Aller au contenu principal

Bilan du marché du travail du Québec de février 2020 à février 2022

5 mai 2022

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022Comme je l’ai annoncé dans le dernier billet de ma série sur les estimations de l’emploi de l’Enquête sur la population active (EPA), je présente ici le bilan du marché du travail de février 2020 à février 2022. J’ai choisi cette période parce qu’elle correspond aux données les plus récentes de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) publiées par Statistique Canada et parce que j’y utiliserai surtout des données non désaisonnalisées. En effet, la comparaison entre celles des deux mois de février sera valide, alors que cela n’aurait pas été le cas si j’avais attendu celles de mars, mois qui clôt selon moi le rattrapage de l’emploi depuis février 2020.

Je procéderai en grande partie comme je l’ai fait pendant quelques mois dans ma série sur le retour sur le marché du travail, dont le dernier billet a été publié en avril 2021. J’ai d’ailleurs justement arrêté cette série parce que les comparaisons devenaient difficiles avec des données non désaisonnalisées, d’autant plus que, comme on le verra, les données de l’EERH captaient mal certaines particularités du marché du travail durant la pandémie. Je compte ainsi comparer les baisses d’emploi globales et par industrie selon les données de l’EERH et les estimations de l’EPA, et surtout montrer quels sous-secteurs des industries ont subi les changements les plus importants, changements qui risquent de modifier de façon durable la structure du marché du travail.

Comme je le mentionne dans chacun des billets qui comparent les données de l’EERH et de l’EPA, je précise que, si les estimations de l’EPA sont sujettes à d’importantes marges d’erreur, surtout pour les données désagrégées comme celles sur l’emploi par industrie, les données de l’EERH n’en ont pas, car elles proviennent d’un recensement des salarié.es de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye. Pour cette raison, l’EPA ne fournit des estimations que pour 19 niveaux de désagrégation industrielle, tandis que l’EERH en publie pour 398! Par contre, l’EERH ne comptabilise pas les travailleur.euses autonomes, les salarié.es du secteur de l’agriculture (et de quelques autres secteurs qui en comptent peu), les grévistes, les personnes en lock-out et celles en congé sans solde, alors que l’EPA le fait. Autre différence, l’EERH comptabilise les emplois où ils sont occupés et l’EPA les personnes en emploi où elles habitent. En conséquence, l’EPA ne comptabilise qu’une seule personne qui occupe deux emplois ou plus en même temps, alors que l’EERH comptabilise tous les emplois.

Évolution comparative

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_1_EPA-EERHLe graphique ci-contre compare l’évolution de l’emploi salarié (j’ai retiré les données sur les travailleur.euses autonomes des données de l’EPA pour permettre cette comparaison). Pour rendre ces données comparables malgré leurs concepts différents de l’emploi, j’ai fait partir les données de février 2020 à 100 (en divisant chaque donnée de chaque série par l’emploi de février 2020) dans les deux cas. Comme on peut le voir, après la chute de l’emploi de mars et avril 2020, les données de l’EERH ont été systématiquement plus basses que celles de l’EPA de mai 2020 à juillet 2021, écart qui a atteint son sommet en juin 2020 avec 7,0 % moins d’emplois, mais qui s’est réduit à moins de 2 % à partir d’avril 2021, pour se situer à moins de 1 % en plus ou en moins de juillet 2021 à février 2022, écart «normal» compte tenu des marges d’erreur des estimations de l’EPA. Statistique Canada avait expliqué cet écart par le fait que beaucoup plus de salarié.es étaient considéré.es en congés sans solde durant la pandémie, emplois comptabilisés par l’EPA, mais pas par l’EERH, car ces personnes n’étaient pas sur les listes de paye de l’employeur. Maintenant que les données des deux enquêtes sont comparables, je peux recommencer à utiliser celles de l’EERH pour les comparer aux estimations de l’EPA.

