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Le marché du travail en septembre 2021 aux États-Unis et la COVID-19

12 octobre 2021

marché du travail septembre 2021 États-Unis et la COVID 19Après avoir analysé les données sur l’emploi de mars 2020 à août 2021 du Bureau of Labor Statistics (BLS) et de l’Enquête sur la population active (EPA), je vais commenter celles de septembre 2021 pour les États-Unis dans ce billet et celles pour le Canada et le Québec dans le suivant qui paraîtra plus tard cette semaine.

Septembre 2021 aux États-Unis

Le BLS publie au début de chaque mois (le 8 octobre pour septembre 2021) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey (HS), l’équivalent de l’EPA canadienne auprès des ménages, et de l’Establishment Survey (ES), qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) du Canada auprès des entreprises. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent uniquement la variation de l’emploi selon l’ES et le taux de chômage selon la HS. La couverture journalistique de la publication des données de septembre 2021 par le BLS n’a pas fait exception, les articles que j’ai lus, dont celui-ci de Radio-Canada (en fait, de l’Agence France-Presse), ne retenant que la hausse de «194 000 emplois» (sans mentionner que cette donnée vient de l’ES, voir la dernière colonne de ce tableau) et la baisse du taux de chômage de 0,4 point de pourcentage à 4,8 % (sans mentionner non plus que cette donnée vient de la HS, voir la septième ligne de cet autre tableau), pensant probablement que ces deux données sont liées. Or, elles ne le sont pas et cela est tout particulièrement évident ce mois-ci.

– emploi, taux de chômage et activité

Si on regarde les données de la quatrième ligne de la dernière colonne de ce tableau, on voit que les estimations de la HS montrent une hausse de 526 000 emplois en septembre plutôt que de 194 000 emplois comme l’ES, soit 2,7 fois plus, avec une différence de 332 000 emplois! Notons par contre que la hausse de 194 000 emplois de l’ES s’additionne aux révisions positives de 169 000 emplois des données de juillet 2021 (+38 000) et d’août (+131 000), ce qui rend le niveau d’emploi en septembre plus élevé de 363 000 que celui publié pour août 2021, niveau encore inférieur de 163 000 à la hausse de l’estimation selon la HS. La hausse officielle de l’emploi selon l’ES (194 000) est en outre aussi très éloignée des 460 000 anticipés par les prévisionnistes, soit moins de la moitié de cette prévision.

On pourrait être étonné que les prévisionnistes aient anticipé une baisse que de 0,1 point de pourcentage du taux de chômage de 5,2 % à 5,1 % avec la hausse prévue de 460 000 emplois, alors qu’une hausse de l’emploi de 194 000 l’a plutôt fait reculer de 0,4 point à 4,8 %. Cet écart s’explique bien sûr par le fait que la hausse d’emploi fut bien plus forte selon la HS (hausse de 526 000 emplois, je le rappelle), mais aussi par l’augmentation de 338 000 du nombre de personnes inactives (voir la dernière ligne de la dernière colonne de ce tableau). Cette hausse de l’inactivité jumelée à la baisse de 710 000 chômeurs (baisse supérieure à la hausse de l’emploi de 526 000) a fait diminuer la population active de 183 000 personnes et le taux d’activité de 0,1 point de 61,7 % à 61,6 %, portant sa baisse à 1,7 point par rapport à février 2020 (63,3 %).

Entre février 2020 et septembre 2021, l’emploi a baissé de 5,0 millions (3,3 %) selon l’ES et de 5,1 millions (3,2 %) selon la HS, baisse environ quatre fois plus élevée qu’au Québec (-0,8 %), alors que l’emploi au Canada a retrouvé son niveau de février 2020, comme nous le verrons dans le prochain billet. En plus, en raison de la hausse de 0,8 % de la population adulte entre février 2020 et septembre 2021, si les États-Unis avaient conservé leur taux d’emploi de février 2020, soit 61,1 % au lieu de 58,7 %, il y aurait 6,4 millions d’emplois de plus (ou 4,1 %) en septembre 2021. Cette estimation (6,4 millions d’emplois) représente mieux le rattrapage à faire pour que le marché du travail des États-Unis retrouve sa situation d’avant la pandémie.

– emploi selon le sexe et l’industrie

Selon ce tableau, la hausse de 194 000 emplois en septembre 2021 selon l’ES s’est traduite par un ajout de 220 000 emplois chez les hommes (+0,30 %), mais par une baisse de 26 000 emplois chez les femmes (-0,04 %). Entre février 2020 et septembre 2021, l’emploi a baissé de 2,9 millions (3,7 %) chez les femmes et de 2,1 millions (2,8 %) chez les hommes. Du côté industriel, les hausses d’emploi furent en septembre les plus importantes dans :

  • les loisirs et l’hospitalité (74 000 emplois, dont 43 000 dans les arts, spectacles et loisirs, et 31 000 dans l’hébergement et la restauration)
  • le commerce de détail (56 000 emplois);
  • les services professionnels, scientifiques et techniques (55 500 emplois);
  • le transport (47 000 emplois).

