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Une brève histoire mondiale de la gauche

18 juillet 2022

brève histoire mondiale de la gaucheAvec son livre Une brève histoire mondiale de la gauche, Shlomo Sand, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv nous propose «d’étudier le façonnement, les transformations et les ajustements de l’idée d’égalité sur plus de deux siècles. Des Diggers de la première révolution anglaise à la formation de l’anarchisme et du marxisme, du tiers-mondisme aux révolutions anticoloniales, des féminismes post-MeToo au populisme de gauche aujourd’hui, ce livre revient en profondeur sur les penseurs et les mouvements qui ont bâti la gauche mondiale».

Introduction – L’égalité comme mythe actif moderne : L’auteur raconte comment il est devenu de gauche et l’est demeuré. Il fournit ensuite sa définition de la gauche, gravitant en premier lieu autour du concept (ou mythe) de l’égalité, apparu seulement au XVIIe siècle. Ce livre porte justement sur l’histoire de ce concept, en s’attardant aux événements et personnes qui l’ont influencée.

1. Des Levellers à l’énigme Rousseau : L’histoire de l’égalité telle que présentée dans ce livre commence en Angleterre au XVIIe siècle avec les Levellers et les Diggers, s’est poursuivie avec des penseurs français au XVIIIe siècle (dont Rousseau).

2. La Révolution, la Terreur et la Conjuration des Égaux : Le titre résume clairement la suite de l’histoire, toujours dans la France du XVIIIe siècle.

3. De l’utopie comme refuge, de la politique au chartisme : L’auteur retourne en Angleterre au XIXe siècle pour nous présenter le premier anarchiste et alterne ensuite entre la France et l’Angleterre pour parler des utopistes français, de l’entrepreneur socialiste Robert Owen et des chartistes.

4. Le printemps des peuples – Paris, capitale du XIXe siècle : L’auteur donne des exemples d’application du concept de «libéralisme», apparu au XIXe siècle. Il décrit aussi les nombreux soulèvements rapidement réprimés en Europe, qui ne surent pas bâtir de mouvements de gauche bien structurés.

5. Proudhon, Bakounine et l’anarchisme comme liberté : … ainsi que leurs conflits avec Karl Marx et la contribution de Kropotkine (qui a débordé au XXe siècle) et de quelques autres anarchistes. L’auteur aborde aussi le syndicalisme révolutionnaire en France et dans d’autres pays à la fin du XIXe siècle et surtout au début du XXe.

6. Marx, Engels et le socialisme «scientifique» : Ce chapitre porte sur les apports de Marx et Engels à la pensée de la gauche et sur leur influence qui culminera après leur mort.

7. Le Quart-État, entre libéralisme et démocratie : L’auteur montre la confusion des termes et des concepts, ceux-ci voulant dire selon le contexte une chose et son contraire, comme le libéralisme, de gauche aux États-Unis et de droite en Europe, et la démocratie, nom donné à des républiques totalitaires. Il se penche ensuite «sur l’émergence et le développement accéléré des mouvements de la gauche socialiste» durant la deuxième partie du XIXe siècle dans plusieurs pays européens.

8. Face au colonialisme – Le fardeau du socialiste blanc : L’auteur analyse les réactions de la gauche des pays colonisateurs face à l’expansion coloniale dans les pays d’Afrique et d’Asie, la majorité félicitant sa mission civilisatrice, mais d’autres dénonçant le massacre des populations locales.

9. Nation et internationalisme – Mourir pour sa patrie : Au début de la Première Guerre mondiale, le nationalisme l’a emporté sur la politique et sur la lutte pour l’égalité, de nombreux gauchistes ayant appuyé la guerre et ayant même accédé à des postes de ministre. Cet appui s’est toutefois effrité avec le temps et avec les annonces de résultats meurtriers, de rébellions et de désertions dans tous les pays.

10. Lénine et l’État – À côté du rouet et de la hache? : Ce chapitre porte sur la révolution d’Octobre en Russie et sur les événements la précédant et la suivant.

11. Chemises noires et brunes – Droite ou gauche? : L’auteur analyse les différences entre les tendances totalitaires des régimes communistes, fascistes et nazis, que bien des observateur.trices confondaient à l’époque et confondent encore.

12. Mao et le communisme chinois – Les «Cent Fleurs»? : L’auteur raconte l’histoire du communisme chinois avant, pendant et après la Longue Marche de l’Armée populaire de libération.

