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Misère du scientisme en économie

24 juillet 2017

J’ai présenté il y a quelques mois le très peu recommandable livre «Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser» de Pierre Cahuc et André Zylberberg. Apprenant que quelques économistes atterrés ont pris la peine de répondre à ce pamphlet avec un livre intitulé Misère du scientisme en économie – Retour sur l’affaire Cahuc-Zylberberg, je me suis dit que je ne pouvais pas ne pas le lire (ah, les doubles négations…)!

Introduction : Une science sans controverses n’est pas une science : Après avoir déploré qu’un livre aussi mauvais que celui de Cahuc et Zylberberg ait autant retenu l’attention des médias, cette introduction présente le contexte ayant amené les auteurs de ce livre à s’attaquer à ses plus importantes grossièretés.

Messieurs Cahuc et Zylberberg découvrent l’épistémologie : Ce qui a le plus étonné André Orléan dans le livre de Cahuc et Zylberberg est la violence du ton. À leurs yeux, les économistes qui ne pensent pas comme eux sont «des adversaires qu’il faut détruire et non pas des collègues qu’il faudrait convaincre». Cela dit, ce texte porte surtout sur la façon qu’ont Cahuc et Zylberberg de définir ce qu’est une science. Il montre clairement les nombreuses contradictions des auteurs à ce sujet ainsi que leur ignorance de ce qui fait vraiment qu’une discipline puisse être ou non une science (épistémologie). Il s’attarde notamment à l’affirmation des auteurs que l’économie «serait devenue une science expérimentale dans le plein sens du terme», affirmation que j’avais aussi attaquée dans le billet que j’ai consacré à ce livre. Comme je l’ai fait, Orléan montre que la méthode expérimentale, même si elle est en croissance (pas difficile, elle était totalement absente dans les années 1960 et 1970!), ne représente qu’une faible proportion (moins de 10 %) des articles publiés dans les revues dites prestigieuses, contredisant ainsi directement l’affirmation centrale du livre de Cahuc et Zylberberg. En plus, ceux-ci ne semblent pas savoir la différence entre des expérimentations naturelles et des expérimentations aléatoires, encore moins savoir interpréter leurs résultats.

Le pluralisme, source de rigueur et de découvertes scientifiques : Agnès Labrousse fait l’éloge du pluralisme en science, surtout en sciences sociales, tout en prenant soin de distinguer ce pluralisme nécessaire à l’avancement des sciences du relativisme (ou postmodernisme) à combattre sans hésitation. Une démonstration impeccable!

Ce qu’expérimenter veut dire : En plus de souligner lui aussi la confusion de Cahuc et Zylberberg sur les caractéristiques d’une expérimentation aléatoire, Arthur Jatteau explique la différence entre une corrélation et une causalité, puis que les résultats d’une expérience n’ont souvent qu’une portée limitée dans le temps et l’espace (ils ne s’appliquent trop souvent qu’à l’endroit et qu’à l’époque où l’expérience a été menée), et ne sont surtout pas automatiquement généralisables (alors que Cahuc et Zylberberg ne se gênent pas pour généraliser les résultats des expériences qui correspondent à leur idéologie).

Défense et illustration de la controverse : le bilan des 35 heures : Anne Eydoux contredit brillamment l’affirmation de Cahuc et Zylberberg que la baisse du nombre d’heures de la semaine de travail normale de 39 à 35 heures par les socialistes vers le tournant du siècle n’aurait entraîné aucune création d’emplois (alors que de nombreuses études estiment qu’il se serait au contraire créé autour de 350 000 emplois). Et oui, nos économistes orthodoxes ont généralisé les résultats d’une étude locale tenue en plus près de la frontière allemande, alors qu’un bon nombre de Français de cette région travaillent en Allemagne et que les lois du travail de cette région ne sont pas identiques à celles en vigueur dans le reste de la France…

Quand la «science» pète les plombs : Michel Husson fournit d’autres exemples d’expérimentations mal interprétés par Cahuc et Zylberberg. Il mentionne entre autres une expérimentation tentant d’évaluer les effets des contrats de nouvelle embauche et de première embauche (concepts adoptés par les lois françaises du travail), avec un modèle où les gains de productivité sont attribués au hasard (!). L’auteur poursuit en cherchant à savoir pourquoi Cahuc et Zylberberg sont si agressifs envers les économistes hétérodoxes (j’apprécie moins ce genre de «psychanalyse», même si l’auteur vise probablement juste…).

Le partage du travail et les frères Bogdanov : Thomas Coutrot s’attaque lui aussi à l’étude utilisée par Cahuc et Zylberberg pour appuyer leur prétention que la baisse du nombre d’heures de la semaine de travail normale de 39 à 35 heures n’aurait pas créé d’emplois. Même si la démonstration est intéressante, il demeure qu’elle est répétitive. Coutrot explique ensuite la virulence des réactions des organisations patronales et de certains économistes orthodoxes comme Cahuc et Zylberberg contre la loi de réduction des heures de travail par le fait que cette loi a démontré qu’une décision démocratique peut apporter plus de bien-être que le laisser-faire et les décisions patronales.

L’économie au premier ordre : Xavier Ragot montre les limites des expérimentations et les précautions qu’on doit prendre pour les interpréter correctement sans généraliser leurs résultats à outrance comme le font Cahuc et Zylberberg. Une autre démonstration intéressante, mais répétitive. Il poursuit en encourageant l’intervention diversifiée des économistes, pas seulement par ceux et celles qui publient dans les revues les plus célèbres (comme le voudraient Cahuc et Zylberberg), mais aussi par les économistes professionnels des banques, des syndicats et des instances gouvernementales (nationales et internationales) pour pouvoir bénéficier des expériences variées de toutes ces personnes.

Et maintenant, la zemmourisation de l’économie : Daniel Schneidermann imagine que, peut-être, qui sait, les deux économistes sérieux que sont Cahuc et Zylberberg ont décidé d’insulter les économistes hétérodoxes uniquement comme stratégie de marketing, pour pouvoir participer à des émissions populaires (et vendre plus de livres) où jamais on n’aurait pensé inviter des économistes austères pour divertir les foules. Ce n’est qu’une supposition, bien sûr…

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! J’ai hésité à recommander la lecture de ce livre un peu en raison des quelques répétitions qu’il contient et aussi parce que je me demandais s’il fallait se taper le livre de Cahuc et Zylberberg pour bien le comprendre. Finalement, je ne crois pas que ce soit nécessaire, quoique rien ne vous interdit de lire mon compte-rendu de ce livre si le cœur vous en dit! En fait, les textes de ce livre, même s’ils sont écrits en fonction du livre de Cahuc et Zylberberg, peuvent s’appliquer à tout un courant en économie, pas seulement aux deux économistes ici vilipendés. Et, quelque part, j’aurais aimé qu’au moins un des textes aille plus loin et montre que ce sont les hypothèses utilisées par les économistes orthodoxes qui sont une insulte à toute science qui se respecte et dont on devrait se débarrasser! Mais, bon, je comprends que les économistes atterrés militent pour se faire accepter par la profession et surtout par les départements d’économie, et qu’ils n’ont pas intérêt à se mettre à dos le gros des effectifs de la profession. Mais, bon, on peut rêver!

Les petits gestes et le réchauffement climatique

22 juillet 2017

Je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais parlé de l’expression «il n’y a pas de petits gestes» dans ma série sur les expressions qui me tapent sur les nerfs. Pourtant, je trouve depuis longtemps que ces gestes servent souvent davantage à se donner bonne conscience qu’à véritablement permettre, même si tout le monde les adoptait, de faire diminuer suffisamment les émissions de gaz à effet de serre pour que le réchauffement climatique se limite à moins de 2°C. Par exemple, il n’y en a qu’un parmi les «14 gestes green à son petit niveau» mentionnés dans cet article (manifestement français) qui pourrait avoir un impact important si tout le monde l’adoptait dans sa version la plus efficace. Et des textes du genre, il y en a plein sur la toile (comme ça et ça). Bon, je ne dis pas que ce n’est pas bien de faire ces gestes, bien au contraire, mais simplement qu’ils sont insuffisants pour renverser la tendance actuelle d’augmentation des émissions de GES et qu’ils ‘donnent faussement l’impression que cela pourrait être facile d’atteindre cet objectif, alors que cela ne l’est pas.

Un Zoom présenté le 12 juillet dernier à RDI économie a attiré mon attention sur une étude plus sérieuse effectuée par des chercheurs suédois (en fait, par des chercheur.es associé.es à une université suédoise, celle de Lund, soit Seth Wynes et Kimberly A. Nicholas). Cette étude, intitulée The climate mitigation gap: education and government recommendations miss the most effective individual actions (Pour atténuer suffisamment le réchauffement climatique : l’éducation et les recommandations gouvernementales ne comprennent pas les actions individuelles les plus efficaces), a analysé les effets d’un grand nombre de choix de vie pour réduire les émissions de GES au moyen de 39 études différentes et n’en a trouvé que quatre ou cinq qui pourraient avoir des effets importants s’ils étaient étendus à l’ensemble de la population (ou suffisamment adoptés). Et, on ne parle presque jamais de ces gestes dans les recommandations de nos gouvernements ni dans les livres sur le sujet utilisés dans nos écoles pour sensibiliser nos adolescent.es à l’importance de prendre des moyens pour limiter le réchauffement climatique.

