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Une brève histoire de l’égalité

7 février 2022

brève histoire de l'égalité«En présentant l’évolution en longue durée des inégalités entre classes sociales dans les sociétés humaines», Thomas Piketty propose avec son livre Une brève histoire de l’égalité «une perspective nouvelle sur l’histoire de l’égalité». Selon lui, «la marche vers l’égalité est un combat qui vient de loin, et qui ne demande qu’à se poursuivre au XXIe siècle, pour peu que l’on s’y mette toutes et tous».

Introduction : «Ce livre propose une histoire comparative des inégalités entre les classes sociales dans les sociétés humaines», en fait de la marche vers l’égalité, car on y est en fait plus près qu’avant, même si on y est encore loin! L’auteur présente l’histoire de la recherche (dans différentes disciplines) sur les inégalités de toutes sortes, les principales conclusions qu’on peut en tirer et deux écueils à éviter dans la lutte pour l’égalité.

brève histoire de l'égalité_11. La marche vers l’égalité : premiers repères : L’auteur présente dans le graphique ci-contre l’amélioration de l’espérance de vie (de 26 ans en 1820 à 72 ans en 2020) et du taux d’alphabétisation (de 12 % à 85 %) et analyse d’autres aspects de la question. Il aborde aussi l’évolution de la population mondiale et du revenu moyen par habitant (graphique), la surexploitation des ressources naturelles de la planète, la répartition mondiale des émissions de GES (graphique) et la nécessaire diminution des inégalités.

2. La lente déconcentration du pouvoir et de la propriété : L’auteur présente :

  • l’évolution de la concentration de la propriété en France de 1780 à 2020 (graphique);
  • les faisceaux de droits associés à la propriété (juridiques, politiques, fiscaux, etc.) qui accentuent ces inégalités déjà ahurissantes, mais qui ont grandement diminué avec le temps;
  • brève histoire de l'égalité_2les relations de pouvoir liées à la propriété et sa composition en France en 2020 : le graphique ci-contre montre que les plus pauvres ne possèdent que des liquidités, la classe moyenne surtout des actifs immobiliers et les plus riches un peu de tout, mais en majorité des actifs financiers autres que les liquidités, dont ceux liés aux moyens de production;
  • l’émergence de la classe moyenne patrimoniale (graphique) et la «longue marche vers une plus grande égalité des revenus» (graphique) en France;

3. L’héritage esclavagiste et colonial : Comme son titre le laisse penser, ce chapitre porte sur le rôle de l’esclavagisme et du colonialisme dans l’enrichissement des pays occidentaux. L’auteur présente :

  • le rôle de l’exploitation des ressources des colonies et de l’esclavagisme dans la croissance économique des pays occidentaux au cours de la Révolution industrielle au XIXe siècle;
  • brève histoire de l'égalité_3le rôle de la capacité fiscale et par conséquent militaire dans l’accroissement des écarts de richesse entre l’Occident et le reste du monde (la grande divergence), comme on peut le voir dans le graphique ci-contre;
  • l’essor et le déclin de l’esclavagisme au XIXe siècle (graphique);
  • le protectionnisme et les relations centre-périphéries et les systèmes-mondes (basés sur la force militaire de l’Occident);
  • d’autres approches expliquant la grande divergence.

4. La question des réparations : L’auteur présente :

  • brève histoire de l'égalité_4la proportion d’esclaves dans différentes colonies (graphique), dont la proportion fut en hausse constante jusqu’à la fin de l’esclavagisme, comme à Saint-Domingue (Haïti);
  • les compensations financières remises aux propriétaires après l’abolition de l’esclavage dans de nombreuses anciennes colonies françaises et britanniques, mais aucune aux esclaves;
  • le contentieux pour le remboursement de la dette versée par Haïti de 1825 à 1950;
  • la période d’esclavagisme aux États-Unis et ses suites;
  • les sommets historiques d’inégalités de revenus dans les sociétés esclavagistes (graphiques 12, 13 et 14), accentuées par des systèmes juridiques, sociaux, fiscaux, éducatifs, sanitaires et de travail qui sont demeurés discriminatoires même après l’abolition de l’esclavage;
  • les débats sur la réparation due à ces pays par ceux qui les ont exploités.

