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Est-ce que tout peut changer?

11 mai 2015

naomi KleinTout peut changer, Capitalisme et changement climatique de Naomi Klein porte sur le changement climatique et sur ses liens avec le mode de vie qui accompagne le capitalisme. La thèse centrale de l’auteure est qu’on doit modifier radicalement ce mode de vie pour pouvoir restreindre le réchauffement climatique à un niveau viable.

Comme il est impossible de résumer convenablement tous les angles abordés par ce livre, je vais ici m’attarder à un seul de ses chapitres et mentionner quelques-uns des autres thèmes que l’auteure analyse dans les autres.

La droite voit juste

Le titre du premier chapitre suivant l’avant-propos, La droite voit juste, est pour le moins intrigant, surtout dans un livre qui associe d’aussi près le capitalisme au réchauffement (ou chaos) climatique. Il est aussi très pertinent!

L’auteure débute ce chapitre en racontant le déroulement d’une conférence du Heartland Institute, un groupe de pression qui nie le réchauffement climatique. Elle cite entre autres un intervenant qui affirmait que la lutte contre le réchauffement climatique est en fait une attaque contre le capitalisme (affirmation semblable à celle de Stephen Harper qui a déjà associé cette lutte à un complot socialiste). Cette citation est en fait bien modérée par rapport à celles d’autres intervenants qui comparent les mouvements environnementalistes à l’Inquisition catholique, au nazisme hitlérien ou au stalinisme…

L’auteure poursuit en montrant que les opinions sur le réchauffement climatique sont intimement liées à l’orientation politique. Que ce soit aux États-Unis entre les partisans des républicains et des démocrates, ou au Canada entre ceux du NPD, du parti libéral et des conservateurs, la proportion des partisans de ces partis qui considèrent réel le réchauffement climatique et l’attribuent à l’être humain est toujours beaucoup plus élevée chez les personnes qui appuient des partis de gauche que chez celles qui accordent leur vote aux partis de droite. D’autres recherches ont montré un clivage semblable entre les personnes penchant pour une société plus égalitaire et celles qui sont plus individualistes. Ce clivage est, selon certains chercheurs, dû au biais culturel (forme de biais de confirmation) «un processus par lequel chacun (…) filtre toute information nouvelle de manière à protéger sa «vision préférée d’une bonne société». Si l’information nouvelle semble confirmer cette vision, il l’accepte et l’intègre facilement. Si elle menace son système de croyances, son cerveau se met à produire des anticorps intellectuels afin de repousser cette invasion importune».

L’auteure avance que les gens de droite ont raison de craindre que les politiques de lutte contre le réchauffement climatique attaquent leur «vision préférée d’une bonne société», donc le capitalisme. Si certains tentent de convaincre la population que les mécanismes de marché (comme les systèmes de plafonnement et d’échange de droits d’émission, ou bourses de carbone) peuvent lutter efficacement contre lui, la droite sait bien qu’une diminution majeure de la consommation d’énergies fossiles signifierait la fin de leur mode de vie. Pire, pour limiter le réchauffement climatique, il faudrait :

  • interdire certaines activités polluantes et en réglementer strictement d’autres;
  • imposer des amendes salées aux contrevenants;
  • subventionner les solutions écologiques;
  • augmenter les taxes (surtout sur certains produits) et les impôts;
  • financer des travaux d’infrastructure, en favorisant notamment la construction de logement à haute densité et le développement du transport en commun au détriment du transport individuel;
  • donner plus de pouvoir à des institutions internationales,
  • aider les pays pauvres entre autres par des transferts technologiques;
  • etc.

Toutes ces actions nécessaires affrontent directement les valeurs de la droite et s’attaquent, comme elle le prétend, aux fondements du capitalisme, mettant de l’avant des principes de collaboration (plutôt que de concurrence), l’intervention du secteur public, la réglementation, les avantages de hausses de taxes et d’impôts et le contrôle des marchés. La droite a donc raison de craindre la lutte au réchauffement climatique!

Les négationnistes du réchauffement climatique ont même mieux compris ce «danger» que les membres de la droite et du centre droit qui reconnaissent le réchauffement climatique et l’attribuent à l’être humain, mais qui prétendent pouvoir s’y attaquer par de petits gestes qui ne remettent pas en question notre mode de vie, ni notre système économique, exactement ce qu’on voit actuellement au Québec.

Que ce soit en niant le réchauffement climatique ou en faisant croire qu’on peut le maintenir à un niveau viable sans changer notre mode de vie, la droite a, selon l’auteure, remporté la première manche :

«(…) la véritable cause de l’inertie actuelle face au changement climatique tient au fait que les mesures nécessaires menacent directement le paradigme économique dominant (qui combine capitalisme déréglementé et austérité) et le mythe fondateur de la culture occidentale (selon lequel l’être humain ne fait pas partie de la nature et peut se jouer de ses limites), de même que bon nombre des activités qui forgent nos identités et définissent la vie collective (la consommation, le virtuel, un peu de consommation supplémentaire…). De telles mesures sont aussi synonymes d’extinction pour des industries – celles du pétrole et du gaz – dont la prospérité et le pouvoir sont sans précédent, mais qui ne pourront subsister dans leur forme actuelle si nous autres humains désirons éviter notre propre annihilation. Pour résumer : si nous n’avons pas relevé ce défi, c’est parce que nous sommes emprisonnés – politiquement, physiquement, culturellement. Et c’est seulement quand nous reconnaîtrons l’existence de nos chaînes que nous aurons une chance de nous en libérer.»

Autres thèmes

Voici certains des autres thèmes abordés dans ce livre :

  • le financement des négationnistes;
  • la priorité accordée au commerce sur la lutte au réchauffement climatique;
  • la privatisation de la gestion de l’énergie;
  • le rôle de la planification et de la réglementation;
  • le mirage des marchés du carbone (un des meilleurs chapitres, clair et scandaleux…), comme celui dont on se félicite de voir l’Ontario y entrer…;
  • l’illusion des riches qui prétendent consacrer leur fortune à la lutte au réchauffement climatique (comme Richard Branson);
  • un autre mirage : la géo-ingénierie;
  • l’efficacité (relative) des mesures de blocage (notamment par les autochtones un peu partout sur la Terre);
  • l’effet sur la fertilité du pétrole, des gaz, des produits chimiques, de la pollution et du réchauffement climatique.

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? En commençant ce livre, je craignais que le style journalistique de l’auteure fasse en sorte qu’elle se concentre davantage sur des anecdotes que sur des présentations plus globales. Je n’avais pas totalement tort, mais ce style est dans ce cas un atout. En effet, ce livre se lit très bien et les très (très) nombreuses anecdotes servent à bien illustrer les propos de l’auteure et les présentations plus globales des thèmes qu’elle aborde. On doit aussi souligner la profondeur et l’exhaustivité de ses recherches (et de celles de son équipe) qui permettent d’en apprendre d’un chapitre à l’autre.

Des bémols? Oui, deux. Le livre est un peu long et la répétition d’histoires semblables peut lasser. Et, comme c’est rendu quasiment inévitable, je déplore que les notes (64 pages…) aient été mises à la fin. Par contre, ces notes sont composées en très grande majorité de sources, qu’il n’est pas nécessaire de consulter. Les notes explicatives sont presque toutes en bas de page, même s’il y en a quelques-unes à la fin.