Ce graphique montre aussi que le nombre d’emplois salariés des deux enquêtes a retrouvé son niveau de février 2020 en septembre 2021 (en rejoignant la ligne du ratio 100) et est demeuré au-dessus par la suite. Cela ne fut pas le cas avec l’emploi global selon l’EPA, car ce niveau d’emploi a été retrouvé en novembre et décembre 2021, pour redescendre au-dessous en janvier, et repasser au-dessus en février et Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_0_catégoriesen mars 2022. Le tableau ci-contre explique cette différence d’évolution. En effet si l’emploi global selon l’EPA a augmenté de 0,5 % entre février 2020 et février 2022 (hausse de 2,4 % dans le reste du Canada, en raison d’une plus grande croissance de la population et de son vieillissement moins rapide), le nombre de salarié.es (ou d’employé.es, comme on les appelle dans l’EPA) a augmenté de 1,6 % (4,4 % dans le reste du Canada), essentiellement dans le secteur public (+9,1 %), car l’emploi dans le secteur privé a diminué un peu (-0,9 %), mais de 7,4 % dans le travail autonome (-8,8 % dans le reste du Canada). Comme les données du graphique précédent ne tiennent pas compte des travailleur.euses autonomes, la croissance de l’emploi qu’on y observe fut plus élevée que pour l’ensemble du marché du travail.

Données industrielles

Le tableau qui suit est basé sur le contenu des tableaux 14-10-0223-01 et 14-10-0355-01 de Statistique Canada. Il compare l’évolution des données désaisonnalisées sur l’emploi de février 2020 à février 2022 selon l’EPA et l’EERH, et souligne leurs différences.

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_2_EPA-EERH_industries

Ces différences peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs. Par exemple, la différence de près de 520 000 emplois en février 2020 entre les estimations de l’EPA (4 358 100) et les données de l’EERH (3 838 644) s’explique surtout par le fait que les données de l’EERH ne couvrent pas les travailleur.euses autonomes (l’EPA estimait qu’il y en avait 553 600 ce mois-là). La différence un peu moins importante en février 2022 de 475 000 emplois, moins élevée de 44 000 emplois, s’explique aussi en premier lieu par la baisse de 41 000 travailleur.euses autonomes. Ainsi la différence du nombre de salarié.es entre les deux enquêtes est passée de 34 000 à 37 000, dans les deux cas un écart de 0,9 %, mineur, sûrement en raison du fait qu’une compte les emplois (EERH) et que l’autre compte les personnes en emploi qui peuvent occuper deux emplois en même temps. À l’inverse, comme mentionné plus tôt, l’EERH ne tient pas compte des salarié.es de l’agriculture et de quelques autres secteurs.

Ces facteurs jouent aussi un rôle dans la différence de baisses et de hausse par industrie, notamment en raison de la présence des travailleur.euses autonomes dans les estimations de l’EPA. Ce facteur peut jouer en premier lieu dans les industries qui comptent les plus fortes proportions de travailleur.euses autonomes, notamment dans les autres services (27 % en février 2022), les services professionnels, scientifiques et techniques (26 %), les services aux entreprises et les services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien (26 %), la construction (18 %, mais 22 % deux ans plus tôt) et l’information, culture et loisirs (16 %), selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0026-01). Même si la différence de croissance entre les deux enquêtes est faible (0,1 point de pourcentage pour les salarié.es, et 1,2 point pour l’emploi total en raison, je le répète, de la baisse du nombre des travailleur.euses autonomes dans les estimations de l’EPA), huit industries sur 17 (je ne compte pas l’agriculture, absente de l’EERH) présentaient des écarts de plus de cinq points de pourcentage entre les données de l’EERH et les estimations de l’EPA dans l’évolution de l’emploi entre février 2020 et février 2022 (voir la dernière colonne du tableau), quatre dans chaque sens :

  • les services publics, avec des hausses de 29,6 % selon l’EPA et de 3,3 % selon l’EERH, un écart de 26,2 points de pourcentage;
  • la foresterie, pêche, mines, exploitation en carrière, et extraction de pétrole et de gaz, hausses de 16,5 % et de 0,4 %, un écart de 16,2 points;
  • la finance, assurances et services immobiliers et de location, hausses de 11,2 % et de 1,3 %, un écart de 9,9 points;
  • les services d’enseignement, hausses de 9,5 % et de 0,6 %, un écart de 8,9 points;
  • les soins de santé et assistance sociale, avec des hausses de 1,2 % et de 14,1 %, un écart de 12,9 points;
  • les services d’hébergement et de restauration, avec des baisses de 29,2 % et de 19,3 %, un écart de 9,9 points;
  • les services professionnels, scientifiques et techniques, avec des hausses de 9,8 % et de 15,6 %, un écart de 5,8 points;
  • le transport et entreposage, avec des baisses de 6,2 % et de 0,6 %, un écart de 5,6 points.

