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Le marché du travail en mars 2022 aux États-Unis et la COVID-19

7 avril 2022

marché du travail mars 2022 États-Unis et la COVID 19Après avoir analysé les données sur l’emploi de mars 2020 à février 2022 du Bureau of Labor Statistics (BLS) et de l’Enquête sur la population active (EPA), je vais dans ce billet commenter celles de mars 2022 pour les États-Unis et, dans le suivant qui paraîtra la semaine prochaine, celles pour le Canada et le Québec.

Mars 2022 aux États-Unis

Le BLS publie au début de chaque mois (le premier avril pour mars 2022) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey (HS), l’équivalent de l’EPA canadienne auprès des ménages, et de l’Establishment Survey (ES), qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) du Canada auprès des entreprises. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent uniquement la variation de l’emploi selon l’ES et le taux de chômage selon la HS. La couverture journalistique de la publication des données de mars 2022 par le BLS n’a pas fait exception, même si les médias ont présenté plus de données qu’habituellement. Par exemple, cet article de Radio-Canada (en fait de Reuters) mentionne comme d’habitude l’ajout de 431 000 emplois et le taux de chômage de 3,6 %, mais aussi que «les chiffres de janvier et février ont été révisés en hausse, de 95 000 au total». De même, cet article de La Presse (en fait de l’Agence France-Presse) souligne, en plus de l’emploi et du taux de chômage, que le taux d’activité (qu’ils appellent «taux de participation», un anglicisme) «est désormais de 62,4 % (+0,1 point par rapport à février), son plus haut niveau depuis mars 2020». Cela dit, aucun des deux ni des autres que j’ai lus ne précise que les données sur l’emploi viennent de l’ES (voir le premier nombre inscrit à la dernière colonne de ce tableau), et que celles sur le taux de chômage et le taux d’activité viennent de la HS (voir la troisième et la septième ligne de cet autre tableau), laissant penser que ces trois données sont liées, alors qu’elles ne le sont pas.

– emploi, taux de chômage et activité

La hausse selon les estimations de la HS fut en mars passablement plus élevée que celle de l’ES, avec un ajout de 736 000 emplois, soit 305 000 de plus que les 431 000 emplois de la ES. Si on tient compte du fait que l’emploi de janvier 2022 selon l’ES a été révisé à la hausse de 23 000 et celui de février 2022 de 72 000, pour une révision totale de 95 000 emplois, on constate que le nombre d’emplois publié pour mars était plus élevé de 526 000 que celui publié pour février, ce qui diminue l’écart entre les deux estimations à 210 000 emplois (526 000 pour l’ES et 736 000 pour la HS). On peut en plus soustraire la hausse de 42 000 travailleur.euses autonomes qui a été captée par la HS, mais pas par l’ES (qui ne porte que sur les salarié.es), ce qui fait passer l’écart de la hausse du nombre de salarié.es à 168 000, écart qui commence à devenir moins important, même s’il est encore loin d’être négligeable, la hausse de l’emploi salarié selon la HS ayant été plus élevée de 40 % que celle selon l’ES! Notons finalement que cette hausse de 431 000 emplois, ou de 526 000 emplois en tenant compte des révisions, correspond ce mois-ci (c’est rare!) assez bien avec celle de 475 000 anticipée par les prévisionnistes. Leur prévision d’une baisse du taux de chômage de 0,1 point à 3,7 % a par contre sous-estimé l’embellie de mars, cette baisse ayant en fait atteint 0,2 point pour mener le taux de chômage à 3,6 %, en grande partie parce que la hausse de l’emploi selon la HS (736 000) qui sert à calculer le taux de chômage fut nettement supérieure au gain de 526 000 emplois selon l’ES, en tenant compte des révisions.

Cette sous-estimation de la baisse du taux de chômage aurait pu être plus élevée, car, en raison de l’augmentation de la population active de 418 000 personnes, la hausse de l’emploi de 736 000 n’a fait baisser le nombre de personnes en chômage que de 318 000. Elle a par contre permis de faire baisser la population inactive de 298 000 personnes. La hausse de la population active a aussi permis une augmentation de 0,1 point de pourcentage du taux d’activité à 62,4 % (voir la troisième ligne de ce tableau), toujours en recul de 1,0 point par rapport à février 2020 (63,4 %).

Entre février 2020 et mars 2022, l’emploi a baissé de 1,1 million (ou de 1,0 %) selon l’ES et de 400 000 (-0,3 %) selon la HS. Par contre, si on tient compte de la hausse de 440 000 travailleur.euses autonomes (ou de 4,6 %) et qu’on ne retient que les salarié.es de la HS, la baisse a été plus comparable, soit de 1,0 % pour l’ES et de 0,6 % pour la HS. Ainsi, malgré de gros écarts entre les données mensuelles de ces deux enquêtes, on voit que leurs tendances à moyen terme se ressemblent beaucoup. Notons finalement que ces baisses tranchent avec la situation canadienne, où l’emploi a dépassé son niveau de février 2020 depuis novembre 2021.

Pour mieux comparer les situations de février 2020 et de mars 2022, il faut aussi tenir compte du fait que la population adulte a augmenté de 1,5 % entre février 2020 et mars 2022 (soit de 3,8 millions de personnes). Si les États-Unis avaient conservé leur taux d’emploi de février 2020, soit 61,2 % au lieu de 60,1 % comme en mars 2022, il y aurait 2,7 millions d’emplois de plus (ou 1,7 %) en mars 2022, c’est-à-dire 161,2 millions au lieu de 158,5 millions. Par contre, si je me base sur cette estimation de Jason Furman et Wilson Powell III du Peterson Institute for International Economics (PIIE), le vieillissement de la population a fait baisser mécaniquement le taux d’emploi de 0,3 point. En appliquant cette baisse, le taux d’emploi correspondant à la situation de février 2020 se situerait alors à 60,9 % en mars 2022. Avec ce taux, l’emploi aurait atteint 160,4 millions, soit 1,9 million de plus (ou 1,2 %) qu’observé en mars 2022 (158,5 millions). Cette estimation (1,9 million d’emplois) représente mieux le rattrapage à faire pour que le marché du travail des États-Unis retrouve sa situation d’avant la pandémie. Comme on peut le constater, le vieillissement de la population a eu un effet (-0,8 million d’emplois) 2,5 fois moins élevé que la hausse de la population adulte (+1,9 million d’emplois) pour expliquer l’écart total avec la situation de février 2020.

– emploi selon le genre et l’industrie

Selon ce tableau, la hausse de 431 000 emplois en mars 2022 selon l’ES s’est traduite par un ajout de 160 000 emplois chez les hommes (+0,21 %) et de 271 000 emplois chez les femmes (+0,36 %). Entre février 2020 et mars 2022, l’emploi a baissé de 1,1 million (1,5 %) chez les femmes et de 0,5 million (0,6 %) chez les hommes. Du côté industriel, les principales hausses se sont observées dans :

  • les loisirs et l’hospitalité (+112 000 emplois, dont 86 000 dans l’hébergement et la restauration, surtout grâce à une hausse de 61 000 dans les services de restauration et les débits de boisson);
  • les services professionnels, scientifiques et techniques (+60 000 emplois);
  • le commerce de détail (+49 000 emplois);
  • la fabrication (+38 000 emplois);
  • les services administratifs et les services de soutien (+35 000 emplois);
  • les soins de santé et assistance sociale (+33 000 emplois);
  • l’éducation (privée et publique, +31 000 emplois).

Même si le secteur des loisirs et de l’hospitalité se classe régulièrement au premier rang des hausses d’emploi depuis janvier 2021, il lui reste encore près de 1,47 million d’emplois à pourvoir pour retrouver son niveau de février 2020, ce qui représente 93 % de la baisse totale de 1,58 million selon l’ES.

– conséquence de l’inactivité

Entre février 2020 et mars 2022, le nombre chômeur.euses a augmenté de 235 000 personnes et le nombre d’inactif.ives de 4,0 millions, soit 17 fois plus! Si le taux d’activité avait été de 63,1 % en février 2022 (63,4 % en février 2020 moins le 0,3 point dû au vieillissement) au lieu de 62,3 %, il y aurait 1,8 million de personnes inactives de moins et 1,8 million de personnes en chômage de plus. Dans ce cas, il y aurait 2,0 millions de chômeur.euses de plus qu’en février 2020 (plutôt que 235 000) et le taux de chômage ainsi ajusté aurait atteint 4,7 % en mars 2022 plutôt que 3,6 %, en hausse de 1,2 point de pourcentage plutôt que de 0,1 point depuis février 2020 (3,5 %). Ce taux de chômage ajusté de 4,7 % reflète mieux la détérioration du marché du travail depuis février 2020 que le taux officiel de 3,6 %. Cela dit, il serait étonnant que le taux de chômage ajusté baisse autant au cours des prochains mois, car le communiqué du BLS mentionne qu’il ne reste que 874 000 personnes inactives qui disent ne pas avoir cherché d’emploi en raison de la pandémie (il y en avait 1,2 million en février, écart qui correspond assez bien avec la baisse de 298 000 personnes inactives en mars). Cela dit, la fin de la pandémie pourrait attirer d’autres personnes que celles-là sur le marché du travail, mais attendons de voir si la sixième vague se fera sentir aux États-Unis, ce qui ne semble pas le cas jusqu’à présent.

Et après?

Les tendances qui ont permis cet autre bon mois sur le marché du travail se sont encore améliorées depuis la semaine de référence de février. En effet, le nombre de cas de COVID-19 a diminué à un rythme encore plus rapide que le mois précédent. De même, le nombre de demandes d’assurance-chômage et de prestataires continuait à diminuer vers la mi-mars, pour même se situer à son niveau le plus bas depuis 1969! En plus, le taux de vaccination augmente encore aux États-Unis, même si la hausse est de plus en plus lente. Je rappelle qu’il restait en plus en mars 2022 près de 2 millions d’emplois à rattraper pour retrouver la situation sur le marché du travail de février 2020. Tout milite donc pour une croissance de l’emploi entre mars et avril, quoiqu’il serait étonnant qu’elle soit aussi forte qu’au cours des trois premiers mois de 2022. L’inflation toujours élevée et les conséquences des mesures adoptées contre la Russie ne semblent pas avoir d’impact direct sur l’emploi à court terme.

Et alors…

J’ai peu de choses à ajouter à la dernière section. En effet, les données de mars ont réservé peu de surprises. L’emploi a augmenté davantage dans les secteurs les plus en recul au cours de la pandémie, notamment dans les loisirs et l’hospitalité, ce qui est tout à fait normal. De même, la hausse de l’emploi fut plus forte chez les femmes que chez les hommes, elles dont l’emploi a diminué bien plus depuis 25 mois. Bref, il nous reste encore quelques mois de plaisir à regarder évoluer la situation de l’emploi aux États-Unis!

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