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Les infrastructures sociales

27 avril 2016

infrastructures sociales(care)Quand les gouvernements veulent implanter des mesures de relance, ils envisagent en premier lieu des investissements en infrastructures physiques (routes, ponts, rénovation d’écoles, etc.). Quand ces mêmes gouvernements adoptent des mesures d’austérité, elles se manifestent presque toujours en compressions dans les services publics. Dans leur étude Investir dans l’économie des soins – Une analyse par sexe d’une stimulation de l’emploi dans sept pays de l’OCDE produite pour le UK Women’s Budget Group, les quatre auteur.e.s (Jerome De Henau, Susan Himmelweit, Zofia Łapniewska et Diane Perrons) se demandent pourquoi les plans de relance gouvernementaux n’incluent pas au moins autant de mesures d’investissements dans les infrastructures sociales que dans les infrastructures physiques. Ce que les auteur.e.s appellent des investissements dans les infrastructures sociales sont ceux en éducation, en santé et en services sociaux (aussi bien pour les enfants par des services de garde que pour les personnes âgées par des soins à domicile).

L’argumentation

Rarement les pays pensent à effectuer des analyses différenciées selon les sexes (ADS) pour évaluer les impacts spécifiques aux hommes et aux femmes de leurs plans de relance ou de leurs politiques d’austérité. Pourtant, les investissements en infrastructures physiques avantagent beaucoup plus l’emploi masculin (ce qui peut se justifier lorsque qu’une récession a davantage touché ce type d’emplois) tandis que les mesures de compressions dans les services publics désavantagent bien plus l’emploi féminin et les services utilisés par les femmes, et leur fait subir le gros du travail domestique supplémentaire que les ménages doivent effectuer pour compenser ces compressions (soins aux enfants, aux malades, aux personnes âgées, etc.). En plus, les supposés avantages des mesures de compressions des dépenses ont été fortement exagérés au lendemain de la récession de 2008-2009, tellement que des organismes qui les conseillaient depuis des décennies, comme le Fonds monétaire international (FMI), ont depuis changé leur fusil d’épaule et encouragent plutôt l’investissement gouvernemental en période de faible croissance.

Dans ces périodes, les effets directs (les dépenses d’investissement et les emplois créés), indirects (la hausse des commandes aux fournisseurs et les emplois que cela génère) et induits (l’augmentation des dépenses des ménages qui ont eu un emploi grâce aux effets directs et indirects) des investissements gouvernementaux surpassent nettement leurs coûts. Ils entraînent aussi des économies aux programmes sociaux (aide sociale, assurance-chômage, etc.) et une hausse des taxes et impôts versés par les ménages et par les personnes qui n’auraient pas eu d’emploi sans ces investissements. On oublie aussi souvent de tenir compte des avantages dus aux investissements eux-mêmes, par exemple de meilleures routes, des écoles plus saines et une baisse des émissions de gaz à effets de serre dans le cas d’investissements en rénovation, dans les transports en commun ou en énergies renouvelables dans le cas d’investissements en infrastructures physiques, et une population plus instruite, en meilleure santé et libérée de tâches domestiques dans le cas d’investissements sociaux, ce qui favorise notamment une plus grande participation au marché du travail des femmes, comme les effets de la mise sur pied des services de garde à contribution réduite au Québec le montre bien.

Dans la plupart des pays, on considère plus positivement la dette provenant d’investissements en infrastructures physiques, qui permettent une augmentation des actifs, que celle qui permet des investissements en infrastructures sociales, qu’on assimile trop souvent à des «dépenses d’épicerie». Par exemple, le gouvernement du Québec distingue «La dette représentant les déficits cumulés» (qu’on appelle aussi la «mauvaise dette», soit «celle qui ne correspond à aucun actif financier ou non financier») de celle qui permet une hausse des actifs (voir par exemple la page E.12 du budget 2016-2017 du Québec). Voici ce que disent les auteur.e.s de cette distinction entre bonne et mauvaise dette :

«La distinction entre ces deux types de dépenses [investissements en capital et dépenses courantes] est expliquée dans le Système de comptabilité nationale des Nations Unies. Les dépenses d’investissement représentent le stock de capital, tandis que les dépenses de fonctionnement sont considérées comme des dépenses publiques annuelles courantes, qui font partie du PIB. Cette distinction met en évidence une discrimination liée au genre dans la pensée économique et la comptabilité. En effet, l’investissement dans l’infrastructure physique telle que la construction de ponts, d’écoles, d’hôpitaux ou de crèches serait autorisé et engloberait en même temps le salaire des ouvriers, alors que le financement du fonctionnement des écoles, des hôpitaux et des crèches, comprenant le salaire des enseignant(e)s, des infirmiers/ères et des employé(e)s de la petite enfance, ne serait pas autorisé. La classification du Système de comptabilité nationale ne reconnaît pas la contribution productive à long terme de l’infrastructure sociale qu’offre l’emploi dans les secteurs de l’enseignement et des soins, en créant et en maintenant le stock de «capital humain.»

Je critique habituellement l’utilisation de l’expression «capital humain», mais, dans cette comparaison entre l’investissement en capital physique et en éducation, en santé et en services sociaux, je la trouve tout d’un coup plus acceptable! Les auteur.e.s poursuivent en précisant que les investissements dans les infrastructures sociales ne sont pas vraiment des dépenses courantes, puisque leurs effets se feront sentir pendant de très nombreuses années. C’est d’ailleurs pourquoi leur étude utilise le concept d’investissements dans les infrastructures sociales plutôt que de parler de dépenses sociales. Même si les acteurs gouvernementaux parlent de plus en plus d’investissements en éducation et en santé, reconnaissant que ces dépenses améliorent la capacité productive d’une économie, aucun n’a fait modifier les normes comptables pour concrétiser ce concept. C’est d’ailleurs une des raisons qui expliquent que les politiciens (bien plus que les politiciennes) soient atteints du syndrome de la pépine

Les auteur.e.s avancent que cette distinction est carrément sexiste. Même la comptabilité nationale est conçue pour donner plus de valeur aux travaux effectués majoritairement pas des hommes (infrastructures physiques) qu’à ceux effectués majoritairement pas des femmes (infrastructures sociales), considérant que de fournir rapidement un emploi aux pourvoyeurs «naturels» après une récession est une urgence, même si de plus en plus de femmes sont aussi des pourvoyeuses. Pourtant, bien des gouvernements se prononcent pour la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes, mais échouent à mettre ces principes en application dans leurs mesures de relance, par exemple en s’assurant que ces mesures bénéficient au moins autant aux femmes qu’aux hommes.

Effets des investissements en infrastructures physiques et sociales

Par la suite, les auteur.e.s simulent un investissement équivalant à 2 % du PIB dans des infrastructures physiques et sociales dans sept pays de l’OCDE et examine ses effets directs, indirects et induits sur l’emploi masculin et féminin. Je ne présenterai pas cette section en détail, car ce serait long et fastidieux, mais me contenterai de résumer ses résultats. Les effets de tels investissements varient aussi selon les pays en fonction des salaires payés et des structures de leurs industries et de leur marché du travail. Selon les pays, un investissement de cet ampleur dans les infrastructures physiques fait augmenter le taux d’emploi des hommes d’entre 2,5 et 5,3 points de pourcentage et celui des femmes d’entre 0,7 et 2,5 points; le même investissement dans les infrastructures sociales fait augmenter le taux d’emploi des hommes d’entre 1,4 et 4,0 points de pourcentage et celui des femmes d’entre 3,3 et 8,2 points. Ces calculs montrent non seulement que les investissements en infrastructures sociales créent en moyenne presque deux fois plus d’emplois que les investissements en infrastructures physiques (parce que l’intensité en main-d’œuvre y est beaucoup plus importante), mais qu’ils permettent aussi de réduire les écarts de taux d’emploi entre les hommes et les femmes et, du même coup, les inégalités.

