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Le faible revenu selon la tranche d’âge de 1976 à 2020

21 avril 2022

faible revenu selon la tranche d’âge de 1976 à 2020Avec tout ce qui s’est passé en 2020, dont une hausse des revenus chez les plus riches, mais des transferts importants aux bas salariés (PCU, PCUE, PCRE) et aux autres personnes à bas revenus (moins généreuses), on se demandait quel serait l’impact de tous ces changements sur les inégalités. Avant d’aborder cet aspect de la situation dans un prochain billet, je vais tout d’abord profiter de la publication des données de l’Enquête canadienne sur le revenu pour 2020 par Statistique Canada il y a un peu moins d’un mois pour mettre à jour mon billet de mars 2019 sur le faible revenu par tranche d’âge, en lui ajoutant même quelques éléments d’analyse.

Les mesures de faible revenu

Statistique Canada a publié pour 2020 quatre seuils de faible revenu différents, soit ceux des seuils de faible revenu (SFR), de la mesure de faible revenu (MFR) et de la mesure du panier de consommation (MPC) selon les paniers établis en 2008 et en 2018. Ces seuils présentent des aspects faible revenu selon la tranche d’âge de 1976 à 2020_1seuilsdifférents, mais complémentaires, du faible revenu. Comme on peut le voir dans le tableau ci-contre (tiré des données des tableaux 11-10-0066-01, 11-10-0195-01 et 11-10-0232-01 de Statistique Canada), les seuils de faible revenu (seuils au-dessous desquels un ménage est considéré comme à faible revenu) les moins élevés en 2020 au Québec pour un ménage formé d’une seule personne étaient ceux pour la MPC 2008 (18 325 $), les SFR (19 750 $) et la MPC 2018 (20 275 $). Notons que ces trois montants sont des moyennes pondérées approximativement (mais assez précisément!) avec les données de 2017 de la population des ménages contenues dans ce tableau et les seuils spécifiques de la MPC pour les six régions du Québec et des SFR pour les cinq tailles de communautés pour lesquelles Statistique Canada les produit. Celui de la MFR (26 750 $, le même pour tout le Canada) était plus élevé de 45 % que le plus bas de ces seuils (MPC 2008) et de 31 % que le plus élevé des trois autres (MPC 2018).

– Seuils de faible revenu (SFR)

Les SFR sont la plus ancienne des mesures de faible revenu publiées par Statistique Canada. Selon les SFR, les ménages à faible revenu sont ceux qui consacrent au moins «20 points de pourcentage de plus de leur revenu que la moyenne pour l’alimentation, le logement et l’habillement». Comme le coût de ces dépenses varie selon la taille des familles et des communautés, Statistique Canada publie 35 seuils différents (7 tailles de famille et 5 tailles de communautés) basés sur les revenus avant impôt et 35 autres basés sur les revenus après impôt, pour un total de 70 seuils. Notons que le premier tableau ne contient que la moyenne des seuils pour une personne pour la SFR après impôt, de façon à ce que ce seuil soit comparable avec les autres qui reposent tous sur le revenu après impôt. Même s’ils étaient jusqu’à récemment très utilisés, ces seuils font l’objet de nombreux reproches. En voici deux :

  • ils ne tiennent pas compte du coût réel des trois postes de dépenses considérés pour l’établissement de ces seuils (alimentation, logement et habillement) dans des endroits précis; par exemple, le fait que le coût du logement soit plus élevé à Toronto et à Vancouver qu’à Montréal fait augmenter les seuils des SFR à Montréal, car ces trois villes font partie de la même catégorie de taille de communautés, soit celles comptant plus de 500 000 habitants, et les fait baisser à Toronto et à Vancouver. Le taux de faible revenu des SFR est donc surestimé à Montréal et sous-estimé à Toronto et à Vancouver;
  • on utilise en 2020 le panier de consommation établi en 1992 (!); en fait, on applique seulement le taux d’inflation global aux seuils calculés en fonction des dépenses de 1992, sans tenir compte de l’augmentation spécifique des prix des trois éléments considérés pour l’établissement de ces seuils (alimentation, logement et habillement). Ainsi, les 70 seuils en dollars constants du tableau 11-10-0195-01 de Statistique Canada sont les mêmes de 1976 à 2020.