Introduction

Même si 195 pays ont adopté l’Accord de Paris sur le climat et se sont entendus pour «maintenir la hausse des températures « bien en deçà de 2 degrés » par rapport à l’ère préindustrielle, et même d’essayer de rester sous la barre de 1,5 degré», les moyens adoptés pour atteindre cet objectif prévoient l’utilisation de technologies dont l’ampleur des effets n’a jamais été démontrée. En conséquence, de plus en plus d’observateurs insistent pour que des mesures qui exigent un changement dans le mode de vie de la population (surtout des pays industrialisés) soient prises de toute urgence si on veut vraiment atteindre cet objectif. Ils soulignent qu’un changement de mode vie produit des effets immédiats, tandis que des investissements dans des énergies propres, par exemple, peuvent prendre des décennies avant d’atteindre leur plein potentiel.

Or, les livres utilisés dans nos écoles et les recommandations de nos gouvernements ne mentionnent pratiquement que des «petits» gestes faciles à adopter pour sensibiliser la population et plus spécifiquement les jeunes à l’importance de lutter contre le réchauffement climatique. Pourtant, il est primordial que nos adolescent.es soient informés de l’importance de changer de mode de vie, car ils et elles sont les personnes qui devront le plus le changer (et le plus longtemps), sans compter le fait que leurs remarques et comportements peuvent influencer durablement le mode vie de leur famille. Dans ce contexte, les auteur.es visent avec cette étude à trouver les changements de mode de vie qui permettraient les plus fortes baisses des émissions de GES et à comparer leur efficacité avec celle des mesures recommandées par nos gouvernements et contenues dans les livres utilisés dans les écoles sur le sujet.

Données

Pour trouver les changements de mode de vie qui permettraient les plus fortes baisses des émissions de GES, les auteur.es ont analysé les études les plus fiables sur le sujet (la liste complète est accessible dans ce document), mais ont décidé de ne conserver que les données sur les pays riches, car ces pays sont ceux dont les émissions de GES par habitant sont les plus élevées et dans lesquels un changement de mode de vie peut faire diminuer le plus les émissions de GES. Les auteur.es précisent ensuite que les livres scolaires utilisés (10 livres différents) pour analyser les recommandations qu’ils contiennent proviennent de sept provinces du Canada. Finalement, les recommandations gouvernementales ont été tirées de documents provenant de trois pays fortement émetteurs (l’Australie, le Canada et les États-Unis) et d’une région moins fortement émettrice (l’Union européenne).

Résultats

À partir de 148 scénarios provenant de 39 études, les auteur.es ont pu quantifier la diminution d’émissions de GES due à 12 initiatives individuelles. La diminution relative à chacune de ces initiatives est illustrée ci-après à l’aide de deux graphiques différents, chacun présentant un atout visuel par rapport à l’autre. Le premier provient d’un autre site qui a résumé cette étude…

… et le deuxième de la page numérotée 4 de l’étude.

Je vais maintenant résumer les résultats pour ces 12 initiatives. Même si les médias ont en général mis l’accent sur la mesure qui a le plus d’impact, soit de choisir d’avoir moins d’enfants (comme on peut le voir en lisant le titre de cet article), je vais plutôt garder cette mesure pour la fin. À l’inverse, je vais commencer avec celles dont on parle le plus, mais qui entraînent le moins d’impact:

  • remplacer les ampoules à incandescence par des ampoules fluocompactes («Upgrade light bulbs» dans les graphiques) : cette mesure est la moins efficace des 12 mesures analysées, ne permettant qu’une réduction moyenne de 0,10 teCO2 (tonnes d’équivalent de CO2); cette réduction est celle calculée pour toute une vie selon l’utilisation moyenne de ces ampoules par un ménage moyen; mentionnons que cette économie étant réalisée en électricité, cette réduction serait encore inférieure au Québec en raison du peu de GES émis par nos sources de production d’électricité;
  • ne pas faire sécher ses vêtements («Hang dry clothes») : cette mesure est basée sur 289 lavages par année, soit le nombre moyen de lavages par ménage aux États-Unis; elle est peu efficace (mais deux fois plus que la précédente), ne permettant qu’une réduction de 0,21 teCO2; cette réduction serait elle aussi inférieure au Québec;
  • recycler parfaitement («Recycle») : cette mesure prévoit le recyclage complet, sans exception, de tout ce qui peut l’être; même dans ces conditions parfaites, le recyclage ne permettrait qu’une réduction de 0,21 teCO2 au total durant toute une vie, réduction se classant à égalité avec la mesure précédente (au Québec, elle est probablement plus efficace que la mesure précédente, ne reposant pas exclusivement sur la réduction de la consommation d’électricité);
  • laver ses vêtements à l’eau froide («Wash clothes in cold water») : cette mesure est aussi basée sur 289 lavages par année; elle est un peu plus efficace que les précédentes, mais pas de beaucoup, avec une réduction de 0,25 teCO2 (calculée uniquement aux États-Unis); cette réduction serait elle aussi inférieure au Québec.

Ces quatre mesures se retrouvent dans l’article sur les «14 gestes green» dont je parlais dans l’amorce de ce billet, ainsi que dans la plupart des livres utilisés dans les écoles et dans les recommandations gouvernementales. Ces documents parlent aussi d’autres «petits» gestes faciles à adopter, comme de bien remplir son lave-vaisselle avant de s’en servir (mais pas de s’en passer), de laisser le gazon plus long avant de le couper avec une tondeuse électrique, de planter un arbre, de composter, de magasiner avec des sacs réutilisables et de baisser la température du thermostat en hiver. On le voit, il n’y a rien là pour nous traumatiser, mais rien non plus qui a un impact significatif sur les émissions de GES…

L’étude analyse ensuite quatre mesures (c’est le tiers du total…) touchant l’utilisation des automobiles particulières :

  • vivre sans automobileLive car free») : l’abandon total de l’automobile tout au long d’une vie entraîne une réduction moyenne de 2,4 teCO2, moyenne allant de 1,44 en Grande-Bretagne à 3,08 aux États-Unis (2,2 au Canada), réduction dépendant de l’utilisation de l’automobile (kilométrage, types d’automobile, nombre d’automobiles par ménage, etc.), des moyens de substitution (transport en commun ou actif, par exemple) et de réductions indirectes qui peuvent différer d’un pays à l’autre (moins d’étalement urbain, réduction des émissions de GES dues à la construction et à la réparation de routes, de stationnements et d’autres infrastructures associées à l’automobile, etc.);
  • acheter une automobile plus efficaceBuy more efficient car») : les seules études utilisées ici viennent des États-Unis et estiment que cette mesure réduirait les émissions de GES de 1,15 à 1,19 teCO2 dans ce pays (selon qu’il s’agisse d’une automobile électrique ou autre), soit une réduction 2,6 fois moins élevée que de vivre carrément sans automobile; cette mesure ne touche toutefois pas les automobiles hybrides, puisque l’achat d’un véhicule hybrideReplace gasoline with hybrid») ne réduit les émissions de GES que de 0,5 teCO2, soit moins de la moitié de la réduction de la présente mesure; ces réductions sont de beaucoup inférieures à celle liée à la vie sans automobile non seulement parce qu’une automobile électrique (ou hybride) entraîne des émissions de GES lors de sa construction, de son acheminement vers les marchés et de son utilisation (lors de la production de l’électricité qu’elle utilise, en fait), mais aussi parce que cette mesure ne permet pas les réductions mentionnées pour la vie sans automobile dues à l’étalement urbain et à la construction d’infrastructures; notons que la réduction au Québec serait plus importante, puisque la production d’électricité au Québec génère beaucoup moins de GES qu’aux États-Unis;
  • passer d’une automobile électrique à une vie sans automobileSwitch electric car to car free») : cette mesure a des effets bien différents d’un pays à l’autre, passant de seulement 0,6 teCO2 en Belgique à 2,84 en Australie, pour une moyenne de 1,15.

Les quatre dernières mesures analysées dans l’étude offrent toutes des effets que les auteur.es jugent importants, mais à des niveaux bien différents. Je vais tout d’abord présenter les trois qui produisent le moins d’impact :

  • végétalismePlant-based diet») : les auteur.es fournissent très peu de précisions sur cette mesure et sur le calcul de réduction; cette mesure ferait diminuer les émissions de GES de 0,8 teCO2, variant de 0,44 aux Pays-Bas à 1,05 en Nouvelle-Zélande; on précise bien que cette mesure apporte de nombreux autres bienfaits environnementaux et qu’elle est rarement mentionnée dans les documents scolaires ou dans les recommandations gouvernementales autrement qu’en conseillant de manger moins de viande, mais sans plus, alors que cette mesure est au contraire isolée dans de nombreux documents comme une des plus importantes pour l’environnement (voir ce billet que j’ai consacré à cette question, ce document récent ou cet article encore plus récent qui fait le point sur les connaissances actuelles); sachant que l’élevage est responsable de plus de la moitié des émissions de GES au niveau mondial et que la consommation de viande est en forte croissance dans les pays en développement, il est possible que la méthode utilisée dans cette étude (ne se baser que sur les études touchant les pays riches) entraîne une sous-estimation de l’importance de cette mesure au plan mondial;
  • utiliser des sources d’énergie verteBuy green energy») : les auteurs ont hésité à présenter cette mesure, parce que les méthodes d’évaluation sont parfois douteuses et font souvent du double compte (ni l’étude ni le document supplémentaire n’expliquent en quoi consiste ce double compte), que ces mesures ne peuvent être implantées entièrement avant des décennies (il faudrait remplacer toute l’utilisation d’énergie fossile d’un pays par des énergies propres, notamment éoliennes et solaires) et que l’estimation de la réduction d’émissions de GES varie considérablement selon les études et les pays, soit de 0,04 teCO2 en Grande-Bretagne (!) à 2,51 au Canada (70 fois plus!), pour une moyenne de 1,5; il semble évident que les méthodes de calcul pour chacun des pays ne sont pas les mêmes (ces données proviennent d’études différentes);
  • faire un voyage en avion de longue distance de moins par année («Avoid one transatlantic flight») : cette mesure, qui me semble la moins exigeante de celles qui ont des impacts importants, réduirait les émissions de GES de 1,6 teCO2, soit deux fois plus que d’arrêter de manger de la viande (!); les auteur.es ne présentent pas de données par pays, car cette moyenne dépend en fait de facteurs qui sont communs à tous les pays (distance du vol, type d’avion, etc.).

