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Le corbeau – Une histoire culturelle

9 mai 2022

corbeauAvec son livre Le corbeau – Une histoire culturelle, Michel Pastoureau, historien médiéviste français, «retrace l’histoire symbolique, littéraire, lexicale et artistique d’un animal, en l’occurrence ici celle du corbeau, qui tout à la fois intrigue, fascine ou terrifie».

Introduction : L’auteur présente sa série de livres sur le bestiaire central européen, puis la place du corbeau dans ce bestiaire. Même s’il occupe une place importante dans ce bestiaire (en tête avec le loup et l’ours), peu d’écrits portent sur lui. Ce sujet étant très vaste, il ne présente dans ce livre que les faits saillants de ses recherches, visant à lui consacrer plus tard un livre plus érudit et plus épais. Il explique ensuite la différence entre l’histoire naturelle et l’histoire culturelle, puis décrit les limitations de son champ de recherche pour ce livre, qui ne porte que sur le grand corbeau européen.

Le messager des dieux (mythologies antiques) : Le corbeau a été vénéré dans de nombreuses sociétés anciennes de l’Europe. L’auteur aborde sa présence dans les mythologies grecque («à la fois intelligent et vaniteux, perspicace et querelleur, omniscient mais trop bavard»), celtique (associé notamment à la guerre et aux batailles, et à l’accompagnement des âmes des défunts vers l’autre monde), scandinave (par exemple au service d’Odin pour l’informer) et romaine (admiré pour sa mémoire, son intelligence et ses dons de prophétie).

L’oiseau impie (de la Bible aux Pères de l’Église) : Contrairement aux mythologies présentées dans le précédent chapitre, l’héritage biblique est fortement hostile au corbeau, même si la Bible en parle peu et pas toujours négativement (quoique beaucoup plus souvent). Mais, certains théologiens (dont Augustin) écartent volontairement les passages des textes qu’ils citent lorsque le corbeau est présenté de façon positive. S’il est si détesté par l’Église, c’est notamment parce qu’il est noir et qu’il est l’objet de cultes païens.

La guerre faite aux corbeaux (VIIIe – XIIe) : À partir du VIIIe siècle (et même avant, mais de façon moins systématique), l’Église catholique est partie en guerre contre le corbeau et l’est demeurée pendant quelques siècles. Il fut massacré, associé à l’enfer et associé aux guerres. Dans ce contexte, l’auteur aborde :

  • la chasse aux cultes païens et leur éradication, notamment par le massacre de corbeaux, entre autres par l’armée de Charlemagne;
  • les tentatives des religieux d’interdire les prénoms et les noms qui rappellent le corbeau;
  • l’élimination ou le remplacement des fêtes païennes, dont celles célébrant le corbeau;
  • son absence sur les casques, les armoiries et les emblèmes.

Le temps des bestiaires (XIIe – XIVe) : Le Moyen Âge se distingue aussi par une production importante de bestiaires «qui décrivent les «propriétés» d’un nombre plus ou moins grand d’animaux afin d’en tirer des enseignements religieux et moraux» et qui sont truffés de citations bibliques. Dans la plupart de ces bestiaires (sauf quelques-uns dont un qui lie les caractéristiques des corbeaux à l’amour), le corbeau est plein de vices, nécrophage, symbole des ténèbres et des péchés, mauvais parent, cannibale, vorace, hypocrite, vaniteux, etc. L’auteur aborde aussi la vision des bestiaires sur les corneilles, les merles (deux oiseaux parfois erronément associés aux corbeaux, mais dont la réputation est positive), les cygnes, les colombes (l’antithèse des corbeaux) et les pigeons. Il souligne finalement que le contenu des premières encyclopédies sur les corbeaux ne diffère guère de celui des bestiaires, sauf qu’il est en partie fondé sur des observations.

Fabulistes et ornithologues (XIIe – XVIIIe) : Bien d’autres livres du Moyen Âge parlent des animaux, dont des contes, des fables et des traités vétérinaires. Ceux-ci sont aussi majoritairement hostiles aux corbeaux. L’auteur recense les mentions du corbeau dans ces ouvrages, dont bien sûr la fable Le corbeau et le renard, reproduite sous différentes formes, mais présentant toujours le corbeau comme vantard et borné, contrairement à ses caractéristiques réelles, soit un des animaux ayant les capacités cognitives les plus étendues.

À l’époque moderne, le savoir zoologique a fait des progrès, mais pas autant qu’on pourrait l’espérer. Les premiers livres d’ornithologie décrivent mieux le corbeau et ses caractéristiques, mais conservent un bon nombre des légendes qui portent sur lui et lui sont tout aussi hostiles que les bestiaires du Moyen Âge.

L’avant-courrier de la mort (XIXe – XXIe) : Ces ouvrages ont eu de l’influence bien après leur parution, même dans le secteur de l’enseignement et des décisions politiques, comme d’autoriser «sa destruction à grande échelle et par tous les moyens» et même de la rémunérer. Si sa destruction est encore autorisée dans quelques campagnes européennes, ses représentations artistiques (romans, poésie, peinture, etc.) l’ont mis en valeur dès le XIXe siècle, tout en l’associant encore à la tristesse, à la peur, au malheur et à la mort, mais aussi au fantastique, aux superstitions, à la sorcellerie et à l’ésotérisme.

Depuis une trentaine d’années, ce sont plutôt son intelligence comportementale et ses capacités cognitives qui retiennent l’attention.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Il s’agit du troisième livre de cet auteur sur l’histoire culturelle d’animaux que je commente, après ceux sur le loup et sur le taureau. Comme les précédents, il s’agit d’un «beau livre» vendu environ 40,00 $ et qui ne prend pas beaucoup de temps à lire. Si j’avais moins aimé le deuxième sur le taureau, j’ai bien aimé celui-ci, au moins autant que le premier, d’autant plus que son contenu est moins connu que celui du taureau et surtout du loup. En plus de bien présenter la place que tient le corbeau dans l’imaginaire humain, ce livre est agrémenté de nombreuses et même très nombreuses images pertinentes, tellement nombreuses qu’elles occupent près de la moitié de la surface des pages de ce livre. En fait, ces images valent à elles seules la lecture de ce livre. Seul bémol, les 167 notes, aussi bien des références que des compléments d’information parfois substantiels, sont à la fin de ce livre. Et, avec un livre de cette taille, c’est vraiment tannant de devoir utiliser deux signets. D’ailleurs, il n’y avait pas de notes dans les livres sur le loup et le taureau…

One Comment leave one →
  1. 9 mai 2022 7 h 33 min

    C’est vraiment intéressant! Dans l’imaginaire des mangas japonais, on associe souvent le corbeau à l’intelligence étonnante, à la force qui surgit au moment où on s’y attendait le moins. Il est souvent en action dans les séries de sport: que ce soit en volley-ball (Haikyû) et plus récemment en soccer (Ao Ashi), le personnage principal (et son équipe bien souvent) est dessiné avec cette symbolique.

    Aimé par 1 personne

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