Cela dit, les auteur.e.s ne recommandent pas de ne prévoir que des investissements dans les infrastructures sociales dans les plans de relance, mais favorisent plutôt des plans de relance avec des investissements dans les deux types d’infrastructures de façon à mieux équilibrer leurs avantages, à la fois sur le plan de l’égalité des sexes et sur celui des effets positifs qu’une société retire de meilleures infrastructures physiques et de meilleurs services publics.

Et alors…

Cela a peut-être paru, mais la première partie de cette étude m’a beaucoup plus intéressé que la deuxième. La deuxième n’est pas inutile, il fallait la faire, mais il y a tant d’hypothèses et d’incertitudes dans ce type de calculs (les auteur.e.s en conviennent honnêtement) que tout ce qu’on peut en retenir est que, comme les activités de soins sont plus intensives en main-d’œuvre que les activités de construction, un investissement en soins crée plus d’emplois. De même, comme les emplois sont majoritairement féminins dans les soins et majoritairement masculins dans la construction, les investissements dans chacun de ces secteurs avantagera les femmes ou les hommes. Disons que cette conclusion ne me fait pas tomber en bas de ma chaise.

Par contre, l’argumentation de la première partie est beaucoup plus riche. L’aspect sexiste de la comptabilité nationale et surtout les notions de bonnes et mauvaises dettes en prennent pour leur rhume, et c’est entièrement mérité! C’était la première fois que je lisais cette argumentation aussi bien menée. Moi qui suis souvent allergique aux nombreuses extensions de sens du concept d’investissement (à force de l’appliquer à toutes les dépenses gouvernementales, des dépenses en environnement à celles en prévention, dans les arts ou dans presque tout autre domaine, ce concept en perd toute spécificité), je n’ai absolument pas été choqué par cette extension telle qu’utilisée dans cette étude. Bref, il s’agit d’une étude originale, intéressante et révélatrice!

Mauvaise langue

25 avril 2016

Mauvaise langueLes avis que j’ai lus sur le livre Mauvaise langue de Marc Cassivi, journaliste-chroniqueur à La Presse, sont catégoriques : on aime ou on déteste! Ce livre ne comptant qu’une centaine de pages, cela ne demandait pas beaucoup d’effort d’aller voir dans quel camp je me situerais!

Introduction : L’auteur raconte sa relation avec le franglais, «langue» qu’il parle avec ses deux frères et sa sœur, ainsi qu’avec quelques amis. Il explique que c’est à travers son expérience dans l’Ouest de l’Île de Montréal où il a vécu son enfance qu’il a développé cette manie (destinée davantage à se distinguer de la langue parlée par ses parents, tous deux francophones, qu’à adopter l’anglais) et qu’il compte répliquer aux «chevaliers de l’apocalypse linguistique» qui voient dans l’utilisation du franglais une menace pour la survie du français au Québec.

I. Les amours platoniques : L’auteur relate ses premiers apprentissages de l’anglais, d’abord en Gaspésie, puis à Westmount et dans d’autres villes de l’ouest de l’Île de Montréal.

II. Espèce menacée : L’auteur poursuit sur la même veine et mentionne notamment que, à l’époque (vers 1980), même les francophones parlaient anglais entre eux dans les écoles françaises de l’ouest de l’Île de Montréal. Il montre à l’aide de diverses données que la situation a bien changé de nos jours, la proportion de bilingues anglophones ayant par exemple fortement augmenté ainsi que celle d’allophones qui parlent français à la maison.

III. L’anglais du corridor : Vers 1990, à son entrée au cégep, l’auteur s’intéresse davantage aux films et à la musique francophones, et s’éveille graduellement à la politique et aux dangers de l’assimilation. Et, pour lui, la meilleure protection contre l’assimilation demeure l’indépendance du Québec (même s’il continue à parler franglais!).

IV. Lingua franca : Il y a eu de nombreuses tentatives de créer une langue commune à toute l’humanité, la plus connue étant la création de l’esperanto. Mais, malgré son succès d’estime, cette langue inventée n’a jamais connu de véritable essor. Qu’on l’aime ou pas, la langue anglaise est de loin la langue la plus répandue sur Terre. Refuser de l’apprendre par principe ne peut que nuire à la communication entre les peuples. Cela dit, apprendre cette langue n’empêche nullement de promouvoir la préséance du français au Québec.

V. Nous autres : Dans ce chapitre, Marc Cassivi relate entre autres la déception qu’il a ressentie lors de la défaite du référendum de 1995 et le choc qu’il a subi face à la déclaration de Jacques Parizeau le soir de cette défaite (déception et choc que j’ai aussi ressentis). Comment un grand homme comme lui a-t-il pu tout d’un coup repousser nos compatriotes de descendance différente de celle des Québécois d’origine canadienne-française? Il a ainsi fait reculer l’espoir d’un pays, recul qui fut accentué par la suite par le PQ avec sa charte des supposées valeurs québécoises. Tout cela a cautionné les manifestations malheureusement de plus en plus nombreuses de rejets envers ceux et celles qui n’ont pas exactement notre culture.

VI. Complexe : Marc Cassivi aborde ici ses expériences en France, notamment l’utilisation tout aussi répandue qu’ici de termes anglais (quoique différemment). Il analyse par la suite le complexe de beaucoup de Québécois qui sont gênés de leur manque de vocabulaire et de leur accent quand ils vont en France.

VII. Langue de création : L’auteur revient sur les critiques sur l’utilisation du franglais dans des chansons et des films québécois. Il mentionne notamment que, pour les jeunes comme Xavier Dolan (dont certains ont critiqué le fait qu’il ait livré un discours à Cannes en partie en anglais), l’anglais n’est pas la langue de l’oppresseur, mais celle qui permet de se faire comprendre un peu partout sur cette Terre. Et, cela ne les empêche pas de tenir au français et, comme Dolan, de réaliser ses films au Québec dans sa langue.

VIII. Louisianisation : Sa mère provenant de l’Acadie et ayant lui-même voyagé en Louisiane dans le cadre d’un reportage sur la présence (ou la presque disparition) du français dans cet État, l’auteur s’insurge contre l’utilisation de certaines expressions, comme la louisianisation, pour qualifier la situation dans les quartiers multiethniques de Montréal.

