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Le cerveau pense-t-il au masculin?

11 octobre 2021

cerveau pense-t-il au masculinAvec leur livre Le cerveau pense-t-il au masculin?, Pascal Gygax, Ute Gabriel et Sandrine Zufferey, trois universitaires en linguistique, en psycholinguistique et en psychologie sociale, nous montrent que «les règles d’accord n’ont pas toujours favorisé le masculin. Elles sont le fruit des vagues de masculinisation progressive du langage. Ainsi, de nombreuses pratiques langagières courantes nous contraignent à percevoir le monde à travers un prisme masculin».

Introduction : Le «langage inclusif ne laisse personne indifférent». Ce livre entend aborder ce sujet en détail à l’aide d’une démarche «qui s’appuie sur des données scientifiques, tirées de la psycholinguistique». Les auteur.es expliquent brièvement le concept d’androcentrisme et décrivent ses manifestations.

Le langage, maître de notre pensée : Les auteur.es analysent le lien «très étroit qui existe entre le langage et la pensée» et expliquent avec des exemples que notre façon de parler et d’écrire influence notre manière de percevoir le monde.

Ces catégories qui nous collent à la peau : Les auteur.es montrent par des exemples et des expériences que «les mots utilisés pour décrire les garçons et les filles, ou les femmes et les hommes […] sont différents» (par exemple, charmantes et débrouillards) et expliquent pourquoi il en est ainsi et comment éviter ces stéréotypes.

Ève et Adam n’existe pas : L’ordre de mention de divers éléments n’est pas aléatoire, l’élément que nous jugeons le plus important étant généralement placé en premier. Or, nous entendons bien plus souvent «les hommes et les femmes» que «les femmes et les hommes», et encore plus souvent «mari et femme» que «femme et mari», autres signes d’androcentrisme. Les auteur.es donnent bien d’autres exemples, dont celui du titre de ce chapitre qui peut sembler incongru et expliquent les raisons de la seule exception généralisée à cette non-règle, soit l’expression «mesdames et messieurs». Je vous laisse deviner cette explication…

Le genre grammatical, un casse-tête pour notre cerveau : Le genre grammatical masculin peut être spécifique (un garçon), générique ou neutre (un médecin) ou mixte (les collégiens ou les droits de l’homme), même si ces deux dernières formes tendent heureusement à disparaître (mais moins en France, d’où vient ce livre). Ces différents sens font souffrir notre cerveau, car il ne sait pas comment interpréter une phrase avec ces mots, ne sachant pas si le masculin est spécifique, générique ou mixte. Les auteur.es racontent ensuite comment le masculin est devenu le genre par défaut en français et dans d’autres langues, expliquent le concept de l’accord de proximité et présentent d’autres aspects de la question.

L’interprétation du masculin – les premières études scientifiques : Notre cerveau n’aimant pas l’incertitude, il doit développer des façons de réagir à celle liée à l’utilisation générique du masculin. Selon les résultats d’une foule d’expériences, notre cerveau tend à imager au masculin ces termes. Un enfant est un garçon selon notre cerveau dans une proportion qui varie de 75 % à plus de 90 % selon les expériences, tandis que si on parle d’un ou d’une enfant, cette proportion tombe aux alentours de 60 %, proportion qui est quand même 50 % plus élevée que celle où on imagine une fille, révélant un autre aspect de l’androcentrisme.

L’interprétation du masculin – les avancées récentes : Notre cerveau peut-il gérer la compréhension du masculin qui peut aussi bien être spécifique que générique? Oui, mais pas complètement, selon une série d’expériences, et encore moins chez les petites filles que chez les petits garçons (avec une tendance à l’égalisation à un âge plus avancé). D’autres expériences évaluent l’importance des stéréotypes de genre liés à l’utilisation de termes au masculin seulement ou en doublets (comme écrivains et écrivaines ou écrivain.es).

Et maintenant, on fait quoi? : Ce chapitre porte sur «différentes options linguistiques permettant de faire évoluer les pratiques langagières en lien avec la représentation des genres» présentées selon deux méthodes, la neutralisation et la reféminisation que les auteur.es analysent en détail, examinant aussi l’inclusion des personnes non binaires dans le langage. Ces options sont suffisamment nombreuses pour laisser le choix à tout le monde, jusqu’à ce que l’usage en vienne à en favoriser quelques-unes.

Mais pourquoi tant de haine? : Ce chapitre porte sur les mécanismes psychologiques qui peuvent pousser une personne à rejeter le langage inclusif. Les auteur.es mentionnent le manque d’information, l’attachement aux valeurs traditionnelles (ou le conservatisme), le sexisme, l’habitude, les compétences (ou plutôt, les incompétences) langagières et la nécessité d’une prise de conscience.

Conclusion – le mot de la fin : Les auteur.es reviennent sur les principaux apports de ce livre, précisent qu’aucune «instance, même si elle se dit officielle ou supérieure, ne peut dicter l’usage» et espèrent que «l’usage du masculin comme valeur par défaut ne survivra pas aux autres pratiques».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! J’ai lu beaucoup de livres sur la question de l’androcentrisme de la langue française (et d’autres langues) et de l’écriture inclusive, mais celui-ci se distingue en portant en premier lieu sur la façon dont notre cerveau interprète les différentes façons de lire ou d’entendre des phrases comportant des termes liés au genre, ajoutant un argument de poids à la pertinence de l’écriture inclusive. Ce livre est étonnamment facile à lire, les auteur.es sachant bien vulgariser leur matière. Les auteur.es utilisent dans ce livre un ton pédagogique, ce qui pourrait indisposer certaines personnes, mais cela ne m’a pas dérangé, sauf peut-être un peu au début. Par exemple, les chapitres se terminent tous avec une section intitulée «À retenir de ce chapitre», ce qui fait un peu petite école. Mais j’avoue que cette section est pratique quand on résume un livre! Finalement, les 19 notes, toutes des références, sont en bas de page.

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