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Les usurpateurs

4 mai 2015

les Usurpateurs

Les usurpateurs – Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir est le deuxième livre de Susan George que je lis, après Le rapport Lugano II (dont j’ai parlé dans ce billet). Encore une fois, elle s’attaque à l’influence démesurée des plus riches qui usurpent les pouvoirs de nos démocraties. Cette fois, elle s’attarde surtout sur le pouvoir des sociétés transnationales.

Je vais concentrer ce billet sur la description rigoureuse qu’elle présente des tactiques et du discours formaté des lobbyistes, puis vais aborder brièvement par la suite quelques autres sujets analysés dans ce livre.

Méthodes des lobbyistes

Après avoir analysé le concept de la légitimité du pouvoir, surtout en démocratie, l’auteure montre l’importance de «l’industrie du lobbying», d’une façon assez semblable à ce que Oxfam a fait dans un rapport récent (dont j’ai parlé dans ce billet), tout en déplorant le manque de mesure de contrôle de cette «industrie» en Europe. Elle décrit ensuite ce qu’elle appelle «le secret de la réussite» des lobbys. Pour elle, le lobbying est «une science et un art», qui applique les principes suivants :

  • les lobbyistes doivent passer inaperçus du public pour mieux servir les intérêts de leurs clients;
  • empêcher l’adoption d’une loi est souvent tout aussi efficace que de contribuer à en faire adopter de nouvelles;
  • il faut prendre le contrôle des débats et les orienter «de façon à imposer ses arguments»;
  • ne jamais s’engager dans un débat qu’on n’est pas certain de gagner;
  • ne pas hésiter à utiliser des demi-vérités et des dissimulations : «ceux qui se donneront la peine de vérifier vos propos n’auront pas le même accès que vous aux décideurs politiques»;
  • si le produit à vendre est dommageable pour l’environnement, ne pas en parler, mais insister plutôt sur l’emploi, la croissance et les retombées économiques qu’il entraînera (exactement ce qui se passe dans la promotion du Plan Nord et de la cimenterie de Port-Daniel), et ne pas hésiter à gonfler les montants présentés;
  • vanter la plus grande efficacité du secteur privé (ce que fait notre premier ministre quand il affirme que «Les jobs, la prospérité, c’est créé par l’entreprise privée», ce qui fait de lui un véritable lobbyiste!), même si c’est faux;
  • ne jamais parler des avantages de ce qu’on défend pour le secteur ou l’entreprise qu’on représente, mais insister plutôt sur ceux que la société en retirera (ou les contribuables, les citoyens, etc.);
  • insister sur la liberté de choix des consommateurs (par exemple, pour éviter une réglementation sur un produit nocif comme la cigarette ou les boissons gazeuses, comme on a fait à New York en 2013 en invoquant la constitution!) ou sur le coût que représenterait la mesure qu’on combat pour la société, les consommateurs, contribuables et citoyens;
  • mentionner que d’autres pays n’ont pas adopté la mesure qu’on veut éviter, en insistant sur la nécessité d’être compétitif pour créer des richesses et des emplois, pour prospérer;
  • ne pas hésiter à déformer la science en mettant l’accent sur la présence de quelques scientifiques (parfois payés par l’entreprise ou l’industrie qu’on représente) qui contredisent la grande majorité d’entre eux et à souligner l’absence de preuves irréfutables des effets nocifs du produit qu’on défend; le but ici n’est pas nécessairement de convaincre, mais de semer le doute;
  • financer des mouvements supposément formés par des citoyens (l’auteure parle de mouvements «astroturf» «ayant pour but de donner l’impression d’un comportement spontané ou d’une opinion populaire, alors qu’il n’en est rien»);
  • inventer des victimes des politiques qu’on combat (l’auteure raconte que la fille d’une lobbyiste s’est déjà fait passer pour la fille d’une paysanne dont la ferme a été sauvée grâce aux semences OGM…);
  • promettre des emplois aux politiciens qui acceptent de collaborer (ici, on parle de «portes tournantes», l’auteure de «portes tambours»);
  • en dernier recours, ne pas hésiter à espionner ou à infiltrer des organisations qui combattent le produit qu’on défend (l’auteure donne de nombreux exemples d’espionnage et d’infiltration de «groupes écologistes, pacifistes, citoyens, d’associations de consommateurs», et autres, aux États-Unis et en Europe);
  • poursuivre ces organismes, même si la cause est frivole (manœuvre dorénavant interdite au Québec et dans quelques autres états et provinces, mais pas ailleurs);
  • financer des instituts de recherche «amis»;
  • favoriser la nomination de partisans dans les organismes réglementaires (l’auteure donne aussi beaucoup d’exemples de ce côté).

La suite

La suite du livre porte surtout sur les traités internationaux, notamment sur celui qui est encore en négociation entre les États-Unis et l’Europe, soit le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, mieux connu sous son acronyme anglais, le TTIP, qui contient beaucoup des éléments encore aujourd’hui contestés dans l’Accord économique et commercial global (AÉCG) conclu entre le Canada et l’Union européenne, comme le mécanisme de règlements des différends entre les entreprises transnationales et les États, qui permet à ces entreprises de poursuivre les États qui adoptent des mesures qui peuvent faire diminuer leurs profits.

En plus de ce mécanisme, l’auteure explique bien les différences d’application des lois aux États-Unis et en Europe au regard du principe de précaution et de la tentative d’imposer les règles des États-Unis en Europe au moyen de ce traité. Alors que les règles des États-Unis exigent des preuves formelles (par exemple, quand des citoyens tentent de faire interdire l’exploitation de gaz de schiste près des sources d’eau), les règles européennes s’en tiennent davantage au concept du principe de précaution de la Déclaration de Rio qui prévoit que «En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement».

Finalement, elle explique en détail la participation toujours plus grande des sociétés transnationales dans les organismes de l’ONU. Rien de bien encourageant de ce côté…

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Même si ce livre se lit bien et contient bien des éléments d’intérêt, j’ai préféré le livre précédent que j’ai lu d’elle, soit Le rapport Lugano II. Peut-être ai-je trop lu de livre de ce genre? J’en apprends de moins en moins et en viens à trouver même un peu long un livre de seulement 192 pages comme celui-là. Par contre, j’ai bien aimé, comme on s’en doute, sa présentation des manœuvres des lobbyistes, une des descriptions les plus intéressantes et éclairantes que j’ai lues. Bref, les personnes qui ont moins lu sur ces questions ne devraient surtout pas hésiter à se le procurer!

Le PLQ, l’emploi et le suspens

2 mai 2015

PLQ-emploiAvec les données de mars de l’Enquête sur la population active (EPA), le parti libéral (PLQ) aurait pu mettre à jour son petit graphique (que je garde pour illustrer ce billet pour un deuxième mois consécutif par paresse…) en changeant «52 000 emplois» par «57 000 emplois» (peut-être l’a-t-il fait, mais je ne l’ai pas vu). En effet, l’estimation la plus récente de l’EPA montre une nouvelle hausse de 5300 emplois, pour, de fait, porter la hausse de l’estimation de l’emploi par l’EPA à tout juste 57 000 emplois entre avril 2014 et mars 2015.