Les données par sous-secteurs

Pour obtenir plus de précisions sur l’impact de la pandémie sur les variations d’emplois par sous-secteurs, j’ai dû me servir d’un tableau contenant des données non désaisonnalisées, car il fournit des données pour 398 niveaux de désagrégation industrielle plutôt que pour 27, comme celui que j’ai utilisé pour le tableau précédent en données désaisonnalisées. Comme je comparerai deux mois de février, ces données, même si non désaisonnalisées, sont tout à fait comparables.

– Construction

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_3_constructionComme on peut le voir dans le premier tableau de ce billet, le nombre d’emplois entre février 2020 et février 2022 en données désaisonnalisées dans la construction a augmenté de 7,9 % selon les estimations de l’EPA, de 9,9 % selon les données de l’EERH et, comme on peut le voir dans le tableau ci-contre, de 10,9 % en données non désaisonnalisées. La seule baisse a été observée dans le lotissement de terrains (-22,9 %, ou -355 emplois). L’emploi a augmenté dans tous les autres sous-secteurs, avec la hausse la plus élevée en pourcentage (+31,1 %, ou +1700 emplois) dans les autres travaux de génie civil, et la plus élevée en nombre dans la construction résidentielle (+5600 emplois ou de +19,4 %).

– Fabrication

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_4_manuL’emploi désaisonnalisé de la fabrication a diminué de 0,7 % selon les estimations désaisonnalisées de l’EPA, de 0,8 % selon celles de l’EERH et de 0,7 % en données non désaisonnalisées. Le tableau ci-contre montre que cette quasi-stabilité cache des hausses et des baisses importantes selon le sous-secteur.

Quatre sous-secteurs ont connu une hausse de plus de 7 % entre ces mois de février, et le même nombre une baisse de la même ampleur :

  • la fabrication de matériel, d’appareils et de composants électriques (+10,8 % ou 1300 emplois);
  • la fabrication de produits en bois (+9,1 % ou 2550 emplois);
  • la fabrication de boissons et de produits du tabac (+8,7 % ou 800 emplois);
  • la fabrication du papier (+7,8 % ou 1400 emplois);
  • la fabrication de vêtements (-17,7 % ou -1800 emplois);
  • la fabrication de produits en cuir et de produits analogues (-14,4 % ou -160 emplois);
  • les usines de textiles (-12,6 % ou -350 emplois);
  • l’impression et activités connexes de soutien (+7,4 % ou -860 emplois);

Notons que la plus forte baisse en nombre a plutôt été observée dans la fabrication d’aliments (-5,1 % ou -3400 emplois) et que 880 des près de 1000 emplois ajoutés dans la première transformation des métaux se sont concrétisés dans la production et la transformation d’alumine et d’aluminium, une hausse de 14,1 %.

– Commerce de gros et de détail

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_5_commerceL’emploi désaisonnalisé du commerce de gros et de détail a diminué de 2,7 % selon les estimations de l’EPA, de 0,4 % selon celles de l’EERH, et de 0,1 % en données non désaisonnalisées. L’emploi a diminué de 1,6 % (2900 emplois) dans le commerce de gros, 90 % de cette baisse ayant été réalisée chez les grossistes-marchands d’articles personnels et ménagers (-7,0 % ou -2600 emplois), alors que la baisse la plus importante en pourcentage a eu lieu dans le commerce électronique de gros entre entreprises, et agents et courtiers (-12,5 % ou -730 emplois). La hausse la plus forte en nombre et en pourcentage s’est produite chez les grossistes-marchands de véhicules automobiles, et de pièces et d’accessoires de véhicules automobiles (+3,0 % et +460 emplois).

Dans le commerce de détail, l’emploi a augmenté de 0,5 % ou de 2200 emplois. Il a augmenté de 51,0 % (!) ou de 4100 emplois chez les détaillants hors magasin (avec 90 % de cette hausse dans les entreprises de magasinage électronique et de vente par correspondance, grâce à leur hausse de 108 % ou de 3650 emplois) et de près de 5000 emplois ou de 3,9 % dans les magasins d’alimentation. Soulignons les hausses importantes dans les magasins de marchandises diverses (dont les grands magasins, +3200 emplois et +7,3 %) et chez les marchands de matériaux de construction et de matériel et fournitures de jardinage (+3000 emplois et +10,4 %). À l’inverse, l’emploi a baissé de 19,3 % ou de 10 300 emplois (!) dans les magasins de vêtements et d’accessoires vestimentaires, et de 2600 emplois ou de 5,5 % chez les concessionnaires de véhicules et de pièces automobiles.