marché du travail septembre 2021 États-Unis et la COVID 19_1Soulignons aussi la baisse de 180 000 emplois dans les services d’enseignement (dont 144 000 dans ceux des gouvernements locaux, voir la ligne rouge du graphique ci-contre provenant de cette analyse de l’Economic Policy Institute). Le communiqué souligne que l’emploi a en fait augmenté dans cette industrie (voir la ligne bleue qui montre la hausse de 720 000 emplois en septembre en données non désaisonnalisées), mais moins que par les années passées (de 855 000 en moyenne de 2011 à 2019), ce qui entraîne une baisse de l’emploi en données désaisonnalisées. Cette baisse était d’ailleurs prévue. Elle serait due aux variations d’embauches différentes d’en temps normal en raison de la pandémie. D’ailleurs, j’ai souligné l’impact inverse de ce phénomène au cours des mois d’été (voir la hausse de la ligne rouge au début de l’été), la baisse moins forte de l’emploi dans ce secteur s’étant traduite par des hausses de l’emploi en données désaisonnalisées.

Il est difficile de ne pas lier la hausse plus faible que prévue de l’emploi à l’augmentation du nombre de cas de COVID-19 en août et en septembre et à la baisse de la consommation due à la fin des programmes d’aide aux travailleur.euses, que ce soit les programmes spéciaux à l’intention des travailleur.euses autonomes et des personnes qui avaient épuisé leurs prestations d’assurance-chômage ou le supplément de 300 $ ajouté aux prestations des personnes qui y avaient encore droit, laissant 8 millions de personnes sans revenus et 2,7 millions avec des prestations d’assurance-chômage réduites. Il est en plus ironique de constater que le taux d’activité a connu sa première baisse en cinq mois juste après la fin de ces programmes qui étaient, selon les personnes qui demandaient leur fin, responsables de son faible niveau et des «pénuries» d’emploi dans ce pays (comme ici!).

– conséquence de l’inactivité

Les données de la HS permettent aussi de répartir la baisse du nombre de personnes en emploi entre celles qui sont considérées par le BLS en chômage ou inactives. Entre février 2020 et septembre 2021, le nombre de personnes en chômage a augmenté de 2,0 millions et le nombre d’inactif.ives de 5,2 millions, soit 2,7 fois plus! Si le taux d’activité s’était maintenu à 63,3 % comme en février 2020 (il était de 61,6 % en septembre 2021), il y aurait 4,4 millions de personnes inactives de moins et 4,4 millions de personnes en chômage de plus. Dans ce cas, il y aurait 6,4 millions de chômeur.euses de plus qu’en février 2020 (plutôt que 2,0 millions) et le taux de chômage ainsi ajusté aurait atteint 7,3 % en septembre 2021 plutôt que 4,8 %, en hausse de 3,8 points de pourcentage plutôt que de 1,3 point depuis février 2020 (3,5 %), hausse trois fois plus élevée.

Et après?

Au cours des deux derniers mois, les hausses d’emploi ont été moins fortes que prévu, mais surtout avec les données de la ES, même si elles celles d’août ont révisées à la hausse en septembre. Cela dit, août et septembre correspondent au sommet de la quatrième vague de COVID-19. La hausse devrait être plus élevée en octobre, car le nombre d’infections à la COVID-19 a diminué sensiblement depuis quelques semaines et devrait continuer à le faire d’ici la semaine de référence de la HS (cette semaine) et celles de l’ES (de cette semaine à la fin du mois, selon la période de paye, soit hebdomadaire, aux deux semaines ou mensuelle). Cela dit, la fin des aides aux travailleur.euses mentionnée plus tôt pourrait atténuer l’ampleur de cette hausse (voir la deuxième partie de ce billet).

Et alors…

Dans mon billet sur les données des États-Unis d’août 2021, je n’avais pas osé émettre de prévision plus précise que de dire que l’emploi augmenterait probablement en septembre, car trop de facteurs dont l’effet était difficile à estimer se conjuguaient. Je suis donc moins surpris de la faible hausse de l’emploi de septembre que les prévisionnistes des États-Unis. Comme en août, j’ai toutefois été surpris par la concentration de la hausse de l’emploi chez les hommes, l’emploi ayant même diminué chez les femmes, alors qu’il a bien plus baissé chez les femmes depuis le début de la pandémie et devrait donc connaître un rattrapage plus important chez elles que chez les hommes. Cela dit, cette baisse s’explique sûrement en bonne partie par la diminution un peu artificielle de 180 000 emplois dans les services d’enseignement, mais peut-être aussi par le manque de places en services de garde.

Autre étonnement, alors que le Canada a retrouvé son niveau d’emploi de février 2020 (en fait toujours en recul d’environ 0,5 % en tenant compte de la hausse de la population adulte et de son vieillissement, on le verra dans le prochain billet), c’est encore loin d’être le cas aux États-Unis, avec un recul de 5,0 millions (ou de 3,3 %), et en fait de 6,4 millions si on tient compte de la hausse de la population adulte. Dans ce contexte, les petites hausses d’août et de septembre laissent penser que ce rattrapage sera encore long, à moins que le nombre de cas de COVID-19 baisse rapidement et que les politicien.nes adoptent le plan de relance ambitieux proposé par le président Biden, ce qui semble pour l’instant peu probable

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