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La fabuleuse histoire de l’invention de l’écriture

14 mars 2022

fabuleuse histoire de l'invention de l'écritureAvec son livre La fabuleuse histoire de l’invention de l’écriture, Silvia Ferrara, archéologue et professeure de philologie égéenne, «nous fait voyager dans le temps et l’espace comme dans les méandres de l’esprit humain, dresse le fascinant inventaire des graphies non encore élucidées et retrace les multiples apparitions de l’écriture dans l’histoire».

Avant la lettre : L’autrice explique comment elle en est venue à s’intéresser au déchiffrage des langues, l’écriture étant pour elle la plus grande invention du monde.

Prémisses : «Les êtres humains aiment à inventer des histoires». Ils ont commencé à les raconter verbalement, puis avec des dessins il y a des milliers d’années, et enfin avec des textes il y a environ 3000 ans (mais après avoir inventé l’écriture comptable), ajoutant un mot à la fois pour enfin obtenir une écriture complète. L’autrice aborde ensuite le rôle de la ligne dans la formation des symboles (ou lettres), le lien entre les mots et les choses, et entre les icônes, les symboles et les signes, et ce qu’ils représentent.

Écritures indéchiffrées : Les écritures indéchiffrées présentées dans ce chapitre viennent d’îles. Si elles sont demeurées indéchiffrées, c’est probablement parce qu’elles étaient incomplètes et isolées.

  • Crète : des quatre écritures qui ont existé sur cette île, qui avaient des liens entre elles, une seule a été déchiffrée. L’autrice décrit le contexte du peuplement varié de cette île (notamment par des Anatolien.nes de diverses origines et devenu.es des Minoen.nes) et de la création de ces écritures. Elle explique ensuite certains traits de ces écritures et se penche sur la formation des syllabes dans tout langage et dans toutes les écritures.
  • Chypre : la langue chypriote est un condensé d’emprunts à de nombreuses langues (surtout du grec, du turc et de l’anglais); avant cela, il y avait des écritures chypro-minoennes (en fait d’une à trois, il n’y a pas de certitude à ce sujet), qui semblent tirées d’une des écritures crétoises non déchiffrées. L’autrice fait ensuite ressortir quelques particularités de ces écritures, dont leur caractère élitiste.
  • L’Île de Pâques : Datant pourtant de moins de 1000 ans, le rongorongo de l’Île de Pâques (ou de Rapa Nui) est toujours indéchiffré. Ce cas est spécial, car la langue qu’elle représente est connue (bien qu’elle ait pu évoluer), contrairement aux écritures indéchiffrées de Crète et de Chypre. Cela pourrait tout de même permettre de la déchiffrer un jour. Elle explique ensuite que les langues syllabiques fonctionnent souvent comme des rébus, assemblant des mots d’une seule syllabe pour former des mots de plusieurs syllabes (comme avec les mots nez, an et moins pour former «néanmoins»).

Écritures inventées : Des modèles anthropologiques prétendent que «l’État et l’écriture sont toujours considérés comme interdépendants», en raison du lien entre l’État et la bureaucratie. L’autrice conteste ce «toujours», précisant que bien d’autres facteurs doivent être considérés (commerce, urbanisation, structure sociale, arts, économie, etc.), et donne comme exemples des écritures qui sont apparues sans État et sans bureaucratie (pour la mythologie scandinave, des jeux, l’art, etc.). Dans ce contexte, elle explique que l’écriture peut aussi bien être une invention qu’une découverte, ou même les deux. Elle aborde ensuite :

  • l’invention et l’évolution des écritures égyptiennes, notamment des étiquettes aux rébus, puis à la mise en valeur des personnages importants;
  • les emprunts aux écritures égyptiennes d’autres écritures, et le sort variable de ces emprunts;
  • l’invention de l’écriture en Mésopotamie et son évolution de la comptabilité à une véritable écriture en passant par des formes intermédiaires, dans un processus qui n’est pas clairement établi, mais dans lequel les rébus ont aussi leur place;
  • les grandes familles de langues (flexionnelles, comme le latin et l’allemand, agglutinantes, comme le turc et le japonais) et leur impact sur les types d’écriture;
  • l’adaptation de l’écriture cunéiforme à diverses langues;
  • la stabilité de l’écriture chinoise et son invention par des étapes qui ne sont pas établies avec certitude, l’utilisation divinatoire des premiers écrits chinois, les rébus particuliers de cette écriture et son avenir;
  • l’invention (ou les inventions) des écritures méso-américaines, dont la reconnaissance fut retardée par les préjugés des colonisateurs européens;
  • les constantes entre toutes ces inventions.

