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Dépenses gouvernementales par domaine de 2010 à 2021

1 décembre 2022

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses de 2010 à 2021Statistique Canada a mis à jour vendredi dernier des données sur les «Dépenses des administrations publiques classées selon leurs fonctions». L’an passé, Ces données m’avaient permis de montrer dans quels domaines la hausse des dépenses gouvernementales s’était le plus manifestée en 2020 au cœur de la crise pandémique pour les deux principaux paliers gouvernementaux (Québec et fédéral). Je me suis dit que ce serait intéressant de savoir aussi dans quels domaines ces dépenses ont le plus baissé en 2021 et si elles sont demeurées ou non au-dessus de leur niveau de 2019. Je me baserai ici sur les données du tableau 10-10-0024-01.

Dépenses par secteur au Canada

Le graphique qui suit illustre les dépenses en dollars courants selon les dix secteurs (ou domaines, ou fonctions) du gouvernement fédéral de 2010 à 2021 (en fait de 2010-2011 à 2021-2022). J’ai choisi de présenter ce graphique ainsi surtout pour montrer l’ordre de grandeur des dépenses par secteur. Avant que je commente les données de ce tableau, je tiens à préciser que ces dépenses excluent «l’acquisition d’actifs non financiers et la consommation de capital fixe», que ces données «ne sont pas consolidées en éliminant les transactions ayant lieu entre les composantes du secteur public et entre les provinces et territoires», ce qui signifie qu’il y a des «double comptes pour les transactions effectuées entre composantes du secteur public» (par exemple, les transferts aux provinces sont une dépense pour le gouvernement fédéral et ces sommes sont ensuite dépensées par les gouvernements provinciaux), et que, pour la même raison, «les totaux [des dépenses provinciales] pour le Canada ne sont pas disponibles et ne sont pas recommandés».

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses de 2010 à 2021_1_dépenses_can

Le graphique montre que les dépenses les plus importantes en 2020 furent celles pour la protection sociale (182,2 milliards $), les services généraux (116,7 milliards $), la santé (70 milliards $, au troisième rang tout au long de cette période, sauf en 2020 où il a glissé au quatrième rang) et les affaires économiques (49,0 milliards $), et que les dépenses des six autres secteurs se sont situées entre 2,8 milliards $ (logement et équipements collectifs) et 19,0 milliards $ (défense). Je commenterai plus à fond l’évolution des dépenses dans ces dix secteurs plus loin, car ce graphique ne permet pas de bien voir l’ampleur de leur évolution, surtout pour les six secteurs aux dépenses les moins élevées qu’on distingue à peine au bas du graphique.

Dépenses par secteur au Québec

Le graphique qui suit est semblable au précédent, mais pour les dépenses du gouvernement du Québec.

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses de 2010 à 2021_2_dépenses_q

Le graphique montre que les dépenses les plus importantes en 2021 furent celles pour la santé (52,5 milliards $), la protection sociale (27,5 milliards $), l’enseignement (23,9 milliards $), les services généraux (23,0 milliards $) et les affaires économiques (13,3 milliards $), et que les dépenses pour les cinq autres secteurs ont été inférieures à 3 milliards $ (nulles pour la défense).

L’évolution des dépenses par secteur au Canada

Pour mieux illustrer l’évolution des dépenses par secteur, les trois graphiques qui suivent sont présentés avec des ratios. Ces ratios sont obtenus en divisant les données de chaque année et de chaque secteur par les dépenses de la première année de la période (2010) et en multipliant le résultat par 100. Comme ces évolutions ont grandement varié selon les secteurs, j’ai préféré présenter les résultats pour le Canada sur deux graphiques différents. Le premier graphique montre l’évolution des dépenses dans les quatre secteurs dont les dépenses ont le plus augmenté entre leur niveau le plus bas et leur niveau le plus élevé entre 2010 et 2021.

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses de 2010 à 2021_3_ratio_can

Le secteur des affaires économiques (dont les subventions aux entreprises comme la Subvention salariale d’urgence du Canada ou SSUC) est celui dont les dépenses ont connu la plus forte croissance entre 2010 et 2020, soit de 460 %. Notons que 92 % de cette croissance a eu lieu en 2020 seulement et que ces dépenses ont diminué de 54 % en 2021, se maintenant quand même en hausse de 90 % par rapport à 2019 et de 157 % par rapport à 2010 (et de 112 % en dollars constants). En fait, les dépenses de ce secteur ont diminué de 31 % entre 2010 et 2015, ont retrouvé leur niveau de 2010 en 2018 (mais seulement en dollars courants, ce qui représente une baisse de 14 % en tenant compte de l’inflation et une baisse encore plus importante en tenant compte de la hausse de la population, des dépenses gouvernementales et du PIB), ont augmenté de 36 % en 2019, puis de plus de 300 % en 2020 avant de diminuer de 54 % en 2021.

