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La contribution du secteur sans but lucratif à l’économie canadienne

4 août 2022

contribution du secteur sans but lucratifStatistique Canada a annoncé vendredi dernier (le 29 juillet) la parution d’une étude pourtant datée du 5 juillet 2022 intitulée Aperçu du secteur sans but lucratif au Canada, 2010 à 2020, sans l’accompagner d’un communiqué. Je ne savais pas si j’allais la présenter ici, mais comme aucun média n’en a parlé à ma connaissance, je me suis dit que cela serait intéressant de le faire, d’autant plus que l’étude se concentre sur les données pour l’ensemble du Canada et que je mettrai l’accent sur celles pour le Québec.

Introduction

Le Compte satellite des institutions sans but lucratif et du bénévolat de Statistique Canada a été créé en 2004 et comprend trois catégories d’institutions :

  • les institutions commerciales sans but lucratif (IC) comprennent des associations d’affaires et professionnelles, et des syndicats;
  • les organismes communautaires sans but lucratif (OC) comprennent des organismes qui fournissent des services communautaires dans des domaines comme l’alimentation, l’hébergement, le soutien d’urgence, la religion, la défense des intérêts, le sport et les loisirs;
  • les institutions gouvernementales sans but lucratif (IG) comprennent les hôpitaux, les universités et les collèges

Le produit intérieur brut (PIB)

Le PIB des institutions sans but lucratif (ISBL) a atteint 185,8 G$ en 2020, ce qui représente 9,0 % du PIB total du Canada. Les IG comptaient pour 75 % de ce PIB (139,4 G$), les OC 16 % (29,9 G$) et les IC 9 % (16,4 G$). Selon les données des tableaux 36-10-0222-01 et 36-10-0616-01, cette proportion était la plus élevée en Nouvelle-Écosse (11,4 %), la plus basse en Ontario et en Alberta (7,5 %), et était un peu supérieure à la moyenne au Québec (10,2 %). Au Québec, le sous-secteur IG comptait pour 78 % du PIB des ISBL, divisé en 53 % pour celui de la santé et 25 % pour celui de l’éducation, les OC 14 % et les IC 8 %.

Au Canada, le PIB a diminué de 4,8 % en 2020, mais de 1,7 % dans les ISBL. Au Québec, le PIB a diminué de 5,2 %, mais celui de son secteur ISBL a augmenté de 1,0 %, seule province avec une hausse, surtout en raison de la hausse dans le secteur de la santé (6,2 %).

L’emploi

contribution du secteur sans but lucratif_1_emploiComme on peut le voir sur le graphique ci-contre, tiré des données du tableau 36-10-0617-01, l’emploi a augmenté dans l’ensemble des ISBL du Québec et dans tous ses sous-secteurs entre 2010 et 2019, soit globalement de 13,1 % (18,8 % dans le reste du Canada), la hausse la plus forte en pourcentage ayant eu lieu dans les IC (21,6 %), suivies des OC (14,8 %), des IG de la santé (13,7 %) et des IG de l’éducation (5,4 %). Avec l’arrivée de la pandémie, la situation s’est inversée, avec une baisse globale de 3,7 % en 2020, mais de 11,1 % dans les IC, de 8,4 % dans les OC, de 4,1 % dans les IG de l’éducation et alors que l’emploi est demeuré stable dans les IG de la santé.

Profil économique des sous-secteurs

Selon les données du tableau 36-10-0616-01, en 2020, le PIB :

  • des OC s’élevait à 29,9 G$ au Canada (1,4 % du PIB total), et à 6,4 G$ au Québec (1,4 % aussi). Il a augmenté en dollars constants de 24,2 % au Canada entre 2010 et 2020, et de 16,7 % au Québec, malgré des baisses respectives de 2,7 % et de 1,8 % en 2020;
  • des IG en santé s’élevait à 88,9 G$ au Canada (4,0 % du PIB total), et à 24,1 G$ au Québec (5,4 %). Il a augmenté en dollars constants de 22,6 % au Canada entre 2010 et 2020, et de 30,3 % au Québec. Il s’agit du seul sous-secteur des ISBL qui a connu une hausse en 2020 (de 1,1 % au Canada et de 6,2 % au Québec);
  • des IG en éducation s’élevait à 50,5 G$ au Canada (2,3 % du PIB total), et à 11,6 G$ au Québec (2,6 %). Il a augmenté en dollars constants de 15,5 % au Canada entre 2010 et 2020, et de 10,3 % au Québec, malgré des baisses respectives de 2,6 % et de 4,1 % en 2020;
  • des IC s’élevait à 16,4 G$ au Canada (0,75 % du PIB total), et à 3,7 G$ au Québec (0,82 %). Il a augmenté en dollars constants de 14,5 % au Canada entre 2010 et 2020, et de 20,2 % au Québec, malgré des baisses respectives de 10,4 % et de 7,5 % en 2020.

