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Une guerre mondiale contre les femmes

21 juin 2021

guerre mondiale contre les femmesFace à la violence sexiste, Silvia Federici, militante féministe et professeure émérite à l’Université Hofstra à New York, montre avec son livre Une guerre mondiale contre les femmes – Des chasses aux sorcières au féminicide, que «ces meurtres, tortures et viols ne sont ni des accidents de l’histoire ni le reflet d’un patriarcat millénaire».

Introduction : L’autrice vise avec ce livre, formé d’articles, à répondre à des demandes qu’elle a reçues de publier un livre accessible «revenant sur les principaux thèmes de Caliban et la sorcière, destiné à un public plus large». Elle présente par la suite le contenu des textes de ce livre et fournit d’autres motifs expliquant la publication de ce livre.

Première partie – retour sur l’accumulation du capital et la chasse aux sorcières européenne

Midsommervisen, «Vi elsker vort land» : L’autrice présente les paroles d’un chant danois entonné autour de feux de joie lors de la Saint-Jean, «célébrant» l’exécution sur le bûcher de sorcières…

Pourquoi parler – encore – de chasses aux sorcières? : L’autrice répond à la question du titre de ce chapitre. Elle explique notamment que «la chasse aux sorcières se trouve au croisement d’un ensemble de processus sociaux qui ont ouvert la voie à l’avènement du monde capitaliste». Ce texte, datant de la fin des années 1990, était une première version de l’introduction du livre Caliban et la sorcière.

Les chasses aux sorcières, les enclosures et la fin des rapports de propriété collective : L’autrice montre que le mouvement des enclosures en Angleterre et l’avènement du capitalisme agraire partout en Europe vers la fin du XVe siècle «offrent le contexte social pertinent pour comprendre l’apparition de nombreuses accusations de sorcellerie» et «le rapport entre chasse aux sorcières et accumulation du capital».

La chasse aux sorcières et la peur du pouvoir des femmes : L’autrice explique pourquoi les femmes du XVe au XVIIIe siècle furent les principales victimes de la chasse aux sorcières, alors qu’elles étaient en général pauvres et démunies. Ces femmes ont souvent perdu leurs moyens de subsistance avec les expropriations foncières et se sont révoltées face à cette injustice. Une bonne partie d’entre elles étaient d’anciennes guérisseuses et sages-femmes ou prédisaient l’avenir, et étaient craintes en raison de leurs connaissances ou de leur pouvoir. Elle aborde ensuite le rôle que le développement du capitalisme et la sexualité des femmes ont joué dans cette chasse.

Sur la signification de «gossip» : Qualifier de commères (premier usage du terme gossip) les femmes qui s’entendent bien est une autre façon de les dévaloriser et de les ridiculiser. Ce genre de dénigrement remonte à une époque où les femmes étaient relativement autonomes, avant qu’elles deviennent plus dépendantes en raison de la perte de leurs moyens de subsistance décrite dans le chapitre précédent et de leur exclusion des guildes. Les femmes qui résistaient à la domination de leur mari, qualifiée de mégères, subissaient en plus fréquemment des tortures et des humiliations publiques.

Deuxième partie – les nouvelles formes d’accumulation du capital et les chasses aux sorcières de notre temps

Mondialisation, accumulation du capital et violence contre les femmes : une perspective internationale et historique : L’augmentation de la violence (aussi bien physique, que psychologique, économique, sociale, politique et institutionnelle) contre les femmes et du nombre de femmes assassinées dans le monde aujourd’hui est le reflet d’une nouvelle forme de chasse aux sorcières. Le contrôle patriarcal des femmes et de leur corps s’est en effet poursuivi après les épisodes mentionnés plus tôt. L’autrice attribue en partie le maintien de ce contrôle à la mondialisation qui «est un processus de recolonisation politique destiné à donner au capital un contrôle incontesté sur la richesse du monde et sur le travail humain» qui passe entre autres par le contrôle des femmes, «responsables de la reproduction de leur communauté». Elle décrit ensuite plus en détail les méthodes utilisées pour exercer ce contrôle dans plusieurs régions du monde, aborde d’autres facteurs expliquant la montée de la violence contre les femmes (antiféminisme, racisme, misogynie, transphobie, masculinité toxique, etc.) et présente des pistes de solution (refuges pour femmes, cours d’autodéfense, manifestations, campagnes d’éducation, etc.). Ce texte est basé sur une conférence donnée en 2016.

Chasse aux sorcières, mondialisation et solidarité féministe en Afrique aujourd’hui : Dans ce texte datant de 2008, l’autrice examine les formes de chasses aux sorcières en Afrique et leurs motifs, et suggère «certaines initiatives que les féministes pourraient prendre pour mettre fin à ces persécutions». Elle aborde notamment :

  • l’ampleur de ces chasses (des dizaines de milliers de femmes tuées et bien plus dépossédées de leurs biens et en fuite);
  • le rôle du colonialisme, puis du capitalisme et de la mondialisation dans ce phénomène;
  • la responsabilité des évangélistes, des médias, du cinéma et des chansons;
  • la création de «camps de sorcières» pour protéger les femmes, surtout âgées;
  • le relatif désintérêt des féministes pour ces chasses;
  • des suggestions d’actions, dont «la construction de communs égalitaires» et des tactiques d’action directe.

Conclusion : L’autrice revient sur les principaux constats de ce livre puis conclut qu’il est «important de comprendre l’histoire et la logique des chasses aux sorcières et des nombreuses formes sous lesquelles elles se perpétuent aujourd’hui; car ce n’est qu’en tenant cette mémoire vivante que nous pouvons empêcher de la voir retournée contre nous».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire, malgré quelques bémols. Lire, car ce court livre (144 pages, selon l’éditeur) aborde avec verve une réalité peu connue et pourtant de première importance. Des bémols, car, en regroupant des textes écrits dans des contextes différents, le résultat est un peu décousu et parfois répétitif. J’ai trouvé le dernier texte particulièrement intéressant, de loin le plus long (environ le tiers du livre), car il se penche sur un sujet particulier (les chasses aux sorcières en Afrique) qui se lit très bien indépendamment des autres. J’imagine qu’il serait intéressant de lire Caliban et la sorcière, sûrement plus complet et moins décousu et répétitif, mais ce livre parvient très bien à atteindre son objectif, soit de nous sensibiliser aux chasses aux sorcières qu’il dénonce. Autre bon point, les notes sont en bas de page.

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