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L’économie psychique

15 novembre 2021

économie psychiqueAvec le livre L’économie psychique, le quatrième de sa série sur l’économie, Alain Deneault décrit l’évolution «de l’économie psychique qui, bien qu’étrangère aux sciences économiques, a été récupérée par ces dernières et par leurs domaines régionaux que sont le marketing et le management».

Manifeste : L’auteur reproche aux économistes de s’être approprié «le lexique de l’économie pour en faire leur fonds de commerce», alors que ce mot a acquis «dans l’histoire bien d’autres acceptations» et significations dans «plusieurs disciplines scientifiques et pratiques culturelles». Dans toutes ces déclinaisons, «l’économie relève de la connaissance des relations bonnes entre éléments, entre gens, entre sèmes, entre choses». Comme il s’agit du même manifeste que dans les livres précédents de cette série, mon résumé est le même que dans mes billets précédents.

L’économie psychique : Des biologistes ont étudié l’économie animale aux XVIIe et XVIIIe siècles, soit la collaboration des organes d’un corps vivant. Il restait à compléter cette économie avec celle de la relation entre le corps et la psyché.

La psyché comme cause des maladies : La relation entre le corps et la psyché fut établie au XIXe siècle, notamment avec l’apport de Philippe Pinel, précurseur français de la psychiatrie (d’où le nom de l’Institut de psychiatrie légale Philippe-Pinel à Montréal). Mais, «les liens entre les plans psychique et physique» demeurèrent bien rudimentaires avant l’arrivée de Sigmund Freud.

Freud fondateur de l’«économie psychique» : À ses débuts, la pratique de Freud était au croisement de la biologie et de la psychiatrie. Ce ne fut qu’au XXe siècle qu’il utilisa le concept d’économie en psychanalyse, et ce, dans différents sens.

Les montants, l’investissement et la dépense : L’économie psychique utilise aussi les concepts du titre de ce chapitre, mais dans des sens non monétaires.

La négociation : L’appareil psychique mène une négociation avec lui-même pour contrôler ses pulsions. Comme toute négociation, le résultat est bien incertain.

Le travail du préconscient : Cette négociation entre les systèmes conscient et inconscient se déroule dans le préconscient, instance dont l’auteur décrit le fonctionnement.

Financer le refoulement : Refouler les pulsions de l’inconscient a un coût pour le préconscient et le conscient, et ce coût est financé par les pulsions refoulées antérieurement.

Des processus psychiques à ciel ouvert : Les processus psychiques présentés précédemment ne se manifestent pas uniquement à l’intérieur de nous, mais aussi à l’échelle sociale et culturelle, dans nos relations avec les autres.

Un drôle d’argent : L’appareil psychique vise à ce que le refoulement des pulsions se fasse «au moindre coût possible», par exemple en utilisant l’humour comme monnaie, car l’humour permet d’exprimer une partie de ses pulsions refoulées, comme l’auteur le montre avec quelques exemples.

Malaise dans la culture économique : Graduellement, Freud en est venu à amalgamer les deux sens du mot économie, celle-ci devenant à la fois psychique et politique.

Le rêve du capital : Les produits qu’on achète et qu’on possède n’ont pas seulement une valeur monétaire, mais aussi une valeur psychique. En outre, l’argent peut rendre fou, le travail peut aliéner, le rêve libère la psyché de ses inhibitions et la bourse les exalte en faisant «chavirer la psyché moderne dans un vaste rêve éveillé».

La monnaie névrotique : «La devise névrotique impose à la psyché un cadre dans lequel il convient de se satisfaire partiellement». Elle «consiste à maintenir au plus bas le degré d’excitation interne de l’appareil psychique en lui prescrivant un cadre de légitimité» qui lui assurera «des satisfactions sans conséquences fâcheuses, mais partielles toutefois», notamment par la reconnaissance sociale. Feindre le deuil d’une personne qu’on n’aime pas en est un exemple classique.

Émettre la monnaie névrotique : La valeur d’une chose ne s’établit pas uniquement selon les principes de la science économique, mais aussi sur d’autres facteurs liés notamment aux rapports sociaux, comme la conformité et la vision des autres (surtout d’autorités morales).

La déréliction psychique : La déréliction du titre se manifeste en premier lieu par la névrose, qui «confère une autorité réelle et de la consistance à une forme symbolique», comme à un dieu ou à une institution, mais aussi par l’hystérie, la psychose et la perversité.

Un management pervers : Quand les pervers narcissiques occupent des postes d’autorité, ces personnes se croient tout permis, n’hésitant pas à humilier leurs proches, à les harceler en leur faisant vivre des sévices d’ordre moral. La perversité peut même s’étendre à une institution entière, faisant carrément partie de la culture de bien des entreprises, devenant systémique (remarque personnelle…). L’auteur donne de nombreux exemples des conséquences désastreuses de ces «cultures» ou «religions» sur le personnel (mises à pied, dépressions, suicides et même meurtres).

La psyché des sciences économiques : L’économie psychique de Freud a amené son neveu, Edward Bernays, à devenir de roi de la propagande dans l’économie marchande en manipulant les consommateur.trices et les travailleur.euses.

Une «nouvelle économie psychique» : De nos jours, c’est la jouissance et la perversion qui financent le fonctionnement de notre appareil psychique. «Dans la nouvelle économie psychique, le préconscient se trouve sous-financé pour effectuer le travail de refoulement». L’auteur donne notamment l’exemple de l’utilisation des paradis fiscaux (on le reconnaît bien avec cet exemple!) que les États ont institutionnalisée et rendue «normale» avec leurs législations laxistes.

Césure – À mes amis économistes : L’auteur répond à des économistes qui lui ont reproché de dénaturer leur discipline dans les premiers livres de cette série. Or, cette série ne porte pas directement sur cette discipline, mais sur les autres concepts associés au terme «économie». Il souligne ensuite que de nombreux.euses économistes dénoncent la façon dont leur discipline est enseignée et pratiquée. Dans son cas, ses reproches portent essentiellement sur l’accaparement de ce concept pourtant polysémique par cette discipline.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Pas vraiment, à moins que, comme moi, on tienne absolument à lire tous les livres de la série d’Alain Deneault sur l’économie, objectif qui est une forme de monnaie psychotique, si j’ai bien compris ce concept! J’ai trouvé celui-ci le plus rebutant des quatre que j’ai lus jusqu’à maintenant, mais il pourrait plaire à d’autres personnes davantage portées que moi sur ce type d’analyse que je trouve passablement obscure par bout. Cela dit, j’ai quand même mieux compris et nettement préféré la deuxième partie de ce livre qui applique plus clairement les concepts élaborés dans la première partie. Mais, encore là, c’est une question de goût et d’intérêts! Autre bon point, les 162 notes, presque toutes des références, sont en bas de page.

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