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Le salaire minimum et les inégalités aux États-Unis

28 juillet 2022

salaire minimum et inégalités aux États-UnisJe vais présenter dans ce billet un court document sur les hausses récentes du salaire minimum dans 20 territoires des États-Unis, puis une étude plus étoffée sur une méthode novatrice pour pouvoir suivre l’évolution des inégalités sur une base mensuelle, en temps réel.

Hausses récentes du salaire minimum dans 20 territoires des États-Unis

Le billet intitulé Rising minimum wages in 20 states and localities help protect workers and families against higher prices (La hausse du salaire minimum dans 20 États et localités contribue à protéger les travailleurs et les familles contre la hausse des prix) de Sebastian Martinez Hickey et David Cooper a été publié le 11 juillet 2022 par l’Economic Policy Institute (EPI).

Trois États, 16 villes et comtés, et le District de Columbia (ou la ville de Washington) ont augmenté leur salaire minimum le premier juillet dernier. Dans les États et à Washington, il a augmenté d’entre 0,25 $ et 1,00 $ pour se situer entre 10,50 $ (13,58 $ canadiens) au Nevada et 16,10 $ (20,82 $) à Washington. Ces hausses s’ajoutent à celles des 21 États qui l’ont augmenté le premier janvier. En plus, deux autres l’augmenteront en octobre, pour un total de 26 États qui l’auront augmenté en 2022. Les 16 villes et comtés (ou 17 avec Washington) l’ont augmenté d’entre 0,35 $ et 1,11 $, pour se situer entre 13,35 $ (17,27 $ à Cook County, Illinois) et 17,38 $ (22,87 $ à Emeryville, Californie, près de San Francisco). Même si ces salaires minimums sont nettement plus élevés que le salaire minimum fédéral (7,25 $, ou 9,38 $ canadiens), ils ne permettent pas à ces personnes, et encore moins si elles ont des enfants, de vivre décemment, selon le calculateur du budget familial de l’EPI, même avec ses prix datant de 2020.

Les auteurs précisent, en citant des études à cet effet, que les hausses du salaire minimum n’ont qu’un impact minime sur l’inflation, démonstration que je fais chaque année (celle pour 2022). Cet effet devrait être encore moins important cette année où la forte inflation est due en majeure partie à des causes extérieures (prix du pétrole et des céréales, coûts de transport, approvisionnement de semi-conducteurs, etc.), où les salaires augmentent moins que les prix et où le principal facteur interne est la hausse des marges bénéficiaires des entreprises. Bref, ces hausses du salaire minimum aideront les travailleur.euses à bas salaire à faire face aux hausses de prix, sans avoir d’impact notable sur l’inflation.

Les inégalités en temps réel

L’étude intitulée Real-Time Inequality de Thomas Blanchet, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman a été publiée en juillet 2022 par le National Bureau of Economic Research (NBER). Je précise, comme je l’ai fait fréquemment, que Gabriel Zucman et Emmanuel Saez, tous deux professeurs au Department of Economics de l’University of California, Berkeley, sont parmi les économistes que je respecte le plus et que je m’assure, lorsque c’est possible, de lire leurs publications.

1. Introduction : «L’une des principales lacunes des statistiques économiques des États-Unis est le manque d’information en temps réel sur la répartition des revenus». Si les sources de données globales en temps presque réel sont nombreuses, elles ne fournissent aucune indication sur les groupes sociaux touchés par les hausses et les baisses de ces données. L’objectif de cette étude est justement de pallier cette lacune en fournissant des données sur leur distribution par niveau de revenus.

Ces données permettent de répondre à de nombreuses questions, portant notamment sur l’importance des programmes gouvernementaux durant la pandémie, sur leur impact par tranches de revenus, sur l’évolution des salaires par tranches de salaires et sur l’inflation.

