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Le marché du travail en juillet 2021 et la COVID-19

12 août 2021

marché du travail juillet 2021 et la COVID 19Après avoir analysé les données sur l’emploi de mars 2020 à juin 2021 du Bureau of Labor Statistics (BLS) et de l’Enquête sur la population active (EPA), je vais maintenant commenter celles de juillet 2021. On verra ici si mes prévisions d’une hausse importante de l’emploi au Québec, au Canada et aux États-Unis se sont réalisées.

Juillet 2021 aux États-Unis

Le BLS publie au début de chaque mois (le 6 août pour juillet 2021) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey (HS), l’équivalent de l’EPA canadienne auprès des ménages, et de l’Establishment Survey (ES), qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) du Canada auprès des entreprises. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent uniquement la variation de l’emploi selon l’ES et le taux de chômage selon la HS. La couverture journalistique de la publication des données de juillet 2021 par le BLS n’a pas fait exception, les articles que j’ai lus, dont celui-ci de La Presse, ne retenant que la hausse de «près d’un million d’emplois (943 000)» (sans mentionner que cette donnée vient de l’ES, voir la dernière colonne de ce tableau) et la baisse du taux de chômage de 5,9 % à 5,4 % (sans mentionner non plus que cette donnée vient de la HS, voir la septième ligne de cet autre tableau), pensant probablement que ces deux données sont liées. Or, elles ne le sont pas.

Si on regarde les données de la dernière colonne de ce tableau, on voit que les estimations de la HS montrent une hausse de 1 043 000 emplois en juillet plutôt que de 943 000 emplois comme l’ES, une différence de quand même 100 000 emplois! Notons par contre que la hausse de 943 000 emplois de l’ES s’additionne aux révisions positives de 119 000 emplois des données de mai et juin 2021, ce qui rend le niveau d’emploi en juillet plus élevé de 1 062 000 que celui publié pour juin 2021, au bout du compte légèrement plus élevé (de 19 000) que la hausse de l’estimation selon la HS. La hausse officielle de l’emploi selon l’ES (943 000) est du même ordre de grandeur que les 900 000 anticipés par les prévisionnistes. La prévision était toutefois moins précise pour le taux de chômage qui a baissé de 0,5 point de pourcentage à 5,4 % plutôt que de 0,2 point à 5,7 %. Le tableau de la HS nous apprend aussi que le nombre de personnes inactives a baissé de 130 000 en juillet et que la population active a augmenté de 261 000 personnes, faisant passer le taux d’activité de 61,6 % à 61,7 %, toujours en baisse de 1,6 point par rapport à février 2020 (63,3 %). Notons aussi que le BLS estime que, en raison des erreurs de classification que j’ai expliquées dans le billet de juin 2020, le taux de chômage devrait être plus élevé, possiblement de 0,3 point de pourcentage, soit à 5,7 %.

Entre février 2020 et juillet 2021, l’emploi a baissé de 5,7 millions (3,7 %) selon l’ES et de 6,1 millions (3,8 %) selon la HS. Selon ce tableau, la hausse de 943 000 emplois en juillet 2021 s’est traduite par un ajout de 649 000 emplois chez les femmes (0,9 %) et de 294 000 chez les hommes (0,4 %). Entre février 2020 et juillet 2021, l’emploi a baissé de 3,1 millions (4,0 %) chez les femmes et de 2,6 millions (3,5 %) chez les hommes. Du côté industriel, les hausses d’emploi furent les plus importantes dans les loisirs et l’hospitalité (380 000 emplois, dont 327 000 dans l’hébergement et la restauration, et 53 000 dans les arts, spectacles et loisirs) et dans les services d’enseignement (271 000, en fait une baisse moins forte de l’emploi cette année qui est devenue une hausse en données désaisonnalisées).

Les données de la HS permettent aussi de répartir la baisse du nombre de personnes en emploi entre celles qui sont considérées par le BLS en chômage ou inactives. Entre février 2020 et juillet 2021, le nombre de personnes en chômage a augmenté de 3,0 millions et le nombre d’inactif.ives de 4,9 millions. Si le taux d’activité s’était maintenu à 63,3 % comme en février 2020 (il était de 61,7 % en juillet 2021), il y aurait 4,3 millions de personnes inactives de moins et 4,3 millions de personnes en chômage de plus. Dans ce cas, le taux de chômage ajusté aurait atteint 7,8 % en juillet 2021 plutôt que 5,4 %, en hausse de 4,3 points de pourcentage plutôt que de 1,9 point depuis février 2020 (3,5 %).

