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Les inégalités au Québec de 1976 à 2020 selon l’indice de Palma et le coefficient de Gini

19 mai 2022

Inégalités Québec Canada_1976-2020_palmaDans le billet que j’ai publié il y a trois semaines sur les inégalités au Québec et au Canada selon le coefficient de Gini (à l’avenir CG), j’ai annoncé que j’allais en publier un autre trois semaines plus tard, mais selon l’indice de Palma (IP). Comme pour ce billet, j’utiliserai aussi les données de l’Enquête canadienne sur le revenu que Statistique Canada a mises à jour en mars dernier. Les données des graphiques que je présente dans ce billet proviennent du tableau 11-10-0193-01. Mais, tout d’abord, je vais expliquer brièvement ce qu’est l’IP.

L’indice de Palma

Alors que le CG «est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1 signifie l’inégalité totale (une personne a tout le revenu)», l’IP fait partie des indicateurs interdéciles. De nombreuses personnes, dont Thomas Piketty, reprochent au CG d’accorder trop de poids aux revenus des classes moyennes qui, par définition, captent peu les inégalités, car près de la moyenne, alors que les inégalités touchent surtout les extrémités de la distribution des revenus, soit les plus pauvres et les plus riches (pour plus de détails, voir notamment ce document et cet article). J’ai par exemple publié un billet il y a trois ans montrant l’évolution du rapport entre le revenu des ménages des premier et neuvième déciles et entre celui des cinquième et neuvième déciles. On peut aussi comparer le revenu des ménages des premier et cinquième déciles. Tous ces indicateurs fournissent d’autres aspects des inégalités.

Pour calculer l’IP, il faut, comme pour le CG, mettre en ordre du plus petit au plus grand le revenu ajusté de chaque membre des ménages et séparer ces personnes en 10 groupes comptant le même nombre de personnes (10 % du total chacune). L’IP, dont on peut voir une définition sur cette page de l’Observatoire québécois des inégalités (de laquelle j’ai emprunté l’image qui accompagne ce billet), fait partie des indicateurs interdéciles et est obtenu en divisant le revenu total des membres du 10e décile par le revenu total des membres des quatre premiers déciles (les plus pauvres), comme illustré dans l’image qui accompagne ce billet. Notons que les résultats mentionnés sur cette page de l’Observatoire sur l’ampleur de l’IP («aux alentours de 7 au Québec») ont été obtenus en calculant le «rapport D9/D4» (voir la page 18 de ce document), ce qui ne respecte pas la définition de l’IP. Notons qu’un IP égal à un signifie que les ménages du décile le plus riche gagnent en moyenne quatre fois plus que ceux des quatre déciles les plus pauvres, qu’un IP égal à deux équivaut à huit fois plus et ainsi de suite.

Le revenu ajusté est obtenu en divisant le revenu total de tous les membres d’un ménage par la racine carrée de la taille de ce ménage. Par exemple, le revenu ajusté des membres d’un ménage de quatre personnes qui a un revenu total de 100 000 $ sera de 50 000 $ (100 000 $ / √ 4, soit 2, = 50 000 $) et ce revenu sera accordé aux quatre membres de ce ménage.

Évolution des coefficients de Gini et des indices de Palma au Québec de 1976 à 2020

– introduction

Le CG et l’IP peuvent être présentés en fonction de trois types de revenus :

  • selon le revenu du marché : somme des revenus d’emploi (travail salarié ou montant net de travail autonome), de placements, de retraite (régime privé de pension) et autres;
  • selon le revenu total : revenu du marché plus les transferts gouvernementaux (aide sociale, assurance-emploi, pensions de la sécurité de la vieillesse, supplément de revenu garanti, prestations du Régime des rentes du Québec, etc.), avant impôt;
  • selon le revenu après impôt : revenu total moins l’impôt sur le revenu.

