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Le deuxième corps

6 décembre 2021

deuxième corpsAvec son livre Le deuxième corps – Femmes au travail, de la honte à la solidarité, Karen Messing, ergonome, généticienne et professeure émérite du Département des sciences biologiques de l’UQAM, «conjugue à merveille rigueur scientifique et convictions féministes pour rendre compte de ses recherches sur le terrain auprès de techniciennes en télécommunications, travailleuses de la santé, caissières d’épicerie ou encore de camionneuses, mécaniciennes et soudeuses» et «livre au passage des réflexions très actuelles sur le sexe biologique et l’identité de genre».

Avant-propos : L’autrice raconte les propos désobligeants et erronés qu’on disait sur le corps féminin dans sa jeunesse, puis ses autres expériences du genre portant sur la santé féminine. Elle explique ensuite les différences entre la biologie des femmes et celle des hommes, et leurs conséquences en milieu de travail. Elle présente finalement les facteurs qui font en sorte que «le corps des femmes est souvent considéré comme le «deuxième corps» [sur le marché du travail]».

Première partie – De la honte en milieu de travail

1. La troisième heure : Dans ce chapitre, l’autrice montre que le sexisme est prévalent dans des métiers non traditionnels (allant jusqu’au harcèlement et aux agressions sexuelles), notamment chez les techniciennes en communication et les préposées à l’entretien paysager, et explique ses conséquences sur la qualité de vie au travail et même sur les accidents de travail, surtout en raison du manque d’adaptation des équipements de travail. Elle souligne la réticence des femmes de parler de leurs problèmes (elles n’en parlent qu’à la troisième heure d’une rencontre, ce qui est le sens du titre de ce chapitre) et le manque de collaboration des patrons, du gouvernement et même des syndicats pour corriger cette situation. Elle constate que le seul moyen de s’en sortir est par la solidarité.

2. Travailleuses de la santé : le poids du silence et de la honte : L’autrice a étudié les tâches des préposé.es aux bénéficiaires et explique pourquoi ils et elles ont un taux d’accidents de travail parmi les plus élevés, «en particulier chez les femmes d’âge mûr». Ses recommandations ont toutefois été ignorées par les patrons et par les syndicats. Par contre, une autre ergonome a eu plus de succès en ne spécifiant pas les besoins différents entre les hommes et les femmes.

3. Lorsque l’égalité entre en conflit avec la santé des femmes : Les tâches des préposé.es au nettoyage dans le secteur de la santé ont longtemps été divisées en travaux légers (effectués par des femmes et moins bien payés) et en travaux lourds. En les fusionnant, les salaires des femmes se sont améliorés, mais leurs tâches se sont alourdies, l’incidence de leurs accidents de travail a augmenté et leur nombre a diminué. L’autrice se demande si, au bout du compte, cette fusion fut vraiment une bonne chose.

Deuxième partie – Le physique de l’emploi

4. Job de fille, job de gars : Les femmes et les hommes occupant des postes en entretien paysager dans des municipalités ne font pas toujours les mêmes tâches. Il y a aussi des différences chez les serveur.euses aux tables des restaurants, les travailleur.euses dans la fabrication et dans bien d’autres professions, ce qui a des incidences sur les accidents de travail et les maladies professionnelles ainsi que sur le manque de respect. Et les patrons tiennent rarement compte des recommandations des ergonomes à ce sujet.

5. Corps sexués : ce que l’on sait et ce qu’il nous reste à découvrir : Dans ce chapitre, l’autrice analyse les différences biologiques entre les sexes, sujet plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Elle aborde notamment :

  • la contribution des gènes aux différences entre les sexes et leurs conséquences, notamment sur l’adaptation des outils de travail et sur la capacité de forcer;
  • l’impact de la grossesses, de l’allaitement, des cycles menstruels et de la ménopause, et le manque de recherches sur ces sujets;
  • des recherches sur des différences biologiques moins connues;
  • la nécessaire adaptation du marché du travail à ces différences, pas si compliqués compte tenu du fait que les ressemblances biologiques entre les hommes et les femmes sont bien plus nombreuses que leurs différences;
  • le dilemme entre exiger des normes de travail différentes selon le sexe et la volonté de favoriser l’accès à tous les emplois pour toutes et pour tous.

Troisième partie – Transformer le marché du travail

6. Repenser le travail des femmes : Après avoir raconté comment elle en est venue à appuyer le retrait préventif des femmes enceintes ou qui allaitent, l’autrice explique en quoi consiste l’analyse ergonomique, puis comment intégrer des principes féministes à ces interventions. Elle donne ensuite de nombreux exemples d’analyses ergonomiques intégrant ces principes.

7. Regarder le dragon en face : Après avoir expliqué le sens du titre de ce chapitre, l’autrice présente quelques recherches effectuées par l’équipe dont elle faisait partie dans différents contextes, notamment dans des milieux majoritairement féminin et dans des métiers non traditionnels. Elle aborde ensuite :

  • la conciliation travail-famille, surtout face aux horaires irréguliers et non prévisibles, avec de nombreux exemples dans différents milieux de travail;
  • la non-reconnaissance par les patrons des besoins différents des hommes et des femmes en matière de conciliation travail-famille;
  • la difficulté en général d’aborder la spécificité des besoins et des problèmes des femmes dans les milieux de travail;
  • le rôle des pouvoirs publics pour faire face à cette spécificité;
  • la barrière des rôles traditionnels (hommes pourvoyeurs et femmes responsables du travail domestique).

8. Intervenir auprès d’un employeur féministe : L’autrice présente les constats d’une recherche effectuée auprès de femmes travaillant dans des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Elle utilise des exemples de cette recherche pour illustrer l’importance des observations en ergonomie, mais se réjouit du fait que leurs recommandations aient été en grande partie appliquées, ce qui n’étaient souvent pas le cas dans leurs autres interventions.

9. La force de la solidarité : L’autrice s’étonne toujours que, face à la solidarité des hommes, les femmes qu’elles a rencontrées dans ses recherches n’aient pas fait preuve de la même attitude. Cela dit, elle a pu aussi remarquer les succès accomplis pour les femmes quand celles-ci se serrent les coudes et en donnent de nombreux exemples, surtout chez les chercheuses et au sein des instituts de recherche.

Quatrième partie – Santé au travail : faire évoluer la science

10. Deux poids, deux mesures : L’autrice donne un autre exemple du peu de sérieux de certains chercheurs masculins sur les problèmes de santé et sécurité au travail spécifiques aux femmes, puis se penche de façon plus globale sur «la discrimination sexuelle dans le domaine scientifique» et aborde :

  • le fait que «les demandes d’indemnisation des femmes pour des troubles musculo-squelettiques des femmes» sont rejetées plus souvent que celles des hommes lorsque portées en appel;
  • d’autres types de maladies professionnelles subies par des femmes qui sont déconsidérées.

11. Mieux comprendre la douleur des femmes : Les maladies professionnelles et, dans une moindre mesure, les accidents de travail des opératrices de machine à coudre immigrantes sont aussi souvent ignorés, comme c’est le cas pour des femmes travaillant dans d’autres domaines, d’où la nécessité d’effectuer des recherches à ce sujet.

12. Politique, la statistique ? : En étudiant des données épidémiologiques, l’autrice a pris conscience du rôle politique de l’analyse statistique dans l’amélioration des conditions de travail. Par exemple, en gommant les facteurs statistiques liés aux hommes et au femmes, on retirait du même coup l’effet des spécificités de leur environnement de travail. Ce n’est pas en premier lieu parce que les femmes sont des femmes que les dangers associés à leur travail diffèrent de celui des hommes, mais parce que leur situation et leur travail sont différents. C’est donc en analysant leur travail associé à leur situation qu’on peut trouver des différences significatives et y remédier, notamment par l’utilisation des «grappes» ou sous-groupes de travailleur.euses. En procédant de cette façon, les statistiques redeviennent pertinentes et utiles. Elle aborde aussi l’analyse ergonomique du travail d’équipe (mixte et non-mixte) et l’importance de la science en ergonomie et en santé et sécurité au travail, en posant une quinzaine de questions à approfondir.

13. Avancer ensemble : Dans ce chapitre qui sert de conclusion, l’autrice propose des solutions aux dilemmes qu’elle a soulevés et des solutions aux problèmes qu’elle a présentés. Elle y aborde :

  • la nécessaire sensibilisation des employeurs aux besoin de leurs employées;
  • l’importance primordiale pour les femmes de surmonter la honte de leur corps et de la solidarité, aussi bien du côté des travailleuses que des chercheuses;
  • le défi que représente «l’intégration des enjeux liés au genre dans la recherche sur la santé au travail» et de maîtriser «le malaise que l’on peut ressentir à cet égard»;
  • la contribution essentielle des partenaires, notamment syndicaux et communautaires.

Et elle conclut :

«En tant que femmes, nous avons droit à un milieu de travail sûr et sain, adapté aux responsabilités familiales que nous assumons, et ce, même si la tâche devrait en principe être mieux répartie. Et chaque personne devrait pouvoir exprimer librement son identité de genre, quelle qu’elle soit, sans avoir à se cacher ni à se justifier. Il est temps d’unir nos forces, de cesser d’avoir honte de notre corps et de notre genre, et de lutter pour l’égalité et la santé.»

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Je recommande autant la lecture de ce livre que j’avais recommandé celle du livre précédent que j’ai lu de cet autrice, soit Les souffrances invisibles. Même si certains thèmes sont abordés dans ces deux livres, leur lecture est complémentaire. Et, grande amélioration par rapport au livre précédent, les notes sont en bas de pages!

Dépenses gouvernementales par domaine et la COVID-19

2 décembre 2021

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses et la COVID-19Statistique Canada a publié vendredi dernier des données sur les «Dépenses des administrations publiques classées selon leurs fonctions». Dans le contexte de la hausse des dépenses gouvernementales au cours de la crise pandémique, je me suis dit que ce serait intéressant de jeter un coup d’œil sur ces données. Je me baserai ici sur celles du tableau 10-10-0024-01.

Dépenses par secteur au Canada

Le graphique qui suit illustre les dépenses en millions $ selon les dix secteurs (ou domaines, ou fonctions) du gouvernement fédéral de 2010 à 2020 (en fait de 2010-2011 à 2020-2021). Ce graphique montre surtout l’ordre de grandeur des dépenses par secteur. Avant que je commente les données de ce tableau, je tiens tout d’abord à préciser que ces secteurs excluent «l’acquisition d’actifs non financiers et la consommation de capital fixe», que ces données «ne sont pas consolidées en éliminant les transactions ayant lieu entre les composantes du secteur public et entre les provinces et territoires», ce qui signifie qu’il y a des «double comptes pour les transactions effectuées entre composantes du secteur public» (par exemple, les transferts aux provinces sont une dépense pour le gouvernement fédéral et ces sommes sont ensuite dépensées par les gouvernements provinciaux), et que, pour la même raison «les totaux pour le Canada ne sont pas disponibles et ne sont pas recommandés».

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses et la COVID-19_Canada

Le graphique montre que les dépenses les plus importantes en 2020 furent celles pour la protection sociale (247 milliards $), les services généraux (111 milliards$), les affaires économiques (106 milliards $) et la santé (70 milliards $, au troisième rang lors des 10 premières années de cette période). Je commenterai plus à fond l’évolution des dépenses dans ces dix secteurs plus loin, car ce graphique ne permet pas de bien voir l’ampleur de leur évolution.

Dépenses par secteur au Québec

Le graphique qui suit est semblable au précédent, mais pour les dépenses du gouvernement du Québec.

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses et la COVID-19_Québec

Le graphique montre que les dépenses les plus importantes en 2020 furent celles pour la santé (51 milliards $, les services généraux (24 milliards$), la protection sociale (22,5 milliards $), l’enseignement (22,3 milliards $) et les affaires économiques (12,5 milliards $), et que les dépenses pour les autres secteurs ont été beaucoup moins élevées.

L’évolution des dépenses par secteur au Canada

Pour mieux illustrer l’évolution des dépenses par secteur, les trois graphiques qui suivent sont présentés avec des ratios. Ces ratios sont obtenus en divisant les données de chaque année et de chaque secteur par les dépenses de la première année de la période (2010) et en multipliant le résultat par 100. Comme ces évolutions ont grandement varié selon les secteurs, j’ai préféré présenter les résultats pour le Canada sur deux graphiques différents. Le premier graphique montre l’évolution des dépenses dans les quatre secteurs dont les dépenses ont plus que doublé entre 2010 et 2020.

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses et la COVID-19_ratio1_Canada

Le secteur des affaires économiques (dont les subventions aux entreprises comme la SSUC) est celui dont les dépenses ont connu la plus forte croissance entre 2010 et 2020, soit de 457 %. Notons que 92 % de cette croissance a eu lieu en 2020 seulement. En fait, les dépenses de ce secteur ont diminué de 30 % entre 2010 et 2015, ont retrouvé leur niveau de 2010 en 2018 (mais seulement en dollars courants, ce qui représente une baisse en tenant compte de l’inflation et une baisse encore plus importante en tenant compte de la hausse de la population, des dépenses gouvernementales et du PIB), ont augmenté de 35 % en 2019, puis de plus de 300 % en 2020.

Les dépenses en protection sociale (dont la PCU et la PCRE) ont de leur côté presque triplé, avec 78 % de cette hausse en 2020. Le graphique nous montre que ces dépenses ont augmenté chaque année, mais le plus fortement en 2020 (hausse de plus de 100 %). En fait, si ce secteur est au deuxième rang pour la croissance, il est au premier rang en hausse des dépenses entre 2010 et 2020 (165 milliards $ par rapport à 87 milliards $ pour les affaires économiques) et en 2020 seulement (127 milliards $ par rapport à 80 milliards $).

L’enseignement arrive au troisième rang avec une croissance de ses dépenses de 146 %, dont le tiers en 2020. Il faut toutefois noter que les dépenses dans ce secteur étaient en 2020 près de 25 fois moins élevées que la protection sociale (10 milliards $ par rapport à 247 milliards $). Ces dépenses comprennent surtout les prêts et bourses (dépenses transférées au Québec) et le financement de la recherche postsecondaire.

Les dépenses en santé ont augmenté de 128 %, dont 60 % de cette hausse en 2020. Il s’agit sûrement en grande partie des dépenses liées à l’approbation des médicaments et des vaccins, à leur achat et à leur distribution aux provinces, et à la santé publique.

Le graphique qui suit présente les secteurs qui ont augmenté de moins de 100 % entre 2010 et 2020, ou qui ont diminué au cours de cette période.

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses et la COVID-19_ratio2_Canada

Les dépenses pour la protection de l’environnement ont diminué de près de 30 % entre 2010 et 2014 sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, ont augmenté de près de 75 % en 2015 à l’arrivée au pouvoir des libéraux, ont continué à augmenter par la suite, pour se retrouver en 2020 en hausse de 98 % par rapport à 2010, 24 % de cette hausse ayant eu lieu en 2020.

Les hausses furent du même ordre de grandeur dans les secteurs de la défense (hausse de 54 %), de l’ordre et de la sécurité publique (49 %), des loisirs, culture et religion (33 %) et des services généraux (33 %). On notera toutefois la forte hausse des dépenses dans la défense en 2020 (29 %), alors que cette hausse fut plus «normale» dans les services généraux et un peu plus basse que lors des années précédentes dans les loisirs, la culture et la religion (moins de 1 %) et dans l’ordre et la sécurité publique (2,1 %).

Le secteur du logement et des loisirs collectifs fut le seul à avoir connu une baisse de dépenses au cours de cette période, soit de 42 %, malgré une hausse de 66 % entre 2018 et 2020. En fait, cette baisse fut fortement concentrée en 2011 (40 %) et entre 2017 et 2018 (baisse de plus de moitié). Notons toutefois que le niveau des dépenses de 2010 était nettement plus élevé que ceux de 2008 et 2009 (5,9 milliards par rapport à environ 3,8 milliards $ en 2008 et en 2009) et que, par rapport à 2008 (première année de la période couverte par le tableau de Statistique Canada), le niveau des dépenses de 2020 (3,4 milliards $) n’est plus bas que de 9,2 %, baisse qui serait toutefois bien plus importante si on tenait compte de l’inflation et de la hausse de la population, des dépenses gouvernementales et du PIB. L’évolution des dépenses dans ce secteur explique sûrement au moins en partie la crise actuelle du logement.

L’évolution des dépenses par secteur au Québec

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses et la COVID-19_ratio_Québec

Les écarts de croissance des dépenses entre les secteurs étant beaucoup moins élevés dans les dépenses du gouvernement du Québec, j’ai pu montrer les 10 secteurs dans un même graphique :

  • les dépenses en loisirs, culture et religion ont augmenté de 85 % entre 2010 et 2020, dont 41 % de cette hausse en 2020, pour atteindre 2,2 milliards $ en 2020;
  • les dépenses en santé ont augmenté de 71 % entre 2010 et 2020, dont 52 % de cette hausse en 2020, pour atteindre 50,9 milliards $ en 2020;
  • les dépenses en affaires économiques ont augmenté de 61 % entre 2010 et 2020, dont 38 % de cette hausse en 2020, pour atteindre 12,5 milliards $ en 2020;
  • les dépenses en enseignement ont augmenté de 53 % entre 2010 et 2020, dont 22 % de cette hausse en 2020 (probablement en bonne partie en raison de la forte hausse du nombre de classes de maternelles 4 ans), pour atteindre 12,5 milliards $ en 2020;
  • les dépenses dans le secteur de l’ordre et de la sécurité publique ont augmenté de 50 % entre 2010 et 2020, mais ont baissé de 9 % en 2020 (notamment en raison de la fermeture pendant trois mois des palais de justice), pour atteindre 2,7 milliards $ en 2020;
  • les dépenses dans le secteur des services généraux ont augmenté de 47 % entre 2010 et 2020, dont 5,5 % de cette hausse en 2020, pour atteindre 24,3 milliards $ en 2020;
  • les dépenses pour la protection de l’environnement ont diminué de 27 % entre 2010 et 2016, avant de doubler en 2017, surtout en raison des «subventions accordées conformément à la Politique de protection des sols et de réhabilitation des terrains contaminés» et pour «favoriser la gestion intégrée de l’eau», puis sont restées assez stables par la suite, diminuant même de 11 % en 2020, pour atteindre 1,0 milliard $ en 2020;
  • les dépenses en protection sociale ont augmenté de 35 % entre 2010 et 2020, dont seulement 10 % de cette hausse en 2020, pour atteindre 22,5 milliards $ en 2020; cela montre que, contrairement au gouvernement fédéral, le gouvernement provincial a adopté peu de mesures pour atténuer les effets de la crise, notamment chez les personnes les plus démunies;
  • les dépenses dans le secteur de la défense furent nulles tout au long de cette période;
  • comme au gouvernement fédéral, le seul secteur qui a connu une baisse de dépenses entre 2010 et 2020 (de 3,4 %, surtout en raison de la baisse de 9,2 % en 2020, baisse qui serait bien plus importante si on tenait compte de l’inflation et de la hausse de la population, des dépenses gouvernementales et du PIB) fut celui du logement et des loisirs collectifs.

Comparaison entre les dépenses des gouvernements du Canada et du Québec

Dépenses gouvernementales par secteur de dépenses et la COVID-19_%Le tableau ci-contre présente les variations des dépenses des gouvernements du Canada et du Québec par secteur entre 2019 et 2020, ainsi que l’écart de ces variations en points de pourcentage entre ces deux paliers de gouvernement. Ce tableau montre clairement une des raisons pour lesquelles le déficit du Québec fut bien moins élevé que prévu en 2020-2021, d’autant plus que les dépenses du Canada ont généré d’importantes recettes au Québec, notamment de l’impôt des particuliers (PCU, PCRE et bien d’autres dépenses) et des sociétés (SSUC et autres), et de la taxe de vente. Il n’y a finalement qu’en santé, en affaires économiques (surtout en aide aux entreprises) et, dans une moindre mesure (en raison du faible niveau de ces dépenses) en loisirs, culture et religion que le gouvernement du Québec a augmenté ses dépenses de façon importante (soit d’entre 17 % et 27 %), augmentations qui semblent bien petites par rapport aux hausses de 100 % à 300 % du gouvernement du Canada en protection sociale et en affaires économiques.

Autres dépenses des administrations publiques

Le tableau de Statistique Canada contient aussi des données sur les dépenses des universités, des organismes de santé, des conseils scolaires et des municipalités, mais ce serait un peu redondant et très lourd de les présenter ici. Disons seulement que les dépenses des municipalités ont peu évolué en 2020, ayant varié d’entre -3 % et +4 % selon les secteurs.

Et alors…

Je n’ai pas grand-chose à ajouter aux descriptions et commentaires que j’ai faits dans ce billet, sinon de souligner à nouveau la baisse des dépenses gouvernementales en logement, au cours d’une période de crise dans ce domaine. La faible hausse au fédéral et la baisse au provincial en protection de l’environnement au cœur de la crise climatique sont aussi déplorables.

Dans le fond, je savais bien que les dépenses les plus importantes pour faire face à la crise pandémique avaient été assumées par le gouvernement fédéral, mais j’ai trouvé intéressant de voir l’ampleur de ces dépenses supplémentaires et surtout de savoir dans quels secteurs les hausses les plus et les moins importantes (ainsi que les baisses…) se sont réalisées. Cela nous nous donne aussi une bonne idée des priorités de nos deux paliers gouvernementaux.

Pour une écologie du 99 %

29 novembre 2021

Pour une écologie du 99 %Avec leur livre Pour une écologie du 99% – 20 mythes à déboulonner sur le capitalisme, Frédéric Legault, Alain Savard et Arnaud Theurillat-Cloutier, nous expliquent «pourquoi dénoncer la surproduction et non la surconsommation ou pourquoi une économie capitaliste fondée sur les énergies renouvelables est irréaliste». Ils visent aussi à nous aider «à mieux connaître les intérêts et stratégies de l’industrie fossile, à organiser notre économie autrement et à bâtir un mouvement écologiste populaire».

Introduction : Tout le monde se dit vert et pourtant la crise écologique continue de s’accentuer. Cette crise est intiment liée au système capitaliste et aux contraintes qu’il nous impose. Ce livre vise à déconstruire les fausses pistes de solution, qui sont en fait des mythes bien entretenus, et à promouvoir la planification démocratique de l’économie.

Qu’est-ce que le capitalisme? : Les auteurs répondent à cette question en présentant et en commentant ses principales caractéristiques.

Partie 1 – Critiquer

Mythe 1. Le problème, c’est la surconsommation! : Nos choix de consommation sont forcément limités par ce qui est produit, choix sur lequel nous avons peu d’influence (je ne suis pas entièrement d’accord : personne ne nous oblige à acheter des VUS, à prendre l’avion ou à manger de la viande), surtout si nous sommes pauvres (qui émettent pourtant beaucoup moins de GES que les plus riches). 90 sociétés sont responsables de 63 % des émissions de GES entre 1854 et 2010 (parce qu’on consomme leurs produits!). Les auteurs abordent aussi la surproduction, l’obsolescence programmée, la publicité, le crédit et quelques moyens pour contourner ces stratégies.

Mythe 2. Le problème, c’est la surpopulation! : Les auteurs montrent que la taille de la population n’explique qu’une très mince partie des problèmes environnementaux. En effet, le gros de la croissance de la population s’observe dans les pays pauvres qui émettent par personne jusqu’à 800 fois moins de GES que les Canadien.nes! En plus, les gens qui conseillent de faire moins d’enfants ne réalisent que, si on veut que la planète demeure habitable, c’est en premier lieu pour nos enfants. Pour cela, il faut qu’il en ait (ça, ça vient de moi, pas du livre, mais ça va bien avec son contenu)! En outre, ce discours est utilisé par des nationalistes identitaires pour combattre l’immigration, qui vient en bonne partie des pays les plus touchés par la crise climatique due en grande partie aux pays riches.

Mythe 3. Tout va bien aller, les nouvelles technologies vont nous sauver! : Les progrès technologiques sont souvent idéalisés, tant en exagérant leurs apports positifs qu’en minimisant leurs effets néfastes, le réchauffement climatique en étant l’exemple ultime. Les auteurs en donnent de nombreux exemples, puis abordent les sources non fossiles d’énergie, la géo-ingénierie et la capture et la séquestration du CO2.

Mythe 4. Le problème, c’est la religion de la croissance infinie! : Cette affirmation tend «à confondre la conséquence avec la cause», la cause étant le capitalisme et son fonctionnement, ce que les auteurs démontrent avec beaucoup d’exemples. Ils montrent ensuite en quoi le PIB est une mesure trompeuse du bien-être.

Mythe 5. Le problème, c’est pas nous, c’est la Chine! : La mesure qui classe la Chine au premier rang des pays émetteurs de gaz à effet de serre (GES) est trompeuse, parce qu’elle n’est pas basée sur les émissions par habitant, parce qu’elle ne tient pas compte du bilan historique des pays et parce qu’une forte proportion des biens produits en Chine sont consommés dans des pays riches (ce dernier argument souligne la responsabilité des consommateur.trices, car si les producteurs étaient les seuls responsables de la surconsommation, ce mythe n’en serait pas un). Les auteurs abordent ensuite la délocalisation de la pollution et des émissions de GES.

Mythe 6. Il ne s’agit pas de visions politiques, mais de science : Les auteurs avancent que la «science n’est pas un programme politique». Dans leur critique de la science (qui n’est pas toujours neutre et qui est «traversée par des rapports de pouvoir»), les auteurs me semblent ici confondre la science elle-même avec des études scientifiques biaisées ou reposant sur des hypothèses erronées et avec le détournement de la science par les entreprises. Cela dit, ils ont raison de dire qu’il ne faut pas confondre l’outil qu’est la science avec les décisions politiques qui dépendent de bien d’autres facteurs que la science.

Mythe 7. Nous sommes tous dans le même bateau : Il n’y a en fait pas beaucoup de monde qui dit cela, mais il est clair que c’est faux, ce que les auteurs montrent en soulignant que la responsabilité (qu’ils attribuent massivement aux entreprises) et les effets négatifs varient énormément selon les pays et la richesse des personnes.

Mythe 8. Rien n’empêche le capitalisme de devenir vert! : En fait, tout l’empêche! Pour ce, les auteurs abordent l’effet rebond et le découplage illusoire du lien entre la croissance du PIB et «la pression sur les écosystèmes» (j’ai encore des réserves ici, une hausse dans les services publics à la personne et une baisse dans la production de biens permettant un découplage, quoique cela est de fait difficile à réaliser avec le capitalisme).

Mythe 9. Il suffit d’opérer une transition énergétique! : La transition vers des énergies renouvelables est possible, mais difficilement avec le capitalisme. Pour l’instant, ces sources d’énergie ne font qu’ajouter à la consommation d’énergie, sans réduire l’utilisation d’énergie fossile. Pour la réduire, il faut affronter les entreprises les plus puissantes qui ne se laisseront pas faire. Ils abordent aussi la difficulté de remplacer certaines utilisations des énergies fossiles, les émissions de GES émises pour les infrastructures des énergies renouvelables et l’énergie nucléaire.

Mythe 10. Le marché du carbone, ça marche! : Les baisses d’émission de GES causés par les systèmes de plafonnement et d’échange de droits d’émission sont toujours inférieurs aux prévisions. Malheureusement, les plafonds adoptés et le prix du carbone sont trop bas pour être efficaces. De même, il y a trop d’exemptions et de droits remis gratuitement. Les auteurs soulignent d’autres défauts du système (dont la délocalisation des émissions qui devient payante, mais est maintenant interdite) et en concluent que ce système ne peut pas fonctionner, même si on corrigeait ces défauts, conclusion que je ne partage pas. Pour moi, il s’agit d’un outil qui, si bien utilisé peut contribuer à la baisse des émissions de GES. Mais, il ne faut pas miser uniquement sur ces systèmes (là, je suis d’accord avec les auteurs). Ils abordent ensuite la taxe carbone (qu’ils jugent moins sévèrement), mais pas le SPEDE québécois (qui a moins de défauts que les systèmes qu’ils décrivent).

Partie 2 – Proposer

Mythe 11. On ne peut pas sortir du capitalisme, car la nature humaine est égoïste : Le concept de nature humaine a été dévoyé par le capitalisme et les théories économiques orthodoxes. La nature humaine varie en fait selon les institutions, les valeurs d’une société et les normes dont elle se dote. Dans aucune société l’être humain n’est le personnage égoïste qui n’agit qu’en fonction de ses intérêts personnels que décrivent ces théories, même si le capitalisme influence les gens dans ce sens. Ce sont plutôt les personnes dites morales, les entreprises, qui agissent le plus comme ce personnage imaginaire, tout en exigeant que leurs employé.es collaborent par le travail d’équipe!

Mythe 12. Planifier l’économie, c’est s’exposer à un retour à l’URSS : La planification est trop souvent associée au communisme soviétique, alors que toutes les entreprises planifient leurs activités et que les problèmes économiques de l’URSS étaient attribuables à bien d’autres facteurs qui n’ont rien à voir avec la planification démocratique que les auteurs favorisent.

Mythe 13. Mais le marché, c’est la liberté! : Les auteurs considèrent plutôt que le capitalisme «se caractérise par une dépendance de tous les acteurs économiques envers le marché», aussi bien pour trouver du travail que pour partir une entreprise et pour consommer. Ils examinent aussi l’impact des marchés sur l’environnement, sur l’innovation et sur les découvertes des institutions publiques, puis montrent la supériorité sur ces questions de la planification démocratique.

Mythe 14. De toute manière, il n’y a pas d’alternative au capitalisme : Les auteurs profitent de leur objection à cette affirmation pour décrire plus en détail les formes que pourrait prendre leur proposition de planification démocratique et les avantages qu’elle procurerait, notamment pour la transition écologique, la gestion des entreprises, la surconsommation et les décisions touchant la société et les travailleur.euses.

Partie 3 – Organiser

Mythe 15. La démocratie, c’est trop lent. L’urgence climatique ne peut pas attendre! : Jamais les dirigeant.es des sociétés non démocratiques n’ont gouverné pour les intérêts de l’ensemble de la population. Même très imparfaites, les démocraties prennent davantage en compte l’intérêt collectif. La prise de décision en démocratie est plus lourde, mais l’adhésion aux décisions est bien plus forte, surtout grâce au processus de délibération.

Mythe 16. Il n’y a plus rien à faire, c’est l’effondrement! : Cette thèse démobilise la population et pourrait se transformer en une prophétie autoréalisatrice. Elle laisse en plus le champ libre aux élites capitalistes pour adapter notre système au réchauffement climatique au détriment des populations les plus vulnérables. En plus, s’il est trop tard pour éviter un réchauffement climatique important et dévastateur, il est encore possible de le limiter.

Mythe 17. Le problème, c’est que les gens sont devenus trop individualistes : En fait, les mouvements sociaux sont autant sinon plus vigoureux qu’avant, comme le montrent les auteurs avec beaucoup d’exemples. Ils abordent aussi l’importance pour ces mouvements d’avoir des porte-parole crédibles en qui la population a confiance et de réaliser que des changements durables se font toujours progressivement.

Mythe 18. La seule manière de mobiliser les gens, c’est d’avoir des leaders charismatiques : Ce n’est pas inutile, mais la base de la réussite d’une lutte demeure la mobilisation d’un grand nombre de personnes qui se choisissent des leaders selon leurs qualités qui deviennent les figures de proue de ces mouvements et acquièrent avec le temps un statut de leader charismatique, statut souvent magnifié par la suite.

Mythe 19. Il suffit d’élire un parti écologiste! : Ce ne serait pas mauvais, mais pour qu’il soit élu, il faudrait que les gens soient convaincus d’avance que cela est nécessaire. En plus, sa présence au pouvoir serait insuffisante, car il ferait face aux lobbys et aux médias capitalistes, à des menaces de fermeture, à de la résistance de l’appareil étatique et mêmes à des entreprises, des organismes et des gouvernements de pays étrangers. Pour réussir, il aurait besoin d’un appui massif de la population et de la présence de mouvements sociaux mobilisés.

Mythe 20. Il faut s’organiser par les médias sociaux! : Encore là, les médias sociaux sont un outil intéressant, mais pas suffisant, notamment parce que rien ne vaut mieux que des rencontres en personne et parce qu’on y rejoint surtout des gens déjà convaincus.

Conclusion – Stratégie du 99% face au désastre : «Il n’y aura pas de paix écologique sans justice sociale ni de justice sociale sans paix écologique». Il est donc essentiel d’inverser les rapports de pouvoir actuels. Pour ce, les auteurs proposent de s’attaquer à l’industrie fossile, de rompre la dépendance aux carburants fossiles et de nationaliser le secteur complet de l’énergie. Ils élaborent ensuite une stratégie pour dépasser le capitalisme, en :

  • développant des espaces économiques autonomes (autogestion, coopératives, etc.) pour offrir des biens et services qui satisfont aux besoins de la population;
  • organisant la résistance des mouvements sociaux (ils suggèrent une série d’actions possibles);
  • transformant l’État à tous les paliers en en prenant le contrôle à l’aide de partis politiques associés aux mouvements sociaux (avant et après les élections).

Ces propositions et tactiques doivent être vues globalement. On ne doit surtout pas considérer une étape accomplie tant que les autres ne seront pas terminées et même après. Les auteurs donnent des exemples de moyens pour y parvenir, puis concluent en soulignant la nécessité d’une transformation sociale profonde pour enraciner durablement la justice climatique.

Annexe – Par où commencer? : Comme les propositions des auteurs représentent une tâche colossale, ils ajoutent dans cette annexe quelques conseils pratiques que je vous laisse le soin de découvrir!

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! On pourrait trouver étrange cette recommandation à la suite des nombreuses réserves que j’ai émises dans ce billet. En fait, il s’agit davantage de remarques sur la forme que sur le fond du livre. Je suis particulièrement allergique à la rhétorique sur les mythes qui frôle parfois l’homme de paille. Oui, la surconsommation existe même si elle n’est pas la seule responsable de la situation actuelle et qu’elle est encouragée par les capitalistes, et sa responsabilité est partagée entre les producteurs et les consommateur.trices. La timidité de la Chine dans ses mesures de réduction des émissions de GES pose problème, même si elle les émet en bonne partie en raison de la demande des pays riches (cela montre aussi que la demande pose au moins autant de problèmes que l’offre des entreprises). Je n’ai personnellement jamais entendu une personne prétendre qu’il suffit d’élire un parti écologique pour gagner la lutte au réchauffement climatique ou que les médias sociaux sont plus qu’un moyen (qu’on qualifie parfois d’incontournable) pour atteindre des objectifs politiques. Difficile alors d’associer ces affirmations à des mythes! Cela dit, ce livre a le grand mérite d’analyser la question sous de nombreux angles et de servir de base à des réflexions sur la question, qu’on soit complètement d’accord avec l’analyse des auteurs ou pas. Contrairement à d’autres livres du genre, la partie sur les moyens d’implantation de la solution des auteurs, la planification démocratique, est étoffée et présentée sans l’embellir en précisant qu’il s’agit d’une tâche colossale.

En plus, ce livre est accompagné de nombreux graphiques et images, ce qui permet de mieux comprendre les sujets abordés et agrémente la lecture. Le style est clair et rend ce livre qui pourrait être aride au contraire agréable à lire. Les 210 notes, surtout des références, mais aussi des compléments d’information sont à la fin du livre, ce qui nous force à utiliser deux signets… Bizarrement, quelques notes explicatives sont en bas de page. La fin du livre sert aussi de refuge à une bibliographie commentée et à un glossaire des termes techniques utilisés dans le livre. En plus, chaque chapitre se termine par une section intitulée «À retenir» qui résume ses principaux constats.

Les travailleurs expérimentés à la rescousse

25 novembre 2021

travailleurs expérimentés à la rescousseLe court (7 pages) document intitulé Les travailleurs expérimentés à la rescousse – Le jeu en vaut-il la chandelle? de Nicholas-James Clavet, Pierre-Carl Michaud et Julien Navaux a été publié par la Chaire de recherche sur les enjeux économiques intergénérationnels (CREEI) de l’ESG UQAM et de HEC Montréal le 15 novembre 2021.

Introduction

Dans une note précédente, les auteurs avaient estimé l’impact du vieillissement de la population sur les finances publiques. Celle-ci «évalue l’effet d’une amélioration du taux d’emploi des travailleurs expérimentés (60 à 69 ans) sur les finances publiques québécoises de 2021 à 2050» et l’impact des incitatifs fiscaux sur cette amélioration, puis propose trois mesures pour faire augmenter ce taux d’emploi.

Une amélioration du taux d’emploi des travailleurs expérimentés

En se basant sur une reprise économique soutenue après la pandémie de COVID-19, les auteurs présentent trois scénarios sur l’évolution du taux d’emploi des personnes âgées de 60 à 69 ans :

  • travailleurs expérimentés à la rescousse_1le maintien des taux d’emploi actuels par âge et par niveau de scolarité (voir la ligne verte du graphique ci-contre) entraînerait une baisse du taux d’emploi jusqu’en 2030 en raison du vieillissement des personnes à l’intérieur de cette tranche d’âge (par exemple, proportionnellement plus de 69 ans et moins de 60 ans qu’actuellement), puis une hausse jusqu’en 2040 en raison de son rajeunissement et de la hausse de la scolarisation des membres de ce groupe, et enfin une légère baisse par la suite en raison du rééquilibrage de l’âge de ces membres;
  • la poursuite jusqu’en 2030 de la croissance de leur taux d’emploi telle qu’observée de 2010 à 2019 (ligne bleue), soit de 37,5 % en 2019 à 45,5 % en 2030, ajoutée à l’évolution de la scolarisation et des mouvements démographiques du premier scénario entraînerait une forte hausse de ce taux jusqu’en 2040, puis une légère baisse par la suite (à 51,5 %);
  • l’atteinte d’un taux de 50 % en 2030 grâce au rattrapage du taux d’emploi des hommes par les femmes en plus des facteurs des deux premiers scénarios (ligne rouge), permettrait d’observer un taux d’emploi de 56,1 % en 2050.

Impact sur les finances publiques

Par rapport aux résultats du premier scénario, le deuxième permettrait une baisse du déficit prévu de 1,5 milliard $ en 2030, de 2,6 milliards $ en 2040 et de 4,7 milliards $ en 2050, et le troisième permettrait une baisse du déficit prévu de 2,1 milliards $ en 2030, de 3,6 milliards $ en 2040 et de 6,5 milliards $ en 2050. Ces améliorations en 2050 proviendraient à près des deux tiers d’une hausse des revenus de l’État et le reste d’une baisse de ses dépenses (due essentiellement à une baisse du service de la dette). En effet, toujours par rapport au premier scénario, le deuxième ferait baisser le ratio de la dette brute par rapport au PIB de 10 points de pourcentage en 2050 et le troisième de 14 points. Tout cela est bien beau, mais comment favoriser ces deux scénarios?

L’expérience du crédit d’impôt pour la prolongation de carrière

Si on doit adopter des mesures fiscales pour inciter les travailleur.euses à travailler plus longtemps et faire ainsi augmenter le taux d’emploi des personnes âgées de 60 à 69 ans, l’impact positif pour les finances publiques décrit dans la section précédente serait amoindri. Dans cette optique, les auteurs analysent l’impact du crédit d’impôt pour la prolongation de carrière (CIPC) qui a été mis en place en 2012 à l’intention des personnes âgées de 65 ans et plus, et par la suite étendu à celles âgées de 60 à 64 ans.

Les auteurs considèrent après l’application de la méthode des différences de différences que cette mesure a apporté peu de résultats et donc que «le coût par emploi créé apparaît très élevé». Ils précisent qu’une autre étude dont ils remettent en cause les hypothèses et la méthodologie a conclu à un impact un peu plus élevé, mais encore là avec un coût par emploi ajouté relativement élevé. Il faut donc rejeter cette mesure.

D’autres moyens d’y parvenir

Face à cet impact au mieux faible, les auteurs proposent trois mesures différentes «pour accroître l’offre ou la demande d’emplois chez les travailleurs expérimentés» :

  • améliorer le CIPC en le transformant en crédit d’impôt remboursable versé mensuellement ou trimestriellement plutôt qu’à la suite du dépôt de la déclaration de revenus, comme recommandé dans une autre étude;
  • adapter les conditions de travail, par exemple avec des semaines réduites, des congés supplémentaires, des vacances payées supplémentaires, des horaires compressés ou des primes, et combattre l’âgisme dont font preuve trop d’employeurs; on pourrait aussi suspendre les cotisations patronales au Régime de rentes du Québec (RRQ) des employeurs «si ceux-ci mettent en place une politique d’amélioration des conditions de travail pour les travailleurs expérimentés comme décrit précédemment»;
  • accroître la prise en charge publique des personnes en perte d’autonomie, notamment par l’amélioration du soutien à domicile, ce qui inciterait bien des femmes qui ont un rôle d’aidantes naturelles à rester plus longtemps sur le marché du travail et ferait diminuer l’important écart entre les taux d’emploi des femmes et des hommes dans ces tranches d’âge.

Et alors…

Je dois tout d’abord préciser que j’ai choisi de présenter ce document en raison de sa brièveté, étant donné que ma participation au congrès de QS la fin de semaine dernière ne me permettait pas d’aborder des sujets plus longs à traiter. Cela dit, cela m’a permis de prendre connaissance de ce document qui aborde un sujet important dans le contexte du vieillissement de la population et de la hausse du nombre de postes vacants. Cette lecture m’a aussi donné l’occasion de parcourir les deux études ici citées.

