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Le marché du travail des femmes (15) – le revenu d’emploi

15 juillet 2015

mt_femmesCe quinzième billet de ma série sur le marché du travail des femmes complète les deux précédents qui portaient sur les salaires. Comme mentionné à la fin du précédent billet, j’aborderai ici une comparaison plus fine des écarts de revenu d’emploi. Pour ce, j’utiliserai le fichier 99-014-X2011042 (le 17ème sur cette page) tiré des données de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011.

Les tableaux que je présenterai dans ce billet montreront les 20 groupes professionnels (ou professions) où les écarts de revenus annuels moyens d’emploi entre les hommes et les femmes sont les plus élevés et les 20 où ils sont les plus faibles. Le revenu d’emploi de ces tableaux est défini comme «Revenu total reçu au cours de l’année civile 2010 par les personnes âgées de 15 ans et plus sous forme de salaires et traitements, de revenu net de l’exploitation d’une entreprise non agricole non constituée en société et/ou de l’exercice d’une profession et de revenu net provenant d’un travail autonome agricole». Statistique Canada prévient aussi que, compte tenu que l’ENM est une enquête à réponse volontaire (résultat de l’abolition du formulaire long obligatoire par le gouvernement Harper), «Les estimations du revenu d’emploi médian et des salaires et traitements médians sont plus élevées que celles d’autres sources administratives ou d’enquêtes ménages», mais que, heureusement, «Les estimations des salaires et traitements médians pour les travailleurs ayant travaillé toute l’année à plein temps sont plus comparables entre les autres sources. Le travailleur ayant travaillé toute l’année à plein temps est l’unité d’analyse recommandée pour analyser le revenu d’emploi».

Dans ce contexte, on comprendra que j’ai choisi de présenter la moyenne plutôt que la médiane des revenus d’emploi, que j’ai préféré retenir les données portant sur les personnes qui travaillent habituellement à temps plein (au moins 30 heures par semaines) et à l’année (au moins 49 semaines, y compris les vacances) et que je n’ai conservé que les professions pour lesquelles il y avait au moins 1000 hommes et 1000 femmes. Compte tenu de ces restrictions, je n’ai examiné que 121 des 500 professions pour lesquelles l’ENM fournit des données. Cela dit, j’ai aussi jeté un coup d’œil sur les autres…

Les plus grosses différences en faveur des hommes

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La première chose que nous montre ce tableau est que l’écart de revenu global avoisine les 30 %, soit beaucoup plus que la différence que j’ai montrée dans le précédent billet en utilisant les salaires horaires (à peine 9 %). On peut donc penser que les femmes, même lorsqu’elles travaillent à temps plein et à l’année, travaillent moins d’heures que les hommes (d’autres données confirment ce raisonnement). Je ne pourrai bien sûr pas commenter chacun de ces 20 groupes professionnels, mais le ferai pour quelques-uns.

0121 : ce groupe professionnel comprend des gestionnaires d’industries qui ont le potentiel d’offrir des salaires bien différents. Il serait par exemple étonnant que les gestionnaires de services immobiliers reçoivent la même rémunération que les gestionnaires de courtage financier. Ainsi, même si les femmes occupent plus de 40 % des postes dans cette professions, on peut supposer qu’elles sont proportionnellement plus nombreuses dans les secteurs les moins rémunérateurs. Il demeure que, avec un écart de 64 % des revenus moyens d’emploi, ce groupe professionnel présente l’écart le plus important des 121 professions retenues. Ce raisonnement pourrait aussi s’appliquer aux écarts important dans les professions 1434, 6551 et 1114.

4112 : il peut être surprenant de voir cette profession se classer au deuxième rang de ce tableau. Il faut savoir que l’arrivée des femmes dans ce groupe professionnel est relativement récente. Ainsi, le fichier 99-012-X2011033 (le 8ème sur cette page) nous montre que 59 % des hommes membres de cette profession étaient en 2011 âgés de 45 ans et plus par rapport à 32 % des femmes. En outre, le même fichier nous apprend que 50 % des avocatEs et notaires masculins étaient en 2011 des travailleurs autonomes (statut des associés dans un cabinet d’avocats ou de notaires) par rapport à seulement 29 % des femmes. Ces constats ne justifient pas l’écart de 58 % des revenus d’emploi, mais nous permet de comprendre pourquoi cette profession se situe tout en haut de ce tableau. Ce type d’explication s’applique aussi à la profession 3131, où les hommes sont plus âgés (52 % ont plus de 45 ans par rapport à 32 % des femmes) et sont bien plus souvent propriétaires de pharmacies que les femmes, selon les données (voir page numérotée 48) de l’Ordre des pharmaciens du Québec (34 % par rapport à 17 % en mars 2015).

6421 : même si la proportion des membres des deux sexes est semblable (55 % d’hommes et 45 % de femmes), ces personnes ne travaillent pas dans les mêmes secteurs. Les hommes sont plus présents dans la vente d’automobiles et de produits électroniques (notamment) et les femmes davantage dans les boutiques de vêtements. Or les salaires y sont très différents. On peut (et on doit) se demander si ces différences sont justifiées, mais elles nous permettent de comprendre les écarts de revenus à défaut de les accepter!

Les plus petites différences en faveur des hommes et les deux qui sont en faveur des femmes

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5121 : je suis resté très surpris de constater que ce groupe professionnel était en 2010 celui où l’écart favorable aux femmes était le plus élevé. Mais, il faut réaliser que l’utilisation de l’expression «groupe professionnel» plutôt que «profession» est particulièrement pertinente dans ce cas. En effet, ce groupe ne comprend pas que des auteurEs et écrivainEs, qui sont même fortement minoritaires dans ce groupe (une étude l’Institut de la statistique du Québec que j’ai lue il y a quelques années montraient que plus de 90 % des gens qui publient des livres exercent en fait de façon régulière d’autres professions, que ce soit dans l’enseignement, en journalisme, voire en économie!), mais surtout des personnes en rédaction technique (celles qui écrivent les manuels d’instruction pour installer un logiciel ou monter un meuble IKEA…) ou même en rédaction publicitaire. Il semble donc que les femmes soient plus nombreuses dans les emplois les mieux rémunérés de ce groupe!

2282, 2174, 0213 et 2171 : ces quatre professions de l’informatique se classent dans les 10 premières professions de ce tableau. Comme ces professions sont relativement récentes, on peut supposer que les hommes n’ont pas d’avantage en termes d’ancienneté. De fait, et c’est quand même surprenant, la proportion de femmes âgées de plus de 45 ans est plus élevée que la proportion d’hommes dans ces quatre cas. Mais, cela ne leur donne pas un revenu plus élevé que celui des hommes dans trois de ces quatre professions, seulement un revenu moins inférieur que la moyenne…

5125 : l’écart très faible en faveur des hommes (2,7 %) dans cette profession m’a aussi surpris; il faut dire que les femmes sont fortement majoritaires dans les emplois à temps plein et à l’année de cette profession (elles occupent près de 70 % de ces emplois) et que les tarifs de traduction sont, à ma connaissance, assez fixes. Ce faible écart pourrait aussi être dû aux meilleures capacités langagières des femmes (ce qui ne leur donne pas des revenus plus élevés que ceux des hommes!).