Il reste une mesure à présenter, celle qui est à la fois la plus importante, permettant une réduction moyenne de 58,6 teCO2 (23,7 au Japon, mais 117,7 aux États-Unis), soit près de 25 fois plus que la mesure qui se classe au deuxième rang (vivre sans automobile) et même huit fois plus élevée que si on adoptait toutes les autres mesures (je n’ai calculé que la mesure la plus efficace pour les automobiles…) et la plus contestable. On embarque ici, je trouve, dans un univers totalement différent en calculant l’impact sur les émissions de GES de décider d’avoir un enfant de moins…

D’ailleurs, je ne suis pas le seul à penser ainsi. Par exemple, ce site a compilé au 21 juillet plus de 1400 articles, billets et tweets sur cette question. Cet article fournit d’excellents arguments pour montrer que cette mesure n’a pas vraiment de sens, aussi bien par son calcul (si les parents sont responsables des émissions de leurs enfants, ce sont nos parents qui sont responsables des nôtres!) que par l’objectif premier de diminuer les émissions de GES (permettre à nos enfants d’avoir un environnement viable et si possible agréable). Il mentionne aussi qu’on devrait surtout interdire la richesse, car les riches émettent des dizaines de fois plus de GES que les pauvres! Finalement, ce genre de mesure ouvre la porte à toute sorte d’autres mesures basées sur la vie humaine. Je ne sais pas si les auteur.es ont réalisé après avoir publié leur étude que cette mesure ouvrait une boîte de Pandore, mais toujours est-il que leur discours a semblé changer par la suite, comme on peut le voir dans cet article. Un des auteur.es y dit par exemple que l’inclusion de cette mesure ne vise pas nécessairement à encourager la population à avoir moins d’enfants (difficile pourtant de conclure autrement!), mais simplement à leur faire réaliser qu’on pourrait au contraire avoir plus d’enfants si nous adoptons les autres mesures (ouais…) : «(traduction) La question n’est pas d’avoir ou pas des enfants, mais plutôt de faire diminuer la surconsommation de cette société dans laquelle les enfants vont naître». Hum… c’est déjà beaucoup plus acceptable, mais ce n’est pas du tout ce qui est écrit dans l’étude! Mais bon, passons!

Et alors…

Malgré ses lacunes, tant par le choix des mesures présentées que par le peu de fiabilité des calculs sur la réduction des émissions de GES de chacune de ces mesures, cette étude montre un point important qui devrait pourtant être évident de nos jours, mais qui ne l’est pas : oui, de petits gestes qui ne remettent pas en question notre mode de vie peuvent aider à réduire les émissions de GES, mais non, ils ne sont pas suffisants pour limiter la hausse de la température de la Terre à moins de 2°C. Pour atteindre cet objectif, il faut se résoudre à adopter des changements qui remettent en question de façon importante notre façon de vivre. En plus, cette étude montre que, pour que ces mesures puissent produire suffisamment d’effets, elles doivent être adoptées par la grande majorité de la population de tous les pays, surtout des pays riches.

Cette étude n’aborde toutefois pas un aspect fondamental de cette question, soit de savoir comment on peut faire pour convaincre la grande majorité de la population de la Terre d’adopter ces mesures. Pour ce, il est clair pour moi que les gouvernements doivent agir sur le plan mondial pour faire en sorte que la grande majorité de la population de tous les pays adopte ces changements majeurs de mode de vie, car jamais des initiatives individuelles ne parviendront suffisamment rapidement à convaincre ces populations à le faire (comme l’explique bien cet article). Non, ce n’est pas gagné…

Une crise agricole au Québec

17 juillet 2017

Pour les auteurs du livre Une crise agricole au Québec. Vers la fin des fermes laitières traditionnelles ?, Simon Bégin, Yannick Patelli et Yan Turmine (tous trois associés à la revue La Vie agricole), la menace qui plane sur la gestion de l’offre en agriculture «met en danger la qualité de nos produits laitiers, la survie de milliers de fermes familiales et l’existence même de nombreux villages en région – avec, à la clé, une facture salée pour les contribuables quand il faudra payer les pots cassés».

Préface : Jean Pronovost, qui a présidé de 2006 à 2008 la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ), montre entre autres que, si le secteur agroalimentaire n’a plus au Québec l’importance qu’il a déjà eue, il contribue toujours aux besoins de base de ses communautés et demeure essentiel pour assurer son indépendance alimentaire. Il nous rappelle que les choix que nous avons faits pour encadrer ce secteur datent maintenant de 40 à 50 ans et devraient être revus en tenant compte des intérêts de toutes les personnes touchées (consommateurs, producteurs, gouvernement, etc.).

Avant-propos : Avec ce livre, les auteurs veulent montrer que la question de la gestion de l’offre touche toute la population du Québec. Ils rappellent que la gestion de l’offre encadre environ 40 % de la production agricole du Québec (lait, œufs et volaille). Cela dit, ce livre portera surtout sur le secteur de la production laitière. Les auteurs poursuivent en présentant brièvement les sujets qui seront abordés dans les prochains chapitres.

Première partie, la gestion de l’offre et vous

Un modèle en péril : Les auteurs présentent tout d’abord l’importance économique de l’industrie agroalimentaire et plus particulièrement de celle de la production laitière qui en fait partie. Ils montrent ensuite à quel point la situation des exploitants agricoles était déplorable par rapport à la situation actuelle avant l’établissement de la gestion de l’offre, il y a environ 50 ans. Cette amélioration est aussi due à la protection du territoire agricole, à l’assurance récolte et à l’assurance stabilisation des revenus, mais, selon eux, la gestion de l’offre en fut le facteur déterminant.

Une crise profonde : Selon Claude Béland, ex-président du Mouvement Desjardins, la crise actuelle (dont les attaques contre la gestion de l’offre ne sont qu’une des manifestations) est une conséquence de l’idéologie dominante «qui place l’individu et non plus la collectivité au cœur de l’économie» et qui «remet en cause la légitimité et la capacité des sociétés à réguler les forces du marché au nom du bien commun». Ce chapitre contient aussi une opinion de Mathieu Bock-Côté (qui en a une même s’il reconnaît ne pas être familier avec l’univers de la gestion de l’offre) et des avis contradictoires d’économistes.

Qu’est-ce donc que la gestion de l’offre? : La gestion de l’offre repose sur trois piliers : «le contrôle de la production, le contrôle des frontières et la négociation du prix à la ferme en fonction du coût de production». Cela semble simple, mais cela se complique énormément quand ces piliers sont appliqués, comme le reste du chapitre nous l’explique bien. Les auteurs développent aussi sur des avantages autres qu’économiques du système de gestion de l’offre et sur certains dangers qui le menacent.

Payons-nous notre lait trop cher? : Oui, nous le payons plus cher qu’à certains endroits aux États-Unis, mais pas toujours, pas de beaucoup et pas nécessairement en raison de la gestion de l’offre. Les auteurs apportent les nuances qui s’imposent dans ce type de comparaison. Ils présentent ensuite la situation dans d’autres pays sans gestion de l’offre et montrent qu’aucun ne vit l’eldorado promis par les promoteurs du laisser-faire. La situation est particulièrement mauvaise en Europe où on a justement abandonné un système de gestion de l’offre en 2015.

Les grands enjeux : Ces enjeux que les auteurs abordent dans ce chapitre sont l’occupation du territoire, la sécurité alimentaire, l’économie nationale et les finances publiques.

Deuxième partie, les causes de la crise :

La tempête parfaite : La tempête parfaite actuelle (texte écrit en septembre 2016) est le résultat de la conjonction de différents faits (surtout liés aux ententes internationales) que les auteurs présentent dans ce chapitre et développent dans les suivants.

Le lait diafiltré, ennemi public no 1 : Le lait diafiltré est un produit de protéines laitières qui contourne les règles encadrant les importations de produits laitiers. Son importation des États-Unis représente la plus grande menace pour la rentabilité des producteurs laitiers canadiens et surtout québécois. Les auteurs expliquent dans ce chapitre les effets directs (pertes de marchés) et indirects (baisse des prix d’autres produits laitiers) de l’évitement des frais douaniers par les importateurs de lait diafiltré.

Place au lait diafiltré canadien! : Les auteurs présentent une entente récente permettant de remplacer le lait diafiltré des États-Unis par du lait diafiltré canadien, mais payé au prix des États-Unis. Cette entente étant encore en négociation quand le livre a été écrit, ils ne peuvent pas en dire beaucoup plus. Ils expliquent ensuite les conséquences (essentiellement négatives) de cette entente pour les producteurs du Québec en présentant les différentes formes qu’elle pourrait prendre. Cet article récent présente les derniers développements dans ce dossier (et est beaucoup plus clair que ce chapitre).

La fin des fromages fins : La crise générée par le lait diafiltré n’est pas la seule menace à laquelle nos producteurs de lait doivent faire face. Ils s’inquiètent aussi des ententes dites de libre-échange avec l’Europe et les pays du Pacifique. Si l’ampleur de la menace venant de ces ententes est moindre qu’on le craignait, la nouvelle ponction du marché du lait qu’elles entraîneront s’ajoute aux précédentes et représente une première attaque directe aux principes de la gestion de l’offre, faisant craindre que d’autres suivent. Si le titre de ce chapitre semble nettement catastrophiste, il n’en demeure pas moins que ce sont les producteurs de fromages fins, qui viennent surtout du Québec, qui subiront les conséquences négatives les plus importantes de ces ententes.

Le dilemme des quotas : Ce dilemme se situe entre la nécessité des quotas pour assurer un bon fonctionnement de la gestion de l’offre, soit une rémunération juste et stable aux producteurs, et la valeur exorbitante de ces quotas qui fait augmenter le coût de production du lait de façon importante (surtout en frais d’intérêts sur les emprunts nécessaires pour les acheter), affaiblissant la pertinence de la gestion de l’offre et ajoutant un argument à ses opposants.

Une maison divisée : Les auteurs expliquent ici la division entre les intérêts des producteurs et des transformateurs de lait, deux secteurs qui ont pourtant appuyé historiquement la gestion de l’offre. Par contre, plus récemment, les gros transformateurs (trois sociétés qui achètent 80 % de la production) semblent davantage favoriser les bas prix que la sécurité et la qualité de leurs approvisionnements. Les auteurs observent aussi des divisions entre les petits et les gros producteurs (qui aimeraient devenir encore plus gros) et entre les producteurs de chacune des provinces canadiennes.

Conclusion. Comment sauver la gestion de l’offre? : Les auteurs reviennent sur les principaux éléments de discorde entre les intervenants du secteur de la production de lait et sur les autres problèmes soulevés dans le livre, et proposent des solutions pour les résoudre, y compris des changements au fonctionnement de la gestion de l’offre.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? J’hésite un peu. Si j’ai appris avec ce livre, je ne peux que déplorer les nombreuses répétitions qu’il contient. Je sais bien que ce livre serait trop court pour être un livre si les auteurs avaient coupé la moitié de son contenu, mais c’est probablement ce qu’ils auraient dû faire. Et, il ne s’agit pas que de répétitions, mais aussi de l’insertion ici et là de contenu pas vraiment pertinent. Par exemple, a-t-on vraiment besoin de l’opinion de Mathieu Bock-Côté sur ce sujet? Dans la même optique, la structure du livre est un peu confondante et explique peut-être les nombreuses répétitions. Cela dit, comme ce sujet est souvent à peine effleuré dans les médias, il est certain que ce livre permet de mieux comprendre l’importance des enjeux qui entourent la gestion de l’offre et les attaques qu’elle subit. Autre aspect positif, les notes sont en bas de pages. Alors, à vous de décider s’il faut le lire!

La mobilité intergénérationnelle au Canada (2)

15 juillet 2017

Je poursuis ici la présentation commencée dans ce billet de l’étude de Miles Corak intitulée Divided landscapes of economic opportunity: the canadian geography of intergenerational income mobility (Portraits divergents des possibilités économiques: la géographie canadienne de la mobilité intergénérationnelle des revenus). On a vu dans le premier billet que la mobilité intergénérationnelle (MI), c’est-à-dire la mesure dans laquelle le revenu des enfants devenus adultes est corrélé avec le revenu de leurs parents, peut varier considérablement selon les provinces canadiennes et qu’il est nécessaire de prendre connaissance de plus d’une mesure de MI pour pouvoir l’analyser sous plusieurs angles. Nous regarderons dans celui-ci quelques-uns des résultats de cette étude pour les 266 divisions de recensement que l’auteur a analysées.

Introduction

Je rappelle que l’auteur vise par cette étude à trouver dans quelle mesure le niveau de revenus des adultes est lié à leur origine familiale et si cette relation varie selon la région du Canada. Grâce aux données des déclarations de revenus fédérales (T1), il a pu analyser le revenu familial des parents des personnes nées entre 1963 et 1970 quand elles avaient entre 15 et 19 ans dans 266 divisions de recensement et comparer ce revenu familial avec celui de ces personnes plus de 20 ans plus tard, soit quand elles avaient entre 38 à 45 ans (entre 2004 et 2008). Son échantillon total étant formé de plus de 2 millions de personnes, il permet de fournir des résultats fiables et détaillés dans chacune des 266 divisions de recensement analysées.

Revenus et mobilité

Les premières données que fournit l’auteur sur le lien entre le revenu familial des parents et celui de leurs enfants quand ils avaient entre 38 à 45 ans dans les 266 divisions de recensement analysées sont illustrées dans le graphique ci-contre. Dans ce graphique, le revenu familial des parents, en dollars constants de 2014, est présenté horizontalement (en abscisse), tandis que celui des enfants à l’âge adulte est présenté verticalement (en ordonnée). Chaque point représente le lien entre la moyenne du revenu familial des parents de chacune des 266 divisions de recensement avec la moyenne de celui de leurs enfants. Ce graphique permet de faire deux constats principaux :

  • le lien entre le revenu familial des parents et celui de leurs enfants est très fort; on voit en effet que, la plupart du temps, une moyenne de revenu familial plus élevée chez les parents dans une division de recensement correspond à une moyenne de revenu familial plus élevée chez les enfants de la même division de recensement; d’ailleurs, le coefficient de corrélation entre ces deux séries de données est de 0,742, ce qui est très élevé;
  • dans la très grande majorité des divisions de recensement, soit dans 262 des 266 divisions, le revenu familial moyen réel (en dollars constants de 2014) des enfants devenus adultes est plus élevé que celui que gagnaient en moyenne leurs parents (les points bleus qui sont au-dessus de la diagonale, alors que les quatre divisions où ce revenu est plus faible sont représentées par les points rouges au-dessous de cette diagonale); ce constat n’est pas étonnant, compte tenu de la hausse réelle des revenus entre ces deux époques et surtout de la hausse du taux d’emploi des femmes (celui des femmes âgées de 25 à 54 ans est d’ailleurs passé d’environ 61 % à 77 % entre ces deux époques, soit entre 1978 à 1989 et 2004 à 2008, selon le tableau cansim 282-0002).

Le deuxième graphique est un peu plus complexe, mais illustre bien le fort lien entre le revenu familial des parents et celui de leurs enfants dans chacune des 266 divisions de recensement analysées dans cette étude. L’ordonnée présente le rang percentile moyen (rang de 1 à 100) du revenu familial des enfants devenus adultes, tandis que l’abscisse représente les 266 divisions de recensement classées dans l’ordre du rang le plus bas au plus élevé du revenu familial moyen des enfants faisant partie de la moitié de ces enfants ayant le revenu le moins élevé (fiou!).

Les points noirs montrent le rang moyen du revenu familial des enfants des parents faisant partie de la moitié ayant gagné le revenu le moins élevé. Comme c’est dans cet ordre que sont classées les divisions de recensement, il s’agit de la série de points la plus régulière. L’auteur fait remarquer que le rang moyen illustré par ces points n’est supérieur à la moyenne de 50 que dans 14 des 266 divisions de recensement. J’ajouterai que le rang percentile moyen des enfants dont les parents faisaient partie de la moitié ayant gagné le revenu le moins élevé provenant des divisions les plus pauvres est au moins deux fois moins élevé (les deux plus bas sont juste au-dessus du 20e rang percentile) que celui de ces enfants provenant des divisions les plus riches (le plus élevé est environ au 55e rang percentile).

Les points rouges montrent le rang moyen du revenu familial des enfants des parents faisant partie du cinquième ayant gagné le revenu le moins élevé. Dans ce cas, le rang moyen illustré par ces points n’est supérieur à la moyenne de 50 que dans 5 des 266 divisions de recensement. Ici, le rang percentile moyen des enfants dont les parents faisaient partie du cinquième ayant gagné le revenu le moins élevé provenant des divisions les plus pauvres est jusqu’à trois fois moins élevé (les deux plus bas sont autour du 15e rang percentile) que celui de ces enfants provenant des divisions les plus riches (les cinq plus élevés sont au-dessus du 50e rang percentile).

Les points bleus montrent le rang moyen du revenu familial des enfants des parents faisant partie de la moitié ayant gagné le revenu le plus élevé. Comme ces points ne sont pas directement liés à l’ordre dans lequel les divisions de recensement sont classées, il s’agit de la série de points la moins régulière. À l’inverse des deux autres séries, le rang moyen illustré par ces points n’est inférieur à la moyenne de 50 que dans un peu moins de 29 des 266 divisions de recensement. Même si on voit une tendance haussière, la différence de rang entre les divisions les plus pauvres et les plus riches est bien moins accentuée que dans les deux autres séries, quoiqu’on puisse apercevoir un point bleu autour du 32e rang percentile. Il est toutefois bien isolé! On voit donc que le fait d’avoir été élevé dans une division de recensement relativement plus pauvre que les autres semble avoir eu un impact négatif bien plus fort chez les pauvres que chez les plus riches de ces divisions (qui ont peut-être aussi davantage déménagé, l’auteur ne le dit pas).

Quelques cartes

L’auteur applique ensuite aux 266 divisions de recensement les mesures de mobilité intergénérationnelle que j’ai présentées dans le premier billet pour l’ensemble du Canada et les provinces. Je vais en montrer quelques-unes.

