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Entrevue à l’émission L’Éconophile

26 mai 2018

J’ai accordé cette semaine une entrevue de 20 minutes environ aux animateurs de l’émission L’Éconophilie de CKRL. J’y ai parlé de quelques mythes et de ma perception de la discipline économique. Les mythes abordés portaient sur :

  • la baisse du pourcentage de jeunes ayant un permis de conduire en raison de la popularité des médias sociaux et des téléphones interactifs;
  • le travail autonome (et l’entrepreneuriat) est en hausse, surtout du côté des jeunes;
  • il y aurait 53 % d’analphabètes au Québec;
  • une hausse du salaire minimum cause une telle inflation qu’elle annulerait l’amélioration du pouvoir d’achat des salarié.es au salaire minimum en abaissant celui de tous les autres, et le salaire minimum ne doit pas dépasser 45 ou 50 % du niveau du salaire moyen.

La présentation de l’entrevue commence à environ 5 minutes de l’émission et est entrecoupée et suivie des commentaires des deux animateurs, David Lemelin et Jean-Claude Cloutier. J’ai quasiment rougi…

On peut l’écouter en ballado sur cette page.

 

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Nos vêtements et l’environnement

25 mai 2018

Dans un récent billet, j’ai mentionné que je comptais présenter quelques textes dont j’ai pris connaissance grâce au billet que Timothy Taylor a publié sur les articles offerts gratuitement sur Internet de la revue Journal of Economic Perspectives (JEP) dont il est l’éditeur. Comme le texte précédent que j’ai abordé sur ce blogue, celui que je vais présenter cette fois vient aussi des lectures recommandées par M. Taylor. Il s’agit d’une étude de 150 pages de la Fondation Ellen MacArthur (fondation britannique qui se consacre à la promotion de l’économie circulaire) publiée en novembre 2017 et intitulée A New Textiles Economy: Redesigning Fashion’s Future (Une nouvelle économie du textile: redéfinir l’avenir de la mode). Je vais en grande partie me baser sur le sommaire d’une quinzaine de pages de cette étude et sur certaines parties du document complet à l’occasion.

Le gaspillage de vêtements et ses conséquences

La production de vêtements a doublé depuis de 15 ans et employait en 2015 plus de 300 millions de personnes, représentant jusqu’à 7 % de l’emploi de quelques pays à bas salaires. Comme le graphique ci-contre le montre, entre 2000 et 2015, la production mondiale et la valeur des ventes de vêtements ont doublé, pendant que le nombre de fois qu’un vêtement est porté a diminué de 36 %. Les auteur.es précisent que ce nombre varie grandement selon les pays. Par exemple, un vêtement est porté quatre fois moins aux États-Unis que la moyenne mondiale.

Plus du tiers de la valeur des vêtements produits annuellement est gaspillée en raison de la sous-utilisation des vêtements et du faible niveau des activités de recyclage. Le fast-fashion, soit le «renouvellement, le plus rapide possible, des collections d’articles de la mode vestimentaire», accentue cette tendance au gaspillage. En effet, plus de la moitié de ces vêtements sont jetés moins d’un an après leur achat, après avoir été portés en moyenne entre sept et dix fois. Voici d’autres faits et données illustrant les conséquences du gaspillage de vêtements :

  • des matériaux utilisés pour fabriquer des vêtements (soit entre autres 63 % de plastiques et 23 % de coton), 87 % sont enfouis ou incinérés, dont 14 % viennent de vêtements qui n’ont jamais été portés (soit en raison de pertes, de défauts de fabrication ou de mévente);
  • moins de 1 % des vêtements sont recyclés en d’autres vêtements, les autres 12 % recyclés l’étant pour d’autres utilisations (matériaux d’isolation, chiffons et rembourrages de matelas) qui, elles, sont encore plus rarement recyclées;
  • le taux de recyclage varie de 0 % dans de nombreux pays, à 10 à 15 % aux États-Unis et en Chine, à 75 % en Allemagne, ce qui montre qu’il est possible de faire beaucoup mieux qu’actuellement;
  • la production de fibres pour les vêtements exige des quantités énormes de pétrole (surtout pour les fibres de plastiques), de pesticides et de fertilisants (pour le coton), de produits chimiques (dans la production et pour la coloration et la finition), nuisant à la santé des agriculteurs, des travailleur.euses en usine, de la population habitant près des cours d’eau où ces produits sont souvent déversés (polluant aussi les écosystèmes environnants) et même des consommateurs qui les portent (polluant aussi les cours d’eau où ces produits s’échappent lors du lavage);
  • cette industrie génère environ 20 % de la pollution industrielle des cours d’eau;
  • la production de vêtements émet plus de gaz à effet de serre (GES) que le total de l’aviation internationale et du transport maritime (et ça ne tient pas compte les GES émis lors du lavage et du séchage domestiques);
  • cette production utilise 4 % du prélèvement mondial d’eau douce (plus un autre 1 % pour le lavage), souvent dans des régions où la sécheresse menace fréquemment;
  • la production de fibres végétales (surtout du coton) et animales (surtout de la laine) concurrence l’utilisation des terres pour la production alimentaire;
  • des microfibres des tissus produits à partir de plastiques (surtout du polyester, du nylon et de l’acrylique) se détachent lors du lavage et se retrouvent dans les océans; cette pollution équivaut annuellement à celle de 50 milliards de bouteilles en plastique;
  • les conditions de travail des employé.es (parfois des enfants) des usines de vêtements sont pénibles, souvent comparables à de l’esclavage, et les normes environnementales minimales (quand il y en a), mettent en danger les populations entières des régions où ces usines sont installées (rappelons-nous toujours l’effondrement du Rana Plaza…).

Si la tendance se maintient :

  • la production triplera d’ici 2050, accentuant les problèmes actuels;
  • cette production générerait environ 25 % des émissions GES que la Terre peut se permettre pour restreindre à 2 degrés Celsius le réchauffement climatique, alors que sa contribution en 2015 n’était que de 2 % (il faut tenir compte du fait que la quantité de GES maximale qui peut être émise pour limiter le réchauffement à 2 degrés doit diminuer considérablement d’ici 2050, soit de 40 à 70 % par rapport à son niveau de 2010);
  • la quantité de microfibres de plastique rejetées dans l’océan atteindrait des quantités encore plus importantes (environ 0,7 million de tonnes par année, le tout s’accumulant);
  • le poids des vêtements enfouis et incinérés de 2015 à 2050 équivaudrait à 10 fois le poids de la population mondiale actuelle.

La solution, l’économie circulaire

Si quelques mesures ont été adoptées au cours des dernières années pour réduire l’impact négatif de la production de vêtements sur l’environnement et la société, elles n’ont nullement remis en question le mode de production linéaire actuel, ne cherchant par exemple pas à réduire le gaspillage et le faible niveau de recyclage ni à augmenter le nombre de fois qu’un vêtement est porté.

Les auteur.es présentent ensuite les avantages d’appliquer le principe de l’économie circulaire à la production de vêtements, comme l’illustre le graphique ci-contre.

  1. Éliminer les substances nuisibles et le rejet des microfibres dans l’environnement : Pour ce, il faut utiliser des substances saines. Dans certains cas, il faudra innover, notamment pour éliminer l’utilisation de produits chimiques dommageables dans la production et pour la coloration et la finition, et le rejet de microfibres de plastique dans la nature ou pour récupérer celles qui pourraient s’échapper.
  2. Transformer la façon dont les vêtements sont conçus, vendus et utilisés : Le moyen le plus efficace pour éviter le gaspillage est d’augmenter le nombre de fois qu’un vêtement est porté. Il faut cesser de voir les vêtements comme un produit jetable. C’est entre autres toute la stratégie de marketing qu’il faut revoir. Les auteur.es proposent notamment de développer la location de vêtements, de rendre la qualité et la durabilité plus désirables (comme valeur de société et en favorisant la revente de vêtements), et de réglementer la conception (design) et la production pour s’assurer que les vêtements durent plus longtemps (ou s’usent moins rapidement).
  3. Améliorer radicalement le recyclage en transformant la conception (le design) et en favorisant la collecte et la réutilisation des vêtements : Pour assurer un bon niveau de recyclage, on doit le prévoir dès l’étape de la conception des vêtements, tant dans le choix des matériaux que dans la façon de les assembler. Les auteur.es recommandent aussi d’intensifier la recherche sur les matériaux et sur les méthodes de recyclage, par exemple dans les façons de trier les vêtements en fonction d’usages spécifiques, ce qui serait facilité si cette étape était planifiée dès la conception, de stimuler la demande pour les matériaux recyclés (comme on l’a fait en partie dans la fabrication de papier, et mieux si possible!), et d’implanter la collecte de vêtements sur une grande échelle (l’exemple de l’Allemagne, comme mentionné précédemment, ou d’autres pays devrait bien sûr servir de modèle et être imité).
  4. Utiliser efficacement les ressources et surtout des intrants renouvelables : Grâce aux deux dernières recommandations, le besoin en intrants de matières premières serait grandement réduit. Mais, ces intrants seront toujours nécessaires. Les auteurs recommandent d’utiliser en premier lieu des intrants recyclables et autant que possible, de sources renouvelables (le document complet présente quelques expériences allant dans ce sens, notamment pour produire des fibres de plastique biodégradables à partir de la biomasse et du coton avec des méthodes régénératrices qui n’exigent pas l’utilisation de pesticides et de fertilisants de synthèse).

Mon résumé peut faire passer ces propositions pour des vœux pieux ou des solutions simplistes, mais il faut comprendre que plus de la moitié de l’étude porte sur ces propositions. Je n’ai donc fait que les effleurer, en résumant le sommaire. Cela dit, il est vrai qu’elles sont exigeantes, mais on ne peut nier leur pertinence.

Collaboration

Le sommaire se termine avec une analyse des changements qui seraient nécessaires pour mettre en œuvre les recommandations de la section précédente. On y explique que des améliorations graduelles ne suffiront jamais à changer la situation de façon suffisante, qu’il faut passer à un système de production totalement différent. Pour que cela soit possible, nous avons besoin d’une «approche concertée, globale, systémique et collaborative» entre tous les acteurs du secteur et les gouvernements. L’étude fournit quelques pistes pour réaliser cet objectif, mais je vais en rester là.

Et alors…

Cette étude, surtout sa première partie, m’a donné tout un choc. Je sais depuis des années que cette industrie est polluante et trop souvent peu respectueuse (euphémisme) des droits des travailleurs et surtout des travailleuses, mais je ne me doutais pas qu’elle était aussi une des grandes responsables du déversement de microfibres de plastique dans l’océan! Chose certaine, je vais continuer à user mes vêtements à la corde et pourrai prétendre le faire pour le bien de l’environnement plutôt que parce que je suis trop paresseux pour en acheter d’autres! J’espère aussi que ce billet sensibilisera d’autres personnes à utiliser d’autres moyens que le magasinage de vêtements pour se consoler des aléas de la vie!

La scolarité, le revenu d’emploi et le niveau de compétence des emplois des membres des minorités visibles

22 mai 2018

Après un premier sur la concentration des hommes et des femmes dans les professions et un deuxième sur cette concentration pour les membres des minorités visibles, ce billet est le troisième se basant sur les données provenant du fichier 98-400-X2016356 tiré du recensement de 2016. Il portera sur la scolarité, le revenu d’emploi et le niveau de compétence des emplois des travailleur.euses appartenant à une minorité visible.

Le niveau de scolarité des femmes en emploi selon l’appartenance à une minorité visible

Je rappelle ici que, selon Statistique Canada, les personnes qui appartiennent à une minorité visible sont celles «autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n’ont pas la peau blanche». Le tableau qui suit présente pour 14 groupes de femmes liés ou non aux minorités visibles :

  • à la première ligne, le nombre d’emplois occupés par ces femmes âgées de 25 à 64 ans (tranche d’âge choisie pour éviter que les écarts de scolarité soient dus à des facteurs démographiques et pour retirer les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans qui n’ont pas toutes terminé leurs études) au moment du recensement (deuxième semaine de mai 2016) plus celles de la même tranche d’âge qui ne travaillaient pas la semaine du recensement, mais qui avaient travaillé entre le début de 2015 et la semaine de référence du recensement;
  • aux quatre lignes suivantes, la proportion de ces femmes selon le plus haut niveau de scolarité atteint, soit aucun (moins qu’un diplôme d’études secondaires ou DES), DES, diplôme d’études postsecondaires (y compris un diplôme d’apprenti ou d’une école de métiers, dont les diplômes d’études professionnelles ou DEP, un diplôme d’études collégiales ou DEC, général ou technique, ou un certificat ou diplôme universitaire inférieur au baccalauréat), un baccalauréat ou tout autre diplôme supérieur (dont ceux de la maîtrise et du doctorat).

Les deux premières colonnes de la partie du haut du tableau illustrent les différences de scolarisation entre les femmes en emploi appartenant à une minorité visible et les autres femmes en emploi. On constate que, si un peu plus des premières que les deuxièmes avaient moins d’un DES («Aucun»), soit 8,8 % par rapport à 7,7 %, ces deuxièmes étaient proportionnellement plus nombreuses à être titulaires d’un baccalauréat ou plus (38,8 % par rapport à 31,2 %). Cet avantage était compensé par une proportion moindre de ces femmes n’ayant qu’un DES (14,3 % par rapport à 16,8 %) ou étant titulaires d’un diplôme postsecondaire inférieur au baccalauréat (38,1 % par rapport à 44,3 %).

Les autres colonnes du tableau nous montrent que ce niveau moyen de scolarité différait grandement selon l’appartenance à des minorités précises. Ainsi, celles qui avaient les taux les plus élevés de sous scolarisation étaient les Asiatiques du Sud-Est (p. ex. Vietnamiennes, Cambodgiennes, Laotiennes, Thaïlandaises, etc.), avec 19,0 % n’ayant aucun diplôme, les Sud-Asiatiques (p. ex. Indiennes de l’Inde, Pakistanaises, Sri-Lankaises, etc.), avec 14,2 %, les Asiatiques occidentales (p. ex. Iraniennes, Afghanes, etc.), avec 11,7 % et les Latino-Américaines, avec 10,8 %. Par contre, il est remarquable de constater que les femmes appartenant à ces quatre minorités étaient tout de même proportionnellement plus nombreuses à être titulaires d’au moins un baccalauréat que les femmes n’appartenant pas à une minorité visible, soit de 34,8 % à 54,1 % (!) par rapport à 31,2 %. Ce paradoxe apparent pourrait s’expliquer par la scolarité différente des femmes arrivées comme réfugiées de celle des femmes nées ici ou ayant été acceptées comme demandeuses principales ou conjointes de demandeur.euses principaux.ales. À l’inverse, celles qui avaient les taux les plus bas de sous scolarisation étaient les Japonaises (1,7 %, soit 20 seulement sur 1155), les Coréennes (1,8 %, 25 sur 1375) et les Philippines (2,9 %). Dans ce dernier cas, il est probable que ce faible taux, accompagné d’un pourcentage inférieur à la moyenne des femmes appartenant à une minorité visible de titulaires d’au moins un baccalauréat (36,8 % par rapport à 38,8 %), soit dû aux critères du Programme des aides familiaux résidants (PAFR) qui exigeait (on semble ne plus accepter de nouvelles candidates à ce programme) une scolarité minimale (que je ne peux pas préciser, car les critères ne sont plus mentionnés sur le site).

Celles qui avaient les taux les plus élevés de titulaires d’au moins un baccalauréat étaient les Coréennes (60,7 %), les Chinoises (56,8 %), les Japonaises (54,5 %) et les Asiatiques occidentales (54,1%). Il faut aussi noter que, parmi les 12 groupes de femmes appartenant à une minorité visible, seules les Noires (qui occupaient près du tiers des emplois dans lesquels travaillaient des femmes appartenant à une minorité visible, soit 62 135 sur 193 895) avaient un taux de titularisation universitaire inférieur à celui des femmes n’appartenant pas aux minorités visibles, et encore, de peu (29,7 % par rapport à 31,2 %). Par contre, elles étaient celles qui avaient le taux le plus élevé de titulaires de diplômes postsecondaires inférieurs au baccalauréat («Postsecondaire» dans le tableau), soit 50,8 % par rapport à 44,3 % pour les femmes n’appartenant pas à une minorité visible et à 32,2 % (donnée absente du tableau) pour les autres femmes appartenant à une minorité visible.

Bref, malgré certains écarts entre les groupes, les femmes en emploi appartenant à une minorité visible avaient en 2016 un niveau de scolarité nettement plus élevé que celui des femmes n’appartenant pas à une minorité. On verra plus loin si cela leur a permis d’occuper des emplois exigeant plus de compétence et d’obtenir une rémunération plus élevée.

Le niveau de scolarité des hommes en emploi selon l’appartenance à une minorité visible

Le tableau qui suit a la même configuration que le précédent et présente les mêmes variables, mais pour les hommes.

Les deux premières colonnes de la partie du haut du tableau nous montrent que les hommes en emploi appartenant à une minorité visible comptaient en 2016 à la fois proportionnellement moins de travailleurs sous scolarisés (11,0 % par rapport à 12,4 %) et beaucoup plus de travailleurs titulaires d’au moins un baccalauréat que les hommes en emploi n’y appartenant pas (38,8 % par rapport à 24,3 %, un taux près de 60 % plus élevé). On remarquera que si le taux de ces titulaires est le même pour les hommes et les femmes en emploi appartenant à une minorité visible (38,8 %), la différence est importante entre les hommes et les femmes en emploi n’appartenant pas à une minorité visible (24,3 % par rapport à 31,2 %). Il est fort probable que l’absence de différence entre les hommes et les femmes en emploi appartenant à une minorité visible soit due au fait que les immigrants sont beaucoup plus souvent des demandeurs principaux que les immigrantes (47 % des immigrants et 29 % des immigrantes arrivé.es de 2009 à 2015 et vivant toujours au Québec en 2015, selon le tableau cansim 054-0015), car les exigences de scolarité sont plus élevées pour cette catégorie d’immigration.

Comme pour les femmes (et dans le même ordre), ce sont les Asiatiques du Sud-Est (p. ex. Vietnamiens, Cambodgiens, Laotiens, Thaïlandais, etc.), avec 20,4 % n’ayant aucun diplôme, les Sud-Asiatiques (p. ex. Indiens de l’Inde, Pakistanais, Sri-Lankais, etc.), avec 17,6 %, les Asiatiques occidentaux (p. ex. Iraniens, Afghans, etc.), avec 15,3 % et les Latino-Américains, avec 15,2 % qui avaient les taux de sous scolarisation les plus élevés. Encore comme pour les femmes, ces taux plus élevés de sous scolarisation n’empêchaient pas ces hommes d’être proportionnellement plus nombreux à être titulaires d’au moins un baccalauréat que les hommes n’appartenant pas à une minorité visible, soit de 30,3 % à 47,4 % par rapport à 24,3 %. Cette situation appuie l’hypothèse émise plus tôt que ce paradoxe apparent pourrait s’expliquer par la scolarité différente des hommes arrivés comme réfugiés de celle des hommes nés ici ou ayant été acceptés comme demandeurs principaux ou conjoints de demandeur.euses principaux.ales. Ceux qui avaient les plus bas de sous scolarisation étaient, les Coréens (2,2 %, 25 sur 1150) et les Japonais (3,2 %, soit 20 sur 620).

Ceux qui avaient les taux les plus élevés de titulaires d’au moins un baccalauréat étaient les Chinois (57,2 %), les Japonais (56,5 %), les Coréens (56,1 %) et les Arabes (48,1%). Il faut aussi noter qu’aucun des 12 groupes d’hommes en emploi appartenant à une minorité visible n’avait un taux de titularisation universitaire inférieur à celui des hommes n’appartenant pas à une minorité visible.

Niveaux de compétence et revenus d’emploi des femmes en emploi selon l’appartenance à une minorité visible

Le tableau qui suit présente pour 14 groupes de femmes liés ou non aux minorités visibles :

  • aux cinq premières lignes, le pourcentage des emplois occupés par ces femmes âgées de 25 à 64 ans en 2016 selon leur niveau de compétence;
  • aux deux suivantes, leur revenu médian et leur revenu moyen.

Les cinq niveaux de compétence indiqués sont :

  • 0 – Gestion : professions de la gestion;
  • A – Professionnel : professions exigeant en général un diplôme universitaire ou l’équivalent;
  • B – Technique : professions exigeant en général un diplôme postsecondaire ou l’équivalent;
  • C – Intermédiaire : professions exigeant en général un diplôme d’études secondaires;
  • D – Élémentaire : professions pour lesquelles une formation en cours d’emploi est habituellement suffisante.

Les deux premières colonnes de la partie du haut du tableau montrent que, même si les femmes en emploi appartenant à une minorité visible étaient plus scolarisées que celles n’appartenant pas à une minorité visible, elles occupaient moins souvent des postes de gestion (6,2 % par rapport à 8,9 %, soit 30 % moins fréquemment), de niveau professionnel (20,4 % par rapport à 24,5 %, soit entre 15 et 20 % moins fréquemment) et de niveau technique (29,5 % par rapport à 34,6 %, soit 15 % moins fréquemment), mais plus souvent des postes de niveau intermédiaire (31,2 % par rapport à 24,0 %, soit 30 % plus fréquemment) et élémentaire (12,8 % par rapport à 8,0 %, soit 60 % plus fréquemment). On ne s’étonnera pas alors de constater que leur revenu médian ait été près de 30 % plus bas (26 166 $ par rapport à 36 527 $) et que leur revenu moyen l’ait été de près de 25 % (32 452 $ par rapport à 42 540 $), revenu dans les deux cas inférieur d’un peu plus de 10 000 $.

Cela dit, trois des 12 groupes de femmes appartenant à une minorité visible occupaient plus souvent des postes de niveaux de la gestion ou professionnel que les femmes n’appartenant pas à une minorité visible, et ce sont aussi les trois groupes dont la proportion de titulaires de diplômes universitaires était la plus élevée, soit les Coréennes (39,5 % par rapport à 33,4 %), les Chinoises (38,9 %) et les Japonaises (37,2 %). Mais, même avec cette proportion plus élevée de postes des niveaux en général les mieux rémunérés, leurs revenus médians et moyens demeuraient nettement moins élevés que ceux des femmes n’appartenant pas à une minorité visible. Il faut dire que, dans les trois cas, les postes de gestion les plus fréquents étaient dans des postes de directrices – commerce de détail et de gros (et probablement de dépanneurs) et que les postes d’assistantes d’enseignement et de recherche qui étaient la profession de niveau professionnel qu’elles occupaient globalement le plus souvent ne sont pas particulièrement bien rémunérés. Notons finalement que celles qui avaient les revenus médian et moyen les plus bas étaient les Asiatiques occidentales (p. ex. Iraniennes, Afghanes, etc.) qui occupaient pourtant une proportion plus élevée de postes de niveaux de la gestion ou professionnels que les autres femmes appartenant à une minorité visible, mais encore plus souvent dans des postes de direction de dépanneurs et d’assistantes d’enseignement et de recherche.

On a donc vu que la scolarité plus élevée des femmes appartenant à une minorité visible ne leur a pas assuré de meilleurs emplois et des revenus plus élevés.

Niveaux de compétence et revenus d’emploi des hommes en emploi selon l’appartenance à une minorité visible

Le tableau qui suit a la même configuration que le précédent et présente les mêmes variables, mais pour les hommes.

Les deux premières colonnes de la partie du haut du tableau montrent que les hommes en emploi appartenant à une minorité visible occupaient :

  • moins souvent des postes de gestion que les hommes n’appartenant pas à une minorité visible (9,3 % par rapport à 12,6 %, soit 30 % moins fréquemment), mais plus que les femmes de la même appartenance (6,2 %);
  • plus souvent des postes de niveau professionnel (19,8 % par rapport à 16,2 %, soit entre 20 et 25 % plus fréquemment), mais un peu moins que les femmes de la même appartenance (20,4 %);
  • moins souvent de niveau technique (27,8 % par rapport à 35,1 %, soit 20 % moins fréquemment), mais un peu moins que les femmes de la même appartenance (29,5 %)
  • plus souvent des postes de niveau intermédiaire (29,9 % par rapport à 24,7 %, soit 20 % plus fréquemment), mais un peu moins que les femmes de la même appartenance (31,2 %)
  • plus souvent des postes de niveau élémentaire (13,1 % par rapport à 10,4 %, soit 25 % plus fréquemment), mais un peu moins que les femmes de la même appartenance (12,8 %).

Conséquence entre autres de cette structure d’emploi exigeant moins de compétence, leur revenu médian était plus de 30 % plus bas (32 409 $ par rapport à 36 527 $), mais près de 25 % plus élevé que celui des femmes de même appartenance (26 166 $). Leur revenu moyen présentait des écarts de même ampleur (40 310 $ par rapport à 58 026 $, soit 30 % de moins), avec toujours un écart positif de 25 % avec celui des femmes de même appartenance (31 452 $). En dollars, la différence entre les hommes des deux groupes était toutefois nettement plus élevée que pour les femmes, avec des écarts de 15 158 $ pour le revenu médian et de 17 716 $ pour le revenu moyen, par rapport à un peu plus de 10 000 $ pour les femmes pour les deux types de revenus.