Conclusion : L’auteur cite d’entrée de jeu des études montrant que loin de nuire à l’apprentissage de la langue maternelle, le bilinguisme «confère des avantages cognitifs chez l’enfant, qu’il peut s’apprendre avec un haut degré de compétence tout au long de la vie et qu’il offre un effet neuroprotecteur jusqu’en fin de vie». Il dénonce ensuite «les esprits chagrins qui refusent d’admettre que l’apprentissage de l’anglais est une richesse plutôt qu’un asservissement. Ceux-là se gardent bien de faire les distinctions d’usage entre langue parlée et langue écrite, langue de création et langue officielle, langue privée et langue publique commune, bilinguisme individuel et bilinguisme collectif». Il termine sa conclusion en réitérant son appui à la Charte de la langue française, essentielle pour protéger le français au Québec.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Contrairement au clivage dont j’ai parlé en amorce de ce billet, je n’ai ni aimé ni détesté ce livre. Je le trouvais seulement inintéressant au début, avec ses anecdotes et ses exagérations sur l’importance relative de ceux qu’il appelle les «chevaliers de l’apocalypse linguistique». Heureusement, j’ai nettement préféré la deuxième partie de ce livre, plus analytique et pondérée. Au bout du compte, même si j’appuie globalement la thèse de l’auteur, je ne trouve pas qu’il l’a défendue avec la rigueur que j’espérais. Ce livre est entre autres farci de sophismes de l’épouvantail, par lesquels il exagère la position de ses adversaires pour mieux la contredire, position qui est pourtant déjà assez peu justifiée qu’on n’a pas besoin d’en remettre pour s’y attaquer.

Bref, même si ce livre ne prend pas beaucoup de temps à lire, on peut très bien passer son tour…

 

Les chômeurs et les postes vacants

23 avril 2016

chômage et postes vacantsLa plupart des médias que je consulte ont couvert l’allocution que Philippe Couillard a prononcée le 15 avril dernier devant les membres de la Chambre de commerce de Lévis. Par contre, seul Le Devoir a mentionné cette citation :

«Dans mes déplacements, je rencontre beaucoup plus souvent des petits entrepreneurs qui me disent qu’ils manquent d’employés qualifiés, de travailleurs qualifiés, que des personnes qui ne sont pas capables de trouver de job»

Les autres médias ont plutôt mis l’accent sur son appui à un complexe aquatique ou à l’idée d’un tunnel entre Québec et Lévis. C’est à croire que les journalistes des différents médias n’ont pas assisté au même événement! En tout cas, cela montre qu’on doit consulter plusieurs sources (dont Le Devoir!) pour être informé adéquatement.

Emploi, postes vacants et chômage

– données globales

Intrigué (en fait, pas vraiment…) par le fait que notre premier ministre rencontre plus souvent des petits entrepreneurs qui manquent d’employés que de chômeurs (qui, par définition, sont des personnes «qui ne sont pas capables de trouver de job»), je me suis dit que, statistiquement, il devrait y avoir bien plus de petits employeurs qui manquent d’employés qualifiés qu’il n’y a de chômeurs… À mon habitude, j’ai cherché des données fiables qui pourraient expliquer la composition de ses rencontres. Pour cela, j’ai dû jumeler des données de l’Enquête sur la population active (EPA) et de la nouvelle Enquête sur les postes vacants et les salaires (EPVS). Comme cette enquête est récente, les données que j’ai utilisées couvrent uniquement la période de janvier à septembre 2015. Ce n’est pas l’idéal, mais cela permettra au moins d’avoir une idée de l’ordre de grandeur des univers que je comparerai.

Le tableau qui suit résume les données que cet exercice m’a permis de trouver. Il contient, pour le Canada, le Québec et la région Chaudière-Appalaches (dont Lévis fait partie) :

  • le nombre de salariés (selon l’EPVS, données un peu différentes de celles de l’EPA, car «Les estimations de l’emploi de l’EPVS sont calibrées de manière à ce qu’elles concordent avec les estimations de l’emploi provenant de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH)»);
  • le nombre de postes vacants selon l’EPVS;
  • le taux de postes vacants selon l’EPVS (nombre de postes vacants/nombre d’employés salariés);
  • le nombre de chômeurs selon l’EPA;
  • le nombre de chômeurs par poste vacant;
  • le taux de chômage selon l’EPA.

chômage et postes vacants1

Assez étrangement (en fait, pas du tout), ce tableau montre que :

  • le taux de postes vacants (troisième colonne) était beaucoup plus élevé au Canada (2,7 % de l’emploi salarié) qu’au Québec (1,9 %) et même que dans la région Chaudière-Appalaches (2,2 %);
  • il y avait 5,4 fois plus de chômeurs que de postes vacants (cinquième colonne) au Québec (et je dois ajouter que les postes vacants ne sont sûrement pas tous déclarés par de petits entrepreneurs et qu’il peut y avoir plusieurs postes vacants par entreprise, ce qui signifie qu’il y a beaucoup moins de «petits entrepreneurs qui manquent d’employés» que de postes vacants…), et même 3,2 fois plus dans la région Chaudière-Appalaches, tout comme au Canada, même si cette région fut celle qui avait en moyenne le deuxième taux de chômage le plus faible de toutes les régions économiques du Québec au cours de ces neuf mois (après la région de la Capitale nationale).

Alors, s’il y a beaucoup moins de petits entrepreneurs qui manquent d’employés qu’il n’y a de chômeurs, comment se fait-il que notre premier ministre en rencontre plus qu’il ne rencontre de chômeurs? Cette énigme est pour moi insoluble…

– données par domaine de compétence

J’aurais bien sûr pu m’arrêter là, et c’est ce que je pensais faire quand j’ai eu l’idée de ce billet. Mais, comme c’est la première fois que je présente des données provenant de l’EPVS, je me suis dit que je pourrais les explorer un peu plus pour voir si on peut trouver les raisons de la présence de ces postes vacants.

Le tableau qui suit a été construit de la même façon que le précédent, sauf que l’emploi salarié est celui estimé par l’EPA. J’ai été obligé d’utiliser cette donnée, car les tableaux de l’EPVS ne fournissent pas cette donnée par profession. Cela ne semble pas trop modifier les résultats, car le taux global de postes vacants pour le Québec passe de 1,9 % à 1,8 %.

chômage et postes vacants2

On notera peut-être aussi que la somme des chômeurs par domaine de compétence est bien inférieure au nombre total de chômeurs (de 36 %). Cela s’explique par le fait que 36 % des chômeurs sont «inexpérimentés», c’est-à-dire qu’ils n’ont pas travaillé au cours de l’année précédant la collecte de données (dont un certain nombre, surtout les plus jeunes, n’ont jamais travaillé). Dans ces cas, l’EPA n’attribue pas de profession ou d’industrie à ces chômeurs. Cela dit, un poste vacant peut aussi bien être pourvu par un chômeur expérimenté qu’inexpérimenté, par une personne occupant un autre emploi ou même par une personne «inactive» (par exemple une personne qui termine ses études).

Ce que ce tableau nous permet de constater, c’est que le taux de postes vacants le plus élevé se retrouve dans les professions des Ressources naturelles, agriculture et production connexe. Les données plus détaillées du tableau cansim 285-0003 nous indiquent que le nombre de postes vacants dans ce domaine est le plus élevé au printemps (deuxième trimestre) et que plus de 60 % de ces postes (75 % au deuxième trimestre) se retrouvent dans seulement deux professions, soit les ouvriers agricoles et les manœuvres en aménagement paysager et en entretien des terrains. Sans vouloir déprécier le travail des membres de ces professions, on peut se demander si ces professions correspondent bien à ce que M.Couillard appelle des travailleurs qualifiés… Et cela ne tient pas compte des près de 10 000 travailleurs étrangers agricoles qui viennent au Québec occuper des emplois d’ouvriers agricoles et surtout de manœuvres à la récolte.

