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Les importations de pétrole au Québec

23 novembre 2017

Dans mon billet précédent sur les importations de pétrole au Québec datant de mars 2016 et présentant des données jusqu’à la fin de 2015, on a pu prendre connaissance de deux tendances récentes : les États-Unis étaient devenus depuis 2014 le principal fournisseur étranger de pétrole au Québec et le reste du Canada a soudainement fourni la moitié du pétrole utilisé au Québec en décembre 2015 en raison de l’entrée en fonction de la canalisation 9B d’Enbridge, le 30 novembre 2015.

Je m’étais bien juré de suivre de près cette situation, surtout dans le cas de la contribution du reste du Canada à l’approvisionnement des raffineries du Québec, mais les sources que j’ai utilisées dans le billet précédent sur le sujet n’ont vraiment pas collaboré… En effet, Statistique Canada a mis fin en février 2016 à la production du tableau cansim 126-0001 pour le remplacer par le tableau 126-0003 qui n’est pas identique, «n’est plus directement comparable avec l’information qui était disponible dans le tableau CANSIM 126-0001» et contient plus de données confidentielles que de données publiées. De son côté, l’autre tableau que j’ai utilisé pour estimer la proportion du pétrole provenant du reste du Canada, le tableau 134-0001, contient aussi beaucoup plus de données confidentielles pour les années 2015 à 2017 que pour les années précédentes. J’ai toutefois pu consulter un document de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal qui m’a convaincu de la possibilité de présenter un portrait au moins approximatif de la contribution du reste du Canada à l’approvisionnement du Québec en pétrole. Quant à la provenance de nos importations internationales, la source que j’utilisais, soit le site des Données sur le commerce en direct, est toujours disponible (fiou!).

Provenance des importations

Le graphique ci-contre vient de la page numérotée 8 du document État de l’énergie au Québec de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal dont j’ai parlé en amorce. La mention des sources m’a quasiment plus intéressé que le graphique. On y mentionne en effet que ce graphique a été produit à l’aide de deux sources, soit du tableau 134-0001 (dont j’ai parlé en amorce) et de la Base de données sur le commerce international canadien de marchandises de Statistique Canada (je préfère utiliser le site des Données sur le commerce en direct qui contient les mêmes données, car l’interface y est plus conviviale). On y dit aussi que les données de ces deux sources «ne sont pas entièrement cohérentes», ce que j’ai aussi soulevé avec les autres sources que j’ai utilisées. Je me suis dit que si les membres de cette chaire des HEC pouvaient produire un tel graphique avec des données incomplètes, je pouvais aussi me permettre d’essayer!

Je dois avouer que je déteste ce genre de graphique et celui-là encore plus. Tout d’abord, à part la section du bas (pétrole provenant du Canada), il est difficile de bien visualiser l’évolution des parts des pays. Ensuite, je préfère regarder l’évolution des parts des pays étrangers sur un graphique différent de l’évolution de la part du Canada. Finalement, ce graphique laisse penser qu’il présente tous les pays qui approvisionnent le Québec en pétrole, car le graphique est plein (le sommet est à 100 %), alors que certains pays d’où on en a fait venir (comme le Mexique) sont absents du graphique. Alors, plutôt que de commenter un graphique que je n’aime pas et qui est manifestement erroné, je vais réaliser et présenter mes propres graphiques!

Le graphique qui suit présente justement la proportion des importations internationales de pétrole du Québec provenant des plus importants pays fournisseurs de 2013 à 2017 (au cours des sept premiers mois), selon les données de Statistique Canada compilées par Industrie Canada sur le site des Données sur le commerce en direct. Pour ce, j’ai utilisé les données pour l’industrie «Extraction de pétrole et de gaz» (code SCIAN 211). J’ai aussi vérifié en utilisant plutôt les données par produit avec le code SH (système harmonisé de désignation et de codification des marchandises) 270900 – Huiles brutes de pétrole ou de minéraux bitumineux, et les résultats furent les mêmes (écart maximal inférieur à 0,1 %…).