Je n’utiliserai ici les données sur les SFR que pour fins de comparaison avec celles des autres mesures, surtout parce que ces données évoluent en fonction de l’inflation globale, sont publiées pour toute la période examinée et représentent un point de repère utile.

– Mesure de faible revenu (MFR)

Le seuil de faible revenu de la MFR est égal à 50 % de la médiane du revenu ajusté des ménages (de marché, total et après impôt). Cette méthode est idéale pour faire des comparaisons entre les pays. D’ailleurs, Statistique Canada précise que : «Aux fins des comparaisons internationales, la mesure de faible revenu (MFR) est la méthode la plus couramment utilisée».

On lui reproche parfois d’être basé sur un faible revenu relatif que sur un revenu fixe. La MFR est de fait une mesure relative, mais c’est une bonne chose, car elle permet d’adapter directement ses seuils aux hausses et aux baisses de revenus d’une société. En effet, la pauvreté ne repose pas que sur un niveau de revenu de subsistance, mais aussi et surtout sur le sentiment d’exclusion qu’on ressent quand on ne peut pas se procurer les mêmes biens et services que la plupart de ses concitoyen.nes. Son plus grand défaut est d’utiliser le même seuil de faible revenu pour toutes les régions du Canada, sans tenir compte des différences du coût de la vie et des revenus médians entre les régions.

– La mesure du panier de consommation

Le seuil de faible revenu de la MPC, qui existe depuis 2000, correspond au coût d’un «panier de biens et de services correspondant à un niveau de vie de base (…) pour une famille de référence de deux adultes et deux enfants».

Cette mesure a l’avantage de comparer du comparable et de tenir compte du coût de la vie dans les différentes régions analysées. C’est d’ailleurs la mesure que le gouvernement du Canada a choisie pour établir le taux de pauvreté officiel. Il s’agit selon moi d’une ingérence dans les travaux de Statistique Canada qui a toujours affirmé clairement à propos des seuils de faible revenu qu’elle publie qu’ils ne sont pas des seuils de pauvreté. En plus, bien des organismes contestent ce choix de la mesure qui présente le seuil le plus bas (avec la SFR), bien moins élevé que le seuil de la MFR, comme on l’a vu plus tôt. Il s’agit d’un seuil de biens et services de base (ou de subsistance), pas de sortie de la pauvreté. On trouvera un argumentaire plus développé sur l’inadéquation de cette mesure dans ce billet de Vivian Labrie. En plus, le panier de la MPC étant calculé pour une famille de deux adultes et deux enfants, il n’est absolument pas adapté aux besoins de familles différentes, notamment de personnes seules ou âgées. Chose certaine, le Canada a refusé de choisir la MFR, pourtant la méthode la plus couramment utilisée aux fins de comparaisons internationales, probablement car ses taux de faible revenu sont beaucoup plus élevés, comme on le verra bientôt.

Devant ces critiques, Statistique Canada a au moins révisé en 2018 le contenu du panier de consommation utilisé jusqu’à récemment, conçu en 2008 pour remplacer le précédent datant de 2000. Comme on l’a vu plus dans le premier tableau, cette révision a fait augmenter de 11 % la valeur du panier de la MPC, surtout ses composantes du logement (hausse de 24 %, en ajoutant une chambre pour une famille de quatre personnes), des transports (hausse de 17 %, pour la possibilité d’avoir une automobile dans les communautés sans transport en commun) et des autres dépenses (hausse de 8 %, notamment pour l’ajout d’un abonnement à la téléphonie cellulaire). Il demeure que ce panier représente le strict nécessaire pour survivre et ne permet pas vraiment de sortir de la pauvreté et de pouvoir bénéficier d’une vie digne.