– de la pauvreté à la richesse : cette mesure représente le pourcentage d’enfants dont le revenu familial des parents était dans le quintile inférieur et dont le revenu familial se retrouve dans le quintile supérieur. On se rappellera que cette proportion était de 11,4 % pour l’ensemble du Canada et qu’elle variait de 6,1 % (Nouveau-Brunswick) à 18,5 % (Alberta) dans les provinces.

Le graphique ci-haut illustre les résultats de cette mesure pour chacune des 266 divisions de recensement. Les divisions en vert sont celles où ce pourcentage est supérieur à 20 %, celles en jaune pâle entre 15 et 20 % et ainsi de suite jusqu’à celles en rouge où ce pourcentage est inférieur à 2,5 %. En fait, on ne trouve des divisions en vert qu’en Alberta (six), en Saskatchewan (deux) et en Ontario (une), et des divisions en rouge qu’au Manitoba (une) et en Colombie-Britannique (une). D’ailleurs, 70 % des enfants rendus adultes habitent des divisions où ce pourcentage est entre 5 et 15 %. Cette carte fournit de l’information intéressante, même si elle est fortement influencée par le fait que, comme je l’ai expliqué dans le précédent billet, les revenus utilisés pour former les quintiles sont ceux de l’ensemble du Canada. Alors, forcément, on retrouve davantage de résultats positifs dans les provinces où les revenus moyens étaient les plus élevés entre 2004 et 2008, comme en Alberta et en Saskatchewan, et davantage de résultats négatifs dans les provinces où les revenus moyens étaient les moins élevés, comme dans les Maritimes. Cela dit, cette carte montre tout de même que les revenus semblent mieux répartis dans les Maritimes qu’au Manitoba (et, dans une moindre mesure, qu’en Colombie-Britannique), car on ne retrouve aucune division en rouge dans les Maritimes (ni de division en jaune), alors qu’on retrouve à la fois des divisions en rouge et en jaune au Manitoba (et en Colombie-Britannique). Il semble donc clair que les problèmes de faible de mobilité intergénérationnelle que nous avions déjà observés dans cette province dans le billet précédent se concentrent dans quelques divisions que cet exercice nous permet d’identifier.

– la pauvreté intergénérationnelle : cette mesure représente le pourcentage d’enfants dont le revenu familial des parents était dans le quintile inférieur et dont le revenu familial se retrouve aussi dans le quintile inférieur. Cette proportion était de 30,1 % pour l’ensemble du Canada et elle variait de 25,9 % (Alberta) à 41,4 % (Manitoba) dans les provinces.

Cette fois, les divisions en rouge sont celles où ce pourcentage est supérieur à 40 %, et les divisions en vert sont celles où ce pourcentage est inférieur à 20 %. Ce choix de répartition peut sembler moins heureux que celle choisie dans le chapitre précédent, puisqu’on retrouve bien plus de divisions en rouge (23) qu’en vert (7). Par contre, il faut savoir que ces divisions ne regroupent respectivement que 2,0 % (en rouge) et 1,6 % (en vert) des familles des enfants rendus adultes et que 78 % d’entre elles vivent dans des divisions où ce pourcentage (d’enfants dont le revenu familial des parents était dans le quintile inférieur et dont le revenu familial se retrouve aussi dans le quintile inférieur) se situait entre 25 et 35 %. L’auteur précise aussi qu’on trouve des réserves des membres des Premières nations dans 16 des 23 divisions où le pourcentage de maintien dans la pauvreté est supérieur à 40 %. Or, la source utilisée pour estimer le revenu familial, les déclarations de revenus, n’est pas fiable ou comparable dans ces communautés, car les revenus ne sont pas tous imposés de la même façon (et ne l’étaient pas de la même façon dans les deux périodes comparées, celle des parents et celle des enfants devenus adultes). Cela dit, d’autres indicateurs montrent que, de fait, une forte proportion de ces communautés ont un revenu inférieur à la moyenne. Finalement, ce graphique confirme que les revenus semblent mieux répartis dans les Maritimes (et au Québec) qu’au Manitoba et qu’en Colombie-Britannique.

La suite

Cette étude étant exploratoire, l’auteur présente ensuite d’autres analyses basées sur les huit mesures de mobilité intergénérationnelle. Il étudie notamment leurs liens avec d’autres caractéristiques des divisions de recensement provenant surtout des données du recensement de 1986, portant donc sur les caractéristiques associées aux parents, comme le taux de pauvreté, le niveau d’inégalités, le statut d’immigrant, la langue maternelle française, la scolarité, la mobilité géographique (le fait que les parents aient changé de division de recensement), l’industrie d’emploi, etc. Cela me prendrait un billet complet pour présenter toutes les relations qu’il a trouvées, alors, je vais me contenter de n’en mentionner que quelques-unes :

  • le taux de pauvreté est corrélé négativement avec le revenu des parents, le passage de la pauvreté à la richesse et le maintien dans le quintile supérieur, et positivement avec le maintien dans la pauvreté;
  • le niveau d’inégalités (soit le coefficient de Gini) est corrélé positivement avec une faible mobilité intergénérationnelle et, en conséquence, un fort maintien dans la pauvreté et dans la richesse;
  • une faible scolarité est corrélée négativement avec le passage de la pauvreté à la richesse et fortement avec le maintien dans le quintile supérieur, et positivement avec le maintien dans la pauvreté;
  • la proportion d’immigrants est corrélée fortement avec le maintien dans le quintile supérieur et avec le passage de la pauvreté à la richesse;
  • la proportion de la population de langue maternelle française et celle qui remplit le questionnaire du recensement en français sont toutes les deux corrélées négativement avec le revenu des parents, le passage de la pauvreté à la richesse et le maintien dans le quintile supérieur.

Si ces relations ne sont pas étonnantes, l’intérêt de cet exercice est de confirmer nos impressions et surtout de mesurer l’ampleur de ces relations. Ces données peuvent être vraiment utiles en développement de politiques.

Et alors…

Cette étude est de loin la plus complète que j’ai lue sur la mobilité intergénérationnelle. Non seulement l’auteur y présente huit mesures de mobilité, mais il les calcule pour 266 parties du Canada. Comme si ce n’était pas déjà assez, l’auteur tente (et réussit dans bien des cas) à établir des liens entre ses huit mesures de mobilité et une série de caractéristiques démographiques et socio-économiques. Si les corrélations qu’il trouve ne sont pas nécessairement causales, elles ouvrent la porte à des études ultérieures sur le sujet et au développement de politiques pour favoriser la mobilité intergénérationnelle de la population, viser de s’approcher d’une véritable égalité des chances et mieux connaître les populations qui ont le plus besoin d’aide pour atteindre ces objectifs.

En plus des éléments présentés dans les deux billets que j’ai consacrés à cette étude, l’auteur a en plus mis à la disposition du public un site dans lequel il donne accès à d’autres documents :

  • un fichier Excel contenant toutes les données traitées dans l’étude et bien d’autres;
  • une annexe contenant d’autres tableaux et graphiques;
  • une courte présentation et une plus longue.

Printemps de force

10 juillet 2017

Printemps de force – Une histoire engagée du mouvement étudiant au Québec (1958-2013) de Arnaud Theurillat-Cloutier, montre que la grève étudiante de 2012, «loin d’être un phénomène de génération spontanée, est le fruit d’une longue histoire dont les racines plongent jusqu’aux premiers jours de la Révolution tranquille». Dans sa démonstration, l’auteur nous présente les événements les plus importants qui ont jalonné l’histoire du mouvement étudiant québécois de 1958 à 2013.

Introduction : Face aux interprétations divergentes sur le contexte entourant la grève étudiante de 2012, l’auteur a ressenti «le devoir de faire une réelle archéologie de ce mouvement pour constituer un récit fidèle, sans mythification ni jugements cavaliers». Il explique qu’il présentera cette histoire en fonction de deux tendances principales, soit le concertationnisme étudiant, forme de collaboration avec les autres intervenants du milieu scolaire et politique, et le syndicalisme de combat étudiant.

1. La préhistoire du mouvement étudiant (les années 1950) : Datant du début du XXe siècle, les premières associations étudiantes «revendiquaient essentiellement la création de lieux de sociabilité». Malgré certaines manifestations isolées auparavant, il faudra attendre les années 1950 pour assister aux premiers véritables mouvements de contestation. Le moins qu’on puisse dire est que l’interlocuteur de l’époque, le gouvernement Duplessis, n’a pas montré beaucoup d’ouverture aux revendications de ce mouvement.

2. Participer, contester, s’organiser (1961-1973) : Les années 1960 sont celles de la Révolution tranquille. Même si les progrès furent bien plus graduels que cette expression le suggère, il n’en demeure pas moins que cette décennie a vu la mise sur pied de nombreuses institutions qui marqueront les prochaines décennies, notamment et de façon très importante dans le domaine de l’éducation. Cette décennie est aussi avec celle qui suivra marquée par l’émergence de mouvements de contestation importants au Québec et dans d’autres pays industrialisés. L’auteur montre les liens existant entre ces différents mouvements de contestation, en mettant l’accent sur les revendications et les actions des organismes étudiants, et en analysant les modifications structurelles et idéologiques (oscillation entre concertationnisme et syndicalisme de combat, comme mentionné plus tôt) vécues dans le mouvement étudiant.

