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L’impact des équipements de protection à la COVID-19 sur l’environnement

17 juin 2021

impact des équipements de protection à la COVID-19 sur l’environnementC’est grâce à un billet du blogue de Timothy Taylor que j’ai pris connaissance de trois documents portant sur le sujet en titre.

Les effets des déchets de la COVID-19 sur la vie animale

L’étude de Auke-Florian Hiemstra, Liselotte Rambonnet, Barbara Gravendeel et Menno Schilthuizen intitulée The effects of COVID-19 litter on animal life a été publiée en mars 2021 par la revue Animal Biology.

– Introduction : Si la pandémie de la COVID-19 a permis une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), elle a entraîné une hausse importante de la pollution par le plastique due à l’utilisation d’équipements de protection individuelle (ÉPI), surtout de gants (généralement en latex) et de masques à usage unique (ficelles en caoutchouc et tissu généralement en polypropylène). Quelques mois après que le port de masques ait été rendu obligatoire au Royaume-Uni, on en a retrouvé sur 30 % des plages et lors de 69 % des activités de nettoyage à l’intérieur des terres d’un groupe de citoyen.nes, de même que sur des îles inhabitées près de Hong Kong. Les auteur.es donnent d’autres exemples du genre dans de nombreux pays. Or, ces masques et ces gants présentent un risque d’enchevêtrement, de piégeage et d’ingestion par de nombreux animaux, en plus de représenter une source de microplastiques. Cette étude est basée sur des recherches sur Internet à l’aide de mots-clés en anglais et en néerlandais, et de recherches d’images.

impact des équipements de protection à la COVID-19 sur l’environnement_1_gant– Constats : Le premier cas trouvé est une perche morte piégée dans un gant en latex, dont seule la queue dépassait (voir l’image ci-contre) découverte lors d’une activité de nettoyage aux Pays-Bas. Les auteur.es ont ensuite trouvé 28 cas du genre, dont :

  • des nids d’oiseaux construits avec des déchets d’ÉPI en Pologne et aux Pays-Bas;
  • un oiseau mort dont les ailes étaient prisonnières des élastiques d’un masque en Colombie-Britannique;
  • une mouette, un faucon pèlerin, des jeunes cygnes, une chauve-souris, un renard, un hérisson, des poissons, une pieuvre et des crabes ont aussi été vus prisonniers de masques et de gants au Royaume-Uni, en France, en Italie et aux Pays-Bas;
  • un pingouin, des macaques, des chats, des chiens et un enfant ont ingéré des masques au Brésil, en Malaisie et au Royaume-Uni.

– Conclusion : Même si ces exemples ne représentent bien sûr qu’une infime partie des cas qui sont en fait survenus, ils nous permettent de savoir que ces déchets constituent un danger croissant pour les animaux. Ils montrent que ce danger se manifeste un peu partout sur la planète et qu’il menace des espèces aussi bien terrestres que marines. Les auteurs ont créé un site pour que des personnes qui trouvent d’autres cas puissent les enregistrer. Ce site présentait 48 cas quand je l’ai consulté. Quant aux microplastiques qui seront répandus par la dégradation de ces déchets, nous savons qu’ils demeureront dans la nature des centaines d’années. Les auteur.es encouragent la population à faire attention à ces déchets, à organiser des activités de nettoyage, à utiliser des équipements réutilisables lorsque c’est possible et à découper les gants jetables et à couper les sangles des masques avant de les jeter.

Des masques sur la plage – L’impact de la COVID-19 sur la pollution marine du plastique

L’étude de Teale Phelps Bondaroff et Sam Cooke intitulée Masks on the Beach: The Impact of COVID-19 on Marine Plastic Pollution a été publiée en décembre 2020 par OceansAsia.

– Introduction : Cette étude «fournit une vue d’ensemble de l’ampleur, des sources et des impacts négatifs de la pollution plastique marine, avec un accent particulier sur la pollution plastique marine résultant de l’utilisation accrue d’ÉPI due à la COVID-19», surtout des masques jetables, car ceux-ci sont utilisés par l’ensemble de la population et sont donc beaucoup plus répandus que les gants de latex et les écrans faciaux.

– L’ampleur de la pollution par le plastique : «Une étude a estimé qu’en 2017, les humains avaient produit 8 300 millions de tonnes de plastiques vierges», et 360 millions de tonnes en 2018, avec une croissance de près de 9 % par année. Comme on recycle moins de 10 % du plastique jeté, la majorité de ces rebuts sont incinérés (12 %) ou se retrouvent dans des dépotoirs ou dans la nature (79 %). Environ 3 % des déchets de plastiques se retrouvent dans les océans, soit entre 5 et 13 millions de tonnes annuellement pour un total variant selon les estimations entre 150 et 300 millions de tonnes jusqu’à maintenant. Même si on mettait les ressources nécessaires pour les ramasser (cela représenterait près de 1 % du PIB mondial, soit au moins 700 milliards $), il en demeurerait dans l’océan encore plus sous forme de microplastiques.