Suspens…

Comme je le fais toujours quand on présente des données sur l’emploi provenant de l’Enquête sur la population active (EPA), ce qu’a fait le PLQ dans sa publicité, je vais encore les comparer avec celles de l’Enquête sur la rémunération et les heures de travail (EERH). En effet, les estimations de l’EPA comportent une marge d’erreur importante, tandis que celles de l’EERH sont beaucoup plus fiables, sans marge d’erreur, car issues d’un recensement de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye, mais disponibles avec un ou deux mois de retard sur les premières. Par contre, l’EERH ne comptabilise pas les grévistes, les personnes en lock-out et les personnes en congé sans solde, alors que les estimations de l’EPA les considèrent en emploi.

On a vu le mois dernier que les données de l’EERH avaient ramené la hausse de l’estimation de l’EPA pour janvier de 16 000 à seulement 2500 (donnée révisée à 2800). J’avais donc hâte de voir si la hausse de l’estimation de l’EPA de 16 800 emplois pour février serait confirmée ou infirmée par les données de l’EERH. Le suspens a pris fin jeudi dernier lors de la parution des données de l’EERH pour février.

Les données de l’EERH montrent une hausse de 8600 emplois entre janvier et février 2015, soit environ la moitié de celle de l’EPA. De décembre à février, la hausse de 32 800 emplois selon l’EPA devient une hausse de 11 400, soit à peine un peu plus du tiers de l’estimation de l’EPA. L’estimation de 57 000 emplois créés depuis l’élection du PLQ en avril 2014 selon l’EPA ratatine à environ 13 000 emplois (j’ai dû comparer à la moyenne des données de l’EERH de mars et mai 2014, car les données d’avril 2014 ont indiqué une baisse ponctuelle, comme on peut le voir sur le graphique, baisse probablement due à des conflits de travail), soit entre quatre et cinq fois moins! Le graphique qui suit illustre ces évolutions divergentes.

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Si, tel que je m’y attendais, les données de l’EERH ont atténué énormément la hausse de l’emploi estimée par l’EPA depuis l’élection du PLQ, la hausse de 11 400 emplois entre décembre 2014 et février 2015 m’a tout de même étonné. En effet, tous les autres indicateurs, dont le PIB – qui montre de faibles variations de 0,0 % et de 0,2 % en décembre 2014 et en janvier 2015 – et le Rapport mensuel sur les opérations financières de janvier 2015 – qui nous apprend à la page 4 que les recettes du gouvernement tirées de l’impôt sur le revenu des particuliers, recettes intimement liées à la vigueur du marché du travail, ont diminué de 28,5 % entre janvier 2014 et janvier 2015 (baisse tellement forte qu’elle est peut-être due, au moins en partie, à un calendrier différent des remises des retenues d’impôt par les employeurs et les travailleurs autonomes) et ont augmenté de seulement 0,1 % entre les 10 premiers mois de l’exercice 2013-2014 et les mêmes mois de 2014-2015 (évolution qui serait bien moins touchée par le possible changement de calendrier que j’ai mentionné) – tendent vers la stagnation. Sans remettre en question cette hausse de 11 400 emplois entre décembre 2014 et février 2015 (quoiqu’elle pourrait être due à un changement dans la saisonnalité des emplois, ce qui arrive fréquemment), j’ai bien hâte de voir si cette hausse (et celle de l’estimation de 5300 emplois en mars tirée de l’EPA) sera confirmée dans les données de mars de l’EERH. Bref, le suspens continue!

Autres facteurs

Même si la hausse de l’emploi selon l’EERH entre décembre 2014 et février 2015 se confirme, il demeure que la hausse des estimations récentes de l’EPA (de 32 800 emplois entre décembre 2014 et février 2015) est bien supérieure à celle montrée par les données de l’EERH (11 400). Il peut bien sûr s’agir d’une hausse qui va s’estomper dans les mois à venir (ce que je pense), mais elle peut être la conséquence d’un autre facteur. En effet, Statistique Canada nous informait en janvier dernier (voir le paragraphe sur le Remaniement de l’échantillon dans l’encadré bleu de cette page) que : «Tous les 10 ans, l’échantillon de l’EPA fait l’objet d’un remaniement pour tenir compte des changements observés dans les caractéristiques de la population et du marché du travail de même que des nouvelles définitions des limites géographiques. L’échantillon remanié a commencé à être introduit en janvier 2015 et sera entièrement mis en œuvre en juin 2015». Ce changement de méthodologie serait-il à l’origine du saut dans l’estimation de l’emploi depuis janvier 2015? Possible, mais encore là, il faudra attendre quelques mois pour pouvoir l’affirmer. Je le répète, le suspens continue!

Et alors…

Il peut sembler décourageant de devoir, mois après mois, vérifier de nombreuses sources différentes (aucune n’étant suffisante en elle-même), suivre les changements méthodologiques apportés par Statistique Canada et, au bout du compte, ne jamais être certain de ce qui se passe vraiment sur le marché du travail, mais, ce genre d’incertitude est ce qui est pour moi le plus intéressant dans l’analyse de données! J’adore le suspens!

Le marché du travail des femmes (4) – les industries

30 avril 2015

mt_femmesPour ce quatrième billet de ma série sur le marché du travail des femmes, je vais présenter l’évolution de l’emploi masculin et surtout féminin par industrie entre 1976 et 2014.

Par grand secteur industriel

Pour bien camper le sujet, il est bon de regarder l’évolution de la structure industrielle selon le sexe par grand secteur industriel, soit les secteurs :

  • primaire (agriculture, mines et forêt);
  • secondaire (manufacturier et construction);
  • tertiaire (services, y compris les services publics).

Comme je vais présenter les données sur ces secteurs en pourcentage de l’emploi total, il faut se rappeler que, comme je l’ai montré dans le premier billet de cette série, l’emploi chez les femmes a augmenté de 117 % entre 1976 et 2014, alors qu’il n’a augmenté que de 28 % chez les hommes. Cela veut dire qu’une baisse de la proportion de l’emploi dans un secteur chez les femmes peut camoufler une hausse du nombre d’emplois, alors qu’une petite hausse de cette proportion signifie une très forte augmentation, supérieure en tout cas à 117 %. Le même phénomène peut survenir chez les hommes, mais avec beaucoup moins d’ampleur.

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Ce graphique montre l’évolution de la répartition de l’emploi par grand secteur industriel pour les femmes et les hommes.

– Secteur primaire : L’importance relative du secteur primaire a diminué de moitié entre 1976 et 2014 à la fois chez les hommes (de 6,4 % de l’emploi à 3,2 %, ligne bleue) et chez les femmes (de 2,2 % à 1,0 %, ligne rouge). En nombre, l’emploi a en fait diminué de 35 % chez les hommes et est demeuré assez stable chez les femmes.

– Secteur secondaire : L’importance relative du secteur secondaire a aussi diminué considérablement, mais davantage chez les femmes (de plus de 55 %, soit de 19,1 % de l’emploi à 8,4 %, ligne verte) que chez les hommes (d’environ de 20 %, soit de 34,9 % de l’emploi à 27,6 %, ligne jaune). En nombre, il a en fait augmenté très légèrement chez les hommes (de 1,5 %) et a diminué de 4,8 % chez les femmes. Comme on le verra plus tard, la baisse d’importance de ce secteur est uniquement due aux industries manufacturières, l’importance relative du secteur de la construction ayant au contraire augmenté, surtout chez les hommes, mais aussi chez les femmes. La plus forte baisse de l’importance relative du secteur secondaire chez les femmes s’explique en partie par la plus forte augmentation de leur emploi dans les services, mais aussi par l’effondrement de l’emploi dans la fabrication de vêtements, seul secteur de l’emploi manufacturier où elles sont et ont toujours été majoritaires (données non montrées).