Juillet 2021 au Canada

Statistique Canada a publié le 6 août son communiqué sur les estimations de l’EPA pour la semaine du 11 au 17 juillet. On y apprend notamment que :

  • malgré sa hausse intéressante de 94 000 en juillet 2021 (ou de 0,5 %), l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées était inférieure de 246 000 ou de 1,3 % à son niveau de février 2020, baisse trois fois moins élevée qu’aux États-Unis (3,8 %, selon les données de la HS, la plus comparable à l’EPA); rappelons-nous que cette baisse atteignait au Canada près de 3,0 millions d’emplois ou 15,6 % en avril 2020;
  • comme la population adulte a augmenté de 1,2 % depuis février 2020, son taux d’emploi a baissé davantage, soit de 2,4 % ou de 1,5 point de pourcentage, passant de 61,8 % à 60,3 %; si le taux d’emploi s’était maintenu à 61,8 %, il y aurait eu 472 000 emplois de plus en juillet 2021; cela dit, le vieillissement de la population explique environ 0,5 sur 1,5 point de cette baisse du taux d’emploi, ce qui ramène le déficit d’emploi depuis février 2020 à environ 315 000 en tenant compte de la hausse de la population adulte et de son vieillissement;
  • le nombre de chômeur.euses a augmenté de 376 000 personnes ou de 33 % entre février 2020 et juillet 2021, malgré une baisse de 70 000 en juillet, faisant passer le taux de chômage de 5,7 % en février 2020 à 7,5 % en juillet 2021, en baisse de 0,3 point par rapport à juin (7,8 %);
  • avec la hausse de 8 000 en juillet, la population inactive a augmenté de 237 000 personnes entre février 2020 et juillet 2021, faisant diminuer le taux d’activité de 65,5 % à 65,2 %;
  • si le taux d’activité s’était maintenu à 65,5 % comme en février 2020, le taux de chômage en juillet 2021 aurait atteint 8,0 % plutôt que 7,5 %, en hausse de 2,3 points de pourcentage plutôt que de 1,8 points depuis février 2020 (5,7 %);
  • l’emploi à temps plein a augmenté de 0,5 % en juillet et l’emploi à temps partiel de 0,3 %; entre février 2020 et juillet 2021, l’emploi à temps partiel a augmenté de 0,2 %, pendant que l’emploi à temps plein diminuait de 1,6 %;
  • après une hausse exceptionnelle de 7,1 % en juin, l’emploi a encore augmenté fortement (de 2,5 %) en juillet chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, alors qu’il n’a augmenté que de 0,3 % chez les 25 à 54 ans et a diminué de 0,1 % et chez les 55 ans et plus; malgré ces deux hausses importantes, l’emploi a davantage diminué chez les jeunes (de 2,5 %) que dans les deux autres groupes entre février 2020 et juillet 2021 (1,0 % et 1,4 %); même s’il a diminué de 15,9 % à 11,6 % entre mai et juillet 2021, le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait encore de beaucoup celui des deux autres groupes (6,4 % et 7,8 %); par contre, leur taux d’emploi s’est davantage approché de son niveau de février 2020 (57,0 % par rapport à 58,0 %) que celui de leurs aîné.es (82,0 % par rapport à 83,1 % et 34,5 % par rapport à 36,0 %);
  • le taux de chômage des jeunes qui étudiaient à temps plein en mars et qui prévoyaient poursuivre leurs études à l’automne est passé de 13,2 % en juillet 2019 à 27,4 % en juillet 2020 et à 14,2 % en juillet 2021, et leur taux d’emploi de 56,1 % à 47,5 % puis à 55,6 %.

Juillet 2021 au Québec

Entre les semaines de référence de juin et de juillet (11 au 17 juillet), le gouvernement du Québec a annoncé quelques adoucissements aux mesures de confinement. Ces annonces ont toutefois entraîné des impacts un peu moins importants que prévu :

  • l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a augmenté de 7500 en juillet (ou de 0,2 %); la baisse entre février 2020 et juillet 2021 n’était plus que de 54 000 emplois ou de 1,2 %;
  • comme la population adulte a augmenté de 0,9 % depuis février 2020, son taux d’emploi a baissé davantage, soit de 2,1 % ou de 1,3 point de pourcentage, passant de 61,9 % à 60,6 %;
  • si le taux d’emploi s’était maintenu à 61,9 %, il y aurait eu 92 000 emplois de plus en juillet; par contre, le vieillissement de la population explique environ 0,6 sur 1,3 point de la baisse du taux d’emploi, ce qui ramène le déficit d’emploi depuis février 2020 à environ 47 000, soit moins que la baisse officielle de 54 000 emplois; cela signifie que le vieillissement de la population a eu plus d’effet sur l’emploi que la hausse de la population adulte (ralentie en raison de la baisse de l’immigration, alors que le vieillissement s’est au contraire accéléré pour cette raison);
  • la baisse de l’emploi depuis février 2020 fut un peu moins élevée au Québec (1,2 %) que dans le reste du Canada (1,3 %); le Québec occupait en juillet le troisième rang des pertes d’emplois les moins élevées en pourcentage depuis février 2020, derrière la Colombie-Britannique (+0,5 %) et la Nouvelle-Écosse (-1,2 %), comme on peut le voir dans l’image qui accompagne ce billet;
  • marché du travail juillet 2021 et la COVID 19_1entre février 2020 et juillet 2021, l’estimation de l’emploi a diminué beaucoup plus chez les femmes (51 000 emplois ou 2,5 %) que chez les hommes (3100 emplois ou 0,1 %); l’écart entre ces deux baisses a toutefois diminué en juillet, passant de 2,7 à 2,4 points; en effet, l’estimation de l’emploi a augmenté en juillet de 7300 chez les femmes (ou de 0,4 %), mais est demeuré assez stable chez les hommes (+200 emplois);
  • si le nombre d’emplois a globalement diminué de 1,2 % entre février 2020 et juillet 2021, cette baisse fut de 2,1 % chez les employé.es (ou salarié.es) du secteur privé et de 7,7 % chez les travailleur.euses autonomes; pendant ce temps, l’emploi augmentait de 4,9 % chez les employé.es du secteur public, surtout dans le secteur de l’éducation, secteur dont les estimations d’emploi ne cessent de surprendre depuis le début de la crise; ces estimations nous montrent aussi que la hausse de 7500 emplois en juillet s’est répartie bien différemment selon les catégories d’emploi : forte hausse chez les salarié.es du secteur privé (23 900 ou de 0,9 %), forte baisse chez les salarié.es du secteur public (-15 300 ou de 1,5 %) et petite baisse dans le travail autonome (-1000 ou de 0,2 %);
  • l’emploi à temps partiel a diminué de 1,1 % en juillet 2021, alors que l’emploi à temps plein augmentait de 0,5 %; entre février 2020 et juillet 2021, l’emploi à temps partiel a diminué de 3,5 %, cinq fois plus que l’emploi à temps plein (0,7 %);
  • le nombre de chômeur.euses a augmenté de 75 000 (ou de 37 %) entre février 2020 et juillet 2021, malgré une baisse de plus de 7000 en juillet 2021; le taux de chômage est ainsi passé de 4,5 % en février 2020 à 6,1 % en juillet 2021, en baisse de 0,2 point par rapport à juin (6,3 %);
  • la population inactive a augmenté de 40 000 entre février 2020 et juillet 2021 (hausse de 39 000 chez les femmes, mais de seulement 1000 chez les hommes), dont 4000 en juillet, faisant diminuer le taux d’activité de 64,8 % à 64,5 %;
  • après une hausse exceptionnelle de 8,8 % en juin, l’emploi a augmenté de 1,7 % en juillet chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, alors qu’il a diminué de 0,3 % chez les 25 à 54 ans et a augmenté de 0,4 % et chez les 55 ans et plus; en raison de ces deux hausses étonnantes, l’emploi a moins diminué chez les jeunes (0,1 %) que chez les 25 à 54 ans (2,6 %) entre février 2020 et juillet 2021, alors qu’il a augmenté de 2,0 % chez les 55 ans et plus; le taux de chômage des 15 à 24 ans a même rejoint celui des personnes âgées de 55 ans et plus (6,7 %), en baisse par rapport à février 2020 (7,0 %), mais pas celui des 25 à 54 ans (5,8 %); de même, leur taux d’emploi a dépassé son niveau de février 2020 (66,7 % par rapport à 66,3 %) ce qui n’est pas le cas de leurs aîné.es (83,6 % par rapport à 85,7 % et 32,6 % par rapport à 32,8 %);
  • le taux de chômage des jeunes qui étudiaient à temps plein en mars et qui prévoyaient poursuivre leurs études à l’automne est passé de 8,0 % en juillet 2019 à 18,2 % en juillet 2020 et à 7,3 % en juillet 2021, et leur taux d’emploi de 68,4 % à 62,4 % puis à 70,5 %, ce qui montre leur désir de travailler, contrairement au discours ambiant; ces jeunes avaient par ailleurs en juillet 2021 le taux d’emploi le plus élevé et le taux de chômage le plus bas des 10 provinces canadiennes.