Par ailleurs, je trouve l’auteure un peu trop optimiste à mon goût. Alors qu’elle montre très bien que, si on veut limiter le réchauffement climatique à un niveau viable (soit une hausse d’au plus deux degrés Celsius), on doit changer de façon majeure notre mode de vie, elle base son optimisme relatif sur quelques victoires certes importantes (comme le moratoire de l’exploitation des gaz de schiste au Québec), mais pas déterminantes. Et, comme elle le montre aussi, si ces victoires ne font que délocaliser les émissions, cela ne règle nullement le problème de fond.

Malgré ces bémols et petits désaccords (vraiment pas nombreux), ce livre est à lire par toute personne qui s’intéresse à la question fondamentale qu’est le réchauffement climatique.

L’impact du chômage régional sur l’âge de la retraite

9 mai 2015

chômage-retraiteAvec le vieillissement de la population et surtout de la main-d’œuvre, la question de la retraite gagne en importance. Bien consciente de cette réalité, Statistique Canada publie de plus en plus d’études sur le sujet. La plus récente, Impact du taux de chômage local sur la retraite définitive, signée par Diane Galarneau, Martin Turcotte, Yves Carrière et Eric Fecteau, a été publiée le 22 avril dernier.

Contexte

«La décision de prendre sa retraite est un processus complexe, dans lequel intervient un ensemble de facteurs comme la situation financière des individus, leurs aspirations personnelles, leur santé, leurs caractéristiques démographiques (âge, sexe, statut d’immigrant), les conditions d’emploi qu’ils ont connues tout au long de leur vie active, leur situation familiale au moment de la retraite et tous changements à cet égard, de même que des événements imprévus tels que la perte d’un conjoint, un accident ou un gain inattendu.»

En plus de ces facteurs, les auteurs mentionnent que bien des études ont démontré que la perte d’un emploi augmente la probabilité de retraite chez les travailleurs âgés. Ils se demandent alors si cette probabilité pourrait aussi augmenter en fonction du taux de chômage de la région où on habite.

«Ainsi, dans les régions où le taux de chômage est élevé, les travailleurs âgés pourraient être plus susceptibles de perdre leur emploi et d’éprouver des difficultés à réintégrer le marché du travail. Par conséquent, ils pourraient prendre leur retraite plus tôt que leurs homologues des régions à taux de chômage plus faible.»

Leur raisonnement semble solide, mais encore faut-il voir si les faits le confirment et, s’il le fait, estimer l’ampleur de l’impact du taux de chômage régional sur l’âge de la retraite. Pour ce, les auteurs compareront l’âge anticipé de la retraite (concept que j’ai expliqué dans la deuxième partie de ce billet) des régions économiques réparties en trois groupes «selon le niveau de leur taux de chômage annuel moyen (faible, moyen ou élevé)». Dit simplement, l’âge anticipé de la retraite est calculé à partir du taux de retraite observé une année donnée à chacun des âges à partir de 50 ans en l’appliquant aux personnes en emploi âgées de 50 ans et plus au cours des prochaines années. Pour cette étude, la retraite effective (volontaire ou non), survient lors de la première année où une personne qui avait un revenu d’emploi d’au moins 5000 $ gagne moins que cette somme, lorsque cette année est suivie de trois autres années consécutives avec des gains d’emploi inférieurs à 5000 $.

Tendance de l’âge anticipé de la retraite

Le graphique qui suit montre l’évolution de l’âge anticipé de la retraite au Canada chez les femmes (ligne du bas), les hommes (ligne du haut) et ensemble (ligne du centre) de 1991 à 2007. Si ce n’est deux baisses en 1997 et 2000 (dues en bonne partie à des programmes de retraites anticipées, au Québec en 1997 et ailleurs en 2000), baisses touchant surtout les femmes, car plus présentes dans le secteur public, on remarquera que cet âge a augmenté tout au long de cette période, «de 60,7 ans à 63,5 ans, soit une hausse de près de 3 années. Pour les hommes, il a augmenté de 61,3 à 64,1 ans et pour les femmes, de 59,7 à 62,7 ans». Compte tenu de la définition retenue (quatre années consécutives avec un revenu d’emploi inférieur à 5000 $) et des données utilisées (celles des données administratives longitudinales, soit un échantillon de 20 % des déclarations de revenu, qui sont disponibles avec deux ans de retard), il faut attendre six ans avant de pouvoir obtenir toutes les données pertinentes. Cela explique que le graphique et le suivant s’arrêtent en 2007.

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L’âge anticipé de la retraite selon le taux de chômage

Le graphique suivant confirme l’hypothèse des auteurs. L’écart moyen de l’âge anticipé de la retraite entre les régions à taux de chômage élevé et faible fut d’un peu plus de deux ans entre 1991 et 2007. Cet écart fut le plus faible en 2007 à 1,5 ans, essentiellement en raison d’une baisse de cet âge dans les régions à faible taux de chômage. Là aussi, l’augmentation de cet âge est manifeste et d’ampleur similaire dans les trois types de régions. «Dans les régions à faible taux de chômage, l’âge anticipé de la retraite est passé de 61,7 à 64,2 ans; dans les régions à taux de chômage moyen, il est passé de 60,7 à 63,3 ans; finalement, dans les régions à taux de chômage élevé, il est passé de 59,5 ans à 62,7 ans». Ce graphique permet aussi de voir que la baisse de l’âge anticipé de la retraite en 1997 vient de régions où le taux de chômage est «élevé», soit au Québec (le graphique 3 à la page 7 du document montre une forte baisse de cet âge en 1997 dans la région de Montréal, mais pas dans les régions de Toronto, Vancouver et Calgary, appuyant ma conclusion que cette baisse vient du Québec), tandis que la baisse de 2001 vient des régions où le taux de chômage est bas (probablement de l’Ontario, compte tenu de la baisse dans la région de Toronto, encore une fois selon le graphique 3).

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Les auteurs comparent ensuite l’âge anticipé de la retraite dans les quatre plus grandes régions métropolitaines de recensement, soit Montréal, Toronto, Vancouver et Calgary. Si, là aussi, les régions où le taux de chômage est le plus élevé ont en général un âge anticipé de la retraite plus bas, ce n’est pas toujours le cas. Les auteurs concluent de cette observation que «les conditions économiques ne sont pas le seul facteur ayant un impact sur l’âge de la retraite» et que «Il ne faudrait (…) pas croire que l’âge anticipé de la retraite est aujourd’hui plus élevé simplement parce que le taux de chômage a diminué». Par exemple, «la part des travailleurs d’une province qui occupent des professions liées à l’agriculture ou qui sont travailleurs autonomes peut faire augmenter l’âge anticipé de la retraite». Autre exemple (malheureusement pas analysé par les auteurs), le Québec était en 2007 la province avec l’âge anticipé de retraite le plus bas, tant chez les salariés que chez les travailleurs autonomes, mais son taux de chômage était seulement le quatrième plus élevé. Cela dit, les auteurs tentent de trouver les autres facteurs qui sont associés avec des variations de l’âge anticipé de la retraite.

