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Le marché du travail en mars 2022 au Canada et au Québec, et la COVID-19

14 avril 2022

marché du travail mars 2022 Canada et Québec et la COVID 19Après avoir commenté la semaine dernière les données sur l’emploi du Bureau of Labor Statistics (BLS) pour le mois de mars 2022, je poursuis ma série de billets sur le marché du travail et la COVID-19 en analysant celles de l’Enquête sur la population active (EPA) pour le même mois.

Mars 2022 au Canada

Statistique Canada a publié le 8 avril son communiqué sur les estimations de l’EPA pour la semaine du 13 au 19 mars 2022. On y apprend notamment que :

  • grâce à sa hausse de 72 500 en mars 2022 (ou de 0,4 %), l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées affichait un niveau supérieur de 441 600 (ou de 2,3 %) à celui de février 2020; rappelons-nous que l’emploi avait diminué de près de 3,0 millions ou de 15,6 % entre février et avril 2020;
  • comme la population adulte a augmenté de près de 680 000 personnes (ou de 2,2 %) depuis février 2020, le taux d’emploi était toutefois en hausse de seulement 0,07 point de pourcentage (61,93 % par rapport à 61,85 %);
  • comme le vieillissement de la population a fait baisser le taux d’emploi d’environ 0,72 point, ce taux serait à 61,14 % si la situation économique actuelle était la même que celle de février 2020; ainsi, avec ce taux d’emploi de 61,14 %, l’emploi serait plus élevé de 192 000 qu’en février 2020, plutôt que de 442 000; on peut conclure que l’emploi était en mars 2022 supérieur de 250 000 emplois au niveau qu’il aurait atteint en conservant la situation sur le marché du travail de février 2020;
  • le nombre de chômeur.euses a diminué de 57 000 personnes ou de 5,0 % entre février 2020 et mars 2022, notamment en raison de sa baisse de 35 000 ou de 3,1 % en mars 2022, faisant passer le taux de chômage de 5,7 % en février 2020 à 5,3 % en mars 2022, en baisse de 0,2 point par rapport à février 2022, son niveau le plus bas depuis au moins janvier 1976; notons que le vieillissement n’a eu qu’un impact minime sur le taux de chômage, en ne le faisant augmenter que de 0,018 point de pourcentage;
  • la population inactive a augmenté de 293 600 personnes entre février 2020 et mars 2022 (ou de 2,8 %), hausse moins élevée d’environ 177 000 personnes ou de 38 % que celle qui serait due à la croissance de la population adulte et à son vieillissement; dans ce cas, cette hausse aurait été de 470 000 (+233 000 en raison de la hausse de la population adulte et +237 000 en raison de son vieillissement);
  • le taux d’activité a baissé de 0,2 point entre février 2020 et mars 2022, passant de 65,60 % à 65,40 %; ce taux est toutefois plus élevé de 0,52 point que celui qui aurait été atteint en raison du vieillissement de la population (64,85 %), c’est-à-dire si les taux d’activité par tranches d’âge étaient demeurés les mêmes qu’en février 2020;
  • l’emploi à temps plein a augmenté de 0,6 % en mars 2022, tandis que l’emploi à temps partiel baissait du même taux (0,6 %); grâce à ces évolutions inverses, l’emploi à temps plein a augmenté davantage que l’emploi à temps partiel entre février 2020 et mars 2022 (2,4 % par rapport à 1,8 %);
  • l’emploi a augmenté de 0,6 % en mars 2022 chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, beaucoup plus que chez celles âgées de 25 à 54 ans (0,1 %), mais moins que chez celles âgées de 55 ans et plus (0,9 %); entre février 2020 et mars 2022, l’emploi a augmenté de 0,4 % chez les jeunes, de 3,2 % chez les 25-54 ans et de 0,9 % chez les 55 ans et plus;
  • la hausse de l’emploi en mars 2022 chez les 15 à 24 ans a fait fléchir leur taux de chômage de 1,1 point par rapport à février 2022 à 9,8 %, et de 0,8 point par rapport à février 2020 (10,6 %); ce taux a diminué de 0,2 point depuis février 2020 (de 4,7 % à 4,5 %) chez les 25 à 54 ans, et de 0,3 point à 5,3 % chez les 55 ans et plus;
  • comme la population de ces trois groupes a évolué bien différemment depuis 24 mois, il est bon de préciser que le taux d’emploi a augmenté de 0,5 point de pourcentage (de 58,1 % à 58,6 %) chez les jeunes et de 1,4 point chez les 25-54 ans (de 83,2 % à 84,6 %), tandis que celui des 55 ans et plus diminuait de 1,2 point (de 36,1 % à 34,9 %).

