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Les remèdes de grand-mère au Québec

20 septembre 2021

remèdes de grand-mère au QuébecDans une entrevue accordée au Devoir, Mia Dansereau-Ligtenberg explique qu’elle a «voulu consigner ces remèdes de grand-mère, avant qu’ils ne disparaissent à jamais de notre mémoire» avec son livre Les remèdes de grand-mère au Québec.

Les guérisseuses : «Les remèdes de grand-mère étonnent», ce qu’on constate avec des exemples donnés par Mélanie Vincelette.

Introduction : «Chez moi, nous nous sommes toujours soignés à l’aide de plantes». Il était donc normal pour l’autrice de s’intéresser à l’herboristerie dès le secondaire. Étudiant plus tard en histoire, elle a joint ses deux passions «en explorant les remèdes de grand-mère dans l’histoire» pour son mémoire de maîtrise, son amour pour les plantes l’emportant par la suite, alors qu’elle est devenue agricultrice biologique. Elle explique ensuite comment elle en est venue à écrire ce livre.

Les remèdes : L’autrice décrit dans ce chapitre au moins une cinquantaine de produits (surtout végétaux, mais parfois animaux et minéraux) et de recettes utilisés en médecine populaire, avec leur origine, leur utilisation et leurs bienfaits supposés. Les effets de ces produits sont en général seulement présentés, mais l’autrice explique pour quelques-uns comment leurs composants procurent ces bienfaits.

Sorcières, médecins et charlatans : L’autrice fait le lien entre les chasses aux sorcières et le rôle de ces femmes guérisseuses herboristes, puis avec la médecine moderne (moderne à l’époque!), un peu comme l’a fait Silvia Federici dans son livre Une guerre mondiale contre les femmes – Des chasses aux sorcières au féminicide (voir ce billet). Au Québec, les médecins obtiennent au début du XXe siècle un quasi-monopole sur les soins de santé, notamment aux dépens des sages-femmes, ce qui n’empêche pas les familles de continuer de se traiter avec les remèdes de grand-mère. Elle aborde ensuite :

  • les problèmes d’hygiène publique, surtout à Montréal, et la mortalité infantile très élevée;
  • l’inaccessibilité des services des médecins, même pour l’accouchement;
  • la lutte des médecins contre les remèdes de grand-mère et en vente libre (souvent avec raison) et leurs conseils pour améliorer la salubrité des logements, isoler les personnes malades et leur offrir les premiers soins.

Les femmes : Dans ce contexte, les femmes se traitaient souvent seules au début du XXe siècle, notamment au cours de leurs grossesses et même pour avorter. Responsables des soins de santé de leur famille, les traitements utilisés par les femmes visaient trois objectifs, l’harmonisation, la purification et la tonification. Ces traitements se transmettaient «de génération en génération, d’amie en amie, de voisine en voisine», mais aussi dans des rubriques de journaux et de revues, et dans des livres. L’autrice décrit ensuite quelques-uns de ces traitements associés à des situations spécifiques (brûlures, blessures, rhumes, etc.), parfois efficaces, d’autres fois, pas du tout. Elle s’attarde entre autres à la théorie des signatures, qui associe l’efficacité des végétaux à leur apparence, et à l’allopathie (médecine basée sur les «effets contraires à ceux que produit la maladie», soit un peu le contraire de l’homéopathie).

La peur d’attraper froid : Au cours de la première moitié du XXe siècle, les remèdes commerciaux en vente libre, appuyés par une publicité omniprésente, sont de plus en plus utilisés par les ménages québécois, surtout en hiver pour soigner le rhume et la grippe. La publicité met souvent en vedette des femmes, responsables familiales des soins de santé, et même des grand-mères. Avec le temps, ces médicaments se targuent de guérir bien d’autres maux, dont ceux liés à la grossesse et à la ménopause (en utilisant des termes euphémiques, comme «le beau mal»!), à la fatigue et à l’embonpoint.

Les femmes, médecins de famille : L’espace du jardin qui était traditionnellement réservé aux plantes médicinales s’appelait souvent le carré de la sorcière. Même si les remèdes de grand-mère ont perdu de leur importance, les médecines douces et les produits de santé dits naturels sont encore très populaires de nos jours. Si au XIXe siècle les familles n’avaient pas les moyens de se soigner autrement qu’avec les remèdes de grand-mère, ce n’est en général plus le cas aujourd’hui, même si les adeptes des remèdes «naturels» se méfient souvent comme nos ancêtres de la médecine scientifique. Cette méfiance montre peut-être «qu’il faut retrouver l’humanité dans le système et mettre l’accent sur une relation médecin-patient plus égalitaire».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire, mais avec réserves. Ce livre est intéressant, se lit rapidement et est agréable à lire, notamment en raison de nombreuses illustrations qui l’agrémentent, mais laisse un peu sur sa faim, l’autrice se contentant, sauf exception, de décrire les remèdes sans offrir d’information sur leurs bienfaits réels ou de mise en garde sur leur utilisation. Si on s’intéresse davantage à l’histoire des médicaments, je conseille plutôt de lire Curieuses histoires d’apothicaires de Gilles Barbeau (voir ce billet) ou, pour encore plus de détails, Nouvelle ordonnance – Quatre siècles d’histoire de la pharmacie au Québec de Johanne Collin (voir ce billet). Cela dit, on peut aussi faire comme moi, et lire les trois qui sont en fait complémentaires! Notons qu’on peut aussi lire le mémoire de maîtrise en histoire sur lequel est basé ce livre. Les notes, essentiellement des références, mais aussi de rares compléments d’information (trois), sont malheureusement à la fin du livre.

One Comment leave one →
  1. 20 septembre 2021 7 h 09 min

    Superbe article, merci pour la découverte 🙂 hésites pas à venir faire un tour sur mon site Intel-blog.fr et à t’abonner si ça te plaît 😀

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