Ce graphique montre que le changement le plus important de la répartition des importations de pétrole par le Québec par pays de provenance a eu lieu entre 2013 et 2014. Alors que seulement 8,4 % de la valeur de ses importations de pétrole venait des États-Unis en 2013, c’était le cas de 52 et 54 % de celles-ci en 2014 et 2015, de 41 % en 2016 et de 60 % au cours des sept premiers mois de 2017. Entre 2013 et 2017, ce sont les parts des importations de pétrole en provenance de la Norvège (baisse de 16,7 % à rien du tout), du Kazakhstan (baisse de 12 points de pourcentage), de l’Angola (de 9,0 % à rien du tout en 2016 et en 2017), du Mexique (de 6,5 % à rien du tout de 2015 à 2017) et de l’Azerbaïdjan (de 3,4 % à rien du tout en 2017) qui ont le plus diminué. Pays de provenance de près du quart des importations de pétrole en 2013 (et entre 29 et 42 % entre 2003 et 2012), l’Algérie a vu sa part baisser de moitié en 2014 et en 2015 avant d’atteindre 40 % en 2016 et revenir à 25,5 % au cours des sept premiers mois de 2017. Malgré d’importantes variations annuelles, la part des importations provenant du Royaume-Uni n’a baissé que de 1,4 point entre 2013 et 2017, tandis que celle du Nigéria s’est à peu près maintenue, avec de petites hausses et baisses selon les années (toujours entre 3,5 % et 7,5 %).

Dans mon dernier billet sur le sujet, je justifiais sa mise à jour en citant les affirmations intempestives du premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, sur le fait que les Québécois qui reçoivent de la péréquation grâce aux autres provinces canadiennes «utilisent du pétrole de n’importe quel autre pays que le Canada» (notamment «de l’Irak, de l’Algérie, de l’Arabie Saoudite, du Venezuela et des États-Unis»). Ayant montré que le Québec n’importe plus de pétrole de trois de ces pays depuis des années, ce que bien d’autres personnes dont des politiciens ont confirmé, je ne m’attendais plus à entendre de telles énormités en 2017. J’avais tort… En effet, pas plus tard qu’en août dernier, c’était au tour de Jason Kenney, ancien ministre fédéral, candidat à la direction du Parti conservateur uni de l’Alberta à l’époque (il a gagné) de répéter les mêmes inanités : «Dans sa diatribe, Jason Kenney a également fustigé « les bobos et les gauchistes québécois, les gens de Québec solidaire, qui préfèrent acheter le pétrole de l’Arabie saoudite, de la République islamique de l’Iran ou de la République socialiste du Venezuela, au lieu du pétrole canadien de l’Ouest». Comme le montre le graphique qui suit, M. Kenney est encore plus fort que M. Wall, car ce dernier avait au moins nommé deux pays d’où le Québec importe du pétrole (l’Algérie et les États-Unis) alors que M. Kenney est zéro en quatre (et même en cinq, comme on le verra plus loin)!

Ce graphique nous montre que des six pays nommés par nos politiciens de l’Ouest, le Québec n’importe du pétrole que de deux d’entre eux depuis 2011, soit de l’Algérie (ligne rouge vin) et des États-Unis (ligne bleue)! S’il en a déjà importé en quantité appréciable du Venezuela (ligne rouge), soit 16,9 % de ses importations internationales en 1998, il y a 19 ans, le Québec n’en fait plus venir de ce pays depuis 2010. De même, il n’a pas importé de pétrole de l’Irak (ligne jaune, difficile à voir, car cachée la plupart des années) depuis 2010 (en fait, il n’en a acheté qu’en 2002 et de 2007 à 2010, et jamais plus de 1,0 % de ses importations totales), de l’Arabie saoudite (ligne verte) depuis 2006 (jamais plus de 2,0 % de ses importations totales, taux atteint en 1994 seulement), de l’Iran (ligne bleu pâle) depuis 1993 (!) et jamais plus de 2,7% de ses importations (en 1992). Bref, il n’y a pas qu’aux États-Unis qu’un dirigeant politique invente les faits qui lui conviennent!

Les importations en provenance des provinces canadiennes

Le graphique qui suit a été réalisé avec le tableau cansim 134-0001. Il est un peu différent de celui que j’avais fait dans le précédent billet (essentiellement pour les années postérieures à 2010), car j’avais surtout utilisé le tableau 126-0001 qui n’est plus mis à jour ni révisé et dont les données manquantes étaient de plus en plus nombreuses. J’ai dû, comme l’ont fait les personnes qui ont réalisé le graphique de HEC Montréal, faire quelques approximations pour 2014 à 2017 (huit premiers mois), en supposant que les stocks sont demeurés constants entre le début et la fin des périodes couvertes pour ces quatre années (toutes les années 2014, 2015 et 2016, et les huit premiers mois de 2017). Cela dit, l’écart maximal des pourcentages que j’ai calculés ne peut pas excéder un demi-point de pourcentage et en fait doit être bien moins élevé que ça, sauf pour 2014 où les données manquantes étaient tellement nombreuses que j’ai utilisé certaines données des tableaux 134-0001 et d’autres du tableau 126-0001, et ai dû en plus faire certaines hypothèses. On remarquera que le premier graphique de ce billet montre une * à côté de l’année 2014, ce qui montre que la personne qui a fait ce graphique a fait face aux mêmes problèmes que moi. Heureusement, l’année 2014 ne joue pas un grand rôle dans les tendances.

Ce graphique présente l’évolution de la proportion des importations totales de pétrole par le Québec (interprovinciales et internationales) qui proviennent du Canada. En collectant les données pour réaliser ce graphique, je me suis aperçu que Statistique Canada avait révisé les données des tableaux 126-0001 et 134-0001, ce qui est fréquent, et que, au lieu de représenter entre 47 et 50 % des importations totales de pétrole en décembre 2015 (soit le premier mois après l’entrée en fonction de la canalisation 9B d’Enbridge, le 30 novembre 2015), comme ces données l’indiquaient au départ, celles qui proviennent du Québec représentaient plutôt autour de 38 % du total. Cela dit, cette révision change peu de choses aux tendances illustrées dans ce graphique.

On peut en effet voir que les provinces canadiennes ont comblé moins de 5 % des besoins en pétrole du Québec de 1992 à 2001. Les 13 années suivantes, soit de 2002 à 2014, cette proportion a varié entre 6 % et 14 %. Cela pourrait donner raison en partie au discours de messieurs Wall et Kenny, quand ils affirment que les Québécois utilisent peu ou pas de pétrole du Canada, surtout de l’Ouest de ce pays. Par contre, ces taux se sont mis à augmenter par la suite, pour atteindre 23 % en 2015 et 32 % en 2016 et 33 % en 2017 (moyenne des huit premiers mois), ce pétrole venant depuis 2015 exclusivement de l’Ouest du Canada, alors qu’il venait essentiellement de l’Est, soit de Terre-Neuve, de 1998 à 2010 (les tableaux contiennent trop de données manquantes de 2011 à 2014 pour pouvoir estimer cette proportion). Le pétrole de l’Ouest a donc fourni près du tiers des besoins totaux du Québec en 2016 et en 2017, soit presque autant que le pétrole des États-Unis (qui a fourni en moyenne 50 % des 68 % de nos besoins satisfaits par le pétrole importé de l’étranger, soit 50 % x 68 % = 34 %, proportion à peine un peu plus élevée que les 32 à 33 % venant du Canada). C’est là qu’on voit que, si on peut excuser M. Wall d’avoir affirmé qu’on n’utilisait pas de pétrole canadien quand il a fait son affirmation en novembre 2014, c’est plus difficile de le faire avec M. Kenney qui n’a sûrement vérifié aucun fait en énonçant sa cinquième fausseté dans la même phrase en août 2017. Notons finalement que les quelque 22 % de nos besoins qui venaient de l’Ouest du Canada au cours des 11 premiers mois de 2015 ne pouvant pas avoir été acheminés par le pipeline 9B d’Enbridge qui n’était pas encore en fonction, il nous parvenait fort probablement en train. D’ailleurs, il faut se rappeler que Suncor acheminait «du pétrole lourd de l’Ouest par train jusqu’à la raffinerie de Montréal depuis décembre 2013».

