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Tendances de l’emploi pour quelques professions potentiellement vulnérables à l’automatisation

21 juillet 2022

Tendances de l’emploi pour quelques professions potentiellement vulnérables à l'automatisationÇa fait environ 20 mois que je n’ai pas écrit sur l’automatisation des emplois. Pourtant, on présente encore et toujours cette automatisation ou robotisation comme une solution aux postes vacants, même si les employeurs s’obstinent à encore chercher du vrai monde! Qui sait, ils ont peut-être de bonnes raisons pour cela…

Je vais présenter dans ce billet l’étude de Michael J. Handel intitulée Growth trends for selected occupations considered at risk from automation publiée ce mois-ci par la Monthly Labor Review du Bureau of Labor Statistics (BLS) des États-Unis. J’ai pris connaissance de cette étude grâce à ce billet du blogue de Timothy Taylor, que j’ai souvent vantés (le blogue et l’économiste).

Introduction : Pour permettre de déterminer à quel point les craintes souvent énoncées de l’imminence de pertes d’emplois majeures dues à l’automatisation et à l’intelligence artificielle (IA) sont justifiées ou non, ce document «présente une liste de professions spécifiques citées dans la littérature sur l’automatisation et examine les tendances de l’emploi dans ces professions depuis 1999 et les prévisions d’emploi jusqu’en 2029».

Comme lors de chaque vague de changements technologiques, les récits annonçant des bouleversements dans l’emploi se sont mis à surgir en raison des avancées dans les domaines de l’IA et de la robotique. Comme chaque fois, certains oiseaux de mauvais augure (l’auteur n’est pas aussi sarcastique que moi) ont rétorqué que cette fois n’était pas comme les autres et que là, ce serait vrai. Ces futurologues fournissent souvent une liste des professions qui seraient les plus vulnérables face à l’IA et à la robotique.

Dans cette étude, l’auteur se demande aussi si le processus de réduction de l’emploi dans ces professions n’a pas été enclenché bien avant les avancée en IA et en automatisation, et donc si des baisses d’emploi dans ces professions ne seraient que la poursuite d’une tendance antérieure. C’est pourquoi il compare les tendances antérieures dans ces professions (de 2008 à 2018) à la fois avec les prévisions faites dans ces professions il y a 10 ans pour ces mêmes années et avec les prévisions récentes pour 2019 à 2029 (en évitant les distorsions dues à la pandémie de COVID-19), puis compare aussi les croissances réelles de 2008 à 2018 avec la tendance précédente de 1999 à 2009.

Tendances de l’emploi pour quelques professions potentiellement vulnérables à l'automatisation_1Le récit actuel sur l’automatisation : L’émergence des technologies de l’information et des communications (TIC) à la fin des années 1940 a permis dans les décennie suivantes des avancées énormes en automatisation des procédés manufacturiers, en informatique et en communication, notamment avec la création d’Internet. Plusieurs analystes annonçaient la disparition de nombreux emplois et la hausse du chômage, mais il n’en fut rien. La deuxième vague d’informatisation dans les années 1980 a bien fait diminuer l’emploi dans des professions de compétences moyennes, mais l’emploi a repris sa croissance de plus belle par après. Mais, celle liée à l’IA dans les années 2000 toucherait trop de domaines pour ne pas détruire d’emplois, même dans des professions aux compétences cognitives élevées. La plus citée des études sur le sujet, mais loin d’être la meilleure (je l’ai démolie dans ce billet, comme bien d’autres l’ont fait), celle de Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne datant de 2013, prévoyait même que 47 % des emplois avaient un potentiel élevé d’automatisation et pourraient l’être en 10 ou 20 ans à partir de 2010 (il y en a déjà 12 derrière nous). C’est cette hypothèse (ou prévision) que l’auteur testera dans ce document.