Sur le fond, cette étude apporte de bons points, car de fait une hausse du taux d’emploi des personnes âgées de 60 ans et plus amoindrirait le choc du vieillissement de la population et de la main-d’œuvre. Par contre, je demeure toujours fasciné que ce genre d’analyse ignore totalement l’impact d’une telle hausse sur la qualité de vie des personnes visées. Si on parle d’enlever les barrières qui empêchent les personnes de ces âges qui veulent travailler de le faire, comme l’âgisme, l’inadaptation des conditions de travail et la charge imposée aux aidantes naturelles, bravo, mais j’ai des réticences envers les incitatifs fiscaux actuels et proposés. D’une part, ils ne fonctionnent pas vraiment et ne font en grande partie que récompenser les personnes qui auraient continué à travailler même sans incitatif, et d’autre part, ils sont accompagnés d’une pression sociale à travailler dont ces personnes se passeraient bien.

La garantie d’emploi

22 novembre 2021

garantie d'emploiAvec son livre La garantie d’emploi – L’arme sociale du Green New Deal, Pavlina R. Tcherneva, économiste américaine, professeure associée au Bard College et spécialiste de la théorie monétaire moderne (MMT), «défend l’idée que la priorité doit être de donner un emploi à tous ceux qui désirent travailler. Une telle idée n’est pas utopique, elle correspond simplement à une volonté politique».

Préface : La pandémie de COVID-19 nous a montré que le «plein emploi» qu’on disait presque atteint aux États-Unis avant son déclenchement était bien fragile, d’autant plus que bien des gens en emploi en cherchaient en fait des plus convenables que ceux qu’ils occupaient. Elle nous a aussi montré que l’État a des moyens d’intervention bien plus importants que certaines personnes le pensaient et que c’est la volonté politique qui nous fait défaut pour entreprendre de grands changements, pas les moyens.

Introduction : «La garantie d’emploi est une politique publique dont le but est de donner une possibilité d’emploi [dans des services publics] à toute personne qui recherche un travail, quelle que soit sa situation personnelle ou celle de l’économie». Ces emplois garantis à un salaire décent seraient dans les services publics du soin (care dans le livre), de la réinsertion sociale, de la protection de l’environnement ou de la construction de petites infrastructures.

1. Une option publique pour de bons emplois : Il est de plus en plus long de retrouver le niveau d’emploi antérieur après les récessions et les bénéfices de ces reprises sont fortement concentrés chez les plus riches. Le marché du travail offre de nos jours une proportion plus grande d’emplois précaires, souvent à temps partiel. La garantie d’emploi permettrait l’offre d’emplois utiles au salaire décent.

2. Le coût exorbitant du statu quo : Dans ce chapitre, l’autrice aborde :

  • le concept fallacieux du chômage naturel;
  • le cercle vicieux du marché du travail et la responsabilité collective du chômage;
  • le coût économique, social, politique et sanitaire du chômage;
  • le manque de volonté politique dans la lutte contre le chômage (ou pour le plein emploi).

3. La garantie d’emploi – un nouveau contrat social et un nouveau modèle macroéconomique : La prospérité des ménages ouvriers et le plein emploi ont cessé d’être des priorités gouvernementales sous Ronald Reagan, au début des années 1980, lors du virage néolibéral. L’autrice considère que la meilleure solution pour remédier à cette situation est la mise en œuvre de la garantie d’emploi. Elle explique que :

  • l’État offre déjà des garanties (pension de retraite, éducation, dépôts bancaires, etc.);
  • l’État garantit aussi les prix agricoles et achète même les surplus; il fixe un salaire minimum, mais ne garantit pas d’emploi aux personnes «en surplus»; il le ferait avec la garantie d’emploi;
  • la garantie d’emploi stabiliserait le «prix» du travail et servirait de contrôle à l’inflation;
  • elle servirait de stabilisateur automatique, compensant sans délai la perte d’un emploi;
  • elle éviterait le stress du chômage et le chômage de longue durée qui rend difficile le réemploi;
  • elle fixerait une norme pour définir un emploi décent, qui éliminerait les emplois de misère;
  • elle valoriserait le secteur des services;
  • elle offrirait de la formation aux travailleur.euses, ferait baisser les inégalités, faciliterait l’intégration des immigrant.es au marché du travail et améliorerait le filet de sécurité sociale, aussi bien par la création d’emplois décents que par les services rendus par ces emplois.

4. Mais comment financer tout ça? : L’autrice affirme que ce n’est pas un problème. Elle aborde :

  • le système monétaire et la possibilité pour les États de créer autant de monnaie qu’ils le veulent, en se reposant sur la théorie monétaire moderne (MMT);
  • ces dépenses seraient peu inflationnistes, car utilisées pour un travail concret et utile;
  • lors de récessions, la garantie d’emploi éliminerait les coûts du chômage;
  • les dépenses pour ce programme varieraient selon la conjoncture, plus élevées lors de récessions et plus basses lors de périodes de croissance;
  • selon ses calculs, le coût de ce programme s’élèverait à entre 250 et 350 milliards $, soit entre 1,0 % et 1,3 % du PIB (qui serait plus élevé d’environ 500 milliards $) et créerait une inflation supplémentaire variant entre 0,63 et 0,74 point de pourcentage;
  • il ferait diminuer la pauvreté des ménages de 20 % et celle des enfants de 63 %.

5. Quoi, où, comment? Les emplois, le contenu, la mise en œuvre : Ce programme serait «inclusif et volontaire», c’est-à-dire ouvert à toute personne en âge de travailler, peu importe son statut sur le marché du travail. Les emplois s’ajouteraient à ceux voués aux services publics. Il serait administré de façon décentralisée, par les États, les municipalités et des organismes communautaires. En plus :

  • le salaire (15 $ de l’heure pendant 32 heures) et les avantages sociaux (frais de garde, services de formation, assurance-santé, congés payés, etc.) seraient les mêmes pour tous ces emplois;
  • les besoins sont grands que ce soit en environnement (contrôle des inondations, surveillance des espèces menacées, plantation d’arbres, nettoyage, recyclage, installation de panneaux solaires, etc.), dans les soins aux personnes (personnes âgées, aide aux devoirs, repas à domicile, etc.) et dans d’autres domaines;
  • ce programme a déjà existé aux États-Unis et existe encore ailleurs sous différentes formes.

L’autrice répond ensuite à huit craintes émises à propos de la garantie d’emplois :

  1. mainmise de l’État de diverses activités (qui relèvent pourtant déjà de l’État);
  2. difficultés à administrer ce programme, alors que l’État en administre des bien plus complexes;
  3. elle ferait réduire la productivité (en fait, c’est vrai, mais sans importance!);
  4. elle créerait des emplois bidon (ils le seraient bien moins que de nombreux emplois existants);
  5. elle bouleverserait le marché du travail, ce qui est en fait un de ses objectifs;
  6. les changements technologiques ne détruiront pas tous les emplois, surtout pas dans le domaine des soins personnels;
  7. le nombre d’emplois créés par la garantie d’emploi varierait d’une année à l’autre, alors que les besoins auxquels ils satisferaient sont aussi présents en période de croissance (j’ai trouvé que la réplique de l’autrice ne répondait pas à cette objection que je trouve pertinente);
  8. même si ce programme est combattu par de puissants lobbys, son appui est très élevé dans la population.

6. La garantie d’emploi, le Green New Deal et au-delà : L’autrice présente une série de sondages qui montrent un appui important et en croissance à la garantie d’emploi, encore plus lorsqu’on lui inclut une composante environnementale. Or, la garantie d’emploi associée au Green New Deal jumelle justement des objectifs sociaux et environnementaux qui sont complémentaires. L’autrice conclut que la garantie d’emploi n’atteindra pas ses objectifs en étant adoptée par les États-Unis. Pour ce, il faudrait qu’elle le soit au niveau mondial, avec un «Green New Deal mondial, assorti d’une garantie d’emploi écologique».

Postface – La garantie d’emploi, un outil au potentiel révolutionnaire : Le journaliste économique Romaric Godin s’attaque à la pensée néolibérale qui domine la théorie économique orthodoxe et qui présente le chômage comme un mal nécessaire. Il salue la proposition de l’autrice qui représente une rupture indispensable avec cette supercherie, puis vante la théorie monétaire moderne et explique les avantages de la garantie d’emploi dans le contexte européen. En outre, la garantie d’emploi inverse le rapport de force entre les employeurs et les travailleur.euses, et menace ainsi le fonctionnement actuel du capitalisme, donnant une arme aux personnes «qui ne se contentent pas de la gestion du désastre d’un capitalisme en lambeaux».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Cela fait longtemps que j’entends parler de la garantie d’emploi, mais je n’avais jamais lu de livres ou de documents décrivant à fond ce concept. Même si je suis de prime abord sympathique à ce concept, je me pose quand même encore des questions sur son application. En effet, le livre le décrit bien, mais comme s’il ne posait pas de problèmes de ce côté. Je trouve que la partie du livre la plus faible est celle où l’autrice tente de déconstruire les craintes face à cette mesure. Si certaines de ses réponses sont adéquates, elle évite de répondre de front à quelques craintes, dont celle soulevant le fait que ces emplois visent des besoins réels, mais sont par conception temporaires. Cela m’a rappelé quand je travaillais à des projets de création d’emplois temporaires, alors que les critères de ces programmes rejetaient avec raison les emplois visant des besoins permanents.

En plus, elle semble ignorer l’importance de la stabilité des relations entre les bénéficiaires et les travailleur.euses dans les services publics du soin aux personnes. Elle ne répond pas non plus à une autre de mes questions, soit de savoir si vraiment la grande majorité des personnes admissibles participeraient à ce programme, ce qui est possible, mais pas garanti. Je pense aussi bien aux chômeur.euses d’emplois bien payés qui gagneraient plus dans un programme d’assurance-chômage classique ou aux travailleur.euses saisonnier.ières qui ont bien besoin de leurs mois de repos.

Elle semble aussi ignorer que le roulement mensuel des personnes en chômage atteint environ 40 % (en tout cas au Canada), ce qui signifie que 40 % des personnes en chômage un mois donné ne l’étaient pas le mois précédent et ne l’étaient plus le mois suivant. Il devient alors difficile de former mensuellement tous ces gens pour des emplois qui ne dureraient en moyenne que deux mois et demi, à moins que la garantie d’emploi ne fasse prolonger cette période, ce qui irait à l’encontre de ses objectifs. Les exemples de programmes du genre qu’elle donne se sont déroulés soit lors de graves récessions, comme aux États-Unis au cours de la Grande Dépression, soit dans des domaines précis et temporaires. Ce genre de programme devrait donc faire l’objet d’un projet-pilote avant d’être implanté sur une grande échelle. En plus, on l’a vu avec les suppléments à l’assurance-chômage au cours de la pandémie, la collaboration des États et municipalités qui ont des dirigeant.es républicain.es serait loin d’être assurée. Bref, ce livre est intéressant, mérite d’être lu, mais est loin de mettre fin à la réflexion sur le sujet.

Pour terminer sur un bon point, je souligne que les 100 notes sont en bas de pages, surtout des références, mais aussi quelques compléments d’information.

La présence des femmes en économie

18 novembre 2021

présence des femmes en économieDe plus en plus d’études analysent la faible présence des femmes en économie. Je vais en présenter ici quelques-unes. J’ai pris connaissance des quatre premières par un billet du blogue de Timothy Taylor et de la cinquième grâce à un résumé publié par le site VoxEU.

Les femmes en économie : Des progrès en panne

L’étude intitulée Women in Economics: Stalled Progress de Shelly Lundberg et Jenna Stearns a été publiée par le Journal of Economic Perspective de l’hiver de 2019.

La présence des femmes en économie, que ce soit comme étudiantes ou comme professeures, a connu de nombreuses variations au cours des 100 dernières années. Au milieu de la première décennie du XXIe siècle, elle a atteint 35 % des étudiant.es au doctorat et 30 % des professeur.es agrégé.es, mais n’a plus progressé depuis lors (voir le graphique de l’image qui accompagne ce billet). Les autrices font le tour des études sur le sujet pour faire ressortir les facteurs qui pourraient expliquer cette sous-représentation, puis analysent les domaines de l’économie qui sont choisis par les hommes et les femmes (qui vont plus souvent dans le domaine de l’économie du travail), l’opinion des hommes et des femmes sur l’intervention des gouvernements dans l’économie (elles l’appuient davantage) par rapport aux solutions de marché et la représentation encore plus faible des femmes dans les postes de professeur.es titulaires (entre 8 et 13 % depuis 30 ans) en la comparant avec la situation dans d’autres disciplines (qui est la pire en économie). Elles reviennent sur les principales barrières à l’accès à la profession, excluant la productivité, mais incluant le manque d’appui des professeurs, l’absence de réseau pour la recherche et les biais dans l’évaluation de leurs travaux.

Elles concluent en excluant certains facteurs venant spontanément à l’esprit, comme les responsabilités familiales et l’aversion aux mathématiques, mais en soulevant des problèmes d’acceptation dans une discipline dominée par les hommes, y compris le harcèlement, le manque de respect (euphémisme) et la discrimination. Elles abordent finalement des pistes de solution pour corriger cette situation et l’importance de favoriser la diversité dans cette discipline.

Variation de la réussite des femmes dans les programmes de doctorat en économie

L’étude intitulée Variation in Women’s Success across PhD Programs in Economics de Leah Boustan et Andrew Langan a aussi été publiée par le Journal of Economic Perspective de l’hiver de 2019.

Les auteur.es analysent plus à fond et avec des données plus complètes l’évolution de la présence des femmes chez les débutants au présence des femmes en économie_1doctorat en économie aux États-Unis de 1994 à 2017. Le graphique ci-contre illustre la comparaison de cette présence dans les principaux départements d’économie (88 sur 127) entre 1994 à 2005 et 2006 à 2017. Si la proportion de femmes a en moyenne augmenté (il y a plus de points en haut de la diagonale qu’en bas), les différences entre les départements sont importantes, leur présence passant de 10 % à 60 % selon les départements et la période, et se sont en grande partie maintenues, comme l’indique le coefficient de corrélation de 0,38 entre ces deux périodes, et même de 0,53 en ne retenant que les plus gros départements. Les auteur.es constatent aussi que :

  • le taux d’obtention de doctorats par débutant.es est semblable pour les hommes et les femmes;
  • plus il y a de femmes dans un département, plus la proportion d’étudiantes est élevée;
  • l’accès aux postes de professeur.es est identique pour les hommes et les femmes ayant obtenu les mêmes diplômes, mais les hommes sont plus nombreux dans les départements les mieux cotés, obtiennent plus de promotions et leurs travaux sont davantage publiés dans les revues les plus prestigieuses;
  • les diplômées travaillent plus souvent dans une université dans des postes hors de l’enseignement, et les diplômés plus souvent dans des emplois à l’extérieur des États-Unis;
  • les femmes font face à plus d’obstacles en début de carrière.

À partir d’entrevues (31 dans six départements avec des taux de présence féminine différents), les auteur.es explorent les facteurs qui peuvent expliquer ces constats. Les résultats de ces entrevues sont difficiles à résumer, mais les répondant.es soulèvent entre autres fréquemment des biais de genre, des attitudes différentes envers les étudiants et les étudiantes, et envers les professeurs et les professeures, quelques cas de harcèlement, mais peu de cas de discrimination flagrante.

Stratégies pour que la discipline de l’économie fonctionne mieux pour les femmes

L’étude intitulée Fixing the Leaky Pipeline: Strategies for Making Economics Work for Women at Every Stage de Kasey Buckles a aussi été publiée par le Journal of Economic Perspective de l’hiver de 2019.

Sachant que la discipline économique éprouve encore des problèmes à accueillir correctement les femmes, il s’agit maintenant de chercher comment améliorer cette situation. L’autrice a mené diverses expériences à ce sujet et en cite d’autres pour proposer les mesures qui ont eu le plus de succès. Elle précise que l’image du pipeline qui fuit du titre (Leaky Pipeline) vise à imager le fait que la proportion de femmes diminue à chaque étape, de l’inscription au baccalauréat à celle au doctorat, puis aux postes de professeur.es agrégé.es et de professeur.es titulaires, et même dans des carrières non universitaires. Les mesures qu’elle propose visent donc chacune de ces étapes :

  • au baccalauréat : améliorer l’information aux étudiantes, offrir du mentorat, présenter des modèles et modifier l’image des départements d’économie;
  • au doctorat : encourager la participation à des conférences, donner des formations dans les départements sur le biais de genre et sur le harcèlement sexuel, et développer des mécanismes efficaces de traitement des plaintes;
  • pour les postes de professeur.es adjoint.es (assistant en anglais) : réduire les biais de genre dans l’octroi des subventions et dans l’acceptation des publications (en omettant les noms des auteur.es, par exemple), offrir du mentorat et tenir compte des absences pour maternité;
  • pour les postes de professeur.es agrégé.es (associate en anglais) : le faible taux de passage des postes de professeur.es agrégé.es à professeur.es titulaires est la fuite du pipeline la plus importante; l’autrice propose les mêmes mesures que pour les postes de professeur.es adjoint.es (en insistant sur le mentorat), une meilleure appréciation des tâches connexes qu’elles acceptent davantage que les hommes et l’encouragement à participer à des activités externes;
  • après des élèves du primaire et du secondaire : montrer que l’économie n’est pas une discipline uniquement associée au monde des affaires et à la finance, mais aussi à la santé, à l’éducation, à l’emploi, aux familles et à bien d’autres domaines.

L’autrice précise qu’elle s’est concentrée sur les mesures applicables individuellement ou à des départements, alors que des mesures publiques aideraient aussi, par exemple en favorisant la conciliation entre le travail et la vie personnelle (congés de maternité, services de garde, horaires flexibles, etc.). D’autres mesures ne peuvent pas être évaluées avec des groupes témoins, alors que la plupart de celles qu’elle a proposées l’ont été. Elle conclut en soulignant que ces mesures ont un coût, mais que celui-ci est minime par rapport aux avantages liés aux principes d’équité et à une plus grande diversité dans la discipline.

Sexe, race et carrière universitaire – L’économie se compare-t-elle aux autres disciplines?

L’étude intitulée Gender, Race, and Academic Career Outcomes – Does Economics Mirror Other Disciplines? de Donna K. Ginther a été publiée par le National Bureau of Economic Research (NBER) en octobre 2021.

Par rapport aux domaines des mathématiques et des statistiques, des sciences politiques, des sciences biomédicales, des sciences physiques et de l’ingénierie, la probabilité qu’une femme soit promue à un poste de professeur.es agrégé.es est 15 % moins élevée en économie «après contrôle des publications, des citations et des subventions de recherche» (voir ce graphique). L’autrice aborde présence des femmes en économie_2aussi les différences entre ethnies. Le graphique ci-contre montre la probabilité de recevoir un prix remis pour des recherches indépendantes selon l’ethnie dans différents domaines. On voit que les Noir.es ont une probabilité près de deux fois moins élevée que les Blanc.hes de recevoir ce prix (16,1 % par rapport à 29,3 %) et que la probabilité est aussi inférieure à celle des Blanc.hes pour les Asiatiques et les Hispanophones. Elle ajoute que «même en tenant compte de la scolarité, des bourses de recherche antérieures, des caractéristiques de l’employeur et des publications, nous avons pu expliquer moins de 25 % de l’écart de financement entre […] les Noir.es et les Blanc.hes». Elle a aussi constaté que, même si les Noir.es ont publié autant de documents que les Blanc.hes au cours de leurs études doctorales et postdoctorales, ceux-ci étaient moins cités. En plus, les Noir.es n’ont pas reçu le même appui de leurs mentors.

La sous-représentation des femmes dans les diplômes de premier cycle en économie en Europe : Une comparaison avec les STIM et le commerce

L’étude intitulée Underrepresentation of women in undergraduate economics degrees in Europe: A comparison with STEM and business de Rigissa Megalokonomou, Marian Vidal-Fernandez, Duygu Yengin a été publiée par l’Institute of Labor Economics (IZA) en mars 2021.

Même si le taux de présence des femmes parmi les étudiant.es universitaires a grandement augmenté au cours des dernières décennies, il a plafonné à entre 30 % et 35 % en économie aux États-Unis, avec en plus un taux de professeures titulaires demeurant à près de 10 %.

présence des femmes en économie_3Le graphique ci-contre illustre l’évolution de 2013 à 2018 du ratio de femmes sur les hommes (l’égalité donnerait 1) :

  • chez l’ensemble des diplômé.es (ligne la plus haute avec des cercles blancs), le ratio a été assez stable entre 1,3 et 1,4, ce qui donne environ 57 % de femmes (1,35 / 2,35 = 57,4 %);
  • chez les diplômé.es en commerce (ligne avec des x), le ratio est passé de 1,2 à un peu plus de 1,0, ce qui donne un taux de femmes passant d’environ 55 % à un peu plus de 50 %;
  • chez les diplômé.es en économie (carrés blancs), le ratio est passé de 0,7 à un peu plus de 0,5, ce qui donne un taux de femmes passant d’environ 41 % à 34 % avec une moyenne de 37,5 %;
  • chez les diplômé.es en STIM, soit en science, technologie, ingénierie et mathématiques (triangles noirs), le ratio a évolué autour de 0,35, ce qui donne entre 28 % et 29 % de femmes.

Les autrices soulignent que la proportion de femmes en économie est en Europe un peu plus élevée qu’aux États-Unis (entre 30 et 35 % selon les années), différence encore plus marquée chez les professeur.es titulaires (22 % par rapport à environ 10 %), proportion toutefois bien loin de la parité et encore plus de la moyenne chez l’ensemble des étudiant.es. Les autrices recommandent finalement quelques mesures, en fait très semblables à celles de la troisième étude que j’ai présentée dans ce billet, si ce n’est la possibilité de faciliter les transferts entre les domaines d’études à l’université.

Les autrices ont aussi publié un texte intitulé Why having more women/diverse economists benefits us all (Pourquoi avoir plus de femmes et de diversité parmi les économistes serait bénéfique pour nous tous) sur le site VoxEU le 11 novembre 2021. En plus de résumer l’étude que je viens de présenter, elles expliquent qu’une plus forte présence des femmes dans cette discipline permettrait de varier le choix des sujets que les économistes examinent et modifierait les recommandations politiques. On observe en effet que les femmes s’intéressent davantage que les hommes à des domaines comme le marché du travail (je dois avoir un côté féminin…), la santé et l’éducation. Elles ont de moins bons résultats que les hommes en macroéconomie, mais de meilleurs en microéconomie, surtout dans l’analyse des décisions individuelles des consommateurs, des gouvernements et des entreprises. Elles appuient aussi plus que les hommes les interventions gouvernementales, la réglementation environnementale et la lutte aux inégalités, dont celles entre les hommes et les femmes (bis!).

Et alors…

En commençant à lire ces études, je craignais qu’elles soient répétitives. Si de fait certains thèmes reviennent, ils sont abordés de façon complémentaire. On mentionne d’ailleurs dans une étude que les problèmes de diversité de cette discipline ne se limitent pas aux femmes, mais s’observent aussi du côté des minorités ethniques. La dernière étude que j’ai présentée est en fait assez répétitive, mais elle montre que les constats portant sur la situation aux États-Unis sont aussi en grande partie valables pour l’Europe, avec quand même quelques différences qui permettent d’obtenir un portrait plus complet. J’ai déjà écrit en paraphrasant Jacques Généreux qu’une des plus grandes victoires de la droite est d’avoir convaincu les gauchistes que l’économie est une discipline de droite. Ces études m’amènent à penser que la droite et certains économistes ont aussi réussi à convaincre les femmes que l’économie n’est pas une discipline pour elles. Il est temps que ça change!

L’économie psychique

15 novembre 2021

économie psychiqueAvec le livre L’économie psychique, le quatrième de sa série sur l’économie, Alain Deneault décrit l’évolution «de l’économie psychique qui, bien qu’étrangère aux sciences économiques, a été récupérée par ces dernières et par leurs domaines régionaux que sont le marketing et le management».

Manifeste : L’auteur reproche aux économistes de s’être approprié «le lexique de l’économie pour en faire leur fonds de commerce», alors que ce mot a acquis «dans l’histoire bien d’autres acceptations» et significations dans «plusieurs disciplines scientifiques et pratiques culturelles». Dans toutes ces déclinaisons, «l’économie relève de la connaissance des relations bonnes entre éléments, entre gens, entre sèmes, entre choses». Comme il s’agit du même manifeste que dans les livres précédents de cette série, mon résumé est le même que dans mes billets précédents.

L’économie psychique : Des biologistes ont étudié l’économie animale aux XVIIe et XVIIIe siècles, soit la collaboration des organes d’un corps vivant. Il restait à compléter cette économie avec celle de la relation entre le corps et la psyché.

La psyché comme cause des maladies : La relation entre le corps et la psyché fut établie au XIXe siècle, notamment avec l’apport de Philippe Pinel, précurseur français de la psychiatrie (d’où le nom de l’Institut de psychiatrie légale Philippe-Pinel à Montréal). Mais, «les liens entre les plans psychique et physique» demeurèrent bien rudimentaires avant l’arrivée de Sigmund Freud.

Freud fondateur de l’«économie psychique» : À ses débuts, la pratique de Freud était au croisement de la biologie et de la psychiatrie. Ce ne fut qu’au XXe siècle qu’il utilisa le concept d’économie en psychanalyse, et ce, dans différents sens.

Les montants, l’investissement et la dépense : L’économie psychique utilise aussi les concepts du titre de ce chapitre, mais dans des sens non monétaires.

La négociation : L’appareil psychique mène une négociation avec lui-même pour contrôler ses pulsions. Comme toute négociation, le résultat est bien incertain.

Le travail du préconscient : Cette négociation entre les systèmes conscient et inconscient se déroule dans le préconscient, instance dont l’auteur décrit le fonctionnement.

Financer le refoulement : Refouler les pulsions de l’inconscient a un coût pour le préconscient et le conscient, et ce coût est financé par les pulsions refoulées antérieurement.

Des processus psychiques à ciel ouvert : Les processus psychiques présentés précédemment ne se manifestent pas uniquement à l’intérieur de nous, mais aussi à l’échelle sociale et culturelle, dans nos relations avec les autres.

Un drôle d’argent : L’appareil psychique vise à ce que le refoulement des pulsions se fasse «au moindre coût possible», par exemple en utilisant l’humour comme monnaie, car l’humour permet d’exprimer une partie de ses pulsions refoulées, comme l’auteur le montre avec quelques exemples.

Malaise dans la culture économique : Graduellement, Freud en est venu à amalgamer les deux sens du mot économie, celle-ci devenant à la fois psychique et politique.

Le rêve du capital : Les produits qu’on achète et qu’on possède n’ont pas seulement une valeur monétaire, mais aussi une valeur psychique. En outre, l’argent peut rendre fou, le travail peut aliéner, le rêve libère la psyché de ses inhibitions et la bourse les exalte en faisant «chavirer la psyché moderne dans un vaste rêve éveillé».

La monnaie névrotique : «La devise névrotique impose à la psyché un cadre dans lequel il convient de se satisfaire partiellement». Elle «consiste à maintenir au plus bas le degré d’excitation interne de l’appareil psychique en lui prescrivant un cadre de légitimité» qui lui assurera «des satisfactions sans conséquences fâcheuses, mais partielles toutefois», notamment par la reconnaissance sociale. Feindre le deuil d’une personne qu’on n’aime pas en est un exemple classique.

Émettre la monnaie névrotique : La valeur d’une chose ne s’établit pas uniquement selon les principes de la science économique, mais aussi sur d’autres facteurs liés notamment aux rapports sociaux, comme la conformité et la vision des autres (surtout d’autorités morales).

La déréliction psychique : La déréliction du titre se manifeste en premier lieu par la névrose, qui «confère une autorité réelle et de la consistance à une forme symbolique», comme à un dieu ou à une institution, mais aussi par l’hystérie, la psychose et la perversité.

Un management pervers : Quand les pervers narcissiques occupent des postes d’autorité, ces personnes se croient tout permis, n’hésitant pas à humilier leurs proches, à les harceler en leur faisant vivre des sévices d’ordre moral. La perversité peut même s’étendre à une institution entière, faisant carrément partie de la culture de bien des entreprises, devenant systémique (remarque personnelle…). L’auteur donne de nombreux exemples des conséquences désastreuses de ces «cultures» ou «religions» sur le personnel (mises à pied, dépressions, suicides et même meurtres).

La psyché des sciences économiques : L’économie psychique de Freud a amené son neveu, Edward Bernays, à devenir de roi de la propagande dans l’économie marchande en manipulant les consommateur.trices et les travailleur.euses.

Une «nouvelle économie psychique» : De nos jours, c’est la jouissance et la perversion qui financent le fonctionnement de notre appareil psychique. «Dans la nouvelle économie psychique, le préconscient se trouve sous-financé pour effectuer le travail de refoulement». L’auteur donne notamment l’exemple de l’utilisation des paradis fiscaux (on le reconnaît bien avec cet exemple!) que les États ont institutionnalisée et rendue «normale» avec leurs législations laxistes.

Césure – À mes amis économistes : L’auteur répond à des économistes qui lui ont reproché de dénaturer leur discipline dans les premiers livres de cette série. Or, cette série ne porte pas directement sur cette discipline, mais sur les autres concepts associés au terme «économie». Il souligne ensuite que de nombreux.euses économistes dénoncent la façon dont leur discipline est enseignée et pratiquée. Dans son cas, ses reproches portent essentiellement sur l’accaparement de ce concept pourtant polysémique par cette discipline.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Pas vraiment, à moins que, comme moi, on tienne absolument à lire tous les livres de la série d’Alain Deneault sur l’économie, objectif qui est une forme de monnaie psychotique, si j’ai bien compris ce concept! J’ai trouvé celui-ci le plus rebutant des quatre que j’ai lus jusqu’à maintenant, mais il pourrait plaire à d’autres personnes davantage portées que moi sur ce type d’analyse que je trouve passablement obscure par bout. Cela dit, j’ai quand même mieux compris et nettement préféré la deuxième partie de ce livre qui applique plus clairement les concepts élaborés dans la première partie. Mais, encore là, c’est une question de goût et d’intérêts! Autre bon point, les 162 notes, presque toutes des références, sont en bas de page.

Le marché du travail en octobre 2021 au Canada et au Québec, et la COVID-19

11 novembre 2021

marché du travail octobre 2021 Canada et Québec et la COVID 19Après avoir commenté les données sur l’emploi du Bureau of Labor Statistics (BLS) pour le mois d’octobre 2021, je poursuis ma série de billets sur le marché du travail et la COVID-19 en analysant celles de l’Enquête sur la population active (EPA) pour le même mois.

Octobre 2021 au Canada

Statistique Canada a publié le 5 novembre son communiqué sur les estimations de l’EPA pour la semaine du 10 au 16 octobre. On y apprend notamment que :

  • avec sa hausse de 31 000 en octobre 2021 (ou de 0,2 %), l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées était rendue supérieure de 32 000 (ou de 0,2 %) à son niveau de février 2020; rappelons-nous que la baisse atteignait près de 3,0 millions d’emplois ou 15,6 % en avril 2020;
  • comme la population adulte a augmenté de 436 000 personnes (ou de 1,6 %) depuis février 2020, son taux d’emploi était toutefois toujours en recul par rapport à février 2020, soit de 1,4 % ou de 0,8 point de pourcentage, étant passé de 61,8 % à 61,0 %;
  • si le taux d’emploi s’était maintenu à 61,8 %, il y aurait 297 000 emplois de plus en octobre 2021 qu’en février 2020 (au lieu de 32 000); cela dit, le vieillissement de la population explique environ 0,6 point sur 0,8 de cette baisse du taux d’emploi, ce qui ramène le déficit d’emploi depuis février 2020 à 109 000 en tenant compte de la hausse de la population adulte et de son vieillissement; comme l’emploi a plutôt augmenté de 32 000, il reste donc 77 000 emplois à rattraper pour retrouver la situation du marché du travail d’avant la pandémie;
  • le nombre de chômeur.euses a augmenté de 220 000 personnes ou de 19 % entre février 2020 et octobre 2021, malgré une baisse de 56 000 en octobre, faisant passer le taux de chômage de 5,7 % en février 2020 à 6,7 % en octobre 2021, en baisse de 0,2 point par rapport à septembre (6,9 %); notons que le vieillissement n’a eu qu’un impact minime sur le taux de chômage;
  • en données non désaisonnalisées, le nombre de chômeur.euses inexpérimenté.es (qui n’ont pas travaillé depuis au moins un an, voir ce billet pour en savoir plus sur le chômage inexpérimenté) a diminué en octobre de 6,5 % (ou de 46 000) au Canada, soit plus que le nombre de chômeur.euses expérimenté.es (baisse de 3,8 % ou de 22 000); en conséquence, la proportion de chômeur.euses inexpérimenté.es est passée de 55 % à 54 % des chômeur.euses; ce taux (54 %) est le troisième plus élevé des 550 mois depuis janvier 1976, le sommet ayant été atteint en juin 2021 (56 %); notons que cette proportion était d’environ 35 % avant la pandémie;
  • la population inactive a augmenté de 229 000 personnes entre février 2020 et octobre 2021 (ou de 2,1 %), dont 64 000 en octobre, hausse moins élevée de près de 40 % que celle qui serait due à la croissance de la population adulte et à son vieillissement; en en tenant compte, cette hausse serait de 364 000 (166 000 en raison de la hausse de la population adulte et 198 000 en raison de son vieillissement);
  • avec sa baisse de 0,2 point en octobre 2021 par rapport à septembre, le taux d’activité est passé de 65,5 % à 65,3 % entre février 2020 et octobre 2021; ce taux est en fait plus élevé de 0,4 point que celui qui aurait été atteint en raison du vieillissement de la population (64,9 %) si la situation sur le marché du travail était demeurée la même qu’en février 2020;
  • l’emploi à temps plein a augmenté de 0,2 % en octobre et l’emploi à temps partiel a baissé de 0,1 %; entre février 2020 et octobre 2021, l’emploi à temps partiel a baissé de 0,4 %, pendant que l’emploi à temps plein augmentait de 0,3 %;
  • l’emploi a diminué de 0,1 % en octobre chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans et de 0,5 % chez les 55 ans et plus, mais a augmenté de 0,4 % chez les 25 à 54 ans; entre février 2020 et octobre 2021, l’emploi a diminué de 1,0 % chez les jeunes et de 1,3 % chez les 55 ans et plus, tandis qu’il a augmenté de 0,9 % chez les 25 à 54 ans;
  • comme la population de ces trois groupes a évolué bien différemment depuis 20 mois, il faut souligner que le taux d’emploi des jeunes n’a baissé que de 0,1 point de pourcentage entre février 2020 et octobre 2021 (de 58,0 % à 57,9 %), alors que celui de 25-54 ans augmentait de 0,2 point (de 83,1 % à 83,3 %) et que celui des 55 ans et plus diminuait de 1,6 point ou de 4,4 % (de 36,0 % à 34,4 %);
  • même s’il a baissé de 0,2 point de pourcentage depuis février 2020 (de 10,4 % à 10,2 %), le taux de chômage des 15 à 24 ans surpassait encore de beaucoup celui des deux autres groupes (5,6 % et 7,6 %).

Octobre 2021 au Québec

Entre les semaines de référence de septembre et d’octobre (du 10 au 16 octobre), le gouvernement du Québec a permis de remplir les salles de spectacle à compter du 8 octobre. Malgré cela, les données de l’EPA nous apprennent que :

  • l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées est demeurée stable en octobre; la baisse entre février 2020 et octobre 2021 était donc encore de 34 000 emplois ou de 0,8 %;
  • comme la population adulte a augmenté de 1,1 % depuis février 2020 (ou de 75 000 personnes), son taux d’emploi a baissé davantage, soit de 1,8 % ou de 1,2 point de pourcentage, passant de 61,9 % à 60,7 %, en baisse de 0,1 point par rapport à septembre 2021 (60,8 %);
  • si le taux d’emploi s’était maintenu à 61,9 %, il y aurait eu 47 000 emplois de plus en octobre 2021 qu’en février 2020 (au lieu d’en avoir 34 000 de moins); par contre, le vieillissement de la population explique environ 0,8 point sur 1,2 de la baisse du taux d’emploi, ce qui fait en sorte que l’emploi aurait dû diminuer de 8 000 en tenant compte de la hausse de la population adulte et de son vieillissement; cela signifie que le vieillissement de la population a eu plus d’effet sur l’emploi que la hausse de la population adulte (ralentie en raison de la baisse de l’immigration, alors que le vieillissement s’est au contraire accéléré pour cette raison); comme l’emploi a plutôt diminué de 34 000, il reste 26 000 emplois à rattraper pour retrouver la situation du marché du travail d’avant la pandémie;
  • l’emploi au Québec a baissé de 0,8 % depuis février 2020, alors qu’il a augmenté de 0,4 % dans le reste du Canada; cela dit, le Québec est demeuré en octobre au sixième rang des pertes d’emplois les moins élevées en pourcentage depuis février 2020, comme on peut le voir dans l’image qui accompagne ce billet;
  • marché du travail octobre 2021 Canada et Québec et la COVID 19_1entre février 2020 et octobre 2021, l’estimation de l’emploi a diminué de 13 400 emplois chez les femmes (ou de 0,6 %) et de 20 800 chez les hommes (ou de 0,9 %); l’écart entre ces deux évolutions s’est inversé à l’avantage des femmes en octobre, passant de 2,0 points de pourcentage l’avantage des hommes en septembre à 0,3 point à l’avantage des femmes en octobre; en effet, l’estimation de l’emploi a augmenté de 1,2 % en octobre chez les femmes (+24 900 emplois) et a baissé de 1,1 % chez les hommes (-25 100 emplois);
  • si le nombre d’emplois a globalement diminué de 0,8 % entre février 2020 et octobre 2021, cette baisse fut de 1,7 % chez les employé.es (ou salarié.es) du secteur privé et de 8,6 % chez les travailleur.euses autonomes (baisse concentrée dans la santé, les services aux entreprises, les autres services, l’hébergement et la restauration, et le commerce); pendant ce temps, l’emploi augmentait de 6,5 % chez les employé.es du secteur public, surtout dans le secteur de l’éducation et dans les administrations publiques; ces estimations nous montrent toutefois un seul changement notable en octobre, soit une hausse de 0,8 % dans le travail autonome (+4200);
  • l’emploi à temps partiel a augmenté de 0,7 % en octobre 2021 et l’emploi à temps plein a diminué de 0,1 %; entre février 2020 et octobre 2021, l’emploi à temps partiel a diminué de 5,1 % tandis que l’emploi à temps plein augmentait de 0,2 %;
  • le nombre de chômeur.euses a augmenté de 51 000 (ou de 25 %) entre février 2020 et octobre 2021, malgré une baisse de 6700 en octobre 2021; le taux de chômage est ainsi passé de 4,5 % en février 2020 à 5,6 % en octobre 2021, en baisse de 0,1 point par rapport à septembre (5,7 %); comme pour le Canada, le vieillissement n’a eu qu’un impact minime sur le taux de chômage;
  • en données non désaisonnalisées, le nombre de chômeur.euses inexpérimenté.es a augmenté en octobre de moins de 1000 au Québec et le nombre de chômeur.euses expérimenté.es a diminué de 3 500; en conséquence, la proportion de chômeur.euses inexpérimenté.es est passée de 49 % à 50 % des chômeur.euses; ce taux (50 %) est le deuxième plus élevé des 550 mois depuis janvier 1976, le sommet ayant été atteint en juin 2021 (55 %); notons que cette proportion était d’environ 30 % avant la pandémie; cette proportion hors norme de chômeur.euses n’ayant pas travaillé depuis au moins un an illustre à quel point la situation actuelle est particulière;
  • avec sa hausse de 11 500 en octobre, la population inactive a augmenté de 58 100 personnes entre février 2020 et octobre 2021, hausse beaucoup moins élevée que celle qui serait due à la croissance de la population adulte et à son vieillissement; en en tenant compte, cette hausse aurait été de 85 300 (26 500 en raison de la hausse de la population adulte et 58 800 en raison de son vieillissement);
  • avec sa baisse de 0,2 point en octobre 2021 par rapport à septembre (64,5 %), le taux d’activité est passé de 64,8 % à 64,3 % entre février 2020 et octobre 2021; cette baisse de 0,5 point de pourcentage est en fait une hausse de 0,4 point par rapport au taux qui aurait été atteint (63,9 %) en raison du vieillissement de la population adulte depuis février 2020;
  • l’emploi a baissé de 2,4 % en octobre chez les personnes âgé.es de 15 à 24 ans et de 1,1 % chez les 55 ans et plus, alors qu’il a augmenté de 0,8 % chez les 25 à 54 ans; entre février 2020 et octobre 2021, l’emploi a diminué beaucoup plus fortement chez les jeunes (-6,6 %) que chez les 55 ans et plus (-0,4 %), alors qu’il a augmenté de 0,3 % chez les 25 à 54 ans;
  • par contre, comme la population de ces trois groupes a évolué bien différemment depuis 20 mois, il faut souligner que le taux d’emploi des jeunes a moins reculé entre février 2020 et octobre 2021 que l’emploi, soit de 3,8 points de pourcentage ou de 5,7 % (de 66,3 % à 62,5 %), mais plus que celui des 55 ans et plus, soit de 1,1 point ou de 3,4 % (de 32,8 % à 31,7 %), alors que celui des 25-54 ans augmentait de 0,4 point ou de 0,5 % (de 85,7 % à 86,1 %);
  • le taux de chômage des 15 à 24 ans (8,6 % en octobre 2021 par rapport à 7,0 % en février 2020) était le plus élevé des trois groupes, suivi par celui des personnes âgées de 55 ans et plus (7,1 % par rapport à 4,9 %) et par celui des 25 à 54 ans (4,4 % par rapport à 3,8 %).

On pourrait penser que le fait que le taux d’activité en données désaisonnalisées ait été plus élevé dans le reste du Canada (65,6 %) qu’au Québec (64,5 %) en octobre 2021 montre une plus grande vitalité de leur marché du travail. En fait, c’est uniquement en raison des différences dans leur structure démographique que le taux d’activité était plus élevé dans le reste du Canada qu’au Québec, le Québec ayant une proportion nettement plus élevée d’adultes âgé.es de 65 ans et plus (23,8 % par rapport à 21,1 %). Ainsi, si le Québec avait eu la même structure démographique que le reste du Canada en octobre 2021, son taux d’activité aurait été plus élevé que celui du reste du Canada. En effet, avec les données non désaisonnalisées du tableau 14-10-0017-01, on peut calculer, en associant les taux d’activité par tranche d’âge de cinq ans (15-19 ans, 20-24 ans jusqu’à 65-69 ans et 70 ans et plus) au pourcentage de la population adulte dans ces tranches d’âges dans le reste du Canada, que le taux d’activité aurait en fait été en octobre 2021 de 66,2 % au Québec au lieu de 64,4 % par rapport à 65,3 % dans le reste du Canada, s’il avait eu la même structure démographique. Cela n’est pas étonnant, car le taux d’activité au Québec était en octobre plus élevé que celui du reste du Canada dans les neuf tranches d’âge de moins de 60 ans et moins élevé dans seulement les trois tranches les plus âgées. Il en était de même pour le taux d’emploi.

En gardant en tête le fait que les marges d’erreur des estimations de l’emploi de l’EPA sont encore plus importantes avec des données désagrégées comme celles par industrie, je présente dans le tableau qui suit (tiré des données du tableau 14-10-0355-01) la variation de ces estimations par industrie entre septembre 2021 et octobre 2021, et entre février 2020 et octobre 2021. J’ai mis en caractère gras dans les quatre dernières colonnes du tableau les hausses et les baisses les plus importantes.

Entre septembre 2021 et octobre 2021, il y a eu une seule hausse de plus 10 000 emplois, soit dans les autres services (10 700 ou 7,0 %). Il y a eu deux baisses de plus 10 000 emplois, soit dans la fabrication (-15 600 ou -3,2 %) et dans les services d’hébergement et de restauration (-10 900 ou -5,6 %), probablement en raison de la fin d’un été particulièrement achalandé dans le secteur touristique, quoique cette baisse soit à l’intérieur de la marge d’erreur à 95 % (15 800).

20 mois après le début de cette crise, le tableau nous montre encore quatre baisses de plus de 20 000 emplois, dont une de plus de 75 000 emplois :

  • les services d’hébergement et de restauration (baisse de 75 500 emplois, ou de 29,2 %);
  • la fabrication (27 500 ou 5,5 %)
  • l’information, culture et loisirs (23 500 ou 12,9 %);
  • le transport et l’entreposage (21 000 ou 8,5 %).

Le tableau indique aussi que le même nombre d’industries affiche des hausses de plus de 20 000 emplois :

  • finance, assurances, services immobiliers et de location (39 700 emplois ou 15,8 %);
  • services d’enseignement (36 000 emplois ou 10,3 %);
  • services professionnels, scientifiques et techniques (28 600 ou 8,2 %);
  • administrations publiques (26 200 ou 10,8 %).

Assez étrangement, les données beaucoup plus fiables de l’EERH montrent plutôt une légère baisse de l’emploi salarié dans les services d’enseignement (-2,8 %) et dans la finance, assurances, services immobiliers et de location (-1,0 %) entre février 2020 et août 2021, et une hausse beaucoup moins importante dans les administrations publiques (3,9 %), ce qui rend suspecte l’ampleur de ces trois hausses.

Et après?

Même si les mouvements de l’emploi semblent moins liés aux annonces gouvernementales depuis quelques mois, il faut en souligner deux du gouvernement du Québec permettant aux bars et aux restaurants d’augmenter leur capacité d’accueil à partir du premier novembre et le retour de la danse et du karaoké dans ces établissements et quelques autres assouplissements à partir du 15 novembre. Notons que cette dernière annonce ne pourra pas avoir d’impact sur l’emploi en novembre, entrant en vigueur après la semaine de référence de novembre (cette semaine, soit du 7 au 13 novembre 2021), sauf peut-être par quelques embauches pour préparer ces activités.

Le nombre de cas de COVID-19 et d’hospitalisations a diminué récemment dans de nombreuses provinces, notamment en Ontario et au Québec. De même, le taux de vaccination progresse partout au pays, ce qui permet d’espérer qu’il y aura de nouveaux assouplissements et qu’il n’y aura plus de nouveaux confinements au cours des prochains mois, donc de baisses importantes de l’emploi.

Comment ces décisions et ce contexte traduiront-ils en termes d’emplois en novembre? C’est difficile à prévoir compte tenu du niveau moins élevé d’emplois à rattraper, mais je m’attends quand même à une légère hausse de l’emploi, quoique la marge d’erreur à 95 % des variations mensuelles des données de l’EPA soit bien plus élevée que ce genre de hausse légère (39 400 pour le Québec et 80 000 pour le Canada).

Et alors…

J’ai rarement vu autant de changements importants dans les données du Québec au cours d’un mois sans variation de l’emploi total (en fait, baisse de 300 emplois…). Tout d’abord, on a vu que l’écart des baisses de l’emploi entre les hommes et les femmes qui désavantageait ces dernières depuis le début de la pandémie s’est inversé grâce aux seules données de ce mois-ci. Pourtant, on pensait que ce désavantage s’atténuerait avec la reprise dans les secteurs où elles sont majoritaires, mais l’emploi a justement diminué dans l’hébergement et la restauration. En fait, les données montrent que la hausse de l’emploi chez les femmes et la baisse chez les hommes sont réparties dans de nombreuses industries, sans concentration notable, sinon dans l’enseignement et les services immobiliers et de location (!) qui comptent pour 75 % de la hausse de l’emploi des femmes en octobre.

De même, alors que le taux d’emploi des jeunes avait dépassé son niveau de février 2020 en juillet2021  de 0,4 point de pourcentage, il lui était plus bas de 3,8 points (ou de 5,7 %) en octobre. La situation s’est aussi détériorée chez les 55 ans et plus (entre -0,2 point en juillet à -1,1 en octobre), mais s’est grandement améliorée chez les 25-54 ans, qui étaient les plus touchés en juillet avec un recul de 2,1 points et qui se retrouvaient en octobre le seul groupe en hausse (de 0,4 point).

Le retour de l’emploi au Canada à son niveau de février 2020 et près de ce niveau pour le Québec, et la hausse constante de la durée depuis février 2020 font ressortir l’importance de tenir davantage compte des données démographiques, aussi bien du côté de la hausse de la population adulte que du côté de son vieillissement. Je rappelle aussi que ce rapprochement du niveau de l’emploi prépandémique annonce la fin probable de cette série de billets d’ici quelques mois. Je vais persévérer jusqu’à la fin de l’année, mais probablement pas beaucoup plus, à moins d’un revirement important de la pandémie et des données sur l’emploi, revirement que personne ne souhaite…

Le marché du travail en octobre 2021 aux États-Unis et la COVID-19

9 novembre 2021

marché du travail octobre 2021 États-Unis et la COVID 19Après avoir analysé les données sur l’emploi de mars 2020 à septembre 2021 du Bureau of Labor Statistics (BLS) et de l’Enquête sur la population active (EPA), je vais dans ce billet commenter celles d’octobre 2021 pour les États-Unis et celles pour le Canada et le Québec dans le suivant qui paraîtra plus tard cette semaine.

Octobre 2021 aux États-Unis

Le BLS publie au début de chaque mois (le 5 novembre pour octobre 2021) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey (HS), l’équivalent de l’EPA canadienne auprès des ménages, et de l’Establishment Survey (ES), qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) du Canada auprès des entreprises. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent uniquement la variation de l’emploi selon l’ES et le taux de chômage selon la HS. La couverture journalistique de la publication des données d’octobre 2021 par le BLS n’a pas fait exception, cet article de Radio-Canada (en fait de l’Agence France-Presse et publié aussi dans La Presse) résumant la situation par cette phrase «Le taux de chômage a reculé à 4,6 % (-0,2 point), et 531 000 emplois ont été créés en octobre», sans mentionner que la donnée sur l’emploi vient de l’ES (voir la dernière colonne de ce tableau) et que la baisse du taux de chômage de 0,2 point vient de la HS (voir la septième ligne de cet autre tableau), laissant penser que ces deux données sont liées. Or, elles ne le sont pas.

– emploi, taux de chômage et activité

Si on regarde les données de la quatrième ligne de la dernière colonne de ce tableau, on voit que les estimations de la HS montrent une hausse de 359 000 emplois en octobre plutôt que de 531 000 emplois comme l’ES, soit une différence de 192 000 emplois! Notons en plus que la hausse de 531 000 emplois de l’ES s’additionne aux révisions positives de 235 000 emplois des données d’août 2021 (+117 000) et de septembre (+118 000), ce qui rend le niveau d’emploi en novembre plus élevé de 766 000 que celui publié pour octobre 2021, niveau cette fois plus élevé de 407 000 que la hausse de l’estimation selon la HS, en fait plus de deux fois plus élevée. La hausse officielle de l’emploi selon l’ES (531 000) correspond par ailleurs assez bien à celle de 450 000 anticipée par les prévisionnistes, avec un écart d’environ 15 % (81 000 / 531 000 = 15,3 %).

Même si la hausse de l’emploi selon la HS fut moindre que celle selon la ES et que la prévision (359 000 par rapport à 531 000 et à 450 000), le taux de chômage a baissé davantage que prévu, soit de 0,2 point de pourcentage au lieu de 0,1 point comme l’anticipaient les prévisionnistes, passant de 4,8 % à 4,6 %. La population active a de son côté augmenté de 104 000 personnes, la hausse de l’emploi (359 000 emplois) ayant été supérieure de 104 000 à la baisse du nombre de chômeur.euses (255 000). Cette hausse de la population active n’a toutefois pas été suffisante pour faire augmenter le taux d’activité, car la population adulte a augmenté davantage (de 142 000). Il est en effet demeuré à 61,6 %, toujours en baisse de 1,7 point par rapport à février 2020 (63,3 %).

Entre février 2020 et octobre 2021, l’emploi a baissé de 4,2 millions (2,8 %) selon l’ES et de 4,7 millions (3,0 %) selon la HS, baisse près de quatre fois plus élevée qu’au Québec (-0,8 %), alors que l’emploi au Canada a dépassé de 0,2 % son niveau de février 2020, comme nous le verrons dans le prochain billet. En plus, la population adulte a augmenté de 0,9 %  entre février 2020 et octobre 2021 (soit de 2,3 millions de personnes). Si les États-Unis avaient conservé leur taux d’emploi de février 2020, soit 61,1 % au lieu de 58,8 %, il y aurait 6,1 millions d’emplois de plus (ou 4,0 %) en octobre 2021. Cette estimation (6,1 millions d’emplois) représente mieux le rattrapage à faire pour que le marché du travail des États-Unis retrouve sa situation d’avant la pandémie, quoique le vieillissement de cette population ait sûrement eu un effet à la baisse sur cette estimation, mais je ne trouve pas de données assez détaillées pour estimer cet effet.

– emploi selon le sexe et l’industrie

Selon ce tableau, la hausse de 531 000 emplois en octobre 2021 selon l’ES s’est traduite par un ajout de 227 000 emplois chez les hommes (+0,31 %) et de 304 000 emplois chez les femmes (+0,41 %). Entre février 2020 et octobre 2021, l’emploi a baissé de 2,4 millions (3,2 %) chez les femmes et de 1,8 million (2,4 %) chez les hommes. Du côté industriel, les hausses d’emploi furent en octobre les plus importantes dans :

  • les loisirs et l’hospitalité (164 000 emplois, dont 143 000 dans l’hébergement et la restauration);
  • la fabrication (61 000 emplois);
  • le transport (54 000 emplois);
  • la santé et l’assistance sociale (47 000 emplois);
  • les services professionnels, scientifiques et techniques (45 000 emplois);
  • la construction (44 000 emplois).

marché du travail octobre 2021 États-Unis et la COVID 19_1Soulignons aussi la baisse de 43 000 emplois dans les services d’enseignement locaux qui s’ajoute à celles de 86 000 en septembre et de 59 000 en août, pour une baisse totale de 188 000 en trois mois. La ligne rouge du graphique ci-contre, qui reproduit un graphique provenant de cette analyse de l’Economic Policy Institute (EPI), montre vers la fin les baisses d’emplois d’août à octobre 2021 en données désaisonnalisées par rapport aux hausses réelles dans les données non désaisonnalisées (ligne bleue). Ce tableau indique que l’emploi a en fait augmenté dans cette industrie de 1 246 000 emplois d’août à octobre, mais moins que par les années passées (de 1 443 000 en moyenne de 2011 à 2020, par exemple), ce qui a entraîné une baisse de l’emploi en données désaisonnalisées. Ces baisses étaient d’ailleurs prévues. Elles seraient dues aux variations d’embauches différentes d’en temps normal en raison de la pandémie. D’ailleurs, j’ai souligné l’impact inverse de ce phénomène au cours des mois d’été (voir la hausse de la ligne rouge de mai à juillet pendant que la ligne bleue baissait), la baisse moins forte de l’emploi que d’habitude s’étant traduite par des hausses en données désaisonnalisées.

– conséquence de l’inactivité

Les données de la HS permettent aussi de répartir la baisse du nombre de personnes en emploi entre celles qui sont considérées par le BLS en chômage ou inactives. Entre février 2020 et octobre 2021, le nombre de personnes en chômage a augmenté de 1,7 million et le nombre d’inactif.ives de 5,3 millions, soit 3,1 fois plus! Si le taux d’activité s’était maintenu à 63,3 % comme en février 2020 (il était de 61,6 % en octobre 2021), il y aurait 4,4 millions de personnes inactives de moins et 4,4 millions de personnes en chômage de plus. Dans ce cas, il y aurait 6,1 millions de chômeur.euses de plus qu’en février 2020 (plutôt que 1,7 million) et le taux de chômage ainsi ajusté aurait atteint 7,1 % en octobre 2021 plutôt que 4,6 %, en hausse de 3,6 points de pourcentage plutôt que de 1,1 point depuis février 2020 (3,5 %), hausse plus de trois fois plus élevée. Avec un calcul légèrement différent (elle tient compte en plus des emplois mal classés), Heidi Shierholz, présidente de l’EPI, arrive à un résultat un peu plus élevé (7,3 %), mais du même ordre de grandeur que mon 7,1 %.