– Secteur tertiaire : On le devinera sans peine, l’importance relative du secteur tertiaire a augmenté aussi bien chez les hommes (de 18 %, soit de 58,8 % à 69,1 %, ligne rouge vin) que chez les femmes (de 15 %, soit de 78,7 % à 90,6 %, ligne bleue pâle). En nombre, il a en fait augmenté de 51 % chez les hommes et de 150 % chez les femmes! Quoique spectaculaire, cette information nous laisse sur notre faim, car elle ne nous dit pas dans quelles industries précises cette augmentation s’est principalement concrétisée. Heureusement, c’est justement ce que je comptais faire!

Par industrie

Comme un graphique ne pourrait que faire croiser des lignes de façon illisible, je vais présenter l’évolution de l’emploi par industrie selon le sexe à l’aide d’un tableau.

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Ce tableau montre la répartition de l’emploi par industrie en 1976 pour les hommes (première colonne) et les femmes (deuxième colonne) ainsi que la différence entre les deux (troisième colonne), les mêmes éléments pour 2014 (de la quatrième à la sixième colonne), puis la différence de l’emploi pour les hommes et les femmes entre 1976 et 2014, dans les deux dernières colonnes.

– Agriculture : Que ce soit en 1976 ou en 2014, les hommes ont toujours été bien plus présents dans cette industrie que les femmes; dans les deux cas, cette présence s’est érodée avec le temps. On peut voir que l’emploi dans l’agriculture a diminué davantage chez les hommes (de 25 %, ou de 13 000 emplois) que chez les femmes (de 10 %, ou de près de 2 000 emplois).

– Foresterie, pêche, mines, exploitation en carrière, et extraction de pétrole et de gaz : Que ce soit en 1976 ou en 2014, les hommes ont toujours été plus présents dans ces industries, à la fois dans les mines, dans la pêche et dans la forêt (données non montrées). Cela dit, pendant que l’emploi masculin y diminuait de 45 % entre ces deux années (avec 28 000 emplois en 2014), il doublait chez les femmes pour atteindre un peu moins de 5 000 emplois en 2014, encore six fois moins que chez les hommes.

Services publics : Ces services sont essentiellement présents chez deux employeurs, soit Hydro-Québec et, dans une bien moindre mesure, Gaz métropolitain. Il s’agit d’un autre bastion masculin, mais de moins en moins. Alors que l’emploi chez les hommes y a diminué légèrement (d’entre 5 % et 10 %, avec un peu plus de 20 000 emplois en 2014), il triplait presque chez les femmes pour se situer à 8 500 en 2014.

– Construction : En termes de structure d’emploi, la construction est avec le secteur manufacturier l’industrie où la présence des hommes était la plus élevée par rapport à celle des femmes, tant en 1976 qu’en 2014. On peut voir que l’emploi y a crû de près de 60 % chez les hommes pour atteindre 230 000 en 2014, et y a presque triplé chez les femmes pour dépasser tout juste la barre des 10 % de l’emploi (avec un plus de 25 000 emplois).

– Secteur manufacturier : Il s’agit, et de loin, de l’industrie où l’emploi a le plus diminué chez les hommes (de près de 75 000 emplois) et chez les femmes (de plus de 25 000 emplois). L’emploi y a baissé d’entre 15 % et 20 % chez les membres des deux sexes. C’est vraiment un des phénomènes les plus importants des changements de l’emploi industriel depuis 40 ans.

– Commerce : J’aurais bien aimé présenter séparément les données du commerce de gros et de détail, mais les données de l’Enquête sur la population active ne permettent cette distinction que depuis 1987. Disons seulement que l’emploi était en 2014 (et aussi en 1987) près de quatre fois plus élevé dans le commerce de détail que dans le commerce gros et qu’il était en 2014 majoritairement masculin dans le commerce gros (68 %) et majoritairement féminin dans le commerce de détail (53 %). Cela mis à part, il y a peu à dire sur le commerce, l’emploi y ayant augmenté au même rythme que dans l’ensemble du marché du travail, soit de 29 % chez les hommes et de 116 % chez les femmes par rapport aux augmentations respectives de 28 % et 117 % dans l’ensemble des industries.

– Transport et entreposage : Il s’agit du troisième plus important bastion masculin, avec quatre fois plus d’emplois masculins que féminins en 2014, écart déjà moins accentué qu’en 1976 (sept fois plus). L’emploi y a augmenté, mais beaucoup moins que dans l’ensemble des industries, soit de 12 % chez les hommes et de 96 % chez les femmes.

– Finance, assurances, immobilier et location : L’emploi a augmenté dans ces industries de façon presque égale, soit de 80 % chez les hommes et de 70 % chez les femmes. Bref, ce n’est pas un secteur qui a marqué les changements dans la répartition de l’emploi entre les sexes au cours de cette période.

– Services professionnels, scientifiques et techniques : Cette industrie regroupe des sous-industries bien différentes : bureaux d’avocats, d’ingénieurs, d’architectes et de comptables, publicité, conception informatique, etc. C’est l’industrie où l’emploi a le plus augmenté depuis 1976 : il a quadruplé chez les hommes et quintuplé chez les femmes, même si on y trouve encore plus d’hommes (près de 175 000) que de femmes (près de 125 000).

– Services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien : Ce regroupement d’industries (gestion de sociétés et d’entreprises, services d’emploi, d’enquête, de voyages, de conciergerie, de nettoyage, etc.) présente une évolution selon le sexe semblable au regroupement précédent. L’emploi y a triplé chez les hommes (pour atteindre près de 90 000 en 2014) et plus que quintuplé chez les femmes (67 000 en 2014).

– Services d’enseignement : Ce secteur était en 2014 le deuxième plus féminin, avec plus de deux fois plus de femmes (190 000) que d’hommes (85 000). L’emploi y a moins augmenté que dans l’ensemble des industries, ayant même diminué de 5 % chez les hommes et augmenté moins que la moyenne chez les femmes (103 % par rapport à la moyenne de 117 %). Cette croissance plus faible que la moyenne s’explique par la baisse du nombre d’enfants et de jeunes, car la hausse du taux de fréquentation scolaire entre ces deux dates (phénomène que j’aborderai dans un prochain billet) aurait sans cela fait augmenter l’emploi bien plus fortement.

– Soins de santé et assistance sociale : Ce secteur est celui qui s’est le plus féminisé entre 1976 et 2014. Alors que les femmes y était deux fois et demie plus nombreuses en 1976, elles l’étaient plus de quatre fois plus en 2014. Le nombre d’emplois féminins y a plus de triplé pour atteindre environ 463 000 emplois, le niveau d’emploi féminin le plus élevé des industries ici présentées, alors que l’emploi masculin y a augmenté de 80 % pour à peine dépasser la barre des 100 000 emplois, au septième rang des industries du tableau pour les hommes.

– Information, culture et loisirs : À la surprise de bien des gens, l’emploi a augmenté bien plus fortement dans cette industrie que dans l’ensemble du marché du travail. Il a augmenté de 100 % chez les hommes et de 180 % chez les femmes entre 1976 et 2014. On y trouvait en 2014 environ 95 000 hommes et plus de 85 000 femmes.

– Hébergement et services de restauration : cette industrie est la troisième plus féminine, les femmes y occupant près de 60 % des emplois en 2014. La croissance de l’emploi y fut semblable à celle de l’industrie précédente, avec des hausses respectives de 120 % et 160 % chez les hommes et chez les femmes.

– Autres services : Ce regroupement compte des industries aussi bien majoritairement masculines, comme les ateliers de réparation d’automobiles, que majoritairement féminines, comme les salons de coiffure. Au bout du compte, il s’agit de l’industrie la plus égalitaire en 2014, avec 90 000 hommes et 90 000 femmes! Comme quoi l’égalité peut camoufler de grands écarts!

– Administrations publiques : cette industrie a connu un des plus grands changements dans la répartition de l’emploi selon le sexe. Alors que les hommes y occupaient 70 % des emplois en 1976, les femmes dominaient en 2014 avec 53 % des emplois. En fait, l’emploi masculin y a reculé de 5 % (à 105 000 en 2014), pendant que l’emploi féminin y a augmenté de 140 % pour dépasser 115 000 en 2014.

Et alors…

On a pu voir dans ce billet que l’augmentation de 117 % de l’emploi féminin entre 1976 et 2014 s’est concentré fortement dans quelques industries du secteur des services. De fait, près de 30 % de cette hausse s’est manifestée dans les services de santé et d’assistance sociale, alors que ce secteur ne fournissait que 14 % de l’ensemble des emplois en 2014 (8 % en 1976!). On verra la semaine prochaine si la hausse de l’emploi des femmes fut aussi concentrée dans les professions (qui sait, peut-être plus…).

Dépossession

27 avril 2015

dépossessionJe ne savais pas trop à quoi m’attendre en commençant à lire Dépossession, Les ressources, livre publié par l’Institut de recherche en information socio-économique (IRIS). Ce livre raconte l’histoire économique et sociale de l’évolution de la possession et du contrôle des ressources au Québec.

Les dépossessions

Comme le titre l’indique, les cinq textes de ce livre (en ne comptant pas l’introduction et la conclusion) expliquent les différentes formes de dépossession qui ont marqué l’histoire de l’exploitation de nos ressources naturelles. Je vais ici simplement présenter les principaux aspects de la dépossession que les auteurs du livre analysent dans chacun des textes.

– Agriculture

Dans ce cas, la dépossession s’est manifestée de différentes façons, notamment :

  • par la forte baisse du nombre de fermes malgré une hausse de la production (de près de 155 000 en 1941 à moins de 30 000 aujourd’hui);
  • par le contrôle de la production par les chaînes de distribution et de mise en marché;
  • par le rôle sans cesse plus important des «intégrateurs» qui transforment les exploitant.e.s agricoles en simples sous-traitant.e.s qui sont payé.e.s en fonction de leur «rendement»;
  • par la mondialisation des marchés qui déterminent une partie de la production et par les ententes internationales qui menacent certains secteurs.

– Forêt

Le concept de dépossession dans la forêt a fortement évolué avec le temps. Selon les époques, il s’est concrétisé de différentes façons :

  • par l’accaparement des forêts (notamment de pin blanc) par les colonisateurs qui ont pris le contrôle de nos forêts et ont dépossédé les premières nations de leurs territoires;
  • par l’exploitation des travailleurs et travailleuses (l’histoire des conditions de travail en forêt que raconte l’auteur de ce texte est des plus intéressantes, quoique décourageante…);
  • par le don de nos forêts à des entreprises, plus souvent qu’autrement étrangères;
  • par les contributions de l’État qui dépassent de beaucoup les montants de redevances que les entreprises lui paient (comme le dit bien l’auteur, «la population du Québec finance elle-même la dépossession dont elle est victime»).

– Mines

Il s’agit du secteur présenté dans ce livre où le concept de dépossession est le plus flagrant, quoique pour être dépossédé de quelque chose, il faut l’avoir possédé, ce qui n’est pas vraiment le cas pour les ressources minières! Non seulement la population n’a à peu près jamais eu la possession de ses ressources minières, mais elle n’a pas non plus pu décider de son utilisation, ni bénéficier des bénéfices de son exploitation. Les différentes manifestations de la dépossession ressemblent un peu à celles que je viens de décrire pour la forêt (en pire!), si ce n’est que les dégâts environnementaux sont d’un autre ordre de grandeur et que ces ressources ne sont pas du tout renouvelables… Et ce n’est surtout pas le «nouveau» Plan Nord du gouvernement actuel qui va changer quoi que ce soit à cette situation.

– Énergie

L’histoire de la dépossession de l’énergie, en très grande partie de la production d’électricité, est la moins linéaire et la plus complexe de celles présentées dans ce livre. Voici un résumé indécemment simpliste de ses retournements :

  • pour les besoins de l’industrie, les premiers barrages sont construits par des entreprises, souvent exportatrices, en acquérant des droits sur des rivières (finalement, cette étape ressemble à l’évolution de la dépossession dans les domaines de la forêt et des mines…);
  • rapidement (enfin, en termes historiques), on assiste à des fusions et acquisitions débouchant sur des monopoles régionaux (avec tous les cas de corruptions qu’on peut imaginer dans un tel contexte) dont la clientèle résidentielle fait les frais;
  • la première nationalisation en 1944 permet une certaine réappropriation qui sera étendue et presque généralisée en 1962, même si certaines entreprises, comme l’Alcan, ont pu conserver leurs installations (et s’en servir plus tard comme outil pour augmenter leur rapport de force dans des conflits de travail);
  • cette réappropriation n’est que partielle, car, rapidement, les décisions d’Hydro-Québec s’opacifient et ne tiennent nullement compte des désirs de la population (même le gouvernement ne possède pas toujours l’information nécessaire pour se prononcer sur les décisions de sa société d’État);
  • la création de la Régie de l’énergie permet une certaine reprise de contrôle, mais finalement mineure;
  • la dépossession s’élargit : les nouveaux développements énergétiques sont tous abandonnés au secteur privé (éoliennes, petites centrales, exploitation de gaz de schiste et de pétrole, etc.).

– Eau

La dépossession de l’eau est davantage une crainte qu’une réalité. Mais, cette crainte n’est pas du tout irrationnelle, plutôt fondée sur des événements, ententes internationales et intentions bien définis. Ce texte est probablement celui qui m’en a le plus appris. J’avais bien sûr déjà entendu parler de certains projets d’exportation de notre eau, que ce soit par son embouteillage, par l’utilisation de bateaux-citernes ou par la déviation de rivières, mais n’avais pas nécessairement bien pesé tous les fondements de ces projets. Pourtant, avec les pénuries d’eau qui existent déjà et avec celles qui se profilent en raison du réchauffement climatique, il est clair que cette menace ne fera que croître.

«En réduisant sans cesse les espaces de gratuité, jusqu’à rendre payantes des substances aussi fondamentales que l’eau, on compromet ce qui nous permet de subsister comme être vivant.»

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Lire! J’ai tout particulièrement apprécié les descriptions claires et complètes sur l’évolution historique de la dépossession dans chacun des domaines abordés. On passe ainsi d’un texte à l’autre sans aucune brisure. J’imagine que les directives du responsable du livre furent claires!