Le CG et l’IP selon le revenu après impôt sont les plus couramment utilisés, car ils représentent les inégalités après intervention gouvernementale (transferts et impôt) et donc selon le revenu disponible sur lequel se manifestent les inégalités de revenu auxquelles font face les ménages. Cela dit, la présentation des deux autres CG et IP permet d’analyser l’évolution de deux des principaux facteurs qui influencent celle du premier, soit les transferts et l’impôt.

– comparaison entre les coefficients de Gini et les indices de Palma au Québec

Le graphique qui suit est construit avec deux axes différents. J’ai tenté avec ce graphique de respecter les principes que j’ai énoncés dans ce billet que j’ai écrit en 2012 pour l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), entre autres que les lignes se touchent pour qu’elles soient d’ampleurs comparables et que les proportions entre les échelles soient les mêmes (0,60 / 0,10 = 3 / 0,5 = 6).

Inégalités Québec Canada_1976-2020_palma_1_base

Même avec ces précautions, le niveau comparatif des lignes de ces deux indicateurs ne signifie pas nécessairement que les inégalités du plus élevé sont plus importantes que l’autre, car ces deux indicateurs reposent sur des concepts différents. Ce qui est intéressant et pertinent de comparer, c’est plutôt l’évolution des lignes des mêmes types de revenus selon les deux indicateurs et les écarts entre les lignes des deux indicateurs selon les trois types de revenus, ce que j’examinerai brièvement ici, mais plus en détail dans le prochain graphique.

Les deux constats les plus frappants de ce graphique sont que les distances entre les trois lignes de l’IP (verte, rouge vin et bleu pâle) sont beaucoup plus grandes que celles entre les trois lignes du CG (bleu foncé, rouge et jaune) et que les lignes de l’IP varient beaucoup plus que celles du CG, surtout pour le revenu de marché (lignes verte pour l’IP et bleu foncé pour le CG). C’est ce constat que je vais présenter en premier.

– l’évolution des inégalités selon les trois types de revenus

Selon le revenu du marché (lignes verte pour l’IP et bleu foncé pour le CG) :

  • les deux indicateurs sont demeurés assez stables de 1976 à 1981 (entre 0,38 et 0,39 pour le CG et entre 1,6 et 1,7 pour l’IP);
  • si le CG a augmenté de 11 % jusqu’à 0,42 entre 1981 et 1984, l’IP a lui augmenté de 32 % à 2,1. J’ai expliqué dans mon billet précédent que la hausse du CG lors de ces années post-récession pouvait s’expliquer par le fait que les récessions touchent davantage les ménages les plus pauvres que les plus riches. L’IP permet de vérifier cette explication. Et, de fait, les données pour le calculer nous montrent que le revenu des ménages faisant partie des 40 % les plus pauvres (le dénominateur de l’IP) a diminué de 21 % entre ces deux années (en dollars constants) et que celui des ménages faisant partie des 10 % les plus riches (le numérateur de l’IP) a augmenté de 4 %. La hausse des inégalités entre 1981 et 1984 s’explique donc bien plus par la baisse du revenu des plus pauvres que par la hausse de celui des plus riches;
  • lors de la reprise subséquente de 1984 à 1989, le CG a diminué de 5 % jusqu’à 0,40, tandis que l’IP a diminué de 15 % à 1,8, le revenu des plus pauvres augmentant de 25 % et celui des plus riches de 7 %;
  • le CG et l’IP ont aussi augmenté au cours de la récession du début des années 1990, mais cette hausse s’est poursuivie au cours de la reprise subséquente jusqu’à leurs deux sommets de 1998 (on a parlé à l’époque de la reprise sans véritable croissance de l’emploi, le taux de chômage étant demeuré supérieur à 10 % jusqu’en 1998), hausse de 16 % à 0,46 pour le CG et de 59 % pour l’IP à 2,9 entre 1989 et 1998, avec une augmentation de 8 % du revenu des plus riches, mais une baisse de 32 % de celui des plus pauvres (c’est énorme!);
  • ces deux indicateurs ont plongé entre 1998 et 1999, de 5 % à 0,44 pour le CG et de 15 % pour l’IP à 2,5, avec une augmentation de 2 % des revenus des plus riches, mais de 20 % des revenus des plus pauvres (en une seule année!);
  • les deux indicateurs ont diminué bien graduellement de 1999 à 2019, avec seulement quelques sauts momentanés, de 4 % à 0,42 pour le CG, mais de 12 % pour l’IP à 2,2, avec une augmentation de 25 % du revenu des plus riches, mais de 42 % de celui des plus pauvres;
  • la pandémie, comme les récessions précédentes, a fait augmenter les inégalités selon le revenu du marché, le CG ayant augmenté de 4 % en 2020 à 0,44 et l’IP de 11 % à 2,4, avec une augmentation de 2 % du revenu des plus riches et une baisse de 8 % de celui des plus pauvres.