Après les emplois des Ressources naturelles, agriculture et production connexe, c’est dans les domaines des Arts, culture, sports et loisirs et de la Fabrication et des services d’utilité publique qu’on trouve les taux de postes vacants les plus élevés. Dans le premier, près de la moitié des postes vacants sont des emplois d’animateurs et responsables de programmes de sports, de loisirs et de conditionnement physique (!) et dans le deuxième, environ 40 % sont des postes de manœuvres du secteur manufacturier. Encore là, il est difficile d’associer ce type d’emploi à des travailleurs qualifiés.

On notera aussi que les deux domaines de compétences où on retrouve le plus de postes vacants sont dans la Vente et services (31 % des postes) et dans les Métiers, transport, machinerie et domaines apparentés (13 %). Dans la Vente et services, 60 % des postes vacants se retrouvent dans sept professions peu ou pas spécialisées. Il s’agit dans l’ordre de : vendeurs dans le commerce de détail, serveurs au comptoir et aides-cuisiniers, agents de centres d’appel (et autres préposés aux renseignements), caissières, serveurs d’aliments et boissons, garnisseurs de tablettes et préposés à l’entretien ménager. Il y avait aussi un bon nombre de représentants aux ventes et de cuisiniers, postes déjà un peu plus spécialisés. Dans l’autre domaine, les postes vacants se répartissent dans de nombreux métiers spécialisés, sans concentration notable, si ce n’est chez les camionneurs (17 % des postes). Dans ce cas, la description de M. Couillard aurait plus de pertinence.

On voit donc qu’une très forte proportion des postes vacants s’observent dans des professions peu spécialisées, où on peut soupçonner que c’est beaucoup plus les conditions de travail et les salaires peu attirants qui expliquent les difficultés de recrutement des employeurs que le manque de compétences. Peut-être qu’une hausse du salaire minimum aiderait-elle les employeurs qui subissent ces difficultés de recrutement! Cela dit, il y a aussi une proportion relativement élevée de postes vacants dans des professions plus spécialisées, comme en informatique et en santé. Dans ce dernier domaine de compétences, plus de 40 % des postes vacants se retrouvaient chez les infirmières, mais plus de 20 % chez les préposés aux bénéficiaires! Encore là, on peut voir que les difficultés de recrutement sont loin d’être toujours liées à des manques de compétences…

Avec tout cela, je n’ai pas pu commenter les taux de chômage et le ratio des chômeurs par poste vacant selon les domaines de compétence, mais cela n’ajouterait rien aux constats de cette analyse!

Et alors…

Ce petit tour d’horizon des postes vacants et du chômage nous montre de façon limpide que notre premier ministre est très sélectif dans ses rencontres! Même s’il y a cinq fois plus de chômeurs que de postes vacants, et probablement au moins 10 ou 20 fois plus de chômeurs que de petits entrepreneurs qui manquent d’employés qualifiés, il rencontre plus souvent ces derniers! En plus, ceux qu’il rencontre déplorent le «manque d’employés qualifiés» et non pas le manque d’employés non qualifiés, alors qu’une très forte proportion des postes vacants s’observent de leur côté.

On doit donc en conclure que notre premier ministre est plus à l’aise avec les représentants des Chambres de commerce qu’avec ceux des organismes de défense des chômeurs et qu’il préfère très nettement rencontrer des petits entrepreneurs que des chômeurs!

Les femmes et la sécurité économique

20 avril 2016

femmes et sécurité économiquePour faire changement, ce billet abordera une étude portant sur les femmes… Après avoir analysé récemment des données sur les femmes âgées et sur l’impact de la religion dans les écarts de salaires entre les hommes et les femmes, je me penche cette fois sur la contribution des femmes à la sécurité économique aux États-Unis. Le titre donné par les auteures, Heather Boushey et Kavya Vaghul, à l’étude que je présente dans ce billet, Women have made the difference for family economic security (Les femmes ont fait la différence pour la sécurité économique de la famille), ne laisse place à aucun suspense sur ses conclusions!

Introduction

«[traduction] Le rôle des femmes aux États-Unis a été transformé, passant de celui d’une épouse ou de mère à celui de toutes ces choses et d’un soutien de famille»

Cette citation pourrait aussi bien s’appliquer au Québec et au Canada qu’aux États-Unis. En effet, la hausse du taux d’activité des femmes y fut au moins aussi importante. Aux États-Unis, il est passé de 38 % en 1960 à environ 47 % en 1976, puis à 60 % en 1999, avant de reculer un peu pour atteindre 57 % en 2015. Au Canada, il est passé de 46 % en 1976 à 61 % en 2015. Au Québec, la progression fut encore plus spectaculaire, le taux d’activité progressant de 41 % en 1976 à 61 % en 2015. Les auteures précisent que, sans la hausse du taux d’activité des femmes, le PIB des États-Unis aurait été moins élevé d’environ 11 % en 2012.

Face à ces constats, les auteures tentent de déterminer l’impact de la hausse des revenus de travail des femmes sur les revenus des familles à faible revenu (le tiers le plus pauvre), à haut revenu (qu’elles appellent bizarrement les familles de professionnels, soit le cinquième le plus riche) et de la classe moyenne (les autres).

Résultats

Le graphique qui suit résume bien les principaux résultats de l’étude. Mais, étant conçu de façon originale, il demande passablement d’explications.

femmes et sécurité économique1

Ce graphique présente les écarts entre 1979 et 2013 de quatre contributions différentes au revenu des familles à faible revenu («Low-income families»), de celles de la classe moyenne («Middle-class families») et de celles à haut revenu («Professional families») :

  • la variation de la contribution des femmes au revenu familial due à la hausse de leurs salaires (en vert très foncé);
  • la variation de la contribution des femmes au revenu familial due au fait qu’elles travaillent plus d’heures (en vert un peu moins foncé);
  • la variation de la contribution des hommes au revenu familial sans spécifier son origine (en vert un peu pâle);
  • la variation de la contribution des autres revenus au revenu familial (en vert très pâle); ces autres revenus sont ceux qui ne proviennent pas du travail, soit aussi bien les revenus de placement, de dividendes ou de gains en capital que ceux provenant de transferts (pension, sécurité sociale, etc.).

– familles à faible revenu : Dans ces familles, la contribution des femmes au revenu familial due à la hausse de leurs salaires a augmenté de 456 $ (en dollars de 2015) et celle due au fait qu’elles travaillent plus d’heures de 1473 $; par contre, cet ajout (1929 $) ne fut pas suffisant pour compenser la baisse de la contribution des hommes au revenu familial. En conséquence, le revenu réel (en tenant compte de l’inflation) de ces familles a diminué de 2,0 % entre 1979 et 2013. On notera par ailleurs qu’aucun changement n’a été observé dans les autres revenus.

– familles de la classe moyenne : Dans ces familles, la contribution des femmes au revenu familial due à la hausse de leurs salaires a augmenté beaucoup plus que dans les familles à faible revenu, soit de 4925 $ et celle due au fait qu’elles travaillent plus d’heures de 5703 $; cet ajout ainsi que la hausse des autres revenus a cette fois plus que compensé la baisse de la contribution des hommes au revenu familial (baisse se situant entre 3000 $ et 4000 $, selon le graphique). Au bout du compte, le revenu réel de ces familles a augmenté de 12,4 % entre 1979 et 2013.