6541, 0422, 1511, 4032, 4164 et 4021 : toutes ces professions sont couvertes par des conventions collectives (un décret de convention collective dans le cas des agentEs de sécurité). Les écarts restants doivent donc être dus à l’ancienneté ou aux heures travaillées.

6622 : comme cette profession est payée au salaire minimum ou à un salaire juste un peu plus élevé, les écarts de salaires ne peuvent être bien élevés. Dans ce contexte, un écart de 11 % demeure intrigant…

Autres professions

Comme mentionné dans l’amorce de ce billet, il est dangereux de comparer les revenus dans les professions qui comptent moins de 1000 hommes et moins de 1000 femmes. Pour satisfaire votre curiosité, je mentionnerai quand même que le plus gros écart des 500 professions est de 261 % et s’observe chez les 7236 Monteurs et monteuses de charpentes métalliques, profession où l’ENM dénombre 1095 hommes et… 15 femmes travaillant à temps plein et à l’année! Il faut comprendre que ces 15 femmes n’ont pas été toutes enquêtées, mais seulement 3 ou 4 (l’échantillon était de 30 % et le taux de réponse de 75 % environ). Je ne comprends même pas comment Statistique Canada a pu publier cette donnée dans ce contexte.

L’écart de 110 % chez les 1113 AgentEs en valeurs, agentEs en placements et négociateurs.trices en valeurs est bien plus significatif, car l’ENM y dénombre 1430 hommes et 855 femmes. Je vous laisse trouver les raisons de cet écart (heures travaillées? meilleurs clients? Non, la proportion d’hommes âgés de 45 ans et plus n’est pas plus élevée que celle des femmes, avec 46 % par rapport à 48 %).

On trouve bien quelques autres professions où les femmes ont un revenu supérieur à celui des hommes, mais aucune ne montre un écart supérieur à 20 % dans les professions qui comptent un nombre significatif (plus de 100) d’hommes et de femmes. Soulignons tout de même qu’une autre profession de l’informatique se distingue, soit les 2283 Évaluateurs.trices de systèmes informatiques (profession qui comprend les personnes qui testent les jeux vidéo), profession où l’ENM a comptabilisé 580 hommes et 285 femmes travaillant à temps plein et à l’année, avec un revenu plus élevé chez les femmes de près de 20 %. Comme dans l’exemple précédent, je ne propose aucune explication…

Et alors…

Ces données enfoncent le dernier clou des prétentions d’égalité des hommes et des femmes sur le marché du travail. On a beau considérer tous les facteurs qu’on peut imaginer, force est de constater que l’équité en matière d’emploi, même si on s’en est approché un peu au cours des 35 dernières années, demeure un objectif encore bien lointain. Cela dit, les caractéristiques des professions où les écarts sont les moins élevés, notamment la présence d’une convention collective et la «jeunesse» des professions (qui élimine les écarts historiques, comme dans les professions informatiques, malheureusement fortement masculines), indiquent que ces écarts ne sont pas immuables et qu’il y a moyen de les éliminer.

Ce billet clôt ma série sur le marché du travail des femmes. Elle me servira certainement de référence sur d’autres sujets. J’espère qu’elle a su aussi jeter un peu plus de lumière sur cet enjeu de société pour moi majeur. Il n’est pas dit que je ne reviendrai pas éventuellement sur d’autres aspects de la question, car je ne les ai bien sûr pas tous couverts. Par exemple, j’ai pensé comparer les revenus d’emploi par niveau de scolarité, mais, je me suis dit que trop, c’est comme pas assez, d’autant plus que les résultats ne révèlent rien de majeur que je n’aie déjà mentionné dans d’autres billets! Cela dit, si vous avez des suggestions et que des données fiables sont disponibles, n’hésitez pas à m’en faire part!

Je précise finalement que tous les billets de cette série sont accessibles à partir de ce lien… Faites-en bon usage!

Ce qui est petit est bien plus beau…

13 juillet 2015

«Une des erreurs fatales de notre temps est de croire résolu le problème de la production. (…) Pour les pays riches, la tâche la plus importante est maintenant l’«éducation des loisirs» et, pour les pays pauvres, le «transfert des technologies». (…) Un homme d’affaires ne considérerait pas qu’une firme a résolu ses problèmes de production et qu’elle est devenue viable s’il la voyait user rapidement son capital.(…) Une telle erreur nous mène droit au suicide.»

smallErnst Friedrich Schumacher met rapidement la table sur le sujet de son livre Small is beautiful : une société à la mesure de l’homme. Et, comme ce livre a été écrit en 1973, il faut lui donner le crédit d’avoir vu le fondement des problèmes de notre système bien avant qu’ils ne deviennent manifestes!

Ce classique des années 1970 est en fait un recueil de conférences et de textes mis à jour pour permettre que les 19 chapitres du livre se suivent logiquement. Je vais tenter dans ce billet de survoler ces 19 chapitres, m’attardant parfois sur certains des sujets abordés.

1 – Le problème de la production : La citation qui amorce ce billet présente bien ce chapitre : à puiser constamment dans les ressources non renouvelables, les humains épuisent le capital de départ de la Terre et s’illusionnent en pensant la croissance infinie. Ce texte, avec quelques adaptations, aurait pu être écrit aujourd’hui !

2 – Paix et pérennité : L’auteur défait dans ce chapitre le mythe que seule la prospérité peut mener à une paix durable. Il montre en plus que la croissance de la consommation d’énergie à la base de la forte croissance économique en Occident est insoutenable. Il présente finalement sa vision de l’utilisation des machines dans ce contexte : pas trop chères, utilisables à petite échelle et «compatibles avec le besoin de créativité de l’homme». Il revient sur cette question avec des exemples concrets (surtout pour les pays en développement) dans d’autres chapitres.

3 – Le rôle de l’économie : Schumacher critique l’économie et la science économique telles qu’appliquées à son époque (et maintenant), trop centrées sur les profits à court terme, et qui ignorent «la dépendance de l’homme à l’égard du monde naturel».

4 – Le système d’économie bouddhiste : L’auteur présente la philosophie économique bouddhiste (philosophie non violente qui respecte la nature et le travail de l’être humain), qui prévaudrait en Birmanie… Pas sûr qu’il vanterait autant ce pays et le caractère non violent des bouddhistes de nos jours!

5 – Une question de taille : lié au titre de ce livre, ce chapitre tente de trouver la taille idéale d’une société (ville et pays) pour prospérer avec le moins d’externalités négatives. Je retiens surtout de ce chapitre cette citation : «Plus riche est une société, plus il devient impossible de faire des choses intéressantes sans rendement immédiat. L’économie est devenue un tel esclavage qu’elle absorbe presque toute la politique étrangère. On entend dire «Certes, nous n’aimons pas la compagnie de ces gens, mais comme nous dépendons d’eux économiquement, mieux vaut donc les ménager». L’économie tend à absorber l’éthique dans son ensemble, et à l’emporter sur toute autre considération humaine.» Comment ne pas penser aux relations des États-Unis et du Canada avec l’Arabie saoudite? Cela dit, plein d’autres exemples peuvent correspondre à cette comparaison.

6 – La ressource première : l’éducation : Un autre texte prônant une éducation pas uniquement axée sur les besoins des employeurs…

7 – De la bonne utilisation de la terre : Pour une agriculture biologique : «À notre époque, le plus grand danger pour le sol, donc non seulement pour l’agriculture, mais pour la civilisation dans son ensemble, vient de la détermination de l’homme des villes à appliquer les principes de l’industrie à l’agriculture».

8 – Ressources pour l’industrie : L’auteur revient sur l’impossibilité d’une croissance infinie et sur l’épuisement des ressources. Ce chapitre est intéressant, mais un peu répétitif.

9 – L’énergie nucléaire : salut ou damnation ? : Ce chapitre est un plaidoyer puissant sur les dangers de l’utilisation de l’énergie nucléaire. Cette utilisation en était à ses débuts quand ce texte a été écrit, mais Schumacher en comprend bien les dangers. Il parle même des conséquences désastreuses en cas de tremblements de terre

10 – Une technologie à visage humain : Schumacher aborde dans ce chapitre pour la première fois le concept de technologie intermédiaire (quoique ce concept est lié au type d’utilisation des machines qu’il a proposé au chapitre 2) qu’il élaborera dans les prochains chapitres. Il part du fait que les humains ne consacraient à son époque que 3,5 % de leurs activités économiques comptabilisées à de la «vraie production», soit celles dans les secteurs de l’agriculture, des mines, de la construction et de l’industrie (secteur manufacturier). Cette démonstration me paraît très bancale : il compte tout le temps, même les heures de sommeil, et tout le monde, même les enfants et les personnes âgées; il n’inclut pas la santé, l’éducation, et les autres services essentiels à la «vraie production». Cela est contradictoire avec son discours. Il dira en effet au chapitre suivant : «Le développement ne part pas des biens ; il part des hommes et de leur éducation, de leur organisation et de leur discipline. Sans ses trois facteurs, toutes les ressources restent latentes inutilisées en puissance». Alors, comment ne pas inclure les travailleurs de l’éducation dans les «vrais producteurs»? Et il voudrait qu’avec sa technologie intermédiaire, on fasse passer le taux de «vraie production» de 3,5 % à 20 % du temps humain total. Cela ne semble peut-être pas une proportion si élevée que ça, mais en tenant compte qu’une semaine compte 168 heures et que environ la moitié de la population totale peut travailler (actuellement environ 4 millions de Québécois travaillent sur une population de plus de 8 millions), cela voudrait dire que ces personnes devraient consacrer 67 heures par semaine ( (168 x 20 %) x 2 = 67,2) à des activités de vraie production! Et il n’y aurait personne qui travaillerait dans les magasins, les restaurants, la santé, l’éducation et le reste… Il dit lui même que son calcul est approximatif, mais il est en fait complètement erroné! Cela dit, l’idée de fond sur l’utilisation d’une technologie de niveau intermédiaire ne doit pas être rejetée uniquement parce que l’auteur s’est gouré dans son exemple…

11 – Développement : Schumacher dénonce les tentatives d’aide au développement des pays pauvres qui ne tiennent pas compte des besoins de ces pays. Lui, prône des investissements en éducation et l’utilisation d’une technologie intermédiaire.

12 – Aspects sociaux et économiques exigeant le développement d’une technologie de niveau moyen : Ce chapitre développe les thèmes abordés au chapitre précédent avec des exemples plus précis d’application des technologies intermédiaires (ou de niveau moyen).

13 – Deux millions de villages : Ce chapitre continue les précédents, mais en s’attardant davantage sur les investissements chez les personnes (surtout en éducation, y compris l’apprentissage de techniques simples et de savoir-faire variés) plutôt que dans les biens.

14 – Le problème du chômage en Inde : Il s’agit ici de l’adaptation d’un discours qui recommande l’application des principes énoncés dans les chapitres précédents au cas spécifique de l’Inde. Il ajoute qu’il est important de favoriser la production de biens de proximité plutôt que visant l’exportation (ce que les principaux programmes d’aide internationaux conseillent, à tort, selon l’auteur).

15 – Une machine à prédire l’avenir : Schumacher conteste ici les méthodes de prévision des économistes, qui ne peuvent savoir comment l’être humain réagit aux événements et les provoque, à moins de restreindre son libre arbitre (je résume…). Il y distingue notamment les prévisions, la planification et les scénarios possibles (ou «calculs exploratoires»).

16 – Ébauche d’une théorie de la grande organisation : Je résumerais ce chapitre de façon un peu simpliste en disant que la grande entreprise étouffe l’intuition créatrice et l’innovation. Elle mise sur l’ordre en sacrifiant la liberté.

17 – Socialisme : J’ai trouvé les trois derniers chapitres très intéressants. Je résumerai celui-ci avec cette citation : «Les socialistes devraient insister sur ce point : l’objectif des industries nationalisées n’est pas simplement de se montrer plus capitalistes que les capitalistes eux-mêmes – tentative qui peut ou non être couronnée de succès – mais de faire naître un système de gestion industrielle plus démocratique et plus digne, un emploi plus humain des machines, et une utilisation plus intelligente des fruits de l’ingéniosité et de l’effort humains. S’ils peuvent parvenir à ce résultat, l’avenir leur appartient. Sinon, ils n’ont rien à offrir qui soit digne de faire peiner les hommes, libres de naissance». Constat dur, mais tellement intéressant!

18 – Propriété : Une autre citation, un peu moins liée au thème du chapitre, mais qui en constitue un des postulats et qui est directement liée à l’objet du livre : «La cupidité et l’envie exigent une croissance économique continue et illimitée sur le plan matériel, sans égard particulier pour la conservation, et il n’est pas possible que ce type de croissance s’adapte à un environnement limité». L’auteur distingue dans ce chapitre la propriété «mise au profit du travail créateur», liée à une entreprise de petite taille et à un propriétaire exploitant, de celle qui est un substitut au travail, caractérisée par un propriétaire passif «qui vit en parasite du travail des autres», type de propriété qui a «quelque chose d’antinaturel et de malsain».

19 – Nouveaux modes de propriété : Le dernier chapitre présente dans sa première partie une expérience que l’auteur salue. Cette expérience est celle de l’entreprise Scott Bader & Co Ltd, créée par Ernest Bader. Après quelques années de fonctionnement de son entreprise, Bader a décidé de renoncer à sa propriété en la cédant en 1951 au Scott Bader Commonwealth, un mode de propriété commune avec les employés qui y travaillent (sans que ceux-ci en deviennent propriétaires, mais qui prévoit de partager une partie des profits avec eux, le reste demeurant au Commonwealth pour payer ses impôts, pouvoir investir et verser un pourcentage préétabli de ce «reste» à des organismes de charité). Une forme de coopérative, pourrait-on dire. Et, malgré tout le scepticisme face à ce mode de propriété, cette entreprise a prospéré (pas trop, Ernest Bader ayant prévu des limites à sa taille, quitte à créer d’autres entreprises du même genre advenant le besoin) et existe encore… L’auteur ne prétend pas que ce modèle est le seul, ni le meilleur, mais que la structure classique capitaliste n’est pas la seule à pouvoir exister et prospérer (les entreprises comme la Scott Bader demeurent, selon l’auteur «des îlots de santé perdus dans une vaste société gouvernée par la cupidité et l’envie»). La deuxième partie du chapitre est une présentation d’un modèle et de principes à suivre pour développer des entreprises différentes susceptibles «de permettre une véritable économie mixte». À lire!

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Lire! Il s’agit d’un classique de la littérature économique qu’il est difficile de classer dans un mouvement précis. On peut aussi bien l’associer au mouvement de la décroissance et à l’économie bouddhiste, qu’à une forme de keynésianisme ou au coopératisme. Son analyse demeure pertinente et il a le mérite de proposer des solutions, même si on peut critiquer la faisabilité de certaines d’entre elles. Finalement, ce livre permet de réfléchir à des idées que Schumacher a publiées il y a plus de 50 ans, mais qui sont toujours d’actualité, en fait encore plus qu’à l’époque où il les a émises. Un visionnaire?

La zone grise entre le chômage et l’inactivité

11 juillet 2015

frontière_chômage_ inactivitéAlors que je terminais mon billet (paru samedi dernier) sur les exagérations du site ShadowStats sur le «vrai» taux de chômage aux États-Unis, j’ai pris connaissance d’une étude de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) intitulé Frontières entre emploi, chômage et inactivité : la mesure du chômage a-t-elle omis plus de 280 000 personnes en 2014?. Cette étude tente justement de quantifier le nombre de «personnes qui ont un besoin d’emploi non comblé» mais qui ne sont pas considérées en chômage, de savoir pourquoi elles sont dans cette situation et de mieux connaître leurs caractéristiques.

Qui sont-elles?

Comme je le disais dans le billet de samedi dernier, «la ligne entre l’appartenance et la non appartenance à la population active est dans certaines situations un peu floue». Pour justement estimer l’importance de la zone grise entre le chômage et l’inactivité, l’auteur de l’étude de l’ISQ a décidé d’utiliser le concept de «personnes qui ont un besoin d’emploi non comblé». Dans cette catégorie, il inclut trois groupes de personnes :

  • les personnes officiellement en chômage;
  • les personnes en situation de sous-emploi lié au temps de travail, soit celles qui travaillent à temps partiel de façon involontaire;
  • la main-d’œuvre potentielle, soit les personnes qui «cherchent un emploi mais ne sont pas disponibles» et celles qui «ne cherchent pas d’emploi mais en souhaitent un et sont disponibles».

frontière_chômage_ inactivité1Le graphique ci-contre montre la composition de la main-d’œuvre potentielle entre 2012 et 2014. On y trouve les personnes qui vont à l’école (en majorité des jeunes), celles qui disent ne pas pouvoir travailler parce qu’elles donnent des soins aux enfants ou ont d’autres obligations personnelles ou familiales (personnes qui sont à 75 % des femmes, selon le tableau cansim 282-0219), celles qui étaient en attente d’un début d’emploi ou d’un rappel qui aura lieu dans plus de quatre semaines (car celles qui doivent commencer un emploi dans les quatre semaines sont comptabilisées dans le chômage officiel), celles qui sont malades, celles qui croient qu’il n’y a pas de travail pour elles (on les appelle en général les chercheurEs «découragéEs»), et celles qui ont d’autres raisons (y compris les personnes qui ne mentionnent aucune raison).

Combien sont-elles?

En ne tenant compte que de la population âgée de 15 à 64 ans (l’auteur a décidé de ne pas tenir compte de la population âgée de 65 ans et plus, car composée à 90 % de personnes inactives), l’auteur a comptabilisé 613 900 personnes qui ont un besoin d’emploi non comblé en 2014 :

  • 331 900 personnes officiellement en chômage, soit 54 % du total;
  • 188 400 personnes en situation de sous-emploi, soit 31 % du total;
  • 93 600 personnes faisant partie de la main-d’œuvre potentielle, soit 15 % du total.

On notera que, comme les chercheurEs «découragéEs» ne forment que 6 % de la main-d’œuvre potentielle, cela signifie que ces personnes ne représentent que 0,9 % (6 % de 15 % = 0,9 %) des personnes qui ont un besoin d’emploi non comblé, ou 0,1 % de la population active ajustée. La population active ajustée est la population active officielle (personnes en emploi, y compris les personnes en situation de sous-emploi, et personnes en chômage officiel) à laquelle on ajoute la main-d’œuvre potentielle. Si on calcule le taux de personnes qui ont un besoin d’emploi non comblé sur cette population active ajustée, on obtient ce qu’on appelle aussi le taux de chômage ajusté. En 2014, ce taux atteignait 14,1%, soit 81 % de plus que le taux de chômage officiel (7,8 %), mais bien moins que la rumeur d’un «vrai» taux de chômage de 20 % dont je parlais dans la conclusion du billet de samedi dernier.

Qu’elles sont leurs caractéristiques?

– selon le genre

frontière_chômage_ inactivité2Le graphique ci-contre montre la répartition selon le genre (ou le sexe) de différentes populations associées au sujet de l’étude. Les femmes représente :

  • la moitié de la population âgée de 15 à 64 ans;
  • 48 % des personnes en emploi (en excluant le temps partiel involontaire);
  • 63 % des personnes en sous-emploi lié au temps de travail;
  • 39 % des personnes en chômage;
  • 47 % de la main-d’œuvre potentielle;
  • 56 % des autres inactifs.

– selon l’âge

Les jeunes (15 à 24 ans) sont proportionnellement moins représentés dans l’emploi (en excluant le temps partiel involontaire), mais davantage dans toutes les autres catégories, avec la plus forte représentation (33 % par rapport à 18 % de la population âgée de 15 à 64 ans) dans la main-d’œuvre potentielle, surtout parce que la moitié d’entre eux vont à l’école à temps plein. Presque à l’inverse, les personnes âgées de 55 à 64 % sont proportionnellement moins représentées dans ces catégories, sauf chez les autres inactifs (39 % par rapport à 18 % de la population âgée de 15 à 64 ans), surtout parce qu’elles sont nombreuses à avoir pris leur retraite.

– autres caractéristiques

La proportion de main-d’œuvre potentielle et le chômage traditionnel diminuent avec la scolarisation, mais le sous-emploi lié au temps de travail se répartit assez également selon le niveau de scolarité. Sans surprise, les gens qui travaillent à temps partiel involontairement occupent leur emploi depuis moins longtemps que les personnes qui travaillent à temps plein ou à temps partiel volontairement (ce qui n’est pas étonnant, d’autant plus qu’on savait déjà que ces personnes comptent plus de jeunes). Alors que le chômage traditionnel représentait en 2014 environ 54 % des besoins d’emploi non comblés au Québec, il ne comptait que pour 47 % de ces besoins dans le reste du Canada. Rien d’étonnant encore une fois, puisque le taux de chômage officiel des personnes âgées de 15 à 64 ans est nettement plus élevé au Québec (7,8 %) que dans le reste du Canada (6,8 %).

Et alors…

Le premier intérêt de cette étude est pour moi la comptabilisation des personnes qui se situent dans la zone grise entre le chômage et l’inactivité. Cela permet de constater que le taux de chômage ajusté (qui, je le souligne, est formé à 31 % de personnes en emploi) est bien moins élevé que ce que la rumeur en dit. La répartition de la main-d’œuvre potentielle selon la raison pour ne pas avoir cherché d’emploi est elle aussi instructive, notamment parce qu’elle nous montre que le nombre (et la proportion) de chercheurEs «découragéEs» est bien moindre que ce que nous laissent entendre les légendes urbaines.

Par ailleurs, cette répartition est aussi très instructive pour le développement de politiques. On apprend par exemple que des mesures facilitant la conciliation travail-famille favoriseraient grandement l’obtention d’un travail par les personnes (surtout des femmes) qui disent ne pas pouvoir travailler parce qu’elles doivent donner des soins aux enfants ou parce qu’elles ont des obligations familiales. Mais, pour que cette information serve, il faudrait que nous ayons des gouvernements qui basent leurs décisions sur des données, pas sur leur idéologie…

Les 68 700 emplois se dégonflent…

10 juillet 2015

PLQ-emploi_68000Cela fait depuis février dernier que je mets en doute la hausse que montrent les estimations de l’emploi de l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada depuis décembre 2014 et depuis l’élection des libéraux en avril 2014. Depuis ce temps, j’attends avec impatience que ces estimations diminuent pour revenir au niveau que toutes les autres sources de données semblent indiquer, soit à un niveau de stagnation de l’emploi. Le grand jour est enfin (presque) arrivé ce matin lors de la parution ses estimations de l’emploi selon l’EPA pour le mois de juin 2014, alors que Statistique Canada a indiqué que ses estimations de l’emploi pour le Québec avaient diminué de 33 300 en un seul mois!

Alors que les libéraux s’étaient vantés d’avoir permis la création de 52 000 emplois entre avril 2014 et février 2015, puis de 68 700 emplois lors de leur première année au pouvoir (comme on peut le voir dans l’image qui accompagne ce billet) grâce à «l’effet libéral», le ministre de l’Emploi Sam Hamad s’étonne maintenant de la baisse de l’emploi (en fait, des estimations de l’emploi, je ne le répéterai jamais assez souvent!) en juin. L’opposition, qui prétendait que les libéraux n’avaient rien à voir avec cette hausse d’emploi, accuse maintenant le gouvernement Couillard d’être responsable de la baisse annoncée aujourd’hui. Rien de bien neuf dans ces vantardises et accusations démagogiques…

En fait, ils ont tous tort, car, il n’y a jamais eu de hausse notable d’emploi depuis l’arrivée des libéraux au pourvoir, comme il n’y a fort probablement pas eu de baisse de plus de 30 000 emplois entre mai et juin 2015…

L’EERH et l’EPA

Comme je le fais toujours quand on présente des données sur l’emploi provenant de l’Enquête sur la population active (EPA), je vais encore les comparer avec celles de l’Enquête sur la rémunération et les heures de travail (EERH). En effet, les estimations de l’EPA comportent une marge d’erreur importante, (la marge d’erreur à 95 % des estimations de l’EPA pour un mois donné par rapport à celles du mois correspondant de l’année précédente est de 56 000 et celle d’un mois à l’autre est de 29 000), tandis que celles de l’EERH sont beaucoup plus fiables, sans marge d’erreur, car issues d’un recensement de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye, mais disponibles avec un ou deux mois de retard sur les premières. Par contre, l’EERH ne comptabilise pas les travailleurs autonomes, les salariés du secteur de l’agriculture, les grévistes, les personnes en lock-out et les personnes en congé sans solde, alors que les estimations de l’EPA le font. Ces différences font en sorte qu’il faut toujours être prudent quand on compare les données de ces deux sources. Pour les rendre comparables, je dois donc faire partir les données à 100 (en divisant chaque donnée de chaque série par l’emploi de juillet 2011) dans les deux cas pour qu’on puisse mieux voir l’évolution relative des deux courbes.

PLQ-emploi_68000_25000

Ce graphique nous permet de constater que la baisse de l’estimation de l’emploi de l’EPA (ligne rouge) du dernier mois ne fait qu’annuler les hausses inexplicables de décembre 2014 à avril 2015 et qu’elle ne fait que rapprocher la tendance de ces estimations avec la tendance des données de l’EERH (ligne bleue) qui, elle, ne montre aucun mouvement notable à la hausse comme à la baisse depuis juillet 2012 (sauf en juin 2013, en raison de la grève de la construction)!

Comme je l’ai expliqué dans de nombreux autres billets (notamment dans celui-ci), tous les autres indicateurs pertinents (PIB, rapport mensuel des opérations financières, etc.) concordent avec le constat des données de l’EERH : l’emploi stagne au Québec depuis bientôt trois ans.

Et alors…

En fait, si on tient compte des baisses de l’estimation de l’emploi de l’EPA des deux derniers mois (baisses de 2100 en mai et de 33 300 en juin), la fameuse hausse de 68 700 emplois entre avril 2014, mois de l’élection du gouvernement Couillard, et avril 2015 a déjà perdu la moitié de son ampleur, tel que je l’ai prévu dans mes précédents billets sur le sujet. Et, comme il s’agit du premier véritable mois de baisse après cinq mois de hausses, il ne serait pas étonnant que les prochains mois montrent davantage de baisses que de hausses. Cela dit, seule une personne insensée se permettrait de faire des prévisions sur des données qui présentent de telles marges d’erreur!

Le marché du travail des femmes (14) – les salaires (2)

8 juillet 2015

mt_femmesCe quatorzième billet de ma série sur le marché du travail des femmes est le deuxième sur les salaires. Comme mentionné à la fin du précédent billet, j’aborderai ici les écarts de salaire entre les hommes et les femmes par industrie et par profession. Pour ce, j’utiliserai les tableaux cansim 282-0070 et 282-0072 tirés des données de l’Enquête sur la population active (EPA).

Par industrie

Le tableau qui suit présente l’évolution entre 1997 et 2014 des salaires horaires des personnes travaillant à temps plein, ainsi que les écarts de ces salaires entre les hommes et les femmes. La dernière colonne fait la différence entre ces écarts entre 1997 et 2014 en points de pourcentage. Par exemple, la dernière colonne de la première ligne nous montre que l’écart entre le salaire horaire des hommes et des femmes s’est en moyenne réduit de 6,9 points de pourcentage entre 1997 (écart de 15,5 %) et 2014 (écart de 8,6 %) dans l’ensemble du marché du travail.

mt_femmes14_1

Ce tableau nous permet de constater que les écarts se sont réduits dans la grande majorité des industries, sauf dans l’agriculture et dans le secteur hybride de la Foresterie, pêche, mines, exploitation en carrière, et extraction de pétrole et de gaz. Dans les deux cas, cette hausse de l’écart des salaires horaires s’explique en premier lieu par l’augmentation bien plus forte des salaires des hommes que la moyenne (hausse de 66 % dans l’agriculture et de 71 % dans l’autre secteur par rapport à la hausse moyenne de 50 %), tandis que le salaire des femmes y a augmenté un peu moins fortement que la moyenne, mais plus que la moyenne des hommes (hausse de 58 % dans l’agriculture et de 59 % dans l’autre secteur par rapport à la hausse moyenne de 62 % pour les femmes, et de, je le répète, 50 % chez les hommes). Dans l’agriculture la hausse plus forte chez les hommes semble due à la diminution du nombre de fermes et aux changements technologiques qui ont accompagné cette tendance. Celle-ci a fait augmenter proportionnellement plus l’emploi dans les professions les mieux payées de cette industrie (exploitants et gestionnaires agricoles, par exemple) et fait diminuer l’emploi dans les professions les moins bien payées (manœuvres à la récolte et ouvriers agricoles). La forte augmentation de l’embauche de travailleurs étrangers agricoles peut aussi avoir joué un rôle. Dans l’autre secteur, le tableau cansim 281-0023 (tiré de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail, l’EERH, qui ne fournit malheureusement pas de données selon le sexe) nous montre que l’emploi salarié dans la foresterie a diminué de plus de 55 % entre 2001 et 2014 (malheureusement, ce fichier ne publie pas de données antérieures), tandis que l’emploi dans l’extraction minière a augmenté de plus de 50 %. Or, le fichier 281-0036 tiré de la même enquête nous montre que le salaire horaire était de 20 $ dans la foresterie en 2013 et de plus de 46 $ dans l’extraction minière. Pas étonnant que le salaire horaire dans un secteur qui regroupe ces deux industries ait en moyenne augmenté davantage que la moyenne!

Ce tableau nous montre aussi que le salaire horaire des femmes, même s’il a davantage augmenté que celui des hommes, lui est demeuré inférieur dans toutes les industries présentées dans ce tableau. Ce constat est pour le moins significatif car, pour éviter l’impact spécifique du travail à temps partiel plus fréquent chez les femmes ou du fait qu’elles travaillent généralement moins d’heures que les hommes, j’ai choisi de montrer uniquement les salaires horaires des personnes qui travaillent à temps plein. L’écart aurait été bien plus élevé si j’avais présenté les salaires hebdomadaires pour l’ensemble des emplois, à temps plein et à temps partiel. Par exemple, pour l’ensemble du marché du travail, l’écart en 2014 aurait été de 20,8 % plutôt que de 8,6 %.

On notera ensuite que, en 2014, l’écart salarial horaire le moins élevé s’observait dans le secteur des Soins de santé et assistance sociale (2,7 %), et le plus élevé, justement dans celui de la Foresterie, pêche, mines, exploitation en carrière, et extraction de pétrole et de gaz (29,3 %). Finalement, le secteur où cet écart s’est le plus réduit est celui de l’Information, culture et loisirs (réduction de 12,7 %), suivi de près par les secteurs de la fabrication (réduction de 12,6 %, en grande partie en raison de la très forte baisse de l’emploi dans l’industrie de la fabrication de vêtement, seule industrie du secteur de la fabrication où les femmes sont majoritaires et industrie où les salaires horaires sont les moins élevés, soit de 21 $ en 2014 par rapport à la moyenne de 34 $ dans l’ensemble du secteur de la fabrication) et des Services professionnels, scientifiques et techniques (réduction de 12,5 %).

Cette analyse est révélatrice, même si limitée, parce qu’on sait que les femmes n’occupent pas les mêmes genres d’emploi que les hommes dans les industries. Il est donc essentiel de poursuivre en analysant le même type de données par profession.

Par profession

Le tableau qui suit est construit de la même façon que le précédent.

mt_femmes14_2

Même si les données de la première ligne de ce tableau sont identiques à celles de la première ligne du tableau précédent, on trouve cette fois deux groupes professionnels où le salaire horaire des femmes était plus élevé que celui des hommes en 2014 (aux deux lignes où on peut voir des données en caractère gras dans la sixième colonne), même s’il n’y en avait aucun en 1997. Il s’agit tout d’abord du Personnel professionnel des soins de santé et professionnels en sciences infirmières, avec un salaire plus élevé de seulement 0,6 %, ce qui représente tout de même un gain de 6,8 points de pourcentage par rapport au recul de 6,3 % en 1997. Il faut noter ici que, dans ce groupe professionnel, ces données peuvent être trompeuses, car elles ne comprennent que les revenus salariaux, pas les revenus de travail autonome, alors qu’une forte proportion des membres de ce groupe occupent justement des emplois autonomes (la moitié des médecins, mais une proportion bien plus élevée de chiropraticienNEs, de dentistes, d’optométristes, etc.). Le deuxième groupe où les femmes avaient un salaire horaire plus élevé est celui du Personnel de soutien familial et de garderie, avec une avance cette fois plus significative, soit de 6,2 %, grâce à un gain de plus de 36 points de pourcentage depuis 1997 (le gain le plus élevé de tous les groupes). Il faut noter que la première profession à laquelle on pense avec ce titre, les éducatrices à la petite enfance, ne font pas partie de ce groupe, et que les hommes sont très peu nombreux dans ce groupe (moins de 4 000 par rapport à environ 28 000 femmes selon l’estimation de 2014, comme on peut le voir dans le tableau de ce billet). Il est certain que la baisse du nombre de gardiennes d’enfants dans ce groupe, la profession la moins bien payée, a sûrement contribué à ce revirement majeur.

On peut aussi voir que les différences de salaire horaire à la faveur des hommes étaient en 2014 les moins élevées dans le Personnel de bureau et de supervision (2,7 %) et chez les cadres supérieurEs (un étonnant petit 2,8 % d’écart), tandis que les plus élevées s’observaient dans les «autres métiers» (32 %, groupe où elles occupaient moins de 5 % des emplois) et dans les Professions propres au secteur primaire (31 %).

Finalement, la dernière colonne nous montre que la situation salariale des femmes par rapport à celle des hommes s’est détériorée entre 1997 et 2014 dans seulement quatre des 41 groupes professionnels et que, dans trois de ces quatre groupes, ce fut de très peu. Dans les 37 autres groupes, leur situation s’est améliorée, parfois de façon importante.

Et alors…

Ces données apportent une autre brique à nos connaissances sur les différences salariales entre les hommes et les femmes. Mais encore là, l’utilisation de regroupements d’industries et de professions variées ne permet pas une connaissance fine de la situation. Cela sera pour le prochain billet!

Littérature d’imagination, économie et droit

6 juillet 2015

littérature d'imaginationQuand j’ai su qu’un nouveau livre de Martha Nussbaum était sorti en français en 2015, je me suis hâté de le réserver. J’avais en effet adoré les deux livres précédents que j’avais lus d’elle, leur consacrant d’ailleurs deux billets. En ouvrant L’art d’être juste, j’ai un peu déchanté. D’une part, ce livre date de 1995 (!), me laissant craindre qu’il n’ait été traduit qu’en raison de la popularité de ses livres plus récents. D’autre part, j’ai constaté que le titre original, Poetic justice – The Literary Imagination and Public Life (La justice poétique – L’imagination littéraire et la vie publique) n’a rien à voir avec le titre accrocheur français. Constatant en plus que les notes étaient à la fin du livre, j’avais perdu totalement mon enthousiasme initial… Mais, cela m’en prend plus que ça pour abandonner la lecture d’un livre, surtout quand celui-ci est écrit par une auteure dont j’ai grandement apprécié les œuvres que j’ai lues auparavant!

Objectif

Ce livre vise à étudier l’impact de la littérature d’imagination sur l’économie et le droit, rien de moins! Il compte évaluer son influence sur «la question de la mesure du bien-être d’une population» et sur «la nature des processus rationnels d’un bon juge ou juriste». Déjà là, mon enthousiasme remontrait le bout de son nez…

– sur l’économie : Dans ce chapitre, l’auteure se sert des personnages et des péripéties du livre Les Temps difficiles de Charles Dickens pour analyser la philosophie utilitariste qui est à la base de l’économie classique. Je n’ai jamais lu ce livre (ce qui aurait aidé à mieux comprendre le cheminement de l’auteure), mais, tel qu’elle les présente, certains personnages (notamment Thomas Gradgrind, un enseignant qui ne jure que par les faits et la rationalité) permettent de fait de bien décortiquer les caractéristiques, la façon de fonctionner et les contradictions de l’homo œconomicus cher à ce courant économique.

Cette façon de présenter (et de critiquer) l’économie classique est pour le moins originale. La démarche de l’auteure est agréable à lire et toujours pertinente. Elle en profite pour montrer que le PIB est une mesure bien imparfaite du bien-être d’une population, thème qui sera prédominant dans ses recherches sur la notion de capabilité qu’elle avait déjà commencées à l’époque, qu’elle approfondira par la suite avec Amartya Sen, et qui déboucheront sur son excellent livre intitulé Capabilités, Comment créer les conditions d’un monde plus juste ? dont j’ai parlé dans ce billet.

– les émotions rationnelles : Dans ce chapitre, l’auteure fait le lien entre la littérature et les émotions, et déconstruit la perception que les émotions sont nécessairement irrationnelles. Elle montre que les émotions font partie intégrante de l’être humain, même si elles se manifestent différemment selon les circonstances et les personnes. Si elles peuvent de fait être irrationnelles, c’est loin d’être toujours le cas, contrairement à ce que prétendent les classiques et certains personnages du roman de Dickens.

Il s’agit du chapitre le plus près de l’analyse philosophique classique. Elle y cite plein d’auteurs (de Platon à Épicure, en passant par les stoïciens et Spinoza). Comme je l’ai mentionné souvent, je ne raffole pas de ce style. Cela dit, sa mise au point niant l’opposition entre les émotions et la raison a tout à fait sa place dans ce livre.

– sur le droit : Dans ce chapitre intitulé Des poètes pour juges, l’auteure ne se sert pas du roman de Dickens pour montrer le rôle de la littérature d’imagination (dont la poésie) sur le droit, mais analyse plutôt des textes de décisions de juges sur différentes causes. Pour résumer, elle montre que le style des juges reflète souvent leurs valeurs (notamment le niveau d’empathie nécessaire pour rendre une décision «juste») et est un élément essentiel à l’analyse juridique de causes spécifiques. J’ai un peu de difficulté à bien rendre clairement son raisonnement, entre autres parce qu’il s’étend quand même sur plus de 70 pages…

Les textes des décisions majoritaire et minoritaire sur une cause de harcèlement sexuel contre GM fait par exemple bien ressortir le manque d’empathie de l’auteur de la décision majoritaire qui a renversé l’acceptation de cette cause par une cour inférieure (avec un raisonnement qui m’a fait penser à la réaction du chef d’état-major Tom Lawson qui justifiait quasiment «les cas d’inconduites sexuelles [dans l’armée canadienne], qui vont du harcèlement à l’agression, par le fait que « les êtres humains sont biologiquement programmés différemment»). À l’inverse, le texte de la décision minoritaire insistait beaucoup sur les effets sur la victime du harcèlement prolongé qu’elle a subi de ses collègues et du refus de son patron d’intervenir (avec des arguments semblables à ceux de Lawton). Tout cela est intéressant, mais j’ai eu de la difficulté à voir le contenu poétique de cette décision (comme des autres présentées). Oui, elles contenaient et tenaient compte des émotions, mais l’auteure ne m’a pas convaincu que ces textes pouvaient être associés à de la littérature (un peu quand même…) et encore moins à de la poésie (là, pas du tout!)…

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Ce livre contient beaucoup d’éléments d’intérêt. Il est aussi amusant (on s’amuse comme on peut!) à lire. Par contre, il confirme mes craintes de départ, soit que son titre est trompeur et qu’il a fort probablement été publié en raison des succès des œuvres plus récentes de Martha Nussbaum. Bref, on peut le lire si ce genre nous convient, mais, si on n’a pas encore lu de livres de cette auteure, je recommande de commencer avec Capabilités, Comment créer les conditions d’un monde plus juste ? dont j’ai parlé un peu dans le présent billet, ou avec Les émotions démocratiques. Comment former le citoyen du XXIe siècle, que j’ai présenté dans ce billet.

ShadowStats – Le taux de chômage

4 juillet 2015

shadowStatsShadowStats est un site conçu par John Williams (qu’on peut voir sur l’image qui accompagne ce billet) qui prétend «corriger» les données officielles des organismes gouvernementaux des États-Unis, notamment sur l’inflation et le chômage. Il y a quelques mois, j’ai présenté un texte de Ed Dolan qui déconstruisait complètement les prétentions de ce site sur l’inflation. Je mentionnais aussi dans ce billet que j’aurais bien aimé que M. Dolan aborde aussi les taux de chômage de Williams. C’est maintenant chose faite! Je le remercie d’ailleurs de m’avoir informé de la parution de ce nouveau texte intitulé Deconstructing ShadowStats (Part 2): In Search of an Alternative Measure of Unemployment (Déconstruire ShadowStats, deuxième partie : à la recherche d’une autre mesure du chômage).

Les taux de chômage

Le graphique qui suit montre l’évolution de trois mesures du chômage aux États-Unis.

shadowStats1-1

La ligne rouge montre l’évolution du taux de chômage officiel, la grise, celle du taux de chômage ajusté (ou «élargi», concept que je vais expliquer bientôt) du Bureau of Labor Statistics (BLS, l’équivalent de Statistique Canada aux États-Unis) et la bleue, du taux de chômage ajusté du site ShadowStats. Le BLS (tout comme Statistique Canada) publie son taux ajusté pour tenir compte du fait que la ligne entre l’appartenance et la non appartenance à la population active est dans certaines situations un peu floue. En effet, la définition du taux de chômage officiel est assez stricte (on doit non seulement être sans emploi, vouloir un emploi et être disponible pour travailler, mais aussi avoir effectué des démarches actives pour en trouver un) et ne laisse pas beaucoup de place aux personnes qui ne respectent pas à la lettre ses critères. En plus, la définition du chômage par le BLS est encore plus restrictive que celle de Statistique Canada. En effet, une recherche d’offres d’emploi sur Internet, par exemple, ne suffit pas à être considéré en chômage, donc membre de la population active, alors qu’une telle recherche satisfait aux critères de Statistique Canada. Aux États-Unis, on doit aussi avoir fait une démarche concrète (rencontre avec un employeur potentiel, envoi de CV, etc.). D’ailleurs, si le Canada appliquait la définition du chômage du BLS, son taux de chômage serait en moyenne d’un point de pourcentage moins élevé (aussi parce que le BLS ne considère pas les jeunes de 15 ans et en raison de quelques autres différences mineures).

En conséquence, la plupart des pays complètent le taux de chômage officiel par un taux de chômage ajusté qui permet d’évaluer l’ampleur des situations proches du concept de chômage. Ainsi, le BLS considère aussi les personnes qui ne satisfont pas aux critères de recherche d’emploi, mais qui veulent un emploi, sont disponibles pour travailler, n’ont pas cherché un emploi activement au cours des quatre dernières semaines, mais l’ont fait au cours des 12 derniers mois. On parle dans ce cas des personnes «marginally attached to the labor force» (ou, mot à mot, marginalement liées à la population active, concept qu’on traduit plutôt par main-d’œuvre potentielle en français), qui inclut entres autres les personnes dites découragées, soit celles qui veulent un emploi, sont disponibles pour travailler, mais n’en cherchent pas parce qu’elles sont certaines de ne pas en trouver, que ce soit en raison de la conjoncture économique ou de la certitude que leurs compétences ne cadrent pas avec celles qui sont demandées par les employeurs. Cette catégorie comprend aussi les personnes qui veulent un emploi, mais n’en cherchent pas activement parce qu’elles vont à l’école, sont malades, ont trop de responsabilités familiales ou éprouvent des problèmes de transport. Le taux de chômage ajusté du BLS comprend aussi les personnes qui travaillent à temps partiel (moins de 35 heures aux États-Unis, alors qu’ici, on parle de moins de 30 heures), mais qui aimeraient travailler davantage.

On peut voir sur le graphique que cette mesure ajustée du chômage (ligne grise) a beaucoup plus augmenté entre 2007 et 2010 (de 9 points de pourcentage) que la mesure officielle du chômage (d’entre 5 et 6 points), ce qui est normal au cours d’une récession, car la proportion de personnes découragées et qui occupent des emplois à temps partiel augmente fortement. D’ailleurs, cette mesure a aussi diminué davantage au cours de la reprise (d’environ 6 points) que le taux de chômage officiel (d’entre 4 et 5 points).

J’aimerais bien définir aussi le taux de chômage ajusté de ShadowStats, mais ce site ne mentionne nullement la méthode qu’il utilise pour en arriver à ses résultats. Tout ce qu’on peut dire (pour l’instant…) est que ce taux a aussi augmenté plus fortement que le taux de chômage officiel entre 2007 et 2010 (de 10 points environ), et même un peu plus que le taux de chômage ajusté du BLS, mais que, assez étrangement, non seulement il n’a pas diminué depuis, mais a plutôt augmenté (à l’œil d’entre 1 et 2 points). Le texte de M. Dolan tente justement de trouver comment le concepteur de ShadowStats a pu arriver à de tels résultats.

Recherches de Ed Dolan

John Williams prétend que la différence entre son taux de chômage ajusté et celui du BLS est essentiellement formé par les personnes qui veulent un emploi et sont disponibles, mais qui n’ont pas cherché d’emploi activement depuis plus de 12 mois (je rappelle que celles qui en ont cherché au cours des 12 derniers mois sont comptabilisés par le taux ajusté du BLS). En fait, il dit viser à rétablir la définition que le BLS utilisait jusqu’en 1994 à cet effet.

Comme John Williams ne décrit pas la méthode qu’il utilise pour estimer son taux de chômage ajusté, Ed Dolan a tenté d’estimer de différentes façons l’impact du changement de définition de 1994 et même d’estimer le nombre de personnes qui veulent un emploi et sont disponibles, peu importe si elles ont déjà cherché un emploi. Il montre dès le départ que le BLS a lui-même déjà estimé les effets de ce changement de définition de 1994 dans ce document.

En fait, le changement de 1994 a eu à la fois l’effet de faire diminuer la taille de la main-d’œuvre potentielle et de la faire augmenter. Le fait d’exiger une recherche active au cours des 12 derniers mois l’a fait diminuer, mais on a aussi accepté des motifs beaucoup plus variés pour justifier l’absence de recherche active d’emploi (dont les responsabilités familiales et les problèmes d’accès à un moyen de transport). Alors que l’estimation de Williams fait augmenter la taille de la main-d’œuvre potentielle de 26 millions de personnes par rapport aux estimations actuelles du BLS, le document du BLS estime plutôt que le changement de 1994 a fait diminuer ce nombre de 2 millions, ce qui représente à peine 7,7 % de l’estimation du site ShadowStats.

Ed Dolan, ne se contentant pas de cette étude, cherche d’autres façons d’estimer l’importance de la main-d’œuvre potentielle. Par exemple, en considérant dans cette catégorie toutes les personnes ne faisant pas partie de la population active (les «inactifs») et en soustrayant celles qui ne veulent pas d’emploi, qui sont déjà comprises dans le taux de chômage ajusté du BLS, et qui ne sont pas disponibles, il arrive, avec ce décompte extrêmement généreux, à 3,7 millions de personnes, soit seulement 14 % de l’estimation du site ShadowStats.

En utilisant d’autres enquêtes (ce que John Williams dit faire, mais sans les nommer), Ed Dolan en arrive à un maximum (avec des définitions les plus larges possibles, incluant même des personnes non disponibles, car l’enquête utilisée ne pose pas cette question) de 4,6 millions de personnes âgées de 25 à 54 ans, soit 17,5 % de l’estimation du site ShadowStats. Une autre façon de calculer en étendant cette méthode à tous les adultes âgés de 16 ans et plus (ce qui est encore plus laxiste et improbable), on pourrait en arriver à 9 millions de personnes, ce qui correspondrait même là à seulement le tiers de l’estimation du site ShadowStats.

Il faut noter que ces méthodes s’éloignent considérablement de la méthode qu’utilisait le BLS avant 1994, pourtant à la base de la prétention de Shadowstats que le BLS a changé de méthode pour faire artificiellement diminuer le taux de chômage ajusté (mesure que peu de gens connaissent, de toutes façons…). Et même en prenant les méthodes les plus «généreuses» (même si on sait bien qu’elles sont exagérées), on ne parvient pas à expliquer plus du tiers de la différence entre le taux ajusté du BLS et celui de Shadowstats. D’où viennent le 17 millions de personnes manquantes? Mystère…

Et alors…

Je trouve tout à fait déplorable que des gens puissent profiter de la crédulité de lecteurs qui, par biais de confirmation (avec souvent un brin de conspirationnisme), sont prêts à croire n’importe quelle donnée qui va dans le sens de leur croyance, même si aucune source ou méthode ne justifie cette donnée. J’ai entendu tellement souvent des gens bien intentionnés affirmer sans que le moindre doute les habite que le «vrai» taux de chômage est bien plus élevé au Québec (au moins 20 %, en général) que celui publié par Statistique Canada. Or, avec un taux d’emploi de 81,2 % chez les personnes âgées de 25 à 54 ans au Québec, il faut vraiment avoir de l’imagination pour imaginer un taux de chômage de 20 %… Bien sûr qu’un site comme ShadowsStats ne peut qu’appuyer ce genre de perception, mais cela ne la rend pas moins insensée.

Je remercie donc Ed Dolan d’avoir eu la patience de montrer à quel point les prétentions de ce site sont ridicules… et devraient rester dans l’ombre!

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