– Transport

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_6_transportsL’emploi désaisonnalisé du transport a diminué de 6,2 % selon les estimations de l’EPA, de 0,6 % selon les données de l’EERH, et de 0,4 % en données non désaisonnalisées. La différence entre les estimations de l’EPA et les données de l’EERH est ici énorme. Cela dit, le tableau montre que cette quasi-stabilité de l’emploi se compose de hausses et de baisses majeures dans les sous-secteurs du transport, Si l’emploi a augmenté de 41,7 % dans les messageries et les services de messagers ou de 4400 emplois, probablement en raison de la hausse des livraisons de repas et de petits colis, et est demeuré assez stable dans le transport par camion, il a diminué de 37,7 % dans le transport aérien (5100 emplois) et de 9,6 % dans le transport en commun et transport terrestre de voyageurs (3600 emplois). Notons que le tableau de Statistique Canada ne fournit pas de données pour cinq sous-secteurs (transport par eau, par pipeline, ferroviaire, services postaux et entreposage), même si ces sous-secteurs comptent au total près de 30 000 emplois et que l’emploi dans ces sous-secteurs a augmenté de 10,7 % ou de 2900 emplois. Assez étrangement, ce tableau contient des données sur le transport ferroviaire jusqu’en décembre 2021, mais pas pour janvier et février 2022.

– Finance, assurances, services immobiliers et de location

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_7_FinanceL’emploi désaisonnalisé de cette industrie a augmenté de 11,2 % selon les estimations de l’EPA et de 1,3 % selon les données de l’EERH, et aussi de 1,3 % en données non désaisonnalisées, autre différence énorme entre les estimations de l’EPA et les données de l’EERH. L’emploi a en fait augmenté dans les sociétés financières (+3,0 % et +2700 emplois) et les sociétés d’assurance et activités connexes (+8,7 % et +4800 emplois), même s’il est resté presque stable dans les agences et courtiers d’assurance (-0,6 % ou -85 emplois), et a baissé de 17 % dans les services immobiliers et de location et de location à bail (-4800 emplois). Dans ce dernier sous-secteur, notons que l’emploi a augmenté de 9,4 % ou de 110 emplois chez les bailleurs de biens incorporels non financiers (sauf les œuvres protégées par le droit d’auteur), mais a baissé de 6,1 % ou de 2600 emplois dans les services immobiliers et de 19,6 % ou de 2350 emplois dans les services de location et de location à bail, surtout dans la location et location à bail de matériel automobile (-34,2 % ou -1365 emplois), probablement en raison de la pénurie de semi-conducteurs et la baisse du tourisme, et dans la location de biens de consommation (-39,1 % ou -800 emplois).

– Services professionnels, scientifiques et techniques

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_8_profL’emploi désaisonnalisé de cette industrie a augmenté de 9,8 % selon les estimations de l’EPA, de 15,6 % selon les données de l’EERH, et de 15,7 % en données non désaisonnalisées. L’emploi a augmenté dans tous les sous-secteurs avec la plus élevée en nombre (avec 55 % de la hausse totale du secteur) dans la conception de systèmes informatiques et services connexes (19 300 emplois ou 26,0 %).

– Services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_9_entreprisesL’emploi désaisonnalisé de cette industrie a diminué de 4,8 % selon les estimations de l’EPA, de 4,2 % selon les données de l’EERH et de 4,1 % en données non désaisonnalisées. Les baisses les plus importantes ont eu lieu dans les services de préparation de voyages et de réservation (dont j’ai dû estimer le niveau d’emploi en février 2022 pour une baisse de 39,5 % ou de 3400 emplois), les autres services de soutien (-28,9 % ou 3300 emplois), les services de soutien aux entreprises (-18,2 % ou 2800 emplois) et la collecte des déchets (-19,1 % ou 800 emplois). La hausse la plus importante en nombre (2900 emplois) et en pourcentage (+11,0 %) s’est réalisée dans les services d’enquêtes et de sécurité.

– Services d’enseignement

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_10_enseignementL’emploi désaisonnalisé dans les services d’enseignement a augmenté de 9,5 % selon les estimations de l’EPA, mais de seulement 0,6 % selon les données de l’EERH et d’encore moins (0,2 %) en données non désaisonnalisées, autre différence énorme entre les estimations de l’EPA et les données de l’EERH. Les hausses les plus importantes en pourcentage se sont observées dans les écoles techniques et écoles de métiers (+43,2 %, mais seulement 660 emplois) et les écoles de commerce et de formation en informatique et en gestion (+24,8 %, mais seulement 250 emplois), probablement en raison de la hausse du nombre de personnes ayant décidé de se réorienter, tandis que la plus forte hausse en nombre s’est réalisée dans les écoles primaires et secondaires (+3200 emplois, mais seulement +1,4 %). La seule baisse importante en nombre a eu lieu dans les universités (-5,9 % ou -4200 emplois), probablement en raison de la baisse des effectifs (notamment d’étudiant.es étranger.ères) et de l’enseignement à distance.

– Soins de santé et assistance sociale

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_11_santéL’emploi désaisonnalisé dans les soins de santé et l’assistance sociale a augmenté de 1,2 % selon les estimations de l’EPA, de 14,1 % selon les données de l’EERH et de 16,9 % en données non désaisonnalisées, plus forte différence entre les estimations de l’EPA et les données de l’EERH en faveur de ces dernières. La seule baisse a touché les établissements de soins infirmiers (-3,5 % ou 2000 emplois) et les hausses les plus fortes ont été observées dans les :

  • centres de soins ambulatoires (dont les CLSC et probablement les groupes de médecine de famille ou GMF, +73.9 % ou 31 600 emplois);
  • établissements résidentiels pour handicaps liés au développement, troubles mentaux, alcoolisme et de toxicomanie (+48,7 % ou 2600 emplois);
  • services de réadaptation professionnelle (+44,3 % ou 4800 emplois);
  • autres établissements de soins pour bénéficiaires internes (+35,6 % ou 3200 emplois);
  • établissements communautaires de soins pour personnes âgées (+28,4 % ou 8850 emplois);
  • hôpitaux psychiatriques et hôpitaux pour alcooliques et toxicomanes (+27,3 % ou 2240 emplois).

– Information, culture et loisirs

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_12_iclL’emploi désaisonnalisé dans cette industrie a diminué de 1,8 % selon les estimations de l’EPA, de 6,5 % selon les données de l’EERH et de 6,8 % en données non désaisonnalisées. En fait, cette baisse de 6,8 % se compose d’une hausse de 3,3 % dans l’industrie de l’information et l’industrie culturelle (+2400 emplois), mais d’une baisse de 19,2 % dans les arts, spectacles et loisirs (11 500 emplois). Les baisses furent les plus élevées dans les arts d’interprétation, sports-spectacles et activités connexes (-29,9 % ou -4300 emplois) et le divertissement, les loisirs, les jeux de hasard et les loteries (-18,1 % ou -7000 emplois), tandis que l’emploi a augmenté de 1900 emplois ou de 7,6 % dans les télécommunications, de 18,0 % ou de 470 emplois dans le traitement de données, hébergement de données et services connexes et de 5,4 % ou de 800 emplois dans les industries du film et de l’enregistrement sonore. Notons que la stabilité de l’emploi dans l’édition (+0,1 % ou +25 emplois) est le résultat d’une hausse de 9,9 % (1085 emplois) chez les éditeurs de logiciels et d’une baisse de 16,3 % (1060 emplois) chez les éditeurs de journaux, de périodiques, de livres et de répertoires.

– Services d’hébergement et de restauration

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_13_H et RLa baisse de l’emploi en données désaisonnalisées dans les services d’hébergement et de restauration fut la plus importante de toutes les industries à la fois selon les estimations de l’EPA (-29,2 %), selon les données de l’EERH (-19,3 %) et en données non désaisonnalisées (-20,2 %). Les baisses les plus fortes provenaient en pourcentage des débits de boissons alcoolisées (-58,8 %, ou -7700 emplois) et en nombre des restaurants à service complet et établissements de restauration à service restreint, même si ce sous-secteur a subi la plus faible baisse en pourcentage (-36 000 emplois ou -17,2 %). La situation ne fut pas plus enviable dans les services d’hébergement, avec une baisse de 22,1 % ou de 6600 emplois.