– familles à haut revenu (ou de professionnels : Dans ces familles, les quatre contributions ont augmenté :

  • celle des femmes due à la hausse de leurs salaires d’un peu plus de 20 000 $;
  • celle due au fait qu’elles travaillent plus d’heures d’un peu plus de 14 000 $;
  • celle des hommes d’environ 25 000 $ (soit moins que celle des femmes qui s’approche au total de 35 000 $);
  • celle des autres revenus d’environ 5000 $.

L’ensemble de ces contributions a permis au revenu réel de ces familles d’augmenter de près de 50 % (48,8) % entre 1979 et 2013.

Conclusion des auteures

Les auteur.e.s concluent leur étude en revenant sur quelques constats :

  • les femmes ont fait croître leurs heures de travail du même pourcentage (environ 26 %) dans les trois groupes de revenus;
  • sans leur apport supplémentaire, le revenu familial des plus pauvres aurait véritablement chuté et celui de la classe moyenne aurait diminué, mettant en danger la sécurité économique de plus de la moitié de la population des États-Unis;
  • cet apport supplémentaire n’a pas suffi pour éviter l’augmentation des inégalités de revenus;
  • cet apport montre aussi l’importance des politiques de soutien à la famille : «Ces politiques, dont celles favorisant la flexibilité du travail, les congés familiaux et médicaux payés, et les services de garde, doivent être conçus de manière à ce que leurs effets distributifs aident toutes les familles de façon équitable afin de renforcer véritablement notre économie».

Autre étude

Alors que j’avais terminé le premier jet de ce billet, les auteur.e.s ont publié une autre étude sur ce sujet. On y apprend que :

  • les femmes afro-américaines et latino travaillent en moyenne plus d’heures que les Blanches;
  • même si les revenus ont connu une croissance similaire dans ces trois groupes, le revenu familial des familles afro-américaines est beaucoup plus faible en moyenne que celui des autres familles;
  • l’ajout d’heures de travail des Blanches des familles «professionnelles» a davantage contribué à la hausse de revenus de ces familles que l’ajout d’heures des femmes afro-américaines et latino.

Bref, cette nouvelle étude n’est pas inintéressante, mais ajoute peu à la première.

Et alors…

Je trouve toujours troublant que la plupart des économistes qui parlent des problèmes actuels de croissance économique ne mentionnent pas que l’apport de la hausse du taux d’activité des femmes est un des facteurs les plus importants de la croissance des dernières décennies et que cet apport ne pourra pas se poursuivre au cours des prochaines années en raison du plafonnement de ce taux. On prend tellement comme acquis cet apport qu’on se permet de sabrer dans les programmes, comme celui des services de garde à contribution réduite, et dans les secteurs qui fournissent proportionnellement le plus d’emplois aux femmes, comme ceux de la santé, des services de garde et de l’éducation, et qui ont justement le plus stimulé l’augmentation de cet apport. Et, on s’étonnera ensuite de la stagnation de l’économie et de l’emploi

Pour une gauche efficace

18 avril 2016

gauche efficaceC’est avec huit ans de retard que je me suis décidé à lire le livre Pour une gauche efficace de Jean-François Lisée. Ce livre a tellement suscité de controverses qu’il fallait bien que je le lise un jour!

Introduction : L’auteur y dénonce le discours ambiant qui prétend qu’il y a trop d’État, que seul le privé peut créer la richesse. Pendant ce temps, les inégalités continuent de croître. Pourtant, dit-il, la question de la richesse est trop importante pour la laisser aux riches.

I – Gauche efficace : une définition : M. Lisée dit reprendre cette expression de François Legault, un homme qu’il qualifie de riche de gauche (!). La définition de l’auteur de la gauche efficace s’étendant sur plusieurs pages, je me contenterai d’en faire ressortir certains principes :

  • pour la gauche efficace, la création de richesse n’est pas une fin en soi, mais cette fin est plutôt la qualité de vie, dont la prospérité durable;
  • elle doit proposer des solutions qui créent les conditions de la réussite de chacun;
  • la création de richesse et sa redistribution vont de pair;
  • cette gauche doit encourager la créativité et l’innovation, ainsi que l’entrepreneuriat;
  • elle doit rejeter le tout au marché et la marchandisation des biens communs (santé, éducation, culture, etc.), mais ne pas rejeter le secteur privé tout en encourageant l’économie sociale;
  • elle doit combattre l’exclusion.

On verra que, si ces principes conviennent à la grande majorité des gens de gauche, cela sera moins évident lorsque l’auteur abordera leur mise en application…

II – Les défis du Québec : L’auteur démontre que la situation économique est bien moins mauvaise qu’on le dit et qu’elle se compare en fait avantageusement à celle de nos voisins du Canada et des États-Unis. Le Québec fait toutefois face à trois défis majeurs : le vieillissement de sa population, la hausse des prix de l’énergie (disons qu’on vit une pause de ce côté) et les changements climatiques.

III – Le mirage américain : L’auteur montre son américanophilie dans ce chapitre, tout en dénonçant avec ironie l’inadéquation de son système social de façon à éviter que le Québec soit tenté de l’imiter.

IV – Un pacte entre l’économique et le social : Je ne peux pas ici commenter tout ce pacte. Il faudrait que j’écrive un livre en réponse au sien! Je me contenterai de rétorquer à sa proposition de diminuer le taux d’imposition des entreprises (en échange de certaines améliorations aux conditions de travail des salarié.e.s). Malgré les avantages qu’accorde l’auteur aux baisses d’impôt des entreprises, on sait que celles qui ont été accordées au cours des dernières années n’ont eu aucun impact sur les investissements des entreprises, qui en ont plutôt profité pour augmenter leurs liquidités. En plus, même l’OCDE a recommandé aux pays de cesser de se concurrencer sur la base des taux d’imposition des entreprises (ce que je dis aussi depuis longtemps). Finalement, j’ai trouvé incohérent que l’auteur prétende que, de toute façon, l’impôt des entreprises est reporté aux consommateurs et aux salarié.e.s, sans réaliser qu’il venait de dire quelques pages auparavant que 50 % de ce qu’on fabrique est exporté. Donc, même s’il avait raison sur le transfert des coûts aux consommateurs (ce qui est selon moi moins automatique qu’il le prétend, car ces coûts peuvent aussi être transférés aux actionnaires), la moitié de ces consommateurs seraient étrangers.

V – Mieux harnacher notre énergie : Là, l’auteur parle de hausser les tarifs d’électricité de 60 % et de vendre 25 % d’Hydro-Québec… Il rembourserait les dépenses supplémentaires dues à la hausse des tarifs à tous les consommateurs québécois (y compris aux entreprises) par des crédits et des baisses d’impôt équivalentes et tablerait sur la baisse de notre consommation (hypothèse qui suppose que cette consommation soit élastique, ce que beaucoup de personnes contestent, dont moi) pour augmenter nos exportations. Avec l’augmentation de 60 % des tarifs, ce serait le pactole! Malheureusement pour lui, les prix à l’exportation ont diminué depuis qu’il a écrit ce livre en raison de la production de gaz de schiste aux États-Unis! Quant à la vente de 25 % d’Hydro-Québec, les gains à court terme seraient annulés par la baisse des profits remis à l’État à long terme. Notons en plus que les profits de cette vente seraient utilisés pour rembourser des emprunts sur lesquels les taux d’intérêt sont faibles (l’auteur le dit lui-même plus loin pour justifier des dépôts au Fonds des générations). L’économie en frais d’intérêts serait donc sûrement bien moins importante que la perte des rendements d’Hydro-Québec que cette vente sacrifierait éternellement. Bref, beaucoup de changements hasardeux pour pas grand-chose, sinon pour perdre. Il faut dire que je n’ai pas entendu souvent M. Lisée faire la promotion de cette «solution» récemment.