Les taux de faible revenu selon la mesure

Le graphique qui suit, basé sur les données du tableau 11-10-0135-01 de Statistique Canada comme les prochains graphiques, présente l’évolution des taux de faible revenu au Québec pour cinq mesures de faible revenu. J’ai en effet ajouté celle de la MPC 2000 aux quatre mesures du premier tableau pour qu’on puisse visualiser l’impact des changements apportés au contenu de ces paniers.

faible revenu selon la tranche d’âge de 1976 à 2020_2_5mesures

Ce graphique nous montre que le taux de faible revenu :

  • selon la MFR (ligne bleue) est demeuré assez stable (entre 12 % et 16 %, mais plus souvent proche de 14 %) de 1976 à 2019, avant de chuter à 10,1 % en 2020;
  • selon la SFR (ligne rouge) est passé de 13,6 % en 1978 à un sommet de 18,5 % en 1997, avant de diminuer graduellement à 7,6 % en 2019 et plus abruptement, à 4,5 % en 2020, baisses normales jusqu’en 2019, car le seuil de cette mesure est le même en dollars constants tout au long de la période;
  • selon la MPC (lignes rouge vin pour celle de 2000, verte pour 2008 et jaune pour 2018) a suivi les tendances de la SFR, mais a augmenté de niveau lors des deux révisions de son panier; la forte baisse du taux pour la MPC 2018 entre 2015 et 2020 pour rejoindre celui de la SFR en 2020 s’explique (en plus des facteurs communs à ces mesures que j’aborderai plus loin) par une inflation plus faible de son panier que l’inflation globale (hausse de 6,3 % entre 2015 et 2020 pour le panier de la MPC et de 8,2 % pour celui de l’indice des prix à la consommation).

Par ailleurs, avec la forte baisse des taux de faible revenu en 2020, je me suis demandé si les personnes qui demeuraient en situation de faible revenu étaient plus ou moins pauvres en 2020 qu’au cours des années précédentes. Or, Statistique Canada fournit aussi des données sur l’écart moyen en faible revenu selon la tranche d’âge de 1976 à 2020_3_taux et écartspourcentage entre le revenu de ces personnes et le seuil. Ces données, présentées dans le tableau ci-contre pour 2019 et 2020, montrent que ce ne sont pas que les taux qui ont diminué en 2020, mais aussi les écarts. On voit aussi que, plus le taux de faible revenu est faible, plus l’écart des personnes qui restent dans cette situation est élevé. Par exemple, en 2020, les 10,1 % des personnes sous le seuil de la MFR avaient en moyenne un revenu 23,0 % plus bas que le seuil (20 % de moins que le 28,9 % de 2019), alors que les 4,5 % des personnes sous le seuil des SFR avaient en moyenne un revenu 31,8 % plus bas que le seuil (12 % de moins que le 36,2 % de 2019). Cela dit, comme les seuils des SFR et de la MPC 2018 sont plus bas que celui de la MFR, les trois écarts étaient en fait très semblables en 2020, soit autour de 6300 $ pour les SFR, de 6200 $ pour la MPC 2018 et de 6100 $ pour la MFR.

Les taux de faible revenu selon les tranches d’âge

Les deux graphiques qui suivent montrent l’évolution des taux de faible revenu selon la MFR et les SFR (après impôt) au Québec pour trois tranches d’âge.

faible revenu selon la tranche d’âge de 1976 à 2020_4 et 5_MFR et SFR

On peut voir sur ces deux graphiques à quel point les deux concepts de faible revenu peuvent donner des résultats différents! En fait, les taux se suivent assez bien au début de la période, soit de 1976 à 1990, et ce, dans les trois groupes d’âge ici présentés. Notons que la baisse spectaculaire des taux de faibles revenus chez les personnes âgées (ligne jaune) de 1976 à 1995 est attribuable à l’amélioration des programmes de soutien de revenu aux personnes âgées, dont le Régime de rentes du Québec (RRQ), le Programme de la sécurité de la vieillesse (PSV) et le Supplément de revenu garanti (SRG).