Selon le revenu total (lignes rouge vin pour l’IP et rouge pour le CG ) :

  • si ce n’est quelques variations annuelles mineures, le CG et l’IP sont demeurés assez stables de 1976 à 1993, baissant de 1 % tous les deux, le CG de 0,325 à 0,322 et l’IP de 1,23 à 1,21, avec des baisses de 7 % du revenu des plus riches et de 6 % de celui des plus pauvres, ce qui montre l’efficacité des stabilisateurs automatiques comme l’assurance-emploi, car les inégalités selon ces deux indicateurs n’ont pas augmenté lors des deux récessions de cette période;
  • ils ont ensuite augmenté entre 1993 et 1998, le CG de 8 % à 0,349 et l’IP de 17 % à 1,41, avec une augmentation de 2 % du revenu des plus pauvres, mais de 19 % de celui des plus riches;
  • ils sont demeurés autour de ces niveaux jusqu’en 2004, à 0,352 et 1,43, avec une augmentation de 15 % du revenu des plus pauvres et de 17 % de celui des plus riches;
  • le CG a diminué par la suite de 7 % entre 2004 et 2019 à 0,326 et l’IP de 12 % à 1,25 avec une augmentation de 26 % du revenu des plus pauvres, mais de 9 % de celui des plus riches;
  • alors que ces deux indicateurs ont augmenté selon le revenu du marché, ils ont plongé en 2020, de 6 % pour le CG à 0,307, son niveau le plus bas de ces 45 années, et de 9 % pour l’IP à 1,14, son niveau le plus bas depuis 1981 et 1982, avec une augmentation de 13 % du revenu des plus pauvres et de 3 % de celui des plus riches; ce renversement de tendance entre le revenu de marché et le revenu total est dû, on s’en doute, à l’ajout de programmes de soutien au revenu qui ont davantage bénéficié aux plus pauvres qu’aux plus riches (Prestation canadienne d’urgence (PCU), Prestation canadienne de la relance économique (PCRE), versements supplémentaires du crédit de la TPS, du Supplément de revenu garanti (SRG) et de la Sécurité de la vieillesse (SV) aux pensionné.es, etc.); d’ailleurs, le revenu moyen des membres des quatre premiers déciles fut en 2020 le plus élevé des 45 années présentées (et plus élevé de plus de 30 % que celui au deuxième rang pour les membres du premier décile).

Selon le revenu après impôt (lignes bleu pâle pour l’IP et jaune pour le CG) :