Comment l’IA peut menacer l’emploi (ou pas) : L’auteur examine dans cette section divers aspects qui pourraient influencer l’automatisation et son impact sur l’emploi :

  • la spécificité de l’IA pour l’automatisation : pas autant que certains le prétendent;
  • les effets d’échelle : l’efficacité de l’IA ferait baisser les prix et augmenter la demande dans les domaines automatisés et dans d’autres, ce qui pourrait annuler les pertes d’emplois directes;
  • la variation des tâches et des emplois au sein des professions : les changements technologiques entraînent presque toujours un changement des tâches dans les professions; en raison de l’accélération de certaines tâches, les membres des professions touchées peuvent en faire d’autres, ce qui fut le cas lors de l’implantation massive de l’informatique pour les économistes comme moi, pour les employé.es de bureau et pour les caissier.ères de banque; de même, la variété des professions informatiques s’est grandement étendue, montrant que de nouvelles professions peuvent aussi faire leur apparition.

Croissance de l’emploi dans les professions : Après avoir présenté les sources des données et des prévisions sur l’emploi par profession, l’auteur précise que pour que l’emploi diminue de 47 % dans une profession en 20 ans, il faut qu’il baisse de plus de 25 % par décennie. Entre 1999 et 2018, ce fut le cas de seulement 15 % des professions, ne représentant en 1999 que 9 % de l’emploi total. Pire, seulement 21 professions sur 669, comptant au départ moins de 1 % du total des emplois, ont connu une baisse d’au moins 50 % par décennie. Les prévisions de Frey et Osborne représenteraient donc un virage majeur dans les tendances des 20 dernières années. L’auteur souligne par ailleurs comme base de comparaison que l’emploi a augmenté 17 % au cours de cette période.

Les professions considérées comme très vulnérables à l’automatisation

– Résultats globaux : L’auteur présente les tendances passées et prévues pour 27 professions qui ont servi fréquemment à illustrer l’impact de l’IA et de la robotique sur l’emploi. Il divise ces professions en deux groupes, le premier comprenant 10 professions non touchées par des changements antérieurs et 17 qui ont déjà été touchées par des vagues antérieures d’implantation de technologies informatiques ou d’autres tendances négatives. En fait, le nombre d’emplois dans le premier groupe a augmenté de 13,9 % entre 2008 et 2018, rythme deux fois plus rapide que pour l’ensemble des professions (6,6 %). Il a même augmenté plus qu’entre 1999 et 2008 (10,4 %), même si l’ensemble de l’emploi a moins augmenté (6,6 % par rapport à 10,5 %) en raison d’une plus faible croissance de la population adulte. Il a aussi plus augmenté que les prévisions (8,7 %) entre 2008 et 2018. On prévoit en plus qu’il augmentera à nouveau plus que la moyenne entre 2019 et 2029 (5,8 % par rapport à 3,7 %). Bref, rien ne laisse présager d’impact, même mineur, de l’automatisation pour ces professions pourtant citées régulièrement par les oiseaux de malheur.

Dans le deuxième groupe, l’emploi a augmenté moins que la moyenne au cours des deux périodes antérieures (7,1 % par rapport à 10,1 % de 1999 à 2008 et 2,7 % par rapport à 6,6 % de 2008 à 2018) et devrait même diminuer de 1,8 % de 2019 à 2029, alors que la moyenne augmentera de 3,7 %. Il s’agit toutefois bien plus de la poursuite des tendances passées que d’une chute de l’emploi comme les auteurs des études mentionnés le prévoient. Rien dans ces données et ces prévisions n’appuie les scénarios catastrophistes des auteurs des études citées.

Résultats détaillés : L’auteur fait maintenant le tour des 27 professions précédemment regroupées et analyse l’impact des facteurs mentionnés par les études citées. Comme mon résumé de cette section est assez long, vous pouvez bien sûr ne regarder que les professions qui vous intéressent.

– Conseiller.ères financier.ères personnel.les : Des auteurs prétendent que les algorithmes peuvent très bien remplacer ces conseiller.éres. Il est vrai que les prévisions montrent un plafonnement de leur croissance (hausse de 4,4 % entre 2019 et 2029), alors que leur nombre avait plus que triplé entre 1999 et 2018 en raison de la popularité de ce type de conseils (surtout pour la planification de la retraite) et de la hausse de la demande dans le secteur financier. Bref, le gain d’efficacité des algorithmes semble annulé par la baisse du prix de ces conseils et par l’augmentation de la demande due notamment au vieillissement de la population.

– Traducteur.trices et interprètes : Leur nombre a quintuplé entre 1999 et 2018, et devrait augmenter de 22 % entre 2019 et 2029. On voit que la traduction automatisée améliorée grâce à l’IA fait diminuer grandement la croissance dans cette profession, mais il demeure que la demande augmente sans cesse et qu’on a encore besoin de professionel.les pour bien des travaux de traduction.

