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Cantique de la critique

2 mai 2022

Cantique de la critiqueAvec son livre Cantique de la critique, Arnaud Viviant, journaliste, critique littéraire, écrivain et éditeur français, considère que «la véritable critique ne consiste pas à juger, mais à distinguer» et qu’il «n’existe pas de vérité de lecture, il ne peut y avoir qu’un jugement». Il ajoute dans cet article du Devoir que «les blogueurs ne sont pas des critiques. Car comme c’est le cas pour la psychanalyse […], la critique se doit d’être rémunérée pour fonctionner».

Propos lavant : L’auteur présente quelques anecdotes obscures sur des critiques, puis son objectif en écrivant ce livre, soit de faire le tour de l’état de la critique littéraire en France, aussi bien dans les médias traditionnels que sur Internet. Et il s’excuse pour le désordre de sa pensée qui se manifeste notamment par le manque de ligne directrice entre les chapitres.

Mettons 1 : La «critique est l’écriture d’une lecture». Elle ne peut pas se suffire à elle-même, elle n’est qu’un point de vue qui peut et doit en principe en compléter d’autres. Elle est un jugement, pas une vérité (d’où mon fréquent verdict à ma question de lire ou de ne pas lire : «ça dépend»). Les critiques sont en fait des «domestiques intellectuels», payés pour lire attentivement une œuvre et en faire part.

Mettons 2 : Dans ses textes, un.e critique engage en fait son nom. Une critique anonyme est sans intérêt et elle doit être payée, car elle vise plus à faire vendre des journaux que des livres, ce qui me disqualifie doublement et même triplement quand je signais du pseudonyme Darwin (bénévole, anonyme et pas pour faire vendre un journal)! Il ajoute même que les blogueur.euses ne sont pas des critiques (je ne m’en revendique pas non plus…) et les insulte!

Paulhan ploie : (Ce titre est probablement un calembour avec le nom de l’organisme français Pôle emploi). Durant la première vague de la pandémie, certaines personnes se sont demandé si les livres sont des produits de première nécessité, sans préciser de quels livres ils parlaient. Chose certaine, l’absence des critiques ne posait pas problème! Suivent des anecdotes portant sur les relations entre des écrivain.es et des critiques, et entre des critiques.

Chapitre 2 : La critique est propre à la démocratie contrairement à la propagande qui est associée aux dictatures et à la publicité qui relève du libéralisme économique et non politique. Cela dit, les trois raffolent des slogans. L’auteur ajoute qu’une critique négative est une forme acceptable de culture du bannissement! Et il donne des exemples.

2A : Les critiques des critiques sont souvent plus dures que les critiques le sont. Imbéciles, écrivain.es raté.es (ou raté.es sympathiques), terroristes, cupides, paresseux.euses, prétentieux.euses, infect.es, et j’en passe, les critiques des critiques les forcent à avoir la couenne dure…

Naissance de Blanchot : D’autres critiques des critiques sont plus subtiles, leur rendant parfois même hommage, mais en ajoutant des touches sarcastiques. Titre oblige, il raconte ensuite quelques anecdotes sur Maurice Blanchot, chose qu’il n’a pas faite avec Jean Paulhan.

De la librairie : L’auteur estime lire environ 200 livres par an depuis une vingtaine d’années, surtout des romans, mais de genres très variés (récits, biographies romancées, science-fiction, policier, etc.). Il considère que la critique n’a pas un rôle d’éducation, mais n’est qu’un filtre. Il se voit d’ailleurs plus comme un chroniqueur littéraire, voire comme un journaliste culturel, que comme un critique. Il donne ensuite des exemples de cette vision et raconte d’autres anecdotes.

Le livre contre sa lecture : L’importance accrue donnée au temps défavorise la lecture et déculpabilise les personnes qui lisent peu ou pas de livres. Dans ce contexte, la possession de livres devient plus importante que sa lecture, renouvelant le caractère fétiche de la marchandise… L’auteur avoue ne pas terminer tous les livres qu’il critique et explique dans quels cas il se le permet. Puis, il donne des exemples et raconte des anecdotes.

Un intellectuel collectif : Depuis toujours, mais encore plus récemment, la démocratisation de la critique (et de l’écriture) est ce qui menace le plus son essence. Et, comme dans tous les chapitres, l’auteur donne des exemples et raconte des anecdotes.

La critique en amont : Au début du XXe siècle, des éditeurs créent des comités de lecture dont le mandat est de commenter des livres pour aider les éditeurs dans leur choix de les publier ou non, ce qui constitue ni plus ni moins qu’une critique en amont, qui exige du flair et non seulement du «bon goût» (concept que l’auteur trouve mal défini et indéfinissable), le but étant de publier des livres qui se vendent, peu importe leurs qualités intrinsèques. De même, les éditeurs commencent à «demander à un auteur de retravailler son texte» (le tout bien sûr accompagné d’exemples et d’anecdotes).

De la corruption : Les éditeurs les plus importants sont toujours plus nombreux à publier des revues littéraires encensant leurs livres. En outre, les prix littéraires favorisent trop souvent les livres des grandes maisons d’édition, ce que raconte l’auteur avec des exemples et des anecdotes.

Le critique fluide : Avec la crise des journaux et la popularité d’Internet, on peut s’inquiéter de l’état de la critique, y compris celles de la musique et du cinéma. Chose certaine, Internet entraîne une confusion entre la critique, la polémique et l’opinion. L’auteur aborde aussi les conséquences de l’arrivée de la radio sur la critique, puis donne des exemples et raconte des anecdotes.

Écriture pour toustes : Contrairement à une autre époque, il y aurait de nos jours selon l’auteur seulement «quelques lecteurs, quelques critiques, et […] une grande masse d’écrivain.es. Et ceux qui écrivent ne lisent pas». Il se désole de l’amateurisme de la profession de l’écriture, de la publication de plus en plus de livres écrits par des «écrivain.es du dimanche» et de la multiplication des ateliers d’écriture qui s’adressent majoritairement à «des femmes non binaires rêvant de tricoter des effets de manche, de broder quelque fiction» (!). Dans ce contexte, la critique devient encore plus importante qu’elle l’était, si elle respecte les objectifs et critères que l’auteur présente, ce qu’elle fait de moins en moins.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Pas vraiment. Si l’auteur a le sens de la formule, ses propos ne sont pas toujours limpides. On dirait parfois qu’il se regarde écrire. Certaines de ses anecdotes sont tellement hermétiques, qu’il faut les connaître pour pouvoir les apprécier (ou pas). Elles sont en plus très franco-françaises et souvent sarcastiques, les rendant encore plus hermétiques (et désagréables). Et que dire de son mépris! Si ce livre contient quelques passages dignes d’intérêt, je n’ai pas ressenti grand plaisir à le lire. Heureusement, il ne m’a pas pris trop de temps à lire (184 pages de petit format)! Il n’y a pas de notes, mais les ouvrages cités ou mentionnés sont à la fin du livre.

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