Mars 2022 au Québec

Entre les semaines de référence de février et de mars 2022 (du 13 au 19 mars), les annonces gouvernementales de déconfinement ont touché notamment les restaurants, les bars, les tavernes et les casinos, permettant aussi la reprise des activités de danse et de karaoké. Sans surprise, les données de l’EPA nous apprennent que :

  • l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a augmenté de 27 100 ou de 0,6 % en mars 2022, contribuant à la hausse de 47 900 emplois ou de 1,1 % entre février 2020 et mars 2022;
  • comme la population adulte a augmenté de 1,3 % depuis février 2020 (ou de 94 700 personnes), le taux d’emploi a de son côté baissé de 0,15 point de pourcentage, passant de 61,93 % en février 2020 à 61,78 % en mars 2022, en hausse de 0,34 point par rapport à février 2022 (61,44 %);
  • si le taux d’emploi s’était maintenu à 61,93 %, il y aurait 58 600 emplois de plus en mars 2022 qu’en février 2020 au lieu d’en avoir 47 900, une différence de 10 700 emplois; cela dit, comme le vieillissement de la population a fait baisser le taux d’emploi de près de 1,0 point, celui-ci serait moins élevé que le taux actuel de 61,78 % de 0,85 point à 60,93 % si la structure démographique et la situation économique étaient les mêmes qu’en février 2020; dans ce cas, l’emploi serait moins élevé de 12 400 qu’en février 2020 et de 60 300 qu’en mars 2022; on peut conclure que l’emploi était en mars 2022 supérieur de 60 300 emplois au niveau qu’il aurait atteint en conservant la situation sur le marché du travail de février 2020;
  • l’emploi au Québec a augmenté de 1,1 % depuis février 2020, alors qu’il a augmenté de 2,7 % dans le reste du Canada; dans ce contexte, il n’est pas étonnant de constater que le Québec occupait en mars 2022 le sixième rang des provinces en termes de croissance de l’emploi en pourcentage depuis février 2020, comme on peut le voir dans l’image qui accompagne ce billet; je tiens aussi à souligner que la vigueur de la croissance de l’emploi dans les provinces est fortement influencée par celle de la population adulte, le coefficient de corrélation entre ces deux croissances depuis février 2020 atteignant 0,82, ce qui est très élevé; d’ailleurs, les cinq provinces qui ont connu les plus faibles croissances de l’emploi, dont le Québec, sont les cinq seules provinces où la population adulte a augmenté de moins de 2 %;
  • marché du travail mars 2022 Canada et Québec et la COVID 19_HFentre février 2020 et mars 2022, l’estimation de l’emploi a augmenté de 18 300 chez les femmes (ou de 0,9 %) et de 29 500 chez les hommes (ou de 1,3 %); l’écart entre ces deux évolutions est demeuré à 0,4 point de pourcentage entre février et mars 2022; en effet, l’estimation de l’emploi a augmenté du même pourcentage (0,6 %) en mars 2022 chez les hommes (+14 300 emplois) et chez les femmes (+12 800 emplois);
  • si le nombre d’emplois a globalement augmenté de 20 800 ou de 1,1 % entre février 2020 et mars 2022, il a connu une croissance de 10,2 % (ou de 98 600 emplois) chez les employé.es du secteur public, surtout dans le secteur de l’éducation, dans les administrations publiques et dans la santé, et de 0,6 % (ou de 16 000 emplois) chez les employé.es du secteur privé, mais il a baissé de 12,0 % (ou de 66 600 emplois) chez les travailleur.euses autonomes (les baisses les plus importantes ont eu lieu dans la santé, l’information, culture et loisirs, la construction, le transport et l’hébergement et la restauration); en mars 2022, l’emploi a diminué de 25 500 ou de 5,0 % dans le travail autonome et a augmenté de 42 400 ou de 1,5 % chez les employé.es du secteur privé et de 10 200 ou de 1,0 % chez les employé.es du secteur public;