5. Révolutions, statuts et classes : Ni la révolte des esclaves en Haïti ni la Révolution française n’ont permis de mettre fin aux inégalités sociales et raciales. Dans ce contexte, l’auteur présente :

  • brève histoire de l'égalité_5l’impact bien limité et très graduel de la Révolution française sur les successions parisiennes (voir le graphique ci-contre) et sur bien d’autres inégalités;
  • le fait qu’il faudra attendre la mobilisation syndicale et ouvrière, et les luttes des travailleur.euses aux XIXe et XXe siècles pour voir adopter des lois diminuant vraiment le niveau des inégalités de toutes sortes;
  • l’évolution du droit de vote masculin au Royaume-Uni, en France et en Suède (graphique);
  • la concentration des propriétés dans ces pays à la Belle Époque (graphique);
  • le rôle important de l’argent dans les démocraties occidentales encore de nos jours;
  • la «démocratie» bien particulière et variable selon les pays dans la gestion des entreprises;
  • le fonctionnement démocratique du socialisme participatif en entreprise (graphique).

6. La «grande redistribution», 1914-1980 : «Entre 1914 et 1980, les inégalités de revenus et de propriétés ont été fortement réduites dans l’ensemble du monde occidental». Dans cette optique, l’auteur présente :

  • brève histoire de l'égalité_6la montée de l’État social en Europe (et ailleurs); le graphique ci-contre montre que les dépenses étaient fortement concentrées (jusqu’à 80 %) dans les fonctions régaliennes jusqu’en 1910 et que les recettes fiscales sont passées de 10 % du revenu national en 1910 à plus de 45 % en 1980;
  • l’invention de l’impôt progressif sur le revenu et sur l’héritage au XVIIe siècle (tableau);
  • l’évolution du palier supérieur d’imposition sur le revenu dans cinq pays occidentaux depuis le début du XXe siècle (graphique), avec une forte hausse jusqu’en 1940, son maintien à un niveau élevé jusqu’en 1980, sa forte baisse jusqu’en 2000 et sa relative stabilité à ce niveau par la suite;
  • l’évolution du taux supérieur d’imposition des héritages dans ces mêmes pays (graphique);
    • brève histoire de l'égalité_6-1l’analyse du graphique ci-contre sur le taux effectif d’imposition selon le niveau de revenu aux États-Unis entre 1900 et 2020 qui montre que les plus riches payaient un taux d’imposition (incluant tous les prélèvements, impôts, taxes, cotisations sociales et autres) au moins cinq fois plus élevé que la moyenne des 90 % les moins riches (qui ne sont pas les plus pauvres) en 1932 (au cœur de la Grande Dépression) et un taux guère plus élevé qu’eux et elles (d’environ 10 %) en 2020;
  • l’effet de l’impôt progressif sur les inégalités, même avant impôts;
  • l’absence d’effet négatif sur la croissance d’un impôt élevé et progressif (graphique);
  • la chute de la propriété privée, la liquidation des actifs coloniaux et l’évolution des dettes publiques, notamment leur annulation par différents moyens après la Deuxième Guerre mondiale (graphiques 24, 25 et 26).

7. Démocratie, socialisme et impôt progressif : En se basant sur les forces et les faiblesses de l’expérience de la grande redistribution de la période 1914-1980, l’auteur présente :

  • la persistance de l’hyperconcentration de la propriété au cours de cette période et de nos jours (graphique);
  • l’inversion du niveau le plus élevé d’inégalités entre les États-Unis et l’Europe pour la propriété (graphique) et les revenus (graphique);
  • des propositions pour «poursuivre la marche vers l’égalité» avec une «nouvelle forme de socialisme participatif», notamment avec des transferts plus généreux (revenu de base, garantie d’emploi et dotation universelle en capital), une plus forte progressivité fiscale sur la propriété, sur les revenus (graphique et tableau) et sur les émissions de gaz à effet de serre (GES), un partage du pouvoir dans les entreprises, un approfondissement de la démocratie, une modification du droit de propriété (par exemple vers une propriété sociale et temporaire), la limitation de la libre circulation des capitaux et un taux minimal d’imposition des sociétés.

8. L’égalité réelle contre les discriminations : Ce chapitre porte sur les «discriminations sociales et raciales», notamment sur l’accès à la formation et à l’emploi. L’auteur présente :

  • le lien entre le revenu parental et l’inégalité d’accès à l’éducation supérieure aux États-Unis et avec l’inégalité des investissements en éducation en France;
  • brève histoire de l'égalité_8la discrimination sociale, juridique, domestique et démocratique envers les femmes dans tous les pays, et les inégalités persistantes de leurs revenus (graphique ci-contre pour la France);
  • des moyens de lutter contre les discriminations en tenant compte des particularités identitaires (dont la discrimination positive en Inde);
  • l’intensité de la discrimination raciale des revenus en Inde, aux États-Unis et en Afrique du Sud (graphique);
  • les façons de concilier la parité sociale et la redistribution des richesses;
  • la mesure du racisme;
  • la «neutralité religieuse et les hypocrisies de la laïcité à la française» (et à la caquiste…), notamment en raison des subventions aux écoles catholiques et des dépenses fiscales liées aux dons aux organismes religieux (comme ici…).

9. Sortir du néocolonialisme : Pour continuer la marche vers l’égalité, l’auteur présente :

  • les limites de l’État social-national qui a bien fonctionné au cours des Trente glorieuses pour les pays occidentaux, mais pas pour combattre les inégalités entre les pays (graphique) qui n’ont commencé à baisser qu’avec la croissance économique en Inde, en Chine et dans quelques autres pays depuis 1980;
  • la tentative de contrôle des pays pauvres par les pays occidentaux, notamment par le consensus de Washington (dont le programme d’ajustement structurel) qui a notamment forcé ces pays à maintenir leurs recettes fiscales basses pendant que celles des pays riches augmentaient (graphique) et leur permettaient d’offrir des services publics interdits ailleurs;
  • le rôle des paradis fiscaux et de la libre circulation des capitaux dans l’affaiblissement des capacités fiscales des pays pauvres;
  • l’hypocrisie de l’aide internationale, alors que les sorties de fonds dues aux profits des multinationales sont plusieurs fois plus élevées que les montants d’aide (trois fois plus élevées en Afrique de 1970 à 2012), et cela même entre l’Europe de l’Est et de l’Ouest (graphique);
  • des propositions pour solutionner ces problèmes;
  • la formation d’un État social-fédéral démocratique (trop complexe pour que je le résume ici).

10. Vers un socialisme démocratique, écologique et métissé : L’auteur analyse quelques facteurs qui pourraient contribuer ou nuire aux changements désirés :

  • la mobilisation contre le réchauffement climatique;
  • les rivalités «entre les puissances étatiques et idéologiques», notamment de l’évolution des relations avec la Chine, pays qui se distingue entre autres par un niveau de propriété publique important, alors que celui des pays occidentaux est rendu nul ou négatif (graphique), mais aussi par la surveillance de la population et la répression de la dissidence;
  • le danger du néolibéralisme et du néonationalisme identitaire;
  • sa proposition de «socialisme démocratique et fédéral, décentralisé et participatif»;
  • le rôle du système monétaire et financier;
  • un souverainisme universaliste et internationaliste basé sur des «critères de justice sociale, fiscale et environnementale susceptibles de s’appliquer à tous les pays de la même façon», possible seulement avec de puissantes mobilisations et l’appui de mouvements collectifs.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Ça dépend. Si, comme moi, vous avez lu le livre Capital et idéologie (que j’ai présenté dans ces trois billets), ce n’est vraiment pas nécessaire, sinon pour vous rafraîchir la mémoire. Si vous ne l’avez pas lu, ne comptez pas le lire, mais vous intéressez aux sujets abordés dans ce livre, il est pour vous! L’auteur parle d’une brève histoire, mais ce livre compte quand même 368 pages selon l’éditeur. Le texte est donc condensé, mais tout à fait lisible, notamment grâce à sa structure impeccable. Comme c’est son habitude, Thomas Piketty donne accès à toutes les données qu’il a utilisées dans ce livre dans une page qui lui est consacré. En plus des données et des graphiques que j’ai utilisés dans ce billet, en en reproduisant quelques-uns et en fournissant des liens pour consulter les autres, cette page contient aussi des extraits du livre (57 pages). Autre bon point, les notes, aussi bien des références que des compléments d’information parfois substantiels, sont en bas de page.

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2 commentaires leave one →
  1. 7 février 2022 7 h 12 min

    Je l’avais lu mais votre recension est excellente. Merci!

    Aimé par 1 personne

  2. 7 février 2022 7 h 43 min

    Merci! Je dois avouer que ce compte-rendu a été un des plus difficile à rédiger, car il s’agit d’un résumé d’un livre qui en résume un autre! Je me suis contenté de simplement mentionner les sujets abordés sans aborder les analyses de l’auteur et sans trop commenter, mais, même là, le résultat est un peu plus long que ce que je visais!

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