Mais, il y a un bémol, que je répète trop souvent : les notes sont à la fin du livre. Même si le livre n’est pas trop volumineux, ces notes sont souvent essentielles à la bonne compréhension du texte principal et le passage trop fréquent du texte à ses notes est vraiment lassant et déconcentrant. Cela m’a un peu dépossédé du plaisir de la lecture!

P.S. Cette entrevue avec Simon Tremblay-Pepin, qui a dirigé la production de ce livre, à RDI économie complète bien la lecture de ce livre.

L’inventaire des émissions de GES

25 avril 2015

inventaireGESIl y a bientôt deux ans, j’ai publié un billet qui présentait certains éléments de l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2010 et leur évolution depuis 1990. Je vais ici y aller un peu plus à fond avec la mise à jour de cet inventaire pour la période allant de 1990 à 2012. Les médias en ont bien un peu parlé, mais, en ne faisant que résumer les grandes conclusions de ce document. Par exemple, cet article du Devoir a insisté surtout sur le fait que «les émissions de la province ont reculé de 8 % depuis 1990», en soulignant aussi que ces «bons résultats qui pourraient être malmenés si le gouvernement décide d’aller de l’avant avec l’exploitation d’éventuels gisements d’énergies fossiles en sol québécois» et le seront aussi (c’est plus qu’une possibilité!) en raison notamment «la construction de la cimenterie de Port-Daniel». En plus de présenter les résultats globaux, je résumerai aussi les analyses du document par secteur d’activité.

Résultats

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– les résultats globaux

Ces résultats peuvent sembler être déjà désuets en raison du changement de mode de calcul adopté par le gouvernement du Canada après la sortie de cet inventaire. En effet, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a fait passer le potentiel de réchauffement planétaire du méthane de 21 à 25 (voir la première page de ce sommaire). En conséquence, le calcul des émissions de GES au Québec est passé de 78,0 mégatonnes (Mt) en équivalent de CO2 à 81,6, une augmentation de «près de 5 %», comme le dit cet article de La Presse (en fait de 4,6 %). Par contre, ce que ne dit pas cet article, mais que précise celui-ci du Devoir, c’est que l’estimation des émissions de 1990 a aussi augmenté en raison de cette modification, soit de 84,7 Mt à 89,8 (voir le tableau à la page numérotée 52 du troisième document disponible en cliquant sur le lien «NIR» du Canada sur cette page), une hausse encore plus grosse de 6 %! Bref, cette modification fait passer la baisse des émissions de GES du Québec entre 1990 et 2012 de 8 % à 9 %! Le même tableau montre aussi que les émissions du Québec ont légèrement augmenté en 2013, de 81,6 Mt à 82,6, soit de 1,2 %.

Cette modification change aussi un peu la contribution des différents secteurs à la hausse des émissions de GES par rapport à celle indiquée au tableau présenté dans ce billet. Par exemple, la contribution des transports en 2012 (secteur peu touché par l’augmentation du poids des émissions de méthane) passe de 44,7 %, comme l’inventaire québécois l’indique, à 43,2 %. Cela dit, il demeure loin au premier rang. Malgré ce changement, somme toute mineur, la suite du billet va se baser sur l’inventaire du Québec, car ce document décrit mieux et avec plus de précision la contribution de chacun des secteurs.

– les transports

Alors que ce secteur était le deuxième plus grand émetteur de GES en 1990 après l’industrie avec 32,7 % des émissions, il est rendu de loin au premier rang avec 44,7 % en raison d’une hausse de plus de 25 % au cours de cette période, alors que celles de l’industrie diminuaient de 21,0 %. Il est aussi fort révélateur de noter que le transport routier est responsable de 94 % de la hausse attribuable à ce secteur (6,68 Mt sur 7,12). Il est maintenant responsable de 78 % des émissions de ce secteur (par rapport à 74 % en 1990). Vu son importance, il est bon de regarder de plus près ce qui a entraîné cette hausse.

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Voici les principales observations du document sur les émissions du transport routier :

  • les émissions des automobiles ont diminué de 13 % entre 1990 et 2012, même si leur nombre a augmenté 19 %; les auteurs expliquent que les nouveaux véhicules sont moins énergivores que les anciens;
  • les émissions des camions légers, qui comprennent les véhicules dit utilitaires sport (VUS), ont doublé en raison de l’augmentation de 180 % du nombre de ces véhicules (conséquence de notre amour des gros chars…);
  • les émissions des véhicules lourds ont presque doublé, notamment en raison de l’augmentation de leur nombre (31 %); malheureusement le document n’explique nullement les raisons qui expliquent que le niveau d’émission par véhicule a augmenté de près de 50 % (plus gros? changement de carburant?).

Le document n’explique pas non plus la hausse de 65 % dans le transport ferroviaire, la baisse de 40 % dans le transport maritime et celle de 23 % dans le transport aérien (moins de services? appareils moins énergivores?). Il faut toutefois savoir que ces émissions ne tiennent compte que du transport local, celles dues au transport international (par avion et maritime) n’étant attribué à aucun pays (ce qui est un problème majeur lors des négociations internationales, aucun frein ni responsabilité nationale n’existant dans ces secteurs).

– l’industrie

La baisse de 21,0 % des émissions de l’industrie entre 1990 et 2012 est due :

  • «à l’amélioration constante de l’efficacité énergétique et à des substitutions de combustibles, dont l’utilisation accrue de la biomasse pour laquelle les émissions de CO2 sont exclues du bilan (car il est présumé que le CO2 relâché pendant la décomposition ou la combustion de la biomasse est recyclé par les forêts, notamment grâce à la photosynthèse)»;
  • à la fermeture de nombreuses usines du secteur manufacturier, dont celle de la raffinerie de Shell à Montréal en 2010 et à celle «en 2007, de la dernière usine de fabrication de magnésium au Québec»;
  • «à des améliorations technologiques apportées dans les alumineries».

Cette baisse a permis à ce secteur de faire passer sa part des émissions de 36,7 % en 1990 à 31,6 % en 2012, le deuxième niveau le plus élevé après les transports. Elle a toutefois été amoindrie en raison de l’augmentation de 22 % de celles provenant des cimenteries et des usines de chaux. Ce n’est sûrement pas l’ouverture de la cimenterie de Port-Daniel qui inversera cette tendance! De même, «les émissions de HFC provenant des usages tels que la réfrigération et la climatisation, l’extinction des incendies, les aérosols, le dégraissage aux solvants, la fabrication de panneaux isolants et l’injection de mousse, se chiffraient à 1,6 Mt éq. CO2, soit une augmentation de plus de 1 000 % depuis 1995». Rappelons que ces HFC ont remplacé les produits qui ont été interdits «selon les dispositions du protocole de Montréal, adopté en 1996. L’importante augmentation des émissions est donc attribuable à l’usage grandissant qui est fait de ces produits de remplacement qui ont un fort potentiel de réchauffement planétaire». On voit que même ce qui nous est présenté comme une victoire environnementale n’a fait que déplacer le problème. Décourageant…

– le secteur résidentiel, commercial et institutionnel

Dans ce secteur, les émissions de GES proviennent surtout du chauffage et de la cuisson d’aliments. Elles ont diminué de plus de 30 % entre 1990 et 2012, surtout en raison du remplacement du chauffage au mazout par celui à l’électricité, et comptaient en 2012 pour 9,7 % des émissions (13,0 % en 1990). Cette baisse s’est surtout manifestée dans le secteur résidentiel avec une baisse de 47 %, «malgré la hausse de la population et de la surface habitable moyenne». Dans le secteur commercial et institutionnel, même si l’utilisation d’énergie fossile est encore très répandue et que «la surface de plancher des édifices commerciaux ait augmenté de façon importante au cours des dernières années», les émissions ont diminué de 6 %, en partie aussi en raison de la hausse des températures hivernales (cela me rappelle la chaleur, pas seulement perceptible sur les thermomètres, du 22 mars 2012…).