  • comme au Canada, mais de façon moins accentuée, l’emploi à temps plein a augmenté beaucoup plus que l’emploi à temps partiel en mars 2022 (0,7 % par rapport à 0,1 %); entre février 2020 et mars 2022, l’emploi à temps plein a augmenté de 1,6 % (+55 700 emplois), alors que l’emploi à temps partiel a diminué de 0,9 %; (-7700 emplois);
  • le nombre de chômeur.euses a diminué de 18 100 personnes (ou de 8,7 %) entre février 2020 et mars 2022, notamment grâce à la baisse 17 200 ou de 8,3 % en mars 2022 ; avec sa baisse de 0,38 point de pourcentage entre février et mars 2022 (de 4,52 % à 4,13 %), le taux de chômage s’est ainsi retrouvé non seulement plus bas qu’en février 2020 (4,13 % par rapport à 4,56 %), mais à son niveau le plus bas des 555 mois depuis janvier 1976, le deuxième rang (en novembre 2021) ayant été plus élevé de 0,38 point avec 4,51 %; comme pour le Canada, le vieillissement de la population adulte n’a eu qu’un impact minuscule sur le taux de chômage (il l’a fait diminuer de 0,004 point de pourcentage…);
  • malgré sa baisse de 5400 en mars 2022, la population inactive a augmenté de 64 800 personnes entre février 2020 et mars 2022, hausse moins élevée d’environ 43 000 personnes ou de 40 % que celle qui serait due à la croissance de la population adulte et à son vieillissement; dans ce cas, cette hausse aurait été de 107 900 (33 300 en raison de la hausse de la population adulte et 74 600 en raison de son vieillissement);
  • avec sa hausse de 0,10 point de pourcentage en mars 2022, le taux d’activité est passé de 64,89 % en février 2020 à 64,45 % en mars 2022; cette baisse de 0,44 point de pourcentage est en fait moins élevée de 0,60 point que celle de 1,05 point (à 63,84 %) qui s’explique par le vieillissement de la population;
  • l’emploi a augmenté de 1,1 % en mars 2022 chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, beaucoup plus que chez celles âgées de 25 à 54 ans (0,1 %), mais moins que chez celles âgées de 55 ans et plus (1,8 %); entre février 2020 et mars 2022, l’emploi a diminué de 4,6 % chez les jeunes (de 7,6 % chez les hommes et de 1,5 % chez les femmes), tandis qu’il a augmenté de 1,9 % chez les 25-54 ans (de 2,6 % chez les hommes et de 1,6 % chez les femmes) et de 2,3 % chez les 55 ans et plus (de 2,9 % chez les hommes et de 1,6 % chez les femmes);
  • la hausse de l’emploi en mars 2022 chez les 15 à 24 ans a fait baisser leur taux de chômage à 7,2 %, en baisse de 0,3 point par rapport à février 2022 (7,5 %), mais toujours en hausse de 0,3 point par rapport à février 2020 (6,9 %); le taux de chômage a au contraire diminué depuis février 2020 chez les 25-54 ans (de 3,9 % à 3,3 %) et chez les 55 ans et plus (de 5,1 % à 4,7 %);
  • par contre, comme la population de ces trois groupes a évolué bien différemment depuis 24 mois, il est bon de préciser que le taux d’emploi des jeunes a reculé de 2,7 points de pourcentage (de 66,9 % à 64,2 %) entre février 2020 et mars 2022 (de 4,5 points chez les hommes et de 0,7 point chez les femmes), alors que celui des 55 ans et plus diminuait de 0,5 point (de 33,0 % à 32,5 %, assez également chez les hommes et les femmes), et que celui des 25-54 ans augmentait de 1,8 point (de 85,5 % à 87,3 %, de 2,3 points chez les hommes et de 1,1 point chez les femmes).

