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Les droites provinciales en évolution

7 mars 2022

droites provinciales en évolutionSous la direction de Frédéric Boily, les auteur.es du livre Les droites provinciales en évolution (2015-2020) – Conservatisme, populisme et radicalisme publié par le Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR) du cégep Édouard-Montpetit, «s’interrogent sur le retour de la droite dans les principales provinces canadiennes et effectuent un examen des scènes politiques provinciales où la droite a repris pied principalement au Québec, en Ontario et en Alberta, avec une incursion du côté du Nouveau-Brunswick».

Introduction – Les droites provinciales en état d’ébullition : Avec des partis au pouvoir comme le NPD en Colombie-Britannique et en Alberta, et le parti libéral en Ontario et au fédéral, on pouvait avoir l’impression en 2015 que «l’avenir de la gauche et du centre canadiens» s’annonçait «sous un jour radieux». Trois ans plus tard, avec l’élection de gouvernements conservateurs en Alberta, en Ontario, au Nouveau-Brunswick, au Manitoba, en Saskatchewan et de celui presque conservateur au Québec, le présent est rendu plutôt glauque. Ce livre vise à apporter un éclairage sur ces revirements en regroupant des analyses de sept chercheur.euses.

1. Les droites provinciales en comparaison : cinquante nuances de bleu (Alberta, Ontario et Québec) : Frédéric Boily montre que l’élection de gouvernements de droite ou de centre droit au Québec, en Ontario et en Alberta en 2018 et 2019 relève de dynamiques qui ont quelques points en commun, mais de nombreux autres bien différents. Il compare ensuite les orientations politiques de ces trois partis et conclut qu’il est difficile de parler d’une véritable vague bleue dans ce cas.

2. Le Centre Manning et la création des idées conservatrices – la question de la tarification du carbone : Le Centre Manning a été créé par Preston Manning pour travailler à l’avancement des idées conservatrices. Julien Landry présente les événements entourant la création de ce centre, son mode de fonctionnement et l’évolution de ses positions sur la tarification du carbone, parfois pour (car c’est une solution de marché correspondant à la vision économique du mouvement conservateur) et parfois contre (position plus corporatiste issue de l’industrie pétrolière et plus politique d’opposition aux libéraux). C’est cette dernière position qui l’a emporté au bout du compte.

3. «For the people» – le tournant populiste du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario sous le leadership de Doug Ford : Stéphanie Chouinard met en contexte l’ascension de Doug Ford au sein du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, puis analyse les conséquences de son arrivée à la tête de ce parti en se basant sur le contenu de sa plateforme électorale, sa performance au débat des chefs et ses discours lors des conférences de presse depuis son élection au poste de premier ministre.

4. De l’hostilité ouverte au «gros bon sens» – populisme de droite et anti-bilinguisme au Nouveau-Brunswick, 1980-2020 : Stéphanie Chouinard et Kelly Gordon analysent l’impact de l’élection de député.es de la Confederation of Regions (COR) en 1991 (devenue l’opposition officielle jusqu’en 1995, année où elle est disparue de la carte électorale, avant de se dissoudre en 2002) et de la People’s Alliance of New Brunswick (PANB) en 2018 à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick. Elles situent l’apparition de chacun de ces deux partis dans l’histoire politique canadienne, puis comparent leurs idéologies, avec leurs ressemblances (notamment contre le bilinguisme ou contre les francophones, et leurs «arguments économiques de type néolibéral pour décrier les politiques linguistiques provinciales») et leurs particularités.

5. Retour sur le populisme en Alberta. La campagne électorale de 2019 : Le Canada est-il à l’abri du populisme qui gagne en popularité dans bien d’autres pays? Pour répondre à cette question, Timothy Van den Brink et Frédéric Boily présentent le concept du populisme antisystème et critique des élites corrompues, décrivent l’histoire du populisme albertain et analysent les discours de Jason Kenney lors de la campagne électorale de 2019 en Alberta. Ils concluent que, si le populisme était présent dans ses discours, il n’était pas dominant comme celui des véritables politicien.nes populistes, dont un bon nombre des politicien.nes conservateur.trices albertains l’ayant précédé.

6. Zoomers, groypers et intégristes catholiques – vers une nouvelle génération d’extrême droite? : Louis Audet-Gosselin et Martin Geoffroy visent «à brosser un portrait de quelques tendances d’extrême droite à travers l’étude d’un espace fortement investi par les jeunes, soit les réseaux sociaux». Pour ce, ils présentent des modèles provenant des États-Unis qui influencent ces tendances, décrivent les caractéristiques de jeunes ayant subi cette influence, examinent à quel point cet engagement à droite résulte d’une recherche identitaire personnelle, puis analysent les croyances religieuses de certains de ces militants (tous des hommes).

7. Les droites, la crise sanitaire et le centralisme autoritaire : Même s’il juge qu’il est un peu tôt pour pouvoir le faire froidement, Frédéric Boily analyse les moyens utilisés par les gouvernements de droite au Québec, en Alberta et en Ontario (de mars à juin 2020 seulement), pour faire accepter à la population les mesures de confinement et autres qu’ils ont adoptées. Pour ce, il aborde le type d’autorité qu’ils ont mis de l’avant, les techniques de communication qu’ils ont privilégiées et le niveau de succès de ces stratégies. Cette analyse est intéressante, mais serait sûrement très différente s’il la refaisait pour une période plus longue, alors que, comme lecteurs, nous en savons bien plus que l’auteur…

Conclusion – Diversité, modération et populisme : Frédéric Boily résume les constats des textes qui composent ce livre sous trois aspects : la diversité des droites, le populisme et la radicalité. Compte tenu de l’incertitude sur l’évolution de la pandémie et de l’économie au moment où il écrivait ces lignes, l’auteur conclut qu’il faudra reprendre cette analyse à la fin de la pandémie «pour comprendre le devenir des politiques de droite post-pandémie, notamment de voir comment elles impliqueront ou non un retour de l’État».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Même s’il s’agit d’une analyse qu’on doit toujours reprendre, car ce phénomène est en constant changement, surtout dans une période de pandémie, celle de ce livre a bien jeté les bases des éléments spécifiques aux différentes droites canadiennes. On voit, si on ne le savait pas déjà, qu’il est erroné de ne voir qu’un seul courant de droite au Canada, tout comme c’est une erreur fréquente de parler de la gauche canadienne ou même québécoise comme d’un seul mouvement. Même si les chapitres sont écrits par sept auteur.es différent.es, je n’y ai pas vu de répétitions et chacun de ces textes complète bien les autres. On doit donc souligner la qualité de la direction de cet ouvrage. Autre bon point, les 322 notes, surtout des références, mais aussi quelques compléments d’information, sont en bas de page.

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