Si les taux se suivent bien jusqu’en 1990, c’est une autre histoire après. Dans le premier graphique, basé sur la MFR, on voit à partir de 1997 les taux de faible revenu diminuer significativement chez les moins de 18 ans (ligne bleue) de 19,2 % à 6,6 % en 2020, soit de 12,2 points de pourcentage, surtout grâce à une baisse de plus de neuf points de pourcentage entre 2015 et 2020, baisse qu’on peut attribuer en grande partie à la mise en œuvre de l’Allocation canadienne pour enfants (ACE) au milieu de 2016. Pendant ce temps, le taux de faible revenu des 18-64 ans (ligne rouge) a baissé de 7,8 points (de 15,9 % à 8,1 %), dont 7,4 points entre 2015 et 2020 (puisque les parents ont aussi bénéficié de l’ACE), dont 3,9 points entre 2019 et 2020, surtout grâce aux mesures adoptées en 2020 lors de la première année de la crise de la COVID-19. Celui des 65 ans et plus a au contraire plus que triplé, passant de 6,5 % en 1995 à 23,2 % en 2019, avant de diminuer de 3,5 points en 2020 à 19,7 %. Dans le deuxième graphique, basé sur les SFR, les taux baissent d’au moins 70 % dans les trois groupes au cours de la même période, et même de plus de 90 % chez les moins de 18 ans (de 19,8 % en 1995 à un minuscule 1,7 % en 2020). Celui des personnes âgées de 65 ans et plus a de son côté baissé de 75 % (de 15,6 % en 1997 à 3,8 % en 2020) au lieu de plus que tripler! Alors que ce taux selon la MFR était plus bas de 7,6 points que celui selon les SFR en 1995 (6,5 % par rapport à 14,1 %), il lui était plus élevé de 15,9 points en 2020 (19,7 % par rapport à 3,8 %)!

faible revenu selon la tranche d’âge de 1976 à 2020_6_MPCLe graphique ci-contre montre l’évolution du taux de faible revenu selon la MPC 2018 entre 2015 et 2020. Ce graphique est beaucoup moins éloquent que les précédents, car la période est beaucoup plus courte. Disons simplement que la baisse la plus forte s’est observée chez les jeunes (baisse de 11,6 points ou de 83 %, de 13,9 % à 2,3 %), suivis par les adultes âgé.es de moins de 65 ans (baisse de 8,9 points ou de 58 %, de 15,3 % à 6,4 %) et des personnes âgées de 65 ans et plus (baisse de 4,5 points ou de 66 %, de 6,8 % à 2,3 %). Les tendances qu’il montre sont assez semblables à celles des taux de faible revenu selon la SFR, car ses seuils sont du même ordre de grandeur.

Revenu médian

Pour comprendre les mouvements inverses des taux de faible revenu des SFR et de la MFR, il faut simplement revenir à la définition de leurs seuils. Les 35 seuils des SFR étant les mêmes en dollars constants de 1976 à 2020, il n’est pas étonnant que l’enrichissement depuis la reprise du milieu des années 1990 ait permis une diminution des taux de faible revenu dans les trois tranches d’âge.

L’évolution du taux de faible revenu de la MFR par tranches d’âge et sa hausse chez les personnes âgées sont un peu plus compliquées à expliquer. Comme les seuils de faible revenu de la MFR sont établis à 50 % du revenu médian ajusté des ménages canadiens après impôts, il faut en premier lieu regarder l’évolution de ce revenu. Notons que le revenu ajusté est obtenu en divisant le revenu total de tou.tes les membres d’un ménage par la racine carrée de la taille du ménage. Par exemple, le revenu ajusté d’un ménage de quatre personnes qui a un revenu total de 100 000 $ sera de 50 000 $ (100 000 $ / √4 (soit 2) = 50 000 $) et ce revenu sera accordé aux quatre personnes du ménage.