Les Coréens et les Chinois sont les seuls des 12 groupes de minorités visibles présentés dans le tableau à occuper proportionnellement plus de postes de gestion et de niveau professionnel que les hommes n’appartenant pas à une minorité visible. Les postes de gestion les plus fréquents dans les deux cas étaient ceux de directeurs – commerce de détail et de gros (dont de nombreux propriétaires de dépanneurs, probablement) et de directeurs de la restauration, deux professions pas nécessairement bien rémunérées. Du côté professionnel, ce sont les emplois en informatique (programmeurs et analystes) qui dominaient. La rémunération plus élevée que la moyenne dans ce domaine n’a pas suffi à compenser la faible rémunération dans les professions de la restauration et le commerce de détail dans lesquelles on trouve sept des huit principales professions occupées par ces hommes. En conséquence, même s’ils occupent des professions qui exigent en moyenne plus de compétence que les autres hommes, leur revenu médian est même plus faible que celui des autres hommes appartenant à une minorité visible et leur revenu moyen est à peine un peu plus élevé.

Et alors…

Alors qu’on a vu dans le premier billet la plus grande concentration des emplois chez les femmes que chez les hommes, puis dans le deuxième que cette concentration est encore plus élevée chez les femmes appartenant à une minorité visible, on apprend avec celui-ci que les femmes et les hommes de cette appartenance sont plus scolarisé.es que les autres travailleur.euses, mais qu’ils occupent des emplois qui exigent en moyenne moins de compétence et touchent des revenus d’emploi nettement moins élevés. Autre constat, ce désavantage touche les 12 groupes de minorités visibles, pas seulement ceux dont on parle le plus souvent dans les médias, et aussi bien les hommes que les femmes. Les différences entre ces groupes s’observent davantage dans les taux d’emploi et de chômage, mais ça, ça sera pour une autre fois!

Ce billet ne permet bien sûr pas d’isoler les causes de cette situation, mais fait le premier pas, soit de nous permettre d’avoir une idée de l’ampleur de cette réalité. D’autres études ont déjà permis de savoir que la première cause de cette situation est sûrement le manque de reconnaissance des diplômes et des expériences acquises à l’étranger, mais aussi à la présence de ghettos d’emplois et, comme ces facteurs ne semblent pouvoir expliquer l’ampleur des écarts et comme une forte proportion des personnes appartenant à des minorités visibles sont nées ici et y ont étudié, à certaines formes de discrimination. De nombreuses études, dont celle-ci parue récemment, ont en effet montré que, à études, qualifications et expériences identiques, les personnes appartenant à une minorité visible ont une probabilité inférieure de se faire convoquer en entrevue pour un emploi quand elles ont un nom différent de ceux qu’on retrouve historiquement au Québec. Maintenant, il faut agir!

Le sale discours

21 mai 2018

Avec Le sale discours ou géographie des déchets pour tenter de distinguer au mieux ce qui est propre de ce qui ne l’est pas, David Wahl, dramaturge, écrivain et interprète, nous offre un récit qui parle «d’un environnement façonné par nos ordures, nos excréments et nos déchets (…), de notre instinct de survie, de nos rêves d’éternité, de la peur de la mort».

I : L’auteur raconte les événements entourant la décision de Louis VI Le Gros d’interdire aux porcs de circuler librement dans les rues de Paris, puis ses conséquences (ce livre est tellement court, 84 pages, selon l’éditeur, et en fait 73 avec du texte, que je vais tenter d’en dire le moins possible…). Il explique que l’être humain a longtemps (toujours?) confondu ce qui est propre de ce qui est sale, ce qui est sain et ce qui ne l’est pas. Il en profite bien sûr pour assaisonner son texte de gags parfois rigolos, d’autres fois douteux, et pour raconter de nombreux épisodes de confusion entre le propre et le sale (ou le sain et l’insalubre).

II : L’auteur relate tout d’abord les hypothèses avancées historiquement sur les «matériaux fondateurs» de notre monde (l’eau, la terre, le feu et l’air, puis les atomes), puis les tentatives de modifier la matière. Il fait ensuite le lien entre cet historique et la confusion entre les croyances (et la magie) et la science, confusion qui accentue celle entre le nettoyage et le salissage, puis, et pourquoi pas, celle entre la vie et la mort. Rien de moins!

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Je ne vois aucune raison de ne pas lire ce livre. On n’a pas d’une part besoin de beaucoup de temps pour passer à travers (c’est un cas patent de location à une bibli), et il est agréable à lire. Les liens qu’il fait sont originaux et rigolos. Même s’il avertit le lecteur que certaines parties du livre pourraient dégoûter des lecteur.trices, ce ne fut pas mon cas. Il faut dire que je ne suis pas du tout malécoeureux. Ah oui, les notes ne sont pas à la fin, en fait pas non plus en bas de page, car il n’y en a pas!

Je vais terminer ce court compte-rendu avec une citation que j’ai bien appréciée (même si sa première partie n’est pas vraie) et qui montre bien l’esprit de ce livre : «Le porc est sale et nettoie; l’homme est propre et salit».

Airvore

14 mai 2018

Avec son livre Airvore ou la face obscure des transports – Chronique d’une pollution annoncée, l’ingénieur Laurent Castaignède retrace l’épopée de l’irrésistible ascension du parc motorisé, expose ses impacts environnementaux et sociaux, et propose des solutions réalistes pour les réduire.

Introduction : «Selon l’OCDE, la pollution de l’air urbain devrait devenir d’ici à 2050 la principale cause environnementale de mortalité dans le monde, devant l’eau insalubre et le manque d’assainissement». Et cela ne tient pas compte des conséquences des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par le transport motorisé. L’auteur présente ensuite les objectifs et le contenu des chapitres qui suivent.

Première partie – L’irrésistible ascension de la mobilité motorisée

1. Les premiers balbutiements motorisés : Les premiers prototypes de transport motorisé (sur terre, sur l’eau et sans les airs) datent du XVIIIe siècle, mais n’ont eu aucun succès, leurs concurrents mus par la force animale et par le vent (bateau à voile) étant plus efficaces.

2. À toute vapeur (1800-1900) : Le premier véhicule motorisé fonctionnel fut une locomotive à vapeur créée en Angleterre au début du XIXe siècle, suivi rapidement du premier bateau à vapeur. Ces nouveaux moyens de transport se sont rapidement étendus aux États-Unis et en Angleterre, mais plus lentement dans les autres pays européens. Dès les débuts, la pollution a posé problème. Si les chauffeurs des locomotives étaient les principales victimes de cette pollution dans les activités de transport, les ouvriers et les habitants des villes où se situaient les bassins houillers et surtout les usines sidérurgiques (pour la fabrication de l’acier qui servait à construire les locomotives, wagons, rails et bateaux) vivaient constamment avec «une épaisse et noire fumée». Manchester était comparé à «volcan en éruption». Les habitants de Pittsburgh, de la vallée de la Ruhr et de bien d’autres villes vivaient le même cauchemar. Londres n’était guère plus choyée, les émanations des usines étant accentuées par celles du chauffage au charbon et de ses autres utilisations qui prenaient de l’ampleur. Les premières réglementations pour contrôler la pollution seront adoptées, mais tarderont à améliorer la situation. Finalement, les premiers véhicules au pétrole (presque aussi polluants que ceux à vapeur) font leur apparition à la fin du XIXe siècle.

3. La mobilité change d’échelle (1900-1950) : «La première moitié du XXe siècle est la période de l’essor du marché automobile, porté par l’extraction croissante de «l’huile de roche» qui deviendra «l’or noir», le pétrole». Ce n’est pas l’automobile qui s’adapte aux villes, mais les villes qui s’adaptent aux automobiles, s’étalant de plus en plus. Le pétrole, sous différentes formes, remplace le charbon comme source d’énergie pour les trains et les bateaux (et alimente les avions et les automobiles dès le début), mais le charbon alimente encore les centrales électriques. Ainsi, pour les moyens de transport électriques (métros, certains trains, tramways, trolleybus, etc.), ce ne sont pas les usager.ères qui subissent la pollution, mais les personnes habitant près des centrales. En 1950, le transport motorisé consomme 20 % de la production d’acier, 25 % de celle de charbon et 50 % de celle de pétrole. En plus, les maladies et les décès causés par l’amiante et par les intoxications au plomb (ajouté à l’essence à l’époque et jusque dans les années 1980), au monoxyde et au dioxyde de carbone se multiplient. La pollution générée par le transport motorisé inquiète de plus en plus, mais les lobbys du secteur des transports sont forts!