  • le CG a diminué de 10 % entre 1976 et 1989, passant de 0,295 à 0,266, et l’IP de 14 %, passant de 1,05 à 0,90, avec une augmentation de 11 % du revenu des plus pauvres, mais une baisse de 5 % de celui des plus riches; il s’agit dans les deux cas de leur deuxième niveau le plus bas de la période, le plus bas ayant été atteint en 2020;
  • le CG et l’IP ont augmenté respectivement de 13 % et de 20 % entre 1989 et 2002 jusqu’à leurs sommets de 0,301 et de 1,06, avec une baisse de 1 % du revenu des plus pauvres, mais une hausse de 20 % de celui des plus riches;
  • le CG et l’IP ont diminué respectivement de 6 % et de 9 % entre 2002 et 2019 à 0,282 et à 0,99 , avec des hausses de 31 % du revenu des plus pauvres et de 19 % de celui des plus riches;
  • finalement, le CG et l’IP ont diminué respectivement de 6 % et de 10 % en 2020 pour atteindre leur niveau le plus bas de la période, soit 0,261 et 0,89, avec des hausses de 12 % du revenu des plus pauvres et de 1 % de celui des plus riches;

Comme a pu le constater, les tendances furent les mêmes pour les deux indicateurs, mais beaucoup plus accentuées pour l’IP. La stabilité des inégalités depuis la fin des années 1990, et même leur légère baisse selon les CG et les IP du revenu total et du revenu après impôt, peut étonner, surtout dans un contexte où on entend toujours parler de leur hausse, alors que cette hausse s’est surtout manifestée au cours des années 1990 pour les deux indicateurs dans les trois types de revenus, mais de façon bien plus abrupte du côté du revenu du marché. Cette stabilité est en fait le résultat de nombreuses tendances en partie opposées. D’un côté, l’augmentation de la présence des femmes sur le marché du travail, la baisse du taux de chômage et les changements démographiques (diminution de la proportion de jeunes, par exemple) auraient dû contribuer à faire diminuer les inégalités. De l’autre, la hausse plus importante du revenu du marché des plus riches (voir ce billet) a au contraire eu un impact à la hausse sur les inégalités, annulant l’effet positif des facteurs mentionnés précédemment. En plus, quelques législations, comme le droit accordé aux membres des ordres professionnels, dont les médecins, d’exercer leurs activités en société (de s’incorporer, dans le langage courant), ont atténué artificiellement la hausse des inégalités du revenu du marché et, par voie de conséquence, des revenus total et après impôt. L’impact spécifique de chacun de ces facteurs sur les inégalités est difficile à estimer, mais la quasi-stabilité du CG et de l’IP selon le revenu du marché depuis la fin des années 1990 semble indiquer que les facteurs positifs et négatifs furent de la même ampleur. Cela dit, il est temps d’examiner plus à fond l’impact des transferts et de l’impôt sur l’évolution des CG et des IP des revenus totaux et après impôt.

Impact des transferts et de l’impôt dans la répartition des revenus

Les données sur l’impact des transferts (lignes bleue pour le CG et jaune pour l’IP) du graphique qui suit représentent la baisse en pourcentage des indicateurs entre leurs niveaux selon le revenu du marché et selon le revenu total. En les présentant ainsi, je peux comparer l’effet des transferts sur les deux indicateurs en données compatibles et sans avoir besoin de mettre deux axes différents. De même, les données sur l’impôt (lignes rouge pour le CG et verte pour l’IP) représentent la baisse en pourcentage des indicateurs entre leurs niveaux selon le revenu total et selon le revenu après impôt.

Inégalités Québec Canada_1976-2020_palma_2_impact

– comparaison de l’impact selon le CG et l’IP

En fait, les lignes sur l’impact des transferts et de l’impôt selon le CG et l’IP présentent exactement les mêmes tendances, sauf que l’impact est beaucoup plus important pour l’IP que pour le CG. En effet, les transferts ont en moyenne fait baisser l’IP et le CG du revenu du marché de respectivement 43 % et 24 % (53 % et 30 % en 2020), et l’impôt a fait en moyenne baisser l’IP et le CG du revenu total de 21 % et de 14 % (22 % et 15 % en 2020).

