voir le plan de déconfinement de l’Ontario), ce qui laisse entrevoir une hausse de l’emploi moins vive qu’au Québec. Notons que le taux de vaccination progresse rapidement partout au pays, encore plus au Québec, ce qui laisse présager de nouvelles hausses de l’emploi au cours des prochains mois.

Aux États-Unis, le nombre d’infections et de décès dus la COVID-19 continue à diminuer et la proportion de la population qui est vaccinée augmente constamment, quoique moins rapidement depuis quelques semaines (voir aussi cet article). De plus, le nombre de prestataires de l’assurance-chômage a encore diminué récemment. Finalement, le plan de soutien (ou de relance) adopté par le Congrès et par le président il y a trois mois pourrait stimuler l’emploi. Au bout du compte, on peut s’attendre à une hausse de l’emploi aux États-Unis au moins semblable à celle de ce mois-ci en juin et par la suite.

Et alors…

L’emploi a augmenté un peu moins fortement que prévu aux États-Unis, a peu évolué au Québec et a baissé légèrement au Canada. Notons que la baisse de 68 000 emplois au Canada peut sembler importante, mais qu’elle se situe en fait à l’intérieur de la marge d’erreur à 95 % (83 200). Avec une si petite baisse au Québec (la baisse de 8000 emplois représente moins du cinquième de la marge d’erreur à 95 % de 42 400), il est toutefois difficile de faire le lien entre les baisses par industrie et les décisions adoptées par le gouvernement, sauf pour celle observée dans les services d’hébergement et de restauration (la baisse de 16 400 emplois est juste au-dessus de la marge d’erreur de 14 400). Il en est de même des mouvements selon le sexe, la catégorie d’emploi et la tranche d’âge. Bref, ce fut un mois tranquille!

Après une hausse de 50 000 en avril, le nombre de chômeur.euses inexpérimenté.es (qui n’ont pas travaillé depuis au moins un an, voir ce billet pour en savoir plus sur le chômage inexpérimenté) a diminué de 4600 en mai en données non désaisonnalisées, ce qui a quand même fait passer leur proportion de 45 % à 48 % des chômeur.euses en raison de la baisse encore plus importante du nombre de chômeur.euses expérimenté.es (de plus de 25 000). Comme mentionné le mois dernier, cela s’explique probablement par le fait qu’un bon nombre de personnes qui ont perdu leur emploi au tout début de la crise et n’ont pas travaillé depuis ce temps sont passées du statut de chômeur.euses expérimenté.es à inexpérimenté.es parce que la perte de leur dernier emploi date de plus d’un an. Soulignons aussi que la part des chômeur.euses inexpérimenté.es sur le chômage total est passée de 18,5 % en janvier 2021 à 47,8 % en mai 2021 au Québec et de 31,7 % à 52,4 % dans le reste du Canada. Ce taux est le plus élevé dans le reste du Canada pour les 545 mois depuis janvier 1976 (et par plus de 6 points de pourcentage sur le deuxième), et celui du Québec est son deuxième plus élevé. Cela montre à quel point la situation actuelle est particulière.

La lenteur de la reprise de l’emploi, surtout dans les industries encore les plus touchées, nous montre que les programmes gouvernementaux à l’intention des victimes de la crise sont encore essentiels. La hausse du taux de vaccination ne doit pas nous faire baisser la garde, surtout avec l’apparition de nouveaux variants et avec le déconfinement actuel et à venir!

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