Probabilité de la retraite définitive à 61 ans

Pour analyser l’impact d’autres facteurs sur la retraite, les auteurs analysent la probabilité de la retraite définitive à 61 ans des personnes nées en 1941 et 1946 (donc en 2002 et en 2007) en fonction de divers facteurs, comme on peut le voir dans le tableau qui suit. (tiré du tableau 3 de la page 15). Pour ce, ils ont utilisé des équations qui permettent de faire ressortir l’impact spécifique de chacun de ces facteurs.

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  • Taux de chômage de leur région : l’impact est plus important chez les femmes que chez les hommes, et était beaucoup plus élevé en 2002 qu’en 2007.
  • Situation conjugale : les hommes seuls prennent leur retraite plus jeunes que les mariés et c’est le contraire chez les femmes; les auteurs pensent que cela pourrait être dû au fait que les femmes nées à cette époque (1941 et 1946) étaient moins attachées au marché du travail; d’ailleurs l’impact d’être mariée sur la retraite est beaucoup moins important chez les femmes nées en 1946 que chez celles nées en 1941.
  • Utilisation du crédit pour incapacité durant l’année : on ne s’étonnera pas qu’il s’agisse du facteur qui a le plus grand impact sur la retraite; les personnes qui ont utilisé ce crédit sont de deux à plus de quatre fois plus susceptibles de prendre leur retraite, tant chez les hommes que chez les femmes et à un niveau similaire chez celles nées en 1941 et en 1946; l’impact est donc très fort, mais quand même peu fréquent.
  • Prestations d’assurance-emploi durant l’année : ce facteur a le deuxième impact le plus fort; en effet, les personnes de 61 ans qui touchent des prestations d’assurance-emploi ont une probabilité plus grande que celles qui n’en touchent pas de prendre leur retraite involontairement, parce qu’elles ne trouveront pas d’emploi par la suite; dans les quatre possibilités du tableau (hommes et femmes, nées en 1941 ou en 1946), ces personnes sont de deux à trois fois plus susceptibles de prendre leur retraite.
  • Historique de syndicalisation à 50 ans : les personnes syndiquées depuis longtemps sont plus susceptibles de prendre leur retraite (bénéficiant plus souvent d’un régime de retraite) que la moyenne, mais celles qui le sont depuis peu le sont moins que celles qui ne sont pas syndiquées (espérant probablement accumuler plus d’années de cotisation et bénéficier en conséquence de pensions plus élevées); l’impact de ce facteur est toutefois nettement moins fort que celui des deux précédents.
  • Travail autonome cette année-là : à ma grande surprise, ce facteur n’a aucun impact significatif; les auteurs n’analysent pas ces données, mais je soupçonne que l’impact du travail autonome se fait davantage sentir à un âge plus élevé que l’âge choisi dans cette analyse (61 ans).
  • Quintile de revenu : assez étonnamment encore une fois, ce facteur n’a qu’un faible impact, qui est en plus variable, et même parfois inverse, selon les quatre séries de données présentées; par exemple les femmes les plus pauvres seraient plus souvent à la retraite que les plus riches (mais pas de beaucoup), mais ce serait l’inverse pour les hommes (de très peu); à l’inverse, les femmes plus riches sont celles qui sont les plus nombreuses à la retraite, mais pas les hommes les plus riches; cela dit, les écarts sont faibles et pas toujours significatifs.
  • Nombre d’années de cotisation à un régime de retraite privé : ce facteur a un très fort impact sur les personnes qui n’ont jamais cotisé à un tel régime, surtout chez les hommes; en effet, de toutes les catégories présentées dans ce tableau, les hommes qui n’ont jamais cotisé sont proportionnellement les moins nombreux à avoir pris leur retraite; même si l’impact est beaucoup moins fort chez les femmes, il est tout de même perceptible.

Conclusion des auteurs

Avec de tels constats, la conclusion des auteurs est un peu décevante, car elle ne fait que les résumer. Pourtant, les auteurs mentionnaient avec raison en introduction l’importance de ce genre d’étude pour concevoir des politiques sur la retraite adaptées notamment aux régions où le taux de chômage est plus élevé et où les personnes prennent, en conséquence, leur retraite plus tôt (donc moins bien préparés pour que cette retraite soit digne) que dans les régions où le taux de chômage est faible.

Ils disaient en effet que «il est important de connaître l’impact des conditions économiques locales sur la décision de la prise de la retraite afin que cet élément soit également pris en considération lors de l’élaboration de politiques publiques». On se serait donc attendu à quelques recommandations à ce sujet dans leur conclusion. Mais, non, ils ne disent rien là-dessus…

Et alors…

Toute étude qui nous permet de mieux connaître et comprendre les réalités qui entourent un phénomène socio-économique comme la retraite est pour moi intéressante et même emballante. De ce côté, cette étude est tout à fait satisfaisante, d’autant plus qu’elle aborde la question de la retraite sous des angles rarement analysés. Par contre, sa conclusion est décevante. Mais, bon, doit-on s’étonner de l’absence de recommandations politiques dans un document publié par une agence fédérale faisant partie d’une fonction publique où la liberté de parole est de plus en plus restreinte et où les scientifiques sont muselés?

Le marché du travail des femmes (5) – les professions (1)

6 mai 2015

mt_femmesPour ce cinquième billet de ma série sur le marché du travail des femmes, je vais présenter l’évolution de l’emploi masculin et surtout féminin par grand groupe de professions entre 1987 et 2014.

Le tableau qui suit est construit de la même façon que celui que j’ai présenté dans le billet précédent sur l’évolution de l’emploi par industrie, sauf que la période examinée commence en 1987 plutôt qu’en 1976, car Statistique Canada ne diffuse aucune donnée par profession avant cette année-là. Ainsi, ce tableau montre la répartition de l’emploi en 1987 par grand groupe de professions pour les hommes (première colonne) et les femmes (deuxième colonne) ainsi que la différence entre les deux (troisième colonne), les mêmes éléments pour 2014 (de la quatrième à la sixième colonne), puis la différence de l’emploi pour les hommes et les femmes entre 1987 et 2014, dans les deux dernières colonnes.

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Comme il serait long et fastidieux de présenter les données de chaque ligne, je ne commenterai systématiquement que les données associées aux 10 genres de compétences indiquées en caractère gras dans ce tableau. Le reste est un cadeau que je commenterai seulement lorsque je le jugerai pertinent. Notons au départ que la proportion de femmes sur le marché du travail est passée de 35 % à 42% entre 1976 et 1987, puis à 48 % en 2014. Ces proportions serviront de balises pour analyser l’évolution de ces proportions par grands groupes de professions. Notons que le chiffre qui précède le titre des 10 genres de compétence est celui utilisé par la Classification nationale des professions (CNP) de 2006. Dans le tableau, les titres qui ne sont pas en caractère gras et qui ne sont pas précédés d’un chiffre correspondent à des sous-ensembles du genre de compétence qui les précède.

– 0 Gestion : On ne s’étonnera pas, tout en le déplorant, que les femmes n’aient occupé que le quart des emplois de gestion en 1987. Si cette proportion a nettement augmenté entre 1987 et 2014 pour atteindre 36 %, elle demeure nettement moindre que leur proportion sur le marché du travail (48 %). Cet écart est encore plus grand chez les cadres supérieurs, professions où la proportion de femmes n’a même pas atteint le tiers des postes en 2014 (31 %), proportion néanmoins en hausse depuis 1987 (19 %).