L’auteur propose ensuite de créer une taxe sur les énergies fossiles basée sur son prix historique le plus élevé. Je serais de mauvaise foi de ne pas approuver, car j’ai déjà proposé une taxe semblable, quoiqu’à un niveau plus élevé (plutôt basé sur un prix qui permet le rationnement de ces énergies) et appliquée internationalement. Finalement, il recommande la création d’Éole Québec qui nationaliserait la production d’énergie éolienne. Là aussi, j’applaudis.

VI – Faire payer les riches : mode d’emploi : Après avoir présenté un portrait des inégalités de revenu au Québec (avec quelques erreurs, mais qui ne changent rien au portrait global), M. Lisée propose d’aligner les amendes et certains tarifs aux revenus des familles. Je ne suis pas convaincu qu’il applaudirait aujourd’hui le PLQ qui a appliqué sa recommandation aux tarifs des services de garde!

Il adopte ensuite le mythe que l’impôt est plus dommageable pour l’économie que les taxes et les tarifs (en citant notamment Claude Montmarquette et Joseph Facal…). Il ne sait probablement pas qu’il ne fait ainsi que perpétuer un dogme néoclassique nullement appuyé par des études empiriques. Je l’invite à lire ce billet que j’ai écrit sur ce sujet. Il poursuit en proposant des niveaux de taxes différents selon les produits et en réduisant les avantages des dépôts dans les RÉER et les CÉLI (ce que j’appuie).

VII – Finie, la guerre contre le secteur public : Dans ce chapitre, M. Lisée se porte à la défense de notre fonction publique. Je n’ai rien à redire, sinon que cette défense serait encore plus pertinente aujourd’hui! Il poursuit en proposant diverses formules de concurrence ou d’autogestion dans le secteur public. Ces propositions sont difficiles à commenter, car il donne trop peu de précisions sur les mécanismes qui seraient adoptées. Cela semble si simple quand il le raconte, mais rien ne l’est quand on tente d’appliquer ce genre de principe.

VIII – Le vrai gisement de richesse : les Québécois : L’auteur se félicite dans ce chapitre du succès du modèle québécois dans la lutte à la pauvreté par rapport aux autres territoires nord-américains, tout en reconnaissant qu’il pourrait faire mieux. Il préconise par la suite un investissement encore plus grand dans les services de garde et dans le secteur de l’éducation, en mettant l’accent auprès des milieux défavorisés. Encore là, je ne peux qu’approuver. Mais les propositions suivantes me sourient moins, car elles sont essentiellement basées sur des incitatifs monétaires (cette section comprenant de très nombreuses propositions, il m’est impossible de toutes les commenter). Et où l’auteur a-t-il pris l’information que l’assurance-emploi peut être réduite de moitié ou même abolie pour les prestataires fréquents? Le plus que ce régime a fait (et cela n’existe plus depuis 2000) à cet égard fut de réduire graduellement le taux de remplacement du revenu de 55 % à 50 %. Ce genre d’erreurs m’irrite, surtout quand on se sert de ces exemples erronés pour appuyer ses propositions de changements.

IX – Appliquer le principe de précaution à nos finances : Ce chapitre a encore moins bien vieilli que les précédents. En effet, une forte proportion de ses propositions ont déjà été réalisées : établissement du Fonds des générations, hausse de la TVQ de deux points de pourcentage, équilibre budgétaire, etc. Il propose toutefois en plus de rétablir la taxe sur le capital pour les entreprises financières, ce que j’appuie. Il effectuerait aussi des compressions de 400 millions $ aux dépenses gouvernementales (grâce aux gains de productivité dus à ses propositions précédentes). Disons que ses propositions ressemblent beaucoup à celles appliquées par le gouvernement actuel (hausse de la TVQ, augmentation des dépôts au Fonds des générations et compressions des dépenses de l’État). Il prétend pouvoir faire passer ainsi le ratio de la dette brute (il parle même de la dette totale) sur le PIB à 13 % en 20 ans, alors qu’elle se situe actuellement à 55 % (elle était à environ 50 % quand il a écrit son livre, soit avant la récession de 2009) et que le dernier budget des libéraux vise à ce qu’elle atteigne 49,5 % en 2021 (voir la page E.10). Et cet objectif serait atteint dans un contexte où les besoins, notamment en santé, continueront d’augmenter, hausse des besoins dont l’auteur est bien conscient, car elle fait partie des trois plus importants défis qu’il a mentionnés au deuxième chapitre (sous le thème du vieillissement de la population) pour justement justifier les changements qu’il propose. Je ne vois vraiment pas comment ce scénario, même adapté à la situation actuelle, pourrait se réaliser. Et, l’auteur ne nous fournit aucune donnée précise pour pouvoir apprécier ou critiquer ses calculs.

X – Céline et Ginette : À partir d’une comparaison entre les carrières de Céline Dion (internationale) et de Ginette Reno (essentiellement locale), l’auteur en vient à prôner que l’important est de choisir ce qui nous convient le mieux. Il n’est pas nécessaire de toujours travailler plus, comme un ancien premier ministre le prétendait! L’État doit au contraire accompagner les citoyens dans leurs choix. Je ne peux qu’appuyer cette analyse. Par la suite, M. Lisée propose d’éliminer conditionnellement à l’investissement des entreprises en innovation et en formation deux des taxes sur la masse salariale qu’elles payent actuellement, soit celles pour le Fonds de santé et pour l’assurance parentale, en augmentant encore une fois la TVQ, cette fois de 8,5 points de pourcentage (ce qui porterait le total de ces taxes, TPS et TVQ, à 23,5 %). Ouf! Et il ne dit pas un mot sur l’impact de cette hausse sur l’inflation et semble minimiser ceux qu’il mentionne : déplacement des achats vers les territoires extérieurs au Québec où la taxe est moins élevée, achats au noir (il prétend que les taxes sont inévitables) et perte de pouvoir d’achat de la classe moyenne (il hausserait les crédits de solidarité pour les plus pauvres, mais les baisses d’impôts seraient sûrement insuffisantes pour compenser à la fois la hausse des tarifs d’électricité et celle des taxes à la consommation pour la classe moyenne).

XI – Égalité pour les vices : L’auteur recommande de décriminaliser et d’encadrer la vente de marijuana (bien d’accord) et la prostitution (là, c’est bien plus délicat). Mais, pour ce, le Québec devrait devenir un pays (à moins que le gouvernement fédéral agisse à ce sujet).

XII – Tous pour un ! Vers un nouveau fil social : Dans ce chapitre, les propositions de l’auteur m’ont paru moins claires. Il semble vouloir adopter le principe de «flexisécurité» implanté au Danemark, mais avec quelques aménagements. Il s’agit de faciliter les licenciements, mais en contrepartie d’améliorer et de prolonger les indemnités aux personnes licenciées qui devraient participer à des activités liées à l’emploi (formation ou autres). Il augmenterait aussi l’âge donnant le droit aux prestations de retraite de cinq ans, période que les gens pourraient prendre en congé (volontaire ou en raison de chômage) au cours de leur carrière (pour les personnes qui n’en profiteraient pas, l’âge donnant le droit aux prestations de retraite serait maintenu).