faible revenu selon la tranche d’âge de 1976 à 2020_11_revenu médianLe graphique ci-contre, réalisé avec les données du tableau 11-10-0190-01 de Statistique Canada, présente justement l’évolution de la médiane du revenu ajusté des ménages canadiens après impôt en $ constants. On voit bien sur ce graphique que ce revenu médian ajusté est demeuré assez stable de 1976 à 1997, puis a augmenté fortement et de façon constante entre 1997 et 2020 (de 51 %, en bonne partie en raison de la hausse du taux d’emploi des femmes). Les seuils de faible revenu de la MFR ont aussi augmenté au même rythme, car ils sont établis à 50 % de la médiane de ce revenu. Or, le revenu des personnes âgées les plus pauvres provient surtout des prestations du PSV et du SRG et est indexé au taux d’inflation, sans enrichissement, sauf quand le gouvernement décide de bonifier ces prestations, ce qui est arrivé à quelques reprises au cours de cette période. En conséquence, les personnes qui gagnaient en 1995 un revenu juste un peu plus élevé que le seuil de la MFR ont fort probablement vu ce revenu seulement indexé passer sous le seuil de faible revenu de la MFR entre 1995 et 2020. tout en demeurant supérieur au seuil des SFR qui est indexé de la même façon.

On peut en effet voir que le revenu médian ajusté a toujours été inférieur à 39 500 $ (en dollar constant de 2020) de 1976 à 2001. Le seuil de faible revenu de la MFR représentant 50 % de ce revenu médian, il était donc avant 2001 inférieur au seuil des SFR (que j’ai estimé en moyenne à 19 750 $ au début de ce billet), ce qui explique que les taux de faible revenu étaient à l’époque plus élevés selon les SFR que selon la MFR, surtout pour les personnes âgées (et de beaucoup de 1981 à 1999). Le revenu médian a ensuite augmenté graduellement pour atteindre 53 100 $ en 2020 rehaussant le seuil de faible revenu de la MFR à 26 570 $ cette année-là. Ainsi, un ménage d’une personne qui gagnait 20 000 $ était au-dessus des deux seuils de 1976 à 2001, mais s’est retrouvé en situation de faible revenu selon la MFR à partir de 2001, mais pas selon les SFR.

Pour évaluer la pertinence de cette explication, j’ai calculé le coefficient de corrélation entre le revenu médian ajusté des ménages et le taux de faible revenu de la MFR des personnes âgées de 65 ans et plus entre 1991 et 2020. Cela m’a donné 0,954 (et même 0,965 en enlevant l’an 2020), soit une corrélation presque parfaite… Notons que la corrélation entre ces deux variables était faible avant 1990, car l’amélioration des programmes de soutien de revenu aux personnes âgées dont j’ai parlé plus tôt n’avait pas encore produit tous ses effets.

Les taux de faible revenu des personnes âgées selon le genre

Comme le revenu ajusté est appliqué à tous les membres des ménages, il y a peu de différences dans les taux de faible revenu selon la MFR et les SFR entre les hommes et les femmes de moins de 18 ans. Cet écart pour la MFR fut d’en moyenne 3,0 points de pourcentage (plus élevé chez les femmes que chez les hommes) du côté des 18 à 64 ans entre 1976 et 1992, mais de seulement 0,6 point entre 2009 et 2020. Notons que celui des SFR fut à l’avantage des femmes entre 2009 et 2020 (de 0,55 point), résultat étonnant qui montre qu’il y avait un peu plus de femmes âgées de 18 à 64 ans qui faisaient partie d’un ménage dont le revenu se situait entre les deux seuils de faibles revenus, mais un peu plus d’hommes qui faisaient partie d’un ménage dont le revenu était inférieur au seuil de faible revenu des SFR. Comme ce taux n’avait jamais été inférieur à celui des hommes dans les 33 années avant 2009, on peut penser que la récession de cette année-là y est pour quelque chose. Cette question mériterait d’être approfondie, mais je n’ai pas l’information pour ce faire.

Le graphique qui suit montre l’évolution du taux de faible revenu chez les hommes et les femmes âgées de 65 ans et plus selon les SFR et la MFR.

faible revenu selon la tranche d’âge de 1976 à 2020_9_65 et plus

L’écart entre le taux de faible revenu selon les SFR des femmes (ligne verte) et celui des hommes (ligne rouge) fut supérieur à 9 points de pourcentage chaque année de 1976 à 1997, avec un écart maximal de 21 points en 1982, année de récession. L’écart s’est graduellement réduit par la suite, alors que ce taux a baissé beaucoup plus et plus longtemps pour les femmes que pour les hommes, pour se situer en moyenne à seulement 1,6 point entre 2014 et 2020, et même à égalité en 2014 et à seulement 0,9 point en 2020. En fait, ces taux ayant été inférieurs à 9 % au cours de ces sept années pour les hommes et pour les femmes, cet écart ne pouvait pas demeurer supérieur à 9 points de pourcentage! Cela montre qu’une plus forte proportion de femmes qu’auparavant devait avoir un revenu autre que la pension du PSV et du SRG (soit au moins une rente minimale du RRQ). D’ailleurs, le taux de faible revenu selon les SFR des femmes a diminué de 8,1 points entre 2011 et 2020 (de 12,4 % à 4,2 %), alors que celui des hommes ne diminuait que de 1,7 point (de 5,1 % à 3,4 %).

Le portrait est bien différent du côté du taux de faible revenu selon la MFR. L’écart entre ce taux chez les femmes (ligne jaune) et chez les hommes (ligne bleue) est demeuré bien plus stable tout au long de la période, se situant toujours à moins de 12 points de pourcentage, en moyenne à 7,2 points. Chez les hommes comme chez les femmes, ce taux a diminué dans la première moitié de la période, atteignant son niveau minimal en 1994 chez les femmes (8,1 %) et en 1995 chez les hommes (3,7 %), avant de repartir en hausse pour atteindre 18,3 % chez les hommes et 27,5 % chez les femmes en 2019, avant de diminuer en 2020 en raison des mesures spéciales adoptées cette année-là (15,2 % et 23,7 %).

Les mouvements selon la MFR et les SFR ayant fortement divergé, j’ai cru bon de présenter dans le graphique qui suit la différence entre les taux de faible revenu de ces deux mesures, et donc l’évolution de la proportion de ces personnes qui avaient un revenu se situant entre leurs seuils.

faible revenu selon la tranche d’âge de 1976 à 2020_10_65 et plus_écart SFR-MFR

Comme on pouvait s’y attendre, cet écart (taux de faible revenu de la MFR moins celui des SFR) fut essentiellement négatif avant 2000, surtout chez les femmes, quand le seuil de faible revenu des SFR était plus élevé que celui de la MFR (comme mentionné dans la partie précédente de ce billet) et fut positif et de plus en plus positif par la suite et davantage chez les femmes à partir de 2005. Le sommet de la proportion des hommes gagnant un revenu entre ces deux seuils a été atteint en 2018 (12,8 % de ces hommes), alors que celui des femmes a été atteint en 2020 (19,2 %). Cela signifie que, en 2020, 4,3 % des femmes du Québec avaient un revenu inférieur à 19 750 $ (en fait, ce seuil se situait en 2020 entre 14 431 $ dans les régions rurales et 22 060 $ dans les villes de 500 000 habitants et plus) et près du cinquième d’entre elles (19,2 %) avaient un revenu se situant entre ce seuil (ou ces seuils…) et 26 570 $. Bref, on ne veut pas qu’il y ait trop d’aînés et surtout d’aînées qui soient dans la misère, mais on s’accommode de plus en plus qu’ils et surtout elles ne soient pas trop nombreux.euses à sortir vraiment de la pauvreté!

Et alors…

Je me demandais depuis le lancement des programmes comme la PCU quels seraient les impacts de la crise de la COVID-19 sur les inégalités, surtout qu’on observait en même temps un fort accroissement des grandes fortunes. Je n’ai en fait pas du tout été surpris par la baisse des taux de faible revenu en 2020 étant donné que bien plus de gens ont reçu les prestations à l’intention des gens qui ont perdu leur emploi que de riches qui se sont enrichis, d’autant plus que les travailleur.euses à faible salaire ont été bien plus nombreux.euses à perdre leur emploi et que les prestations de remplacement étaient dans bien de ces cas supérieures aux salaires perdus. En plus, d’autres données parues en 2021 montraient une baisse des inégalités de revenus et de richesse en 2020 (voir ce billet). Il reste maintenant à regarder l’impact global de ces changements avec les indicateurs d’inégalités (surtout le coefficient de Gini), ce que je ferai dans un prochain billet. Cette embellie durera-t-elle? On peut en douter, mais il est certain que je regarderai ces données l’an prochain pour le savoir.

Ce billet montre en tout premier lieu l’importance de consulter plus d’un indicateur de faible revenu pour avoir un aperçu le plus complet possible de la situation de la pauvreté. Il a aussi permis de constater que l’indexation au coût de la vie des prestations du PSV et du SRG ne permet pas vraiment aux personnes âgées (et encore plus aux femmes âgées) de maintenir leur niveau de vie, quand on tient compte des besoins toujours grandissants pour qu’elles ne soient pas exclues de la société. Une indexation basée sur le revenu médian des ménages permettrait bien plus de s’assurer que les personnes âgées à faible revenu sortent vraiment de la pauvreté. Cette recommandation est semblable à celles faites par bien d’autres organismes et personnes, notamment par Ruth Rose (elle propose plutôt une indexation à la rémunération moyenne, ce qui n’est pas très différent de ma suggestion) dans ce texte dont je conseille la lecture. Il s’agit maintenant de faire en sorte que ces recommandations soient appliquées…

10 commentaires leave one →
  1. 21 avril 2022 10 h 39 min

    Merci pour cette éloquente présentation, qui semble confirmer que la tendance de la proportion des gens en situation de pauvreté continue à baisser. Il sera intéressant de faire le même genre d’exercice l’an prochain, post-pandémie, l’année 2020 étant plutôt atypique.

    Idéalement, j’aurais aimé voir un calcul de la MFR60, qui est une mesure de « sortie de pauvreté ». Il aurait été intéressant de contraster cette dernière avec la MFR50 (que vous présentez) et la MPC.

    Encore une fois merci pour ce billet.

    François D.

    PS: Lorsque vous calculerez votre Gini, il serait intéressant de présenter côte-à-côte l’indice de Palma pour la même période.

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  2. 21 avril 2022 22 h 24 min

    «qui semble confirmer que la tendance de la proportion des gens en situation de pauvreté continue à baisser»

    Je ne pensais pas avoir confirmé ça! Premièrement, il faudrait définir la pauvreté, ce que personne n’a fait de façon satisfaisante, ce qui est d’ailleurs la teneur des réserves de l’ancien statisticien en chef de Statcan que j’ai cité dans le billet. Ensuite, le taux de faible revenu selon la MFR est étonnamment stable tout au long de la période autour de 14 %, sauf en 2020. Il faudrait voir avec la MFR-60, ce que je n’ai pas fait… Il faut dire que les tableaux de Statcan ne présentent pas cette donnée et qu’il faudrait la calculer avec le sixième décile.

    « Il sera intéressant de faire le même genre d’exercice l’an prochain, post-pandémie, l’année 2020 étant plutôt atypique.»

    Tout à fait! En fait, il faudra le faire avec les données de 2022, voire de 2023, qui ne seront disponibles qu’en 2024 et 2025. Cela dit, il sera déjà intéressant de le faire pour 2021, même si la PCRE et quelques autres contributions existaient encore. Même pour 2022, il y a déjà eu un versement supplémentaire du crédit pour la solidarité, les critères de l’assurance-emploi sont encore assouplis et on aura 500 $! 😉

    «Lorsque vous calculerez votre Gini, il serait intéressant de présenter côte-à-côte l’indice de Palma pour la même période.»