Cela est normal, car les plus riches reçoivent peu de transferts et les plus pauvres paient peu d’impôt et vice-versa. En effet, alors que le revenu du marché de l’ensemble de la population a augmenté en moyenne de 16 % en raison des transferts au cours de ces 45 années (26 % en 2020), la hausse pour les ménages des quatre déciles les plus bas fut de 79 % (119 % en 2020!) et celle pour les ménages du décile le plus élevé fut de seulement 2 % (4 % en 2020). De même (ou à l’inverse), si l’impôt a fait baisser le revenu total de la population complète de 18 % (17 % en 2020), la baisse pour les ménages des quatre déciles les plus bas fut de 7 % (6 % en 2020) et celle pour les ménages du décile le plus élevé fut de 26 % (26 % aussi en 2020). Il est donc tout à fait normal que l’impact de ces deux interventions gouvernementales ait été beaucoup plus important pour l’IP que pour le CG.

Ce graphique montre en outre que, en regardant aussi bien l’évolution des lignes de la CG que celles de l’IP (mais avec beaucoup plus d’ampleur), l’introduction et l’amélioration de nombreux programmes sociaux, dont ceux à l’intention des personnes âgées (comme j’en ai parlé dans ce billet), ont fait augmenter de 70 % pour le CG (de 16 % à 27 %) et de 90 % l’IP (de 28 % à 53 %) l’impact des transferts dans la redistribution des revenus au Québec entre 1976 et 1993, permettant d’annuler presque complètement la forte hausse des inégalités selon le revenu du marché au cours de cette période. Par la suite, sûrement en raison du durcissement des critères de certains programmes (aide sociale et assurance-emploi, notamment), de la simple indexation à l’inflation des programmes à l’intention des personnes âgées, de la baisse du chômage (qui a fait diminuer les paiements de l’aide sociale et de l’assurance-emploi) et de la hausse du taux d’emploi des femmes, le rôle redistributeur des transferts a diminué jusqu’en 2004, de 23 % pour la CG (de 27 % à 21 %) et de 20 % pour l’IP (de 53 % à 42 %) avant de remonter jusqu’en 2009 de 14 % pour la CG (de 21 % à 24 %) et de 7 % pour l’IP (de 42 % à 45 %) et de diminuer très légèrement jusqu’en 2019, soit de 3 % pour la CG (de 24 % à 23 %) et de 5 % pour l’IP (de 45 % à 42 %), sûrement en raison de l’augmentation de la proportion des personnes âgées de 65 ans et plus, mais aussi de l’entrée en vigueur du Régime québécois d’assurance parentale en 2006, facteurs qui ont annulé la poursuite de la baisse en importance de l’assurance-emploi et de l’aide sociale (surtout en raison de la baisse du taux de chômage et de la hausse du taux d’emploi). Puis, cet impact a connu un saut sûrement temporaire en 2020, de 31 % pour la CG (de 23 % à 30 %) et de 24 % pour l’IP (de 42 % à 53 %).

L’impact des transferts pour les deux indicateurs s’est retrouvé ainsi à leur sommet en 45 ans, surpassant de peu leur sommet précédent de 1993. En fait, le sommet de 2020 dépasse celui de 1993 de moins de 0,02 % pour l’IP, mais de quand même 11 % pour la CG, sûrement parce que les transferts de 2020 ont touché davantage la classe moyenne en 2020 que ceux de 1993. D’ailleurs, si l’impact des transferts sur le revenu des ménages des quatre déciles les plus pauvres et du décile le plus riche fut très semblable ces deux années (118 % en 1993 et 119 % en 2020 pour les plus pauvres et 3,6 % en 1993 et 3,8 % en 2020 pour les plus riches), ce qui explique le niveau très semblable de l’impact des transferts sur l’IP, il fut passablement différent sur le revenu de l’ensemble de la population (20,9 % en 1993 et 25,9 % en 2020), ce qui explique que les transferts aient davantage touché le CG en 2020 qu’en 1993.

L’évolution de l’impact de l’impôt dans la redistribution des revenus fut très semblable à celle de l’impact des transferts pour les deux indicateurs, même si son impact redistributeur a été d’une ampleur moindre que les transferts, et moins importante pour la CG que pour l’IP. Retenons surtout que l’impact de l’impôt fut en moyenne 55 % plus important pour l’IP que pour la CG et que cet écart a toujours été entre 44 % (en 2020) et 66 % (en 2002). Comme l’impact des transferts, celui de l’impôt a augmenté dans la première moitié de la période étudiée atteignant son sommet pour les deux indicateurs en 1999 avec des baisses de la CG de 16 % et de l’IP de 26 %. Cet impact a ensuite diminué graduellement pour se situer en 2019 à des baisses de la CG de 13 % et de l’IP de 20 %, pour remonter légèrement en 2020 à 15 % pour la CG et à 22 % pour l’IP. Ces mouvements s’expliquent bien sûr par les variations du taux d’imposition, mais aussi par l’ajout de dépenses fiscales, comme le passage de la portion imposable des gains en capital de 75 % à 50 % en 2000, la hausse du plafond des cotisations aux RÉER plus rapide que l’inflation de 2003 à 2010, la création des CÉLI en 2009, le fractionnement des revenus de pension des familles de retraités en 2007, etc.

Et alors…

Ma conclusion sur l’évolution des inégalités est la même que celle que j’ai rédigée dans le billet que j’ai publié il y a trois semaines sur les inégalités au Québec et au Canada selon le coefficient de Gini. Je vous invite à la lire si ce n’est pas déjà fait. Je voudrais ici plutôt conclure sur l’apport de l’indice de Palma dans la compréhension des inégalités.

J’aimerais tout d’abord préciser que je ne voudrais pas que l’IP remplace complètement le CG, car je considère que ces deux indicateurs sont complémentaires. On l’a vu dans la section précédente quand j’ai comparé l’impact des transferts entre les années 1993 et 2020. Si cet impact a été presque identique selon l’IP, il a différé de façon notable pour le CG. Cela nous informe sur la distribution des avantages comparatifs des transferts entre ces deux années.

Cela dit, même si je le calcule pour la première fois, je trouve que l’IP fournit beaucoup plus d’informations que le CG. Jamais de ma vie je n’ai calculé le CG, et pour le faire, j’aurais besoin des microdonnées (qui ne sont pas gratuites) et d’un bon rafraîchissement en maths! L’opacité de cet indicateur est d’ailleurs un des principaux reproches dirigés vers le CG, après l’importance trop grande qu’il accorde à la classe moyenne, importance qui explique les grands écarts entre les variations du CG et de l’IP. Au contraire, l’IP est facile à comprendre et à calculer, et il nous permet non seulement de quantifier directement les inégalités aux extrêmes de la distribution des revenus, mais de savoir si une variation des inégalités vient davantage d’un changement dans le revenu des plus pauvres ou dans celui des plus riches, comme je l’ai indiqué fréquemment (peut-être trop?) dans ce billet.

Bref, je ne trouve pas que l’IP est en concurrence avec le CG, mais qu’il ajoute un outil dans notre coffre pour l’analyse des inégalités.

2 commentaires leave one →
  1. 19 mai 2022 6 h 17 min

    Excellent billet. Merci beaucoup de tous ces calculs. Comme vous le dites, les 2 mesures sont complémentaires.

    J’aime

  2. 19 mai 2022 6 h 54 min

    Merci! Même si cela a été pas mal de boulot, j’ai bien aimé la rédaction de ce billet. Quand j’ai réalisé tout ce qu’on pouvait faire avec ces données, surtout en comparant l’évolution des revenus des plus pauvres et des plus riches, et l’impact des transferts et de l’impôt sur ces deux groupes, je ne savais plus m’arrêter! À cet égard, la comparaison de l’impact des transferts entre 1993 et 2020 sur les deux indicateurs est particulièrement intéressant, je trouve.

    J’aime

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