3. Une ANEEQ combative (1974 à 1980) : L’arrivée au pouvoir du Parti québécois en 1976 a certes permis l’adoption de lois favorisant les travailleurs, dont l’interdiction du recours aux briseurs de grève, mais n’a pas vraiment freiné l’ardeur des mouvements sociaux. D’ailleurs, le taux de jours perdus en raison d’arrêts de travail au Québec ne commencera vraiment à diminuer de façon importante que vers la fin des années 1980. Cette élection n’a pas non plus changé de façon significative les relations entre le mouvement étudiant et le gouvernement. Même si le PQ a grandement bénéficié de l’appui des étudiants, il a mis de côté ses principales promesses à leur intention (gratuité scolaire et amélioration du régime d’aide financière aux études).

4. Entre la combativité et la concertation (1980 à 1989) : Après le référendum de 1980, «la droite économique du Parti québécois a peu à peu acquis une place prépondérante au sein du parti». D’autres événements, dont la récession commencée en 1981 et les politiques adoptées lors de la décennie des années 1980 (par le PQ et le PLQ), ont entraîné un virage majeur dans toute la société. Mentionnons notamment :

  • la mise sur pied de «groupes d’experts» pour implanter des mesures néolibérales (privatisations, déréglementations et abolitions d’organismes gouvernementaux)
  • l’adoption de politiques d’austérité;
  • la priorité donnée au secteur privé pour la création de richesse;
  • la dissolution des organisations d’extrême gauche, le repli sur soi, le cynisme et la dépolitisation;
  • le passage du syndicalisme de combat au syndicalisme de concertation, et la baisse du taux de jours perdus en raison d’arrêts de travail.

Les changements au sein du mouvement étudiant ont aussi été dans le même sens, soit celui de la concertation, mais de façon moins généralisée. Ainsi, des organismes plus portés sur la concertation ont toujours coexisté avec d’autres organismes plus combatifs, chacun tentant de recruter davantage de membres en vantant le succès de sa stratégie. Je laisse les détails des nombreuses péripéties dans ce domaine aux personnes qui liront ce livre…

5. De la confrontation à la concertation (1990 à 2001) : «L’avènement de l’économie du savoir et l’implantation graduelle de la «nouvelle gouvernance publique» (New Public Management) revêtent une importance cruciale pour comprendre les transformations du monde de l’éducation au Québec à partir des années 1990». Auparavant considérée comme un bien commun, la connaissance devient de plus en plus une marchandise qu’on possède (par la propriété intellectuelle d’un côté et par son capital humain de l’autre) et de laquelle on peut tirer des profits privés. Ce contexte (développé bien plus dans le livre) a grandement influencé le contenu de l’enseignement et les domaines enseignés. Comment les associations étudiantes ont-elles réagi à ce nouveau contexte? Ça dépend lesquelles…

6. La résistance au néolibéralisme (2001 à 2013) : Au tournant du siècle, le néolibéralisme a le vent dans les voiles, mais aussi les mouvements qui s’y opposent. On assiste d’ailleurs à de nombreuses «victoires» de la résistance altermondialiste (Seattle, Gênes, Québec, etc.). Malgré ces mouvements de résistance, la tendance néolibérale se poursuivra tout au long de la période couverte par ce chapitre, se transformant en mesures d’austérité un peu partout dans le monde développé (mais de façon plus accentuée en Europe) à partir du début de la crise de 2007-2009. Du côté du mouvement étudiant québécois, cette période sera marquée par deux grandes grèves en 2005 et en 2012. Il s’agit, et de loin, du chapitre le plus long de ce livre (140 pages), ce qui va de soi. Mon résumé ne fait donc qu’esquisser son contenu à grands (très grands!) traits.

Épilogue : L’auteur fait le tour des événements présentés dans les chapitres précédents et conclut que, contrairement à certaines perceptions, il n’y a jamais eu de période d’âge d’or pour le mouvement étudiant (sinon plusieurs, donc aucune), mais un constant basculement entre les associations concertationnistes et combatives, certaines ayant pris le dessus pendant un temps avant de se faire tasser par les autres. Il termine cet épilogue en montrant que les quelques événements survenus depuis 2012 viennent aussi perpétuer la tension entre les visions concertationnistes et combatives de la représentation étudiante.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce livre représente, et de loin, le recueil le plus complet et le plus clair que j’ai lu sur les événements qui ont marqué le mouvement étudiant au Québec depuis 60 ans. J’ai tenté dans ma présentation de ne parler que du contexte sans aborder le cœur des chapitres, soit les événements qui ont touché directement le mouvement étudiant. Je trouvais en effet impossible de résumer une telle masse d’information, mais visais aussi à inciter le plus de personnes possible à se procurer ce livre, car il en vaut vraiment la peine. Ce livre a toutefois un défaut, les 77 pages de notes (le chapitre 6 contient par exemple plus de 600 références à ces notes), toujours intéressantes ou instructives, sont à la fin. Heureusement, ayant lu ce livre durant ma convalescence, je n’ai pas eu à consulter ces notes debout dans un autobus bondé!

La mobilité intergénérationnelle au Canada (1)

8 juillet 2017

Cette fois, ce n’est pas grâce au blogue Economist’s View que j’ai pris connaissance de l’étude dont je vais parler dans ce billet, mais grâce à une amie Facebook, Houda Rochdi. Intitulée Divided landscapes of economic opportunity: the canadian geography of intergenerational income mobility (Portraits divergents des possibilités économiques: la géographie canadienne de la mobilité intergénérationnelle des revenus), cette étude de Miles Corak, notamment professeur d’économie à l’Université d’Ottawa, touche un sujet souvent connexe aux inégalités, soit la mobilité intergénérationnelle (MI), c’est-à-dire la mesure dans laquelle le revenu des enfants est corrélé avec le revenu des parents. L’originalité de cette étude est d’analyser la MI selon les régions du Canada, et cela est, à ma connaissance (et à celle de l’auteur), une première. Devant la richesse et l’importance de cette étude, je vais lui consacrer deux billets.

Introduction

L’auteur vise par cette étude à trouver dans quelle mesure le niveau de revenus des adultes est lié à leur origine familiale et si cette relation varie selon la région du Canada. En commençant cette étude, il s’attendait à trouver des résultats bien différents selon les provinces et autres communautés, car des études antérieures ont montré que la MI varie considérablement selon de nombreux facteurs qui diffèrent grandement d’une communauté à l’autre et qui dépendent en partie des politiques gouvernementales provinciales ou même municipales, comme la scolarité, les soins de santé, les possibilités d’emploi pour les jeunes et le soutien du revenu. Dans cette optique, l’auteur espère que son travail permettra aux décideurs de modifier au besoin leurs politiques selon les résultats spécifiques à leur région ou province.

Données

Après avoir fait le tour de la littérature économique (et aussi dans d’autres sciences sociales, bravo!), aussi bien théorique qu’empirique (insistant notamment sur les problèmes de disponibilité de données pertinentes et fiables), l’auteur précise la méthode qu’il a utilisée. Grâce aux données des déclarations de revenus fédérales (T1), il a pu analyser le revenu familial des parents des personnes nées entre 1963 et 1970 quand elles avaient entre 15 et 19 ans dans 266 divisions de recensement (dont on peut avoir une idée de la répartition grâce à l’image qui accompagne ce billet) et comparer ce revenu familial avec celui de ces personnes plus de 20 ans plus tard, soit quand elles avaient entre 38 à 45 ans (entre 2004 et 2008). Son échantillon total est formé de plus de 2 millions de personnes qui représentent environ 64 % de la population née entre 1963 et 1970 selon les recensements (avec des taux variant de 44 à 69 % selon les provinces et les territoires). C’est la taille très élevée de cet échantillon et sa fiabilité qui lui permettent de fournir des résultats beaucoup plus détaillés que les études antérieures ont pu le faire.

Même si on résume souvent la mesure de la MI avec une seule donnée, soit l’«élasticité intergénérationnelle du revenu» (qui est utilisée dans la courbe de Gatsby le magnifique, comme on peut le voir dans ce billet), qui est la différence en pourcentage du revenu des enfants qui est associée à une différence de 1 % du revenu des parents (par exemple, si l’élasticité est de 0,4, un revenu 10 % plus élevé des parents entraînera une hausse moyenne de 4 % du revenu des enfants lorsqu’ils auront le même âge que leurs parents avaient quand ils étaient enfants), l’auteur présentera ses résultats avec d’autres mesures qui permettront d’analyser la MI sous d’autres angles (en plus de les analyser selon le sexe). Il explique que la question de la MI est surtout posée dans les débats sur l’égalité des chances et que trois de ses aspects peuvent influencer ces débats : la mobilité des revenus (le niveau auquel le revenu des enfants devenus adultes s’améliore ou se détériore par rapport à celui que gagnaient leurs parents), le sens de cette mobilité (si le montant ou le rang s’améliore ou se détériore, surtout dans le cas des enfants provenant d’une famille se situant dans les premiers et dans les derniers rangs) et les cycles de pauvreté et de richesse (la fréquence de sortie et de maintien dans la pauvreté et dans la richesse). Dans cette optique, l’auteur présente donc huit mesures de la MI (en fait 24, puisqu’il les fournit aussi pour les hommes et les femmes) :

– mobilité des revenus

  • absolue (le revenu familial des enfants par rapport à celui des parents);
  • relative (l’élasticité intergénérationnelle du revenu familial dont j’ai parlé plus tôt);
  • revenu moyen (le revenu familial moyen des parents d’une communauté, qu’on peut aussi comparer avec celui des enfants);

– mobilité du rang

  • absolue (rang percentile moyen des revenus familiaux des enfants de parents dont le revenu familial était au rang le plus bas);
  • relative (différence de rang entre le revenu familial moyen des enfants de parents dont le revenu familial était au rang le plus bas et le plus haut);

– le sens de la mobilité

  • de la pauvreté à la richesse (pourcentage d’enfants dont le revenu familial des parents était dans le quintile inférieur et dont le revenu familial se retrouve dans le quintile supérieur);
  • la pauvreté intergénérationnelle (pourcentage d’enfants dont le revenu familial des parents était dans le quintile inférieur et dont le revenu familial se retrouve aussi dans le quintile inférieur);
  • la richesse intergénérationnelle (pourcentage d’enfants dont le revenu familial des parents était dans le quintile supérieur et dont le revenu familial se retrouve aussi dans le quintile supérieur).