– Chirurgien.nes (sauf les ophtalmologistes) : Alors que leur nombre a baissé de 30 % entre 2008 et 2018, on prévoit qu’il ne baissera que de 2 % entre 2019 et 2029. En outre, leur baisse aurait peu à voir avec les robots chirurgiens, mais plus avec l’adoption de solutions de rechange à la chirurgie.

– Radiologistes : Cette profession est l’exemple le plus cité de profession de niveau de compétence élevé menacée par l’IA, certaines personnes annonçant même la disparition pure et simple de cette spécialité. À quoi bon un.e expert.e dans l’interprétation des images hyper bien payé.e si une machine le fait mieux et plus rapidement? Pourtant, selon les données de l’American Medical Association, le nombre de radiologistes a augmenté de 30 % entre 2000 et 2019, un peu moins que l’ensemble des professions médicales (34 %). Si l’AMA prévoit une baisse de cette croissance de 2019 à 2034, elle est loin d’envisager leur disparition à moyen terme. Il faut ajouter que leurs tâches ne consistent pas seulement à interpréter des images, comme les prévisions des oiseaux de malheur le laissent penser.

– Préposé.es au comptoir : Alors qu’on prévoit leur remplacement par des robots depuis longtemps, avec des exemples anecdotiques médiatisés, leur nombre a augmenté de 35 % entre 1999 et 2009 et de 30 % entre 2008 et 2018 (plus du double de la prévision de 13,7 %). Le BLS prévoit une hausse de 11,4 % entre 2019 et 2029, le triple de la moyenne (3,7 %).

– Concierges et nettoyeur.euses : Les aspirateurs robotisés existent depuis 2002. Pourtant, le nombre de concierges et nettoyeur.euses est demeuré assez stable entre 1999 et 2018, et le BLS prévoit une croissance semblable à la moyenne d’ici 2029. Le problème est que ces robots ne peuvent effectuer qu’une petite partie des tâches de ces travailleur.euses.

– Manœuvres en aménagement paysager et en entretien des terrains : Il ne faut vraiment pas connaître les tâches de ces travailleur.euses pour imaginer qu’une tondeuse robotisée qui ne fonctionne bien que sur des terrains plats puisse les remplacer…

– Conducteur.trices de poids lourds et de camion à semi-remorque : Le fantasme des camions autonomes existe depuis au moins 10 ans et ne s’est réalisé que dans des environnements contrôlés, comme sur des chantiers toujours identiques (notamment dans les mines de sables bitumineux). En fait, le nombre de ces conducteur.trices a augmenté un peu plus rapidement que la moyenne entre 2008 et 2018, mais le BLS prévoit une croissance un peu moins forte que la moyenne entre 2019 et 2029. On est loin du tsunami de pertes d’emplois!

– Manutentionnaires : Ici aussi, bien des gens pensent que les robots d’entrepôts, comme chez Amazon, signent le déclin de cette profession. Or, alors que le BLS prévoyait une baisse de 1 % de l’emploi dans cette profession de 2008 à 2018, il a augmenté de 28 %, probablement en raison de la popularité du commerce électronique. Plus prudent cette fois, le BLS prévoit une croissance de 4 %, semblable à celle observée de 1999 à 2009 et à la moyenne.

– Agent.es de prêts : Après avoir augmenté de 49 % de 1999 à 2009, le nombre d’agent.es de prêts a diminué de 4 % entre 2008 et 2018, et le BLS prévoit une hausse de 3 % entre 2019 et 2029. Ce serait leurs tâches liées aux prêts hypothécaires qui seraient menacées. On verra!

– Préposé.es aux déclarations de revenus : Après avoir augmenté de 5 % de 1999 à 2009, le nombre de ces préposé.es a diminué de 10 % entre 2008 et 2018, et le BLS prévoit une nouvelle baisse de 1 % entre 2019 et 2029. Dans ce cas, la tendance à la baisse due aux logiciels et à la délocalisation des emplois est bien installée et a finalement peu à voir avec l’IA. De toute façon, le volume d’emploi dans cette profession a toujours été faible et ses emplois très saisonniers.

– Programmeur.euses : L’emploi baisse constamment depuis 1999, mais en grande partie en raison de la délocalisation des emplois (par exemple, en Inde). Il devrait en être de même à l’avenir selon le BLS. Pour l’instant, la programmation par l’IA n’est pas au point et exige des révisions importantes.

– Avocats et technicien.nes juridiques : Malgré la délocalisation d’un certain nombre d’emplois, le nombre d’avocats et de technicien.nes juridiques a fortement augmenté de 1999 à 2019, encore plus pour les technicien.nes juridiques, et le BLS prévoit la poursuite de ces tendances de 2019 à 2029, mais de façon atténuée. Pourtant, cette profession, surtout du côté des technicien.nes, est une de celles considérées les plus vulnérables par nos futurologues de l’IA.

– Journalistes et spécialistes des relations publiques : Le nombre de journalistes a diminué de 20 % entre 1999 et 2008, puis de 28 % entre 2008 et 2018 et devrait continuer à diminuer entre 2019 et 2029, cette fois de 11 %. Or, ces baisses sont dues principalement à Internet et aux médias sociaux, en raison de la baisse du nombre de lecteurs de journaux et surtout des revenus publicitaires. La rédaction de textes techniques à l’aide de l’IA a eu finalement peu d’impact. D’ailleurs, le nombre de spécialistes des relations publiques a de son côté plus que doublé entre 1999 et 2009 et devrait continuer à augmenter de 2019 à 2029, mais de 7 %, taux qui est tout de même le double de la moyenne. Notons qu’il manque les données pour la période de 2008 à 2018.

– Caissier.ières et autre personnel de la vente : Ce personnel a quelque peu augmenté de 1999 à 2018, mais devrait diminuer légèrement de 2019 à 2029 (baisse concentrée chez les caissier.ières), mais surtout en raison de la popularité du commerce électronique et de l’utilisation grandissante de moyens de paiement électroniques pour les caissier.ières.

– Agent.es de télémarketing et de service à la clientèle : Si le nombre des premier.ières a diminué considérablement entre 1999 et 2018, ce fut l’inverse pour les deuxièmes, qui étaient en plus déjà quatre fois plus nombreux que les premier.ières en 1999 et le sont devenus entre 15 et 20 fois en 2018. Leur nombre devrait diminuer entre 2019 et 2029, mais la baisse serait beaucoup plus forte chez les agent.es de télémarketing que chez les agent.es de service à la clientèle (-14 % par rapport à -2 %). Ces deux professions ont été touchées par les systèmes automatisés de réponse vocale et par la délocalisation des emplois, mais surtout pour le télémarketing (domaine qui a aussi subi les effets de la création de registres d’exclusion, comme celui-ci au Canada), le service à la clientèle demandant plus d’interactions humaines et de connaissances variées et fines.

– Garnisseur.euses de tablettes et préposé.es aux commandes : Leur nombre a augmenté un peu plus rapidement que la moyenne de 1999 à 2018, mais devrait demeurer assez stable (hausse de moins de 1 %) de 2019 à 2029. Si la prise de commande est en partie automatisée par le commerce électronique et les commandes par Internet, et si cette tendance s’accentuera, le garnissage de tablettes demandera encore longtemps des interventions humaines et est très difficile et onéreux à remplacer par des robots.

– Agent.es de réservation dans les transports : Leur nombre a diminué fortement de 1999 à 2018, et devrait continuer à le faire de 2019 à 2029, mais moins fortement, car il en reste peu, essentiellement parce que les gens peuvent faire eux-mêmes leurs réservations et obtenir leurs billets sur Internet.

– Ouvrier.ières agricoles : Même si on prévoit leur baisse depuis longtemps, leur nombre a augmenté plus fortement que la moyenne de 1999 à 2018, mais devrait augmenter moins que la moyenne de 2019 à 2029. En fait, ce qui est facile à automatiser ou à mécaniser en agriculture l’est depuis longtemps (comme la traite des vaches). Cela dit, le BLS prévoit quelques nouveautés de ce côté, ce qui explique ses prévisions inférieures à la croissance des deux dernières décennies.