2. Revue des études existantes : Les auteurs décrivent quelques tentatives d’utiliser des données en temps réel pour suivre l’évolution des inégalités, certaines donnant des résultats intéressants, mais avec de nombreuses lacunes. Puis, ils présentent d’autres études portant sur l’estimation de l’impact de la pandémie et des programmes créés en 2020 pour en amoindrir les effets sur les inégalités durant la pandémie. Si ces études sont intéressantes, elles laissent de côté bien des facteurs qui ont eu une influence différente sur les inégalités, dont le resserrement du marché du travail, comme on le verra.

3. Rééchelonnement en fonction des agrégats de revenu mensuel : Ce titre obscur reflète bien le contenu de cette partie qui explique plus en détail les étapes de la méthode utilisée par les auteurs.

4. Incorporation des changements dans les composantes du revenu : Il s’agit de l’étape la plus délicate et la plus importante de leur méthode, car elle permet d’estimer l’évolution mensuelle des revenus de travail, qui représentent 70 % des revenus totaux. Pour ce, les auteurs utilisent les données sur l’évolution de l’emploi (selon l’âge, le genre, l’ethnie, la scolarité et le statut matrimonial) et ensuite associent les données d’autres sources sur les revenus à cette base (revenus d’emploi, d’entreprises, de retraite, d’intérêts, de dividendes, de transferts sociaux et autres). Comme je le disais plus tôt, leur méthode n’est pas simple, mais me semble très fiable! Cela dit, il est impossible d’obtenir certaines précisions en raison des limites des différentes sources utilisées, notamment pour les hauts revenus. Ils expliquent ensuite comment ils peuvent estimer les inégalités de revenus, c’est-à-dire la distribution des différents types de revenus selon le niveau de revenus. On peut consulter ce tableau pour prendre connaissance d’un résumé des sources utilisées.

salaire minimum et inégalités aux États-Unis_15. Tests de validation : Les auteurs appliquent leur méthode à partir de 1976 pour quatre groupes de redistribution parmi les adultes (les 50 % les moins riches, les 40 % suivants, les 9 % suivants et les 1 % les plus riches) en comparant l’évolution des parts des revenus totaux de ces quatre groupes selon les données annuelles réelles (ronds rouges) jusqu’en 2019 et leurs calculs mensuels (trait bleu) jusqu’en 2022. On voit que la méthode fonctionne très bien pour les quatre groupes. Ils étaient plus craintifs pour les 1 % les plus riches, car les données d’enquête évaluent mal les revenus de ce groupe. Ils étaient donc satisfaits de constater que leur modèle a bien estimé les écarts annuels de leurs revenus (à la hausse ou à la baisse) 36 fois sur 44, un taux de 82 %.

Ils testent aussi les estimations de leur modèle pour les profits d’entreprises, les revenus d’intérêts, les dividendes et les revenus de propriété et obtiennent aussi des résultats satisfaisants. Pour le taux de croissance des revenus totaux, leur méthode fonctionne aussi très bien, sauf pour les revenus des 1 % les plus riches lors des années de réformes fiscales, car ces riches ont alors tendance à retarder ou devancer la prise de profits (surtout pour les revenus de dividendes), phénomène bien connu qui s’est aussi observé au Canada en 2015 et 2016, quand le gouvernement fédéral a ajouté un palier d’imposition (pour plus de précision, voir ce billet). Ils font d’autres tests en retirant certaines étapes de leur méthode et constatent que les résultats sont bien moins satisfaisants sans ces étapes.

6. Les inégalités pendant la pandémie de Covid-19 : Maintenant que leur méthode a été validée, ils présentent les résultats de leur modèle au cours de la pandémie de COVID-19, période pour laquelle les données officielles ne sont pas encore disponibles. Entre février et avril 2020, le revenu national a chuté de 15 %, mais a rebondi rapidement. Par contre, ces mouvements furent bien différents pour chacun des salaire minimum et inégalités aux États-Unis_2quatre groupes de revenus, comme on peut le voir sur le graphique ci-contre. En effet, les revenus des 50 % les moins riches (ligne bleue) ont diminué de 23 %, ceux des 1 % les plus riches d’environ 20 % (ligne orange, surtout en raison de la chute des profits d’entreprises) et ceux des deux autres groupes (lignes verte et rouge) d’environ 10 %, car ils ont été proportionnellement moins nombreux que les moins riches à perdre leur emploi (ce fut la même chose au Canada et au Québec).

Ce fut l’inverse en 2021. Si les revenus ont en moyenne augmenté de 8 %, cette hausse fut de 12 % pour les 50 % les moins riches, de 13 % pour les 1 % les plus riches et de 5 % pour les deux autres groupes. Malgré ces trajectoires très différentes, les revenus des quatre groupes avaient au moins retrouvé leur niveau de revenus de février 2020 au plus 20 mois plus tard (octobre 2021). Par contre, le rythme de récupération a aussi varié selon les groupes, celle-ci n’ayant duré que huit mois pour les deux groupes centraux, mais entre 10 et 20 mois pour les 1 % les plus riches et les 50 % les moins riches. Ces trajectoires différentes ont eu pour effet d’augmenter les inégalités.

Les auteurs montrent ensuite que ce temps de récupération fut beaucoup plus court que lors de la grande récession commencée en 2007, alors que les revenus de 50 % les moins riches n’avaient été retrouvés que 110 mois (9 ans et 2 mois) après le début!

– la hausse des salaires : Leurs données permettent aussi d’analyser la hausse des revenus salariaux (y compris les avantages sociaux et les revenus d’emploi des travailleur.euses autonomes) au lendemain de salaire minimum et inégalités aux États-Unis_3la période récessive de la pandémie. Le graphique ci-contre présente l’évolution des revenus d’emploi des membres des deuxième, troisième et quatrième quartiles, et des 1 % les plus riches. Les auteurs précisent qu’ils n’ont pas présenté les revenus d’emplois des membres du premier quartile, car la grande majorité de ces personnes n’ont pas de revenus d’emploi. On peut voir que les revenus d’emploi des 1 % les plus riches (ligne mauve) ont rapidement surpassé leur niveau d’avant la pandémie et ont connu la plus forte croissance du milieu de 2020 au début de 2022. Toutefois, les revenus d’emploi des membres du deuxième quartile, qui sont ceux qui ont de loin le plus diminué au creux de la récession, ont constamment augmenté depuis ce creux et se retrouvaient en mai 2022 ceux qui avaient le plus augmenté. En fait, cela montre que les personnes les moins bien payés sont celles qui ont connu la plus forte hausse de leurs revenus d’emploi, soit d’environ 12 %, ce qui montre qu’un marché du travail serré, c’est-à-dire avec un taux de chômage faible et un taux de postes vacants élevé, tend à faire réduire les inégalités des revenus d’emploi.

– les interventions gouvernementales : Ces interventions pendant les récessions influencent grandement le niveau et la distribution du revenu disponible. D’ailleurs, le revenu disponible réel par adulte était en 2022 en moyenne 10 % plus élevé qu’en 2019, en grande partie en raison des déficits gouvernementaux importants. Les 50 % les moins riches ont le plus bénéficié de ces interventions, leur revenu disponible salaire minimum et inégalités aux États-Unis_4réel ayant augmenté de 20 %. Le graphique ci-contre (tiré de cette page) montre l’évolution mensuelle de différentes sources de revenus pour les membres âgé.es de 20 à 64 ans (tranche d’âge correspondant aux personnes en âge de travailler) des 50 % les moins riches depuis quelques mois avant le début de la pandémie. On voit que si le revenu disponible réel excluant les transferts gouvernementaux a baissé grandement au début de la pandémie, les programmes gouvernementaux habituels et ponctuels ont permis une hausse parfois considérable de ce revenu (doublant même en mars 2021 en raison de la réception d’un paiement unique). On voit aussi que ces contributions ont presque disparu depuis le début de 2022, mais que la hausse des salaires mentionnée plus tôt a permis de faire augmenter de façon notable leur revenu disponible réel entre 2019 et 2022.

salaire minimum et inégalités aux États-Unis_4a6.4 Évolution de la concentration de la richesse : Le graphique ci-contre illustre l’évolution de la richesse (ou des actifs nets) des 0,1 %, 1 % et 10 % les plus riches, et des 40 % suivants entre juillet 2019 et mai 2022, et une prévision pour juin 2022. De la fin de 2019 à novembre 2021, la valeur des actifs nets a augmenté dans ces quatre groupes, mais davantage chez les plus riches. Puis, avec la chute de la valeur des actions boursières, la valeur des actifs nets des trois groupes les plus riches a plongé, leur faisant perdre la moitié des gains des deux années précédentes, alors que celle des 40 % suivants augmentait légèrement, car leurs actifs sont davantage concentrés dans l’immobilier. Cette chute chez les plus riches a ramené les inégalités de richesse à leur niveau d’avant la pandémie.

7. Les disparités économiques selon l’ethnie : Les données fiscales et d’enquêtes ne permettent pas de comparer les revenus totaux moyens selon l’ethnie, mais les données sur les revenus d’emploi le permettent. La méthode des auteurs, elle, peut le faire aussi pour les revenus totaux. Le graphique ci-salaire minimum et inégalités aux États-Unis_5contre montre l’évolution de 1990 à 2020 de la part des Noir.es sur celle des Blanc.hes des revenus d’emploi des personnes âgées de 20 à 64 ans (autour de 60 %, ligne bleue), des revenus avant impôt (autour de 50 %, ligne rouge), de la richesse (entre 20 % et 30 %, ligne mauve) et des revenus de capital avant impôt (autour de 20 %, ligne orange). Ce graphique montre aussi que ces parts n’ont connu aucune amélioration en plus de 30 ans, et même une légère détérioration, surtout pour la richesse (de 31 % à 26 %) et pour les revenus avant impôt (de 55 % à 51 %). Ces parts sont toutefois restées assez stables durant la pandémie.

8. Conclusion : Les auteurs reviennent sur leurs principaux constats et précisent que leurs données sont disponibles et mises à jour quotidiennement sur un site consacré à ce projet. Ils ajoutent qu’il s’agit d’un travail en évolution et que certaines données (qu’ils mentionnent) pourraient être améliorées. Ils concluent en disant considérer leurs «statistiques en temps réel comme un prototype qui [espèrent-ils] sera affiné, enrichi et finalement intégré aux statistiques officielles des comptes nationaux».

Et alors…

Je n’ai rien à ajouter au premier document que j’ai présenté, mais tient à mentionner que, à chaque étude de Gabriel Zucman et Emmanuel Saez (et de quelques autres, dont Thomas Piketty avec qui ils collaborent fréquemment) que je lis, je suis fasciné de voir ces gens constamment tenter d’affiner leurs méthodes et d’influencer les autorités pour améliorer la qualité et la profondeur des données nécessaires pour étudier à fond les inégalités, sans perdre de vue la nécessité de convaincre les décideur,euses de les utiliser pour les réduire. Je ne prétendrai pas avoir compris à 100 % les étapes de la méthode présentée dans cette étude, mais quand même suffisamment pour apprécier le travail gigantesque accompli pour en arriver là. Cela peut être fastidieux de lire une étude comme celle-là où l’aspect méthodologique prend plus de place que les résultats (ce qui n’est pas le cas dans ce billet, car j’ai résumé bien plus les parties sur la méthode), mais si on ne comprend pas minimalement ce que les auteurs ont accompli, il est aussi impossible d’apprécier la qualité et la pertinence de leurs résultats. Et ces résultats permettent de savoir vraiment quel fut l’impact de la pandémie, des programmes gouvernementaux et de quelques autres facteurs, dont la chute boursière et le resserrement du marché du travail, sur les inégalités de revenus et de richesse.

8 commentaires leave one →
  1. 28 juillet 2022 14 h 22 min

    Bonjour Mario,

    Études très intéressantes, merci pour les résumés. Concernant l’étude sur les inégalités, je remarque que pour tous les groupes de revenus rapportés, les revenus totaux réels ont augmenté comparativement à pré-covid. Non seulement cela, mais en extrapolant les (mini) tendances de 2019, on pourrait même dire que, cumulativement, tous les groupes se retrouvent aujourd’hui au moins là où ils auraient été sans pandémie.