Les dépenses en protection sociale (dont la PCU et la PCRE) ont de leur côté presque triplé entre 2010 et 2020, avec 77 % de cette hausse en 2020, avant de diminuer de 25 % en 2021, toujours en hausse de 52 % par rapport à 2019 et de 119 % par rapport à 2010 (de 80 % en dollars constants). Le graphique nous montre que ces dépenses ont augmenté chaque année, mais le plus fortement en 2020 (hausse de plus de 100 %). En fait, si ce secteur est au troisième rang pour la croissance en pourcentage jusqu’en 2021 (après les affaires économiques à 157 % et l’enseignement à 149 %), il est de loin au premier rang en dollars (99 milliards $ par rapport à 33 milliards $ pour les services généraux et 30 milliards $ pour les affaires économiques). Il est aussi le secteur qui a connu la plus forte baisse en dollars en 2021 (-62 milliards $ par rapport à -58 milliards $ pour les affaires économiques).

L’enseignement affiche une croissance de ses dépenses de 130 % entre 2010 et 2020, dont le quart «seulement» en 2020, croissance qui s’est poursuivie en 2021 avec une hausse de 8 % pour un total de 149 % entre 2010 et 2021, ou de 105 % en dollars constants. Il faut toutefois noter que les dépenses dans ce secteur étaient en 2021 environ 18 fois moins élevées que la protection sociale (10 milliards $ par rapport à 182 milliards $). Ces dépenses comprennent surtout les prêts et bourses (dépenses transférées au Québec) et le financement de la recherche postsecondaire.

Les dépenses en santé ont augmenté de 91 % entre 2010 et 2020, dont 46 % de cette hausse en 2020. Elles n’ont baissé que de 5,0 % en 2021, pour une hausse de 81 % entre 2010 et 2021, ou de 49 % en dollars constants. Il s’agit sûrement en grande partie des dépenses liées à la santé publique, à l’approbation des médicaments et des vaccins, à leur achat et à leur distribution aux provinces.

Le graphique qui suit présente les six secteurs qui ont le moins augmenté entre leur niveau le plus bas et leur niveau le plus élevé entre 2010 et 2021.

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses de 2010 à 2021_4_ratio2_can

Les dépenses pour la protection de l’environnement ont diminué de près de 30 % entre 2010 et 2014 sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, ont augmenté de près de 75 % en 2015 à l’arrivée au pouvoir des libéraux, ont continué à augmenter par la suite, avant de diminuer de 25 % en 2021, pour se retrouver en hausse de 71 % par rapport à 2010 ou de 41 % en dollars constants.

Les hausses de 2010 à 2020 furent du même ordre de grandeur dans les secteurs de la défense (hausse de 42 %), de l’ordre et de la sécurité publique (40 %), des loisirs, culture et religion (29 %) et des services généraux (48 %). Ces dépenses ont toutes diminué en 2021, encore une fois à un rythme comparable, variant de 6 % dans les services généraux à près de 14 % dans la défense.

Le secteur du logement et des équipements collectifs fut le seul à avoir connu une baisse de dépenses entre 2010 et 2020, soit de 41 % (ou de 50 % en dollars constants), malgré une hausse de 70 % entre 2018 et 2020. Comme si ces baisses étaient insuffisantes, ces dépenses ont encore baissé de 20 % en 2021, portant la baisse entre 2010 et 2021 à 53 % (ou à 61 % en dollars constants), alors qu’on vit une crise du logement exceptionnelle. En fait, cette baisse en dollars constants fut fortement concentrée en 2011 (-42 %) et entre 2017 et 2018 (-55 %). Notons toutefois que le niveau des dépenses de 2010 était nettement plus élevé que ceux de 2008 et 2009 (5,9 milliards par rapport à environ 3,8 milliards $ en 2008 et en 2009). Cela dit, son niveau de 2021 en dollars constants était encore plus bas de 41 % que son niveau de 2009, et cela sans tenir compte de la hausse de la population. L’évolution des dépenses dans ce secteur a sûrement joué un rôle dans l’ampleur de la crise actuelle du logement.

L’évolution des dépenses par secteur au Québec

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses de 2010 à 2021_5_ratio_q

Si les dépenses du gouvernement du Québec ont beaucoup moins augmenté que celles du gouvernement fédéral en 2020, elles n’ont baissé entre 2020 et 2021 que dans trois des 10 secteurs. En outre, comme les écarts de croissance des dépenses entre les secteurs entre 2010 et 2021 ont été beaucoup moins élevés dans les dépenses du gouvernement du Québec que dans celles du gouvernement fédéral, j’ai pu montrer les 10 secteurs dans un même graphique. Pour alléger un peu le texte, je ne vais présenter que les données en dollars constants de 2021 :