– Sources de la pollution marine par le plastique : Les auteurs présentent les 10 cours d’eau qui charrient le plus de plastique vers les océans (voir le tableau sur cette page), avec au premier rang le fleuve Yang-Tsé (1,5 million de tonnes par année, neuf fois plus que le fleuve Indus au deuxième rang). Environ 60 % de ces déchets proviennent de la région de l’Asie de l’Est et du Pacifique, mais une partie inquantifiable de ces déchets est en fait causée par les exportations de déchets (légales et illégales) de pays occidentaux, dont principalement les États-Unis et le Royaume-Uni, mais aussi le Canada et l’Australie. Par contre, la Chine et d’autres pays de cette région interdisent depuis 2018 ces exportations, ce qui n’empêche pas le Canada (et d’autres pays) de continuer à en exporter en Asie et ailleurs. En fait, les États-Unis et le Royaume-Uni sont les deux pays qui produisent le plus de déchets de plastique par habitant (voir le graphique au bas de cette page).

impact des équipements de protection à la COVID-19 sur l’environnement_2_plageLes auteurs présentent ensuite les usages les plus générateurs de déchets de plastique (47 % de l’emballage au solide premier rang, voir le tableau sur cette page) et les produits qui polluent le plus les océans (mégots de cigarettes, emballages et pailles au haut de la liste). Ces déchets causeraient annuellement le décès de 100 000 mammifères et tortues, d’un million d’oiseaux de mer (90 % d’entre eux ont déjà ingéré du plastique) et d’encore plus de poissons et d’invertébrés marins. Les auteurs détaillent les effets de ces déchets dépendant de leur source (destruction des coraux et des habitats, infections, maladies, amputation, famine, suffocation, etc.). On a aussi trouvé des particules de plastique dans l’eau du robinet, la bière, le sucre et le miel, dans l’air des villes et des maisons, et même dans la neige et les cours d’eau venant du mont Everest. Ces particules sont bien sûr liées à un grand nombre de pathologies chez les humains (inflammations, nécroses, problèmes hormonaux, cancers, malformations de l’appareil reproducteur, asthme, obésité, etc.). Et elles nuisent à un grand nombre d’activités économiques (pêche, tourisme, dégâts aux infrastructures, notamment sanitaires, etc.).

– La COVID-19 et la pollution par le plastique : La pandémie de COVID-19 a fait augmenter la pollution par le plastique en raison de :

  • la hausse de la consommation de produits en plastique, avec notamment plus d’emballages individuels, plus de produits et repas livrés à la maison et moins de réutilisation des produits en plastique (voir le graphique au haut de cette page);
  • un recul dans les mesures visant la diminution de son usage, dont la remise à plus tard de règlements sur la restriction de la vente et de l’utilisation de produits en plastique à usage unique, et la diminution de l’utilisation des produits réutilisables, comme des tasses et des sacs.

– l’utilisation accrue d’ÉPI : L’utilisation d’ÉPI, surtout de masques et, dans une moindre mesure, de gants, d’écrans faciaux et de blouses, a explosé durant la pandémie dans les établissements de santé, mais aussi dans la population. Les auteurs expliquent le processus de fabrication des masques chirurgicaux ou de procédure, les plus utilisés par la population (non, il n’y a pas de puce à l’intérieur…). On y trouve surtout du polypropylène, mais aussi parfois du polyuréthane, du polyacrylonitrile, du polystyrène, du polycarbonate, du polyéthylène ou du polyester, et des élastiques en élasthanne.

Ils abordent ensuite les conséquences de la présence des masques dans l’environnement et dans l’océan, mais comme l’étude précédente a bien couvert cet aspect, je vais sauter cette partie qui mentionne des conséquences semblables.

impact des équipements de protection à la COVID-19 sur l’environnement_3_dépotoirComme il n’est pas rentable de recycler les masques et que cela pourrait être dangereux de le faire, ceux-ci se retrouvent dans le meilleur des cas dans des sites d’enfouissement, mais trop souvent dans l’environnement (trop de gens les jettent même par terre), d’autant plus que nombreux sites d’enfouissement ne fonctionnent pas à plein rendement durant la pandémie. Et la situation est encore pire dans certains pays pauvres.