– Soudeur.euses : Les tâches de soudure qui peuvent être robotisées l’ont été il y a longtemps, notamment de 1999 à 2008, ce qui explique la baisse de 17 % de l’emploi au cours de cette décennie (quoique cette baisse puisse aussi s’expliquer par la délocalisation d’un certain nombre d’entreprises manufacturières), mais l’emploi est demeuré stable par la suite (2008 à 2018) et devrait même augmenter légèrement entre 2019 et 2029.

Les 30 professions dont l’emploi a le plus diminué de 1999 à 2018 : L’auteur présente ces professions dont la baisse s’explique surtout par la bureautique, l’informatisation et la délocalisation des emplois.

Les emplois liés à la science, la technologie, le génie et les mathématiques (STEM, en anglais) : Globalement, mais avec de gros écarts selon les professions, l’emploi dans ce domaine a augmenté d’environ 20 % au cours de chacune des deux dernières décennies et devraient augmenter de 8 % de 2019 à 2029, soit plus de deux fois plus fortement que la moyenne. Les travaux liés à l’IA ne représentent qu’une faible part des tendances qui ont influencé et influenceront l’évolution de l’emploi dans ces professions.

Conclusion : Les données présentées dans cette étude n’appuient nullement les conclusions des futurologues qui sont arrivés à la conclusion que 47 % des professions seraient vulnérables à être automatisées ou remplacées par l’IA entre 2010 et 2030, même si 60 % de cette période est derrière nous, et cela, même en ne retenant que les 27 professions les plus souvent mentionnées dans ces travaux. En plus, celles qui ont connu des baisses importantes étaient déjà touchées par des facteurs existant bien avant cette période, notamment par l’informatisation des tâches et la délocalisation des emplois dans des pays à bas salaires.

L’auteur revient sur les principales lacunes de ces prévisions catastrophistes. Elles exagèrent les impacts des changements à venir, ne tiennent pas compte de la grande variété des emplois dans les professions et ne considèrent pas non plus la variété des tâches accomplies par les personnes qui occupent ces emplois (reproches faits à ces études depuis des années). Leurs auteurs n’ont pas non plus pensé que l’accélération de certaines tâches permet de passer plus de temps à en accomplir d’autres (ce fut aussi le cas quand on estimait l’impact sur l’emploi de la bureautique et de l’informatisation dans les années 1980 et 1990). Finalement, ils n’ont pas réalisé que ce n’est pas parce qu’une technologie existe qu’elle est nécessairement adoptée et, que si elle l’est, cela sera bien graduellement.

Et alors

Cette étude est probablement celle que j’ai lue qui analyse avec le plus de profondeur les affirmations des oiseaux de malheur de l’IA. J’avoue que mon biais de confirmation a joué à plein ici, d’autant plus que l’auteur mentionne à peu près tous les arguments que d’autres auteur.es et moi-même avons soulevés sur le sujet, bien avant d’avoir les données pour les appuyer. Avec ces données en plus, il ne s’agit plus seulement de raisonnements, mais d’une quasi-certitude : non, le marché du travail ne sera pas complètement bouleversé par l’IA, même si celle-ci aura sûrement des impacts importants d’ici quelques années dans quelques domaines.

Mon biais de confirmation a certainement joué comme je l’ai dit, mais j’ai quand même trouvé un défaut à cette étude. Si l’utilisation des prévisions du BLS est conceptuellement une bonne idée, surtout en les comparant à la différence entre ces prévisions et la réalité pour la décennie antérieure (2008-2018), je trouve en fait que ces prévisions ne prouvent pas grand-chose. Ayant moi-même fait des prévisions sur l’évolution de l’emploi dans les professions, je sais qu’on introduit rarement des changements majeurs aux tendances historiques, à moins d’avoir des preuves très solides (comme des annonces officielles d’investissements et de fermetures ou la signature d’une entente précise de libre-échange, par exemple). Alors, se servir des prévisions du BLS pour «prouver» qu’on ne prévoit pas de changements dans les tendances qui influencent l’emploi dans une profession ne prouve justement rien.

Il demeure que cette étude montre bien qu’après 60 % de la période maximale de changements et carrément après sa période minimale (Frey et Osborne parlaient d’une à deux décennies), on cherche encore les impacts de l’automatisation et de l’IA sur le marché du travail, et on ne trouve surtout pas un tel impact sur 47 % des professions!

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