    Si on fait un lien avec les discours au sujet de l’érosion dramatique du pouvoir d’achat des ménages due à l’inflation, est-il juste de dire qu’en réalité, il n’y pas encore eu d’érosion outre-mesure ? C’est-à-dire, au point de ramener le pouvoir d’achat en-deçà de ce qu’il aurait été dans un scénario « business as usual » ?

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  2. 28 juillet 2022 15 h 10 min

    @ pollytatouin

    Il est encore un peu tôt selon moi pour se prononcer sur cette question. Tout d’abord, ces études portent sur les États-Unis. Ensuite, on parle de moyennes, qui ne s’appliquent pas à tout le monde. Par exemple, les membres de chacun des groupes de revenus ne sont pas nécessairement les mêmes personnes en début et en fin de période (dont les victimes de la COVID longue, possiblement). En plus, si les revenus d’emploi ont progressé, il y a quand même encore moins de monde en emploi aux États-Unis qu’en 2019 (ou en février 2020). Le taux de chômage est en effet un indicateur à qui ont fait dire bien plus de choses qu’il n’en dit vraiment. J’ai d’ailleurs lu un billet intéressant de l’EPI hier sur le sujet en prenant pour exemple le taux de chômage de 1,8 % au Minnesota… https://www.epi.org/blog/putting-minnesotas-record-low-unemployment-numbers-in-context/

    Cela dit, si tu as lu mes billets sur les effets de composition, tu sais que j’ai grandement relativisé ce qu’on dit sur la perte du pouvoir d’achat sur un an. Même s’il est difficile politiquement et socialement de dire que l’inflation n’est pas si grave, je la trouve personnellement moins dommageable que la récession qui s’en vient si on s’acharne à la faire baisser par la demande, alors que le problème est en grande majorité ailleurs. En fait, il faut surtout compenser les ménages dont les revenus proviennent de transferts indexés en retard (comme à l’aide sociale), et intervenir dans des domaines comme le logement, où les gens qui subissent la crise perdent énormément, alors que la majorité s’en tire relativement bien.

    Bref, les moyennes ont peut-être évolué au bout du compte comme elles l’auraient fait (quoiqu’on ne le saura jamais!), mais les flux à la base de ces moyennes ont évolué bien différemment. Et, on peut remercier nos gouvernements (essentiellement fédéraux, tant au Canada qu’aux États-Unis) pour leurs interventions rapides et en général bien faites.

    Je ne sais pas si je réponds bien, j’ai l’impression de m’être un peu étendu dans bien des directions… Et je n’ai pas parlé de l’impact sur les finances publiques!

    Et toi, qu’est-ce que tu en penses?

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  3. pollytatouin permalink
    1 août 2022 9 h 28 min

    Effectivement, les politiques publiques ont joué un grand rôle au cours de cette crise hors du commun. Je posais la question car au Québec, le niveau d’emploi est essentiellement revenu à son niveau pré-pandémique (très élevé) et, si l’on examine les salaires moyens et médians de l’EPA et l’EERH, on remarque qu’ils ont aussi crû cumulativement plus – ou autant – que l’IPC.

    Comme tu le soulignes, chaque groupe renferme une distribution, mais il semble tout de même qu’au minimum le travailleur.euse médian soit en meilleure ou aussi bonne posture qu’en 2019.

    J’ai trouvé l’étude de Blanchet et al. intéressante car elle jette un éclairage sur la moyenne du 50% inférieur (ce qui est inférieur à la médiane), et là aussi on semble observer la même chose a priori… mais bon, les statistiques sur les paniers alimentaires ne mentent pas o.o

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  4. 1 août 2022 10 h 18 min