Si le taux d’activité du Québec était en juillet inférieur à son niveau de février 2020 de 0,25 point de pourcentage (64,51 % par rapport à 64,76 %), la baisse dans le reste du Canada fut un peu plus élevée, soit de 0,38 point (65,35 % par rapport à 65,73 %). Cela fait en sorte que la différence entre le taux de chômage au Québec et dans le reste du Canada était un peu sous-estimée par le taux de chômage officiel. En effet, la différence entre le taux de chômage officiel au Québec (6,1 %) et son taux ajusté (6,5 %) était de 0,4 point de pourcentage, alors que cette différence était de 0,6 point dans le reste du Canada (7,8 % et 8,4 %). Ainsi, si la différence entre les taux officiels du Québec et du reste du Canada était en juillet 2021 de 1,5 point (6,3 % et 7,8 %), la différence entre leurs taux ajustés était plutôt de 1,9 point (6,5 % et 8,4 %), ce qui traduit mieux l’écart du chômage entre les deux territoires.

On pourrait penser que le fait que le taux d’activité ait été plus élevé dans le reste du Canada (65,35 %) qu’au Québec (64,51 %) en juillet 2021 entraîne une sous-estimation du taux de chômage du Québec. En fait, c’est uniquement en raison des différences dans leur structure démographique que le taux d’activité était plus élevé dans le reste du Canada qu’au Québec, le Québec ayant une proportion beaucoup plus élevée d’adultes âgé.es de 65 ans et plus (23,6 % par rapport à 21,0 %). Ainsi, si le Québec avait eu la même structure démographique que le reste du Canada en juillet 2021, son taux d’activité aurait été plus élevé que celui du reste du Canada. En effet, avec les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0017-01, on peut calculer, en associant les taux d’activité par tranche d’âge de cinq ans (15-19 ans, 20-24 ans jusqu’à 65-69 ans et 70 ans et plus) au pourcentage de la population adulte dans ces tranches d’âges dans le reste du Canada, que le taux d’activité aurait en fait été en juillet 2021 de 67,8 % au Québec au lieu de 65,7 % par rapport à 66,4 % dans le reste du Canada, s’il avait eu la même structure démographique. On remarquera que les taux d’activité de juillet 2021 en données non désaisonnalisées étaient plus élevés que les taux d’activité en données désaisonnalisées de 1,2 point au Québec (65,7 % et 64,5 %) et de 1,0 point dans le reste du Canada (66,4 % et 65,4 %).

En gardant en tête le fait que les marges d’erreur des estimations de l’emploi de l’EPA sont encore plus importantes avec des données désagrégées comme celles par industrie, je présente dans le tableau qui suit (tiré des données du tableau 14-10-0355-01) la variation de ces estimations par industrie entre juin 2021 et juillet 2021, et entre février 2020 et juillet 2021. J’ai mis en caractère gras dans les quatre dernières colonnes du tableau les hausses et les baisses les plus importantes.

marché du travail juillet 2021 et la COVID 19_2

Avec une augmentation globale de seulement 7500 emplois, les hausses et les baisses d’emploi se sont réparties dans huit industries chacune. Il n’y a eu qu’une hausse de plus 10 000 emplois entre juin 2021 et juillet 2021, soit dans l’information, la culture et les loisirs (12 000 ou 7,4 %). J’ai aussi souligné avec du caractère gras la hausse de 5800 emplois (3,1 %) dans les services d’hébergement et de restauration, car, avec la hausse du mois dernier, l’emploi dans cette industrie a augmenté de 38 000 emplois (24 %) en deux mois, et même en fait de 53 000 ou de 33 % en données non désaisonnalisées, ce qui est énorme pour une industrie dans laquelle les employeurs se plaignent constamment de pénuries de main-d’œuvre. Il y a eu deux baisses de plus 10 000 emplois, soit dans la fabrication (10 800 ou 2,3 %) et dans les toujours aussi surprenants services d’enseignement (-12 500 emplois ou -3,4 %). Dans ce dernier cas, il s’agit en fait d’une baisse de 80 400 emplois ou de 21 % en données non désaisonnalisées, baisse plus importante que d’habitude en juillet.

Même si la baisse de l’emploi depuis février 2020 est rendue à «seulement» 54 200, on observe encore quatre baisses de plus de 10 000 emplois, dont trois de plus de 20 000 et une de plus de 60 000 :

  • les services d’hébergement et de restauration (baisse de 63 100 emplois, ou de 24,4 %);
  • la fabrication (38 300 ou 7,6 %);
  • le transport et l’entreposage (22 600 ou 9,1 %)
  • les autres services (14 800 ou 8,6 %).