Expériences : L’autrice explique ce qu’est une tradition et son mode de transmission. Dans ce contexte, elle consacre ce chapitre aux écritures qui n’ont pour la plupart pas duré, car incapables d’établir une tradition et de se transmettre efficacement. Elle aborde :

Découvertes : L’autrice explique les émotions face à une découverte : la désorientation, le doute, le frisson de l’exception et l’émerveillement devant la réponse à ses questions. Ces explications servent de préambule à ce chapitre qui porte sur le déchiffrage des écritures. Elle y aborde :

  • les conditions pour qu’une écriture soit déchiffrable;
  • la recherche de la ressemblance avec une famille d’écriture ou linguistique connue;
  • l’avantage des textes écrits en plusieurs langues et des répétitions dans les textes à déchiffrer, jumelé à ceux de disposer de nombreux textes de qualité;
  • le rôle de la chance et les dispositions mentales nécessaires pour en profiter;
  • les pièges et les erreurs à éviter, dont les idées préconçues et les conclusions hâtives;
  • le déchiffrage des textes cryptés qui n’a rien à voir avec celui des écritures, car les premiers visent à être incompréhensibles alors que les seconds visent à être compris;
  • les étapes du déchiffrage : inventaire, fréquence, grammaire, enchaînements, corrélations avec d’autres écritures et attribution de sons aux signes;
  • des exemples appliqués de ces étapes;
  • l’utilisation de l’ordinateur et de l’intelligence artificielle qui facilite la tâche, mais ne remplacera jamais le travail d’équipe multidisciplinaire.

La grande vision : L’écriture et sa compréhension ne sont pas dans nos gènes, ne sont pas innées (comme l’est la mémoire), mais une fois maîtrisée, l’écriture devient «une extension normale de notre esprit». Son invention n’était pas inéluctable, mais, comme elle a surgi indépendamment dans de nombreux lieux et a été entretenue et diffusée par diverses institutions, elle était certainement nécessaire et est sans aucun doute «la plus grande invention du monde». L’autrice aborde ensuite :

  • les limites de l’utilisation de l’écriture;
  • des exemples de situations où elle ne convient pas, où la communication verbale est supérieure;
  • la rigidité des écritures par rapport à la souplesse de la parole, et la conséquence étant que les écritures sont déphasées (ou en retard) par rapport à la parole;
  • le manque de reconnaissance de l’écriture comme invention marquante;
  • les compléments nécessaires à l’écriture, comme les émojis;
  • l’avenir de l’écriture : «tant qu’il y aura de l’émotion, il y aura des lettres écrites».

Post-scriptum : L’autrice souligne qu’elle a tenté d’adopter un style oral dans ce livre, comme s’il était «dicté à haute voix» (je ne l’aurais pas remarqué, mais maintenant qu’elle en parle, cela explique beaucoup de choses).

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! On pense tout savoir sur l’écriture, alors qu’on en sait au bout du compte peu de choses. Tout en étant érudite, l’autrice sait partager ses connaissances de façon agréable et sans exiger trop d’efforts de notre part. La structure du livre est un peu étrange, mais appropriée. Sa révélation du post-scriptum explique en bonne partie cette structure. Elle nous raconte une histoire qui est agrémentée de nombreuses images qui nous permettent de mieux comprendre les propos du livre. Et, j’en ai été un peu surpris, ce livre nous fait réfléchir, notamment sur la place de l’écriture et de la parole dans les communications. Je comprends notamment mieux que je m’étende davantage dans mes conversations téléphoniques au cours de la pandémie qu’avant elle! Finalement, les notes peu nombreuses, surtout des références, sont en bas de page.

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  1. Délier la langue |

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