    En fait, je ne calculerai pas le Gini, car il est fourni dans les tableaux de Statcan. Et je serais bien embêté de le calculer (avec les micro-données, j’imagine)! Je ne suis pas familier avec l’indice de Palma, mais je peux voir. En 2019, j’avais publié un billet supplémentaire pour les ratios comparatifs de déciles (que Piketty préfère…). Cela dit, je ne sais pas si je pourrai faire cela dans un même billet. J’ai déjà dépassé de loin les limites que je m’impose (avec trop peu de rigueur…) avec celui-ci.

    Aimé par 1 personne

  3. 22 avril 2022 7 h 15 min

    Tendance: en général, les différentes mesures de pauvreté pour le Québec semble suggérer une baisse dans la dernière décennie. Vos graphiques semblent confirmer ce constat fait par d’autres. C’est ce que j’impliquais par mon commentaire.

    Pour le reste, je ne peux qu’être d’accord avec vos différentes observations.

    Je vous invite à consulter les indicateurs de bien-être que nous avons dévoilés en janvier dernier. Dans la phase 2 (en cours), nous ajouterons la MFR60.

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  4. 22 avril 2022 7 h 48 min

    J’ai regardé cela un peu ce matin, et je crois que je vais séparer l’analyse selon le coefficient de Gini et l’indice de Palma en deux billets différents. Pour faire ce que je veux faire, ce serait trop lourd en un seul, à la fois pour moi et pour les lecteur.trices! Et il y aura deux ou trois semaines entre ces deux publications, car je tiens à publier mon bilan sur l’emploi dès la semaine qui suivra la publication des données de l’EERH sur le mois de février, et ensuite mon billet sur les données du BLS pour avril.

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  5. 22 avril 2022 12 h 39 min

    «Je vous invite à consulter les indicateurs de bien-être que nous avons dévoilés en janvier dernier.»

    Un lien svp… Je ne suis pas certain de qui est le «nous». J’imagine que c’est la chaire de Sherbrooke en fiscalité, mais vous collaborez avec d’autres organismes et personnes…

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  6. 22 avril 2022 17 h 25 min

    Ouf, il y a du stock là! Je vais sûrement y retourner pour regarder cela de plus près. Et j’avais raison de me poser la question sur le «nous»!

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  7. 7 mai 2022 14 h 37 min

    Un article d’Éric Desrosiers dans le Devoir ce matin (https://www.ledevoir.com/economie/708366/coronavirus-le-taux-de-pauvrete-a-fortement-baisse-au-quebec-au-debut-de-la-pandemie) mentionne que le taux de faible revenu selon la MPC au Québec fut le plus bas au Canada, concluant que cela illustre l’impact des mesures différentes selon les provinces. Personnellement, je ne crois pas que ce facteur ait eu un grand rôle à ce sujet, car les mesures ont été bien rares au Québec en 2020. En fait, comme les mesures fédérales sont les mêmes dans toutes les provinces, il est normal qu’elles aient eu un impact plus grand sur le faible revenu dans les provinces où les seuils de la MPC sont les plus bas, car un même revenu fera sortir du faible revenu dans les provinces aux seuils les plus bas et ne le fera pas dans les provinces au seuil les plus élevés. Par exemple, ce seuil était, pour les régions rurales

    – 39 040 $ au Québec;
    – 41 840 $ en Ontario;
    – 46 816 $ en Alberta;
    – 43 069 $ en Colombie-Britannique.

    Il était aussi plus élevé dans les quatre provinces maritimes, au Manitoba et en Saskatchewan.

    Dans les grandes villes :

    – 41 506 $ à Montréal;
    – 49 727 $ à Toronto;
    – 49 723 $ à Edmonton;
    – 50 223 $ à Calgary.
    – 50 569 $ à Vancouver.

    Et il était aussi le plus bas du Canada pour les tailles de population intermédiaires. Voir https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/cv.action?pid=1110006601.

    Ce facteur n’explique peut-être pas tout, mais il a certainement dû avoir un impact majeur à ce sujet.

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