Les deux hausses les plus importantes depuis février 2020 ont eu lieu dans les services d’enseignement (42 900 emplois ou 13,5 %) et dans la finance, assurances, services immobiliers et de location (34 900 emplois ou 13,9 %), deux hausses étranges, d’autant plus que les données de l’EERH montrent plutôt des baisses de l’emploi salarié dans ces deux industries entre février 2020 et mai 2021.

Et après?

Entre les semaines de référence de juillet et d’août (la semaine prochaine), la seule décision des gouvernements ayant un impact pour le Québec et le reste du Canada est l’ouverture des frontières pour les touristes des États-Unis, mais cet impact devrait être mineur en termes d’emplois. L’emploi devrait donc augmenter le mois prochain dans ces deux territoires, mais moins fortement qu’en juin et en juillet. Notons que le taux de vaccination progresse rapidement partout au pays, dont au Québec, ce qui permet d’espérer qu’il n’y aura plus de nouveaux confinements au cours des prochains mois, donc de périodes de baisses importantes de l’emploi. Comme le passeport sanitaire ne sera imposé qu’en septembre au Québec, il n’aura pas d’effet direct sur l’emploi en août.

Aux États-Unis, le nombre d’infections à la COVID-19 a connu une forte hausse au cours des deux derniers mois. Même si peu de mesures ont été adoptées pour faire face à cette hausse, elle pourrait à tout le moins ralentir la tendance à la forte croissance de l’emploi observée au cours des deux derniers mois, notamment en raison de la hausse des hospitalisations. Si la proportion de la population qui est vaccinée augmente constamment, elle stagne toutefois en bas des objectifs, surtout dans les États ayant voté pour les républicains. Finalement, le nombre de prestataires de l’assurance-chômage a encore diminué récemment. Au bout du compte, on peut s’attendre à une hausse de l’emploi aux États-Unis en août, mais sûrement pas aussi élevée qu’en juin et qu’en juillet.

Et alors…

L’emploi a augmenté un peu moins que je le pensais en juillet au Québec, mais un peu plus dans le reste du Canada et aux États-Unis. Pour un deuxième mois consécutif, la plus grande surprise au Québec (et dans une moindre mesure dans le reste du Canada) est la forte hausse de l’emploi chez les jeunes. En effet, leur taux d’emploi est maintenant rendu supérieur à son niveau d’avant la pandémie (66,7 % par rapport à 66,3 % en février 2020 et même à 63,9 % en juillet 2019) et leur taux de chômage inférieur (6,7 % par rapport à 7,0 % en février 2020 et même à 8,3 % en juillet 2019). Il en est de même des jeunes étudiant.es. Ces observations contredisent directement les employeurs, les chroniqueur.euses et les politicien.nes qui prétendent que bien des jeunes préfèrent rester à la maison plutôt que de travailler en raison de la générosité des programmes d’aide aux personnes sans emploi. La forte hausse de l’emploi dans les services d’hébergement et de restauration au cours des deux derniers mois va dans le même sens. Oui, il y a des difficultés de recrutement dans cette industrie, mais un grand nombre de travailleur.euses se présentent quand les restaurants ouvrent leurs salles à manger et les hôtels leurs chambres. Par ailleurs, les données de juillet montrent que c’est chez les personnes âgées de 25 à 54 ans que le taux d’emploi est le plus loin de son niveau de février 2020, et cela aussi bien chez les hommes (retard de 2,2 points de pourcentage) que chez les femmes (-1,9 point). On verra au cours des prochains mois si cette tendance se maintiendra.

Le nombre de chômeur.euses inexpérimenté.es (qui n’ont pas travaillé depuis au moins un an, voir ce billet pour en savoir plus sur le chômage inexpérimenté) a baissé de 8200 en juillet en données non désaisonnalisées, ce qui a fait passer leur proportion de 55 % à 49 % des chômeur.euses. Ce nombre a toutefois augmenté de 9000 dans le reste du Canada, faisant quand même diminuer leur proportion (de 56 % à 54 % des chômeur.euses) en raison de la hausse plus importante du nombre de chômeur.euses expérimenté.es (+60 000). Cela montre que bien des gens, même ceux qui sont absents du marché du travail depuis plus d’un an, cherchent du boulot. Ces taux (49 % et 54 %) sont les deuxièmes plus élevés pour les 547 mois depuis janvier 1976, le sommet ayant été atteint dans les deux cas en juin 2021. Cela montre à quel point la situation actuelle est particulière.

Malgré ces bonnes nouvelles, la hausse du taux de vaccination ne doit pas nous faire baisser la garde, comme la hausse récente du nombre de cas actifs le montre bien!

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