Les revenus

En 2020, le revenu total des ISBL canadiennes s’élevait à 316,2 G$ (74,5 G$ au Québec), en hausse de 50 % depuis 2010 (59 % au Québec). Ces revenus ont augmenté de 9 % dans les deux territoires en 2020, cette hausse s’étant manifestée en premier lieu dans les IG de la santé (13 % au Canada et 24 % au Québec).

contribution du secteur sans but lucratif_3_revenusL’ampleur des revenus et leurs sources variaient grandement selon les sous-secteurs, comme le montre le tableau ci-contre, tiré des données du tableau 36-10-0613-01. Si les administrations provinciales fournissaient en 2020 environ 58 % des revenus des ISBL, cette proportion était nulle pour les IC, assez importante pour les OC (24 %) et atteignait 60 % pour les IG en éducation et 88 % pour les IG en santé. La vente des biens et services n’était la principale source de financement que pour les IC (63 % de leurs revenus). Notons que la catégorie «Cotisations des membres» dans le tableau est limitée aux membres des IC, les cotisations des membres des autres organismes et institutions étant classées dans les «Dons et cotisations des particuliers», catégorie surtout importante pour les OC (23 % de leurs revenus). Notons finalement que les dépenses ont évolué sensiblement de la même façon que les revenus.

Les salarié.es

contribution du secteur sans but lucratif_2_emplois-salairesLa première partie du tableau ci-contre, tiré des données du tableau 36-10-0651-01, présente pour le Québec en 2019 (année la plus récente des données contenues dans ce tableau) certaines caractéristiques de l’emploi des salarié.es et sa deuxième partie les salaires horaires selon les types d’ISBL, les deux types d’IG (santé et éducation) étant cette fois regroupés. On peut par exemple constater que les femmes étaient fortement majoritaires dans les ISBL, occupant 78 % des emplois dans l’ensemble des ISBL et dans les OC, 81 % dans les IG et 59 % dans les IC. Si ce constat ne m’a pas étonné, la forte proportion d’immigrant.es (44 % des emplois globalement et même 53 % dans les OC) m’a surpris. J’ai d’ailleurs vérifié si j’avais bien sélectionné mes données! Les autres données (Autochtones, personnes racisées, diplômé.es et selon l’âge) étonnent moins, mais il demeure intéressant de voir les différences de leurs proportions selon les types d’ISBL.

Dans la partie du bas du tableau, on remarque tout d’abord que les salaires les plus élevés s’observaient dans les IG et les moins élevés dans les OC, ce qui n’a rien d’étonnant. C’est par contre plus étrange de constater que c’était dans les IG que les différences de salaires entre les hommes et les femmes étaient les plus élevées, les femmes gagnant en moyenne 79,5 % du salaire des hommes, alors que c’était dans les IC qu’ils étaient les plus bas (86,9 %).

Même si les écarts étaient de moins de 5 %, les immigrant.es gagnaient plus que les natif.ives (ou non-immigrant.es) dans tous les types d’ISBL, probablement parce qu’iels étaient plus scolarisé.es (hypothèse non vérifiable avec les données de ce tableau).

Les Autochtones gagnaient un salaire horaire plus élevé que les non-Autochtones dans les IG et les OC, mais pas dans les IC. L’écart à leur avantage atteignait même plus de 15 % dans les IG, mais leur déficit n’était que de 1,4 % dans les IC.

Les personnes racisées gagnaient en moyenne un salaire horaire légèrement plus élevé que les personnes non racisées (+2,2 %), mais l’écart le plus élevé était à leur désavantage, soit de -16,5 % dans les IC. Par contre, elles gagnaient 5,3 % de plus que les autres dans les IG, secteur où les salaires horaires étaient les plus élevés, mais 8,4 % de moins dans les OC.

Sans surprise, les salaires augmentaient avec la scolarisation et avec l’âge dans les trois secteurs, sauf chez les personnes âgées de 55 à 64 ans dans les OC.

Notons finalement que le salaire horaire a augmenté en moyenne de 1,4 % par année chez les hommes et de 2,4 % chez les femmes entre 2010 et 2019. Cela dit, cet écart s’explique en partie par les différences de croissance de l’emploi dans les différents secteurs, et en grande partie par celui observé dans les IG (2,6 % par rapport à 1,1 %), secteur qui payait le mieux, et de loin.

Conclusion

Cette conclusion est en fait une présentation des faits saillants de l’étude.

Et alors…

Comme les auteur.es (dont le nom n’est pas mentionné dans l’étude) de cette étude, je n’ai pas grand-chose à ajouter, étant donné que j’ai déjà mentionné les constats que j’ai trouvés les plus importants et les plus étonnants de cette étude. Je souligne toutefois que je suis bien content d’avoir pris connaissance de cette étude, qui permet de mieux connaître les caractéristiques des ISBL et surtout de ses salarié.es.

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