Et alors…

On peut maintenant affirmer que la tendance observée en décembre 2015 (même si un peu amoindrie par les révisions de données de Statistique Canada) s’est maintenue par la suite. En effet, en regardant les données mensuelles (non illustrées dans les graphiques de ce billet), on peut constater que le taux de pétrole utilisé au Québec provenant du Canada n’a été inférieur à 20 % qu’au cours de deux des 21 mois pour lesquels le tableau 134-0001 a fourni des données, et encore de très peu, alors que ce taux était rarement atteint auparavant (et que ces faibles taux sont peut-être dû au fait que mes calculs ne tiennent pas compte des variations de stocks, comme mentionné auparavant; en effet, si cela ne peut pas changer grand-chose sur des moyennes annuelles, cela peut faire varier le résultat de mes calculs mensuels). Nos amis politiciens de l’Ouest devraient donc se calmer et regarder les données (ou demander à leurs recherchistes et économistes de le faire) au lieu de continuer à dire des âneries (je m’excuse auprès des ânes…).

Est-ce une bonne nouvelle? Pas vraiment, car signifie que le Québec utilise de plus en plus de pétrole de l’Ouest du Canada sous forme de pétrole bitumineux et synthétique (c’est-à-dire de pétrole bitumineux transformé), ce que d’autres données non illustrées du tableau cansim 134-0001 confirment. Seule consolation on n’a plus à craindre (en tout cas, dans un avenir prévisible) que le pipeline Énergie Est de TransCanada fasse augmenter la quantité de pétrole bitumineux passant par le Québec.

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La grande dérive

20 novembre 2017

Avec son livre La grande dérive – Comment les riches, les entreprises et les magouilleurs canadiens utilisent les paradis fiscaux, le journaliste Jean-François Cloutier «dresse un portrait aussi clair qu’inquiétant du phénomène de l’offshore dans le contexte canadien».

Les dindons de la farce : Même s’il était convaincu de bien connaître la question des paradis fiscaux, le journaliste Dany Doucet est sorti de ce livre scandalisé et surpris de l’ampleur de l’évasion fiscale au Canada et de l’impunité des quelques riches et ultrariches qui se font pincer. En effet, jamais l’un d’entre eux ne fut emprisonné et peu d’entre eux ont même dû payer des amendes.

Le cancer des paradis fiscaux : L’auteur présente le contexte dans lequel ce livre a été écrit. Il vise à expliquer les stratégies utilisées (qui ressemblent parfois à «des tours de magie»), à éclairer un domaine qui prospère notamment en restant caché et à sensibiliser le grand public sur ce problème et sur l’urgence de le solutionner.

Le trou noir de la finance offshore : L’auteur montre l’ampleur et la variété des sommes qui passent par les paradis fiscaux ou y restent. On estime qu’il y avait en 2014 au moins 7600 milliards $ dans les paradis fiscaux et que les pays industrialisés perdaient environ 200 milliards $ de recettes fiscales chaque année (6 milliards $ pour le Canada). Il explique aussi que chaque paradis fiscal se spécialise dans un ou plusieurs domaines ou clientèles.