– l’agriculture

«Ce secteur comprend les émissions de GES provenant de la digestion des animaux (fermentation entérique), de la gestion du fumier et de la gestion des sols agricoles». Alors qu’au niveau mondial, les émissions de GES de ce secteur, et même seulement du secteur de l’élevage, sont plus importantes que celles du transport, leur part au Québec n’atteint que 8,3 %, moins de 20 % de celles des transports. Ces émissions se partagent assez également entre les émissions dues à l’élevage (4,5 %) et la culture (3,8 %). On doit toutefois préciser qu’une partie importante de la culture sert à nourrir les animaux.

Les émissions imputées à la culture (plus exactement à la gestion des sols agricoles) sont surtout dues à l’utilisation d’engrais, et ont augmenté de près de 14 % depuis 1990. Les émissions directement dus à l’élevage ont légèrement diminué, mais le document n’explique pas pourquoi…

– les déchets

Les émissions du secteur des déchets ont diminué de 41 % entre 1990 et 2012, et ne représentaient plus cette année-là que 5,5 % des émissions de GES. Le principal facteur expliquant cette forte baisse est le captage (et la récupération) et l’incinération des biogaz. Cette voie est bien sûr à poursuivre, en tentant aussi de diminuer le volume de ces déchets par la récupération et le compostage.

– l’électricité

La fermeture de la centrale thermique de Sorel-Tracy en 2011 explique la baisse de 85 % des émissions provenant de la production d’électricité, émissions qui ne comptaient plus que pour 0,3 % du total en 2012.

Et alors…

Il peut sembler fastidieux de faire ainsi le tour de toutes les sources d’émissions de GES au Québec. Cet exercice permet toutefois de mieux isoler les secteurs sur lesquels le Québec devrait agir de façon prioritaire et nous amène à conclure que c’est sur les émissions du secteur des transports qu’il faut mettre le paquet. Non seulement ce secteur émet-il le plus de GES, mais il est celui dont les émissions ont le plus augmenté, et cela, de très loin. Si on tenait compte en plus des émissions occasionnées par nos importations de pétrole dans les territoires d’où il est extrait, on verrait encore plus clairement l’urgence d’agir rapidement et fortement sur ce secteur. Et pourtant, nos gouvernements investissent encore trois fois plus dans le réseau routier que dans le transport collectif (voir la page 22 du Plan québécois des infrastructures 2014-2024), et prévoient diminuer ces investissement de plus de 50 % entre 2015-2016 (cette année) et toutes les années entre 2020-2021 et 2023-2024 (page 29).

Cela ne veut surtout pas dire de ne pas intervenir dans les autres secteurs, notamment dans l’agriculture, qui est l’autre secteur où les émissions ont augmenté entre 1990 et 2012. De même, ce n’est sûrement pas en participant au financement de la construction de la cimenterie de Port-Daniel, en autorisant l’exploration du pétrole de schiste de l’île Anticosti ou en stimulant la production du pétrole bitumineux de l’ouest qu’on pourra vraiment contribuer à la baisse de nos émissions de GES et celles dont nous sommes responsables. Bref, ce n’est pas le temps de se péter les bretelles pour une baisse de 8 % ou 9 % en 12 ans alors qu’il faudrait une baisse d’au moins 12 % en 7 ans pour respecter nos engagements (qui sont eux-mêmes insuffisants), mais c’est plutôt celui de se retrousser les manches!

Le marché du travail des femmes (3) – le travail autonome

22 avril 2015

mt_femmesCe troisième billet de ma série sur le marché du travail des femmes examinera un autre aspect de ce domaine, soit le travail autonome.

Son évolution

mt_femmes3_1Le graphique ci-contre montre l’évolution du pourcentage du travail autonome chez les femmes et les hommes entre 1987 et 2014. On peut voir qu’il est nettement plus fréquent chez les hommes, mais qu’il a augmenté davantage chez les femmes. Ainsi l’écart entre les deux est passé de plus de 7 points de pourcentage vers la fin des années 1980 à 5 points en 2014. Si la présence relative du travail autonome a augmenté dans les années 1990 (et aussi auparavant dans les années 1980, données non montrées), il est relativement stable depuis le tournant du siècle.

Selon le type

mt_femmes3_2Le graphique suivant examine l’évolution du travail autonome chez les hommes et les femmes selon le type de travail autonome, c’est-à-dire avec ou sans aide rémunérée. On peut voir, tout au long de la période, le travail autonome avec aide rémunérée a toujours été plus fréquent chez les hommes (ligne bleue) que chez les femmes (ligne jaune). L’autre tendance la plus notable s’observe du côté de la hausse importante du travail sans aide rémunérée, tant chez les hommes (ligne rouge) que chez les femmes (ligne verte). Je ne l’ai pas indiqué sur le graphique (les nombres sont trop petits), mais il faut aussi noter la quasi disparition du travail familial non rémunéré, le nombre de personnes occupant ce genre d’emploi étant passé de près de 30 000 en 1987 (dont plus des trois quarts étaient des femmes, et près de 60 % travaillaient dans l’agriculture) à environ 2 000 en 2014.

Selon l’industrie

mt_femmes3_3Le tableau ci-contre montre la répartition du travail autonome chez les femmes et les hommes par industrie. On constate de grandes différences entre les deux. Ainsi la proportion des travailleurs autonomes est beaucoup plus élevée que la proportion de travailleuses autonomes dans les industries de la construction (18,4 % par rapport à 1,9 %), du transport (6,7 % par rapport à 0,8 %) et, dans une moindre mesure, de l’agriculture (5,7 % par rapport à 3,0 %). À l’inverse, la proportion de travailleuses autonomes est plus élevée dans la santé et les services sociaux (26,8 % par rapport à 5,5 %) et dans les autres services (13,8 % par rapport à 8,0 %), notamment en raison de la présence dans cette industrie des coiffeuses et des esthéticiennes.

Notons que ces écarts s’observaient dans les mêmes industries en 1987 (données non montrées), quoique avec des ampleurs différentes, sauf dans l’agriculture en raison de la forte présence à l’époque de travailleuses familiales non rémunérées dans cette industrie.

Selon la profession

mt_femmes3_4Les écarts montrés dans le précédent tableau s’observent aussi quand on compare la répartition du travail autonome chez les femmes et les hommes par profession. On voit dans le tableau ci-contre que la proportion de travailleurs autonomes est beaucoup plus élevée que la proportion de travailleuses autonomes dans la gestion (25,9 % par rapport à 13,6 %), les métiers et le transport (20,1 % par rapport à 1,8 %), et dans le secteur primaire (8,2 % par rapport à 3,6 %). À l’inverse, la proportion de travailleuses autonomes est plus élevée dans les professions de la santé (9,0 % par rapport à 4,9 %), dans celles des sciences sociales, enseignement et administration publique (19,6 % par rapport à 4,2 %), dans les arts, culture, sports et loisirs (15,8 % par rapport à 7,9 %) et dans les professions des ventes et services (25,0 % par rapport à 13,6 %).

Les deux seuls changements notables dans ces écarts depuis 1987 s’observent dans les emplois des arts, culture, sports et loisirs qui étaient beaucoup moins féminins à l’époque, et dans ceux du secteur primaire qui l’étaient bien davantage, encore une fois en raison de la forte présence de travailleuses familiales non rémunérées dans cette industrie à l’époque.

Et alors…

Il est toujours troublant de lire qu’on considère le travail autonome comme un emploi atypique (quand on ne parle pas d’emploi précaire…) alors que bien plus d’hommes que de femmes en occupent! Cette courte analyse montre surtout que les femmes et les hommes travaillent dans des industries et des professions différentes. Je reviendrai là-dessus lors d’un prochain billet. Cette série est loin d’être terminée!

L’imposture économique (2)

20 avril 2015

impostureLe premier billet que j’ai consacré au livre L’imposture économique de Steve Keen présentait son chapitre démolissant le concept de la courbe de la demande et mentionnait brièvement ceux qui font de même avec la courbe d’offre. Dans ce deuxième billet, je compte faire un survol des autres sujets abordés dans ce livre.

L’inutilité de la science économique

Dans son premier chapitre, Keen revient sur la première édition de ce livre, parue en 2000 (celle-ci date de 2011, 2014 pour la version française). Il y prétendait entre autres que la théorie orthodoxe a survécu à ses absurdités en grande partie parce qu’elle est inutile! Si une théorie solide est essentielle pour construire une fusée, une économie peut très bien fonctionner sans théorie économique rigoureuse. En effet, «L’économie de marché s’est développée bien avant que toute forme de «science économique» ne fut inventée, et il ne fait pas de doute que cette économie de marché continuera d’évoluer avec ou sans théorie économique valide».

Inutile oui, mais pas inoffensive, tient-il à ajouter! «La confiance aveugle qu’elle a engendrée dans la stabilité d’une économie de marché a encouragé les gouvernements à démanteler certaines institutions qui avaient initialement pour mission de limiter l’instabilité». Elle a aussi fait souffrir et parfois mourir des millions de personnes dans les pays pauvres en raison de l’application de ses principes dans les ajustements structurels qui leur ont été imposés et, plus récemment, dans les politiques d’austérité, surtout en Europe. Et nous risquons d’être les prochains sur la liste des victimes (de façon nettement moins létale, il faut bien le préciser)…

Le marché du travail

Dans le chapitre suivant ceux sur la courbe de l’offre, il élabore sur les absurdités de la théorie néoclassique portant sur le marché du travail. Il lui reproche notamment :

  • de considérer le travail comme une marchandise comme les autres;
  • de prétendre que le salaire est établi en fonction de la productivité des travailleurs;
  • de considérer tout chômage comme volontaire, conséquence d’un choix rationnel entre le travail et le loisir (il aborde aussi les changements que les néoclassiques ont apportés par la suite à cette vision réductrice, mais pas de façon satisfaisante);
  • d’affirmer que l’offre de travail varie uniquement en fonction du niveau des salaires;
  • de statuer que toute réglementation (comme le salaire minimum) et toute présence d’institutions (comme les syndicats) ne peuvent que nuire à l’efficacité du marché du travail (supposant ainsi, entre autres, que le rapport de force d’un travailleur est le même que celui d’un employeur…);
  • d’ignorer le rôle du secteur financier.

Keen explique entre autres qu’une hausse de salaire ne fait pas nécessairement augmenter l’offre de travail, puisque les travailleurs, plutôt que d’être incités à travailler davantage comme le prétend la théorie (ce qui peut arriver), peuvent au contraire décider de travailler moins, car ils obtiendront en moins d’heures de travail un revenu qu’ils trouvent suffisants. Il est d’ailleurs rigolo d’entendre des néolibéraux expliquer que les médecins québécois travaillent moins qu’avant en raison de la hausse de leur rémunération, ne réalisant pas qu’ils contredisent ainsi leur théorie!

Les prévisions

Après quelques chapitres plus techniques (sur le capital, les déterminants des profits, l’importance de la validité des hypothèses et l’absence du temps dans la théorie néoclassique), l’auteur explique les raisons pour lesquelles les économistes orthodoxes n’ont pas vu venir la crise (contrairement à lui, et à une quinzaine d’autres économistes hétérodoxes qu’il nomme).

Selon Keen, la plus grande difficulté pour les économistes orthodoxes (aussi bien néoclassiques que néokeynésiens) pour pouvoir prévoir une crise est qu’ils utilisent des modèles d’équilibre qui ne peuvent pas, en raison de cette caractéristique (et de toutes les fausses hypothèses qu’ils utilisent) bien fonctionner dans des situations de déséquilibre (situation normale de l’économie) et encore moins prévoir des récessions, car leurs modèles (IS-LMd’équilibre général dynamique stochastique, etc.) les excluent dans leurs hypothèses! Ils ne tiennent en outre pas compte d’un des apports les plus importants de Keynes (même les néokeynésiens l’ont évacué), soit celui de l’incertitude qui signifie qu’on sait très peu de choses sur l’avenir (humour typique de Keynes…). Ce concept d’incertitude l’a d’ailleurs amené à dire, plus sérieusement que «les faits actuels jouent un rôle en quelque sorte disproportionné dans la formation de nos prévisions à long terme, notre méthode habituelle consistant à considérer la situation actuelle, puis à la projeter dans le futur».

À l’inverse, les économistes orthodoxes préfèrent les modèles remplis d’hypothèses ridicules. Par exemple, Robert Solow, le concepteur des modèles «dynamiques stochastiques d’équilibre général» (notamment utilisés par Luc Godbout pour justifier sa phobie de diminuer l’impôt sur le revenu des particuliers et sur les profits des entreprises, et de hausser les taxes de ventes et les tarifs) les a ainsi présentés :

«Le modèle prototype des cycles réels fonctionne de la façon suivante : il y a un ménage unique et immortel [oui, un ménage immortel pour représenter les cycles réels de l’économie!] – un consommateur représentatif – qui obtient un salaire pour son offre de travail. Il est également propriétaire de l’unique entreprise, définie comme «preneur de prix», de telle manière qu’il reçoit le revenu net de l’entreprise. Le ménage prend le salaire présent et futur, ainsi que les dividendes présents et futurs comme donnés, et formule un plan optimal d’épargne-consommation (et invariablement d’épargne-travail) à l’horizon infini. (…) L’entreprise anticipe les mêmes prix et maximise le profit réel en employant du travail, en louant du capital et en produisant et en vendant sa production (…).»

Oui, c’est sur ce genre de modèle et d’hypothèses surréalistes que nos dirigeants se basent pour prendre des décisions qui influencent notre vie… Solow a lui-même renié plus tard ses modèles basés sur l’agent (ou le consommateur) représentatif, mais d’autres ont fait revivre ce zombie!

