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Les talons hauts et la COVID-19

6 janvier 2022

talons hauts et la COVID-19

Ça n’a sûrement pas paru, mais je cherche depuis le début de la période des Fêtes un sujet plus léger, mais quand même pertinent. J’en ai enfin trouvé un! Ainsi, je vais présenter dans ce billet une courte étude du sociologue et professeur à l’University of Maryland Philip N. Cohen intitulée Pandemic-related decline in injuries related to women wearing high-heeled shoes: Analysis of U.S. data for 2016-2020 (Diminution des blessures subies par les femmes portant des chaussures à talons hauts durant la pandémie – Analyse des données des États-Unis de 2016 à 2020). Ce titre décrit bien l’objet de cette étude, et révèle même sa conclusion!

Introduction

Les recherches établissent un lien entre le port de chaussures à talons hauts et l’hallux valgus (oignon au pied), les douleurs musculo-squelettiques et l’arthrose. Il peut aussi mener à des visites aux urgences des hôpitaux. Alors que le nombre des blessures nécessitant une visite à l’urgence a doublé de 2002 à 2012 aux États-Unis, la popularité du port de talons hauts a diminué par la suite, des personnes parlant même de la mort des talons hauts en 2019. Au cours de la première année de la crise de la COVID-19, les mesures de confinement et la hausse du télétravail ont eu un impact sur le port de ce type de chaussures et donc sur le nombre de visites à l’urgence dues à des blessures. L’auteur ajoute qu’il est aussi possible que les femmes blessées aient davantage décidé de se soigner à la maison, faisant réduire les visites à l’urgence. Compte tenu de ces deux facteurs, il s’attend donc à ce que les données montrent une chute marquée du nombre de visites à l’urgence en 2020.

Données et méthode

Les données sur les causes des visites à l’urgence sont issues d’un échantillon représentatif des hôpitaux. Les codes associés à ces causes permettent à la fois d’estimer le nombre de visites à l’urgence dues au port de talons hauts et leur gravité (par exemple, en distinguant les fractures des entorses, et les personnes hospitalisées de celles retournées chez elles). Pour isoler l’impact de la crise sur le nombre de ces visites et la gravité des blessures, l’auteur a utilisé des moyennes de 2016 à 2019 par rapport à la période commençant le 15 mars 2020 jusqu’à la fin de 2020.

Résultats

Sur la base de près de 2500 rapports liés à des blessures dues au port de talons hauts, l’auteur estime à un peu plus de 70 000 le nombre de blessures ayant nécessité une visite aux urgences entre 2016 et 2020, à l’intérieur d’un intervalle de confiance à 95 % allant de 52 000 à 87 000, pour une moyenne de 16 000 de 2016 à 2019 et de 6000 en 2020, une baisse de plus de 60 %.

talons hauts et la COVID-19_1Le graphique ci-contre montre l’évolution des visites des femmes âgées de 15 à 69 ans avec des moyennes mobiles de 60 jours du nombre de visites quotidiennes (ligne bleue, les points rouges représentant les visites quotidiennes, dont le nombre le plus fréquent est autour de 0). On peut voir que ces visites ont montré une forte saisonnalité de 2016 à 2019, avec des sommets au printemps (sauf en 2019) et à l’automne. Ce fut très différent en 2020, avec une chute de ces visites à compter du 15 mars, chute dont la soudaineté est amoindrie en raison de l’utilisation de moyennes mobiles de 60 jours. On voit que, alors que le nombre quotidien de visites à l’urgence a varié entre 20 et 75 avant cela, ce nombre est pratiquement tombé à zéro au printemps 2020, avant de remonter en deuxième partie de l’année, tout en demeurant à un niveau bien moins élevé que lors des années précédentes. Le graphique du centre de cette page montre que le nombre de visites est demeuré assez stable de 2016 à 2020 de janvier au 15 mars, mais le graphique de droite indique qu’il fut le reste de 2020 entre 3 et 4 fois moins élevé que les années précédentes. Cette observation ajoute du poids à l’hypothèse que cette baisse est due au mesures adoptées pour combattre la pandémie et aux changements de comportement que la pandémie a entraînés chez les femmes qui portent des talons hauts.

Pour vérifier si la pandémie a pu restreindre les visites à l’urgence pour les cas moins graves, l’auteur a calculé la proportion des fractures et des visites qui ont entraîné une hospitalisation sur le total des visites à l’urgence avant et après le 15 mars 2020. Si ces proportions ont augmenté après le 15 mars 2020 (voir ce graphique), ces hausses furent bien inférieures à leurs intervalles de confiance (très élevées pour la période commençant le 15 mars), les rendant statistiquement non différentes de zéro. Cela confirme que la baisse du nombre de visites à l’urgence reflète bien la baisse du nombre de blessures et n’est pas due à des décisions de ne pas se rendre à l’urgence pour les soigner.

Conclusion

Les données analysées dans cette étude confirment que la diminution des contacts sociaux et la hausse de la prévalence du télétravail durant la pandémie ont fait diminuer la fréquence du port de talons hauts et, en conséquence, le nombre de blessures qui y sont liées. Comme on prévoit que certaines tendances, comme le télétravail, se maintiendront en partie après la pandémie, on peut s’attendre à ce que la proportion de femmes qui portent des souliers à talons hauts ne reviendra pas à son niveau prépandémique, ce qui permettra de réduire de façon durable les blessures qui y sont liées.

Et alors…

Ce sujet peut sembler bien anodin, mais pas pour les femmes qui en subissent les conséquences. En fait, le port des talons hauts m’a toujours fasciné. Ce n’est bien sûr pas à moi de juger les femmes qui décident d’en porter, les femmes pouvant bien s’habiller comme elle le veulent, mais je n’ai jamais compris (d’autant plus que je n’ai pas connu beaucoup de femmes en portant) qu’on s’impose volontairement un accessoire vestimentaire si peu confortable, si handicapant et si dangereux. Au moins, on peut se dire que la pandémie aura au moins un effet positif durable, en souhaitant qu’il en ait bien d’autres plus fondamentaux!

P.-S. – Après avoir terminé la rédaction de ce billet, j’ai pris connaissance d’un autre effet positif de la pandémie, mais pas durable. Durant l’enseignement à distance, le harcèlement et le cyberharcèlement a diminué aux États-Unis…

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