Aller au contenu principal

Les trente inglorieuses

13 juin 2022

trente inglorieusesDans ce recueil de textes parus entre 1991 et 2021 intitulé Les trente inglorieuses, le philosophe français Jacques Rancière nous parle du retournement des 30 dernières années «à travers les campagnes de la pax americana, de l’invasion de l’Irak à celle du Capitole, et la progression continue chez nous [en France] d’un racisme d’en-haut qui a su enrôler à son service les progressismes désenchantés». Ces textes «s’attachent aussi à suivre la dynamique des mouvements qui n’ont cessé d’affirmer, contre la logique mortifère du consensus, la puissance des égaux assemblés et leur capacité d’inventer d’autres formes de monde».

Avant-propos : En 1991, Francis Fukuyama annonçait «le règne mondial de la démocratie libérale» dans son livre La fin de l’histoire et le dernier Homme. Il avait tout faux, comme le montrent les nombreux exemples présentés par l’auteur qui s’illustrent dans le «renforcement du sentiment identitaire, de l’État sécuritaire et de l’autorité absolue des expert.es».

Première partie – Le racisme d’en haut

  • L’immigré et la loi du consensus (1993) porte sur trois lois adoptées en 1993 sans grandes objections d’une part importante de la gauche, lois qui ont limité les droits des immigrant.es en France et leur ont créé de nouvelles obligations.
  • Les raisins sont trop verts (1995) est une réponse de l’auteur à un texte d’opinion appuyant une loi contenant des mesures d’austérité, notamment pour le droit aux retraites, et dénonçant les manifestations tenues pour la contester.
  • Sept règles pour aider à la diffusion des idées racistes en France (1996) est une réaction sarcastique à des campagnes de dénonciation organisées par le Front national.
  • La loi et son fantôme (1997) réagit à une loi sur le contrôle des immigrant.es clandestin.es.
  • L’État et la canicule (2003) porte sur l’adoption d’une loi resserrant le droit aux retraites juste après une canicule qui a causé de nombreux décès, surtout chez les personnes âgées.
  • À propos du voile islamique : un universel peut en cacher un autre (2003) s’oppose à une loi limitant le port de signes religieux dans les écoles, collèges et lycées publics.
  • Modeste proposition pour le bien des victimes (2010) réplique de façon sarcastique à une loi interdisant de dissimuler son visage sur la place publique.
  • Racisme, une passion d’en-haut (2010) porte sur des «expulsions de camps de Roms».
  • L’introuvable populisme (2011) montre que le concept de populisme est un fourre-tout bien utile pour dessiner une image négative d’un certain peuple, qui serait entre autres raciste, et pour adopter des mesures discriminatoires qui calmeraient le racisme de ce certain peuple.
  • À propos de la liberté d’expression (2020) commente les réactions à l’assassinat d’un enseignant par un terroriste islamiste et présente la perception de l’auteur du contexte général dans lequel cet événement est survenu.
  • La haine de l’égalité (2021) rapporte un entretien de l’auteur avec Selim Derkaoui sur le concept de l’égalité des intelligences et de la haine de la démocratie par les classes dirigeantes qui refusent de reconnaître l’égalité des intelligences.

Deuxième partie – La non-démocratie en Amérique

  • La surlégitimation (1992) répond à la réaction de gauchistes qui ont appuyé la coalition contre l’Irak lors de la première guerre du Golfe.
  • Le 11 septembre et après : une rupture de l’ordre symbolique? (2002) remet en question le caractère symbolique des événements du 11 septembre 2001.
  • De la guerre comme forme suprême du consensus ploutocratique (2003) porte sur la deuxième guerre du Golfe.
  • Les fous et les sages : réflexions sur la fin de la présidence Trump (2021) analyse les rapports de la population avec les faits, les formes d’intelligence et de naïveté, et l’utilisation extrême de la logique par les conspirationnistes, aussi bien sur les élections que sur la pandémie et sur d’autres sujets.

Troisième partie – Les présents incertains

  • Interpréter l’événement 68 (différentes allocutions et publications, de 2017 à 2020) contient des réflexions sur le conflit des interprétations selon les opinions et les disciplines (sociologie, philosophie, science politique, etc.) des événements de mai 1968 en France à l’occasion de son cinquantenaire.
  • Élection et raison démocratique (2007) paru au cours de la campagne présidentielle qui a débouché sur l’élection de Nicolas Sarkozy, dans lequel l’auteur montre qu’une élection présidentielle ne vise pas à consacrer le pouvoir populaire, mais bien à le contrecarrer.
  • Mai 68 revu et corrigé (2008) souligne le quarantième anniversaire des événements de mai 1968, alors que Nicolas Sarkozy disait vouloir liquider leur héritage, tandis que l’auteur considère que cela était déjà fait depuis longtemps!
  • Occupation : le sens d’un mot et celui d’une pratique (2015) texte dans lequel l’auteur réfléchit sur les mouvements démocratiques d’occupation des places et sur le concept même d’occupation.
  • Nuit debout : désir de communauté ou invention égalitaire? (2016) présente un entretien de l’auteur avec Joseph Confavreux sur le mouvement de la Nuit debout.
  • Les vertus de l’inexplicable : à propos des Gilets jaunes (2019) où l’auteur tente d’expliquer les raisons à la base du mouvement des Gilets jaunes. Elles sont très nombreuses, bien plus que la hausse d’une taxe sur l’essence qui a servi de déclencheur, quoique celle-ci ait suffi à bien des manifestant.es. Il analyse aussi la logique de ce mouvement et de ses actions, plus révélatrice que les motifs des participant.es.
  • Au-delà de la haine de la démocratie (2009) est le titre d’une conférence portant sur l’intégration à la réflexion sur la démocratie (en distinguant la vraie démocratie de la démocratie représentative) de l’expérience des mouvements d’occupation.
  • Défaire les confusions servant l’ordre dominant (2019) présente un entretien de Joseph Confavreux avec l’auteur sur les thèses de son livre La Haine de la démocratie, dont il a aussi parlé dans le texte précédent.
  • Intervention devant l’assemblée des cheminots (2020) lors d’une grève contre une réforme de leur régime de retraite.
  • Une bonne occasion? Réflexions au temps du confinement (2020) où l’auteur montre que le confinement n’est pas nécessairement une bonne occasion de réfléchir sur la société actuelle, texte qui pourrait décrire la situation au Québec. Par exemple : «En nous confinant, notre gouvernement gérait moins «la vie» sur laquelle ses lumières sont modestes, que les conséquences de sa propre imprévoyance», alors que le gouvernement français n’était pas mieux équipé que le nôtre pour faire face à la pandémie.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire. Même si les événements et les faits que l’auteur commente et analyse sont en grande majorité français, ses réflexions sont presque toutes transposables à des situations similaires qui ont eu lieu au Québec. Et, elles font de fait réfléchir! Quelques-unes de ces réflexions, sans être totalement nouvelles pour moi, m’ont aidé à recadrer certaines de mes perceptions, ce qui est plus intéressant que de ne trouver que des confirmations dans un livre. Il y a bien quelques répétitions, surtout dans les textes sur la démocratie et les mouvements d’occupation de places, mais elles permettent de faire le lien entre les textes et sont en général présentées dans des contextes différents. Elles soulignent en fait la cohérence de la pensée de l’auteur. Il y a peu de notes, seulement 19, aussi bien des références que des compléments d’information, et elles sont en bas de page.

No comments yet

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :