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Traitements-chocs et tartelettes

1 août 2022

Traitements-chocs et tartelettesSous la direction de Josiane Cossette et Julien Simard, le livre Traitements-chocs et tartelettes – Bilan critique de la gestion de la COVID-19 au Québec «ramène à la surface d’importants aspects de la crise. Des recommandations biaisées de l’INSPQ en passant par le silence entourant la COVID longue, les mensonges sur les tests de qualité de l’air, le traitement réservé aux anges gardiennes, la négligence criminelle dans les CHSLD, le déni du racisme systémique et de la transmission aérienne, il met en lumière ce que le gouvernement aurait aimé écarter de son bilan».

Préambule – «Le Québec est hors de contrôle» : La parution de ce livre a dû être retardée en raison de l’apparition d’une nouvelle vague à la fin de 2021.

Introduction : L’idée de ce livre vient de la tendance du premier ministre, François Legault, de se fermer les yeux sur les lacunes de sa gestion de la pandémie, lui qui s’est même octroyé une note parfaite pour cette gestion. Ce livre vise justement à souligner ces lacunes.

Première partie – Choisir d’ignorer

Gouverner en ignorant les femmes – Bilan en trois tableaux : Camille Robert constate que la plateforme de la CAQ de 2018 ignorait totalement les femmes. Il n’est en conséquence pas étonnant que la CAQ ne s’en soit pas plus préoccupée une fois au pouvoir, même durant la pandémie, alors que les contributions des femmes, notamment racisées, furent essentielles, sans compensation pour leurs pertes de revenus et leurs tâches et dépenses supplémentaires. Elle donne de nombreux exemples de cette insouciance, aussi bien du côté des tâches domestiques et professionnelles que du côté des programmes de relance.

«Nous et les autres» – Les ravages d’une gestion de crise populiste : Josiane Cossette revient sur de nombreux épisodes qui montrent que le gouvernement a laissé de côté de larges pans de la société dans ses communications et dans les mesures qu’il a adoptées.

Pauvreté et pandémie – L’aveuglement volontaire du gouvernement : Virginie Larivière fait ressortir les conséquences de l’insuffisance de l’action du gouvernement de la CAQ en matière de pauvreté, notamment au cours de la pandémie. Elle aborde l’insécurité alimentaire, l’absence de soutien aux personnes les plus pauvres, notamment aux prestataires de l’assistance sociale, les coûts supplémentaires occasionnés par la pandémie et la hausse des problèmes de santé, notamment mentale.

Crise sanitaire et racisme systémique : Alexandra Pierre montre que la pandémie a exacerbé les inégalités raciales qui existent au Québec depuis longtemps. Elle donne des exemples notamment au cours de la tragédie des CHSLD; dans l’application déficiente des mesures sanitaires dans les emplois précaires occupés de façon disproportionnée par des personnes racisées; face à l’itinérance autochtone; dans les propos haineux subis par les Québécois.es d’origine asiatique; dans la négligence face à la forte proportion des cas de COVID-19 à Montréal-Nord; avec le manque de volonté du gouvernement pour régulariser la situation des personnes sans statut et lors du décès de Joyce Echaquan.

Pourquoi ne pas avoir misé sur la réduction des méfaits? : Après avoir donné des exemples de l’application de l’approche de la réduction des méfaits dans d’autres domaines (SIDA, drogues, alcool, etc.), Jean-Sébastien Fallu explique la forme qu’aurait pu prendre cette approche dans la lutte contre la COVID-19 et donne de nombreux exemples de mesures contre-productives à cet effet.

Deuxième partie – Du laisser-souffrir au laisser-mourir

Une gestion de la pandémie marquée par la négligence : André Noël commente les pires décisions des gouvernements fédéral et du Québec au cours de la pandémie, et leurs conséquences.

Les larguées, ni mortes ni guéries – les malades au purgatoire de la COVID longue : Elle-même atteinte de la COVID longue, comme au moins 10 % des personnes qui ont été infectées (surtout des femmes), Violaine Cousineau fait le tour des connaissances actuelles sur cette conséquence négligée et toujours mal comprise de la COVID. Elle présente de nombreux exemples des problèmes vécus par les personnes atteintes et les rares ressources disponibles, et dénonce l’inaction du gouvernement.

