Aller au contenu principal

Histoire du repos

21 novembre 2022

Histoire du reposAvec son livre Histoire du repos, Alain Corbin, historien spécialiste du XIXe siècle en France, «tisse la trame d’une histoire oubliée. Chercher la solitude, pour les uns, prier ou non pour les autres, se recueillir, se poser ou marcher… tant de façons de restaurer son être ont été imaginées et testées. Cette histoire est une invitation à vivre différemment notre rapport au travail, à la fatigue, au temps».

Introduction : Le repos est un besoin élémentaire, mais sa représentation a grandement varié dans l’histoire. Avec ce livre, l’auteur vise à «mesurer comment les croyances sociales et humaines se sont peu à peu construites sur le sujet».

1. Sabbat et repos paradisiaque : L’association au repos du dimanche avec celui du Créateur le septième jour est en fait un malentendu, car Dieu ne peut pas être fatigué. Et celui prescrit pas la Bible est plutôt le premier jour de la semaine qui doit être consacré à Dieu (ou à Yahvé). L’auteur ajoute que le repos paradisiaque d’Adam et Ève visait la procréation.

2. Le repos éternel, socle fondamental de cette histoire : Le repos éternel est celui de la mort et du repos de l’âme, appelé par les prières lors des funérailles et chanté avec le requiem. Ce repos est aussi associé au Jugement dernier auquel on doit se préparer tout au long de notre vie.

3. Repos et quiétude : Blaise Pascal, de son côté, associait le repos au néant, à l’abandon, à l’insuffisance et à l’ennui, dont on se préserve par le divertissement, alors que, paradoxalement, on le désire. Pour d’autres, la quête du repos est celle de la quiétude, véritable état de ravissement.

4. Le retrait, la retraite aux Temps modernes, ou «l’art de se forger un repos» : Le concept de retraite comme période de repos avant l’éternel a été l’objet de bien des débats à partir du XVIe siècle, certaines personnes le liant à l’abandon et au détachement, mais d’autres l’associant à la sagesse ou soulignant l’importance de se tenir occupé.

Interlude – Charles Quint : L’auteur donne l’exemple de Charles Quint qui a su se retirer à 55 ans. Il est décédé trois ans plus tard de la malaria.

5. La disgrâce, occasion de repos : La disgrâce, c’était l’interdiction de se présenter à la Cour du monarque. Cela obligeait la personne disgraciée à se retirer dans son domaine et à se reposer autant que possible avec dignité, en général après une période de résignation.

6. Le repos au sein du confinement : Le repos forcé en raison d’un confinement ou d’une réclusion est rarement bénéfique, quoique cela ne soit pas exclu et que bien des livres célèbres aient été écrits dans ces conditions, voire grâce à elles.

7. Commodités et nouvelles postures du repos, XVIIIe-XIXe siècles : Ces commodités peuvent aussi bien être un état d’esprit que de nouveaux meubles, comme des fauteuils plus confortables ou des chaises longues (l’auteur en mentionne bien d’autres).

8. Le repos au cœur de la nature? – Prélude : La possibilité du repos au cœur de la nature est illustrée dans ce chapitre par des citations de nombreux auteurs, qui l’associent souvent à la rêverie et à la paix. Certains auteurs abordent aussi le repos public ou politique ainsi que celui des vacances à la mer, en campagne ou en montagne, mais Corbin ne considère pas que les vacances étaient vraiment du repos, mais plutôt un éloignement de l’agitation, quand ce n’était pas un changement d’agitation, loin du repos et de la quiétude, ce que ces vacances sont parfois devenues aujourd’hui.

9. Le repos de la terre : Il ne s’agit pas ici de la jachère, mais des périodes de repos saisonnières, notamment en agriculture (et dans les métiers de la forêt, ajouterais-je), qui servaient (et servent encore) souvent à accomplir d’autres tâches.

10. Repos dominical et «démon du repos» : L’auteur distingue le sabbat qui célèbre le repos de Dieu le septième jour et le dimanche chrétien qui réfère au premier jour de la Création. Il développe ensuite plus que dans le premier chapitre les particularités de ces deux jours, puis aborde l’association du repos à une tentation du diable, l’oisiveté étant la mère de tous les vices…

11. La fatigue et le repos : Le repos est aussi bien sûr le remède à la fatigue, quoique ce remède ait longtemps été réservé aux «élites» (ou classes supérieures) et aux membres de quelques professions, comme les artisan.es et les agriculteur.trices. Cela dit, le repos devient lentement accessible à plus de gens vers la fin du XIXe siècle, notamment pour «guérir» du surmenage et de la fatigue mentale, mais aussi avec des pauses au cœur de la journée de travail, puis avec l’institutionnalisation des congés qui ont résulté de la laïcisation du repos, qui est ainsi passé d’un danger moral à un bienfait.

12. Le repos thérapeutique de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle : L’auteur montre que le changement de statut du repos résulte en bonne partie des épidémies de tuberculose, le repos représentant son remède le plus efficace.

Conclusion : On a vu que le concept du repos, loin d’être immuable, a grandement évolué au cours des siècles et est devenu de nos jours un objet politique qui fait partie de revendications majeures.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Après avoir lu Histoire de la fatigue il y a un peu plus d’un an (voir ce billet), je me suis dit qu’il était essentiel de lire ensuite celle du repos! D’ailleurs, l’auteur lui-même cite le livre de Georges Vigarello (dans le chapitre 11, bien sûr), le qualifiant de magistral. Si on peut en effet qualifier ce livre de magistral, j’ai de mon côté préféré celui d’Alain Corbin, beaucoup plus court et agréable à lire, tout en présentant le repos sous une foule d’angles qui ne nous viennent pas spontanément à l’esprit, cette activité, ou absence d’activité, ayant été associée à des concepts bien différents avec le temps, comme on l’a vu dans ce billet. Et, ce livre n’est pas du tout endormant! Il a toutefois un aspect fatigant. En effet, les 134 notes, surtout des références, mais aussi quelques compléments d’information, sont à la fin du livre.

Publicité
No comments yet

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :