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Les riches au Québec en 2017

21 janvier 2021

riches 2017Le ministère des Finances du Québec (MFQ) a publié le 10 décembre 2020 ses Statistiques fiscales des particuliers pour l’année 2017, soit près de deux mois plus tôt que l’an dernier pour l’année 2016 (30 janvier 2020). Mais, je ne m’en suis aperçu que la semaine dernière. Aucun média à ma connaissance n’en a parlé. Notons que cette compilation a été faite 18 mois après la date limite de remise des déclarations (fin avril 2018), comme pour les versions portant sur 2010 et les années suivantes. Et, comme l’an passé, le MFQ offre à mon grand plaisir des tableaux en format .xlsx. Je peux donc rédiger mon neuvième billet sur les riches au Québec!

Trois sources de données différentes

Si j’attends cette version avant d’analyser les données sur les déclarations de revenus, c’est que ce document est le plus complet sur la question, tant par la quantité de variables présentées que par le nombre de déclarations traitées. En effet, les données les plus hâtives sur le sujet, mises à part les statistiques préliminaires T1fondées sur près de 95 % des déclarations de revenus et des prestations des particuliers»), vraiment trop préliminaires pour effectuer une analyse qui a du sens, sont celles du tableau 11-10-0055-01 de Statistique Canada qui présente des données pour 2017 depuis déjà septembre 2019 (et celles pour 2018 depuis novembre 2020) et qui dénombrait 6 547 055 contribuables pour le Québec. Notons en plus que les données de ce tableau reposent sur un échantillon de 20 % de ces contribuables. Quelques mois plus tard, l’Agence du revenu du Canada (ARC) a publié ses statistiques finales de la T1 pour 2017, qui, elles, étaient basées sur 6 640 460 contribuables, soit quand même 93 405 ou 1,4 % de plus que le tableau précédent.

Celles que je vais présenter dans ce billet se basent sur les déclarations de 6 697 015 contribuables, soit 56 555, ou 0,8 % de plus que les données des statistiques finales fédérales et 149 960 ou 2,3 % de plus que celles du tableau 11-10-0055-01. Et, comme les règles fiscales ne sont pas les mêmes au fédéral et au provincial, les données de ces documents (dont le revenu total) ne sont pas tout à fait comparables.

Évolution du nombre de riches au Québec

Le tableau qui suit montre quelques caractéristiques des déclarations des contribuables les plus riches du Québec et la part des femmes dans ces caractéristiques.

riches 2017_1

Les trois premières colonnes de ce tableau nous apprennent que 7,0 % des contribuables du Québec ont déclaré des revenus de 100 000 $ ou plus en 2017. Cette proportion est en hausse par rapport à 2016 (6,4 %, donnée non présentée dans ce tableau, mais comprise dans le tableau correspondant du billet portant sur 2016). Cette hausse s’explique par le fait que leur nombre a augmenté de 12,2 % alors que le nombre de contribuables ayant déclaré moins de 100 000 $ n’a augmenté que de 0,66 %, soit 19 fois moins. La troisième colonne nous montre aussi que le nombre de contribuables a augmenté à peu près du même taux (entre 11,1 % et 12,4 %) dans toutes les tranches de revenus supérieures à 100 000 $. Le nombre de contribuables ayant déclaré 250 000 $ et plus a par exemple augmenté de 11,8 %, soit plus de 100 fois plus qu’en 2016 (0,11%)!

Comment expliquer ces hausses hors norme du nombre de riches et surtout de contribuables ayant déclaré 250 000 $ et plus? J’ai expliqué dans mon billet portant sur les riches au Québec en 2015 que cette année avait été atypique. En prévision de la hausse qui a porté en 2016 de 29 à 33 % le taux d’imposition maximal fédéral des contribuables déclarant 200 000 $ et plus de revenus imposables, ou de 24,2 à 27,6 % pour les contribuables du Québec en tenant compte de l’abattement du Québec remboursable de 16,5 %, un bon nombre des contribuables riches qui pouvaient le faire ont devancé en 2015 le versement de certaines sommes, surtout les dividendes (voir ce billet pour plus de précisions à ce sujet). Par exemple, la valeur des dividendes déclarés par les contribuables gagnant au moins 250 000 $ du Québec a augmenté de 29,8 % entre 2014 et 2015, mais a diminué de 6,9 % entre 2015 et 2016, pour ensuite grimper de 15,6 % entre 2016 et 2017. Ainsi, la part des revenus tirés de dividendes pour ces contribuables est passée de 16,7 % de leurs revenus totaux en 2014 à 19,3 % en 2015, puis à 15,1 % en 2016 et à 16,5 % en 2017, pratiquement de retour à leur niveau de 2014. De même, la proportion des dividendes touchés par les contribuables ayant déclaré 250 000 $ et plus est passée de 40,9 % en 2015 à 32,1 % en 2016, puis à 34,4 % en 2017. Il en est de même des gains en capital déclarés par ces contribuables, qui n’ont augmenté que de 4,6 % en 2016, mais de 46,7 % en 2017, hausse 10 fois plus élevée. Ce sera intéressant de revenir sur ces hausses l’an prochain, car elles refléteront mieux leur évolution liée aux tendances économiques et sociales.

Un autre facteur qui explique la plus forte hausse de la proportion des contribuables ayant gagné au moins 100 000 $ est le fait que ces données sont présentées en dollars courants. En effet, comme le taux d’inflation en 2017 était de 1,0 %, 100 000 $ en 2016 valaient 101 000 $ en 2017. En conséquence, comme on peut estimer qu’environ 10 000 personnes gagnaient entre 100 000 $ et 101 000 $ en 2017 (en me basant sur le fait que 235 570 contribuables avaient déclaré des revenus se situant entre 100 000 $ et 129 999 $ et que leur revenu moyen était un peu inférieur à la moyenne de 115 000 $ de cette tranche, soit de 112 606 $, montrant qu’il y a plus de contribuables qui déclarent près de 100 000 $ que près de 130 000 $), la hausse globale du nombre de personnes gagnant 100 000 $ et plus passerait en dollars constants de 12,2 % à environ 9,9 %. Il n’empêche que cette croissance de 9,9 % est environ 12 fois plus élevée que la hausse du nombre de contribuables déclarant moins de 100 000 $ en dollars de 2016 (0,82 %). Bref, ce facteur a joué un peu dans la hausse de la part des contribuables ayant déclaré au moins 100 000 $ en 2017, mais bien moins que lors d’une année «normale».

Cela dit, nos riches sont proportionnellement moins nombreux que dans le reste du Canada. En effet, en comparant les données fiscales fédérales de 2017 pour le Canada avec celles pour le Québec, on observe que la proportion de contribuables qui ont déclaré au moins 250 000 $ était de 0,78 % au Québec, mais de 1,19 % dans le reste du Canada, proportion qui est plus élevée de 53 % à celle du Québec, écart en légère hausse par rapport à 2016 (49 %). Par contre, le revenu moyen de ces super-riches s’écartait moins, avec 520 081 $ au Québec par rapport à 537 769 $ dans le reste du Canada, soit 3,4 % de plus, écart en légère hausse par rapport à 2016 (2,6 %), mais nettement plus faible que lors des années précédentes (9,8 % en 2013, par exemple). Bref, la proportion de super-riches est plus élevée dans le reste du Canada qu’au Québec, mais cet écart a légèrement diminué depuis quelques années (66 % en 2013, par exemple) et l’écart entre leurs revenus moyens déclarés tend à diminuer.

La proportion de femmes parmi les contribuables fut de 50,9 %, proportion identique à celle de 2016. En fait, leur nombre a augmenté de 1,3 % tandis que le nombre d’hommes augmentait de 1,5 %. Cette proportion était un peu plus élevée que dans la population âgée de 18 ans et plus en 2017 (50,5 %, selon le tableau 17-10-0005-01).

Revenus et impôts

Les quatrième et cinquième colonnes (intitulées «Revenus» et «Impôts»), montrent que si les 7,0 % des contribuables les plus riches, soit ceux déclarant au moins 100 000 $, payaient 40,7 % des impôts en 2017, ils avaient déclaré 28,4 % des revenus, soit quatre fois plus que leur proportion parmi les contribuables (7,0 %). Et ceux et celles qui avaient déclaré au moins 250 000 $ ont payé 15,3 % des impôts, mais ont accaparé 9,8 % des revenus, soit près de 12 fois plus que leur proportion parmi les contribuables (0,84 %). Ils ont en moyenne déclaré 529 635 $ chacun.e, soit 16 fois la somme médiane déclarée par les contribuables (celle dont la moitié des montants déclarés est plus élevée et la moitié moins élevés), soit environ 33 200 $.

Il est aussi intéressant de noter que les contribuables qui ont déclaré au moins 250 000 $ ont payé 16,4 % de leurs revenus totaux en impôt provincial, soit 67 % de plus que la moyenne des autres contribuables (9,8 %, même si 35,8 % des contribuables n’en ont pas payé du tout et qu’ils et elles ont gagné 10,3 % de tous les revenus). En fait, si on considère que les contribuables ne déclarent que la moitié de leurs gains en capital imposables, le véritable taux d’imposition des plus riches passe de 16,4 % à 14,6 %, taux moindre que celui des contribuables gagnant entre 200 000 $ à 249 999 $ (14,9 %) qui ont déclaré proportionnellement beaucoup moins de gains en capital (4,9 % de leurs revenus par rapport à 12,4 %). Ce nouveau taux (14,6 %) n’est plus que 50 % plus élevé que la moyenne du taux d’imposition moyen des autres contribuables (9,7 %) au lieu de 67 % plus élevé si on ne tient pas compte du fait que seule la moitié des gains en capital sont déclarés. Notons aussi que les gains en capital sur la vente d’une résidence principale ne sont pas imposables et n’ont pas à être déclarés, ce qui a coûté à l’État québécois environ 1,9 milliard $ en 2017 (voir au haut de cette page). Mais, comme ce gain en capital n’est pas déclaré, le document ne donne aucune information sur le revenu des contribuables qui bénéficient de cette dépense fiscale importante et n’ajoute pas ce gain en capital à leurs revenus.

Le tableau montre ensuite que les femmes n’ont déclaré que 42,0 % des revenus, même si elles représentaient 50,9 % des contribuables, et qu’elles payaient 38,9 % des impôts. En fait, le revenu moyen déclaré en 2017 par les hommes (53 640 $) était 43,0 % plus élevé que le revenu moyen déclaré par les femmes (37 513 $). Non seulement les femmes sont désavantagées sur le marché du travail par leur taux d’emploi moins élevé, leur salaire horaire plus faible et leur nombre inférieur d’heures travaillées (la différence des revenus d’emploi explique près de 75 % de l’écart de 43,0 %), mais elles ont aussi moins de revenus d’autres sources (environ 22 % de moins), même si elles reçoivent plus de transferts, notamment 66 % du crédit d’impôt pour frais de garde d’enfants, 90 % du soutien aux enfants, 80 % des prestations d’assurance parentale, 98 % des pensions alimentaires et 87 % des revenus de retraite transférés par votre conjoint.

Il est aussi intéressant de constater que notre système fiscal provincial est beaucoup moins progressif que le système fédéral, avec un taux maximal d’imposition de 25,75 %, à peine 72 % de plus que le taux actuel le plus bas de 15 % (comme en 2017), alors que la différence est bien plus grande au fédéral, les taux passant de 15 % à 33 % (en fait de 12,5 % à 27,6 % au Québec, en tenant compte de l’abattement du Québec remboursable de 16,5 %), une différence de 120 %, soit 67 % de plus que la différence au Québec. D’ailleurs, les contribuables québécois qui ont gagné 250 000 $ et plus par année ont payé 20,0 % de leurs revenus totaux en impôt fédéral, soit 138 % de plus que la moyenne des autres contribuables (8,4 %), écart plus de deux fois plus élevé que celui observé dans l’impôt provincial (67 %, je le rappelle).

Autres caractéristiques

La sixième colonne du tableau montre comment se répartit en fonction du revenu la Déduction pour frais d’exploration et de mise en valeur, qui est une déduction «relative aux ressources (notamment à l’égard d’actions accréditives ou d’autres participations) pour les frais d’exploration ou de mise en valeur engagés au Canada ou à l’étranger ou pour les frais engagés à l’égard de biens canadiens relatifs au pétrole ou au gaz» (voir la définition de la ligne 39 sur cette page). Déjà qu’il est douteux que l’État offre une déduction pour ce genre d’«investissement» (il dépense pour se faire vider son sous-sol ou même celui d’autres pays!), mais le tableau nous permet de constater que 92,6 % de cette déduction a été accordée en 2017 aux 7,0 % des contribuables qui ont déclaré un revenu d’au moins 100 000 $, et 69,9 % aux 0,84 % des contribuables ayant déclaré un revenu d’au moins 250 000 $ (soit 83 fois plus que leur proportion). Comme les femmes sont sûrement bien moins nombreuses dans les clubs des 100 000 $ et 250 000 $ et plus (le fichier ne fournit pas de données à ce sujet), on ne s’étonnera pas de constater qu’elles n’ont réclamé que 16,9 % de ces déductions, soit trois fois moins que leur proportion parmi les contribuables (50,9 %).

Les deux dernières colonnes de ce tableau montrent que les plus riches bénéficient de façon hors-norme des deux types de revenus qui sont imposés à un taux inférieur à celui appliqué aux autres types de revenus. Les contribuables ayant gagné 250 000 $ et plus par année ont en effet accaparé 56,0 % des gains en capital (67 fois plus que leur proportion parmi les contribuables), imposés à 50 % de leur valeur, et 34,4 % des dividendes, eux aussi imposés à un taux moindre (réduction dépendant du type de dividendes). Les femmes, de leur côté, n’ont déclaré que 33,8 % des gains en capital et 32,9 % des dividendes.

En plus, 68,5 % de la déduction pour gain en capital (donnée non illustrée dans le tableau) est allée aux contribuables gagnant 250 000 $ et plus. Or, cette déduction est essentiellement accordée aux exploitant.es agricoles qui vendent leur ferme (et dans quelques autres situations, voir l’explication de la ligne 54 sur cette page) et qui ne font généralement partie des plus riches qu’une seule fois dans leur vie, quand ils et elles la vendent. Ce facteur explique aussi la présence de contribuables gagnant 250 000 $ et plus qui n’ont pas payé d’impôt (498 personnes) et qui ont reçu des sommes du crédit d’impôt pour la solidarité (1479 personnes), leur gain en capital déclaré étant effacé par la déduction pour gain en capital. Ces personnes n’ont sûrement pas déclaré beaucoup d’autres revenus en 2017…

Les contribuables les plus riches bénéficient aussi de façon disproportionnée, quoiqu’à un niveau moindre, des déductions associées aux Régimes enregistrés d’épargne retraite (REER). Les 0,84 % les plus riches ont bénéficié de 9,6 % de ces déductions (11 fois plus que la moyenne). Et j’imagine que si l’État ne contribuait pas autant à leur retraite, ils vivraient sûrement celle-ci dans la misère la plus abjecte… Voilà une bonne raison pour limiter davantage le plafond des sommes qu’on peut déposer dans un REER comme le recommandent QS et la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics (voir la solution 3). Finalement, les femmes ne déclarent que 38,4 % de ces déductions.

Et alors…

La plus grande surprise que j’ai eue en analysant les statistiques fiscales des particuliers de 2017 est l’ampleur de la hausse du nombre de contribuables dans chacune des tranches de revenus supérieures à 100 000 $. Je m’attendais à cela chez les contribuables ayant déclaré 250 000 $ et plus, car leur nombre était demeuré assez stable en entre 2015 et 2016 (il a en fait diminué un peu en dollars constants), mais pas chez les autres (entre 100 000 $ et 249 999 $), car leur nombre avait quand même augmenté d’entre 5,7 et 9,5 % en 2016. Par contre, je n’ai pas été surpris de constater que le fort rapprochement du revenu moyen des plus riches du Québec de celui des plus riches du reste du Canada observé en 2016 ne se soit pas répété en 2017. En effet, alors que l’écart entre les deux est passé de 11,3 % à 2,6 % entre 2015 et 2016, il est remonté à 3,4 % en 2017, soit quand même bien moins qu’en 2015, ce qui est normal, car les contribuables du reste du Canada ont plus utilisé le devancement des dividendes en 2015 en prévision de la hausse du taux d’imposition maximal fédéral en 2016, mais aussi moins qu’en 2014 (5,9 %) et qu’en 2013 (9,8 %), ce qui semble indiquer un certain rapprochement à long terme.

Cela dit, la conclusion de ce billet demeure la même que pour les années précédentes : «Et, je n’ai parlé que des sommes déclarées par les riches, pas de l’évasion fiscale ni des paradis fiscaux…», tout en sachant que les proportions de revenus détournés dans ces paradis ont plus tendance à augmenter qu’à diminuer. On peut aussi penser que la hausse de l’exercice en société des activités des membres des ordres professionnels (voir ce billet), notamment des médecins, ait fait diminuer artificiellement le nombre des contribuables gagnant au moins 250 000 $ et le revenu que ces personnes déclarent. Malgré ces phénomènes et les plaintes qu’on entend année après année sur le fait qu’on n’a pas assez de riches au Québec, leur nombre ne cesse d’augmenter! Mais, le gâteau ne sera jamais assez gros pour qu’ils acceptent de le partager davantage, à moins qu’on les y contraigne!

Notons finalement que Revenu Québec publie aussi des données préliminaires sur les statistiques fiscales. Celles de 2017 sont sur cette page. On y trouve entre autres des données sur le nombre de contribuables gagnant entre 500 000 $ et 1 000 000 $ (10 595, ou 0,16 % des contribuables), et 1 000 000 $ et plus (3 587, ou 0,06 % des contribuables). Malheureusement, on ne peut pas comparer ces données avec celles des années précédentes ni avec les données que j’ai utilisées, car cette page a été produite avant les documents que j’ai consultés pour ce billet. En effet, cette page recense 6 520 031 contribuables, soit 177 000 ou 2,6 % de moins que le nombre de contribuables compilé dans les documents utilisés pour ce billet (6 697 015). Cela dit, elle donne une idée du nombre d’ultra-riches au Québec. Et, oui, il y en a!

Le goût du vrai

18 janvier 2021

Goût du vraiAvec son petit livre Le goût du vrai (qu’il appelle «tract» et ne compte que 64 pages selon l’éditeur), Étienne Klein, physicien et docteur en philosophie des sciences, défend l’idée que la souveraineté d’un peuple libre se heurte à une limite, celle de la vérité. «Lorsque, d’un côté, l’inculture prend le pouvoir, que, de l’autre, l’argument d’autorité écrase tout sur son passage, lorsque la crédibilité de la recherche ploie sous la force de l’événement et de l’opinion, comment garder le goût du vrai – celui de découvrir, d’apprendre, de comprendre?»

La philosophie des Lumières défendait l’idée… : …«que la souveraineté d’un peuple libre se heurte à une limite, celle de la vérité […]».

1. Comme un trouble dans les esprits : Même quand la science n’a pas encore statué sur un sujet, de brillants sondeurs demandent l’opinion de la population sur ce sujet. Bien peu de personnes sondées répondent qu’elles ne savent pas, même si personne ne sait… L’auteur présente quatre biais qui sont illustrés par cette manie de donner son opinion sur un sujet que nous ne connaissons pas, puis explique le caractère changeant des vérités scientifiques.

2. L’autopromotion de l’inculture : On ne conteste pas certaines vérités scientifiques, comme les théorèmes mathématiques, mais seulement celles qui dérangent notre façon de penser ou notre mode de vie, comme en climatologie ou sur les mesures sanitaires pour combattre la COVID-19. Puis, l’auteur nous parle d’ultracrépidarianisme et d’ipsedixitisme

3. Savoir ce qui est su et ce qui n’est pas su : L’auteur nous montre que la science est compliquée, exigeante et lente, ce qui agace les personnes qui veulent des certitudes et des réponses rapides à leurs questions.

4. L’effet Dunning-Kruger ou l’art d’être à l’aise : L’effet Dunning-Krugerparler avec aplomb de ce qu’on ne connaît pas») est un double paradoxe : il faut être compétent pour être conscient de son incompétence et l’ignorance nous rend plus sûrs de nous que la connaissance.

5. Quand l’idée d’avenir s’assombrit : Dans le cadre de l’assombrissement de l’avenir, l’auteur constate que le concept de progrès a été remplacé par celui d’innovation dans le discours public.

6. «Conspirations en plein jour» : Le roman 1984 est un des symboles du réel remplacé par les croyances collectives, de l’abrogation de «l’idée même de vérité», de la «notion de monde commun» et de la «capacité de penser par soi-même». Cette menace ne touche malheureusement pas que les régimes totalitaires, l’ère de la post-vérité se répandant dans les sociétés démocratiques.

7. De la joie de comprendre : Il faut retrouver le plaisir d’apprendre et de comprendre, «l’émotion de la quête», et «élargir la rationalité pour qu’elle devienne généreuse, poétique, excitante, contagieuse».

8. République et connaissances : Comme la république, les connaissances sont une «affaire publique», un bien commun. Cela dit, «la science n’est pas facile à partager», étant contestée et marginalisée, et trop souvent confondue avec des opinions, des croyances ou des fausses nouvelles.

9. Vogue relativiste : L’auteur s’attaque ici au relativisme et à ses arguments trompeurs.

10. La science dit-elle le «vrai»? : Ce chapitre porte sur la place du doute et de la certitude en science, ainsi que sur ses excès de modestie et d’enthousiasme.

11. Sciences versus réalité : S’il est vrai que les connaissances scientifiques évoluent et que certaines découvertes scientifiques peuvent être temporaires, cela ne veut pas dire qu’on peut toutes les remettre en question et douter d’observations bien établies (comme la rotondité de la Terre).

12. L’efficacité de la science tiendrait-elle du miracle? : Le succès des découvertes scientifiques dépend souvent du contexte dans lequel la recherche s’est déroulée. L’auteur donne quelques exemples de contextes ayant favorisé des découvertes et ayant au contraire contribué à des erreurs scientifiques.

13. Prendre enfin acte de ce que nous savons : Nous savons depuis des années, voire des décennies, que nous détruisons l’environnement, tant par le réchauffement climatique et la perte de diversité que par l’épuisement des ressources et la pollution. La crise de la COVID-19 en est une autre manifestation. Pourtant, nous savons quoi faire : faisons-le!

14. La faute à Galilée? : Sans remettre en question les qualités de la science, l’auteur convient qu’elle a contribué à accentuer la séparation de l’être humain avec la nature, avec des conséquences déplorables. Cela dit, plutôt «que de délaisser l’idée de rationalité, il me semble plus judicieux de la refonder afin qu’elle ne puisse plus servir d’alibi à toutes sortes de dominations». En effet, découvrir les lois dites «de la nature» n’implique pas de renier son appartenance à la nature.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Il s’agit du livre que je voulais me procurer quand j’ai lu en attendant son (excellent) livre Essai sur le vide (voir ce billet). Pas long à lire, ce livre contient tout de même une analyse intéressante et étonnamment complète de la perception de la population face à la science. L’auteur rejette aussi bien le scientisme (position «selon laquelle la science expérimentale est la seule source fiable de savoir sur le monde») que le relativisme (surtout lorsque ses adeptes prétendent que les connaissances apportées par la science ne valent pas plus que les autres). Son discours est clair et ses démonstrations facilement compréhensibles. En plus, les rares notes (15) sont en bas de page. Je suggère en complément de consacrer deux minutes pour écouter cette vidéo dans laquelle l’auteur présente brièvement quelques-uns des thèmes de ce livre.

Le marché du travail en décembre 2020 et la COVID-19

14 janvier 2021

marché du travail en décembre 2020 et la COVID-19Depuis quelques années, je présente la revue de l’année du marché du travail lors de la publication du rapport de décembre de l’Enquête sur la population active (EPA). Mais, cette année, cette revue aurait moins de sens, car l’évolution du marché du travail en 2020 n’a rien eu à voir avec des tendances de fond, mais tout à voir avec les effets des mesures gouvernementales et des changements de comportement de la population visant à limiter les dégâts de la COVID-19. Je poursuis donc ma série de billets sur l’analyse mensuelle de ces données. On verra ici si mes prévisions d’une stabilité ou de légers mouvements à la baisse ou à la hausse de l’emploi au Québec, au Canada et aux États-Unis se sont réalisées.

Décembre 2020 aux États-Unis

Le BLS publie au début de chaque mois (le 8 janvier pour décembre 2020) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey (HS), l’équivalent de l’EPA canadienne, et de l’Establishment Survey (ES), qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) du Canada. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent en général uniquement la variation de l’emploi selon l’ES et le taux de chômage selon la HS. La couverture journalistique de la publication des données de décembre par le BLS n’a pas fait exception, les articles que j’ai lus, dont celui-ci de La Presse, ne retenant que la «perte» de «140 000 emplois» au cours du dernier mois de l’année 2020 (sans mentionner que cette donnée vient de l’ES, voir la dernière colonne de ce tableau) et le maintien du taux de chômage à 6,7 % (sans mentionner non plus que cette donnée vient de la HS, voir la septième ligne de cet autre tableau), pensant probablement que ces deux données sont liées. Or, elles ne le sont pas.

Si on regarde les données de la dernière colonne de ce tableau, on voit que les estimations de la HS montrent une hausse de 21 000 emplois en décembre plutôt qu’une baisse de 140 000 emplois comme l’ES, une différence de 161 000 emplois. Malgré cette faible hausse de l’emploi face à une hausse de 145 000 personnes âgées de 16 ans et plus, on peut aussi voir que le taux de chômage s’est maintenu à 6,7 %, en raison de la hausse de 115 000 inactif.ives, ce qui est une autre mauvaise nouvelle. Si l’emploi selon la ES a diminué de 140 000 alors que les prévisions moyennes tablaient sur une hausse de 70 000, c’est en grande partie parce que le BLS a révisé à la hausse les données d’octobre (44 000) et de novembre (91 000), pour une révision totale étonnamment élevée de 135 000, à peu près équivalente à la baisse de décembre. La prévision de hausse du taux de chômage à 6,8 %, elle, ne s’est pas réalisée en raison de la hausse de l’inactivité de 115 000 personnes. Par ailleurs, le BLS estime dans son communiqué que, en raison des erreurs de classification que j’ai expliquées dans le billet de juin, le taux de chômage devrait être plus élevé, possiblement de 0,6 point de pourcentage, soit à 7,3 %. Finalement, le BLS a aussi révisé les données désaisonnalisées de la HS.

Entre février et décembre, la baisse fut de 9,8 millions d’emplois ou de 6,5 % selon l’ES et de 8,9 millions d’emplois ou de 5,6 % selon la HS. Les écarts entre les résultats de ces deux enquêtes ne sont pas étonnants, car elles comportent de nombreuses différences. Par exemple, l’ES ne tient compte que des salarié.es non agricoles, excluant donc les travailleur.euses autonomes et les salarié.es agricoles.

Notons en outre que, selon ce tableau de l’ES, la baisse de 140 000 emplois en décembre est le résultat de mouvements opposés, l’emploi ayant baissé de près de 500 000 dans les loisirs et l’hospitalité (dont 372 000 dans la restauration), mais augmenté de près de 200 000 dans le commerce et le transport, et de 160 000 dans les services professionnels et aux entreprises. Ces mouvements opposés ont entraîné une baisse de 156 000 emplois chez les femmes, mais une hausse de 16 000 chez les hommes.

Les données de la HS permettent aussi de répartir le nombre de personnes qui ont perdu leur emploi entre celles qui sont considérées par le BLS en chômage ou inactives. En effet, si une personne sans emploi n’en cherche pas activement ou ne prévoit pas un rappel dans les quatre semaines qui suivent, elle sera considérée comme inactive. Entre février et décembre, le nombre de personnes en chômage a augmenté de 5,0 millions et le nombre d’inactif.ives de 5,5 millions. Si le taux d’activité s’était maintenu à 63,3 % comme en février (il était de 61,5 % en décembre, en hausse de 1,3 point depuis avril à 60,2 %), il y aurait 4,9 millions de personnes inactives de moins et 4,9 millions de personnes en chômage de plus. Dans ce cas, le taux de chômage en décembre aurait atteint 9,5 % plutôt que 6,7 %, en hausse de 6,0 points de pourcentage plutôt que de 3,2 points depuis février (3,5 %). Notons que ce taux de chômage ajusté montre une amélioration plus importante que le taux de chômage officiel par rapport à avril, avec une baisse de 9,5 points de pourcentage (19,0 % en avril par rapport à 9,5 % en décembre), plutôt que de 8,1 points pour le taux officiel (14,8 % en avril et 6,7 % en décembre).

Décembre 2020 au Canada

Statistique Canada a publié le 8 janvier son communiqué sur les estimations de l’EPA pour la semaine du 6 au 12 décembre. On y apprend notamment que :

  • avec sa baisse de 63 600 en décembre (ou de 0,3 %), l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées était inférieure d’environ 635 000 ou de 3,3 % à son niveau de février, baisse nettement moins élevée qu’aux États-Unis (5,6 %, selon les données de la HS, la plus comparable à l’EPA); rappelons-nous que cette baisse atteignait au Canada 3,0 millions d’emplois ou 15,7 % entre février et avril;
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 620 000 personnes ou de 55 % entre février et décembre, dont 21 000 en décembre, faisant passer le taux de chômage de 5,6 % en février à 8,6 % en décembre (en forte baisse par rapport à son sommet de 13,7 % en mai);
  • le nombre de personnes inactives a augmenté de 64 000 en décembre, pour une hausse totale de 284 000 entre février et décembre, faisant diminuer le taux d’activité de 65,5 % en février à 64,9 % en décembre (par rapport à son plancher de 59,8 % en avril, alors que le nombre de personnes inactives avait augmenté de près de 1,8 million depuis février); la hausse de décembre résulte probablement de l’arrêt de la recherche d’emploi par de nombreuses personnes en raison de l’accentuation de la deuxième vague de la COVID-19;
  • si le taux d’activité s’était maintenu à 65,5 % comme en février, il y aurait moins de personnes inactives et plus de personnes en chômage. Dans ce cas, le taux de chômage en décembre aurait atteint 9,5 % plutôt que 8,6 %, en hausse de 3,9 points de pourcentage plutôt que de 3,0 points depuis février (5,6 %); ce taux de chômage ajusté montre une amélioration beaucoup plus importante que le taux de chômage officiel par rapport à son niveau maximal de la crise, avec une baisse de 11,0 points de pourcentage (20,5 % en avril par rapport à 9,5 % en décembre), plutôt que de 4,1 points pour le taux officiel (13,7 % en mai et 8,6 % en décembre);
  • en plus de la baisse de 635 000 d’emplois depuis février, Statistique Canada souligne que, parmi les personnes en emploi, 488 000 de plus qu’en février (mais 2,01 millions de moins qu’en avril) ont travaillé en décembre moins de la moitié de leurs heures habituelles, parfois aucune;
  • selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0032-01, 1,5 million de personnes en emploi n’ont travaillé aucune heure en décembre, soit 14,6 % de plus qu’en décembre 2019 (1,3 million), alors que ce niveau était 134 % plus élevé en avril 2020 qu’en avril 2019 (3,4 millions par rapport à 1,5 million); ainsi, la part des personnes en emploi qui ne travaillaient aucune heure est passée de 7,4 % en février 2020 à 21,3 % en avril, puis à 8,0 % en décembre;
  • selon le tableau 14-10-0289-01, le nombre d’heures travaillées a diminué de 0,3 % en décembre, faisant passer la baisse entre février et décembre à 5,3 %, soit bien moins qu’entre février et avril (27,7 %); alors que cette baisse entre février et avril était plus élevée que celle du nombre d’emplois de 12,0 points de pourcentage (27,7 % par rapport à 15,7 %), elle ne lui était supérieure que de 2,0 points entre février et décembre (5,3 % par rapport à 3,3 %); cela montre que la baisse des heures travaillées a perdu environ 83 % de son impact entre avril et décembre;
  • alors que l’emploi à temps plein a augmenté de 0,2 % en décembre, l’emploi à temps partiel a diminué de 2,9 %; entre février et décembre, l’emploi à temps partiel a diminué plus de deux fois plus fortement que l’emploi à temps plein (6,0 % par rapport à 2,7 %);
  • même si le nombre d’emplois à temps partiel a diminué de 6,7 % entre décembre 2019 et décembre 2020, le nombre de personnes invoquant un motif involontaire à leur travail à temps partiel a augmenté de 19,8 %, selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0028-01; ainsi, la proportion de personnes travaillant à temps partiel involontairement est passée de 18,6 % en février à 29,7 % en juillet et à 23,0 % en décembre;
  • l’emploi a diminué de 10,5 % entre février et décembre chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, bien plus que chez les 25 à 54 ans (1,8 %) et les 55 ans et plus (3,4 %); ce scénario s’est répété en décembre (-1,1 %, -0,2 et -0,2 %); sans surprise, le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait de beaucoup celui des deux autres groupes (17,7 %, 7,0 % et 7,9 %).

Décembre 2020 au Québec

La semaine de référence de l’EPA (du 6 au 12 décembre) suivait l’ajout de quelques régions du Québec dans les zones rouges. Les données de l’EPA nous montrent que :

  • l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a diminué de 16 800 en décembre (ou de 0,4 %); la baisse entre février et décembre était d’environ 128 000 emplois ou de 2,9 %, malgré une hausse de 390 000 emplois depuis avril (ou de 19,4 %);
  • cette baisse de 2,9 % est demeurée inférieure à celle observée dans le reste du Canada (3,4 %); après s’être classée au deuxième rang en septembre, la baisse de l’emploi depuis février au Québec était en décembre la cinquième plus basse au Canada (comme on peut le voir dans l’image qui accompagne ce billet), alors que le Québec avait connu la plus forte baisse entre février et avril; l’ampleur de ces baisses est en grande partie due aux différences dans les mesures prises dans les provinces pour combattre la COVID-19;
  • 84 % de l’estimation de la baisse du nombre d’emplois observée entre février et avril a été annulée grâce à la hausse observée entre avril et décembre (693 000 emplois sur 820 500), proportion nettement plus élevée que dans le reste du Canada (77 %) et aux États-Unis (65 % selon la HS);
  • marché du travail en décembre 2020 et la COVID-19_1entre février et décembre, l’estimation de l’emploi a diminué un peu plus chez les femmes (de 69 400 emplois ou de 3,3 %) que chez les hommes (de 58 100 emplois ou de 2,5 %); l’écart entre ces deux baisses a diminué en décembre, passant de 0,9 point de pourcentage entre février et novembre à 0,8 point entre février et décembre, en raison d’une baisse plus forte en décembre chez les hommes (10 300 emplois) que chez les femmes (6400 emplois);
  • si le nombre d’emplois a globalement diminué de 2,9 % entre février et décembre, cette baisse fut de 4,4 % chez les employé.es (ou salarié.es) du secteur privé et de 3,6 % chez les travailleur.euses autonomes; pendant ce temps, l’emploi augmentait de 2,1 % chez les employé.es du secteur public, surtout dans le secteur de l’éducation, secteur dont les estimations d’emploi ne cessent de surprendre depuis le début de la crise; ces estimations nous montrent aussi que la baisse de 16 800 emplois en décembre est le résultat de hausses de 6100 emplois chez les salarié.es du secteur privé et de 4400 dans le travail autonome et d’une baisse de 27 400 dans le secteur public (surtout dans les soins de santé et l’assistance sociale); notons toutefois que seule la baisse de l’emploi dans le secteur public surpasse la marge d’erreur à 95 % de ces variations mensuelles;
  • selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0032-01, 342 000 personnes en emploi n’ont travaillé aucune heure en décembre, soit 15 % de plus qu’en décembre 2019 (296 000), alors que ce niveau était 142 % plus élevé en avril 2020 qu’en avril 2019 (920 000 par rapport à 380 000); ainsi, la part des personnes en emploi qui ne travaillaient aucune heure est passée de 7,6 % en février 2020 à 26,2 % en avril, puis à 8,1 % en décembre;
  • selon les tableaux 14-10-0036-01 et 14-10-0022-01, le nombre d’heures effectivement travaillées en données non désaisonnalisées a diminué de 3,5 % entre décembre 2019 et décembre 2020, soit un peu plus que l’emploi (2,5 %); cet écart de 1,0 point de pourcentage est beaucoup moins élevé que celui observé en avril (12,4 points, soit une baisse des heures travaillées de 30,5 % et de l’emploi de 18,1 % entre avril 2019 et avril 2020), faisant diminuer l’impact de la baisse des heures travaillées de 92 % entre avril et décembre;
  • l’emploi à temps partiel en données désaisonnalisées a diminué de 1,2 % en décembre, beaucoup plus que l’emploi à temps plein (-0,2 %); entre février et décembre, l’emploi à temps partiel a aussi diminué beaucoup plus que l’emploi à temps plein (de 7,0 % par rapport à 2,0 %); cet écart de 5,0 points de pourcentage était de 19 points entre février et avril (baisses de 34 % et de 15 %);
  • même si le nombre d’emplois à temps partiel a diminué de 8,2 % entre décembre 2019 et décembre 2020, le nombre de personnes invoquant un motif involontaire à leur travail à temps partiel a augmenté de 13 %, selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0028-01; d’ailleurs, la proportion de personnes travaillant à temps partiel involontairement est passée de 12,4 % en février à 22,9 % en août et à 14,2 % en décembre;
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 101 000 entre février et décembre (ou de 49 %), malgré une baisse 23 900 en décembre et de 423 600 entre avril et décembre (ou de 58 %), variations qui ont fait passer le taux de chômage de 4,5 % en février à 17,0 % en avril et à 6,7 % en décembre;
  • l’estimation du nombre de personnes inactives a augmenté de 78 900 entre février et décembre, dont 45 000 en décembre (surtout chez les 15-24 ans, avec une hausse de 37 000); avec cette dernière hausse, le taux d’activité s’est éloigné de son niveau de février (63,8 % par rapport à 64,7 %), alors qu’il l’avait presque retrouvé en octobre (64,6 %), il était toutefois en décembre en hausse de 3,4 points de pourcentage par rapport à son niveau plancher d’avril (60,4 %);
  • l’emploi a diminué de 12,2 % entre février et décembre chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans, dont une baisse de 3,5 % en décembre, baisse bien plus élevée que chez les 25 à 54 ans (1,0 %, malgré une hausse de 0,8 % en décembre) et chez les 55 ans et plus (2,8 %, dont une baisse de 2,3 % en décembre); sans surprise, le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait nettement celui des deux autres groupes en décembre (10,5 % par rapport à 5,5 % et à 8,1 %).

Si le taux d’activité du Québec s’est éloigné en décembre son niveau de février (63,8 % par rapport à 64,7 %), c’est un peu moins le cas dans le reste du Canada (65,2 % par rapport à 65,7 %). Cela fait en sorte que la différence entre le taux de chômage au Québec et dans le reste du Canada était un peu surestimée par le taux de chômage officiel. En effet, la différence entre le taux de chômage officiel au Québec (6,7 %) et son taux ajusté (7,9 %) était de 1,2 point de pourcentage, alors que cette différence était de 0,8 point dans le reste du Canada (9,2 % et 10,0 %). Ainsi, si la différence entre les taux officiels du Québec et du reste du Canada était en décembre de 2,5 points (6,7 et 9,2 %), la différence entre leurs taux ajustés était de 2,1 points (7,9 et 10,0 %), ce qui traduit mieux l’écart de la détérioration du marché du travail entre les deux territoires.

On pourrait penser que le fait que le taux d’activité ait été plus élevé dans le reste du Canada (65,2 %) qu’au Québec (63,8 %) entraîne une sous-estimation du taux de chômage du Québec. En fait, c’est uniquement en raison des différences dans leur structure démographique que le taux d’activité était plus élevé dans le reste du Canada qu’au Québec. Ainsi, si le Québec avait eu la même structure démographique que le reste du Canada en décembre, son taux d’activité aurait été plus élevé que celui du reste du Canada. En effet, avec les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0017-01, on peut calculer, en associant les taux d’activité par tranche d’âge de cinq ans (15-19 ans, 20-24 ans jusqu’à 65-69 ans et 70 ans et plus) au pourcentage de la population adulte dans ces tranches d’âges dans le reste du Canada, que le taux d’activité aurait en fait été de 65,1 % au Québec au lieu de 63,3 % par rapport à 64,5 % dans le reste du Canada.

L’effet de l’évolution de l’inactivité, du chômage et du taux d’activité a eu des impacts différents selon le sexe et selon l’âge. Ainsi, les taux de chômage officiels et ajustés en fonction du taux d’activité de février ont évolué ainsi au Québec :

  • femmes : le taux de chômage officiel est passé de 4,0 % en février à 17,4 % en avril et à 5,4 % en décembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 4,0 % en février à 21,8 % en avril et à 7,7 % en décembre ;
  • hommes : le taux de chômage officiel est passé de 4,9 % en février à 16,6 % en avril et à 7,8 % en décembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 4,9 % en février à 23,1 % en avril et à 8,1 % en décembre; si le taux de chômage officiel des femmes était plus bas que celui des hommes de 2,4 points de pourcentage (5,4 % par rapport à 7,8 %), son taux de chômage ajusté ne l’était que de 0,1 point (7,7 % par rapport à 7,8 %);
  • 15 à 24 ans : le taux de chômage officiel est passé de 6,8 % en février à 34,4 % en avril et à 10,5 % en décembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 6,8 % en février à 41,0 % en avril et à 18,0 % en décembre;
  • 25 à 54 ans : le taux de chômage officiel est passé de 3,8 % en février à 13,9 % en avril et à 5,5 % en décembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 3,8 % en février à 17,8 % en avril et à 5,0 % en décembre;
  • 55 ans et plus : le taux de chômage officiel est passé de 5,0 % en février à 15,6 % en avril et à 8,1 % en décembre, alors que le taux de chômage ajusté passait de 5,0 % en février à 24,4 % en avril et à 9,1 % en décembre.

Ces évolutions montrent clairement que ce sont les jeunes, et dans une moindre mesure les femmes et les personnes plus âgées, qui ont subi le plus durement les effets de la crise et qui la subissent encore.

En gardant en tête le fait que les marges d’erreur des estimations de l’emploi de l’EPA sont encore plus importantes avec des données désagrégées comme celles par industrie, je présente dans le tableau qui suit (tiré des données du tableau 14-10-0355-01) la variation de ces estimations par industrie entre novembre et décembre, et entre février et décembre. J’ai mis en caractère gras dans les quatre dernières colonnes du tableau les hausses et les baisses les plus importantes.

marché du travail en décembre 2020 et la COVID-19_2

Les baisses de l’estimation de l’emploi entre novembre et décembre supérieures à 5 000 emplois se sont observées dans trois industries, soit les soins de santé et l’assistance sociale (baisse de 9 700, ou de 1,6 %), les autres services (7 000 ou 4,4 %) et les services d’hébergement et de restauration (6 800, ou 3,9 %). À l’inverse, la plus forte hausse de l’estimation de l’emploi fut de 10 000 emplois (ou de 2,9 %) dans les services professionnels, scientifiques et techniques.

Entre février et décembre, l’emploi a augmenté dans près de la moitié des industries présentées dans ce tableau (7 sur 16). Les hausses les plus importantes se sont observées dans les services d’enseignement (34 000 emplois ou 11 %) et dans les services professionnels, scientifiques et techniques (29 800 emplois ou 8 %). Cela dit, trois industries ont connu des baisses de plus de 20 000 emplois et de plus de 10 %, et subissaient donc encore fortement les effets de la crise en décembre :

  • les services d’hébergement et de restauration (baisse de 96 700 emplois, ou de 37 %);
  • l’information, la culture et les loisirs (42 300 ou 23 %);
  • les autres services (25 300 ou 14 %).

Et après?

Comme la semaine de référence de janvier de l’EPA est cette semaine, soit du 10 au 16 janvier, on peut déjà prévoir que les mesures annoncées depuis la semaine de référence de décembre (fermeture des commerces non essentiels et couvre-feu, surtout) entraîneront une baisse de l’emploi au Québec et encore plus du nombre d’heures travaillées (sauf pour les policier.ères!). Certaines décisions gouvernementales dans le reste du Canada (comme celles-ci) auront le même effet.

Aux États-Unis, le nombre d’infections, d’hospitalisations et de décès dus la COVID-19 a continué à augmenter dernièrement et rien ne semble vouloir ralentir cette tendance. Ces hausses devraient avoir un effet négatif sur l’emploi, d’autant plus que la plupart des États ont adopté de nouvelles mesures (dont quelques fermetures). Seul indicateur allant dans le sens opposé, le nombre de prestataires de l’assurance-chômage a continué à diminuer récemment, mais est demeuré très élevé. Au bout du compte, on peut s’attendre, comme au Canada et au Québec, à une baisse légère de l’emploi dans le rapport du BLS de janvier.

Et alors…

On a vu dans ce billet que l’estimation de l’emploi a diminué de 16 800 au Québec et de 62 600 au Canada. Si je m’obstine à écrire «estimation» un peu partout dans ce billet, c’est en raison de la forte marge d’erreur de ces «données». Par exemple, la marge d’erreur à 95 % des changements mensuels d’emploi en décembre était de 38 000 au Québec et de 74 000 au Canada, soit une marge plus élevée que les baisses estimées. La façon la plus exacte de parler de ces estimations serait de dire que la probabilité est de 95 % que le nombre d’emplois ait varié entre -54 800 et +21 200 au Québec et entre -136 600 et +11 400 au Canada avec une probabilité plus grande que les variations réelles aient été vers le centre de cette fourchette. Disons que je préfère parler d’estimations!

Ces estimations montrent bien que nous ne sommes pas sortis du bois, mais on le savait! Les baisses d’emploi depuis février 2020 étaient en décembre fortement concentrées dans trois industries, même si le rattrapage n’était pas complété dans toutes les autres industries. J’ai en outre été surpris de la forte baisse de l’emploi dans le secteur public en décembre, notamment en santé, quoiqu’il ne faut jamais sauter aux conclusions à la suite d’une baisse mensuelle, encore une fois en raison des fortes marges d’erreur des estimations par industrie. Par exemple, la marge d’erreur à 95 % de la baisse de 9700 emplois en santé est de 13 600… On en saura plus à ce sujet avec mon billet sur les données de décembre de l’EERH, soit dans six ou sept semaines.

On a encore observé en décembre un niveau beaucoup plus élevé d’inactivité qu’en février aux États-Unis, mais alors que ce phénomène s’estompait graduellement au Canada et au Québec en octobre et en novembre, il est reparti en hausse en décembre, probablement en raison de l’intensification de la deuxième vague de COVID-19. Il ne serait pas étonnant que cette hausse se poursuive en janvier. Chose certaine, il demeure pertinent de continuer à suivre l’évolution de l’inactivité, souvent négligée dans les analyses sur le marché du travail, cela permettant entre autres des comparaisons plus valides de l’impact de la crise entre les territoires et les groupes de la population.

L’ampleur de la deuxième vague, ici, mais encore plus en Europe et aux États-Unis, nous montre clairement que les mesures de santé publique et les programmes gouvernementaux à l’intention des victimes de la crise sont encore essentiels. L’arrivée des vaccins ne doit surtout pas nous faire relâcher la garde. Continuons donc à suivre les consignes de la sécurité publique, gardons nos distances, lavons-nous les mains et mettons un masque quand nous sortons de chez nous! Et pensons aux personnes les plus touchées par le couvre-feu…

Prendre part

11 janvier 2021

Prendre partAvec leur livre Prendre part – Considération sur la démocratie et ses fins, David Robichaud et Patrick Turmel, deux professeurs de philosophie, montrent que la démocratie va mal, qu’elle est menacée «par l’accroissement des inégalités socioéconomiques, la manipulation de l’opinion publique et la montée d’un certain populisme aux relents autoritaires».

1. Sauriez-vous dessiner un vélo? : «Le fait qu’un objet soit familier nous donne l’illusion d’en comprendre le fonctionnement, alors qu’en réalité, on est souvent incapable de l’expliquer convenablement». C’est entre autres le cas des vélos et de la démocratie (et aussi de l’inflation et du taux de chômage, mais ça n’a pas rapport!).

2. Les fins de la démocratie : La démocratie va mal, alors qu’elle «représente un idéal qui mérite d’être vigoureusement défendu». Les auteurs expliquent que la démocratie n’est pas simple, car constituée d’un ensemble d’institutions complémentaires. Or, cet ensemble, ou système, est actuellement fragilisé par des discours simplistes, l’affaiblissement de ses institutions et une certaine indifférence des citoyen.nes, alors qu’ils et elles doivent y prendre part pour qu’il fonctionne adéquatement.

3. De quoi le peuple est-il le nom : Ce chapitre porte sur la prétention des populistes de représenter le «vrai monde», excluant ainsi une partie importante de la population, partie dépendant de leur idéologie. En plus, les populistes opposent les libertés individuelles aux libertés collectives, alors que la défense des deux est nécessaire en démocratie.

4. Par-delà l’élection : Le minimalisme libéral consiste à limiter la démocratie au pouvoir de désigner ses représentant.es, bref aux élections. Or, les citoyen.nes ne sont pas que des électeur.trices, mais aussi des acteur.trices politiques à plein titre, qui peuvent et doivent influencer et contrôler l’action politique, et surveiller les gouvernements en place.

5. Passez Go, réclamez 100 $ : Si le jeu de Monopoly était plus réaliste, certaines personnes commenceraient le jeu avec plus d’argent que les autres (et d’autres avec rien), gagneraient plus de 100 $ en passant à Go (et d’autres moins) et prétendraient à la fin du jeu avoir gagné grâce à leur mérite. Il en est de même dans le jeu démocratique : certaines personnes ont plus d’influence et s’imaginent que cela est justifié en raison de leur place dans la société et que cette place est due à leur mérite. En fait, les inégalités dans le jeu démocratique sont bien plus complexes et étendues que cela…

6. Les crayons les moins aiguisés de l’isoloir : Est-ce que seules les personnes qui ont les connaissances nécessaires pour faire des choix éclairés devraient avoir le droit de vote? Les auteurs montrent que cela ne serait pas seulement discriminatoire, mais que le concept même derrière cette idée est illusoire. Je me suis demandé si le titre de ce chapitre était inspiré du pogo le plus (ou le moins) dégelé de la boîte de Manon Massé…

7. La fabrique des droits : Ce chapitre porte sur les rapports entre les droits et la démocratie. Les droits sont à la fois une condition à la démocratie et une de ses limites. Et, ils entrent parfois en conflits les uns avec les autres.

8. Darwin, directeur des élections : Darwin avait bien compris que ce qui peut être avantageux pour un individu peut représenter une menace pour son espèce. Il en est de même de la compétition qui est avantageuse pour les gagnant.es, mais souvent nocive pour la société. Pour profiter de ses avantages sans nuire à la société (ou en lui nuisant moins), il est donc important de la réglementer pour favoriser aussi la coopération. Cela est aussi vrai pour les institutions démocratiques que pour celles de l’économie.

9. Qui paie gagne : Les inégalités de revenus et de richesse se traduisent aussi souvent en inégalités démocratiques. Et cela se manifeste de différentes façons : financement des partis politiques, embauche de lobbyistes, contrôle des médias, publicité, financement d’instituts de recherche, corruption, etc.

10. Le meilleur chapitre de l’histoire de la philosophie : Les fausses nouvelles, faits alternatifs, négations de la science, théories conspirationnistes et mensonges influencent aussi la population et affaiblissent la démocratie.

11. L’extrémisme politique et le téléviseur hors de prix : Des idées et affirmations qui nous semblaient extrêmes il n’y a que quelques années sont rendues presque banales. Cela montre l’influence des idées de prime abord extrêmes sur ce que nous considérons comme acceptable.

12. Le conformisme dans la vie comme au basket : Le conformisme (souvent dû à la pression des autres) est un autre comportement humain qui nuit à la démocratie.

13. Un cerveau à deux vitesses : Les auteur.es montrent cette fois l’effet négatif sur la démocratie de nos biais cognitifs, et nous expliquent comment on peut tenter de les combattre.

14. L’important, c’est de participer : La faible participation aux élections nuit aussi à la démocratie. Les auteurs analysent les facteurs qui peuvent encourager ou décourager la participation des citoyen.nes aux élections.

15. Si la tendance se maintient : Ce ne sont pas de grands mouvements coordonnés qui menacent la démocratie, mais bien un ensemble de facteurs disparates. Mais, il y a bien des moyens de la protéger et de l’améliorer. «La sacrifier n’est pas une option, sinon d’abandonner à d’autres notre liberté».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce petit livre (112 pages selon l’éditeur, mais moins de 100 pages de texte) se lit bien, est intéressant et aborde la démocratie sous de nombreux angles. Selon nos connaissances, on y apprend beaucoup ou peu de choses, mais le fait de lire ces sujets assez rapidement tout en souriant est de toute façon bien agréable. Quelques illustrations enjolivent ce texte et améliorent l’expérience de lecture. En plus, les notes sont en bas de page! Il n’y a donc aucune raison de ne pas le lire…

Trois études sur les inégalités

7 janvier 2021

Trois études sur les inégalitésJe poursuis mon rattrapage des études que j’ai mises de côté au cours des derniers mois. Si la première des études que je présenterai ici fut assez bien couverte par les médias (notamment ici, ici et ici), je n’ai rien trouvé sur les deux autres dans les médias québécois.

Les conséquences économiques des réductions importantes des impôts pour les riches

L’étude intitulée The Economic Consequences of Major Tax Cuts for the Rich de David Hope et Julian Limberg a été publiée en décembre 2020 par The London Scool of Economy and Political Science (LSE).

– Introduction : Pour contrer la hausse des inégalités, on propose souvent d’augmenter l’imposition des riches. Par contre, peu d’études concluent de façon claire sur les effets concrets de ces impôts sur la croissance, même si les partisan.es des baisses d’impôts des riches prétendent qu’elles peuvent se payer d’elles-mêmes grâce à la croissance qu’elles génèrent, ce qu’on appelle la théorie du ruissellement.

– Démarche et données : Les auteurs utilisent sept indicateurs du niveau d’imposition des riches dans 18 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de 1965 à 2015, ce qui leur permet de tenir compte de l’effet de possibles techniques d’évitement d’impôts qui viendraient biaiser leurs résultats. Dans 17 de ces 18 pays, l’agrégation de ces indicateurs montre une baisse importante de l’imposition des riches (en moyenne de plus de 30 %), l’exception étant la Suisse, qui a eu tout au long de la période le niveau d’imposition des riches le moins élevé (voir ces graphiques). Les auteurs analysent les baisses d’impôt qu’ils qualifient de majeures et qu’ils définissent par des baisses d’au moins deux écarts-types. Ils observent 30 baisses qui satisfont à cette définition, dont la moitié entre 1986 et 1992 (mais les deux du Canada datent de 1972 et de 1973, touchant surtout l’imposition générale; voir la forte baisse aux dernières lignes de ces tableaux). Ils expliquent ensuite comment ils associent ces baisses majeures d’impôt à sept indicateurs d’inégalités et de performance économique, dont la part des revenus du 1 % le plus riche, la croissance du PIB par habitant et le taux de chômage. Ils prétendent que leur méthode permet non seulement de trouver des corrélations, mais aussi des causalités. Cette méthode est très bonne, mais je garde des réserves sur cette prétention, car aucune méthode ne permet de tenir compte de tous les facteurs qui peuvent influencer la croissance économique et l’évolution du taux de chômage.

Résultats : À la suite d’une baisse majeure de l’imposition des riches, les auteurs :

  • observent une hausse graduelle de la part des revenus gagnés par le 1 % le plus riche, hausse atteignant 0,8 point de pourcentage après cinq ans (voir le graphique sur cette page);
  • n’observent aucun effet sur le PIB réel par habitant ni à court terme ni sur cinq ans (voir les deux graphiques sur cette page);
  • n’observent aucun effet statistiquement significatif sur le taux de chômage sur cinq ans, malgré la présence de fluctuations plus importantes (voir les deux graphiques sur cette page).

Ils effectuent quelques tests de robustesse en modifiant certaines stipulations et n’observent pas de changements à leurs résultats sur la croissance et le taux de chômage, mais la hausse des inégalités devient moins importante, soit de 0,5 point de pourcentage plutôt que de 0,8 comme auparavant (voir les trois graphiques sur cette page). D’autres tests modifient aussi légèrement les résultats, mais pas les constats principaux. Ces modifications des résultats appuient mes doutes sur leur prétention de trouver des causalités et mon commentaire sur l’influence d’autres facteurs sur les résultats.

– Conclusion : Cette étude s’ajoute à d’autres montrant que les baisses du niveau d’imposition des riches n’améliorent nullement les principaux indicateurs économiques tout en faisant augmenter les inégalités. Ils aimeraient poursuivre leurs recherches pour tester si ces baisses d’impôt incitent les riches à négocier plus agressivement pour augmenter leurs revenus au détriment direct des autres travailleur.euses comme quelques recherches semblent le démontrer, pour appliquer leurs démarches à d’autres pays et pour savoir si la diffusion d’informations sur l’absence d’effets positifs et la présence d’effets négatifs de ces baisses d’impôts influence les politicien.nes dans leurs décisions fiscales.

PIB, bien-être et santé – réflexions sur le cycle de 2017 du Programme de comparaison internationale

L’étude intitulée GDP, Wellbeing, and Health – Thoughts on the 2017 Round of the International Comparison Program de Angus Deaton (dont j’ai parlé récemment) et Paul Schreyer a été publiée en décembre 2020 par le National Bureau of Economic Research (NBER).

– Introduction : Créé en 1968, le Programme de comparaison internationale (PCI) de la Banque mondiale est une des plus grandes initiatives statistiques au monde, couvrant actuellement 176 pays. Son dernier rapport portant sur 2017, le premier depuis 2011, a reçu moins d’attention qu’à l’habitude, car il est paru en mars 2020, au début des confinements dus à la crise de la COVID-19. Une des qualités du PCI est qu’il fournit des données comparables du PIB en parité de pouvoir d’achat (PPA). Les auteurs ajoutent que le PIB demeure un indicateur imparfait du bien-être, ne comptabilisant pas certaines productions et comptabilisant au contraire des productions qui n’apportent aucun bien-être.

Les résultats marquants du PCI de 2017 : Le résultat le plus marquant du PCI de 2017 est de montrer que le PIB de la Chine en PPA était en 2017 le plus élevé au monde, surpassant celui des États-Unis, comme on le constate surTrois études sur les inégalités_1 le graphique ci-contre (barres vertes), alors qu’il était un lointain deuxième (inférieur de près de 40 %) en utilisant les taux de change (barres oranges). J’avais lu cela quelque part, mais je ne connaissais pas la source de ce constat. On peut aussi remarquer que le PIB en PPA est plus élevé qu’en utilisant les taux de change dans 16 des 18 pays illustrés dans le graphique, une seule fois moins élevé (Australie) et une fois égal (États-Unis, ce qui est normal, car le pouvoir d’achat des États-Unis est celui qui est utilisé pour calculer le PIB en PPA).

– Une absence importante, les résultats en matière de santé : «Le PIB inclut les dépenses de santé, mais il ne nous dit rien sur les résultats en matière de santé – un exemple notable d’une composante importante du bien-être qui est omise par le PIB et qui est d’une importance évidente pendant une pandémie». Par exemple, les États-Unis ont des dépenses de santé par habitant beaucoup plus élevées que tous les autres pays (ce qui fait augmenter leur PIB), mais leurs indicateurs de santé sont bien moins bons que ceux de la plupart des pays riches. Par exemple, le graphique de cette page montre le lien entre les dépenses de consommation par habitant et l’espérance de vie. On peut voir que celle des États-Unis est moins élevée que celle des autres pays riches, même si les dépenses de consommation par habitant y sont les plus élevées. D’ailleurs, la santé est tellement importante pour le bien-être que la plupart des pays ont sacrifié cette année une partie de leur PIB pour sauver des vies, et ont même consacré une partie plus élevée de ce PIB aux dépenses de santé qu’en temps «normal».

«En plus de la santé, il y a de nombreux autres aspects de la qualité de vie que le PIB ne prend pas en compte : interaction sociale, qualité de l’air, équilibre entre vie professionnelle et vie privée, démocratie, sécurité, bonheur, etc.» Il existe heureusement d’autres indicateurs qui mesurent ces aspects ignorés par le PIB (voir par exemple ce billet).

Le PIB, même en PPA, peut être trompeur : «Si notre principale préoccupation est le bien-être matériel, la consommation par habitant est un meilleur choix que le PIB par habitant». Même si ces deux indicateurs sont Trois études sur les inégalités_2souvent fortement corrélés, les différences sont parfois majeures, comme on peut le voir dans le graphique ci-contre qui compare le PIB par habitant (barres vertes) et les dépenses de consommation par habitant (barres orange) pour les 12 pays ayant le PIB par habitant le plus élevé. Mis à part les États-Unis, ces pays sont soit des paradis fiscaux ou des pays avec des secteurs financiers hors norme (Luxembourg, Irlande, Bermudes, etc.), ou des pays dont l’économie repose fortement sur des ressources naturelles (Qatar, Émirats arabes unis, etc.). Dans ces deux cas, la consommation ne représente qu’une faible part du PIB (parfois guère plus de 25 %, voir le graphique sur cette page), parce que les profits contribuent davantage au PIB que la rémunération du travail. Au Québec, par exemple, la consommation des ménages représente près de 60 % du PIB.

Le cas de l’Irlande fournit un exemple intéressant, car, en raison de son faible taux d’imposition des sociétés, elle attire des investissements de sociétés multinationales, qui contribuent au PIB, mais très peu à la consommation des ménages. Le Luxembourg attire de son côté des travailleur.es des pays limitrophes dont la production est comptabilisée dans ce pays, mais dont la consommation se réalise en majeure partie dans celui où ils et elles habitent. Bref, dans ces pays, le PIB, même en PPA, reflète encore plus mal le niveau de bien-être d’une population.

– Mieux interpréter les données du PCI : En fait, il n’y a aucun indicateur parfait du bien-être, chacun d’entre eux apportant un éclairage différent et complémentaire aux autres. Les auteurs présentent les forces et faiblesses d’un bon nombre de ces indicateurs.

Le PCI et les inégalités mondiales : Le PCI ne peut pas nous informer sur la répartition des revenus entre les ménages au sein d’un pays, mais fournit des données sur la pauvreté extrême (voir ce billet) et sur les Trois études sur les inégalités_3inégalités de consommation entre les pays. Le graphique ci-contre nous montre que le coefficient de Gini des inégalités de consommation entre pays en PPA était en 2017 (ligne bleue) de 0,29, en légère baisse depuis 2011 (ligne noire, 0,30). La ligne rouge nous montre que, en utilisant les données en taux de change, ce coefficient aurait atteint 0,49 en 2017, niveau d’inégalités bien plus élevé qu’en PPA, parce que les prix sont beaucoup moins élevés dans les pays pauvres. Les auteurs soulignent toutefois que ces calculs sont effectués en utilisant la consommation moyenne de chacun des pays, sans tenir compte des inégalités importantes de consommation à l’intérieur de chaque pays. Pour ce faire, il faut jumeler ces données à celles des pays, ce que Branko Milanović a fait pour obtenir sa célèbre courbe de l’éléphant qui a passablement changé entre 2008 et 2016 pour ressembler davantage à un brontosaure…

Les auteurs décrivent ensuite les problèmes que doivent affronter les responsables du PCI pour pouvoir comparer des données de pays aux caractéristiques bien différentes. Si l’utilisation de la PPA aplanit ces différences, elle est loin de les éliminer. Le PCI a grandement amélioré ses méthodes avec le temps, mais cela rend impossibles les comparaisons avec ses versions antérieures à 2011.

– Conclusion : Même si on le répète fréquemment, on tend à oublier qu’il y a «des éléments importants du PIB qui ne sont pas pertinents pour le consommateur médian (ou parfois même pour n’importe quel consommateur) et [que] le PIB ne tient pas compte de beaucoup de choses qui intéressent les gens, les résultats en matière de santé en étant un exemple frappant». Cela montre pourtant clairement que le PIB n’est pas un indicateur adéquat du bien-être. Il est donc important de bien comprendre ce qui est comptabilisé dans le PIB et ce qui ne l’est pas pour pouvoir l’interpréter correctement.

Les systèmes capitalistes et les inégalités de revenus

L’étude intitulée Capitalist Systems and Income Inequality de Marco Ranaldi et Branko Milanović (dont j’ai parlé brièvement dans ma présentation de l’étude précédente) a été publiée en octobre 2020 par le Stone Center on Socio-Economic Inequality de la City University of New York (CUNY). Notons qu’on peut lire un résumé de cette étude sur cette page du site VoxEU.org du Centre for Economic Policy Research (CEPR) où j’en ai pris connaissance.

– Introduction : «La façon dont les revenus du capital et du travail sont répartis dans la population donne des informations précieuses sur les caractéristiques systémiques des sociétés modernes». Les auteurs s’intéressent ici à deux types de distribution. Dans ce qu’ils appellent le capitalisme classique, un groupe de personnes, généralement les plus riches, ne reçoivent que des revenus de capital et les autres, généralement des travaillleur.euses, que des revenus de travail. Ce type de distribution génère des inégalités importantes. Dans le capitalisme libéral, les personnes peuvent recevoir des revenus à la fois du capital et du travail. Dans ce cas, les inégalités peuvent être faibles ou élevées. Cette étude analyse le lien entre les inégalités et les types de distribution.

– Démarche et données : Les auteurs ont créé un nouvel indice, soit l’indice de concentration des facteurs de revenu (CFR) qui est calculé en fonction du niveau de concentration des deux types de revenus (de travail et de capital) et de leur variation (ou de leurs inégalités) dans une population. Cet indice va de -1 à 1, 1 indiquant que tous les revenus de capital sont concentrés chez les riches et tous les revenus de travail au bas de la distribution des revenus, 0 que les deux types de revenus sont parfaitement distribués et -1 que tous les revenus de travail sont concentrés chez les riches et tous les revenus de capital au bas de la distribution des revenus. Les auteurs notent que cet indice n’est en fait jamais négatif.

Pour leur étude, ils utilisent les données de 47 pays pendant 25 ans provenant de plus de 300 enquêtes sur les ménages. Les revenus considérés sont bien sûr les revenus de travail (salaires, revenus d’un travail autonome et revenus de pensions) et de capital (revenus d’intérêts et de location, et dividendes).

Trois études sur les inégalités_4– Liens entre les inégalités de composition et les inégalités de revenus : Dans les 21 pays riches (points bleus et rouges), la majorité des pays avaient en moyenne de 1995 à 2018 un indice CFR (IFC dans le graphique) entre 0,25 et 0,40 et un coefficient de Gini entre 0,35 et 0,45. Cela dit, Israël et les États-Unis se démarquaient avec des coefficients de Gini bien plus élevés (0,47), malgré un indice CFR seulement un peu plus élevé que la majorité des autres pays riches (entre 0,40 et 0,45). Quatre des cinq pays nordiques (points rouges) de ce groupe se démarquaient aussi avec des indices CFR élevés (de 0,48 pour l’Islande à 0,57 pour la Finlande), malgré des coefficients de Gini assez faibles (entre 0,35 pour le Danemark et la Norvège, et 0,38 pour la Finlande).

Les pays de l’Amérique latine (points verts) présentaient presque tous (neuf sur dix) des coefficients de Gini entre 0,52 et 0,58 et en majorité (sept sur dix) des indices CFR entre 0,47 et 0,59. Les cinq pays asiatiques (points orangés) ne présentaient aucune caractéristique spécifique, avec des coefficients de Gini qui s’étalaient entre 0,35 (Taïwan) et 0,52 (Inde) et des indices CFR entre 0,16 (l’indice le plus bas des 47 pays, Taïwan) et 0,52 (Vietnam). Dix des 11 pays de l’Europe de l’Est (points noirs) présentaient des coefficients de Gini relativement faibles (entre 0,28 pour la Slovénie, le plus bas des 47 pays, et 0,39 pour la Russie), mais les 11 avaient des indices CFR très variés (entre 0,22 pour la Slovaquie et 0,52 pour la Lituanie).

Ces grandes diversités de situation montrent que le lien entre le coefficient de Gini et l’indice CFR est en général assez fort, mais pas partout, le cas des pays nordiques se démarquant le plus. Les auteurs attribuent cette exception au fait que les inégalités de revenus d’emploi sont beaucoup moins élevées dans ces pays. La Slovaquie et Taïwan, avec leurs coefficients de Gini et leurs indices CFR très faibles, représentent des exemples de sociétés presque sans classes. De son côté, la Chine, avec son faible indice CFR (0,23), mais son coefficient de Gini élevé (0,47), est le seul pays se situant dans les neuf cases les plus à gauche et au haut du graphique, montrant son statut particulier d’ancien pays communiste très inégalitaire.

Les auteurs constatent donc qu’en plus des deux types de distributions théoriques (capitalismes classique et libéral), il existe aussi des formes mitoyennes de distribution. S’ils associent l’Inde et la majorité des pays de l’Amérique latine au capitalisme classique et les pays de l’Europe continentale avec le Canada et l’Australie au capitalisme libéral, ils doivent constater que tous les autres pays (soit environ la moitié d’entre eux) se retrouvent dans des combinaisons d’inégalités de revenus et d’inégalités de composition différentes.

Les auteurs refont ensuite cet exercice, mais en considérant les revenus de pensions privées comme des revenus de capital et les revenus de pensions publiques comme des revenus de travail. Le plus gros changement apporté par cette méthode touche les pays nordiques dont trois sur cinq se déplacent vers le groupe du capitalisme libéral (un y était déjà), car une forte portion des revenus de pensions privées y sont versés à des personnes se situant au milieu ou même au bas de la distribution des revenus. Les auteurs se demandent si le vieillissement de la population ne débouchera pas sur la création d’une nouvelle classe, celle du capitalisme des pensionné.es…

Et alors…

Si la première étude que j’ai présentée est assez classique et ses conclusions assez connues (mais pas assez par les politicien.nes!), les deux autres sont plus originales. J’ai été agréablement surpris par la deuxième et ai même appris l’effet de certaines lacunes du PIB sur les données portant sur les inégalités. La troisième est plus complexe. J’ai eu un peu de difficulté à comprendre le concept des inégalités de composition et surtout la méthode utilisée que je n’ai d’ailleurs pas expliquée en détail. Cela dit, je n’avais jamais rien lu d’aussi détaillé sur le lien entre les inégalités de composition et les inégalités de revenus. Même si ses résultats ne sont pas concluants, et même parce qu’ils ne le sont pas, elle est particulièrement instructive. Je suis passé vite sur la deuxième méthode utilisée dans cette étude, mais celle-ci nous montre que de petits changements dans une méthode peuvent avoir des effets déterminants sur les résultats (notamment sur les pays nordiques, mais pas seulement). Bref, ce rapide regard sur ces trois études fut plus instructif que je m’y attendais!

Du plomb dans les ailes

4 janvier 2021

Du plomb dans les ailesAvec le livre Du plomb dans les ailes – Avis sur les inégalités sociales, Centraide Québec Chaudière-Appalaches et Bas-Saint-Laurent «propose un survol de diverses formes d’inégalités sociales qui affectent les individus et les populations dans toutes les régions du Québec, comme ailleurs sur la planète».

Avant-propos : Cet avant-propos porte sur le contexte de la rédaction de ce livre et sur la réflexion à sa base, soit l’importance de montrer que les inégalités et la pauvreté s’expliquent bien plus par des facteurs collectifs que par le mérite ou des facteurs individuels.

Mise en contexte 2020 : La crise de la COVID-19 montre à quel point nos vies sont interreliées, comme le montrent aussi les inégalités. Réduire la transmission de la COVID-19 comme réduire les inégalités profite à toute la société et non seulement aux personnes qui en souffrent directement. Dans les deux cas (j’en ajouterais d’autres, dont l’environnement), l’action individuelle ne suffit pas, il faut agir collectivement. Ces deux phénomènes font ressortir les lacunes de notre filet social et de nos services publics, et montrent l’importance de la prévention.

Introduction : Les citoyen.es ont en théorie les mêmes droits et les mêmes chances, mais pas en pratique. Nous avons tou.tes des ailes pour nous épanouir, mais les inégalités plombent celles de trop de personnes. Ce document ne porte pas sur toutes les formes d’inégalités, mais sur six d’entre elles (économiques, emploi, éducation, santé, justice et environnement), formes interreliées dont les effets s’accentuent les unes les autres.

Comment se créent les inégalités sociales? : La «position initiale d’un individu sur l’échelle sociale dépend des ressources de ses parents et de celles que la société met à sa disposition». Sa mobilité sociale est influencée par sa position initiale, mais aussi par les ressources qu’il «pourra développer ou accumuler», ressources elles aussi distribuées de façon inégalitaire. Heureusement, ces inégalités ne sont pas une fatalité.

Où en sommes-nous en matière d’inégalités sociales?

Des inégalités de revenu et de richesse : Ce texte porte sur les mécanismes de distribution (salaires, revenus de placements, etc.) et de redistribution des revenus (impôts et transferts, surtout), et sur l’évolution des inégalités de revenus et de richesse. On y aborde aussi les caractéristiques et les conséquences de ces inégalités.

Des inégalités en emploi : Le travail est en général la principale source de revenus, mais a aussi un impact sur «notre statut social, notre santé et notre capacité à organiser notre vie personnelle et familiale». Ce texte porte aussi sur les conditions de travail, les normes du travail, l’impact de la syndicalisation, l’équité, l’accès à l’emploi, la retraite et, bien sûr, les inégalités propres à chacun de ces sujets.

Des inégalités en éducation : L’école favorise en principe l’égalité des chances, mais pour cela, il faut qu’elle soit elle-même égalitaire. Ce texte porte sur l’évolution du fonctionnement du système scolaire québécois, sur la croissance de la ségrégation scolaire et sur ses conséquences, sur l’accès aux services spécialisés (orthopédagogues, orthophonistes, psychologues, etc.) et sur la littératie et les compétences numériques.

Des inégalités sociales en santé : Ces inégalités se manifestent notamment par une espérance de vie beaucoup moins élevée dans les quartiers pauvres que dans les riches, et chez les personnes les moins scolarisées que chez les diplômé.es universitaires (à ce sujet, voir ce billet). Ce texte porte aussi sur les inégalités de maladies (dont la COVID-19), de logement, de pollution, d’environnement (comme les canicules et la pollution), de stress, d’alimentation, de statut social et d’accès aux services de santé physique (dentaire, de la vue, orthophonie, etc.) et de santé mentale.

Des inégalités en matière de justice : Environ 69 % des Québécois.es «considèrent qu’ils n’ont pas les moyens financiers de se défendre et de faire valoir leurs droits devant les tribunaux». Malgré quelques améliorations au cours des dernières années, les critères de l’aide juridique ne permettent qu’aux plus pauvres d’avoir accès au système de justice gratuitement, et pas dans tous les cas. Ce texte présente aussi quelques propositions qui amélioreraient cet accès et aborde le traitement inégalitaire et discriminatoire du système de justice (y compris policier et correctionnel), notamment selon le statut social et l’origine ethnique.

Des inégalités en environnement : La responsabilité et les conséquences du réchauffement climatique et des autres formes de dégradation de l’environnement (pollution, eau, déforestation, diversité, etc.) sont inégalitaires, tant entre les pays qu’à l’intérieur de chaque pays, les riches (pays comme individus) étant davantage responsable de ces problèmes et en subissant moins les conséquences.

Quelles sont les conséquences collectives des inégalités sociales? : Ces conséquences se concrétisent aussi bien en coûts qu’en perte de qualité de vie et de cohésion sociale, et qu’en augmentation de problèmes sociaux.

Avons-nous le pouvoir de changer le cours des choses? : Face au sentiment d’impuissance assez répandu, des organismes (communautaires, syndicats, etc.) travaillent justement pour encourager et regrouper les citoyen.nes défavorisé.es, et ont permis, grâce à l’action collective, d’améliorer la situation et surtout d’éviter qu’elle se détériore davantage.

Choisir de réduire les inégalités : Si la situation actuelle ne peut pas changer tout d’un coup, il est possible d’obtenir des gains partiels qui permettent graduellement de progresser vers une société plus juste et plus égalitaire. Ces avancées peuvent provenir de pressions sur les décisions gouvernementales (fiscalité des individus et des entreprises, transferts, réglementations, dont le salaire minimum, services publics, etc.), mais aussi sur les entreprises (politiques salariales, conditions de travail, participation des employé.es aux décisions, intégration de groupes défavorisés, économie sociale, etc.), et d’actions dans la communauté (notamment par du bénévolat, en favorisant la mixité sociale et en participant à des lieux d’exercice de pouvoir, comme des organismes communautaires, des comités d’usager.ères et des conseils d’établissement). Ce texte aborde aussi quelques aspects de la philanthropie (de façon pas assez critique à mon goût, mais quand même assez bien pour un livre publié par un chapitre de Centraide qui existe grâce à la philanthropie).

Conclusion : «Une société, c’est un projet collectif qui prend tout son sens lorsque l’on considère la richesse qu’il y a à vivre ensemble». De même, vouloir «réduire les inégalités sociales, c’est assumer que, dans une société, le sort de chacune et de chacun est lié à celui de l’autre». Ce livre visait à susciter la réflexion pour que nous soyons toujours plus nombreux.euses à agir pour que tout le monde puisse prendre son envol sans avoir du plomb dans les ailes. Mission accomplie!

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ayant des réserves avec les politiques de Centraide (disons que je connaissais surtout le chapitre de Montréal), mes attentes étaient limitées. En fait, n’eut été de recommandations de la part d’un ami Facebook qui a contribué à ce livre, je ne me le serais pas procuré. Finalement, j’ai bien fait de l’écouter! Plutôt que de se concentrer sur les inégalités de revenus et de richesse, il aborde aussi des formes d’inégalités moins discutées. Ses textes sont courts, mais étonnamment complets. La présentation est aérée, agrémentée de nombreuses illustrations qui complètent bien le texte et de témoignages qui enrichissent les analyses. J’ai bien déploré que les données présentées ne soient pas toujours les plus récentes et qu’elles auraient pu parfois être mieux contextualisées, mais cela ne change pas les principaux constats du livre. Finalement, les notes explicatives sont en bas de page, mais, malheureusement, les 137 références sont à la fin du livre. Comme elles m’intéressaient, j’ai dû utiliser un deuxième signet…

Amartya Sen, ses influences, la justice et l’économie du bien-être

1 janvier 2021

économie du bien-êtreJ’ai mis de côté il y a quelques mois un document sur un échange entre trois économistes, Amartya Sen, Angus Deaton et Tim Besley, dont les deux premiers sont parmi les rares lauréats de gauche (ou de centre gauche) du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. Ce document est intitulé Economics with a Moral Compass? Welfare Economics: Past, Present, and Future (L’économie avec une boussole morale? L’économie du bien-être – passé, présent et futur) et porte essentiellement sur la carrière d’Amartya Sen. La vidéo de cet échange est accessible sur Internet (1 h 50).

Les influences d’Amartya Sen : Amartya Sen a été attiré par la théorie du choix social en lisant le livre Social Choice and Individual Values (Le choix social et les valeurs individuelles) de Kenneth Arrow qu’un libraire lui avait prêté pendant une journée. Il a surtout été impressionné par la démonstration d’Arrow de son théorème d’impossibilité. Ce livre est avec American Capitalism de John Kenneth Galbraith et les écrits de Karl Marx et d’Adam Smith celui qui l’a le plus influencé. En fait, ce qu’il a appris de ces quatre auteurs se complète, car la combinaison de leurs analyses permet d’envisager de réduire les inégalités en tenant compte des besoins (Marx), du travail (les quatre) et des intérêts de tous les membres d’une société (Arrow), et en s’assurant d’un équilibre entre les pouvoirs et les contre-pouvoirs (Galbraith). Il espérait, alors qu’il avait 17 ans en 1953, mettre en pratique ces analyses pour le mieux-être de son pays, l’Inde, indépendante depuis peu.

Étudiant ensuite à l’université de Cambridge en Angleterre, il a reçu peu d’encouragements à poursuivre dans cette voie, sauf de la part de deux professeurs à tendance marxiste (Maurice Dobb et Piero Sraffa, un proche d’Antonio Gramsci), ce qui l’a étonné, car les marxistes n’ont pas l’habitude d’être attirés par l’économie du bien-être. Mais, Sraffa avait des discussions au sujet de la liberté avec Gramsci et les deux étaient en désaccord, Gramsci ne la trouvant pas nécessaire et Sraffa la considérant comme essentielle, tout comme Amartya Sen.

Il a par contre eu des conflits avec sa directrice de thèse, Joan Robinson, que bien des économistes considèrent comme victime de sexisme, car elle méritait d’être la première femme à recevoir le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. Elle n’approuvait pas ses choix de recherche, les trouvant indignes de son talent et extérieurs à la discipline économique. À l’inverse, il n’aimait pas plus les domaines de recherche de sa directrice (dont l’accumulation de capital), ce qui l’a choquée. Elle accordait beaucoup d’importance à la croissance qui permettrait d’offrir des services publics de qualité, discours rendu de nos jours tout à fait orthodoxe, mais que Sen considère comme une des plus grandes erreurs en économie du développement (ce avec quoi je suis tout à fait d’accord; voir par exemple ce billet), car ce sont les services publics qui sont essentiels à la croissance (et au bien-être d’une population), pas l’inverse.

Malgré ces désaccords, Sen se considère très chanceux d’avoir pu être entouré de professeurs de très haut niveau. Il mentionne aussi Arthur Cecil Pigou qui était encore à Cambridge lors de ses études (mais n’enseignait plus) et qui était une icône de l’économie du bien-être et un précurseur de l’économie environnementale, notamment pour l’utilisation de l’écofiscalité (on parle d’ailleurs des taxes pigouviennes).

Il aborde ensuite la grande influence qu’a eu sur lui la famine du Bengale en 1943, au cours de laquelle de deux à quatre millions de personnes sont mortes, alors qu’elle aurait pu être évitée, comme il l’a montré dans un livre célèbre sur le sujet qu’il a écrit en 1981. Il raconte d’ailleurs ces événements avec encore aujourd’hui beaucoup de colère, puis explique la situation politique en Inde à l’époque, uniquement centrée sur le maintien au pouvoir de la famille régnante au détriment des plus pauvres.

S’il ne s’est jamais intéressé à l’économétrie, Sen a utilisé fréquemment des méthodes mathématiques notamment dans ses travaux en théorie du choix social, qu’il considère théoriques plutôt qu’empiriques, d’où l’inutilité pour ses travaux de l’économétrie, qu’il avoue n’avoir jamais maîtrisée par manque d’intérêt. À ce sujet, il rejoint la vision de l’économétrie de John Maynard Keynes, qu’il jugeait sévèrement, parce qu’il est impossible de mettre en équations tous les facteurs qui peuvent influencer l’économie, et que l’importance de ces facteurs peut varier selon les situations. En fait, on pourrait ajouter Keynes aux quatre autres économistes mentionnés plus tôt qui ont le plus influencé Sen. Ironiquement, Keynes a déjà dirigé une revue portant sur l’économétrie et Sen a été président de l’Econometric Society (qui porte aussi sur l’utilisation des mathématiques en économie, précise-t-il)…

L’idée de justice : À la demande d’Angus Deaton, Amartya Sen raconte ce qui l’a amené à écrire son livre le plus connu (que j’ai lu et que je recommande), L’idée de justice (pour son contenu, on peut consulter cette page de Wikipédia), paru en anglais en 2010. Pour ce livre, il dit avoir surtout bénéficié de l’influence d’Adam Smith, de Kenneth Arrow et bien sûr de John Rawls (Sen a d’ailleurs dédié ce livre à sa mémoire). D’Adam Smith, car c’est en le lisant qu’il s’est intéressé aux problèmes humains, à améliorer les possibilités des personnes de faire ce qu’elles aiment faire (ce qui correspond assez bien avec l’approche des capabilités sur laquelle il a travaillé intensément; voir notamment ce billet). Smith valorisait la croissance justement dans ce but et pour permettre à l’État d’offrir des services publics, comme l’éducation gratuite. Smith l’a aussi aidé à comprendre qu’il faut choisir son camp, dans leur cas celui des opprimé.es. Son sens de l’équité l’a séduit, lui qui s’opposait à l’esclavage et défendait les Irlandais quand les Britanniques les ridiculisaient.

La perception de la justice de Sen s’est ensuite peaufinée grâce à Arrow dans ses travaux sur les choix sociaux et grâce à Rawls, notamment à la lecture du livre La Justice comme équité (que j’ai lu aussi, mais recommande moins, quoiqu’il s’agisse d’un classique incontournable). Sen avoue d’ailleurs avoir un temps penché pour la philosophie plutôt que l’économie. Deaton fait alors remarquer que l’économie et la philosophie ont beaucoup en commun, surtout dans le domaine de l’économie du bien-être, que bien des départements d’économie n’enseignent même pas, alors que ceux de philosophie s’y intéressent.

L’économie du bien-être : Sen a vu le début du désintérêt de la discipline économique envers l’économie du bien-être, notamment parce qu’elle est à peu près impossible à modéliser et que cette analyse ne débouche pas sur des résultats facilement définissables. Il en est de même de l’étude de la pauvreté et des inégalités, les économistes orthodoxes ramenant toujours le bien-être aux optimums de Pareto qui n’aident en rien dans l’analyse de la pauvreté et des inégalités, et même du bien-être. Il critique aussi l’utilisation des critères de compensation de Hicks et Kaldor, trop théoriques et sans applications réelles. Tim Beasley demande ensuite à Sen d’expliquer comment les économistes orthodoxes ont pu laisser tomber l’économie du bien-être, alors qu’ils accordent autant d’importance à l’utilitarisme.

Selon Sen, le concept d’utilité est important, mais il ne tient pas compte de tout ce qui est important, comme la liberté et les inégalités. Son utilisation ne tient pas non plus compte du fait que l’utilité, ou le bien-être, apporté par une ressource varie beaucoup selon la personne qui reçoit cette ressource (selon qu’elle soit pauvre ou riche, par exemple), car elle ne se base que sur l’utilité agrégée ou totale.

L’échange se termine par le rappel du retour en Inde d’Amartya Sen vers la fin de ses études de 1956 à 1958, séjour au cours duquel il a critiqué le plan quinquennal conçu par un ami de sa famille, parce qu’il ne contenait rien sur les besoins de la population en éducation et en soins de santé.

Et alors…

En commençant à lire ce document, je m’attendais à ce qu’il porte aussi sur les réalisations d’Angus Deaton, que je connais moins qu’Amartya Sen, même si j’ai publié deux billets sur des études auxquelles il a participé (ici et ici) et un autre sur un de ses livres. Je ne suis pas déçu, car Amartya Sen est depuis longtemps un des économistes que je respecte le plus. J’ai en plus appris beaucoup de choses sur lui, notamment sur ses études en Angleterre avec quelque-un.es des économistes les plus célèbres de l’époque et sur son intérêt pour la théorie du choix social. Je ne connaissais pas non plus son attrait pour les livres d’Adam Smith, attrait qui montre encore une fois à quel point les travaux de Smith ont été dénaturés par des économistes orthodoxes (à ce sujet, voir notamment ce billet et le livre qu’il présente). J’aurais toutefois aimé qu’il parle davantage de John Rawls et de l’approche des capabilités, mais on ne peut pas tout avoir!

Retour sur le marché du travail d’octobre 2020

30 décembre 2020

Retour sur le marché du travail octobre 2020Dans ma série de billets sur les estimations de l’emploi de l’Enquête sur la population active (EPA), j’ai souligné à quelques reprises qu’il fallait prendre les variations d’emploi par industrie avec des pincettes en raison de leurs marges d’erreur importantes. Comme je l’ai fait pour les données de mars à septembre, je reviens donc sur les estimations de l’emploi globales et par industrie de l’EPA d’octobre en les comparant avec les données de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) qui ont été mises à jour le 22 décembre. Je pourrai ainsi comparer les baisses d’emploi globales et par industrie selon ces deux sources, et surtout montrer quels sous-secteurs des industries ont subi les pertes les plus importantes et lesquels s’en sont bien tirés ou ont même connu une croissance.

Alors que les estimations de l’EPA sont sujettes à d’importantes marges d’erreur, surtout pour les données désagrégées comme celles sur l’emploi par industrie, les données de l’EERH n’ont pas de marge d’erreur, car elles proviennent d’un recensement des salarié.es de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye. Pour cette raison, l’EPA ne fournit des estimations que pour 19 niveaux de désagrégation industrielle, tandis que l’EERH en publie pour 398! Par contre, l’EERH ne comptabilise pas les travailleur.euses autonomes, les salarié.es du secteur de l’agriculture (et de quelques autres secteurs qui comptent peu de salarié.es), les grévistes, les personnes en lock-out et celles en congé sans solde, alors que l’EPA le fait. Autre différence, l’EERH compile tous les emplois alors que l’EPA comptabilise les personnes en emploi, en ne considérant par exemple qu’un seul emploi quand une personne en occupe deux ou plus en même temps. Le plus grand défaut des données de l’EERH est qu’elles sont publiées près de deux mois après celles de l’EPA et carrément deux mois après les faits.

Données industrielles

Le tableau qui suit, basé sur le contenu des tableaux 14-10-0223-01 et 14-10-0355-01 de Statistique Canada, compare l’évolution des données désaisonnalisées sur l’emploi de février à octobre 2020 selon l’EPA et l’EERH, et souligne leurs différences.

Retour sur le marché du travail octobre 2020_1_Québec

Ces différences peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs. Par exemple, la différence de près de 560 000 emplois en février 2020 entre les estimations de l’EPA (4 384 500) et les données de l’EERH (3 825 175) s’explique surtout par le fait que les données de l’EERH ne couvrent pas les travailleur.euses autonomes (l’EPA estimait qu’il y en avait justement 562 500 en février). La différence plus grande en octobre (de 614 100 emplois), malgré une baisse de 27 000 travailleur.euses autonomes, est due au fait que beaucoup plus de personnes sans rémunération de la part de l’employeur ont été considérées en emploi par l’EPA, mais pas par l’EERH, en raison de leur absence du travail sans rémunération, l’équivalent d’un congé sans solde. Ainsi, alors que le nombre de salarié.es selon l’EERH et d’employé.es selon l’EPA était presque identique en février avec un écart de 3000 emplois ou de moins de 0,1 % en faveur de l’EERH, cet écart favorisait l’EPA en septembre de 78 000 emplois ou de 2,1 %, ce qui est beaucoup, mais trois fois moins qu’en juin (248 000 ou de 7,6 %).

Ces facteurs jouent aussi un rôle dans la différence du pourcentage de la baisse de l’emploi entre février et septembre entre les estimations de l’EPA (2,9 %) et les données de l’EERH (4,7 %). Selon le tableau 14-10-0288-01 tiré des estimations de l’EPA, l’emploi global a baissé de 2,9 %, mais de 2,6 % pour les employé.es. La baisse moins élevée du nombre d’employé.es accentue encore plus la différence entre les niveaux de baisse selon l’EPA et l’EERH (2,6 % par rapport à 4,7 %). Il est donc clair que d’autres facteurs ont joué. On pourrait penser à la marge d’erreur des estimations de l’EPA et à la différence de semaine de référence, soit du 11 au 17 octobre pour l’EPA et du 25 au 31 octobre pour l’EERH. Mais ce serait étonnant que ces facteurs aient pu avoir un impact suffisant pour expliquer les 2,1 points de pourcentage d’écart. Il semble donc clair que cet écart de 2,1 points est dû en premier lieu au facteur mentionné auparavant, soit qu’un nombre plus élevé de personnes sans rémunération ont été considérées en emploi par l’EPA en octobre qu’en février, mais pas par l’EERH.

Par ailleurs, la présence des travailleur.euses autonomes dans les estimations de l’EPA peut fausser les comparaisons de l’évolution de l’emploi par industrie (comme dans les autres services, les services professionnels, scientifiques et techniques, les services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien, et l’information, la culture et les loisirs où le taux de travailleur.euses autonomes était entre 21 % et 37 % en octobre, selon les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0026-01). Cela dit, malgré ces facteurs, seulement cinq industries (toutes dans le secteur des services) présentaient des écarts de plus de cinq points de pourcentage entre les données de l’EERH et les estimations de l’EPA dans l’évolution de l’emploi entre février et octobre (voir la dernière colonne du tableau), soit :

  • les services d’enseignement, avec une hausse de 10,1 % selon l’EPA et une baisse de 3,5 % selon l’EERH;
  • la finance, les assurances et les services immobiliers et de location, avec une hausse de 2,8 % et une baisse de 6,0 %;
  • les services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien, avec des baisses de 0,8 % et de 8,6 %;
  • le commerce de gros et de détail, avec une hausse de 0,6 % et une baisse de 4,7 %
  • l’information, la culture et les loisirs, avec des baisses de 16,1 % et de 11,1 %.

Les données par sous-secteurs

Comme mentionné en amorce, je visais entre autres par cette série à vérifier quels sous-secteurs des industries ont subi les pertes d’emploi les plus importantes et lesquels s’en sont bien tirés ou ont même connu une croissance. Pour ce faire, j’ai toutefois dû me servir d’un tableau contenant des données non désaisonnalisées, car il fournit des données pour 398 niveaux de désagrégation industrielle plutôt que pour 26, comme celui que j’ai utilisé pour le tableau précédent en données désaisonnalisées. Pour que ces données soient comparables et éviter les écarts saisonniers importants, je présenterai les variations d’emploi entre octobre 2019 et 2020.

– Construction

Comme on peut le voir dans le premier tableau de ce billet, le nombre d’emplois entre février et octobre en données désaisonnalisées dans la construction a diminué de 3,9 % selon les estimations de l’EPA, mais de Retour sur le marché du travail octobre 2020_4_constructionseulement 0,1 % selon les données de l’EERH. Le tableau ci-contre nous montre que l’emploi selon les données non désaisonnalisées de l’EERH a augmenté de 2,2 % entre octobre 2019 et 2020. La baisse la plus importante, en nombre et en pourcentage, a été observée dans la construction d’installations de services publics (16 % ou 1900 emplois). L’emploi a augmenté dans la plupart des autres sous-secteurs, avec la hausse la plus élevée en pourcentage (17 %, ou 1100 emplois) dans les autres travaux de génie civil , et la plus élevée en nombre chez les autres entrepreneurs spécialisés (2700 emplois ou de 8,0 %).

– Fabrication

L’emploi désaisonnalisé de la fabrication a diminué de 5,0 % entre février et octobre selon les estimations de l’EPA et de 4,2 % selon les données de l’EERH, et de 5,1 % en données non désaisonnalisées entre octobre 2019 et 2020. Seulement deux sous-secteurs ont connu une hausse de plus de 1 % entre ces deux mois d’octobre, soit les usines de produits textiles (5,6 % ou 180 emplois) et la première transformation des métaux (11,1 % ou 1800 emplois), dont une hausse de 13,7 % (820 emplois) dans la production et la transformation d’alumine et d’aluminium. Des baisses de plus de 10 % furent observées dans la fabrication de produits du pétrole et du charbon (16 % ou 700 emplois), l’impression (14 % ou 1700 emplois), les usines de textiles (13 % ou 400 emplois) et la fabrication de vêtements (17 % ou 1700 emplois).

– Commerce de gros et de détail

Retour sur le marché du travail octobre 2020_5_commerceL’emploi désaisonnalisé du commerce de gros et de détail a augmenté de 0,6 % entre février et octobre selon les estimations de l’EPA et a diminué de 4,7 % selon les données de l’EERH, et de 4,1 % en données non désaisonnalisées entre octobre 2019 et 2020. L’emploi a diminué de 4,9 % (8900 emplois) dans le commerce de gros. Il a augmenté légèrement chez les grossistes-marchands de produits agricoles, est demeuré stable chez les grossistes-marchands de véhicules automobiles, et de pièces et d’accessoires de véhicules automobiles, et a diminué de 28 % chez les grossistes-marchands de pétrole et de produits pétroliers (640 emplois) et d’entre 2 % et 11 % dans les autres sous-secteurs.

Dans le commerce de détail, la baisse fut de 3,9 % entre les deux mois d’octobre (17 500 emplois). L’emploi a augmenté de 14 % (1100 emplois) chez les détaillants hors magasin et de 9 % (3800 emplois) dans les magasins de marchandises diverses (dont les grands magasins), est demeuré assez stable (écarts de moins de 1 %) dans les magasins d’alimentation et chez les marchands de matériaux de construction et de matériel et fournitures de jardinage, et a baissé d’entre 3 et 21 % dans les autres sous-secteurs. Les baisses les plus fortes (de plus de 10 %) ont été observées dans les magasins de vêtements et d’accessoires vestimentaires (21 % ou 11 400 emplois) et les magasins d’appareils électroniques et ménagers (10 % ou 1100 emplois).

– Transport

Retour sur le marché du travail octobre 2020_6_transportL’emploi désaisonnalisé du transport a diminué de 4,3 % entre février et octobre selon les estimations de l’EPA et de 4,1 % selon les données de l’EERH, et de 4,0 % en données non désaisonnalisées entre octobre 2019 et 2020. Si l’emploi a augmenté de 12 % dans les messageries et les services de messagers (1300 emplois), probablement en raison de la hausse des livraisons de repas et de petits colis par des entreprises spécialisées, et est demeuré assez stable dans le transport ferroviaire, il a diminué d’entre 3 et 10 % dans les autres sous-secteurs. Étonnamment, l’emploi n’a baissé que de 3 % dans le transport aérien (360 emplois), probablement en raison de la Subvention salariale d’urgence du Canada.

– Finance, assurances, services immobiliers et de location

L’emploi désaisonnalisé de cette industrie a diminué de 2,8 % entre février et octobre selon les estimations de l’EPA et de 6,0 % selon les données de l’EERH, et de 5,8 % en données non désaisonnalisées entre octobre 2019 et 2020. Cette baisse fut en fait de seulement 0,7 % dans la finance et l’assurance (1100 emplois), mais de 19 % dans les services immobiliers et de location (11 000 emplois).

– Services professionnels, scientifiques et techniques

Retour sur le marché du travail octobre 2020_7_professionnelsL’emploi désaisonnalisé de cette industrie a augmenté de 2,1 % entre février et octobre selon les estimations de l’EPA et de 1,7 % selon les données de l’EERH, mais de 3,0 % en données non désaisonnalisées entre octobre 2019 et 2020. L’emploi a augmenté de 1,3 % à 8,4 % dans cinq sous-secteurs, mais a diminué de 17 % dans les services spécialisés de design (600 emplois) et de 5 % dans la publicité, les relations publiques et les services connexes (645 emplois). La plus forte hausse en nombre (4400 emplois ou 6 %) a eu lieu dans la conception de systèmes informatiques et services connexes.

– Services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien

Retour sur le marché du travail octobre 2020_8_entreprisesL’emploi désaisonnalisé de cette industrie a diminué de 0,8 % entre février et octobre selon les estimations de l’EPA et de 8,6 % selon les données de l’EERH, et de 6,3 % en données non désaisonnalisées entre octobre 2019 et 2020. Les baisses de plus de 10 % ont eu lieu dans les services de préparation de voyages et de réservation (20 % ou 1700 emplois), la collecte de déchets (14 % ou 600 emplois), les services de soutien aux entreprises (14 % ou 2100 emplois), les services administratifs de bureau (13 % ou 1900 emplois) et les services d’emploi (12 % ou 5200 emplois).

– Services d’enseignement

Retour sur le marché du travail octobre 2020_9_enseignementL’emploi désaisonnalisé dans les services d’enseignement a augmenté de 10,1 % entre février et octobre selon les estimations de l’EPA et a diminué de 3,5 % selon les données de l’EERH, et de 2,8 % en données non désaisonnalisées entre octobre 2019 et 2020. Les deux baisses supérieures à 10 % s’observent dans les services de soutien à l’enseignement (18 %, mais seulement 210 emplois) et les autres établissements d’enseignement et de formation (12 % ou 1700 emplois). Les baisses les plus fortes en nombre provenaient des universités (4800 emplois ou 7 %) et des collèges communautaires et cégeps (2200 emplois ou 6 %), sûrement en raison de l’enseignement à distance.

– Soins de santé et assistance sociale

L’emploi désaisonnalisé dans les soins de santé et l’assistance sociale a augmenté de 1,0 % entre février et octobre selon les estimations de l’EPA, de 3,4 % selon les données de l’EERH, et de 4,7 % en données non désaisonnalisées entre septembre 2019 et 2020. Entre ces deux mois, les baisses et les hausses de plus de 10 % ont été observées dans les :

  • services de soins de santé à domicile (-13 % ou 400 emplois);
  • établissements de soins infirmiers (-10 % ou 5900 emplois);
  • établissements résidentiels pour handicaps liés au développement, troubles mentaux, alcoolisme et de toxicomanie (+33 % ou 1750 emplois);
  • établissements communautaires de soins pour personnes âgées (+32 % ou 10 000 emplois);
  • services de réadaptation professionnelle (+31 % ou 3400 emplois);
  • centres de soins ambulatoires (dont les CLSC, +25 % ou 10 700 emplois);
  • autres services de soins de santé ambulatoires (+16 % ou 1240 emplois);
  • autres établissements de soins pour bénéficiaires internes (+15 % ou 1350 emplois);
  • hôpitaux psychiatriques et hôpitaux pour alcooliques et toxicomanes (+13 % ou 1000 emplois).

– Information, culture et loisirs

Retour sur le marché du travail octobre 2020_10_ICLL’emploi désaisonnalisé dans cette industrie a diminué de 16,1 % entre février et octobre selon les estimations de l’EPA et de 11,1 % selon les données de l’EERH, et de 14,0 % en données non désaisonnalisées entre octobre 2019 et 2020. Les baisses furent les plus élevées dans les arts d’interprétation, sports-spectacles et activités connexes (49 % ou 8350 emplois), le divertissement, les loisirs, les jeux de hasard et les loteries (20 % ou 8000 emplois, mais de seulement 10 % ou de 700 emplois dans les jeux de hasard et loteries), l’édition (11 % ou 2050 emplois) et les établissements du patrimoine (10 % ou 800 emplois). Notons que la baisse dans l’édition fut de seulement 5,0 % (520 emplois) chez les éditeurs de logiciels, mais de 22 % (1500 emplois) chez les éditeurs de journaux, de périodiques, de livres et de répertoires. L’emploi n’a augmenté que dans le traitement de données, hébergement de données et services connexes (15 % ou 360 emplois) et les télécommunications (3,4 % ou 830 emplois).

– Services d’hébergement et de restauration

Retour sur le marché du travail octobre 2020_11_h et rLa baisse de l’emploi en données désaisonnalisées entre février et octobre 2020 dans les services d’hébergement et de restauration fut la plus importante de toutes les industries à la fois selon les estimations de l’EPA (30,6 %) et selon les données de l’EERH (26,2 %). Entre les deux mois doctobre, elle fut 25,3 % en données non désaisonnalisées. Les baisses les plus fortes en pourcentage provenaient des débits de boissons alcoolisées (40 %, ou 5500 emplois) et des services de restauration spéciaux (38 %, ou 5250 emplois). Par contre, la plus forte baisse en nombre, et de loin, a été observée dans les restaurants (24 % ou 52 000 emplois, soit 73 % de la baisse totale). La situation ne fut pas plus enviable dans les services d’hébergement, avec une baisse de 25 % ou de 8600 emplois.

– Autres services (sauf les administrations publiques)

Retour sur le marché du travail octobre 2020_12_autresLes baisses en données désaisonnalisées entre février et octobre 2020 selon l’EPA et l’EERH dans les autres services furent respectivement de 9,2 % et 9,4 %. La baisse fut aussi semblable en données non désaisonnalisées entre octobre 2019 et 2020, soit de 9,6 %. Les baisses les plus fortes en pourcentage ont eu lieu dans les autres services personnels (29 % ou 1600 emplois), les services de nettoyage à sec et de blanchissage (21 % ou 1100 emplois) et les services de soins personnels (10 % ou 1700 emplois). En nombre, la baisse la plus importante s’est observée dans les organismes religieux, fondations, groupes de citoyens et organisations professionnelles et similaires (4900 emplois ou 9 %), dont une baisse de 3000 emplois ou de 15 % dans les organisations civiques et sociales. Le sous-secteur de la réparation et de l’entretien a connu une baisse de 3100 emplois (7 %), dont plus de 1900 dans la réparation et l’entretien de véhicules automobiles (7 % aussi).

Et alors…

Les estimations de l’EPA avaient montré une baisse de 13 000 emplois entre septembre et octobre en raison du reconfinement de quelques industries pour lutter contre la deuxième vague de la COVID-19. Or, les données de l’EERH ont montré au contraire une hausse de 12 000 emplois. En fait, cet écart de 25 000 emplois est essentiellement dû à la baisse de plus de 42 000 personnes sans rémunération de la part de l’employeur qui ont été considérées en emploi par l’EPA, mais pas par l’EERH. Selon mes calculs, alors que le nombre de personnes dans cette situation était en septembre plus élevé qu’en février de 120 000, cette hausse par rapport à février était rendue à 78 000 en octobre, en baisse de 42 000. Sans ce phénomène, l’emploi aurait en fait baissé davantage dans les données de l’EERH que dans les estimations de l’EPA. Cela montre encore une fois à quel point il faut être prudent quand on analyse ces données, encore plus durant cette crise.

Comme au cours des mois précédents, ce billet nous a permis de mieux associer à leurs conséquences par sous-secteurs les décisions gouvernementales pour combattre la COVID-19 et les changements de comportement de la population. Une baisse dans une industrie peut par exemple cacher des hausses dans certains de ses sous-secteurs, comme on l’a vu dans la plupart des industries que j’ai présentées dans ce billet. Les données d’octobre nous ont montré plus clairement que par les mois passés quels sous-secteurs étaient sortis de la crise et ceux qui étaient encore touchés fortement, et même ceux qui ont connu une croissance au cours de cette crise, parfois en raison de celle-ci, comme dans quelques sous-secteurs de la santé. On voit que, même si l’emploi s’est redressé de façon importante depuis avril, les mesures d’aide gouvernementales sont encore essentielles pour les personnes qui ont perdu leur emploi dans de nombreux sous-secteurs. Et je vous souhaite une bonne année 2021, à tout le moins meilleure que 2020!

Une arme blanche

28 décembre 2020

arme blancheAvec son livre Une arme blanche – La mort de George Floyd et les usages de l’histoire dans le discours néoconservateur, Jean-Pierre Le Glaunec, professeur d’histoire à l’Université de Sherbrooke, «déboulonne le discours conservateur des chroniques floydiennes de Christian Rioux. Il pose surtout cette question, décisive en démocratie : jusqu’où est-il permis de tordre les faits historiques afin d’honorer nos convictions politiques?».

Avant-propos : Le 25 mai 2020, «George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans originaire de Caroline du Nord, meurt sous le poids d’un policier blanc». Les débats sur ce décès, au début concentrés aux États-Unis, se déplacent par la suite au Québec et portent entre autres sur le racisme systémique. Christian Rioux, correspondant du Devoir à Paris, publie le 5 juin la première d’une série de six chroniques qui «ont polarisé le débat, tant par leurs thèses que par leur ton polémique», suscitant des réactions indignées, notamment de la part d’un «collectif d’une cinquantaine de personnalités d’origine haïtienne». «Ce livre est une tentative de réponse aux chroniques floydiennes de Christian Rioux et en particulier à la première», et à celles d’autres chroniqueur.euses conservateur.trices qui ont exploité cette mort pour mettre de l’avant leurs critiques habituelles contre le politiquement correct, les gauchistes, le multiculturalisme et d’autres thèmes du genre.

J’étais un raciste ordinaire : L’auteur présente l’évolution de ses positions sociales et politiques, loin des extrêmes des gauchistes caricaturé.es par Christian Rioux dans ses chroniques. En France, il a déjà appuyé le Front national raciste de Jean-Marie Le Pen. Son parcours est donc un peu l’inverse de celui de Christian Rioux, qui a déjà milité au sein du groupe marxiste-léniniste En lutte!. Ce sont ses études en histoire qui lui ont fait réaliser que son racisme reposait sur des mensonges, et c’est justement les armes de son métier d’historien qu’il compte utiliser pour «répondre au mensonge, à la haine ordinaire et à la duperie» des chroniques de Christian Rioux.

Le Christian Rioux du vendredi : L’auteur distingue les chroniques du vendredi de Christian Rioux de ses articles deux fois plus nombreux publiés en tant que correspondant à Paris. Il devient «une des figures établies du conservatisme au Québec» dans ces chroniques se situant «entre les lignes éditoriales de la droite française et du conservatisme nord-américain». L’auteur aborde ensuite les inexactitudes colportées par Christian Rioux dans l’histoire des luttes noires états-uniennes et l’intérêt de Christian Rioux pour les écrits historiques qu’il déforme trop souvent pour appuyer ses objectifs propagandistes.

Le prétexte George Floyd : «George Floyd n’était qu’un prétexte pour Christian Rioux» pour s’en prendre aux «ennemis archétypaux du néoconservatisme et du populisme de droite : les multiculturalistes et autres antiracistes» et pour se présenter comme «la vraie victime souffrant sous le joug du «politiquement correct» et de la «bien-pensance»». L’auteur décortique ensuite ses chroniques pour illustrer cette posture de M. Rioux et pour souligner ses raccourcis avec les faits et la sélection idéologique de ses sources (qu’il ne critique jamais, même si certaines ont été démontrées fausses). Il aborde ensuite :

  • les insultes de M. Rioux envers les personnes qui ne pensent pas comme lui;
  • le niveau particulier du racisme aux États-Unis, surtout envers les Noir.es, phénomène aussi bien historique qu’actuel;
  • le mythe de l’esclavage bienveillant ;
  • les révoltes d’esclaves aux États-Unis.

L’«esprit des Lumières» : L’auteur souligne le caractère sinueux des propos de Christian Rioux sur le racisme aux États-Unis selon ce qu’il veut démontrer, invoquant d’un côté «l’universalité de la pratique esclavagiste dans l’histoire» et affirmant de l’autre que «la division du monde entre Noir.es et Blanc.hes» serait propre au peuple des États-Unis et presque absente en France et au Québec, sauf en de rares moments montés en épingle par les antiracistes. L’auteur montre que ces moments ne sont en fait pas rares du tout, surtout pour la France colonialiste, qui est notamment la seule nation à avoir rétabli l’esclavage après l’avoir aboli. Il aborde ensuite :

  • le détournement de la mort de George Floyd par M. Rioux pour reprendre ses griefs habituels, notamment sur l’utilisation de l’anglais sur les pancartes des manifestant.es antiracistes à Montréal;
  • la dénonciation par M. Rioux de l’appropriation de leur identité noire par les Haïtien.nes de Montréal qui seraient en fait issu.es d’une nation francophone (!);
  • les jérémiades de Christian Rioux, notamment sur un supposé «racisme inversé»;
  • des données sur le racisme en France.

Le détour par les banlieues françaises ou l’histoire d’un trou de mémoire : Christian Rioux s’adresse à un «lecteur modèle» qui «aime lire l’Internationale conservatrice à laquelle appartient le chroniqueur du Devoir à Paris, car il souhaite avoir bonne conscience et être rassuré», et qui «est prêt à cautionner, ce faisant, une panoplie de demi-vérités et de mythes visant à réécrire l’histoire». L’auteur souligne d’autres contradictions, alors que M. Rioux dit une chose et son contraire selon ce qu’il veut démontrer, et qu’il se répète continuellement, avec des phrases presque identiques. Il aborde ensuite :

  • ses préjugés et ses outrances verbales, notamment sur la langue parlée par les immigrant.es et leur supposée non-compréhension des chansons qu’ils et elles chantent en anglais;
  • ses chroniques plus ouvertes aux immigrant.es et aux opprimé.es dans les années 1990 et 2000;
  • la victimisation des Blanc.hes;
  • ses croisades (dans le sens de «tentatives pour créer un mouvement d’opinion dans une lutte»);
  • de nombreux exemples de son virage idéologique vers le début des années 2010 et surtout depuis 2013 (année du dépôt de la charte des valeurs du PQ).

Conclusion : Les six chroniques floydiennes de Christian Rioux parues dans Le Devoir du 5 juin au 17 juillet 2020 sont au bout du compte une déclaration de guerre contre ses «ennemi.es» idéologiques. Il rejoint ainsi de trop nombreux.euses chroniqueur.euses néoconservateur.trices et populistes de droite de France et du Québec qui «ont instrumentalisé la mort de George Floyd pour mieux transmettre leur idéologie et pour mener la guerre qui est la leur». L’auteur considère que le concept de la haine de l’autre, celle qui a mené à la mort de Floyd au bout de huit minutes et quarante-six secondes d’asphyxie, est bien plus dangereux pour la cohésion sociale qu’une mythique haine de soi déplorée et dénoncée par ces chroniqueur.euses. Il conclut en se demandant «quel regard le Christian Rioux d’aujourd’hui porte sur le Christian Rioux d’avant sa croisade contre les antiracistes», celui qui «dénonçait, justement, la haine de l’autre».

Post-scriptum : Dans ce post-scriptum, l’auteur tend la main à Christian Rioux.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Cet essai m’a permis de mettre le doigt sur ce qui me dérange le plus des chroniques de Christian Rioux. En soulignant de façon experte et précise les erreurs, les contradictions et les virages de ce chroniqueur, l’auteur montre que ce n’est pas seulement en raison de l’idéologie qui transpire de ses textes qu’ils nous répugnent, mais aussi et surtout en raison des inexactitudes, des sophismes, des faussetés et des demi-vérités qui y sont légion. En me procurant ce livre, je pensais aux Mélancolies identitaires de Mark Fortier, qui porte sur les écrits de Matthieu Bock-Côté (voir ce billet). Mais, ces deux livres sont bien différents (même si tous deux recommandables). Ce dernier se sert des sujets abordés par son objet d’étude pour nous faire part de sa vision sur ces sujets (et sur d’autres), alors que celui de Jean-Pierre Le Glaunec décortique à fond le contenu des chroniques de Christian Rioux pour faire ressortir ses erreurs, surtout sur le plan historique. En plus, ce livre n’est pas bien long à lire (144 pages selon l’éditeur et moins de 100 dans sa version électronique). Seul bémol, les 199 notes, surtout des références, mais aussi des compléments d’information, sont à la fin du livre. Comme je l’ai lu dans sa version électronique, cela n’a pas nui au plaisir de la lecture et n’a pas exigé pas d’utiliser deux signets!

La COVID-19 et le chômage inexpérimenté

25 décembre 2020

COVID-19 et le chômage inexpérimentéQuoi de mieux à lire lors d’un Noël confiné qu’un billet sur le marché du travail? Il y a un sujet (au moins!) que je n’ai jamais abordé dans ma série de billets portant sur la COVID-19 et le marché du travail. Il s’agit de l’évolution du nombre et de la proportion des chômeur.euses inexpérimenté.es. J’ai déjà abordé cette question dans un billet datant de 2013, mais n’y suis pas revenu souvent.

Un.e chômeur.euse inexpérimenté.e est une personne qui cherche un emploi et qui est disponible pour travailler, mais qui n’a jamais travaillé auparavant ou dont le dernier emploi remonte à plus d’un an. Dans ma série de billets sur la COVID-19 et le marché du travail, j’ai insisté sur les particularités du chômage au cours de cette période, notamment sur le fait que de nombreuses personnes qui ont perdu leur emploi ont pu, compte tenu des confinements, décider de ne pas chercher d’emploi et se sont retrouvées classées comme inactives. Je n’ai toutefois jamais mentionné cet impact sur les personnes qui étaient en chômage, mais sans avoir perdu leur emploi en raison de la COVID-19 et sur celles qui auraient cherché un emploi pour la première fois ou qui auraient décidé de retourner sur le marché du travail. Mais, bon, il n’est jamais trop tard pour bien faire!

Évolution du chômage inexpérimenté

COVID-19 et le chômage inexpérimenté_1– Québec et Canada : Le graphique ci-contre, tiré des données du tableau 14-10-0023-01 de Statistique Canada, montre l’évolution de la proportion de chômeur.euses inexpérimenté.es sur le chômage total de 1976 à 2019. Ces chômeur.euses sont les personnes dans la catégorie «aucune classification d’industrie» du tableau utilisé. On peut voir que ces personnes représentaient en 1976 moins de 20 % des chômeur.euses dans le reste du Canada et au Québec, et que cette proportion, après bien des sursauts, s’est stabilisée entre 30 % et 40 % de 2000 à 2019. Cette hausse explique en partie la baisse du ratio prestataires sur chômeur.euses au cours de cette période (mais moins que les changements aux critères d’admissibilité de l’assurance-emploi), surtout au cours des années 1990 qui a vu le pourcentage de chômeur.euses inexpérimenté.es passer de 22,7 % en 1990 à 42,0 % en 1997 au Québec et de 17,9 % en 1990 à 37,0 % en 1997 dans le reste du Canada. On notera que si cette proportion fut plus faible dans le reste du Canada qu’au Québec de 1977 à 2009, ce fut l’inverse par la suite, soit après la récession de 2009.

Ces variations s’expliquent d’ailleurs en partie par les récessions, la proportion de chômeur.euses sans emploi depuis au moins un an (voir les données R1 du tableau 14-10-0078-01) augmentant dans les années suivantes. En effet, le taux de chômage associé aux personnes sans emploi depuis au moins un an est passé de 0,6 % à 1,8 % au Canada et de 1,1 % à 2,5 % au Québec entre 1990 et 1994, et est demeuré élevé en 1997 (1,4 % et 2,2 %). Cela signifie que la part des chômeur.euses de longue durée (au moins un an) est passée au Québec de 10,6 % en 1990 (1,1 % / 10,4 %) à 20,3 % en 1994 (2,5 % / 12,3 %) et à 19,5 % en 1997 (2,2 % / 11,8 %). D’ailleurs, le coefficient de corrélation entre ce taux de chômage et la proportion de chômeur.euses inexpérimenté.es était au Québec de 0,91 entre 1976 et 1997, ce qui est très élevé. Cette relation n’existait toutefois presque plus de 2000 à 2019, le coefficient de corrélation se situant pour cette période à seulement 0,11. Le maintien de la proportion de chômeur.euses inexpérimenté.es sur le chômage total à des niveaux élevés dans les années 2000 semble plus lié à la baisse du taux de chômage, celui-ci étant passé de 11,4 % en 1997 à moins de 9 % à partir de 2004, à moins de 8 % à partir de 2011 et à moins de 6 % en 2018 et en 2019. Ces bas taux de chômage ont sûrement attiré plus de personnes sur le marché du travail et ont fait diminuer le nombre de chômeur.euses expérimenté.es. D’ailleurs, le coefficient de corrélation entre le taux de chômage et la proportion de chômeur.euses inexpérimenté.es était au Québec de -0,40 entre 2002 et 2019, ce qui n’est pas aussi net que le coefficient de corrélation précédent, mais montre quand même que cette proportion tend à augmenter quand le taux de chômage diminue.

Cette évolution s’est traduite par une baisse de 23 % du nombre de chômeur.euses expérimenté.es au Québec entre 1976 et 2019, et par une hausse de 76 % du nombre de chômeur.euses inexpérimenté.es, virage assez spectaculaire! Dans le reste du Canada, cette évolution fut encore plus nette, ces proportions ayant augmenté respectivement de 39 % et de 268 %!

COVID-19 et le chômage inexpérimenté_2– Au Québec selon le sexe : Le graphique ci-contre montre que l’évolution de la proportion de chômeur.euses inexpérimenté.es sur le chômage total fut semblable chez les hommes et les femmes, mais que l’écart entre les deux a grandement diminué avec le temps, passant par exemple de 10,6 points de pourcentage de plus chez les femmes en moyenne entre 1976 et 1981 à 6,0 points entre 2014 et 2019. Entre 1976 et 2019, cette évolution s’est traduite par :

  • une baisse de 25 % du nombre de chômeurs expérimentés;
  • une hausse de 76 % du nombre de chômeurs inexpérimentés;
  • une baisse de 20 % du nombre de chômeuses expérimentées;
  • une hausse de 53 % du nombre de chômeuses inexpérimentées.

Cette évolution a été un peu à l’avantage des femmes. Cela est normal, car le taux de chômage des femmes a diminué de 5,3 points de pourcentage entre 1976 et 2019 (de 9,7 % à 4,4 %), alors qu’il a baissé deux fois moins chez les hommes, soit de 2,5 points (de 8,1 % à 5,6 %).

COVID-19 et le chômage inexpérimenté_3– Au Québec selon l’âge : Le graphique ci-contre montre que l’évolution de la proportion de chômeur.euses inexpérimenté.es sur le chômage total fut semblable dans les trois tranches d’âge illustrées. Ce constat m’a étonné, parce que je pensais que le fait que les jeunes sont proportionnellement plus nombreux.euses à n’avoir eu aucun emploi auparavant ferait en sorte que leur part de chômeur.euses inexpérimenté.es serait plus élevée. Par contre, les jeunes sont les moins nombreux.euses à être en chômage depuis au moins un an, et les personnes âgées de 55 ans et plus les plus nombreuses dans ce cas.

Le chômage inexpérimenté durant la crise de la COVID-19

COVID-19 et le chômage inexpérimenté_4– Québec et Canada : Le graphique ci-contre, tiré des données du tableau 14-10-0022-01, montre l’évolution de la proportion de chômeur.euses inexpérimenté.es sur le chômage total de mars 2019 à novembre 2020. J’ai fait commencer ce graphique en 2019, pour pouvoir quantifier les mouvements de cette proportion au cours de la crise de la COVID, soit de mars à novembre 2020.

On peut voir que cette proportion fut un peu plus élevée dans le reste du Canada au cours de 19 des 21 mois illustrés, et au cours des neuf mois de la crise. Dans les deux territoires, cette proportion a chuté au début de cette crise pour atteindre son niveau plancher en avril 2020, mois au cours duquel l’emploi a le plus diminué au Québec (de 18,7 % par rapport à février) et dans le reste du Canada (de 14,8 %). Je m’y attendais (sinon je n’aurais pas pensé à écrire un billet à ce sujet), car il était clair que la hausse du chômage ne pouvait venir que des travailleur.euses expérimenté.es, mais pas que cette proportion aurait baissé autant, surtout au Québec. En effet, cette proportion est passée de 36,4 % à 14,3 % entre avril 2019 et avril 2020 dans le reste du Canada, mais de 29,5 % à seulement 4,2 % au Québec! En fait, ce n’est pas que la proportion des chômeur.euses inexpérimenté.es qui a diminué, mais aussi leur nombre. Ainsi, entre avril 2019 et avril 2020 :

  • le nombre de chômeur.euses du reste du Canada a augmenté de 81 %;
  • le nombre de chômeur.euses expérimenté.es du reste du Canada a augmenté de 144 %;
  • le nombre de chômeur.euses inexpérimenté.es du reste du Canada a diminué de 29 %;
  • le nombre de chômeur.euses du Québec a augmenté de 217 %;
  • le nombre de chômeur.euses expérimenté.es du reste du Canada a augmenté de 331 %;
  • le nombre de chômeur.euses inexpérimenté.es du reste du Canada a diminué de 54 %.

Non seulement une forte proportion des personnes qui ont perdu leur emploi ont décidé de cesser de chercher un emploi et sont devenues «inactives», comme je l’ai expliqué dans tous mes billets portant sur la COVID-19 et le marché du travail, mais, au Québec, plus de la moitié des chômeur.euses inexpérimenté.es en ont fait autant. Notons toutefois que leur nombre a surpassé celui du mois de l’année précédente dès le mois de mai dans le reste du Canada et dès juin au Québec. Ce nombre est demeuré supérieur à celui de l’année précédente dans tous les mois suivants dans le reste du Canada, mais est redevenu inférieur en novembre au Québec (de 9,3 %), probablement en raison du reconfinement partiel.

COVID-19 et le chômage inexpérimenté_5– Au Québec selon le sexe : Le graphique ci-contre montre que la proportion de chômeur.euses inexpérimenté.es sur le chômage total fut au Québec nettement plus élevée chez les femmes que chez les hommes jusqu’en février 2020, donc avant le début de la crise de la COVID-19, mais fut assez étrangement égal par la suite (sauf un petit écart en octobre). Mais pour revenir à égalité, il a fallu que la proportion des femmes baisse beaucoup plus. Ainsi, entre avril 2019 et avril 2020 :

  • le nombre de chômeurs a augmenté de 168 %, mais le nombre de chômeuses de 320 %;
  • le nombre de chômeurs expérimentés a augmenté de 236 %, mais le nombre de chômeuses expérimentées de 589 % (!);
  • le nombre de chômeurs inexpérimentés a diminué de 50 %, mais le nombre de chômeuses inexpérimentées de 60 %.

COVID-19 et le chômage inexpérimenté_6– Au Québec selon l’âge : Le graphique ci-contre montre que la proportion de chômeur.euses inexpérimenté.es sur le chômage total fut au Québec assez semblable en 2019 pour les trois tranches d’âge illustrées, sauf pour les 55 ans et plus de mars à mai, et en juillet chez les 15 à 24 ans, quand plus de jeunes aux études cherchent des emplois; cette proportion a d’ailleurs aussi augmenté fortement en juillet 2020. Encore là, la baisse de février à avril 2020 fut assez étrangement comparable pour ces trois groupes d’âge, même si les écarts entre avril 2019 et avril 2020 ont varié :

  • le nombre de chômeur.euses âgé.es de 15 à 24 ans a augmenté de 293 %, mais de ceux et celles âgé.es de 25 à 54 ans de 211 % et de ceux et celles âgé.es de 55 ans et plus de 172 %;
  • le nombre de chômeur.euses expérimenté.es âgé.es de 15 à 24 ans a augmenté de 402 %, mais de ceux et celles âgé.es de 25 à 54 ans de 308 % et de ceux et celles âgé.es de 55 ans et plus de 327 %;
  • le nombre de chômeur.euses inexpérimenté.es âgé.es de 15 à 24 ans a diminué de 16 %, mais de ceux et celles âgé.es de 25 à 54 ans de 66 % et de ceux et celles âgé.es de 55 ans et plus de 56 %.

Par la suite, le nombre de chômeur.euses inexpérimenté.es âgé.es de 15 à 24 ans a été plus élevé en 2020 qu’en 2019 de mai à septembre (et même le double en mai et en juin), montrant que, contrairement aux prétentions trop souvent entendues, les jeunes ont encore plus cherché des emplois l’été dernier que l’année précédente, ce qui va à l’encontre des affirmations de trop de personnes qui ont prétendu que la Prestation canadienne d’urgence pour étudiant.es (PCUE) a désincité les jeunes à chercher du travail. Cela dit, il était normal que plus de jeunes n’ayant pas travaillé depuis au moins un an soient en chômage, puisqu’il y avait moins d’emplois disponibles dans les secteurs où ces jeunes travaillent habituellement en été. À l’inverse, le nombre de chômeur.euses inexpérimenté.es âgé.es de 55 ans et plus a constamment été inférieur en 2020 à son niveau de 2019, en moyenne de 49 % de mai à novembre, ce qui explique que la courbe jaune a été nettement inférieure aux deux autres de juin à octobre. On peut penser qu’un certain nombre de personnes de cette tranche d’âge a décidé de quitter le marché du travail durant la crise, quoique cette décision n’ait pas nécessairement été définitive (retraite), comme le montre la hausse de leur nombre et de leur proportion entre octobre et novembre (de 7600 à 12 100 et de 12,4 % à 20,1 %). Chez les personnes âgées de 25 à 54 ans, ce nombre a continué à être plus bas qu’en 2019 en mai et en juin, a été égal en juillet, puis supérieur d’août à octobre, pour redevenir inférieur en novembre. Finalement, le nombre de chômeur.euses expérimenté.es a toujours été pour les trois groupes de mars à novembre 2020 plus élevé qu’en 2019, le niveau de la hausse se réduisant toutefois graduellement pour se situer dans les trois groupes entre 48 et 61 % en novembre, taux beaucoup moins élevés qu’en avril (de 308 % à 402 %, je le rappelle).

Et alors…

Ce billet s’ajoute à ceux de ma série portant sur la COVID-19 et le marché du travail pour montrer que le taux de chômage est à lui seul et sans analyse approfondie un mauvais indicateur de la situation du marché du travail, encore plus dans une période comme la crise de la COVID-19. Même si le concept de chômage est un des indicateurs du marché du travail que les gens, dont les économistes, croient le mieux connaître, rarement entendons-nous parler des chômages expérimenté et inexpérimenté, notions pourtant essentielles pour bien comprendre la dynamique du marché du travail et, notamment, mieux expliquer la baisse du ratio prestataires sur chômeur.euses et les changements de comportement de la population en temps «normal» et encore plus, lors de crises. Ce billet a aussi permis d’analyser ces changements de comportement par sexe et selon les tranches d’âge, même si on a vu que ces changements furent moins différenciés qu’on aurait pu le penser, aussi bien en temps normal et qu’au cours de la crise. Et, même cela permet d’en savoir plus!