– le taux d’activité et la démographie

On pourrait penser que le fait que le taux d’activité en données désaisonnalisées ait été plus élevé dans le reste du Canada (65,7 %) qu’au Québec (64,4 %) en mars 2022 montre une plus grande vitalité de leur marché du travail. En fait, c’est uniquement en raison des différences dans leur structure démographique que le taux d’activité était plus élevé dans le reste du Canada qu’au Québec, le Québec ayant une proportion nettement plus élevée d’adultes âgé.es de 65 ans et plus (24,1 % par rapport à 21,3 %). Ainsi, si le Québec avait eu la même structure démographique que le reste du Canada en mars 2022, son taux d’activité aurait été plus élevé que celui du reste du Canada. En effet, avec les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0017-01, on peut calculer, en associant les taux d’activité par tranche d’âge de cinq ans (15-19 ans, 20-24 ans jusqu’à 65-69 ans et 70 ans et plus) au pourcentage de la population adulte dans ces tranches d’âges dans le reste du Canada, que le taux d’activité aurait en fait été en mars 2022 de 65,5 % au Québec au lieu de 63,4 % par rapport à 65,0 % dans le reste du Canada. Cela n’est pas étonnant, car le taux d’activité au Québec était en mars 2022 plus élevé que celui du reste du Canada dans les neuf tranches d’âge de moins de 60 ans et moins élevé seulement dans les trois tranches les plus âgées.

– l’emploi par industrie

En gardant en tête le fait que les marges d’erreur des estimations de l’emploi de l’EPA sont encore plus importantes avec des données désagrégées comme celles par industrie, je présente dans le tableau qui suit (basé sur les données du tableau 14-10-0355-01) la variation de ces estimations par industrie entre février et mars 2022, et entre février 2020 et mars 2022. J’ai mis en caractère gras dans les quatre dernières colonnes du tableau les hausses et les baisses les plus importantes.

marché du travail mars 2022 Canada et Québec et la COVID 19_ind

Une seule industrie a connu une baisse d’au moins 5000 emplois entre février et mars 2022, soit les services professionnels, scientifiques et techniques (-16 700 emplois ou -3,0 %). Avec une hausse globale de plus de 27 000 emplois, il n’est pas étonnant qu’il y ait eu davantage d’industries montrant des hausses d’au moins 5000 emplois, soit les trois suivantes :

  • les services d’hébergement et de restauration (+9 500 emplois, ou 5,2 %);
  • les administrations publiques (+8200 ou 3,1 %);
  • les services d’enseignement (+8000 ou 2,3 %).

Avec une hausse de 47 100 emplois entre février 2020 et mars 2022, on peut voir que huit des 16 industries présentées dans ce tableau ont connu un changement de plus de 10 000 emplois. Sans surprise, l’industrie des services d’hébergement et de restauration est celle qui a connu le changement le plus important, l’emploi y ayant diminué de 66 400 emplois ou de 25,6 %, malgré la hausse de 9500 emplois ou de 5,2 % en mars 2022. Il est possible qu’il y ait de nouvelles hausses au cours des prochains mois, mais il serait étonnant que cette industrie retrouve son niveau d’emploi prépandémique. En effet, selon l’Association Restauration Québec, le nombre de permis en restauration émis par le ministère de l’Alimentation, des Pêcheries et de l’Agriculture (MAPAQ) aurait diminué de 3666 ou de 17 % depuis février 2020. Les sept autres industries en question sont :

  • le commerce de gros et de détail (-18 400 ou -2,8 %);
  • le transport et l’entreposage (-12 500 ou -5,1 %);
  • les services d’enseignement (+38 300 emplois ou +12,0 %);
  • la finance, assurances, services immobiliers et de location (+31 800 emplois ou +12,0 %);
  • les administrations publiques (+29 900 ou +12,5 %);
  • la construction (+25 800 ou +9,3 %);
  • les services professionnels, scientifiques et techniques (+17 300 ou +9,5 %).

Notons finalement que les données beaucoup plus fiables de l’EERH montrent entre février 2020 et janvier 2022 des tendances très différentes à celles de l’EPA dans trois de ces huit industries (avec bien sûr des différences dans les cinq autres, mais moins accentuées, et je ne parle pas des différences dans les huit industries non mentionnées ici), soit dans les services d’hébergement et de restauration (-24,4 % plutôt que -39,5 %), dans la finance, assurances, services immobiliers et de location (+0,7 % plutôt que +11,4 %) et dans les services d’enseignement (+3,7 % plutôt que +12,8 %). Ces écarts illustrent bien l’importance des marges d’erreur des estimations de l’emploi de l’EPA dont je parlais au début de cette section.

Et après?

L’époque des grosses annonces gouvernementales ayant des effets importants sur le marché du travail semble derrière nous. En plus, avec un taux de chômage à son plancher historique et un taux d’emploi élevé, les possibilités de croissance de l’emploi sont limitées, d’autant plus que les niveaux d’immigration ont baissé grandement au cours de la pandémie (voir la dernière colonne de ce tableau) et que le gouvernement a des objectifs relativement timides de ce côté (voir son plan d’immigration 2022).

Sur le taux d’emploi, il ne faut pas seulement regarder son niveau (60,5 %), qui se situe au 93e rang des 555 mois depuis janvier 1976, ce qui le classe quand même dans le premier 20 %, classement plus qu’honorable pour un mois de mars (d’ailleurs, le taux d’emploi désaisonnalisé en mars 2022 est plutôt de 61,8 %, plus élevé que le taux non désaisonnalisé que j’ai utilisé ici de 1,3 point de pourcentage, taux qui se classe au 4e rang des 555 mois depuis janvier 1976 en données désaisonnalisées, donc dans le 1 % le plus élevé), mais surtout ses taux d’emploi par tranches d’âge qui permettent d’éviter les effets du vieillissement de la population. Or, même pour un mois de mars, les neuf taux d’emploi des tranches d’âge de cinq ans des personnes âgées de 25 ans et plus de situent dans le premier 6 % des 555 mois de données, 8 dans le premier 5 %, trois dans le premier 1 % (soit dans les 5 premiers rangs) et un au tout premier rang, soit les personnes âgées de 70 ans et plus! Il ne faut donc pas s’attendre à des hausses énormes de ce côté. Notons aussi que, en données désaisonnalisées, le taux d’emploi des 15-24 ans se situe au 13e rang (donc parmi les 3 % les plus élevés) et celui des 25-54 ans au tout premier rang des 555 mois.

Le potentiel restant de croissance de l’emploi se situerait à court terme chez les personnes forcées de s’isoler en raison de la COVID-19, qui représentent, semble-t-il, 6 % de la population. Sauf que les personnes qui avaient un emploi avant cet isolement sont pour la plupart considérées par l’EPA comme en congé maladie ou sans solde, et sont donc comptabilisées dans l’emploi, même si elles ne travaillaient pas au cours de la semaine de référence. Du côté négatif, il est probable que bien des gens atteints de la COVID longue ne soient pas en mesure de travailler, ce qui rend les taux d’emploi que j’ai mentionnés plus tôt encore plus étonnants et plus difficile à améliorer. Finalement, la hausse des taux d’intérêt et la sixième vague risquent de restreindre aussi les possibilités de croissance de l’emploi. Bref, il serait étonnant que l’emploi augmente beaucoup au Québec et au Canada au cours des prochains mois.

Et alors…

Ce billet met probablement fin à ma série sur le marché du travail mensuel au Canada et au Québec, et la COVID-19, série commencée en avril 2020 avec l’analyse des données de mars 2020, à moins que le gouvernement adopte de nouvelles restrictions ayant un impact sur le marché du travail, ce qui ne semble pas dans les plans de la santé publique et du gouvernement. Comme l’emploi a retrouvé et dépassé sa situation prépandémique à la fois au Québec et au Canada et que les possibilités de croissance sont très faibles, cette série n’a plus de raison d’être. Je poursuivrai encore quelque temps celle sur le marché du travail et la COVID-19 aux États-Unis, car le rattrapage n’y est pas encore complet et qu’on y observe des tendances particulières. Et cela ne m’empêchera pas de continuer d’analyser les données sur l’emploi à l’occasion, mais surtout sur une base annuelle.

En fait, il me reste un billet à publier, probablement vers la fin du mois, pour faire le bilan des deux dernières années avec les données bien plus fiables de l’EERH. Comme avec mes billets de retour sur le marché du travail (par exemple celui-ci, le dernier de cette sous-série), j’y utiliserai surtout des données non désaisonnalisées pour comparer les données par industrie de l’EPA avec celles de l’EERH pour les mêmes industries en ajoutant celles de l’EERH par sous-industries entre février 2020 et février 2022. Cela permettra de mieux estimer les changements structurels dus à la pandémie.

Cette série est terminée, mais la pandémie ne l’est pas. Il y aurait encore plus de 20 000 cas par jour (le directeur national de santé publique parle même ici de 40 000 à 60 000 nouveaux cas par jour). On a annoncé 35 décès au Québec mardi dernier (12 avril) et un sommet de nouvelles hospitalisations depuis le 21 janvier (294). Alors, le marché du travail subit peut-être moins les conséquences de la pandémie, mais la population, elle, continue d’en souffrir…

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