Et après?

Il est difficile de ne pas lier la hausse plus élevée de l’emploi en octobre qu’en septembre et qu’en août à la baisse du nombre d’infections à la COVID-19 ces mois-là. Il faut toutefois préciser que la hausse d’emploi d’août est passée de 235 000 à 483 000 après les révisions de septembre et d’octobre, et que celle de septembre est rendue à 312 000 après la révision d’octobre plutôt qu’à 194 000 comme annoncée le mois dernier. Ces hausses ne furent donc pas aussi basses qu’on le disait lors de la publication initiale de ces données. Et on verra si la hausse de 531 000 d’octobre n’est pas en fait elle aussi sous-estimée. On se plaint souvent du délai que prend Statistique Canada avant de publier ses données de l’EERH, l’équivalent canadien de l’ES, mais au moins ses révisions sont minimes!

Comme le nombre du nombre d’infections a atteint un plateau depuis environ trois semaines, il est difficile de prévoir son évolution. Cela dit, étant donné que nous sommes déjà dans la semaine de référence du mois de novembre (pour la HS, du 7 au 13 novembre, et pour l’ES de cette semaine à la fin du mois, selon la période de paye, soit hebdomadaire, aux deux semaines ou mensuelle), on peut s’attendre à ce que le nombre de cas soit seulement un peu inférieur à celui d’octobre et donc que la reprise de l’emploi se poursuive sensiblement au même rythme. Notons aussi que le taux de vaccination continue à augmenter, même si la hausse est lente. Finalement, la baisse récente du nombre de prestataires de l’assurance-chômage laisse aussi penser à une hausse significative de l’emploi en novembre.

Et alors…

Dans mon billet sur les données des États-Unis d’août 2021, je n’avais pas osé émettre de prévision plus précise que de dire que l’emploi augmenterait probablement en septembre, car trop de facteurs dont l’effet était difficile à estimer se conjuguaient. Je m’étais avancé un peu plus dans celui sur les données de septembre, en parlant d’une hausse probablement plus élevée en octobre qu’en septembre, mais sans plus. Je demeure prudent ce mois-ci, en prévoyant tout de même une poursuite de la reprise. J’ajouterai que le fait que la hausse de l’emploi en octobre se soit partagée entre des industries bien différentes et que l’emploi ait enfin augmenté davantage chez les femmes que chez les hommes (elles qui sont toutefois encore en octobre plus éloignées de leur situation de février 2020) va aussi dans le sens d’un retour progressif à la «normale» sur le marché du travail, donc d’une hausse appréciable de l’emploi en novembre. En plus, on peut espérer que les baisses d’emploi artificielles dans les services d’enseignement locaux soient terminées, comme ce fut le cas en novembre 2020. Il reste des sujets d’inquiétude, notamment sur le manque de places dans les services de garde et le retard dans l’adoption du plan social et climatique de Joe Biden. On peut donc s’attendre à ce que le retour à la situation de février 2020 ne se fasse pas dans les prochains mois.

Comment tout peut changer

8 novembre 2021

image_2021-10-20_173608Avec son livre Comment tout peut changer – outils à l’usage de la jeunesse mobilisée pour la justice climatique et sociale, Naomi Klein lance un hommage à la force de mobilisation et à la résistance des jeunes qui luttent «non seulement pour contrer les effets des changements climatiques, mais surtout pour assurer à tout le monde un avenir juste où il fera bon vivre».

Avant-propos – Explorer le récif : L’autrice explique les objectifs de ce livre, gravitant autour des injustices créées par la crise climatique et des changements qui permettraient d’y mettre fin.

Première partie – Où en sommes-nous?

1. Les jeunes se mobilisent : Plus de 2000 manifestations dans 125 pays ont eu lieu en mars 2019 dans le cadre le la grève étudiante pour le climat. Ces jeunes l’ont fait pour l’avenir de la vie sur la planète, mais aussi pour changer la situation actuelle. L’autrice raconte comment Greta Thunberg en est venue à initier ce mouvement quand elle avait 15 ans en faisant la grève de l’école tous les vendredis pour manifester devant le parlement suédois, au début seule, puis rapidement accompagnée par de plus en plus de jeunes et enfin invitée un peu partout dans le monde pour transmettre son message, permettant à des jeunes de partout de joindre ce mouvement.

2. Les chauffe-planète : De nouveaux records liés au réchauffement climatique sont établis plusieurs fois par année : fonte des glaciers, canicules, feux de forêt, inondations, sécheresses, tornades, ouragans, etc. Tout cela est catastrophique, mais «il s’agit aussi d’un appel à l’action pour le climat». La Terre a déjà connu des périodes plus chaudes entre des ères glaciaires, mais c’est la première fois qu’une telle période est causée par un être vivant. L’autrice aborde ensuite :

  • les méthodes de prévisions du climat par les scientifiques et leurs principaux résultats;
  • les points de bascule et les boucles de rétroaction;
  • les effets bien différents entre un réchauffement de 1,5 degrés et de 2 degrés ou plus (y compris pour la faune et la flore);
  • les gaz qui contribuent au réchauffement climatique et les mesures à prendre pour le limiter.

3. Le climat et la justice : Les conséquences du réchauffement climatique sont loin d’être égales pour tout le monde. L’autrice en donne des exemples avec les conséquences de l’ouragan Katrina et considère que ce sont les décisions gouvernementales néolibérales des années précédentes et les nominations partisanes qui sont les principales responsables de l’ampleur des dégâts qui ont touché surtout les plus pauvres et les Noir.es. Elle donne ensuite un exemple de résistance contre l’exploitation d’une mine de charbon qui a réussi, montrant que la mobilisation peut apporter de bons résultats. Puis, elle explique que l’extraction de l’énergie fossile comporte bien d’autres dangers que le réchauffement climatique, donnant notamment en exemple la catastrophe de LacMégantic en 2013. Elle poursuit en soulignant d’autres effets du réchauffement climatique, dont la montée de l’écofascisme contre les réfugié.es du climat, pourtant victimes des émissions de gaz à effet de serre (GES) des pays riches. Plutôt que d’être rejetées, ces personnes auraient en fait droit à des compensations des pays riches qui devraient reconnaître la dette climatique qu’ils ont envers les populations les plus pauvres de la planète. Mais, ils ne le font pas…

Deuxième partie – Comment en sommes-nous arrivés là?

4. Brûler le passé pour faire cuire l’avenir : Le réchauffement climatique tire ses origines de l’invention d’un moteur à vapeur et de son perfectionnement par James Watt, un ingénieur écossais, au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle (à partir de 1765). C’est en effet cette invention qui a permis la révolution industrielle du XIXe siècle. Cette révolution a concrétisé les rêves de contrôle de la nature de nombreux philosophes des siècles précédents, s’est traduite par l’appropriation et l’extraction des ressources naturelles, et a débouché sur les débuts du capitalisme moderne. L’autrice explique ensuite le fonctionnement et les caractéristiques des principaux GES (CO2, méthane, etc.) et souligne que nous n’avons pas tenu compte des signes annonciateurs de la situation actuelle.

5. La bataille se dessine : «Les combustibles fossiles ont bâti le monde moderne». Cela est évident, mais trop de gens ont choisi de ne pas s’en apercevoir. Si les premier.ères environnementalistes étaient des riches qui voulaient préserver leurs privilèges (pêche, chasse, randonnées, etc.), ceux et celles qui les ont suivi.es croyaient à l’interdépendance des êtres vivants entre eux et avec la nature, et ont obtenus les premières réglementations environnementales (contre la pollution de l’eau et de l’air, protection de sites et d’espèces menacées, etc.) avant de revendiquer des changements plus profonds dans la façon de produire et même dans le mode de vie moderne.

L’autrice poursuit son historique des mouvements environnementalistes de façon globale et avec des exemples plus anecdotiques, mais qui illustrent bien l’évolution de ces mouvements et leur influence de plus en plus étendue. Malheureusement, les résultats concrets sont plutôt décevants en raison entre autres de la résistance des gouvernements et du système capitaliste par sa recherche de la croissance infinie. Elle aborde aussi le travail de sape des négateur.trices du réchauffement climatique (dont des entreprises), les tactiques d’écoblanchiment, la promotion des petits gestes individuels, quelques actions de militant.es environnementalistes et leur impact sur la sensibilisation de la population.

6. Protéger son foyer… et la planète : Ce chapitre porte «sur des actions récentes de résistance au réchauffement climatique et à l’injustice». Elle présente ensuite de telles actions :

  • d’Autochtones contre un projet d’oléoduc (Northern Gateway) en Colombie-Britannique et au Dakota du Nord (Dakota Access);
  • de jeunes avec une poursuite contre les États-Unis pour son inaction face au réchauffement climatique;
  • des habitants des îles du détroit de Torrès avec une «plainte liée au réchauffement planétaire devant le Comité des droits de l’homme (sic) des Nations-Unis» contre l’Australie.

Troisième partie – Et ensuite?

7. Changer l’avenir : «Il est impossible d’éviter complètement le bouleversement du climat», mais on peut en réduire les impacts les plus catastrophiques. L’autrice présente des mesures pour réduire la présence de GES dans l’atmosphère, en en recommandant certaines et en en rejetant d’autres :

  • retirer du CO2 de l’atmosphère ou l’empêcher de s’y répandre par divers moyens (ça dépend);
  • utiliser la géo-ingénierie (à rejeter);
  • coloniser Mars (suggestion ridicule d’Elon Musk);
  • planter des milliards d’arbres (l’autrice a signé une lettre avec Greta Thunberg et d’autres à cet effet, lettre annexée à ce livre), mesure favorisant en plus la diversité;
  • utiliser davantage l’énergie solaire et éolienne, avec des unités décentralisées (section accompagnée d’une anecdote que l’autrice avait aussi racontée dans son livre précédent).

8. Un New Deal vert : Pour freiner le réchauffement climatique, nous devons selon les climatologues «transformer en profondeur nos façons d’obtenir de l’énergie, d’utiliser nos ressources et de vivre». Dans ce contexte, l’autrice présente les caractéristiques du New Deal originel, celui mis en œuvre dans les années 1930, puis celles du plan Marshall après la Deuxième Guerre mondiale et enfin celles d’un nouveau plan Mashall mondial (ou d’un nouveau New Deal vert mondial). Elle aborde ensuite :

  • l’origine du concept de New Deal vert;
  • les mesures qu’il contiendrait, y compris des réformes sociales;
  • des exemples de plans du genre mis en œuvre dans quelques pays, comme le Buen vivir;
  • l’importance de l’appui et de l’action des mouvements sociaux et de la population pour que ce genre de plan soit adopté et qu’il soit couronné de succès.

9. Une boîte à outils pour jeunes militants : Ce sont les jeunes qui subiront ou bénéficieront le plus des décisions qui seront prises au cours des prochaines années pour réduire les émissions de GES. L’autrice leur propose donc une série de pistes d’action pour qu’elles soient réduites le plus possible :

  • exiger des cours et d’autres activités (sorties, conférences, etc.) sur le réchauffement climatique dès le primaire;
  • participer à des actions sur l’environnement (manifestations, marches, grèves, boycottages, etc.);
  • explorer notre environnement avec des randonnées, en faisant du camping, en plantant des arbres, en observant les oiseaux ou en nettoyant des parcs ou des berges;
  • appuyer des partis politiques et des candidat.es favorables aux mesures les plus positives pour protéger l’environnement et réduire les émissions de GES;
  • utiliser les tribunaux pour forcer les politicien.nes à agir pour l’environnement;
  • réaliser des œuvres artistiques sur le thème de l’environnement (films, affiches, chansons, etc.);
  • devenir membre d’un organisme voué à la protection de l’environnement et y militer.

Conclusion – Le troisième brasier, c’est vous : La situation est grave, mais pas désespérée, car il y a des solutions, comme ce livre l’a bien montré.

Épilogue – Tirer les leçons de la pandémie : La pandémie, malgré tous ses effets néfastes, nous permet de repenser notre mode de vie et de bâtir l’avenir autrement. Elle a montré les failles dans nos services publics et l’importance de se doter d’un État plus résilient, qui s’occupe de tout le monde, pas seulement des plus riches. Elle a aussi montré que tout peut changer. Il nous reste à faire en sorte que ce changement nous amène à lutter contre l’injustice et le réchauffement climatique «pour bâtir un avenir plus juste et plus équitable».

Une solution naturelle à la catastrophe climatique (lettre ouverte, avril 2019) : Il s’agit de la lettre mentionnée au chapitre 7. On y exige l’utilisation de solutions naturelles à la crise climatique, solutions qui ne doivent surtout pas se substituer à la «décarbonisation rapide et générale des économies industrielles».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire pour quelqu’un qui n’a jamais lu les livres précédents de Naomi Klein sur le sujet, mais pas pour les autres (dont moi!). J’hésitais d’ailleurs à me procurer ce livre, car j’avais trouvé le livre précédent de l’autrice (La maison brûle – Plaidoyer pour un New Deal vert, voir ce billet) déjà répétitif par rapport à ceux que j’avais lus auparavant. Ce fut la même chose avec celui-ci. J’avais l’impression d’avoir déjà lu une bonne partie de ce livre, si ce n’est les parties qui s’adressent aux jeunes. Cela dit, ce livre a les mêmes qualités que ses précédents : l’autrice est une excellente conteuse, écrit clairement et ses propos sont intéressants et pertinents. Ce livre est en plus agrémenté de nombreuses images et photos, ce qui améliore le plaisir de la lecture. Et les notes sont en bas de page!