L’analyse de la Grande Dépression et de la Grande Récession

Après avoir démoli la théorie des marchés efficients, Keen montre que les économistes orthodoxes n’ont jamais bien compris les facteurs qui ont mené à la Grande Dépression (débutée en 1929) et ont failli aussi à comprendre ceux qui ont causé la Grande Récession (débutée en 2007 ou 2008, selon les pays). En réaction aux affirmations de Friedman et Bernanke que le principal responsable de la Grande Dépression était la baisse de la base monétaire, Keen est cinglant :

«Ils sont incapables d’examiner la perspective alternative d’une instabilité intrinsèque du système capitaliste, ni l’idée que le secteur financier puisse être la cause de ses effondrements les plus sévères. Pour des néoclassiques comme Friedman et Bernanke, mieux vaut blâmer l’une des infirmières pour son incompétence, plutôt que d’admettre que le capitalisme est un système social maniaco-dépressif portant régulièrement atteinte à sa propre vie. Mieux vaut accuser la Fed de ne pas avoir administré sa dose de M0, plutôt que d’admettre l’inclination du système financier à créer trop de dettes, conduisant le capitalisme à des crises périodiques.»

Les économistes orthodoxes ne tiennent en effet pas compte du fonctionnement de la création monétaire et de son rôle dans l’augmentation de la dette. D’ailleurs, même Paul Krugman a minimisé l’importance de la dette dans un débat avec Keen (que celui-ci a nettement gagné). Krugman prétendait que la dette détenue par une personne est annulée par l’épargne d’une autre, alors que les banques peuvent prêter plusieurs fois l’épargne d’une personne. Lorsque la dette cesse d’augmenter, les dépenses des ménages et les investissements des entreprises diminuent, pouvant ainsi créer une récession. Cet effet s’accentue quand les ménages et les entreprises font diminuer leur dettes (en les remboursant). Selon Keen, cet effet, que les économistes orthodoxes ne considèrent même pas, est majeur et fut le facteur qui a le plus contribué à la Grande Dépression et à la Grande Récession, qu’il fut un des rares économistes à voir venir. Force est de lui donner raison!

Le marxisme aussi passe à la moulinette!

Après avoir présenté une version préliminaire de son modèle du capitalisme, modèle qui est dynamique (sans équilibre et tenant compte du temps) et qui intègre la dette, et s’être attaqué à la Bourse et à l’abus des mathématiques en économie (chapitres bien trop techniques pour être résumés), Keen analyse la théorie marxiste.

En fait, Keen juge beaucoup plus durement les marxistes que Marx (comme il le fait avec les néokeynésiens tout en considérant Keynes avec beaucoup de respect). Je ne garderai de ce chapitre que cette citation :

«L’analyse dialectique de la marchandise était puissante, et les conclusions qui, logiquement s’ensuivirent étaient inéluctables : la théorie de la valeur travail [qui avance que seul le travail donne de la valeur à une production] ne peut être vraie que si la valeur d’usage d’une machine est exactement égale à sa valeur d’échange [sinon les machines aussi donneraient de la valeur à la production]. Or, un principe élémentaire de cette analyse est que la valeur d’usage et la valeur d’échange sont incommensurables.»

Encore ici, Keen soulève une incompatibilité avec les hypothèses de départ d’une théorie (la valeur d’usage et la valeur d’échange sont incommensurables) et ses conclusions (la valeur d’usage d’une machine est exactement égale à sa valeur d’échange). Cela dit, il salue chez Marx «les riches fondements philosophiques de son analyse du capitalisme».

Les courants hétérodoxes

Keen consacre le dernier chapitre de son livre à une courte présentation des écoles de pensée hétérodoxes en économie qu’il juge les plus importantes :

  • l’école autrichienne : souvent associée aux néoclassiques, elle rejette pourtant la notion d’équilibre et l’utilisation immodérée des mathématiques; elle considère par contre, comme les néoclassiques, «que le capitalisme est le meilleur système social»;
  • l’école postkeynésienne : il s’agit de l’école à laquelle Keen se sent le plus près; elle reconnaît le principe d’incertitude de Keynes, vise une plus grande redistribution des richesses et incorpore la monnaie et les dettes dans son analyse; elle souffre toutefois de l’absence d’une base commune comme l’utilité pour les néoclassiques et la valeur travail pour les marxistes;
  • l’école sraffienne : basée sur les travaux de Piero Sraffa, elle se distingue surtout par son analyse des mécanismes de production; Keen, qui apprécie certains de ses aspects, lui reproche toutefois son analyse statique (l’absence du temps) et sa dénaturation des écrits de Saffra;
  • l’éconophysique et la théorie de la complexité : cette école «repose sur l’existence de relations non linéaires entre les éléments d’un système»; elle est fortement basée sur les mathématiques, encore plus que l’école néoclassique, ce qui fait à la fois sa force et sa faiblesse;
  • l’école évolutionniste : l’économie évolue constamment, de nouveaux produits et de nouveaux goûts chassant les anciens; comme tout change constamment, il devient impossible de tenir compte de tous les facteurs qui influencent une situation : on ne peut en conséquence pas modéliser un tel système, car cela serait contradictoire avec les postulats de cette école. Notons que Keen n’a pas présenté l’école institutionnaliste, considérant qu’elle fait partie de l’école évolutionniste (ce n’est pas faux, mais j’aurais quand même aimé qu’il en parle!).

Keen conclut son livre par un plaidoyer pour la diversification de l’enseignement en économie, en soulignant l’apport des mouvements étudiants qui militent dans ce sens (comme je le faisais aussi dans ce billet).

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Ça dépend. On pourrait croire que, devant l’importance que j’accorde à ce livre, il serait certain que je jugerais sa lecture incontournable. Pour des gens qui ont de bonnes bases en économie, je le recommande en effet avec urgence! C’est de loin l’attaque la plus complète et crédible que j’ai lue contre l’économie orthodoxe. Par exemple, jamais je n’avais lu une démonstration aussi convaincante des contradictions du néokeynésianisme. Par contre, même si Keen prétend avoir simplifiée la deuxième version de ce livre, il demeure complexe et exigeant, et, je pense, difficilement accessible aux néophytes en économie.

J’ai aussi bien apprécié la façon dont chaque chapitre est structuré : amorce, présentation du problème, étapes de la démonstration (feuille de route), conclusion (qu’il appelle parfois «Et maintenant?» copiant un peu sur moi!). À l’inverse, je déplore que l’éditeur ait cru bon de placer les notes à la fin des chapitres plutôt qu’au bas des pages. Même si elles ne sont pas à la fin du livre, cela demeure donc un livre à deux signets. C’est encore plus tannant que les notes en fin de livre, car il faut chercher à chaque chapitre où elles sont et déplacer le signet; ces notes étant moins loin, il est toutefois moins fatigant d’y accéder (surtout quand on est debout dans un autobus!).

Je terminerai cette série de deux billets avec une remarque générale. Comment se fait-il que toutes les théories économiques ne s’attardent qu’au secteur de la production de biens (qui regroupe les secteurs primaire et secondaire) et ne mentionnent jamais le fonctionnement du secteur des services dans lequel on retrouve pourtant plus de 75 % des emplois au Québec (et une proportion similaire dans tous les pays industrialisés) et qui représente plus de 70 % du PIB?

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