Les résultats

Je vais passer vite sur la section suivante qui analyse les biais possibles dans ces huit mesures, le plus important étant celui lié au revenu permanent ou du cycle de vie, qui varie selon l’âge (on gagne moins en début de carrière, plus au milieu et moins près de la retraite et encore moins après celle-ci, et ce modèle varie en fonction de bien des facteurs, dont la scolarité). En utilisant les revenus vers la quarantaine (entre 38 à 45 ans, comme je l’ai mentionné plus tôt), et en prenant la moyenne des revenus de la famille quand les enfants ont de 15 à 19 ans et la moyenne de 2004 à 2008 des revenus des familles des enfants, l’auteur amoindrit considérablement ce biais potentiel, voire l’élimine.

Le tableau ci-contre illustre les résultats pour les trois premières mesures, celles liées à la mobilité des revenus. La troisième colonne est surtout informative, car elle ne fait que montrer le revenu moyen familial dans chaque province et territoire, le plus élevé étant en Alberta et le plus bas dans les Territoires du Nord-Ouest-Nunavut (Terre-Neuve n’étant pas loin, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui). On notera que le revenu familial au Québec était légèrement inférieur à la moyenne canadienne (d’un peu plus de 5 %). La première colonne rend compte de la variation des revenus familiaux entre les parents et les enfants en logarithmes naturels. Les trois seules provinces qui se démarquent sont le Manitoba (de beaucoup!) et la Saskatchewan négativement, et l’Île-du-Prince-Édouard positivement. Le résultat du Québec (8,67) est à peine un peu plus positif que celui de l’ensemble du Canada (8,52).

La deuxième colonne est plus loquace. La moyenne canadienne (0,201) signifie que le revenu familial des enfants d’une famille dont les parents gagnaient 10 % de plus qu’une autre était en moyenne 2,01 % plus élevé que le revenu familial des enfants de l’autre famille. On ne peut donc pas parler d’égalité des chances entre les enfants de ces familles. On notera que cette élasticité est supérieure à 0,4 aux États-Unis, plus du double de celle du Canada, ce qui montre que l’égalité des chances y est un concept encore moins présent. En fait, cette élasticité varie peu dans 10 des 12 provinces-territoires du Canada avec des résultats légèrement inférieurs à 0,2 (0,186 au Québec), sauf peut-être dans l’Île-du-Prince-Édouard (0,159), mais se démarque négativement en Saskatchewan (0,238) et encore plus au Manitoba (0,341). Nulle part l’auteur n’explique cet écart important, ses tests statistiques n’ayant rien révélé.

Le deuxième tableau présente les résultats liés à la mobilité du rang. La première colonne indique le rang qu’atteint en moyenne le revenu familial des enfants de parents dont le revenu familial était au rang percentile le plus faible. Ce rang était en moyenne le 38e pour l’ensemble du Canada. Ce saut peut sembler important, mais si les chances étaient égales, cette moyenne serait à 50. Comme ces rangs sont établis au niveau canadien même pour les provinces, les résultats des enfants des provinces maritimes sont moins bons que la moyenne, en fait presque aussi mauvais qu’au Manitoba (31,2) dans les cas de la Nouvelle-Écosse (32,6) et surtout du Nouveau-Brunswick (31,6). On ne s’étonnera pas de constater que le meilleur résultat (44,4) s’observe en Alberta. Le résultat du Québec (36,7) ne se démarque pas du tout de la moyenne canadienne.

La deuxième colonne représente la différence de rang entre le revenu familial des enfants des parents dont le revenu familial était le plus élevé et ceux dont le revenu familial l’était le moins. Cette différence était en moyenne de 24,2 rangs au Canada, ce qui signifie que les gosses de riches atteignaient en moyenne le 62e rang (38,3 + 24,2 = 62,5). J’ignore pourquoi l’auteur affiche cette donnée en décimales plutôt qu’en entiers comme il l’a fait pour les deux autres colonnes. Cette différence était la plus grande au Manitoba (on s’en serait douté) avec 32,5 rangs d’écart et la plus petite en Colombie-Britannique, avec 18,4 rangs. Là, je suis surpris pour vrai, mais cela doit être parce que le revenu familial moyen des parents de cette province était un des plus élevés du Canada (voir le tableau précédent où on peut voir que ce revenu atteignait 47 185 $, juste derrière le revenu des parents de l’Alberta à 48 544 $) et que les rangs sont ici établis en fonction des revenus de l’ensemble du Canada. La dernière colonne représente le rang moyen du revenu familial des enfants dont celui des parents arrivait au 25e rang centile. Je comprends moins la présence de cet indicateur, puisqu’il ne fait pas vraiment partie des huit mesures décrites par l’auteur. Les constats qu’on peut y faire sont à peu près les mêmes que ceux tirés de l’analyse de la première colonne.

Le dernier tableau de ce billet (mais pas de l’étude…) présente les résultats liés au sens de la mobilité. La première colonne indique la fréquence du passage de la pauvreté à la richesse, soit le pourcentage d’enfants dont le revenu familial des parents était dans le quintile inférieur et dont le revenu familial se retrouve dans le quintile supérieur. En moyenne au Canada, 11,4 % des enfants élevés dans une famille pauvre (faisant partie du quintile inférieur ou du 20 % des familles dont le revenu familial des parents était le moins élevé) deviennent riches (faisant partie du quintile supérieur ou du 20 % des familles dont le revenu familial était le plus élevé). Si nous étions dans une société où les chances sont égales, ce taux serait de 20 %. On voit donc que la pauvreté des parents est un sérieux frein à l’avancement social (tel qu’estimé par le revenu familial). Ce pourcentage est le plus faible au Nouveau-Brunswick (6,1 %), suivi de la Nouvelle-Écosse (7,1 %), du Manitoba (7,6 %) et de l’Île-du-Prince-Édouard (7,7 %). À l’inverse, l’Alberta se démarque nettement (18,5 %) avec le pourcentage de loin le plus élevé, suivi à égalité (14,1 %) de l’Ontario et de la Saskatchewan. Le résultat relativement positif de cette province m’a étonné compte tenu de son mauvais résultat du côté de l’élasticité intergénérationnelle du revenu. Cela montre, comme le dit l’auteur, la pertinence d’utiliser plusieurs indicateurs pour pouvoir analyser la MI sous plusieurs angles. Je rappelle finalement que ces résultats sont établis en fonction du revenu familial canadien et non du revenu familial provincial, car les enfants peuvent avoir déménagé (ce facteur sera encore plus important dans le prochain billet, quand on regardera les résultats par division de recensement), même s’ils doivent être encore au Canada pour être ici comptabilisés. Cela explique les résultats décevants dans les Maritimes et le résultat qui approche l’égalité des chances en Alberta (18,5 % par rapport à 20 %) et ceux qui surpassent la moyenne dans les provinces les plus «riches».

La deuxième colonne montre la fréquence de la pauvreté intergénérationnelle, soit le pourcentage d’enfants de familles pauvres qui demeurent pauvres (demeurent dans le quintile inférieur). Ce pourcentage est de 30,1 % pour l’ensemble du Canada, alors qu’il serait de 20 % si nous étions dans une société où les chances seraient égales. Ce pourcentage est le plus élevé au Manitoba (41,4 %), suivi des deux territoires (39,7 % et 37,1 %), et le plus bas en Alberta (25,9 %), suivi par la Saskatchewan (27,7 %) et de l’Île-du-Prince-Édouard (27,8 %).

La troisième colonne montre la fréquence de la richesse intergénérationnelle, soit le pourcentage d’enfants de familles «riches» qui demeurent riches (demeurent dans le quintile supérieur). Ce pourcentage est de 32,3 % pour l’ensemble du Canada, ce qui montre que les riches ont un peu plus tendance à rester riches que les pauvres ont tendance à rester pauvres (30,1 %, je le rappelle). Ce pourcentage est le plus élevé dans les Territoires du Nord-Ouest-Nunavut (39,1 %) suivis de l’Alberta (37,5 %), et le plus bas en Nouvelle-Écosse et en Colombie-Britannique (25,6 %), suivis du Nouveau-Brunswick (26,4 %) et de l’Île-du-Prince-Édouard (27,9 %). On remarquera que, pour une fois, le Manitoba ne fait pas partie des provinces ayant un résultat qui se distingue. Cela montre que, s’il se distingue par une population pauvre qui a tendance à demeurer pauvre et à ne pas devenir riche, sa population riche ne semble pas rester riche davantage qu’ailleurs au Canada (quoique ce taux s’explique aussi par le revenu familial sensiblement plus faible dans cette province que dans l’ensemble du Canada).