4. Des transports motorisés tous azimuts (1950-2000) : Les tendances décrites dans le chapitre précédent s’accentuent : le parc automobile s’étend, les avions gagnent en puissance et en popularité, et les bateaux sont toujours plus gros. Seul le chemin de fer plafonne. Les émissions de GES atteignent des sommets. Puis, certains événements, comme les chocs pétroliers des années 1970, contribuent à la réduction de la taille des automobiles, au développement de techniques pour diminuer les émissions polluantes et de GES, et à l’adoption de règlements limitant la pollution (l’auteur en décrit un très, très grand nombre), mesures en partie annulées par l’augmentation de la taille du parc automobile et de celle des automobiles. L’auteur aborde ensuite d’autres aspects de la question, notamment l’obsolescence planifiée, la consommation ostentatoire, l’endettement des ménages, l’étalement urbain, les banlieues conçues pour l’automobile et la baisse de l’activité physique, bref ce qu’il appelle l’American (motor)way of life

5. L’engorgement de la mobilité (depuis 2000) : Le kilométrage de chacun des principaux moyens de transport motorisé (autos, motos, camions, trains, bateaux et avions) double entre 2000 et 2015-2017. La pollution de l’air cause maintenant six fois plus de décès que les accidents automobiles. La situation en Chine est de plus en plus connue, mais n’est guère plus enviable aux États-Unis, au Brésil et en France. Pire, on a appris depuis la parution de ce livre que plus «de 90 % de la population mondiale respire un air ambiant pollué» et «que la pollution est responsable de sept millions de morts chaque année».

Par ailleurs, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié trois nouveaux rapports sur les conséquences du réchauffement climatique au XXIe siècle, chacun plus alarmant que le précédent. Comme dans le chapitre précédent, l’auteur présente un très, très grand nombre de mesures réglementaires adoptées un peu partout sur Terre pour faire diminuer la pollution et les émissions de GES de tous les moyens de transport motorisé. Malgré cette réglementation et bien d’autres mesures, la pollution et les émissions de GES continuent à augmenter, et l’American (motor)way of life est encore un modèle que trop de gens ne veulent pas abandonner.

Deuxième partie 2 – Un présent et des perspectives à couper le souffle

6. Analyse d’une situation étouffante – Des performances et des gabarits en forte hausse : L’auteur aborde quelques facteurs qui expliquent que la pollution et les émissions de GES ne diminuent pas malgré les mesures présentées dans les précédents chapitres, notamment :

  • la taille d’une voiture est un marqueur social (consommation ostentatoire) et donne l’illusion d’une plus grande sécurité (illusion entretenue par les fabricants);
  • les fabricants automobiles pratiquent l’«optimisation réglementaire», notamment en s’arrangeant pour respecter les normes environnementales sur les bancs d’essai, mais pas sur les routes (ce type de tricherie existe depuis les années 1970, bien avant le «dieselgate» de Volkswagen);
  • les arbitrages entre les performances et la pollution, et entre les émissions de GES et celles de particules fines;
  • les lacunes dans l’application des normes pour les véhicules usagés;
  • la croissance des émissions indirectes liées à la fabrication des véhicules et des infrastructures, et à l’extraction des sources d’énergie fossile, surtout du pétrole non conventionnel;
  • l’impact limité, parfois même négatif, des voitures électriques et des agrocarburants;
  • l’illusion de la compensation et des activités supposément carboneutres;
  • l’effet rebond (l’amélioration de l’efficacité énergétique entraîne une hausse de la consommation).

7. Le salut par la technologie ? : Le citoyen-usager-consommateur occidental s’attend à ce «que les émissions des GES et de polluants soient prises en charge par des innovations technologiques, et non par des modifications de son propre comportement». L’auteur explique en analysant de nombreuses innovations imaginées dans ce sens (ainsi que les solutions misant sur le marché) que cette attente risque fort d’être vaine.

Troisième partie – Quelle sortie de secours ?

8. La recherche d’un équilibre soutenable : Si nous ne pouvons pas nous reposer sur les innovations technologiques, comment pourrions-nous espérer faire diminuer la pollution et les émissions de GES? L’auteur présente de nombreuses solutions proposées aussi bien dans des œuvres de fiction que dans des essais «sérieux» et ne parvient pas à trouver une piste qui serait potentiellement acceptable à la population. Il écarte enfin les taxes et la réglementation telle qu’elles s’appliquent actuellement.

9. Les sept clés d’une domestication du transport motorisé : Comme le titre l’indique, l’auteur propose dans ce chapitre sept «ensembles de mesures radicales». Par respect pour l’auteur, je ne vais ici que mentionner le titre de ces mesures développées sur une quarantaine de pages dans le livre :

  • la transparence et la responsabilisation des constructeurs;
  • la gestion globale et harmonisée des carburants;
  • la limitation du gaspillage;
  • le partage des espaces et des moyens;
  • le marketing de la sobriété;
  • la stabilisation des parcs motorisés;
  • la sanctuarisation des réserves.

Ce chapitre étoffé nous rappelle que l’auteur est ingénieur. Il conclut ainsi :

«Mélange de limitations réglementaires et d’incitations fortes à un profond changement de l’approche de la mobilité des biens comme des personnes, ces proposition de «domptage» des transports motorisés apparaîtront trop modérées aux écologistes avertis et intransigeants ou irréalistes et bien utopiques au citoyen occidental habitué au confort que procure l’actuelle profusion de moyens et de carburant.»

Conclusion : L’auteur résume tout d’abord les 300 pages précédentes de façon très efficace (ce texte ferait un excellent billet pour présenter le contenu de ce livre!), puis se demande si l’être humain réagira à temps. «(…) il va falloir réapprendre à bouger pour vivre et non plus vivre pour bouger».

«Il est grand temps qu’il [l’être humain] retrouve sa boussole et un cap vraisemblable, sinon frugal, dans un contexte où couve un conflit de générations entre une jeunesse voyant poindre un cataclysme écologique (et économique) qu’elle subira de plein fouet et dont elle se sent peu responsable, et une classe d’âge mûr soucieuse de maintenir pendant une ou deux décennies l’emballement du système, refusant de sacrifier son mode de vie sans cesse plus mobile pour des bénéfices supposés qu’elle ne connaîtra que très peu de son vivant. (…) Le temps presse. Vite, changeons d’air!»

Annexe 1. Petit glossaire technique : Ce glossaire est regroupé par sujet et non présenté en ordre alphabétique. C’est pourquoi j’ai renoncé à consulter cette annexe quand le texte nous indiquait par une étoile un mot ou une expression définie dans ce glossaire.

Annexe 2. La formidable porosité de l’échappement automobile : L’auteur présente dans cette deuxième annexe les moyens (la plupart techniques) pris par les fabricants pour contourner la réglementation sur la pollution et sur les émissions de particules fines et de GES, certains pas directement illégaux, mais d’autres carrément frauduleux. Je répète, le dieselgate de Volkswagen est loin d’être le premier et le seul cas! L’auteur en décrit au moins une douzaine, le premier datant du début du XXe siècle!

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce livre est certainement le mieux documenté et le plus complet que j’ai lu sur ce sujet. S’il a un défaut, c’est justement que les descriptions sont tellement approfondies que j’en perdais parfois le fil (même si l’objet de ces descriptions demeurait clair). Par ailleurs, je reproche souvent à ce genre de livre l’absence de solutions pertinentes. Cela ne sera pas le cas ici. Son chapitre sur les solutions est réaliste, concret et bien défini. Je peux difficilement le critiquer, puisqu’il explicite parfaitement une recommandation que j’ai proposée dans un billet datant de 2010 (Rationner rationnellement). Alors que je ne faisais qu’esquisser le concept du rationnement rationnel, l’auteur le décrit en détail et le complète avec des propositions concrètes pour faire diminuer la pollution et les émissions de GES. Ne serait-ce que pour ce chapitre (le reste est aussi de bonne tenue), ce livre vaut le détour. On notera toutefois qu’il porte uniquement sur le transport, n’abordant pas les autres sources de pollution et d’émissions de GES (dont la plus importante, je le rappelle, est l’élevage). Ce n’est pas un défaut, simplement un constat.

Ce livre contient en plus 22 pages sur papier glacé de photos de véhicules présentés dans le texte et de visions futuristes qui glacent le sang! Finalement, les nombreuses notes sont heureusement en bas de page. J’ai d’autant plus apprécié cela qu’elles sont souvent essentielles à la compréhension du texte principal ou le complètent à tout le moins. Bravo!

La concentration des hommes et des femmes dans les professions chez les minorités visibles

11 mai 2018

À la fin de mon billet sur la concentration des hommes et des femmes dans les professions, j’ai écrit que je comptais publier un billet sur le même sujet, mais pour les membres des minorités visibles, dès la semaine suivante. Toutefois, quelques sujets davantage liés à l’actualité m’ont fait retarder un peu la réalisation de cette intention. Alors, il y aura eu trois semaines plutôt qu’une entre ces deux billets. Comme dans le précédent billet, j’utiliserai des données provenant du fichier 98-400-X2016356 tiré du recensement de 2016.