Géronticide, institutions de soins de longue durée et résidences privées – Une discussion avec Anne Plourde : Julien Simard dresse le bilan des décès chez les personnes âgées au cours de la pandémie, surtout lors de ses premiers mois, et souligne les nombreuses erreurs du gouvernement dans la gestion de la maladie dans les établissements hébergeant des personnes âgées. Il laisse ensuite la parole à Anne Plourde qui explique plus en détail les facteurs qui ont mené à ce désastre, puis il conclut en espérant que cette situation ne se répète pas lors d’une éventuelle prochaine pandémie.

Troisième partie – L’illusion d’agir

Entre licornes, pyromanie et improvisation – Les écoles, un important lieu d’éclosion : Josiane Cossette et Olivier Drouin soulignent les nombreuses erreurs faites dans les mesures adoptées pour les écoles et dans celles qui auraient dû l’être, et le déni de la science qui les a accompagnées. Iels décrivent ensuite les conséquences de ces erreurs.

L’illusion du couvre-feu : Emma Jean et Julien Simard remettent en question la décision du gouvernement d’imposer un couvre-feu au début de 2021, en raison de l’absence de nécessité et surtout de preuves de l’efficacité de cette mesure, et de la sous-estimation des problèmes qu’elle engendre.

La CAQ, la transmission aérienne et la caverne de Platon : Michel Seymour (avec la collaboration de Nancy Delagrave) se penche surtout sur le déni par le gouvernement et la santé publique de la transmission du virus par des aérosols.

Quatrième partie – Prise de parole

Quand les citoyens prennent le clavier pour combler les failles – conversation avec Aaron Derfel, Nancy Delagrave, Patrick Déry et Olivier Drouin : Ce chapitre est un compte-rendu d’une table ronde à laquelle les quatre invité.es ont participé en octobre 2021. Iels concluent que les pires problèmes de la gestion de la pandémie furent la politisation des communications et des décisions, et l’ignorance et le rejet des données scientifiques, notamment le déni de la transmission du virus par des aérosols.

Conclusion et entrevue avec la Dre Joanne Liu : Josiane Cossette et Julien Simard reviennent sur les constats les plus marquants faits dans les chapitres précédents et ajoutent le mépris de l’environnement et les intérêts des capitalistes pour ne pas modifier notre mode de vie aux facteurs mentionnés dans ce livre, deux facteurs qui favorisent en plus l’apparition de nouveaux virus. La Dre Liu aborde de son côté le manque de préparation en partie compréhensible; le jovialisme, la surconfiance et le manque d’humilité affichés par les gouvernements, surtout par celui de François Legault («ça va bien aller»…); le manque de solidarité, surtout au niveau international, mais aussi national; l’absence des décideur.euses sur le terrain; la sursimplification continuelle de la situation; le manque d’éducation collective sur la pandémie; l’abandon de la vision internationale de la pandémie qui favorise la multiplication des variants; le déni du risque que d’autres virus fassent leur apparition dans quelques années et l’importance de limiter la durée des brevets, voire de les lever.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire, et sans faute pour toute personne le moindrement intéressée par le sujet. Malgré quelques répétitions inévitables dans un livre comptant autant d’auteur.es (16) et portant sur un même sujet, ce livre a la grande qualité de faire le tour de la question. En plus, les démonstrations sont claires et appuyées par des données et des faits pertinents et fiables. Même si on connaît bien le sujet, ce livre permet de faire des liens entre tous les aspects de la question et de constater à quel point la gestion de cette pandémie par les gouvernements, mais surtout par celui de la CAQ, fut horrible, et ce, sur presque tous les plans, l’exception étant la logistique de la vaccination. Et comme ce gouvernement est incapable d’avouer ses erreurs (comme le rappellent les auteur.es, Legault s’est donné une note parfaite pour sa gestion de la pandémie à la fin de sa première année), on ne peut pas s’attendre à ce qu’il apprenne de celles-ci, comme on le voit avec la remontée de la septième vague due en bonne partie à l’abandon de l’obligation du port du masque dans les endroits publics fermés et dans le transport en commun. Un gros bémol pour terminer, les 404 notes, surtout des références, mais aussi un bon nombre de compléments d’information parfois substantiels, sont à la fin des chapitres, ce qui force l’utilisation de deux signets et oblige à déplacer le deuxième à la fin de la lecture de chacun des chapitres. Le pire choix… Mais, que cela ne vous empêche surtout pas de le lire!

8 commentaires leave one →
  1. Marie permalink
    8 août 2022 17 h 12 min

    Une autre grosse erreur a été d’empêcher la tenue de débats publics, mais rien à ce sujet dans ce livre, je me trompe?

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  2. 8 août 2022 17 h 25 min

    Je ne suis pas certain et, comme je loue mes livres et que je l’ai rapporté à la bibli, je ne peux pas vérifier. Cela dit, l’absence de débats est liée au moins en partie à la politisation de la gestion de la pandémie, à l’absence des décideur,euses sur le terrain et au déni de la science, sujets abordés dans le livre. Et, il est certain que je ne peux pas tout dire dans ce genre de billet!

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  3. Marie permalink
    25 août 2022 9 h 38 min

    Merci pour la réponse. J’irai le louer à mon tour dans ce cas.
    Il y a eu effectivement politisation qui semble avoir induit une maltraitance de la population, en particulier au niveau des plus vulnérables, soit la jeunesse et les aînés (CHSLD Herron entre autres). Quand à moi, Legault peut bien se donner « une note parfaite » pour sa gestion… médiocre!
    Par contre, a-t-on des preuves que l’arrêt du port du masque en est pour quelque chose avec la 7e vague à la lecture de ces 150 études scientifiques qui concluent à son inefficacité et même à certains effets néfastes?
    https://www.covidhub.ch/plus-de-150-etudes-comparatives-et-articles-montrent-linefficacite-et-les-effets-nefastes-du-masque/
    Mais comment peut-il encore être possible de se faire une tête quand la pensée unique politique interdit toute critique et débat publics?

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  4. 25 août 2022 10 h 17 min

    Attention, j’ai lu plusieurs mentions comme quoi ce site en est un de conspirationnistes anti-vaccin. J’en arrivais à la même conclusion en ne regardant que le titre des manchettes de ce site.

    Si le port du masque n’aurait pas empêché la septième vague, il en aurait sans contredit diminué la vigueur et l’impact.

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  5. Marie permalink
    26 août 2022 18 h 58 min

    Avez-vous trouvé des études scientifiques qui démontrent que le port du masque diminue la vigueur et l’impact du virus? J’ai seulement réussi à trouver des documents qui font la promotion du port du masque, mais sans l’appui d’au moins une étude scientifique.

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  6. 26 août 2022 19 h 52 min

    Il y en a plein, avec des taux de réduction variables (selon le type de masque, le % d’utilisation, les autres mesures, etc.), mais toujours positifs. Voir la section Que disent les études sur l’efficacité du masque? (et les liens qu’elle contient) à https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1864972/masques-efficacite-covid-coronavirus-transmission-ecoles.

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  7. 26 août 2022 20 h 34 min

    Il faut comprendre qu’il est impossible d’isoler des groupes ayant exactement les mêmes caractéristiques, ayant exactement le même nombre de contacts avec des gens des mêmes milieux, portant exactement le même type de masque exactement de la même façon (sans nez qui dépasse, par exemple) et de les comparer avec un autre groupe ne portant pas de masque, mais ayant exactement les mêmes caractéristiques, ayant exactement le même nombre de contacts avec des gens des mêmes milieux, etc.

    Ensuite, il faut regarder si une corrélation est une causalité. Dans ce cas, ça va, puisque le premier mode de transmission est les aérosols et qu’un masque restreint les quantités expulsées et, dans une moindre mesure, les quantités qu’on reçoit dans un milieu où il y a des virus dans l’air.

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  8. 28 août 2022 20 h 01 min

    @ Marie

    J’ai laissé passer vos premiers commentaires, mais j’ai effacé votre dernier. Désolé, mais je ne vois aucun intérêt à échanger avec des complotistes ni à leur fournir une tribune, car iels sont imperméables aux faits et à la logique. Je vous souhaite tout de même une bonne vie.

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