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Les travailleurs expérimentés à la rescousse

25 novembre 2021

travailleurs expérimentés à la rescousseLe court (7 pages) document intitulé Les travailleurs expérimentés à la rescousse – Le jeu en vaut-il la chandelle? de Nicholas-James Clavet, Pierre-Carl Michaud et Julien Navaux a été publié par la Chaire de recherche sur les enjeux économiques intergénérationnels (CREEI) de l’ESG UQAM et de HEC Montréal le 15 novembre 2021.

Introduction

Dans une note précédente, les auteurs avaient estimé l’impact du vieillissement de la population sur les finances publiques. Celle-ci «évalue l’effet d’une amélioration du taux d’emploi des travailleurs expérimentés (60 à 69 ans) sur les finances publiques québécoises de 2021 à 2050» et l’impact des incitatifs fiscaux sur cette amélioration, puis propose trois mesures pour faire augmenter ce taux d’emploi.

Une amélioration du taux d’emploi des travailleurs expérimentés

En se basant sur une reprise économique soutenue après la pandémie de COVID-19, les auteurs présentent trois scénarios sur l’évolution du taux d’emploi des personnes âgées de 60 à 69 ans :

  • travailleurs expérimentés à la rescousse_1le maintien des taux d’emploi actuels par âge et par niveau de scolarité (voir la ligne verte du graphique ci-contre) entraînerait une baisse du taux d’emploi jusqu’en 2030 en raison du vieillissement des personnes à l’intérieur de cette tranche d’âge (par exemple, proportionnellement plus de 69 ans et moins de 60 ans qu’actuellement), puis une hausse jusqu’en 2040 en raison de son rajeunissement et de la hausse de la scolarisation des membres de ce groupe, et enfin une légère baisse par la suite en raison du rééquilibrage de l’âge de ces membres;
  • la poursuite jusqu’en 2030 de la croissance de leur taux d’emploi telle qu’observée de 2010 à 2019 (ligne bleue), soit de 37,5 % en 2019 à 45,5 % en 2030, ajoutée à l’évolution de la scolarisation et des mouvements démographiques du premier scénario entraînerait une forte hausse de ce taux jusqu’en 2040, puis une légère baisse par la suite (à 51,5 %);
  • l’atteinte d’un taux de 50 % en 2030 grâce au rattrapage du taux d’emploi des hommes par les femmes en plus des facteurs des deux premiers scénarios (ligne rouge), permettrait d’observer un taux d’emploi de 56,1 % en 2050.

Impact sur les finances publiques

Par rapport aux résultats du premier scénario, le deuxième permettrait une baisse du déficit prévu de 1,5 milliard $ en 2030, de 2,6 milliards $ en 2040 et de 4,7 milliards $ en 2050, et le troisième permettrait une baisse du déficit prévu de 2,1 milliards $ en 2030, de 3,6 milliards $ en 2040 et de 6,5 milliards $ en 2050. Ces améliorations en 2050 proviendraient à près des deux tiers d’une hausse des revenus de l’État et le reste d’une baisse de ses dépenses (due essentiellement à une baisse du service de la dette). En effet, toujours par rapport au premier scénario, le deuxième ferait baisser le ratio de la dette brute par rapport au PIB de 10 points de pourcentage en 2050 et le troisième de 14 points. Tout cela est bien beau, mais comment favoriser ces deux scénarios?

L’expérience du crédit d’impôt pour la prolongation de carrière

Si on doit adopter des mesures fiscales pour inciter les travailleur.euses à travailler plus longtemps et faire ainsi augmenter le taux d’emploi des personnes âgées de 60 à 69 ans, l’impact positif pour les finances publiques décrit dans la section précédente serait amoindri. Dans cette optique, les auteurs analysent l’impact du crédit d’impôt pour la prolongation de carrière (CIPC) qui a été mis en place en 2012 à l’intention des personnes âgées de 65 ans et plus, et par la suite étendu à celles âgées de 60 à 64 ans.

Les auteurs considèrent après l’application de la méthode des différences de différences que cette mesure a apporté peu de résultats et donc que «le coût par emploi créé apparaît très élevé». Ils précisent qu’une autre étude dont ils remettent en cause les hypothèses et la méthodologie a conclu à un impact un peu plus élevé, mais encore là avec un coût par emploi ajouté relativement élevé. Il faut donc rejeter cette mesure.