À partir de nombreuses hypothèses qu’il serait fastidieux de mentionner ici, les auteurs basent leurs calculs de la proportion des masques qui se retrouvent dans les océans sur le même taux que pour l’ensemble des produits en plastique (3 %). Ils estiment que, sur une production mondiale de 52 milliards de masques en 2020 (production elle impact des équipements de protection à la COVID-19 sur l’environnement_4_masquesaussi basée sur des hypothèses), «1,56 milliard de masques entreront dans nos océans en 2020, ce qui représente entre 4 680 et 6 240 tonnes métriques de pollution plastique. Ces masques mettront jusqu’à 450 ans à se décomposer, servant de source de microplastiques qui auront un impact négatif sur la faune et les écosystèmes marins».

– Solutions : Devant l’ampleur de ces estimations, il est urgent de développer des programmes de prévention complémentaires :

  • actions individuelles : utiliser lorsque c’est possible des masques réutilisables, jeter les masques (jetables et réutilisables) de façon responsable, utiliser moins d’objets en plastique à usage unique, participer à des activités de nettoyage (surtout sur les plages, mais pas uniquement) et encourager ses connaissances à en faire autant;
  • solutions technologiques : recherches sur des masques autonettoyants, sur des masques réutilisables plus performants fabriqués avec des matériaux recyclables ou biodégradables, sur des moyens de les recycler et sur des techniques pour les stériliser et les réutiliser;
  • politiques gouvernementales : programmes de sensibilisation pour faire modifier les comportements, réglementation plus stricte pour les producteurs de masques, pour interdire les objets en plastique à usage unique et pour l’élimination des déchets, recherche pour développer d’autres solutions technologiques;
  • accords internationaux : coopération pour le partage des politiques gouvernementales qui ont réussi, la réduction de la pollution qui se rend dans les océans, le nettoyage des océans des continents de plastique et la diminution de l’utilisation du plastique.

– Conclusion : Les déchets de plastique dus à la pandémie amplifient un problème important qui existe depuis des décennies. Ils rendent toutefois encore plus manifeste l’urgence d’agir. «Ces masques en plastique vont étrangler, empoisonner et tuer la faune marine, et endommager et détruire les écosystèmes marins, et ce pour les siècles à venir». Même s’ils ne représentent qu’une faible proportion des déchets de plastique déjà dans nos océans, «les masques sur la plage sont la preuve que nos systèmes de gestion des déchets présentent encore de graves lacunes et que les gens continuent à se débarrasser de leurs déchets plastiques de manière irresponsable. Les masques sur la plage démontrent que nous devons redoubler d’efforts pour mettre fin à notre dépendance au plastique à usage unique».

Empêcher les masques de devenir le prochain problème de plastique

Le court document (3 pages) d’Elvis Genbo Xu et de Zhiyong Jason Ren intitulé Preventing masks from becoming the next plastic problem a été publiée en février 2021 par la revue Frontiers of Environmental Science & Engineering.

– Introduction : On estime que 129 milliards de masques jetables par mois sont utilisés mensuellement depuis le début de la pandémie, contenant presque tous des matières plastiques.

– La nécessité d’adopter de meilleures pratiques : Il est normal qu’on ait voulu être prudent pour éviter la contamination par ces équipements, mais la probabilité de cette contamination est très faible. Il serait donc bon de faire des recherches sur le cycle de vie de ces produits, sur la réutilisation et sur le remplacement du plastique utilisé par des matériaux biodégradables. Il faut aussi normaliser le traitement de ces déchets. Les auteurs concluent qu’il «est impératif que les scientifiques de l’environnement, les agences médicales, les organisations de gestion des déchets solides et le grand public se coordonnent afin de minimiser les impacts négatifs des masques jetables».

Et alors…

Ces trois études font le tour de cette question troublante. En fait, c’est surtout la deuxième que j’ai présentée qui m’a poussé à écrire ce billet. C’est de loin la plus substantielle (79 pages) et elle couvre bien le sujet. J’ai cru bon de résumer aussi les deux autres pour montrer que cette question suscite heureusement de plus en plus d’intérêt et parce qu’elles contiennent quelques éléments et suggestions que la deuxième n’aborde pas. Malheureusement, il n’y a pas de fin heureuse (happy end) à cette histoire. C’est à nous de l’écrire!

One Comment leave one →
  1. 17 juin 2021 11 h 00 min

    Je me demandais pourquoi ces documents ne parlaient pas des panneaux de plexiglas. Peut-être parce que ce ne sont pas des équipements «individuels». Pourtant, ces panneaux aussi posent des problèmes environnementaux.

    «Aucune entreprise au Québec, ni même au Canada, ne recycle ce type de plastique. Recyc-Québec et le ministère de l’Environnement n’ont pas d’idée pour l’instant de la façon de disposer de ces panneaux dont les entreprises et les commerces voudront bientôt se débarrasser.»

    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1802227/plexiglas-panneaux-recyclage-environnement-quebec

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