Concentration des femmes dans les professions chez les minorités visibles

Selon Statistique Canada les personnes qui appartiennent à une minorité visible sont celles «autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n’ont pas la peau blanche». Le tableau qui suit présente pour 14 groupes de femmes liés ou non aux minorités visibles :

  • à la première ligne, le nombre d’emplois occupés par ces femmes au moment du recensement (deuxième semaine de mai 2016) plus celles qui ne travaillaient pas la semaine du recensement, mais qui avaient travaillé entre le début de 2015 et la semaine de référence du recensement;
  • à la deuxième, la proportion des emplois totaux occupés dans les 20 professions où on trouve le plus d’emplois;
  • à la troisième, la proportion des emplois totaux occupés dans les cinq professions où on trouve le plus d’emplois;
  • aux cinq suivantes, le code des cinq professions où on trouve le plus d’emplois.

Pour mieux comprendre ce tableau, voici la liste des professions dont le code y est indiqué :

  • 0621 Directrices – commerce de détail et de gros
  • 1111 Vérificatrices et comptables
  • 1241 Adjointes administratives
  • 3012 Infirmières autorisées
  • 3413 Aides-infirmières, aides-soignantes et préposées aux bénéficiaires
  • 4012 Assistantes d’enseignement et de recherche au niveau postsecondaire
  • 4032 Enseignantes aux niveaux primaire et préscolaire
  • 4214 Éducatrices et aides-éducatrices de la petite enfance
  • 4411 Gardiennes d’enfants en milieu familial
  • 4412 Aides familiales résidentes et aides de maintien à domicile
  • 5125 Traductrices, terminologues et interprètes
  • 6322 Cuisinières
  • 6421 Vendeuses – commerce de détail
  • 6513 Serveuses d’aliments et de boissons
  • 6562 Esthéticiennes, électrolystes et personnel assimilé
  • 6611 Caissières
  • 6711 Serveuses au comptoir, aides de cuisine et personnel de soutien assimilé
  • 6731 Préposées à l’entretien ménager et au nettoyage – travaux légers
  • 9446 Opératrices de machines à coudre industrielles

Voici les principaux constats qu’on peut tirer du tableau pour chacun des groupes qui y sont couverts :

Pas minorité visible : Les emplois des membres de ce groupe représentent 88,5 % des emplois occupés par des femmes; il sert de point de repère pour comparer les principales professions occupées par les membres des autres groupes.

Minorités visibles : Pour l’ensemble des femmes appartenant à une minorité visible, les 20 professions où on trouve le plus d’emplois en regroupent plus de 50 % (51,0 % par rapport à 46,3 % pour les femmes qui n’appartiennent pas aux minorités visibles) et les cinq principales professions comptent pour près du quart des emplois totaux (24,5 % par rapport à 19,1 %); les éducatrices de services de garde (4214) passent du quatrième au premier rang (avec 5,9 % des emplois par rapport à 3,8 %), et les préposées aux bénéficiaires (3413) et les préposées à l’entretien ménager (6731) entrent dans les cinq principales professions, tandis que les adjointes administratives (appelées jusqu’à récemment des secrétaires, 1241) et les infirmières autorisées (3012) en sortent.

Sud-Asiatiques (p. ex. Indiennes de l’Inde, Pakistanaises, Sri-Lankaises, etc.) : Les professions principales des Sud-Asiatiques sont un peu moins concentrées que celles de l’ensemble des femmes appartenant à une minorité visible, mais plus que celles des femmes qui n’appartiennent pas aux minorités visibles; les caissières (6611) passent du troisième au premier rang (avec 7,0 % des emplois par rapport à 3,8 %) et les serveuses au comptoir et aides-cuisinières (6711) entrent dans les cinq principales professions.

Chinoises : Le niveau de concentration des emplois occupés par les Chinoises est semblable à celui des Sud-Asiatiques (moins concentrés que ceux occupés par l’ensemble des femmes appartenant à une minorité visible, mais plus que ceux occupés par les femmes qui n’appartiennent pas aux minorités visibles); comme pour ces dernières, les caissières (6611) arrivent au premier rang (avec 6,7 % des emplois) et les serveuses d’aliments et de boissons (6513), les comptables (1111, avec 3,8 % des emplois par rapport à 1,3 % pour les femmes qui n’appartiennent pas aux minorités visibles) et les serveuses au comptoir et aides-cuisinières (6711) entrent dans les cinq principales professions. L’importance des emplois dans la restauration dans ce groupe ressort nettement.

Noires : Le niveau de concentration des emplois occupés par les Noires est le deuxième plus élevé des 14 groupes présentés dans le tableau, tant pour les 20 (60,7 %) que pour les cinq professions principales (32,0 %); seule profession à faire son entrée dans les cinq principales, les préposées aux bénéficiaires (3413) se classent loin au premier rang (12,8 % des emplois) au deuxième plus haut niveau de concentration de toutes les professions parmi les 14 les groupes. La forte présence d’emplois dans le secteur de la santé et des services sociaux ressort nettement, d’autant plus que les infirmières auxiliaires se classent au sixième rang, alors qu’elles n’arrivent qu’au 27e rang chez les femmes qui n’appartiennent pas aux minorités visibles (3,5 % des emplois par rapport à 0,8 %).

Philippines : Les Philippines connaissent le niveau de concentration des emplois le plus élevé des 14 groupes présentés dans le tableau, tant pour les 20 (68,2 %) que pour les cinq professions principales (49,0 %); les professions qui occupent les deux premiers rangs ne font pas seulement leur entrée dans les cinq professions principales, mais elles ne se classent que dans un des 13 autres groupes parmi les 20 professions principales, et encore, au vingtième rang; il s’agit des gardiennes d’enfants en milieu familial (4411, 11,5 % des emplois par rapport à 0,3 % chez les femmes qui n’appartiennent pas aux minorités visibles) et des aides familiales résidentes et aides de maintien à domicile (4412, 10,8 % par rapport à 0,6 %); cette forte concentration est due au nombre élevé de Philippines arrivées au Québec (et au Canada) dans le cadre du Programme des aides familiaux résidants (PAFR). Deux autres professions font leur entrée, soit les préposées à l’entretien ménager (6731, 8,4 % par rapport à 1,9 %) et les préposées aux bénéficiaires (3413, 7,5 % par rapport à 2,4 %). Le quintette des cinq principales professions est complété par les infirmières autorisées (3012). Comme ces trois dernières professions sont liées aux soins des personnes et à l’entretien des logements, il n’est pas exclu qu’une proportion importante des femmes qui les occupent aient aussi fait leur entrée au Canada dans le cadre du PAFR. Que ce soit le cas ou pas, il est indéniable que ce programme influence grandement les professions occupées par ces femmes.

Latino-Américaines : Les 20 professions principales des Latino-Américaines sont un peu moins concentrées que celles de l’ensemble des femmes appartenant à une minorité visible, mais les cinq principales le sont plus; les préposées à l’entretien ménager (6731) font leur entrée et se classent au premier rang (7,3 % par rapport à 1,9 % chez les femmes qui n’appartiennent pas aux minorités visibles); les préposées aux bénéficiaires (3413) font aussi leur entrée, mais au quatrième rang.

Arabes : Les professions principales des Arabes sont un peu plus concentrées que celles de l’ensemble des femmes, qu’elles appartiennent ou pas à une minorité visible; les éducatrices de services de garde (4214) passent du quatrième au premier rang (avec 14,9 % des emplois, soit la concentration la plus élevée pour une profession dans les 14 groupes du tableau, par rapport à 3,8 %), et les enseignantes aux niveaux primaire et préscolaire (4032) font leur entrée au cinqième rang.

On notera que deux des cinq professions principales, dont celle occupée par plus d’une femme arabe au travail sur sept, étaient directement visées par l’interdiction de porter un signe religieux ostentatoire de la Charte des valeurs québécoises que le gouvernement du PQ entendait adopter en 2014, et font encore partie des professions dites d’autorité dont les nouveaux membres ne pourraient pas porter ce type de signe à l’avenir, laissant toutefois le droit de le porter aux employé.es en poste au moment de l’adoption de la loi que le PQ compte adopter s’il reprend le pouvoir en octobre. Quand on sait (comme je l’ai montré dans ce billet) que ces femmes, plus scolarisées que les femmes nées au Canada, ont un taux d’emploi beaucoup plus faible et un taux de chômage beaucoup plus élevé que ces dernières, et que celles qui travaillent doivent accepter des emplois beaucoup moins qualifiés (et payants) que ceux que leur scolarisation devrait leur permettre d’occuper, on voit encore plus l’odieux de vouloir leur enlever la possibilité de travailler dans les principales professions qu’elles occupent actuellement.

Asiatiques du Sud-Est (p. ex. Vietnamiennes, Cambodgiennes, Laotiennes, Thaïlandaises, etc.) : Les professions principales des Asiatiques du Sud-Est sont un peu moins concentrées que celles de l’ensemble des femmes appartenant à une minorité visible, mais plus que celles des femmes qui n’appartiennent pas aux minorités visibles; les esthéticiennes font leur entrée au premier rang (6562, avec 4,7 % des emplois par rapport à 0,7 %), accompagnées des opératrices de machines à coudre industrielles (9446 avec 4,3 % des emplois par rapport à 0,2 %), des serveuses au comptoir et aides-cuisinières (6711) et des serveuses d’aliments et de boissons (6513).

Asiatiques occidentales (p. ex. Iraniennes, Afghanes, etc.) : Les 20 professions principales des Asiatiques occidentales sont un peu moins concentrées que celles de l’ensemble des femmes appartenant à une minorité visible, mais les cinq principales le sont plus; les serveuses au comptoir et aides-cuisinières (6711), les assistantes d’enseignement et de recherche au niveau postsecondaire (4012, avec 3,1 % des emplois par rapport à 0,4 %) et les cuisinières (6322) font leur entrée. Les professions les plus importantes dans ce groupe sont nettement concentrées dans la vente et les services (professions dont le premier chiffre du code est un 6). La présence des assistantes d’enseignement et de recherche (absentes du tableau pour les 13 autres groupes), normalement des étudiantes, étonne!

Coréennes : Les 20 et cinq professions principales occupées par les Coréennes ont un niveau de concentration semblable à celles de l’ensemble des femmes appartenant à une minorité visible. Les cinq professions principales sont liées à la vente et services, les deux premières au commerce de détail et les trois suivantes à la restauration. Parmi ces professions, on trouve au deuxième rang les directrices – commerce de détail et de gros (avec 5,4 % des emplois par rapport à 1,8 % chez les femmes qui n’appartiennent pas aux minorités visibles), la seule présence de cette profession dans le tableau.

Japonaises : Il s’agit du plus petit groupe du tableau, avec 1280 emplois ou 0,06 % du total. Il n’est donc pas étonnant que leurs principales professions regroupent des proportions plus élevées de l’emploi total que la moyenne. Les serveuses d’aliments et de boissons (6513) occupent le premier rang (avec 7,0 % des emplois par rapport à 2,2 % chez les femmes qui n’appartiennent pas aux minorités visibles). On trouve aussi parmi les cinq principales professions la seule apparition dans le tableau des traductrices, terminologues et interprètes (5125, avec 5,5 % des emplois par rapport à 0,3 %).

Il y a peu de choses qui ressortent des autres minorités visibles et des personnes appartenant à des minorités visibles multiples, d’autant plus qu’il est impossible dans ce cas d’attribuer les résultats du tableau à une origine spécifique.

Concentration des hommes dans les professions chez les minorités visibles

Le tableau qui suit a la même configuration que le précédent et présente les mêmes données, mais pour les hommes. Comme précédemment, je l’ai fait suivre par la liste des professions dont le code y est indiqué.

  • 0621 Directeurs – commerce de détail et de gros
  • 1521 Expéditeurs et réceptionnaires
  • 2171 Analystes et consultants en informatique
  • 2174 Programmeurs et développeurs en médias interactifs
  • 4011 Professeurs et chargés de cours au niveau universitaire
  • 4012 Assistants d’enseignement et de recherche au niveau postsecondaire
  • 6321 Chefs
  • 6322 Cuisiniers
  • 6421 Vendeurs – commerce de détail
  • 6513 Serveurs d’aliments et de boissons
  • 6541 Agents de sécurité et personnel assimilé des services de sécurité
  • 6552 Autres préposés aux services d’information et aux services à la clientèle
  • 6622 Garnisseurs de tablettes, commis et préposés aux commandes dans les magasins
  • 6711 Serveurs au comptoir, aides de cuisine et personnel de soutien assimilé
  • 6731 Préposés à l’entretien ménager et au nettoyage – travaux légers
  • 6733 Concierges et surintendants d’immeubles
  • 7271 Charpentiers-menuisiers
  • 7452 Manutentionnaires
  • 7511 Conducteurs de camions de transport
  • 7513 Chauffeurs de taxi, chauffeurs de limousine et chauffeurs

Pour éviter la redondance, le sens des tableaux étant maintenant clair (j’espère!), je serai cette fois plus succinct, ne mentionnant que les éléments les plus spécifiques à chacun de ces groupes.

  • Pas minorité visible : Les emplois des membres de ce groupe représentent 88,4 % des emplois occupés par des hommes. Le niveau de concentration des 20 et cinq professions principales est beaucoup moins élevé que pour les femmes (31,1 % et 12,1 % par rapport à 46,3 % et 19,1 %).
  • Minorités visibles : Comme pour les femmes, les emplois des hommes appartenant à une minorité visible sont plus concentrés (38,1 % et 14,1 %); toutes ces professions sont dans la vente et services, avec le premier rang aux cuisiniers (6322).
  • Sud-Asiatiques (p. ex. Indiens de l’Inde, Pakistanais, Sri-Lankais, etc.) : Seule spécificité ici, on trouve les conducteurs de camions (7511), seule apparition de cette profession dans les groupes de minorités visibles, alors qu’elle se classait au deuxième rang chez les hommes n’appartenant pas aux minorités visibles.
  • Chinois : La spécificité ici est la présence des programmeurs et développeurs en médias interactifs (2174) au quatrième rang, profession faisant aussi partie des principales professions chez les Coréens. Notons aussi que les emplois de ce groupe sont beaucoup plus concentrés que la moyenne.
  • Noirs : Ce groupe est le seul à compter parmi ses cinq professions principales les agents de sécurité (6541), et cette profession se classe même au premier rang.
  • Philippins : Les Philippins sont très présents dans les emplois d’entrepôts, avec les manutentionnaires (7452) au premier rang et les expéditeurs et réceptionnaires (1521) au deuxième.
  • Latino-Américains : Les Latino-Américains sont proportionnellement plus nombreux que la moyenne dans les emplois d’entretien, avec les préposés à l’entretien ménager et au nettoyage (6731) au premier rang et les concierges et surintendants d’immeubles (6733) au deuxième.
  • Arabes : Les professions principales des Arabes se distinguent par la présence des chauffeurs de taxi (7513) au premier rang et des analystes et consultants en informatique (2171) au cinquième.
  • Asiatiques du Sud-Est (p. ex. Vietnamiens, Cambodgiens, Laotiens, Thaïlandais, etc.) : Les trois professions qui comptent le plus d’Asiatiques du Sud-Est (cuisiniers, 6322, serveurs au comptoir, 6711, et serveurs d’aliments et de boissons, 6513) sont typiques de la restauration. Soulignons aussi la présence des analystes et consultants en informatique (2171) au cinquième rang.
  • Asiatiques occidentaux (p. ex. Iraniens, Afghans, etc.) : Aussi fortement représentés dans la restauration, les Asiatiques occidentaux se distinguent aussi par la présence dans les cinq professions principales des chauffeurs de taxi (7513) au deuxième rang et des assistants d’enseignement et de recherche au niveau postsecondaire (4012) au cinquième. Les seules présences de cette profession, occupée essentiellement par des étudiant.es, dans les deux tableaux sont chez les hommes et les femmes de cette minorité. Étrange!
  • Coréens : Fortement représentées dans le commerce de détail et la restauration, les principales professions occupées par les Coréens comprennent aussi au troisième rang les programmeurs et développeurs en médias interactifs (2174). Il s’agit de la minorité où la proportion des emplois dans les 20 et cinq professions principales est la plus élevée.
  • Japonais : C’est surtout la présence des professeurs d’université au quatrième rang (mais avec seulement 25 personnes) qui caractérise cette minorité et le fait qu’elle soit celle qui compte le moins d’emplois (880, ou 0,04 % du total).

Comme pour les femmes, il y a peu de spécificités du côté des autres minorités visibles et des personnes appartenant à des minorités visibles multiples.

Et alors…

Ce billet complète le précédent. Tout en illustrant une autre facette de la concentration des emplois plus forte chez les femmes que chez les hommes, il permet de constater que cette concentration est nettement plus forte chez les personnes appartenant à une minorité visible (à ne pas confondre avec les immigrant.es, même si une forte proportion de ces personnes provient sûrement de l’immigration), à la fois dans la proportion des emplois dans cinq ou 20 professions principales et dans les secteurs d’embauche, parfois tout à fait spécifiques à certaines minorités. Il manque toutefois un angle pour compléter vraiment ce portrait. C’est cet angle que je présenterai dans le prochain billet consacré aux données du même tableau du recensement de 2016, peut-être la semaine prochaine…

Vers des eaux inconnues

9 mai 2018

Chaque trimestre, Timothy Taylor publie un billet présentant les articles offerts gratuitement sur Internet de la revue Journal of Economic Perspectives (JEP) dont il est l’éditeur. Le numéro du printemps 2018 contient quelques textes que je compte présenter ici. Le document que je vais aborder dans ce billet fait plutôt partie des lectures recommandées par M. Taylor. Il s’agit d’un document d’une centaine de pages de la Banque mondiale paru en octobre 2017 intitulé Uncharted Waters : The New Economics of Water Scarcity and Variability dont un résumé en français est disponible sous le titre Vers des eaux inconnues – La nouvelle économie de l’eau : pénuries et variabilité. Pour ce billet je me baserai surtout sur ce résumé, mais aussi parfois sur des précisions mentionnées uniquement dans le document complet.

Introduction

Longtemps considérée comme un bien public pur (qui appartient à tous, n’est pas exclusif, car son utilisation par une personne n’empêche pas d’autres personnes de l’utiliser, et est disponible pour tous, donc non rival) et comme un exemple de bien ayant une grande valeur d’usage, mais une valeur d’échange nulle, l’eau est rendue dans de nombreux pays un bien rare. En effet, la majorité de la population de la Terre, soit 4 milliards de personnes sur les 7 milliards qui y habitent, vit dans une région qui subit au moins un stress hydrique annuel. Comme on prévoit que la demande d’eau augmentera de 30 à 50 % d’ici 2050 et comme cette augmentation proviendra en majeure partie de régions où on observe ce genre de stress, la situation risque d’empirer grandement à l’avenir.

«Depuis une vingtaine d’années, quelque 300 millions de personnes en moyenne subissent chaque année des chutes de pluie extrêmes, dont la fréquence devrait s’accroître par suite du changement climatique». Les auteur.es ajoutent que 85 % de ces 300 millions de personnes habitent dans des pays à faible ou moyen revenus. Le document précise ensuite que, s’il est possible de s’adapter à une augmentation régulière des précipitations, il est impossible de le faire quand la fréquence et l’intensité de ces précipitations sont imprévisibles, ce qui est une des conséquences du réchauffement climatique.

Si les inondations causent de grands dommages (on commence à le savoir…), «les sécheresses engendrent la misère au ralenti et ont des impacts plus profonds et plus durables». Ces sécheresses «peuvent avoir des effets sanitaires (…), accélérer la destruction des forêts et compromettre les systèmes agricoles».

Agriculture et forêt

De petits écarts de précipitations peuvent entraîner de grandes variations des rendements agricoles. Ces variations sont surtout importantes dans les régions les plus sèches et «ont des conséquences en cascade qui vont d’une baisse des rendements à l’amenuisement du couvert forestier». En effet, les agriculteurs touchés par ces variations compensent souvent leurs pertes «en accroissant les superficies qu’ils cultivent aux dépens des habitats naturels». Cela explique jusqu’à 60 % de l’accroissement des terres cultivées et de la diminution du couvert forestier. Ensuite, cette déforestation diminue la captation du carbone et entraîne une augmentation des émissions nettes de gaz à effet de serre (GES) «qui, à leur tour, exacerbent les phénomènes de pluies extrêmes».

Les systèmes d’irrigation diminuent à court terme les effets de la variabilité des précipitations, mais ils peuvent à long terme les amplifier, car ils créent «l’illusion de ressources abondantes et favorise des cultures exigeant de grandes quantités d’eau». Cette remarque m’a fait penser au paradoxe de la culture des amandes en Californie qui risque de vider les nappes phréatiques alors que la population manque d’eau en raison des sécheresses de plus en plus importantes.

Impacts sur toute la vie

Les privations dues à des chocs pluviométriques peuvent hypothéquer des vies entières lorsqu’elles surviennent durant la petite enfance. À l’âge adulte, les personnes ayant subi de telles privations (surtout les femmes) seront de taille plus petite, recevront une instruction plus courte et auront accès à moins de ressources. Cet effet se prolonge souvent sur la génération suivante. Cela montre l’importance de prévoir des programmes sociaux pour atténuer les effets de ces privations.

Dans les villes

En raison de la concentration de la population et des habitations et routes qu’on y trouve, les villes sont souvent très vulnérables aux inondations et encore plus à la sécheresse. Par exemple, en «Amérique latine, les pertes de revenus liées à des périodes de sécheresse sont quatre fois plus élevées que celles dues à des crises engendrées par des pluies». Ces périodes de sécheresse accroissent aussi les problèmes de santé, surtout chez les jeunes enfants. Le manque d’eau entraîne aussi des pertes d’emploi dans les secteurs formel et informel, ce dernier secteur étant particulièrement vulnérable et important dans les pays pauvres.

Des solutions?

Idéalement, il faudrait bien sûr éviter le réchauffement climatique. Mais, juste au cas où il aurait lieu (l’ironie est de moi, pas du document…), si on veut éviter une situation «la sécheresse définira les destinées», il faudrait «fondamentalement modifier la manière dont les ressources en eau sont gérées». Que l’eau soit un bien public, comme à sa source et dans les forêts, ou un bien privé, comme sur les terres agricoles et dans bien d’autres cas, elle demeure un bien essentiel à la survie de la population et à sa santé, et peut dans tous les cas être exposée à des problèmes de mauvaise gestion et de surexploitation. Comme on l’a vu dans la section sur les systèmes d’irrigation (et dans l’exemple de la Californie), «l’eau a de multiples attributs, qui sont parfois en concurrence». Son utilisation fait donc l’objet de pressions (et de lobbys, ce qui n’est pas mentionné dans le texte) sur «la meilleure manière de la réglementer, de la distribuer et de l’utiliser».

On doit donc à la fois agir sur la demande et sur l’offre. Du côté de l’offre, il faut agir aussi bien sur les infrastructures pour amener l’eau aux consommateurs que pour traiter les eaux usées (pour qu’elle soit réutilisable). Le graphique qui suit illustre bien les endroits où il faut agir, soit à la fois pour protéger les sources, pour l’acheminer efficacement et pour s’assurer de sa réutilisation.

Du côté de la demande, le rapport recommande d’adopter des mesures comme «la tarification de l’eau, la mise en place de dispositifs d’échange de droits sur l’eau et le plafonnement de la consommation totale d’eau pour réserver des ressources suffisantes pour l’environnement». Personnellement, je laisserais de côté les dispositifs d’échange de droits sur l’eau, le secteur privé ayant tendance à manipuler tout ce qui ressemble à un marché. Or, ce rapport le démontre, l’eau est une ressource trop précieuse pour risquer qu’elle fasse l’objet de spéculation. La justification des auteur.es pour cette recommandation est que ces dispositifs «permettent de vendre l’eau de manière à ce que son utilisation ait la plus grande valeur ajoutée», valeur établie monétairement. Ils et elles ajoutent sans vraiment expliquer leur raisonnement que «même si les obstacles [à son implantation] semblent importants, le moment est venu de considérer ce système, sinon de le mettre en place sans plus attendre dans tous les contextes» (ils et elles n’expliquent pas plus leur raisonnement dans le document complet, qui développe surtout sur l’ampleur des obstacles à surmonter).

Mais, même si ces recommandations étaient mises en œuvre, les auteur.es reconnaissent que cela ne permettrait pas de «protéger les populations pauvres de pluies erratiques ni [de] garantir une utilisation durable de cette ressource». Pour faire face à cette situation, les auteur.es recommandent en plus la mise en place de programmes de protection sociale et d’assurance pour soulager les populations victimes d’inondations et de sécheresses, et la réglementation des entreprises (privées ou publiques) de distribution de l’eau «pour assurer une utilisation plus durable de cette ressource, protéger ses sources et prévenir une consommation excessive et une mauvaise utilisation de ce bien public». Là, on s’entend!

Les auteur.es concluent :

«L’avenir sera marqué par la soif et l’incertitude. À présent déjà, plus de 60 % des êtres humains vivent dans des régions souffrant de stress hydrique, où les quantités d’eau disponibles ne permettront pas de répondre durablement à la demande. Si les ressources en eau ne sont pas gérées de manière plus prudente – de la source au robinet, puis de retour à la source – les crises observées à l’heure actuelle engendreront les catastrophes de demain.»

Et alors…

Ce document n’est peut-être pas le plus progressiste qui soit, mais il présente sans les sous-estimer la situation actuelle et la catastrophe à venir si on ne fait rien. Ses solutions semblent bien timides, n’insistant pas assez sur la prévention des pires conséquences du réchauffement climatique. Cela dit, compte tenu des faibles efforts entrepris pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris, il est essentiel de mettre en œuvre des plans pour faire face aux conséquences qui s’en viennent, tout en travaillant pour les éviter. Mais, même de ce côté, peut-on vraiment espérer que ces mesures soient adoptées et appliquées? On peut malheureusement en douter…