XIII – La théorie du Big Bang : L’auteur explique dans ce chapitre comment il mettrait en application ses recommandations. Certaines seraient implantées rapidement, mais d’autres feraient l’objet de consultations (encore une chance). Finalement, d’autres devraient attendre que le Québec soit un pays.

XIV – Gauche efficace: prochains épisodes : Dans ce chapitre, l’auteur présente 12 défis que le Québec et le monde entier devront relever dans les prochaines décennies (selon le livre Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie de Jared Diamond) : épuisement des ressources, de l’eau potable et de l’énergie fossile, et autres catastrophes du genre. L’auteur prétend que de nombreuses de ses propositions peuvent atténuer les impacts de ces catastrophes. Par exemple, la hausse des prix de l’énergie et sa taxe sur le carbone incitent à relocaliser la production qui a été sous-traitée dans des pays à bas salaire. Il ne mentionne toutefois pas que cette taxe rend nos entreprises moins concurrentielles (même si j’appuie cette taxe, je prétends encore qu’elle serait plus efficace si elle était implantée mondialement, mais, je sais, ce n’est pas évident). Il poursuit avec d’autres propositions pour favoriser l’efficacité énergétique, la hausse de l’utilisation du transport en commun et la limitation de l’étalement urbain. Là, j’appuie (quoique les moyens proposés me semblent bien timides)! Il termine ce chapitre en s’interrogeant sur la surconsommation et la recherche sans fin de la croissance du PIB. Par contre, je ne vois pas en quoi ses propositions atténueraient ces tendances, d’autant plus qu’elles visent entre autres à ce que le PIB par habitant du Québec se rapproche de celui de ses voisins (surtout par la hausse de la productivité, mais l’effet sur le PIB demeure le même qu’une hausse du taux d’emploi et des heures travaillées).

Conclusion : Jean-François Lisée conclut en affirmant très bien savoir que ses propositions seront critiquées par la gauche aussi bien qu’avec la droite. Il n’a pas tort! Il souhaite toutefois des critiques constructives et non seulement idéologiques. Personnellement, j’ignore comment il recevrait les miennes!

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Comme mentionné au début de ce billet, j’avais tellement entendu parler de ce livre qu’il fallait bien que je le lise un jour! Donc, cette question ne se pose pas pour moi. Par contre, il est bien certain que les huit ans entre sa parution et ma lecture créent une distorsion importante. Je sais que les prix du pétrole ont diminué et non pas augmenté comme il le croyait (et moi aussi à l’époque), et que nos voisins des États-Unis ont trouvé le moyen de produire leur électricité à prix bien moindre qu’à l’époque en raison de leur exploitation (irréfléchie) des gaz de schiste.

Et il a raison, comme tout bon gauchiste, certaines de ses propositions ne me sourient pas, surtout la vente du quart d’Hydro-Québec et la hausse spectaculaire de la TVQ. Dans ce dernier cas, c’est sa croyance dans le dogme néolibéral que les taxes nuisent moins à l’économie que les impôts qui me déçoit le plus. Il donne le Danemark en exemple, mais sait-il que ce pays a conservé le taux le plus élevé de l’impôt sur le revenu de tous les pays occidentaux (et même non occidentaux)? S’il le sait, il ne l’a pas mentionné! Sait-il que la Suède, en augmentant ses taxes et en diminuant ses impôts a connu la plus forte hausse des inégalités entre 1985 et 2011 de tous les pays de l’OCDE, sans connaître de croissance du PIB hors de l’ordinaire? Bon, il ne pouvait pas le savoir en 2008…

Cela dit, malgré l’aspect parfois brouillon de ses propositions, il en fait tellement qu’il nous force à réfléchir, à envisager d’autres moyens d’atteindre des objectifs de gauche et surtout à peaufiner nos arguments pour le contredire! Ne serait-ce que pour cela, la lecture de ce livre vaut encore la peine…

La religion et les écarts de salaires entre les hommes et les femmes

16 avril 2016

religion femmesDécidément, les études portant sur les femmes se succèdent dans mes lectures! Celle que je vais présenter dans ce billet est tout particulièrement originale et intéressante. Intitulée Religion and the Gender Wage Gap: A U.S. State-Level Study (La religion et les écarts de salaires entre les hommes et les femmes: Une étude au niveau des États des États-Unis), cette étude de Travis Wiseman et Nabamita Dutta, comme l’indique son titre, tente de déterminer si la religion joue un rôle dans les écarts de salaires entre les hommes et les femmes.

Introduction

Depuis quelques années, de plus en plus de chercheur.e.s étudient l’impact économique des «règles du jeu» imposées par les institutions sociales et culturelles, les traditions et les codes de conduite particuliers à chaque société. Dans cette étude, les auteur.e.s ont choisi l’institution religieuse comme exemple de ces règles. Leur hypothèse de départ est que la religion est un des facteurs qui déterminent le rôle des femmes dans la société, et que cet effet est commun à toutes les religions. Une citation de l’ex-président des États-Unis Jimmy Carter a bien expliqué leur hypothèse en 2009 lors d’un discours prononcé devant le Parliament of the World’s Religions (Parlement mondial des religions) :

«[traduction] Ce point de vue que le Tout-Puissant considère que les femmes sont inférieures aux hommes ne se limite pas à une religion ou à une tradition. Son influence ne se limite pas aux murs d’une église, d’une mosquée, d’une synagogue ou d’un temple. De nombreuses religions empêchent les femmes de jouer un rôle à part entière et d’être égales, créant un environnement dans lequel les violations contre les femmes sont justifiées.»

Tiens, voilà un ex-président des États-Unis qui remonte dans mon estime! Les auteur.e.s citent ensuite d’autres études prétendant que non seulement les hommes religieux peuvent tendre à considérer les femmes inférieures, mais que les femmes religieuses peuvent aussi accepter ce rôle et seraient donc susceptibles d’accepter des salaires inférieurs. Même si ces tendances ont sûrement perdu de leur ampleur de nos jours dans les pays industrialisés, comme aux États-Unis, les auteur.e.s considèrent qu’il vaut la peine de tester s’il y a un lien entre le niveau de croyances religieuses et les écarts de salaires entre les hommes et les femmes.

Méthode

Pour tester leur hypothèse, les auteur.e.s comparent le niveau de croyance religieuse dans chacun des États des États-Unis selon les résultats d’enquêtes sur le sujet avec le niveau d’inégalités des salaires de ces mêmes États. Ils ne conservent que les réponses extrêmes aux questions sur la religion, soit la proportion des populations qui considèrent que la religion est «très importante» ou «pas du tout importante», ainsi que celle des populations qui considèrent que les Saintes Écritures doivent être interprétées littéralement comme étant «la parole de Dieu» et celle des populations qui prétendent que ces textes ne sont pas la parole de Dieu (on ne tient pas compte des réponses intermédiaires). Ils testent ainsi les réponses de cinq questions portant sur ces deux thèmes.