– 1 Affaires, finance et administration : Si les femmes ont été fortement majoritaires dans ce grand groupe de professions en 1987 et en 2014 avec environ 70 % des emplois, il faut noter qu’elles sont passées d’une minorité à une majorité dans les professions les plus spécialisées de ce genre de compétence, soit de 40 % des emplois du Personnel professionnel des affaires et en finance en 1987 à 57 % en 2014; il n’en demeure pas moins que les domaines du secrétariat et des emplois de bureau moins spécialisés leur sont encore fortement réservés.

– 2 Sciences naturelles et appliquées : Si la proportion de femmes dans ce genre de compétence n’a crû que de 3 points de pourcentage entre 1987 et 2014 (de 18 % à 21 %), il faut tout de même souligner que leur nombre a augmenté de plus de 160 %, tandis que le nombre d’hommes augmentait de quand même plus de 120 %. Ce groupe est composé des professions professionnelles et techniques en génie, en informatique et dans d’autres domaines scientifiques (chimie, biologie, architecture, etc.).

– 3 Secteur de la santé : Déjà fortement majoritaires avec 77 % des emplois de la santé en 1987, les femmes ont encore accru leur avantage en 2014, occupant 80 % des emplois. Ce gain en importance s’est manifesté en premier lieu dans les professions les plus spécialisées (soit parmi le Personnel professionnel des soins de santé et professionnels en sciences infirmières) où leur présence est passée de 73 % à 77 %, alors qu’elles occupaient 81,6 % des emplois dans les professions techniques et de soutien de cette catégorie d’emploi aussi bien en 1987 qu’en 2014. C’est dans ces professions que la croissance fut la plus élevée, avec une augmentation de l’emploi de près de 140 % aussi bien chez les femmes que chez les hommes, croissance beaucoup plus élevée que dans les professions plus spécialisées (8 % chez les hommes et 31 % chez les femmes).

– 4 Sciences sociales, enseignement, administration publique et religion : C’est dans ce genre de compétence que les femmes ont le plus augmenté leur présence relative, leur proportion passant de 55 % à près de 75 %. En fait leur nombre a triplé alors que le nombre d’hommes n’a augmenté que de 25 %. Si ce gain en importance s’est reflété en premier lieu dans les professions des sciences sociales (qui comprennent les éducatrices de la petite enfance), de l’administration publique et de la religion avec une hausse de 275 % (!) et une augmentation de leur présence de 20 points de pourcentage (de 59 % à 79 %), il fut tout de même très fort aussi dans les professions de l’enseignement (hausse de l’emploi de près de 125 % et gain de plus de 16 points de pourcentage, de 52 % en 1987 à 68 % en 2014).

– 5 Arts, culture, sports et loisirs : Dans ce genre de compétence aussi, les femmes ont  fait des gains importants, passant d’une minorité en 1987 (46 % des emplois) à une majorité claire (58 %), une hausse de 12 points de pourcentage. Comme l’emploi dans ces professions a augmenté beaucoup plus rapidement que la moyenne, le nombre de femmes y a crû de 178 %, tandis que la hausse observée chez les hommes y était plus modeste, mais tout de même notable (68 %).

– 6 Ventes et services : Ce genre de compétence est à la fois celui qui compte la plus forte proportion de l’emploi total (24,4 % en 2014) et celui qui est le plus varié (on peut le constater en regardant dans le tableau les six sous-ensembles qui suivent la ligne des ventes et services). Si les femmes ont légèrement augmenté leur majorité dans cette catégorie d’emploi (de 52 % à 55 %), leur présence varie grandement dans chacun des sous-ensembles. Par exemple, elles étaient en 2014 fortement majoritaires dans les professions du soutien familial et de garderie avec 89 % des emplois, mais presque aussi minoritaires dans celles des services de protection avec seulement 25 % des emplois (malgré une forte hausse depuis 1987, alors qu’elles n’en occupaient que 14 %).

– 7 Métiers, transport et machinerie : Même si leur nombre a augmenté de 65 % dans ce genre de compétence entre 1987 et 2014 par rapport à une hausse de seulement 9 % chez les hommes, elles n’y occupaient toujours que 5,7 % des emplois en 2014 (3,9 % en 1987). Parmi les cinq sous-ensembles indiqués au tableau, elles étaient en 2014 proportionnellement les moins nombreuses dans les métiers de la construction (1,9 %) et les plus présentes chez les manœuvres de la construction et des transports (avec seulement 11,7 % des emplois).

– 8 Professions propres au secteur primaire : Les femmes sont restées fortement minoritaires dans ce genre de compétence avec un peu moins de 20 % des emplois en 2014 (18,7 %), taux en fait légèrement inférieur à celui de 1987 (19,3 %). L’emploi dans les professions propres au secteur primaire a diminué entre ces deux années de 20 % chez les hommes et de 23 % chez les femmes.

– 9 Transformation, fabrication et services publics : Ce genre de compétence est celui où la proportion de femmes a le plus diminué entre 1987 et 2014, celle-ci étant passée de 36 % à 27 %. Cette baisse est due en premier lieu à la chute spectaculaire de l’emploi dans la fabrication de vêtement, seule industrie de la fabrication où les femmes ont été majoritaires tout au long de cette période. Alors que le nombre d’hommes dans ces professions a diminué de 10 % entre 1987 et 2014, le nombre de femmes chutait de 40 %.

Et alors…

Ce billet a permis de bien voir dans quels genres de professions la forte hausse de l’emploi des femmes entre 1987 et 2014 s’est le plus concrétisée. Cela nous laisse toutefois sur notre faim, cet exercice ne permettant pas de savoir dans quelles professions précises on trouve le plus de femmes. C’est cette question que le prochain billet abordera, examinant aussi si l’emploi des femmes est plus ou moins concentré dans un faible nombre de professions que l’emploi des hommes…

Les usurpateurs

4 mai 2015

les Usurpateurs

Les usurpateurs – Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir est le deuxième livre de Susan George que je lis, après Le rapport Lugano II (dont j’ai parlé dans ce billet). Encore une fois, elle s’attaque à l’influence démesurée des plus riches qui usurpent les pouvoirs de nos démocraties. Cette fois, elle s’attarde surtout sur le pouvoir des sociétés transnationales.

Je vais concentrer ce billet sur la description rigoureuse qu’elle présente des tactiques et du discours formaté des lobbyistes, puis vais aborder brièvement par la suite quelques autres sujets analysés dans ce livre.

Méthodes des lobbyistes

Après avoir analysé le concept de la légitimité du pouvoir, surtout en démocratie, l’auteure montre l’importance de «l’industrie du lobbying», d’une façon assez semblable à ce que Oxfam a fait dans un rapport récent (dont j’ai parlé dans ce billet), tout en déplorant le manque de mesure de contrôle de cette «industrie» en Europe. Elle décrit ensuite ce qu’elle appelle «le secret de la réussite» des lobbys. Pour elle, le lobbying est «une science et un art», qui applique les principes suivants :

  • les lobbyistes doivent passer inaperçus du public pour mieux servir les intérêts de leurs clients;
  • empêcher l’adoption d’une loi est souvent tout aussi efficace que de contribuer à en faire adopter de nouvelles;
  • il faut prendre le contrôle des débats et les orienter «de façon à imposer ses arguments»;
  • ne jamais s’engager dans un débat qu’on n’est pas certain de gagner;
  • ne pas hésiter à utiliser des demi-vérités et des dissimulations : «ceux qui se donneront la peine de vérifier vos propos n’auront pas le même accès que vous aux décideurs politiques»;
  • si le produit à vendre est dommageable pour l’environnement, ne pas en parler, mais insister plutôt sur l’emploi, la croissance et les retombées économiques qu’il entraînera (exactement ce qui se passe dans la promotion du Plan Nord et de la cimenterie de Port-Daniel), et ne pas hésiter à gonfler les montants présentés;
  • vanter la plus grande efficacité du secteur privé (ce que fait notre premier ministre quand il affirme que «Les jobs, la prospérité, c’est créé par l’entreprise privée», ce qui fait de lui un véritable lobbyiste!), même si c’est faux;
  • ne jamais parler des avantages de ce qu’on défend pour le secteur ou l’entreprise qu’on représente, mais insister plutôt sur ceux que la société en retirera (ou les contribuables, les citoyens, etc.);
  • insister sur la liberté de choix des consommateurs (par exemple, pour éviter une réglementation sur un produit nocif comme la cigarette ou les boissons gazeuses, comme on a fait à New York en 2013 en invoquant la constitution!) ou sur le coût que représenterait la mesure qu’on combat pour la société, les consommateurs, contribuables et citoyens;
  • mentionner que d’autres pays n’ont pas adopté la mesure qu’on veut éviter, en insistant sur la nécessité d’être compétitif pour créer des richesses et des emplois, pour prospérer;
  • ne pas hésiter à déformer la science en mettant l’accent sur la présence de quelques scientifiques (parfois payés par l’entreprise ou l’industrie qu’on représente) qui contredisent la grande majorité d’entre eux et à souligner l’absence de preuves irréfutables des effets nocifs du produit qu’on défend; le but ici n’est pas nécessairement de convaincre, mais de semer le doute;
  • financer des mouvements supposément formés par des citoyens (l’auteure parle de mouvements «astroturf» «ayant pour but de donner l’impression d’un comportement spontané ou d’une opinion populaire, alors qu’il n’en est rien»);
  • inventer des victimes des politiques qu’on combat (l’auteure raconte que la fille d’une lobbyiste s’est déjà fait passer pour la fille d’une paysanne dont la ferme a été sauvée grâce aux semences OGM…);
  • promettre des emplois aux politiciens qui acceptent de collaborer (ici, on parle de «portes tournantes», l’auteure de «portes tambours»);
  • en dernier recours, ne pas hésiter à espionner ou à infiltrer des organisations qui combattent le produit qu’on défend (l’auteure donne de nombreux exemples d’espionnage et d’infiltration de «groupes écologistes, pacifistes, citoyens, d’associations de consommateurs», et autres, aux États-Unis et en Europe);
  • poursuivre ces organismes, même si la cause est frivole (manœuvre dorénavant interdite au Québec et dans quelques autres états et provinces, mais pas ailleurs);
  • financer des instituts de recherche «amis»;
  • favoriser la nomination de partisans dans les organismes réglementaires (l’auteure donne aussi beaucoup d’exemples de ce côté).

La suite

La suite du livre porte surtout sur les traités internationaux, notamment sur celui qui est encore en négociation entre les États-Unis et l’Europe, soit le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, mieux connu sous son acronyme anglais, le TTIP, qui contient beaucoup des éléments encore aujourd’hui contestés dans l’Accord économique et commercial global (AÉCG) conclu entre le Canada et l’Union européenne, comme le mécanisme de règlements des différends entre les entreprises transnationales et les États, qui permet à ces entreprises de poursuivre les États qui adoptent des mesures qui peuvent faire diminuer leurs profits.

En plus de ce mécanisme, l’auteure explique bien les différences d’application des lois aux États-Unis et en Europe au regard du principe de précaution et de la tentative d’imposer les règles des États-Unis en Europe au moyen de ce traité. Alors que les règles des États-Unis exigent des preuves formelles (par exemple, quand des citoyens tentent de faire interdire l’exploitation de gaz de schiste près des sources d’eau), les règles européennes s’en tiennent davantage au concept du principe de précaution de la Déclaration de Rio qui prévoit que «En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement».

Finalement, elle explique en détail la participation toujours plus grande des sociétés transnationales dans les organismes de l’ONU. Rien de bien encourageant de ce côté…

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Même si ce livre se lit bien et contient bien des éléments d’intérêt, j’ai préféré le livre précédent que j’ai lu d’elle, soit Le rapport Lugano II. Peut-être ai-je trop lu de livre de ce genre? J’en apprends de moins en moins et en viens à trouver même un peu long un livre de seulement 192 pages comme celui-là. Par contre, j’ai bien aimé, comme on s’en doute, sa présentation des manœuvres des lobbyistes, une des descriptions les plus intéressantes et éclairantes que j’ai lues. Bref, les personnes qui ont moins lu sur ces questions ne devraient surtout pas hésiter à se le procurer!

Le PLQ, l’emploi et le suspens

2 mai 2015

PLQ-emploiAvec les données de mars de l’Enquête sur la population active (EPA), le parti libéral (PLQ) aurait pu mettre à jour son petit graphique (que je garde pour illustrer ce billet pour un deuxième mois consécutif par paresse…) en changeant «52 000 emplois» par «57 000 emplois» (peut-être l’a-t-il fait, mais je ne l’ai pas vu). En effet, l’estimation la plus récente de l’EPA montre une nouvelle hausse de 5300 emplois, pour, de fait, porter la hausse de l’estimation de l’emploi par l’EPA à tout juste 57 000 emplois entre avril 2014 et mars 2015.

Suspens…

Comme je le fais toujours quand on présente des données sur l’emploi provenant de l’Enquête sur la population active (EPA), ce qu’a fait le PLQ dans sa publicité, je vais encore les comparer avec celles de l’Enquête sur la rémunération et les heures de travail (EERH). En effet, les estimations de l’EPA comportent une marge d’erreur importante, tandis que celles de l’EERH sont beaucoup plus fiables, sans marge d’erreur, car issues d’un recensement de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye, mais disponibles avec un ou deux mois de retard sur les premières. Par contre, l’EERH ne comptabilise pas les grévistes, les personnes en lock-out et les personnes en congé sans solde, alors que les estimations de l’EPA les considèrent en emploi.

On a vu le mois dernier que les données de l’EERH avaient ramené la hausse de l’estimation de l’EPA pour janvier de 16 000 à seulement 2500 (donnée révisée à 2800). J’avais donc hâte de voir si la hausse de l’estimation de l’EPA de 16 800 emplois pour février serait confirmée ou infirmée par les données de l’EERH. Le suspens a pris fin jeudi dernier lors de la parution des données de l’EERH pour février.

Les données de l’EERH montrent une hausse de 8600 emplois entre janvier et février 2015, soit environ la moitié de celle de l’EPA. De décembre à février, la hausse de 32 800 emplois selon l’EPA devient une hausse de 11 400, soit à peine un peu plus du tiers de l’estimation de l’EPA. L’estimation de 57 000 emplois créés depuis l’élection du PLQ en avril 2014 selon l’EPA ratatine à environ 13 000 emplois (j’ai dû comparer à la moyenne des données de l’EERH de mars et mai 2014, car les données d’avril 2014 ont indiqué une baisse ponctuelle, comme on peut le voir sur le graphique, baisse probablement due à des conflits de travail), soit entre quatre et cinq fois moins! Le graphique qui suit illustre ces évolutions divergentes.

PLQ-emploi_suite1

Si, tel que je m’y attendais, les données de l’EERH ont atténué énormément la hausse de l’emploi estimée par l’EPA depuis l’élection du PLQ, la hausse de 11 400 emplois entre décembre 2014 et février 2015 m’a tout de même étonné. En effet, tous les autres indicateurs, dont le PIB – qui montre de faibles variations de 0,0 % et de 0,2 % en décembre 2014 et en janvier 2015 – et le Rapport mensuel sur les opérations financières de janvier 2015 – qui nous apprend à la page 4 que les recettes du gouvernement tirées de l’impôt sur le revenu des particuliers, recettes intimement liées à la vigueur du marché du travail, ont diminué de 28,5 % entre janvier 2014 et janvier 2015 (baisse tellement forte qu’elle est peut-être due, au moins en partie, à un calendrier différent des remises des retenues d’impôt par les employeurs et les travailleurs autonomes) et ont augmenté de seulement 0,1 % entre les 10 premiers mois de l’exercice 2013-2014 et les mêmes mois de 2014-2015 (évolution qui serait bien moins touchée par le possible changement de calendrier que j’ai mentionné) – tendent vers la stagnation. Sans remettre en question cette hausse de 11 400 emplois entre décembre 2014 et février 2015 (quoiqu’elle pourrait être due à un changement dans la saisonnalité des emplois, ce qui arrive fréquemment), j’ai bien hâte de voir si cette hausse (et celle de l’estimation de 5300 emplois en mars tirée de l’EPA) sera confirmée dans les données de mars de l’EERH. Bref, le suspens continue!

Autres facteurs

Même si la hausse de l’emploi selon l’EERH entre décembre 2014 et février 2015 se confirme, il demeure que la hausse des estimations récentes de l’EPA (de 32 800 emplois entre décembre 2014 et février 2015) est bien supérieure à celle montrée par les données de l’EERH (11 400). Il peut bien sûr s’agir d’une hausse qui va s’estomper dans les mois à venir (ce que je pense), mais elle peut être la conséquence d’un autre facteur. En effet, Statistique Canada nous informait en janvier dernier (voir le paragraphe sur le Remaniement de l’échantillon dans l’encadré bleu de cette page) que : «Tous les 10 ans, l’échantillon de l’EPA fait l’objet d’un remaniement pour tenir compte des changements observés dans les caractéristiques de la population et du marché du travail de même que des nouvelles définitions des limites géographiques. L’échantillon remanié a commencé à être introduit en janvier 2015 et sera entièrement mis en œuvre en juin 2015». Ce changement de méthodologie serait-il à l’origine du saut dans l’estimation de l’emploi depuis janvier 2015? Possible, mais encore là, il faudra attendre quelques mois pour pouvoir l’affirmer. Je le répète, le suspens continue!

Et alors…

Il peut sembler décourageant de devoir, mois après mois, vérifier de nombreuses sources différentes (aucune n’étant suffisante en elle-même), suivre les changements méthodologiques apportés par Statistique Canada et, au bout du compte, ne jamais être certain de ce qui se passe vraiment sur le marché du travail, mais, ce genre d’incertitude est ce qui est pour moi le plus intéressant dans l’analyse de données! J’adore le suspens!

Le marché du travail des femmes (4) – les industries

30 avril 2015

mt_femmesPour ce quatrième billet de ma série sur le marché du travail des femmes, je vais présenter l’évolution de l’emploi masculin et surtout féminin par industrie entre 1976 et 2014.

Par grand secteur industriel

Pour bien camper le sujet, il est bon de regarder l’évolution de la structure industrielle selon le sexe par grand secteur industriel, soit les secteurs :

  • primaire (agriculture, mines et forêt);
  • secondaire (manufacturier et construction);
  • tertiaire (services, y compris les services publics).

Comme je vais présenter les données sur ces secteurs en pourcentage de l’emploi total, il faut se rappeler que, comme je l’ai montré dans le premier billet de cette série, l’emploi chez les femmes a augmenté de 117 % entre 1976 et 2014, alors qu’il n’a augmenté que de 28 % chez les hommes. Cela veut dire qu’une baisse de la proportion de l’emploi dans un secteur chez les femmes peut camoufler une hausse du nombre d’emplois, alors qu’une petite hausse de cette proportion signifie une très forte augmentation, supérieure en tout cas à 117 %. Le même phénomène peut survenir chez les hommes, mais avec beaucoup moins d’ampleur.

mt_femmes4_1

Ce graphique montre l’évolution de la répartition de l’emploi par grand secteur industriel pour les femmes et les hommes.

– Secteur primaire : L’importance relative du secteur primaire a diminué de moitié entre 1976 et 2014 à la fois chez les hommes (de 6,4 % de l’emploi à 3,2 %, ligne bleue) et chez les femmes (de 2,2 % à 1,0 %, ligne rouge). En nombre, l’emploi a en fait diminué de 35 % chez les hommes et est demeuré assez stable chez les femmes.

– Secteur secondaire : L’importance relative du secteur secondaire a aussi diminué considérablement, mais davantage chez les femmes (de plus de 55 %, soit de 19,1 % de l’emploi à 8,4 %, ligne verte) que chez les hommes (d’environ de 20 %, soit de 34,9 % de l’emploi à 27,6 %, ligne jaune). En nombre, il a en fait augmenté très légèrement chez les hommes (de 1,5 %) et a diminué de 4,8 % chez les femmes. Comme on le verra plus tard, la baisse d’importance de ce secteur est uniquement due aux industries manufacturières, l’importance relative du secteur de la construction ayant au contraire augmenté, surtout chez les hommes, mais aussi chez les femmes. La plus forte baisse de l’importance relative du secteur secondaire chez les femmes s’explique en partie par la plus forte augmentation de leur emploi dans les services, mais aussi par l’effondrement de l’emploi dans la fabrication de vêtements, seul secteur de l’emploi manufacturier où elles sont et ont toujours été majoritaires (données non montrées).

– Secteur tertiaire : On le devinera sans peine, l’importance relative du secteur tertiaire a augmenté aussi bien chez les hommes (de 18 %, soit de 58,8 % à 69,1 %, ligne rouge vin) que chez les femmes (de 15 %, soit de 78,7 % à 90,6 %, ligne bleue pâle). En nombre, il a en fait augmenté de 51 % chez les hommes et de 150 % chez les femmes! Quoique spectaculaire, cette information nous laisse sur notre faim, car elle ne nous dit pas dans quelles industries précises cette augmentation s’est principalement concrétisée. Heureusement, c’est justement ce que je comptais faire!

Par industrie

Comme un graphique ne pourrait que faire croiser des lignes de façon illisible, je vais présenter l’évolution de l’emploi par industrie selon le sexe à l’aide d’un tableau.

mt_femmes4_2

Ce tableau montre la répartition de l’emploi par industrie en 1976 pour les hommes (première colonne) et les femmes (deuxième colonne) ainsi que la différence entre les deux (troisième colonne), les mêmes éléments pour 2014 (de la quatrième à la sixième colonne), puis la différence de l’emploi pour les hommes et les femmes entre 1976 et 2014, dans les deux dernières colonnes.

– Agriculture : Que ce soit en 1976 ou en 2014, les hommes ont toujours été bien plus présents dans cette industrie que les femmes; dans les deux cas, cette présence s’est érodée avec le temps. On peut voir que l’emploi dans l’agriculture a diminué davantage chez les hommes (de 25 %, ou de 13 000 emplois) que chez les femmes (de 10 %, ou de près de 2 000 emplois).

– Foresterie, pêche, mines, exploitation en carrière, et extraction de pétrole et de gaz : Que ce soit en 1976 ou en 2014, les hommes ont toujours été plus présents dans ces industries, à la fois dans les mines, dans la pêche et dans la forêt (données non montrées). Cela dit, pendant que l’emploi masculin y diminuait de 45 % entre ces deux années (avec 28 000 emplois en 2014), il doublait chez les femmes pour atteindre un peu moins de 5 000 emplois en 2014, encore six fois moins que chez les hommes.

Services publics : Ces services sont essentiellement présents chez deux employeurs, soit Hydro-Québec et, dans une bien moindre mesure, Gaz métropolitain. Il s’agit d’un autre bastion masculin, mais de moins en moins. Alors que l’emploi chez les hommes y a diminué légèrement (d’entre 5 % et 10 %, avec un peu plus de 20 000 emplois en 2014), il triplait presque chez les femmes pour se situer à 8 500 en 2014.

– Construction : En termes de structure d’emploi, la construction est avec le secteur manufacturier l’industrie où la présence des hommes était la plus élevée par rapport à celle des femmes, tant en 1976 qu’en 2014. On peut voir que l’emploi y a crû de près de 60 % chez les hommes pour atteindre 230 000 en 2014, et y a presque triplé chez les femmes pour dépasser tout juste la barre des 10 % de l’emploi (avec un plus de 25 000 emplois).

– Secteur manufacturier : Il s’agit, et de loin, de l’industrie où l’emploi a le plus diminué chez les hommes (de près de 75 000 emplois) et chez les femmes (de plus de 25 000 emplois). L’emploi y a baissé d’entre 15 % et 20 % chez les membres des deux sexes. C’est vraiment un des phénomènes les plus importants des changements de l’emploi industriel depuis 40 ans.

– Commerce : J’aurais bien aimé présenter séparément les données du commerce de gros et de détail, mais les données de l’Enquête sur la population active ne permettent cette distinction que depuis 1987. Disons seulement que l’emploi était en 2014 (et aussi en 1987) près de quatre fois plus élevé dans le commerce de détail que dans le commerce gros et qu’il était en 2014 majoritairement masculin dans le commerce gros (68 %) et majoritairement féminin dans le commerce de détail (53 %). Cela mis à part, il y a peu à dire sur le commerce, l’emploi y ayant augmenté au même rythme que dans l’ensemble du marché du travail, soit de 29 % chez les hommes et de 116 % chez les femmes par rapport aux augmentations respectives de 28 % et 117 % dans l’ensemble des industries.

– Transport et entreposage : Il s’agit du troisième plus important bastion masculin, avec quatre fois plus d’emplois masculins que féminins en 2014, écart déjà moins accentué qu’en 1976 (sept fois plus). L’emploi y a augmenté, mais beaucoup moins que dans l’ensemble des industries, soit de 12 % chez les hommes et de 96 % chez les femmes.

– Finance, assurances, immobilier et location : L’emploi a augmenté dans ces industries de façon presque égale, soit de 80 % chez les hommes et de 70 % chez les femmes. Bref, ce n’est pas un secteur qui a marqué les changements dans la répartition de l’emploi entre les sexes au cours de cette période.

– Services professionnels, scientifiques et techniques : Cette industrie regroupe des sous-industries bien différentes : bureaux d’avocats, d’ingénieurs, d’architectes et de comptables, publicité, conception informatique, etc. C’est l’industrie où l’emploi a le plus augmenté depuis 1976 : il a quadruplé chez les hommes et quintuplé chez les femmes, même si on y trouve encore plus d’hommes (près de 175 000) que de femmes (près de 125 000).

– Services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien : Ce regroupement d’industries (gestion de sociétés et d’entreprises, services d’emploi, d’enquête, de voyages, de conciergerie, de nettoyage, etc.) présente une évolution selon le sexe semblable au regroupement précédent. L’emploi y a triplé chez les hommes (pour atteindre près de 90 000 en 2014) et plus que quintuplé chez les femmes (67 000 en 2014).

– Services d’enseignement : Ce secteur était en 2014 le deuxième plus féminin, avec plus de deux fois plus de femmes (190 000) que d’hommes (85 000). L’emploi y a moins augmenté que dans l’ensemble des industries, ayant même diminué de 5 % chez les hommes et augmenté moins que la moyenne chez les femmes (103 % par rapport à la moyenne de 117 %). Cette croissance plus faible que la moyenne s’explique par la baisse du nombre d’enfants et de jeunes, car la hausse du taux de fréquentation scolaire entre ces deux dates (phénomène que j’aborderai dans un prochain billet) aurait sans cela fait augmenter l’emploi bien plus fortement.

– Soins de santé et assistance sociale : Ce secteur est celui qui s’est le plus féminisé entre 1976 et 2014. Alors que les femmes y était deux fois et demie plus nombreuses en 1976, elles l’étaient plus de quatre fois plus en 2014. Le nombre d’emplois féminins y a plus de triplé pour atteindre environ 463 000 emplois, le niveau d’emploi féminin le plus élevé des industries ici présentées, alors que l’emploi masculin y a augmenté de 80 % pour à peine dépasser la barre des 100 000 emplois, au septième rang des industries du tableau pour les hommes.

– Information, culture et loisirs : À la surprise de bien des gens, l’emploi a augmenté bien plus fortement dans cette industrie que dans l’ensemble du marché du travail. Il a augmenté de 100 % chez les hommes et de 180 % chez les femmes entre 1976 et 2014. On y trouvait en 2014 environ 95 000 hommes et plus de 85 000 femmes.

– Hébergement et services de restauration : cette industrie est la troisième plus féminine, les femmes y occupant près de 60 % des emplois en 2014. La croissance de l’emploi y fut semblable à celle de l’industrie précédente, avec des hausses respectives de 120 % et 160 % chez les hommes et chez les femmes.

– Autres services : Ce regroupement compte des industries aussi bien majoritairement masculines, comme les ateliers de réparation d’automobiles, que majoritairement féminines, comme les salons de coiffure. Au bout du compte, il s’agit de l’industrie la plus égalitaire en 2014, avec 90 000 hommes et 90 000 femmes! Comme quoi l’égalité peut camoufler de grands écarts!

– Administrations publiques : cette industrie a connu un des plus grands changements dans la répartition de l’emploi selon le sexe. Alors que les hommes y occupaient 70 % des emplois en 1976, les femmes dominaient en 2014 avec 53 % des emplois. En fait, l’emploi masculin y a reculé de 5 % (à 105 000 en 2014), pendant que l’emploi féminin y a augmenté de 140 % pour dépasser 115 000 en 2014.

Et alors…

On a pu voir dans ce billet que l’augmentation de 117 % de l’emploi féminin entre 1976 et 2014 s’est concentré fortement dans quelques industries du secteur des services. De fait, près de 30 % de cette hausse s’est manifestée dans les services de santé et d’assistance sociale, alors que ce secteur ne fournissait que 14 % de l’ensemble des emplois en 2014 (8 % en 1976!). On verra la semaine prochaine si la hausse de l’emploi des femmes fut aussi concentrée dans les professions (qui sait, peut-être plus…).

Dépossession

27 avril 2015

dépossessionJe ne savais pas trop à quoi m’attendre en commençant à lire Dépossession, Les ressources, livre publié par l’Institut de recherche en information socio-économique (IRIS). Ce livre raconte l’histoire économique et sociale de l’évolution de la possession et du contrôle des ressources au Québec.

Les dépossessions

Comme le titre l’indique, les cinq textes de ce livre (en ne comptant pas l’introduction et la conclusion) expliquent les différentes formes de dépossession qui ont marqué l’histoire de l’exploitation de nos ressources naturelles. Je vais ici simplement présenter les principaux aspects de la dépossession que les auteurs du livre analysent dans chacun des textes.

– Agriculture

Dans ce cas, la dépossession s’est manifestée de différentes façons, notamment :

  • par la forte baisse du nombre de fermes malgré une hausse de la production (de près de 155 000 en 1941 à moins de 30 000 aujourd’hui);
  • par le contrôle de la production par les chaînes de distribution et de mise en marché;
  • par le rôle sans cesse plus important des «intégrateurs» qui transforment les exploitant.e.s agricoles en simples sous-traitant.e.s qui sont payé.e.s en fonction de leur «rendement»;
  • par la mondialisation des marchés qui déterminent une partie de la production et par les ententes internationales qui menacent certains secteurs.

– Forêt

Le concept de dépossession dans la forêt a fortement évolué avec le temps. Selon les époques, il s’est concrétisé de différentes façons :

  • par l’accaparement des forêts (notamment de pin blanc) par les colonisateurs qui ont pris le contrôle de nos forêts et ont dépossédé les premières nations de leurs territoires;
  • par l’exploitation des travailleurs et travailleuses (l’histoire des conditions de travail en forêt que raconte l’auteur de ce texte est des plus intéressantes, quoique décourageante…);
  • par le don de nos forêts à des entreprises, plus souvent qu’autrement étrangères;
  • par les contributions de l’État qui dépassent de beaucoup les montants de redevances que les entreprises lui paient (comme le dit bien l’auteur, «la population du Québec finance elle-même la dépossession dont elle est victime»).

– Mines

Il s’agit du secteur présenté dans ce livre où le concept de dépossession est le plus flagrant, quoique pour être dépossédé de quelque chose, il faut l’avoir possédé, ce qui n’est pas vraiment le cas pour les ressources minières! Non seulement la population n’a à peu près jamais eu la possession de ses ressources minières, mais elle n’a pas non plus pu décider de son utilisation, ni bénéficier des bénéfices de son exploitation. Les différentes manifestations de la dépossession ressemblent un peu à celles que je viens de décrire pour la forêt (en pire!), si ce n’est que les dégâts environnementaux sont d’un autre ordre de grandeur et que ces ressources ne sont pas du tout renouvelables… Et ce n’est surtout pas le «nouveau» Plan Nord du gouvernement actuel qui va changer quoi que ce soit à cette situation.

– Énergie

L’histoire de la dépossession de l’énergie, en très grande partie de la production d’électricité, est la moins linéaire et la plus complexe de celles présentées dans ce livre. Voici un résumé indécemment simpliste de ses retournements :

  • pour les besoins de l’industrie, les premiers barrages sont construits par des entreprises, souvent exportatrices, en acquérant des droits sur des rivières (finalement, cette étape ressemble à l’évolution de la dépossession dans les domaines de la forêt et des mines…);
  • rapidement (enfin, en termes historiques), on assiste à des fusions et acquisitions débouchant sur des monopoles régionaux (avec tous les cas de corruptions qu’on peut imaginer dans un tel contexte) dont la clientèle résidentielle fait les frais;
  • la première nationalisation en 1944 permet une certaine réappropriation qui sera étendue et presque généralisée en 1962, même si certaines entreprises, comme l’Alcan, ont pu conserver leurs installations (et s’en servir plus tard comme outil pour augmenter leur rapport de force dans des conflits de travail);
  • cette réappropriation n’est que partielle, car, rapidement, les décisions d’Hydro-Québec s’opacifient et ne tiennent nullement compte des désirs de la population (même le gouvernement ne possède pas toujours l’information nécessaire pour se prononcer sur les décisions de sa société d’État);
  • la création de la Régie de l’énergie permet une certaine reprise de contrôle, mais finalement mineure;
  • la dépossession s’élargit : les nouveaux développements énergétiques sont tous abandonnés au secteur privé (éoliennes, petites centrales, exploitation de gaz de schiste et de pétrole, etc.).

– Eau

La dépossession de l’eau est davantage une crainte qu’une réalité. Mais, cette crainte n’est pas du tout irrationnelle, plutôt fondée sur des événements, ententes internationales et intentions bien définis. Ce texte est probablement celui qui m’en a le plus appris. J’avais bien sûr déjà entendu parler de certains projets d’exportation de notre eau, que ce soit par son embouteillage, par l’utilisation de bateaux-citernes ou par la déviation de rivières, mais n’avais pas nécessairement bien pesé tous les fondements de ces projets. Pourtant, avec les pénuries d’eau qui existent déjà et avec celles qui se profilent en raison du réchauffement climatique, il est clair que cette menace ne fera que croître.

«En réduisant sans cesse les espaces de gratuité, jusqu’à rendre payantes des substances aussi fondamentales que l’eau, on compromet ce qui nous permet de subsister comme être vivant.»

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Lire! J’ai tout particulièrement apprécié les descriptions claires et complètes sur l’évolution historique de la dépossession dans chacun des domaines abordés. On passe ainsi d’un texte à l’autre sans aucune brisure. J’imagine que les directives du responsable du livre furent claires!

Mais, il y a un bémol, que je répète trop souvent : les notes sont à la fin du livre. Même si le livre n’est pas trop volumineux, ces notes sont souvent essentielles à la bonne compréhension du texte principal et le passage trop fréquent du texte à ses notes est vraiment lassant et déconcentrant. Cela m’a un peu dépossédé du plaisir de la lecture!

P.S. Cette entrevue avec Simon Tremblay-Pepin, qui a dirigé la production de ce livre, à RDI économie complète bien la lecture de ce livre.

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