– Autres services (sauf les administrations publiques)

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_14_autresL’emploi désaisonnalisé dans les autres services a diminué de 4,1 % entre selon les estimations de l’EPA, de 4,6 % selon les données de l’EERH, et de 4,9 % en données non désaisonnalisées. Les baisses les plus fortes en pourcentage ont eu lieu dans les autres services personnels (-15,3 % ou -800 emplois), les services de nettoyage à sec et de blanchissage (-13,6 % ou -700 emplois) et les services de soins personnels (-12,5 % ou 2100 emplois). Les organismes religieux, fondations, groupes de citoyens et organisations professionnelles et similaires furent les plus près de la stabilité, avec une baisse de 600 emplois ou de seulement 1,2 %, dont une hausse de 11,6 % ou de 800 emplois dans les organismes d’action sociale, hausse annulée par une baisse équivalente de 800 emplois ou de 4,0 % dans les organisations civiques et sociales. Le sous-secteur de la réparation et de l’entretien a connu une baisse de 1700 emplois ou de 3,9 %, dont près de la moitié (825 emplois ou -3,2 %) dans la réparation et l’entretien de véhicules automobiles (9 %).

– Administrations publiques

Bilan du marché du travail du Québec_février 2020 à 2022_15_gouvL’emploi désaisonnalisé dans les administrations publiques a augmenté de 9,0 % entre selon les estimations de l’EPA, de 5,9 % selon les données de l’EERH, et de 6,2 % en données non désaisonnalisées. Plus de la moitié de la hausse dans ce secteur (8400 sur 16 300, ou de 13,0 %) provient de l’administration publique fédérale, palier gouvernemental qui a adopté le plus de mesures durant la pandémie.

Et alors…

Ce bilan a permis de raffiner les constats tirés de l’analyse des données de l’EPA. S’il confirme que l’industrie des services d’hébergement et de restauration fut la plus touchée, il a fait ressortir quels sous-secteurs ont connu les baisses et les hausses les plus importantes, alors que ces mouvements importants n’étaient pas décelables avec les données moins désagrégées de l’EPA, d’autant plus que les marges d’erreur des estimations de cette enquête des hausses et des baisses de l’emploi par industrie depuis deux ans sont parfois plus importantes que les écarts publiés. L’industrie du transport illustre bien ces deux lacunes. En effet, au lieu d’une baisse de plus de 6 % et de plus de 15 000 emplois selon les estimations de l’EPA avec une marge d’erreur à 95 % de 24 600, ce qui signifie que la probabilité est de 95 % que la variation réelle de l’emploi entre février 2020 et février 2022 s’est située entre une baisse de 40 000 emplois et une hausse de 9200 (avec une plus forte probabilité que la variation réelle ait été vers le centre de cette fourchette), les données plus fiables de l’EERH nous montrent une quasi-stabilité de l’emploi entre ces deux mois, soit une baisse de 670 emplois ou de 0,4 %. Cet exemple montre aussi que cette quasi-stabilité camoufle des baisses de plus de 35 % ou de 5100 emplois dans le transport aérien (qu’on savait touché, mais pas à quel point) et de près de 10 % ou de 3600 emplois dans le transport en commun (qu’ont savait aussi désavantagé), et une hausse de 42 % ou de 4400 emplois dans le sous-secteur des messageries et des services de messagers, sous-secteur qu’on pouvait deviner avantagé par nos commandes locales et même internationales, mais peut-être pas à ce point. Il en est de même dans les sous-secteurs de la santé, dans ceux du commerce de détail (comme chez les détaillants hors magasins), dans l’éducation, dans la fabrication et finalement dans presque toutes les industries.

Si ce bilan nous a permis d’identifier les industries et les sous-secteurs qui ont connu les hausses et les baisses d’emploi les plus importantes, il ne nous dit pas si ces changements structurels sont temporaires ou durables (je n’ose pas dire «permanents»), S’il semble clair que l’industrie des services d’hébergement et de restauration ne retrouvera pas avant longtemps son importance relative d’avant la crise, aussi bien en raison de la fermeture de nombreux établissements et des difficultés de recrutement dues en grande partie aux conditions de travail peu avantageuses et aux réorientations d’un bon nombre de personnes qui y travaillaient avant la crise, cela est moins clair pour d’autres industries. Continuerons-nous à commander autant de biens par Internet? Voyagerons-nous en avion autant qu’avant, même si nous sommes sensibles aux conséquences environnementales de ces voyages et plus méfiant.es face aux possibles maladies dont ces voyages facilitent la propagation? Réutiliserons-nous plus le transport en commun malgré la hausse du télétravail? Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, il faudra attendre… Bref, un bilan dans le domaine de l’emploi est toujours à refaire, et c’est en partie ce qui en fait l’intérêt, enfin, pour moi!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :