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Les postes vacants en 2021

31 mars 2022

postes vacants en 2021Le dernier billet que j’ai écrit sur les postes vacants date d’avril 2019. Ce sujet, souvent associé de façon abusive à celui des pénuries de main-d’œuvre, est beaucoup plus présent sur la place publique aujourd’hui qu’en 2019, même s’il l’était déjà pas mal à l’époque. J’ai «sauté» les années 2019 et 2020, car l’Enquête sur les postes vacants et les salaires (EPVS) a été suspendue durant deux trimestres en 2020. Ce billet permettra de voir à quel point la crise de la COVID-19 et ses conséquences ont influencé les données sur les postes vacants. Or, Statistique Canada a publié la semaine dernière son communiqué sur les données du quatrième trimestre de 2021, permettant de les analyser pour toute l’année 2021. Les données utilisées dans ce billet proviennent des quatre tableaux publiés par Statistique Canada sur cette page.

Par province

postes vacants en 2021_CanadaLe tableau ci-contre expose certains constats intéressants sur les taux de postes vacants (tpv), qu’on calcule en divisant le nombre de postes vacants par l’emploi salarié plus le nombre de postes vacants (soit la demande de travail). J’ai pensé comparer les données de 2021 à celle de 2019, avant le début de la pandémie de COVID-19, pour pouvoir en faire ressortir les effets, quoique la tendance à la hausse date de bien avant cela, ce taux étant passé au Canada de 2,4 % en 2016 à 3,2 % en 2018 et en 2019, et au Québec de 1,8 % en 2015 et en 2016 à 3,1 % en 2018 et à 3,5 % en 2019 :

  • le tpv a été un peu plus élevé au Québec qu’au Canada en 2019 (3,5 % par rapport à 3,2 %), mais nettement plus en 2021 (5,4 % par rapport à 4,7 %);
  • c’est en Colombie-Britannique que le tpv fut le plus élevé, tant en 2019 (4,3 %) qu’en 2021 (5,7 %), avec le Québec en deuxième position dans les deux cas (3,5 % et 5,4 %);
  • c’est à Terre-Neuve-et-Labrador qu’il fut le plus bas (2,2 % en 2019 à égalité avec la Saskatchewan et 3,2 % en 2021);
  • le tpv a augmenté de 47 % au Canada entre 2019 et 2021; cette hausse fut la plus forte en Saskatchewan (66 %) même si elle se classait au neuvième rang, et la plus faible en Colombie-Britannique (32 %), même si elle se classait au premier rang.

Notons par ailleurs que le tpv a continué à augmenter après la fin de la prestation canadienne d’urgence (PCU) en octobre 2020 et de la prestation canadienne de la relance économique (PCRE) en octobre 2021, passant de 3,5 % à 5,3 % au Canada et de 4,1 % à 6,0 % au Québec entre les quatrièmes trimestres de 2020 et de 2021. Cela est une autre indication que les affirmations sur le rôle de ces programmes dans la hausse du tpv par le patronat et certain.es politicien.nes n’étaient pas basées sur des faits, mais uniquement sur des impressions et une idéologie (voir aussi ce billet à ce sujet).

Par région économique

postes vacants en 2021_QuébecCe deuxième tableau montre les moyennes de tpv des régions économiques du Québec au cours des mêmes années, c’est-à-dire en 2019 et en 2021 :

  • c’est dans Chaudière-Appalaches que le tpv était le plus élevé en 2019 (4,2 %), mais cette région se classait au 11e rang des 16 régions du Québec en 2021, même si son tpv a augmenté de 1,0 point de pourcentage (5,2 %), laissant la première place à la région de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec qui est passée de la troisième à la première place avec une hausse de 3,1 points (de 3,8 % à 6,9 %), hausse la plus forte des 16 régions;
  • pendant ce temps, la Capitale-Nationale demeurait au deuxième rang (4,1 % et 6,5 %);
  • le Saguenay-Lac-Saint-Jean est passé du dernier rang en 2019 (2,5 %) à l’avant-dernier (4,7 %), la Mauricie l’ayant supplanté en passant du 14e rang au 16e et dernier rang grâce à la hausse la plus faible, soit de 1,4 point (3,0 % et 4,4 %)
  • l’écart de tpv entre le premier et le dernier rang est passé de 1,7 point en 2019 à 2,5 points en 2021, hausse assez comparable en pourcentage à celle du tpv du Québec (53 % et 56 %).

Par industrie

Le tableau qui suit nous montre le nombre de salarié.es et les tpv par industrie en 2019 et en 2021 au Québec, ainsi que les écarts entre les deux années en points de pourcentage.

postes vacants en 2021_industries

On peut tout d’abord remarquer que le nombre moyen de salarié.es a baissé de 50 000 ou de 1,4 % entre les deux années. En fait, ce nombre a rattrapé et même dépassé celui de 2019 au quatrième trimestre de 2021 (hausse de 37 000 ou de 1,0 % entre les quatrièmes trimestres de ces deux années), mais les baisses entre les trimestres précédents étaient tellement élevées que les moyennes annuelles montrent des écarts négatifs. En nombre, la baisse la plus importante s’est observée dans les services de restauration et débits de boissons (-60 000), mais en pourcentage, on voit qu’elles furent supérieures à 25 % dans deux autres industries, soit les arts, spectacles et loisirs, et les services d’hébergement. On peut aussi voir dans le tableau que trois des quatre hausses les plus élevées des tpv entre 2019 et 2021, dont les deux plus élevées, ont eu lieu dans ces trois industries. En effet, phénomène qui pourrait étonner, la corrélation entre les écarts de salarié.es et de tpv est négative et assez forte (-0,68), ce qui signifie que ce sont en général les industries qui ont perdu le plus de salarié.es qui ont connu les hausses les plus élevées de leurs tpv, et vice-versa. Cela dit, à l’inverse de cette corrélation, les deux industries dont le nombre de salarié.es a le plus augmenté (services professionnels, scientifiques et techniques, +11,8 %, et soins de santé et assistance sociale, +11,3 %), et ont connu une hausse de leur tpv plus élevée que la moyenne (2,2 % et 2,4 %). Une seule industrie, élevage et aquaculture, a vu son tpv diminuer (de 3,3 % à 2,6 %). Finalement, l’industrie avec le tpv le plus bas en 2019 et 2021 (avec possiblement les services publics, mais les données étaient en 2021 trop basses pour être publiées), les services d’enseignement (0,8 % et 1,2 %) fait souvent les manchettes en raison de ses difficultés de recrutement. En fait, c’est probablement parce que les employeurs embauchent du personnel non qualifié que ce tpv est si bas.

Selon les exigences scolaires

postes vacants en 2021_scolaritéLe graphique ci-contre montre pour 2021 (les données sont assez similaires pour 2019, mais je ne vais les mentionner que pour les postes vacants) la répartition des postes vacants (barres bleues), de la population âgée de 15 à 64 ans (barres rouges) et des personnes en emploi âgées de 15 à 64 ans (barres jaunes) selon le niveau de scolarité exigé par les employeurs pour les postes vacants et selon le plus haut niveau de scolarité atteint pour la population et les personnes en emploi. Précisions que, pour les postes vacants, l’indication «moins d’un DES» s’applique en fait à ceux pour lesquels les employeurs n’ont aucune exigence scolaire, tandis que pour la population et les travailleur.euses, cette indication porte sur les personnes ayant moins d’un diplôme d’études secondaires (DES).

On peut voir que le pourcentage des postes vacants déclarés par les employeurs qui exigent :

  • moins d’un DES (36,4 % en 2021 et 34,1% en 2019), était 2,7 fois plus élevé que celui de la population (13,6 %) et 3,8 fois plus élevé que celui des personnes en emploi (9,5 %);
  • un DES (20,4 % en 2021 et 22,8 % en 2019), était plus élevé de 48 % que celui des personnes ayant un DES (13,8 %) et de 61 % que celui des personnes en emploi (12,7 %); les employeurs exigent donc au plus un DES pour 56,8 % des postes vacants (56,9 % en 2019), proportion 2,1 fois plus élevée que celle de la population (27,4 %) et 2,6 fois plus élevée que celle des personnes en emploi (22,1 %)
  • un diplôme d’études postsecondaires (31,4 % en 2021 et 30,0 % en 2019), était moins élevé de 29 % que celui de la population (44,1 %) et de 31 % que celui des personnes en emploi (45,6 %);
  • un baccalauréat (10,0 % en 2021 et 11,4 % en 2019), était moins élevé de 48 % que celui de la population (19,3 %) et de 54 % que celui des personnes en emploi (21,7 %);
  • plus d’un baccalauréat (1,8 % en 2021 et en 2019), était moins élevé de 80 % que celui de la population (9,2 %) et de 83 % que celui des personnes en emploi (10,6 %).

Pour vérifier si la mention d’aucune exigence scolaire est une omission par les employeurs répondant à l’enquête ou vraiment une absence de telles exigences, j’ai tout d’abord comparé les salaires horaires offerts en 2021. Or, ceux-ci étaient nettement moins élevés dans cette catégorie, soit de 16,69 $, par rapport à 18,81 $ lorsque l’exigence était un DES, à 24,65 $ pour un diplôme d’études postsecondaires, à 35,04 $ pour un baccalauréat et à 37,29 $ pour un diplôme supérieur au baccalauréat. En plus, selon les données de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH), le salaire horaire des salarié.es rémunérés à l’heure était en moyenne 26,3 % plus élevé que le salaire horaire moyen offert pour les postes vacants (27,63 $ par rapport à 21,88 $), écart qui va dans le sens de postes exigeant moins de compétences qu’en moyenne sur le marché du travail.

J’ai ensuite regardé dans quelles professions on observait le plus d’absence d’exigences scolaires. La très grande majorité des professions dans ce cas sont peu ou pas spécialisées, ou exigent des compétences qui s’acquièrent plus par l’expérience que par la scolarité. Les dix professions (sur les 500) qui regroupaient le plus de postes vacants sans exigences scolaires (et qui regroupaient 53,2 % du total des postes vacants sans exigences scolaires) étaient dans l’ordre les :

  • serveurs/serveuses au comptoir, aides de cuisine et personnel de soutien assimilé (15,5 %);
  • vendeurs/vendeuses – commerce de détail (8,2 %);
  • garnisseurs/garnisseuses de tablettes, commis et préposés/préposées aux commandes dans les magasins (4,9 %);
  • cuisiniers/cuisinières (4,0 %);
  • manutentionnaires (4,0 %);
  • serveurs/serveuses d’aliments et de boissons (3,6 %);
  • préposés/préposées à l’entretien ménager et au nettoyage – travaux légers (3,4 %);
  • conducteurs/conductrices de camions de transport (3,2 %);
  • caissiers/caissières (3,2 %);
  • manœuvres dans la transformation des aliments et des boissons (3,2 %).

Notons que ces 10 professions étaient exactement les mêmes en 2018, mais pas toutes au même rang ces deux années. J’ai aussi noté qu’il n’y avait aucun poste vacant sans exigences scolaires dans 209 professions. On peut donc conclure sans trop de risque de se tromper que les postes vacants sans exigences scolaires sont bien des postes qui peuvent être occupés par des gens n’ayant pas nécessairement un DES.

Par profession

S’il est intéressant de savoir dans quelles professions il y a le plus de postes vacants, cela ne nous dit pas dans lesquelles le tpv est le plus élevé. Le problème avec les données de l’EPVS par profession est qu’elles fournissent (lorsqu’il y en a suffisamment pour que ce nombre soit fiable et non confidentiel) le nombre de postes vacants totaux, pour les 10 genres de compétences, les 40 grands groupes, les 140 groupes intermédiaires et les 500 groupes de base (qu’on appelle fréquemment «les professions») de la Classification nationale des professions (CNP 2016), mais pas le tpv ni le nombre de salarié.es. Cela est selon moi étrange, parce que le tpv et le nombre de salarié.es sont fournis dans le tableau des postes vacants par industrie et que la fiabilité du nombre de salarié.es est forcément plus élevée que celle du nombre de postes vacants pour lequel l’EPVS fournit des données. Cela dit, j’ai trouvé des sources et une méthode pour estimer le nombre de salarié.es et les tpv par profession.

– la méthode

En effet, le tableau 14-10-0103-01 de Statistique Canada fournit le nombre de salarié.es selon l’EPVS pour les 140 groupes intermédiaires. Pour estimer le nombre de salarié.es pour les 500 professions, j’ai utilisé la répartition des 500 professions pour chacun des 140 groupes intermédiaires selon les données du tableau 98-400-X2016294 du recensement de 2016. Par contre, comme le tableau 14-10-0103-01 a été interrompu en 2017 (et ne sera pas repris à court terme selon la réponse à un courriel que j’ai envoyé à Statistique Canada à cet effet), j’ai fait une règle de trois entre le nombre de salarié.es par profession de 2017 en fonction de la variation du nombre total de salarié.es selon l’EPVS entre 2017 et 2019 et 2021 pour obtenir le nombre de salarié.es selon les 500 professions pour ces deux années. Si cette méthode est satisfaisante pour 2019, elle l’est un peu moins pour 2021 en raison des changements structurels de l’emploi, dont on a vu l’ampleur dans le tableau contenant les données par industrie. Cela dit, elle fournit tout de même un ordre de grandeur crédible du nombre de salarié.es par profession et surtout provenant surtout de la même source (l’EPVS).

– selon les genres de compétences

postes vacants en 2021_genres de compétencesLe tableau ci-contre montre que non seulement les tpv ont augmenté dans les 10 genres de compétences, mais aussi que l’ordre d’importance des tpv s’est modifié entre 2019 et 2021. Les genres de compétences aux tpv les plus élevés en 2021 s’observaient dans les professions :

  • du secteur de la santé : 8,3 %, alors que ces professions se situaient au 5e rang sur 10 en 2019 avec un tpv de 4,6 %; la hausse de 3,7 points de pourcentage indiqué à la dernière colonne est la plus élevée des 10 genres de compétences;
  • de la fabrication et des services d’utilité publique (8,0 %, au 3e rang en 2019 avec 4,9 %);
  • des sciences naturelles et appliquées et des domaines apparentés (7,1 %, au 2e rang en 2019 avec 5,0 %);
  • des arts, de la culture, des sports et des loisirs (6,7 %, aussi au 4e rang en 2019 avec 4,8 %);
  • de la vente et des services (6,6 %, au 6e rang en 2017 avec 3,1 %).

Les trois genres de compétences aux tpv les moins élevés étaient les mêmes en 2019 et en 2021, soit celles de l’enseignement, du droit et des services sociaux, communautaires et gouvernementaux (au 8e rang en 2021 avec 3,5 % et au 9e en 2019 avec 1,7 %), de la gestion (au 9e rang en 2021 avec 3,3 % et au 8e en 2019 avec 2,4 %) et des affaires, de la finance et de l’administration (au 10e et dernier rang en 2021 avec 2,8 % et au même rang en 2019 avec 1,6 %). Les professions de la gestion furent aussi celles où le tpv a le moins augmenté entre 2019 et 2021, soit de seulement 0,9 point de pourcentage.

– selon les niveaux de compétences

postes vacants en 2021_niveaux de compétencesQue ce soit en 2019 ou en 2021, le tableau ci-contre montre que les tpv :

  • dans le personnel de la gestion sont les moins élevés;
  • sont près de la moyenne dans les personnels professionnel (dont les professions exigent en général un diplôme universitaire), technique (dont les professions exigent en général un diplôme postsecondaire) et intermédiaire (dont les professions exigent en général un DES);
  • sont de loin les plus élevés dans les professions du personnel élémentaire (dont les professions n’exigent en général qu’une formation en cours d’emploi), et encore plus en 2021, car ce sont ceux qui ont connu la plus forte hausse, soit de 3,2 points de pourcentage, entre 2019 et 2021.

Ces constats appuient ceux faits auparavant sur la forte proportion de postes vacants pour lesquels les employeurs n’ont pas d’exigence scolaire.

– quelques professions

Le tableau qui suit montre les six professions avec le plus de postes vacants en 2021 ainsi que les six professions comptant au moins 10 000 salarié.es qui avaient les tpv les plus élevés.

postes vacants en 2021_professions

On peut voir que quatre des six professions comptant le plus de postes vacants sont dans la vente et les services (dont le premier chiffre du code est un 6) et que deux d’entre elles font partie des professions de niveau élémentaire, soit les serveurs/serveuses au comptoir, aides de cuisine et personnel de soutien assimilé et les garnisseurs/garnisseuses de tablettes, commis et préposés/préposées aux commandes dans les magasins. La présence de la première de ces deux professions au sommet des postes vacants (dont le nombre de postes vacants a en plus augmenté de 68 % entre 2019 et 2021) et celle des cuisiniers/cuisinières au 6e rang est cohérente avec le tpv élevé dans la restauration et les difficultés de recrutement dont se plaignent les restaurateurs. On y trouve en plus les :

  • vendeurs/vendeuses – commerce de détail, dont le nombre de postes vacants a augmenté de 53 % entre 2019 et 2021 malgré la concurrence de plus en plus importante du commerce en ligne;
  • infirmiers autorisés/infirmières autorisées et infirmiers psychiatriques autorisés/infirmières psychiatriques autorisées, qui sont au 3e rang en nombre de postes vacants, mais au premier rang pour le tpv (22,3 %), et dont le nombre a augmenté de 95 % entre 2019 et 2021;
  • aides-infirmiers/aides-infirmières, aides-soignants/aides-soignantes et préposés/préposées aux bénéficiaires, même si le gouvernement en a recruté 10 000 en 2020 et en 2021 avec une formation accélérée (un bon nombre a toutefois démissionné après la période obligatoire de travail pour ne pas être pénalisé), dont le nombre a augmenté de 50 % entre 2019 et 2021;

On remarquera qu’on ne trouve dans cette liste aucune profession de la gestion et une seule des personnels professionnel (les infirmier.ières) et technique (les cuisinier.ières).

Les six professions montrant les tpv les plus élevés sont plus variées. Deux font partie du personnel professionnel, soit les infirmiers autorisés/infirmières autorisées et infirmiers psychiatriques autorisés/infirmières psychiatriques autorisées et les programmeurs/programmeuses et développeurs/développeuses en médias interactifs (dont différentes formations font partie du programme de bourses Perspective Québec). On en trouve aussi deux parmi les professions du personnel technique, une en santé (infirmiers auxiliaires/infirmières auxiliaires, dont le nombre de postes vacants a triplé entre 2019 et 2021) et une dans la construction (charpentiers-menuisiers/charpentières-menuisières, dont le nombre de postes vacants a doublé entre 2019 et 2021). Les deux autres professions montrant les tpv les plus élevés font partie du personnel élémentaire, soit celle dont le code est 6711 et dont j’ai déjà parlé et l’autre dans la fabrication (manœuvres dans la transformation des aliments, des boissons et des produits connexes, une des professions dont on a beaucoup parlé lors de conflits de travail récents dans des abattoirs, et dont un employeur a encore plus récemment annoncé la réduction de ses activités d’abattage en raison «d’un manque criant de main-d’œuvre»). Et, toujours pas l’ombre d’une profession de la gestion!

Notons en plus que, comme le nombre de salarié.es a diminué dans la restauration et que mes estimations du nombre de salarié.es par profession ne tiennent pas compte de cette baisse, les tpv des professions de cette industrie (ici les professions 6711 et 6322) sont sous-estimés.