La quatrième colonne montre la fréquence du maintien dans le troisième quintile, c’est-à-dire entre les 40 % et les 60 % les plus pauvres (ou les plus riches, c’est la même chose…). L’intérêt de cet indicateur, qui ne fait pas partie des huit mesures de la MI présentées plus tôt, est de montrer que le pourcentage de maintien dans le quintile le plus près de la moyenne est semblable à la moyenne de 20 %. En effet, ce pourcentage est de 21,4 % pour l’ensemble du Canada, ne varie que de 17,8 % à 23,8 % dans les 12 provinces et territoires, et n’est donc jamais bien loin de 20 %. En plus, le revenu familial des enfants des parents dont le revenu familial se situait au troisième quintile se répartit aussi assez également dans les cinq quintiles, soit entre 17,7 % et 21,9 % pour le Canada (données non présentées ici), ce qui est assez près d’une distribution aléatoire. Bref, les accrocs à l’égalité des chances s’observent le plus dans les extrêmes de la distribution des revenus, et le moins au centre.

Et alors…

Ce premier billet sur l’étude de Miles Corak sur la mobilité intergénérationnelle montre la richesse des données qu’il a utilisées et la pertinence des huit mesures qu’il a créées. En plus, la grande variété des résultats par province et territoire prouve qu’il avait bien raison de ne pas se contenter des résultats moyens pour l’ensemble du Canada. Le prochain billet, dans lequel je présenterai certains des résultats pour les 266 divisions de recensement qu’il a analysées, démontrera encore plus ce point.

Le seul bémol que je relève dans la première partie de cette étude est le fait que l’auteur n’ait pas assez accordé d’importance dans son analyse au fait que les résultats pour les revenus familiaux des enfants sont classés selon les revenus de l’ensemble du Canada et non pas selon ceux des provinces. On se retrouve par exemple dans le dernier tableau présenté dans ce billet avec des taux plus élevés que la moyenne canadienne en Alberta à la fois pour les passages de la pauvreté à la richesse (18,5 % par rapport à la moyenne canadienne de 11,4 %) et pour le maintien de la richesse intergénérationnelle (37,5 % par rapport à 32,3 %). En fait, j’ai pu constater grâce à un fichier Excel fourni gentiment par l’auteur (voir l’onglet «Quintile transitions») que le pourcentage des revenus familiaux des enfants de l’Alberta qui se retrouvent dans le quintile supérieur est plus élevé que la moyenne canadienne dans les cinq quintiles des revenus des parents, et qu’il est le plus élevé des 12 provinces et territoires dans quatre de ces cinq quintiles (il se classe deuxième dans l’autre, comme on peut le voir dans la troisième colonne du dernier tableau, le pourcentage des Territoires du Nord-Ouest-Nunavut, 39,1 %, dépassant légèrement ses 37,5 %). En fait, le pourcentage moyen des revenus familiaux des enfants de l’Alberta qui se retrouvent dans le quintile supérieur est en moyenne de 26,3 %, alors qu’il est par exemple inférieur à 15 % dans deux des quatre provinces maritimes (il est de 17,7 % pour le Québec), et qu’il serait de 20 % pour toutes les provinces-territoires si on avait utilisé les revenus provinciaux et territoriaux plutôt que ceux de l’ensemble du Canada pour classer les revenus. Cette façon de classer s’explique bien, j’en ai parlé dans le billet (cela est presque obligatoire compte tenu de la mobilité des familles qui sont nombreuses à déménager, surtout les plus riches), mais dénature un peu l’analyse des résultats si on ne tient pas compte des conséquences de l’utilisation de cette méthode. Les résultats sont ainsi dans certains cas davantage la conséquence du niveau élevé du revenu familial moyen d’une province (ou d’une division de recensement) que celle de phénomènes intergénérationnels ou de niveaux différents d’égalité des chances. Mais, si on tient compte des moyennes comme je viens de le faire (comme le 26,3 % en Alberta et les résultats inférieurs à 15 % dans les Maritimes), là on peut interpréter que les écarts entre les résultats et les moyennes sont dus à la mobilité intergénérationnelle (quoique d’autres facteurs pourront toujours jouer!).

Mais bon, cela demeure un bémol bien mineur par rapport à la richesse des résultats révélés par cette étude. En tout cas, on a encore plus de preuves que l’égalité des chances est un fantasme!

Le 1 % le plus riche

3 juillet 2017

Le 1% le plus riche – L’exception québécoise, de Nicolas Zorn, vise à présenter la hausse des inégalités de revenus dans les pays développés depuis environ 40 ans ainsi que les facteurs qui expliquent cette hausse. Sorti en même temps que J’ai profité du système, ce livre présente en quatrième de couverture des dédicaces très positives de deux des grands du domaine de la recherche sur l’évolution des inégalités, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman.

Préface : Dans cette préface, Pierre Fortin explique tout d’abord qu’on peut associer directement la forte baisse de la croissance économique depuis 1980 à la diminution de l’impact des révolutions industrielles en œuvre au cours de ces 40 années. Si ce facteur permet de comprendre la baisse de la croissance, il est plus difficile de comprendre pourquoi cette croissance s’est concentrée autant chez les plus riches et pourquoi ce niveau de concentration des revenus chez les plus riches diffère autant d’un pays à l’autre. C’est à ces questions que le livre de Nicolas Zorn tente de répondre, ainsi qu’à celle de savoir si certaines interventions gouvernementales pourraient aider à contrôler l’évolution et la taille de la tranche la plus riche d’une société. M. Fortin esquisse ensuite le portrait de ces réponses, ce que j’éviterai de faire ici.

Introduction : L’auteur montre que, même si les données indiquent clairement une hausse importante des inégalités de revenus et de richesse depuis quelques décennies, cette caractéristique n’intéresse vraiment la population que depuis quelques années. Il présente ensuite de nombreuses données sur les caractéristiques des plus riches et sur l’évolution de leurs revenus, au Québec, au Canada et dans bien d’autres pays.

Première partie – Pourquoi le 1 % le plus riche des pays développés a-t-il emprunté deux chemins différents?

1. Le rôle décisif des institutions : L’auteur présente et évalue dans ce chapitre diverses hypothèses et théories qui pourraient expliquer la hausse des inégalités de revenus un peu partout depuis 40 ans et le fait que cette hausse fut plus importante dans certains pays que dans d’autres. Cette présentation est complète, rigoureuse et intéressante, même si farcie de données de nombreuses sources.

2. Les modèles institutionnels et le chaînon manquant : S’il était déjà difficile dans le chapitre précédent d’isoler l’effet spécifique de chacun des facteurs présentés, il l’est encore plus dans celui-ci où on tente le même exercice avec des institutions qui sont toutes en œuvre en même temps et interagissent entre elles, de façon différente selon leur configuration dans les différents pays. L’auteur s’en sort quand même très bien.

Deuxième partie – L’évolution du premier centile

3. L’évolution modeste du 1 % le plus riche au Québec : L’auteur présente tout d’abord les données qu’il utilise, leurs forces, leurs faiblesses et les améliorations qui leur ont été apportées avec le temps, améliorations qui permettent de bien meilleures estimations de nos jours du niveau et de l’évolution de la part des richesses et des revenus accaparés par le 1 % le plus riche. Il explique ensuite cette évolution au Québec entre 1973 et 2008, présentant notamment la contribution de différents types de revenus (d’emploi, d’entreprises, d’actifs, de capital, etc.) pour mieux analyser les facteurs et événements à l’origine de ces mouvements.

4. Le Québec, un régime européen en Amérique? : L’auteur compare dans ce chapitre l’évolution de la part des revenus accaparés par le 1 % le plus riche au Québec avec celle observée dans des pays anglophones au régime libéral (États-Unis, Royaume-Uni, Australie, etc.) et dans des pays pour la plupart européens au régime non libéral (France, Danemark, Suède, Japon, etc.). En plus, l’analyse comparative des arrangements institutionnels québécois et canadiens montre des différences importantes, ceux du Québec ressemblant davantage aux arrangements européens qu’à ceux des pays anglophones.

Troisième partie – Pourquoi le 1 % québécois a-t-il augmenté malgré tout?

5. : Une explication de la hausse des inégalités : L’auteur revient sur les facteurs économiques et institutionnels qui pourraient expliquer la hausse de la part des revenus accaparés par le 1 % le plus riche au Québec. Il montre ensuite les précautions qu’il faut respecter quand on les interprète.

6. Le rôle déterminant de l’impôt : Parmi les facteurs qui expliquent la hausse de la part des revenus gagnés par le 1 % le plus riche au Québec, l’impôt est celui qui semble agir le plus directement, tant intuitivement que par les indicateurs de corrélation. L’auteur consacre donc ce chapitre aux différentes formes que l’imposition peut prendre pour influencer la part des revenus gagnés par le 1 % le plus riche.

Conclusion : L’auteur teste ici certaines hypothèses pour analyser les effets de mesures qui pourraient être prises pour amoindrir les inégalités. Il examine notamment certaines mesures adoptées récemment par le gouvernement fédéral, comme l’ajout d’un palier d’imposition.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Toute personne intéressée par la question des inégalités et à sa véritable signification devrait lire ce livre, surtout si elle aime les chiffres (même si j’en ai cités peu, il y en a beaucoup!). Même si ce livre est tiré d’un mémoire de maîtrise, il se lit très bien. On doit à cet égard souligner le travail d’édition. En plus de nous fournir des données fiables pour le Québec, ce livre explore aussi les facteurs qui expliquent la hausse des inégalités et est dans ce sens précieux pour développer des politiques qui permettraient de lutter contre la hausse des inégalités. Encore faudrait-il que les politiciens s’intéressent vraiment à ce sujet, mais cela, c’est notre boulot à tous et toutes, pas uniquement celui de l’auteur!