Les auteur.e.s associent ces proportions au niveau d’écarts entre les salaires des hommes et des femmes, en les pondérant en fonction de différents facteurs qui influencent ces écarts selon les études consultées, soit la proportion :

  • de personnes âgées de 35 à 64 ans qui travaillent à temps plein et à l’année;
  • de diplômé.e.s universitaires;
  • de femmes mariées;
  • de femmes occupant des emplois dans le domaine de la santé (car les écarts salariaux entre les hommes et les femmes sont moindres dans ce secteur);
  • d’immigrant.e.s;
  • de personnes âgées de 65 ans et plus;
  • d’Hispaniques et de Noir.e.s;
  • de personnes vivant dans des milieux urbains;

et :

  • la densité de la population;
  • le PIB par personne;
  • le nombre moyen d’années des femmes sur le marché du travail;
  • la qualité des institutions, soit le résultat de l’indice de liberté économique (soit la taille du gouvernement, le poids des taxes et des impôts, et la «liberté» sur marché du travail…).

Résultats

Le graphique qui suit montre le résultat pour une des cinq questions, mais sans tenir compte des facteurs que je viens de mentionner. Notons que les graphiques liés aux quatre autres questions sont presque identiques (voir aux quatorzième et quinzième pages de l’étude). Il n’est donc pas nécessaire que je les montre tous.

religion femmes1

Le graphique de gauche montre que plus la croyance en Dieu est forte, plus élevé est l’écart des salaires entre les hommes et les femmes. Celui de droite montre l’inverse, et de façon encore plus accentuée : moins on croit en Dieu, moins ces écarts sont importants. On remarquera peut-être la position du Vermont (VT), État le moins croyant et où les écarts de salaires entre les hommes et les femmes sont parmi les plus bas. Ah oui, et c’est l’État que Bernie Sanders représente au Sénat…

Les auteur.e.s calculent ensuite l’impact de cette relation en tenant compte des facteurs mentionnés plus tôt. En moyenne, quand la proportion de la population d’un État qui croit en Dieu est plus élevée d’un point de pourcentage que celle d’un autre État, l’écart des salaires entre les hommes et les femmes sera plus élevé de 0,3 point de pourcentage.

Et alors…

Ainsi, une différence croyance de 20 points de pourcentage ferait varier l’écart des salaires entre les hommes et les femmes de six points de pourcentage (0,3 x 20 = 6) et une différence de 50 points de pourcentage le ferait varier de 15 points. Comme la moyenne de ces écarts est d’environ 20 points de pourcentage, les croyances religieuses sont loin d’être un facteur négligeable pour expliquer le maintien des écarts des salaires entre les hommes et les femmes. Quand on y pense, ce lien semble évident, mais, avant de lire cette étude, je n’aurais jamais pensé qu’il était aussi important!

Les femmes âgées

13 avril 2016

femmes âgéesStatistique Canada a publié il y a environ deux semaines une étude sur la situation des femmes âgées au Canada. À ma connaissance, aucun média francophone (et un seul anglophone) n’a cru bon d’en parler.

Ce document aborde de très nombreuses caractéristiques liées au vieillissement de la population et de ses conséquences pour les femmes :

Il me serait bien sûr impossible de commenter toutes ces caractéristiques. Je vais plutôt me concentrer sur la caractéristique qui m’a le plus étonné, soit la composition des ménages des femmes et des hommes.

Composition des ménages

Le graphique qui suit montre la répartition des hommes et des femmes selon la situation des particuliers dans les ménages.

femmes âgées1

Les zones extérieures en gris foncé indiquent les personnes qui vivent dans des logements collectifs (notamment des centres hospitaliers de soins de longue durée et d’autres ressources pour les personnes âgées). Environ 10,1 % des femmes âgées de 65 ans et plus vivaient dans de tels logements en 2011, par rapport à seulement 5,3 % des hommes de cet âge, proportion près de deux fois moins élevée. Cette différence est due en premier lieu au fait que les femmes sont beaucoup plus nombreuses dans les tranches d’âge les femmes âgées2plus avancées, comme le montre bien le tableau ci-contre. Elles sont en effet plus de deux fois plus nombreuses que les hommes parmi les personnes âgées de 90 à 94 ans, près de quatre fois plus parmi celles âgées de 95 à 99 ans et près de huit fois parmi celles âgées de 100 ans et plus.

La différence qui m’a le plus étonné est celle entre la proportion d’hommes et de femmes âgé.e.s de 65 ans et plus qui vivent en couple (barres bleu foncé dans le précédent graphique). Le tableau qui suit montre que seulement 43,8 % des femmes âgées vivaient en couple dans un ménage privé en 2011, par rapport à 72,1 % des hommes! La proportion plus élevée des hommes vivant en couple s’observe dans tous les groupes d’âge et est même plus de quatre fois plus élevée chez les personnes âgées de 85 ans et plus (46,2 % par rapport à seulement 10,4 %). Ces écarts s’expliquent surtout par le fait que les femmes vivent plus longtemps ainsi que par «la tendance selon laquelle les femmes ont à peu près deux ans de moins que leur époux ou conjoint». Les auteurs auraient aussi pu ajouter comme facteur la plus grande proportion de femmes qui vivent en logement collectif dans toutes les tranches d’âge supérieures à 70 ans, comme le montre aussi le tableau qui suit.

femmes âgées3

L’étude précise que 5,2 % des femmes en couple vivaient en 2011 avec une autre femme, tandis que 7,0 % des hommes en couple vivaient avec un autre homme. Elle ajoute que seulement 16 % des femmes et 23 % des hommes ont eu plus d’un conjoint, et que seulement 5,2 % des personnes âgées vivant en couple n’étaient pas mariées, proportions nettement moins élevées que dans les générations subséquentes.

Comme les femmes âgées de 65 ans et plus étaient moins nombreuses que les hommes à vivre en couple dans un ménage privé, elles n’étaient pas seulement proportionnellement plus nombreuses à vivre en logement collectif, mais aussi seules (barres bleu pâle dans le précédent graphique) ou avec d’autres dans un ménage privé (barres gris pâle). Elles étaient en effet environ deux fois plus nombreuses que les hommes à vivre avec d’autres (14.6 % par rapport à 6,6 %), que ce soit avec un enfant adulte, d’autres personnes apparentées ou des personnes non apparentées, ou à vivre seules (31,5 % par rapport à 16,0 %). Cette caractéristique est particulièrement importante, car, comme le mentionne l’étude, «Le fait de vivre seul, surtout à un âge très avancé, peut avoir des conséquences pour les personnes âgées, que l’on pense aux soins dispensés par les membres de la famille ou les amis, à la sécurité, aux besoins en matière de logement ou encore à la situation financière». Ailleurs dans l’étude, on précise que les personnes âgées vivant seules ont des réseaux sociaux moins étendus (donc, qu’elles sont moins susceptibles de recevoir de l’aide) et surtout que les femmes vivant hors d’une famille économique (soit celles qui vivent seules ou avec des personnes non apparentées) avaient en 2013 un taux de faible revenu six fois plus élevé que celles résidant avec un conjoint ou un autre membre de leur famille (28,2 % par rapport à 4,7 %).

Et alors…

Il est dommage que cette étude n’ait pas eu droit à une plus grande couverture des médias. Il est bien certain que jamais un article ne pourrait faire part de la grande diversité des informations qu’elle contient. De mon côté, j’ai choisi de me concentrer sur une seule de ces caractéristiques, car je l’ai trouvée la plus étonnante. Même si j’aurais dû, jamais je n’avais imaginé que la différence de la composition des ménages des femmes âgées par rapport à celle des hommes âgés était aussi considérable. Il s’agit pourtant d’une caractéristique fondamentale pour pouvoir planifier les politiques à leur intention.

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