Et alors…

Que conclure de tout cela? Tout d’abord, il est clair que le nombre de postes vacants était déjà en hausse avant la pandémie et qu’elle ne peut donc pas être responsable de toute la hausse observée entre 2019 et 2021. Si quelques industries et professions sont apparues dans les palmarès de celles les plus touchées, la structure des postes vacants a peu changé. En effet, ce sont comme avant la pandémie les professions qui exigent peu de compétences pour lesquelles les employeurs ont le plus de difficulté à trouver du personnel. L’augmentation du nombre de postes vacants ne serait donc pas, comme on l’entend et le lit souvent, due en premier lieu à un manque de compétences dans la population, ce qui correspondrait avec l’utilisation du terme «pénurie», mais surtout à une insuffisance de l’offre de main-d’œuvre peu qualifiée et surtout à des conditions de travail peu attrayantes. Lorsqu’on offre en moyenne 14,60 $ (sommet atteint au quatrième trimestre de 2021, en «forte» hausse par rapport à 13,95 $ au deuxième trimestre de la même année), ce qui n’est guère plus que le salaire minimum, pour des postes de serveurs/serveuses au comptoir et aides de cuisine et qu’on traite trop souvent mal les personnes qui acceptent de telles offres («On m’a crié dessus pour la millionième fois de ma carrière de cuisinier. Je suis juste sorti et je ne suis jamais revenu»), doit-on se demander longtemps pourquoi on ne trouve pas rapidement des personnes prêtes à occuper ces postes quand ils se libèrent et pourquoi ils se libèrent si souvent? Chose certaine, si le salaire minimum augmentait à 18,00 $ de l’heure, comme revendiqué par les syndicats et les organismes communautaires et comme prévu dans la plateforme de Québec solidaire, les employeurs auraient moins de difficulté à trouver preneurs pour ces postes et se plaindraient probablement moins souvent aux journalistes de subir des «pénuries» de main-d’œuvre!

La hausse du nombre de postes vacants dans le secteur de la santé est davantage liée à la pandémie, mais est aussi accentuée en raison de mauvaises conditions de travail, pas seulement salariales. On voit qu’il est essentiel de bien traiter le personnel de la santé et de tous les autres secteurs si on veut pourvoir les postes vacants et maintenir les travailleur.euses dans ces postes. Ce constat semble partagé par de plus en plus d’employeurs, au moins en paroles, mais les gestes concrets se font dans bien des cas toujours attendre…

2 commentaires leave one →
  1. 31 mars 2022 10 h 01 min

    Très curieux que le tableau 14-10-0103-01 ne soit pas mis à jour… si seulement il existait des microdonnées à grande diffusion pour cette enquête, nous pourrions aisément calculer toutes les statistiques requises.

    Analyse très intéressante, merci !

    J’aime

  2. 31 mars 2022 12 h 52 min

    La réponse que j’ai reçue de Statcan était pour le moins laconique. Non, ces données ne sont pas publiées. Elle me référait à de nombreux tableaux que je connaissais déjà, la plupart basés sur les données de l’EPA. Or, ces données ne conviennent pas du tout! Par exemple, le tableau 14-10-0103-01 montre qu’il y avait en 2016 et en 2017 25 870 et 24 785 salarié.es dans le Personnel professionnel en soins infirmiers [30], alors que l’EPA en indiquait 77 100 et 78 400! Ces dernières données incluent les travailleur.es autonomes, mais les données du recensement de 2016 indique que seulement 1,5 % des membres de ces professions sont des travailleur.euses autonomes!

    Le seul moyen d’utiliser ces données (et c’est ce que je compte faire) est d’appliquer la croissance de l’emploi de 2016-2017 à 2021 aux grands groupes de l’EPVS, puis aux professions faisant partie de ces grands groupes, puis ensuite de pondérer le résultat avec le total d’emploi selon l’EPVS. Mais, c’est pas mal de boulot et moins satisfaisant que si Statcan mettait à jour son tableau!

    J’ai aussi pensé utiliser des données du tableau 14-10-0103-01 pour bâtir une matrice industrie-profession pour 2016 et 2017 et ensuite l’appliquer aux données par industrie de 2021, mais il y a beaucoup trop de données manquantes pour que ça fonctionne. Cela aurait été idéal, car toutes les données proviendraient de la même source.

    Si tu as des idées, je suis preneur!

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