D’autres moyens d’y parvenir

Face à cet impact au mieux faible, les auteurs proposent trois mesures différentes «pour accroître l’offre ou la demande d’emplois chez les travailleurs expérimentés» :

  • améliorer le CIPC en le transformant en crédit d’impôt remboursable versé mensuellement ou trimestriellement plutôt qu’à la suite du dépôt de la déclaration de revenus, comme recommandé dans une autre étude;
  • adapter les conditions de travail, par exemple avec des semaines réduites, des congés supplémentaires, des vacances payées supplémentaires, des horaires compressés ou des primes, et combattre l’âgisme dont font preuve trop d’employeurs; on pourrait aussi suspendre les cotisations patronales au Régime de rentes du Québec (RRQ) des employeurs «si ceux-ci mettent en place une politique d’amélioration des conditions de travail pour les travailleurs expérimentés comme décrit précédemment»;
  • accroître la prise en charge publique des personnes en perte d’autonomie, notamment par l’amélioration du soutien à domicile, ce qui inciterait bien des femmes qui ont un rôle d’aidantes naturelles à rester plus longtemps sur le marché du travail et ferait diminuer l’important écart entre les taux d’emploi des femmes et des hommes dans ces tranches d’âge.

Et alors…

Je dois tout d’abord préciser que j’ai choisi de présenter ce document en raison de sa brièveté, étant donné que ma participation au congrès de QS la fin de semaine dernière ne me permettait pas d’aborder des sujets plus longs à traiter. Cela dit, cela m’a permis de prendre connaissance de ce document qui aborde un sujet important dans le contexte du vieillissement de la population et de la hausse du nombre de postes vacants. Cette lecture m’a aussi donné l’occasion de parcourir les deux études ici citées.

Sur le fond, cette étude apporte de bons points, car de fait une hausse du taux d’emploi des personnes âgées de 60 ans et plus amoindrirait le choc du vieillissement de la population et de la main-d’œuvre. Par contre, je demeure toujours fasciné que ce genre d’analyse ignore totalement l’impact d’une telle hausse sur la qualité de vie des personnes visées. Si on parle d’enlever les barrières qui empêchent les personnes de ces âges qui veulent travailler de le faire, comme l’âgisme, l’inadaptation des conditions de travail et la charge imposée aux aidantes naturelles, bravo, mais j’ai des réticences envers les incitatifs fiscaux actuels et proposés. D’une part, ils ne fonctionnent pas vraiment et ne font en grande partie que récompenser les personnes qui auraient continué à travailler même sans incitatif, et d’autre part, ils sont accompagnés d’une pression sociale à travailler dont ces personnes se passeraient bien.

2 commentaires leave one →
  1. 30 novembre 2021 15 h 42 min

    Je suis toujours étonné qu’on ne propose pas de bonifier le rente de retraite des travailleurs âgés lorsqu’ils retardent leur départ à la retraite, lorsqu’il y a un régime de retraite. Sans affecter la capitalisation du fonds de retraite, il serait possible de bonifier la rente de 8 % à 10 % annuellement pour chaque année de report du départ à la retraite, simplement avec l’économie de versement de la rente dont le fonds bénéficie à chaque année de report. À condition que le travailleur et l’employeur continuent à cotiser, sinon ce serait un peu moins.

    C’est le pourcentage d’augmentation accordé pour le report de la demande de prestation du Régime des rentes du Québec, entre 60 et 70 ans (c’est un peu plus compliqué mais ça revient à ça si on regarde le pourcentage d’augmentation plutôt que l’inverse entre 60 et 645 ans).
    https://www.rrq.gouv.qc.ca/fr/retraite/rrq/Pages/age_retraite.aspx

    Dans le cas de la prestation de la sécurité de la vieillesse, non capitalisée, c’est 7,2 % de plus par année de report (ou 0,6 % par mois de report), par exemple 36 % de plus à 70 ans.
    https://www.canada.ca/fr/services/prestations/pensionspubliques/rpc/securite-vieillesse/montant-prestation.html

    Sylvain Mélançon

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  2. 2 décembre 2021 5 h 15 min

    @ Sylvain Mélançon

    Désolé, ton commentaire était bloqué et je viens juste de le voir.

    Je ne connais pas le fonctionnement de tous ces régimes, mais dans le cas du mien, comme il est basé sur la moyenne des cinq meilleures années, il est possible que le repoussement de la retaite fasse augmenter cette moyenne, surtout à la suite d’une promotion et l’ajout d’échelons de rémunération. Comme il n’y a pas de modèle unique en la matière, il est difficile d’appliquer une même mesure à des régimes différents. Cela dit, j’imagine qu’un changement de fonctionnement de ce genre est possible, mais il aurait un impact sur les cotisations (des travailleur.euses et des employeurs).

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