    Oui, l’étude de Blanchet, Saez et Zucman est très intéressante, mais j’aurais aimé que les auteurs analysent davantage le rôle de l’inflation dans les mouvements récents des revenus et des actifs nets (richesse). À première vue, l’inflation a beaucoup plus touché les plus riches que les plus pauvres, surtout du côté de la richesse, ce qui n’a rien d’étonnant. Le discours ambiant prétend que l’inflation touche davantage les plus pauvres, notamment parce qu’iels consomment une plus grande part de leurs revenus. Ce n’est pas faux, mais on voit bien que c’est la valeur des actifs nets qui est la plus touchée, avec la baisse de la valeur des actions, mais aussi, même si les auteurs n’en parlent pas beaucoup, des autres actifs nets et des revenus liés au capital. Pour les plus pauvres, des compensations aux transferts mal indexés, comme mentionné plus tôt, pourraient corriger les pires impacts, tandis qu’on voit bien que les membres du deuxième quartile semblent mieux s’en tirer que les membres du 1 % le plus riche du côté des revenus d’emploi, même si cette observation va à l’encontre du discours public.

    Cette observation peut selon moi influencer les actions de la Fed (et de la Banque du Canada). Ces banques subissent sûrement des pressions des plus riches pour donner la priorité à l’inflation, même au risque de causer une récession qui toucherait bien davantage les plus pauvres, à moins d’autres interventions majeures des gouvernements, comme lors de la pandémie, alors qu’il serait étonnant que de telles interventions de grande ampleur soient à nouveau adoptées (on invoquerait notamment leur impact sur l’inflation!).

    Comme je le disais dans mon commentaire précédent, il est un peu tôt pour conclure, mais ce sont en gros mes réflexions sur ce sujet.

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  5. pollytatouin permalink
    1 août 2022 11 h 19 min

    En effet, une étude de Statistique Canada avait calculé que l’inflation subie par les ménages moins nantis est en moyenne inférieure à l’ensemble. Donc ce n’est pas une question du taux d’inflation auquel les plus pauvres sont confrontés, mais plutôt de l’absence de marge de manœuvre pour s’ajuster, les plus riches pouvant réduire leurs dépenses, leur épargne, etc.

    Concernant les riches faisant pression pour combattre d’abord l’inflation, je me suis étonné en fin de semaine d’entendre autant de personnes se plaindre des mauvais services reçus, notamment à cause de la rareté de main-d’œuvre. Les gens veulent de l’emploi et des hausses salariales (donc du rapport de force relativement à l’employeur), mais ça vient avec un coût à court-terme : des services réduits et des commandes refusées. Bref, il semble que même les non fortunés donnent la priorité à combattre l’inflation !

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  6. 1 août 2022 16 h 08 min

    Je sais, la désinformation porte ses fruits. C’est pourquoi il est à peu près impossible politiquement de relativiser l’impact de l’inflation comme je le fais.

    J’ai aussi vu l’étude de Statcan dont tu parles et l’ai présentée et commentée à https://jeanneemard.wordpress.com/2022/01/27/lindice-des-prix-a-la-consommation-et-les-perceptions-de-linflation/ (si c’est la même dont tu parles, sinon, j’aimerais que tu me donnes ses coordonnées). Elle montre aussi les erreurs de perceptions des gens. Très intéressant!

    Et je ne suis pas certain que ce soit des pauvres qui se plaignent du service dans les restaurants (quoique «non fortunés» soit large!), car ils ne doivent pas y aller souvent! 😉

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  7. pollytatouin permalink
    3 août 2022 9 h 59 min

    Il s’agit bien de cette étude, oui. Chacun trouve de quoi se plaindre : les restos, la disponibilité des voitures, les soins de santé… une économie qui roule à haute capacité crée nécessairement ce genre de tensions. L’important est d’allouer les ressources aux « bons » endroits !

    Mais comme tu dis, la désinformation en mène large…

    Aimé par 1 personne

  8. 3 août 2022 11 h 12 min

    Pour l’essence, cela n’a entraîné aucune hausse de la fréquentation du transport en commun, ni de l’organisation de covoiturage. Un ami de Rimouski m’a dit qu’au cégep où il travaille, quelques personnes ont tenté d’en organiser, mais que personne ou presque ne s’est présenté, même si ces gens se rendent tous au même endroit. Cela montre bien que les hausses de prix ne doivent pas les heurter tant que ça!

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