13. L’imaginaire social dans les pays postcoloniaux : L’auteur se penche sur les différentes formes de communismes totalitaires en Corée du Nord, au Vietnam, au Laos et au Cambodge, puis sur le socialisme en Inde et au Pakistan, et sur les mouvements et partis de gauche en Turquie et dans les pays arabes.

14. L’État-providence, conquête du monde ouvrier? : L’auteur aborde l’historique des programmes sociaux, débutant avec ceux créés sous le gouvernement de droite de Bismarck en Allemagne pour contrer la montée du parti social-démocrate, puis s’étendant dans de nombreux pays au cours des décennies suivantes, mais dans des circonstances bien différentes dans chaque pays. Il souligne en particulier le grand succès des programmes sociaux dans les pays nordiques.

15. L’Amérique latine et l’opposition au «gros bâton» : L’auteur montre que les États-Unis sont intervenus régulièrement dans la politique des pays de l’Amérique latine depuis le XIXe siècle, y compris militairement.

16. De la révolte noire au soulèvement de Mai 68 : L’auteur aborde tout d’abord la fin de l’esclavage aux États-Unis, le mouvement pour les droits civiques et l’égalité entre les Noir.es et les Blanc.hes jamais véritablement atteinte dans ce pays, puis le mouvement étudiant des années 1960 dans de nombreux pays (États-Unis, notamment contre la guerre du Vietnam, Allemagne, Italie et ailleurs), s’attardant bien sûr, comme le titre de ce chapitre l’indique, sur les événements de mai 1968 en France.

17. La lutte pour l’égalité de genre – La femme mystifiée : Malgré quelques déclarations et tentatives précédentes, ce n’est qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle que des revendications claires sur l’égalité des femmes se sont fait entendre. L’auteur présente de nombreuses militantes du droit à l’égalité des femmes et leurs actions du XVIIIe au XXe siècle. Il aborde ensuite les théories féministes parues à partir du milieu du XXe siècle et les luttes pour l’égalité des genres. Malgré cela, cette égalité est toujours loin d’être atteinte.

18. Le prolétariat rouillé et le retour du populisme : Les avantages liés à la généralisation des démocraties ont été atténués grandement par la perte d’autonomie des États due à la mondialisation, aux délocalisations et au pouvoir accru du capital, qui ont entraîné l’accentuation des inégalités de revenus et de richesse, notamment en raison de la baisse du rapport de force des travailleur.euses. Il aborde ensuite l’impact de l’avènement du néolibéralisme vers le début des années 1980, la perte de l’influence de syndicats et des partis de gauche (et l’abandon par trop de ceux-ci de leurs propositions anticapitalistes), et la montée des populismes de gauche et surtout de droite (avec entre autres son nationalisme identitaire).

19. Consommation et écologie – Le charme discret de la bourgeoisie : L’auteur aborde le culte du travail (relativement récent), l’idéalisation de la consommation (notamment ostentatoire), les conséquences environnementales du productivisme (et du travail et de la consommation) et l’avènement des partis écologistes et féministes.

Conclusion mélancolique – Inégalité et pandémie : Les pandémies, comme celle de la peste noire au XIVe siècle, ont déjà eu des effets égalisateurs sur la société. En sera-t-il de même avec celle de la COVID-19? Les partis de gauche, généralement en déclin, sauront-ils en bénéficier? L’auteur aborde aussi la baisse des inégalités entre pays, mais sa hausse à l’intérieur de ces pays; l’impact probablement mineur qu’aura la pandémie actuelle sur ces tendances (même si elle a frappé de façon très inégalitaire); les manifestations et révoltes du début du XXIe siècle qui ont apporté peu de changements; les facteurs qui défavorisent l’adhésion des personnes insatisfaites aux partis de gauche et l’importance des alliances pour poursuivre la lutte pour une plus grande égalité.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Même si je connaissais la plus grande partie des épisodes racontés dans ce livre, j’en ai appris beaucoup avec ceux que je connaissais moins et me suis rafraîchi la mémoire avec les autres. Je salue la structure du livre, composé de chapitres ayant tous autour de 15 pages et s’imbriquant très bien les uns aux autres. Le style de l’auteur est agréable à lire et son approche didactique est appropriée. On aimerait parfois que certains sujets soient davantage développés, mais cela ne serait plus une brève histoire! Autre bon point, les 15 notes, toutes des compléments d’information, sont en bas de page.

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