  • les dépenses en santé ont augmenté de 47 % entre 2010 et 2021, avec des hausses de 22 % en 2020 et de 3 % en 2021, pour atteindre 52,5 milliards $;
  • les dépenses en protection sociale ont augmenté de 38 % entre 2010 et 2021, avec des hausses de seulement 2,1 % en 2020 et de 17,9 % en 2021 (probablement en raison des chèques remis au début de 2022, avant la fin mars), pour atteindre 27,5 milliards $ en 2021; cela montre que, contrairement au gouvernement fédéral, le gouvernement provincial a adopté peu de mesures pour atténuer les effets de la crise en 2020, notamment chez les personnes les plus démunies; notons que cette dépense devrait augmenter encore plus en 2022 avec au moins deux séries de chèques envoyés en 2022-2023 pour atténuer l’impact de l’inflation;
  • les dépenses en enseignement ont augmenté de 37 % entre 2010 et 2021, avec des hausses de 7,6 % en 2020 et de 3,4 % en 2021, pour atteindre 23,9 milliards $;
  • les dépenses dans le secteur des services généraux ont augmenté de 16 % entre 2010 et 2021, malgré des baisses de 0,8 % en 2020 et de 7,2 % en 2021, pour atteindre 23,0 milliards $;
  • les dépenses en affaires économiques ont augmenté de 43 % entre 2010 et 2021, avec une hausse de 31 % en 2020 et une baisse de 9 % en 2021, pour atteindre 13,3 milliards $;
  • les dépenses dans le secteur de l’ordre et de la sécurité publique ont augmenté de 31 % entre 2010 et 2021, mais ont baissé de 10 % en 2020 (notamment en raison de la fermeture pendant trois mois des palais de justice) avant de remonter de 4 % en 2021, pour atteindre 2,8 milliards $;
  • les dépenses en loisirs, culture et religion ont augmenté de 61 % entre 2010 et 2021, avec une hausse de 35 % en 2020 et une baisse de 9 % en 2021, pour atteindre 2,3 milliards $;
  • les dépenses dans le secteur du logement et des équipements collectifs ont baissé de 47 % entre 2010 et 2014, ont grandement varié d’une année à l’autre jusqu’en 2018, avant d’augmenter de 21 % en 2019, de 40 % en 2020 et de 22 % en 2021, pour une hausse de 58 % entre 2010 et 2021, pour atteindre un sommet relativement modeste de 2,1 milliards $ en 2021;
  • les dépenses pour la protection de l’environnement ont diminué de 33 % entre 2010 et 2016, avant de doubler en 2017, surtout en raison des «subventions accordées conformément à la Politique de protection des sols et de réhabilitation des terrains contaminés» et pour «favoriser la gestion intégrée de l’eau», puis sont restées assez stables par la suite, avant d’augmenter de 23 % en 2020 et de baisser de 1,1 % en 2021, pour obtenir la plus forte hausse des 10 secteurs entre 2010 et 2021 (70 %) et atteindre 1,5 milliard $ en 2021;
  • les dépenses dans le secteur de la défense furent nulles tout au long de cette période.

Et alors…

Ce billet, comme le précédent, montre clairement que le gouvernement fédéral a fait beaucoup plus augmenter ses dépenses que le gouvernement du Québec dans les domaines d’intervention les plus importants lors d’une crise sanitaire, notamment dans la protection sociale et les affaires économiques, deux domaines d’interventions aux compétences partagées, mais moins en santé, secteur de compétence des provinces.

Dans ce billet, on a pu voir que, malgré la forte baisse des dépenses du gouvernement fédéral en 2021-2022 dans la protection sociale et les affaires économiques, ces dépenses étaient encore beaucoup plus élevées qu’en 2019-2020, soit de respectivement 46 % et 83 % en dollars constants. Étrangement, le gouvernement du Québec a davantage augmenté ses dépenses en protection sociale en 2021-2022 qu’en 2020-2021 (18 % par rapport à 2 %), mais en fait en raison de programmes visant à atténuer les effets de l’inflation (et à favoriser sa réélection…) et non les conséquences de la pandémie. Cela dit, il a aussi continué à faire augmenter ses dépenses en santé en 2021-2022, même si beaucoup moins qu’en 2020-2021 (3 % par rapport à 22 %), ce qui veut au moins dire qu’il ne les a pas réduites, ce qui aurait été inconcevables avec la situation déplorable dans ce secteur. Finalement, je souligne à nouveau la baisse importante des dépenses fédérales dans le secteur du logement et des équipements collectifs. Ce secteur a bénéficié d’une hausse à première vue importante de la part du gouvernement du Québec, mais il faudrait analyser plus à fond la nature de ces dépenses pour conclure à ce sujet, car la baisse des investissements en logement social semble avoir été remplacée par des dépenses dans d’autres domaines de ce secteur. Malheureusement, ces données ne permettent pas une telle analyse, qui dépasserait en plus l’objet de ce billet.

Des données plus récentes sur les finances fédérales et du Québec montrent que ces deux paliers de gouvernement ont bénéficié récemment de surplus budgétaires. Il sera intéressant de voir l’an prochain l’évolution des dépenses par secteur qui ont permis, avec la hausse des recettes, l’atteinte de ces surplus. À suivre!

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