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Mettre ses culottes

7 février 2014
mettre_ses_culottes

J’aime bien la journée sans pantalon. Ça change du « Y faut mettre nos culottes » citation de Sylvie Gervais

Je viens de réaliser que je n’ai pas encore écrit de billet sur les expressions qui me tapent sur les nerfs en 2014! C’est bien beau parler de péréquation, de consommation ostentatoire (non, cela n’a rien à voir avec l’achat d’un voile…), d’inégalités et autres ascensions sociales, mais il faut parfois laisser sortir le méchant!

Cela fait longtemps que je pense à dénoncer cette expression machiste qui veut nous faire croire que c’est plus audacieux de mettre des culottes que des jupes ou des robes. Personnellement, je trouve que les gars qui s’habillent en robe sans vouloir changer de sexe sont pas mal plus courageux que ceux qui mettent des culottes. C’est tellement banal de mettre ses culottes, je dirais même que c’est tellement janvier 2014…

Et cela s’applique aussi aux femmes! Il est possible qu’il y a deux ou trois siècles, il était courageux pour elles de mettre des culottes, mais maintenant… ce sont celles qui osent parfois porter des jupes ou des robes qui se démarquent par leur audace!

Plus sérieusement, on sait tous et toutes que cette expression est en fait un relent de la domination patriarcale qui se manifeste aussi par l’expression «C’est qui qui porte les culottes icitte?» dans un couple. Cette expression a aussi un relent de domination des classes sociales, comme l’expliquait bien il y a une dizaine d’années cet extrait d’une lettre publiée par Le Devoir :

«[La culotte] était un vêtement court qui descendait jusqu’aux genoux, souvent orné d’élégantes broderies. Elle permettait aux messieurs d’avoir de belles jambes moulées dans des bas de soie, avec de fines chaussures à boucle d’or ou d’argent. Cet accoutrement était réservé aux nobles et aux bourgeois. Les hommes du peuple, les pauvres, portaient le pantalon. Pendant la Révolution française, on les appelait les sans-culotte. «Porter la culotte» signifiait donc faire partie de la classe privilégiée.»

Bref, que ce soit entre les sexes ou les classes, cette expression a un arrière-goût de domination.

À droite et à gauche

Quand j’ai pensé à ce sujet, j’avais donc en tête que cette expression était propre aux machos et à la droite. D’ailleurs, l’article qui m’a donné l’idée d’écrire là-dessus citait Bernard Drainville qui se félicitait (il aime bien faire ça…) que les gens dans la rue l’arrêtent pour lui dire «à quel point ils sont contents de voir le gouvernement «mettre ses culottes» sur la question des signes religieux ostentatoires».

Je pensais donc trouver plein d’exemples des Martineau ou Duhaime de ce monde demandant au gouvernement de mettre ses culottes pour mâter les étudiantEs lors de leur grève, ou pour remettre les syndicats à leur place, mais, dans la majorité des textes que j’ai trouvés avec leurs noms associés à cette expression, c’était les commentateurs qui disaient ça! Bon, eux aussi le disent parfois, mais aussi le solidaire Richard Desjardins qui voudrait que «le gouvernement mette ses culottes» pour «mettre fin à la « toute-puissance » de l’industrie minière sur le territoire québécois» ou ce jeune gauchiste qui disait qu’on ne peut compter sur le secteur privé ou sur le gouvernement fédéral «pour «mettre ses culottes» et prendre les mesures nécessaires pour protéger la population» contre les risques pris par les «créateurs de richesse» pour maximiser leurs profits sans se soucier des dangers qu’ils font courir à la population (comme à Lac-Mégantic)! Et que dire de ce membre du conseil d’administration de la Fondation Rivières qui espérait «que le gouvernement va mettre ses culottes et, à la fin de ces contrats, va reprendre le contrôle des contrats de minicentrales électriques privées».

Tous ces objectifs sont bel et bien bons et louables, mais, est-ce vraiment nécessaire de mettre un vêtement court qui descend jusqu’aux genoux pour faire ça? Ne s’agit-il pas plutôt de seulement faire ce pourquoi ils et elles ont été éluEs et souvent qu’ils et elles ont promis de faire?

Et alors…

mettre_ses_culottes1Je suis déçu… Moi qui voulais encore une fois pourfendre la droite pour son utilisation d’expressions archaïques qui tentent subtilement de perpétuer l’emprise dominatrice du mâle dans la société, je me retrouve avec essentiellement des exemples de gauchistes, de poètes et d’écologistes. Et on se demande après pourquoi tant de femmes ont lâché les groupes d’extrême-gauche pour fonder le mouvement féministe…

Heureusement, il y a toujours notre cher ministre de la division nationale qui m’a permis de sauver la face! On le voit d’ailleurs à droite tout fier d’avoir enfin réussi à mettre ses culottes tout seul comme un grand! Disons qu’il la porte de façon un peu trop ostentatoire, mais espérons au moins que ce n’est pas un signe de reconnaissance des adorateurs de la mise de culottes!

Et moi, malgré les dures épreuves que la rédaction de ce billet m’a fait subir, je suis fier d’avoir résisté à la tentation d’abandonner ce sujet et d’avoir persévéré dans ma poursuite de la Vérité! Bref, j’ai mis mes c… euh, je veux dire j’ai pris mon courage à deux mains et me suis servi des deux autres pour composer ce texte plein de verdeur!

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7 commentaires leave one →
  1. Mathieu Lemée permalink
    7 février 2014 21 h 31 min

    Il est intéressant de constater que durant le Moyen-Âge et la Renaissance et en certains endroits en Europe, c’était les hommes qui portaient la jupe et les collants, et la femme les pantalons ou les culottes. Mais les créateurs d’expressions ne semblent jamais tenir compte de ces exceptions historiques pour ne garder que ce qui les arrange.

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  2. 7 février 2014 22 h 15 min

    Comme quoi les signes machistes sont des constructions sociales…

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  3. Pierre Jobin permalink
    8 février 2014 10 h 00 min

    Merci. Un bon texte en ce samedi matin qui m’a fait à la fois sourire et réfléchir.

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  4. 8 février 2014 11 h 17 min

    C’était le but, mais surtout le sourire! Heureux de l’avoir atteint! 🙂

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  5. Yves permalink
    8 février 2014 17 h 25 min

    Tu es bien le premier économiste qui nous fait sourire! 🙂

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  6. 8 février 2014 17 h 59 min

    Moi, il y en a plein qui me font rire! Mais de dépit…

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