Il poursuit en retraçant l’histoire de ces paradis fiscaux qui étaient à peu près inexistants avant la Première Guerre mondiale, quand les taux d’imposition étaient très faibles, et qui se sont répandus après la Deuxième Guerre mondiale et encore plus depuis la mondialisation des échanges et l’abolition des contrôles des changes, vers les années 1970. Par la suite, le développement des moyens de communication et le gain en importance de la propriété intellectuelle a encore accentué cette tendance. L’auteur montre ensuite que les entreprises et les riches n’utilisent pas les paradis fiscaux uniquement pour payer moins d’impôt, mais aussi, et souvent surtout, pour le secret qu’ils procurent. On peut ainsi y cacher de l’argent sale et l’identité des véritables actionnaires, et contourner des réglementations de toutes sortes (par exemple sectorielles ou environnementales).

Une riche tradition : Le Canada fut un des pionniers dans l’utilisation des paradis fiscaux. L’auteur parle de la présence de riches Canadiens aux Bahamas dès les années 1920 (Alain Deneault parle, lui, de l’établissement de succursales bancaires dans les Caraïbes dès le XIXe siècle dans son livre Paradis fiscaux : la filière canadienne). Il nomme ensuite un bon nombre de Canadiens s’étant exilés pour payer moins d’impôt, puis mentionne quelques stratégies (certaines légales, d’autres non, la ligne entre les deux étant bien mince) qui ne nécessitent pas de déménager dans un autre pays, ainsi que des exemples concrets de personnes riches les ayant utilisées.

L’histoire d’amour entre les entreprises canadiennes et les paradis fiscaux : Une autre façon d’estimer l’importance des sommes circulant dans les paradis fiscaux est de consulter les données sur les investissements canadiens à l’étranger. Or, un petit pays comme la Barbade arrive au troisième rang de la destination de ces investissements (après les États-Unis et le Royaume-Uni)! En plus, les investissements dans les paradis fiscaux sont toujours en forte croissance. L’auteur explique que ces investissements se rendent en général dans d’autres pays, mais qu’on se sert de filiales dans des paradis fiscaux pour centraliser les profits de façon à déclarer des pertes (et donc à obtenir des déductions d’impôts) dans les pays où le taux d’imposition est plus élevé, comme au Canada et aux États-Unis.

Même s’il annonce fréquemment son intention de lutter contre les paradis fiscaux, le gouvernement canadien a en fait signé encore plus d’ententes de non double taxation avec des paradis fiscaux dans les années 2000 qu’auparavant (au moment de la rédaction de ce billet, il y en avait 22 en vigueur, 2 signées mais pas encore en force, et six autres en cours de négociation), ententes qui légalisent des stratégies auparavant illégales. Pire, il refuse d’adopter des lois pour restreindre la portée de ces ententes. L’auteur fournit ensuite de nombreux exemples des magouilles utilisées grâce à ces ententes et aborde brièvement les activités illégales, notamment de blanchiment d’argent, dans les succursales des banques canadiennes situées dans les paradis fiscaux, sujet développé dans le chapitre suivant.

L’offshore de l’ombre : Depuis leurs débuts, les paradis fiscaux ont servi à couvrir des activités illégales. La présence de sociétés transnationales «honorables» permet à ces activités d’être encore mieux camouflées. On parle bien sûr de blanchiment d’argent, mais aussi d’activités interdites dans la plupart des pays comme la pornographie infantile, certains jeux d’argent interdits, etc. L’auteur donne ensuite trois exemples concrets de l’utilisation des paradis fiscaux par des organisations criminelles : les Hells Angels, la promotion des «penny stocks» et la criminalité à col blanc.

Une lutte inégale : L’auteur recense dans ce chapitre les efforts entrepris pour lutter contre les magouilles mettant en cause les paradis fiscaux aux niveaux international, canadien et québécois. Si la situation semble progresser au niveau international, surtout grâce à l’initiative de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui vise à contrer les «pratiques d’érosion de la base d’imposition et de transfert de bénéfices» (ou «Base Erosion and Profit Shifting» BEPS), initiative dont j’ai parlé dans ce billet, les gouvernements canadien et québécois ne semblent pas consacrer beaucoup d’efforts à cette lutte.

Comment nous avons réussi à ouvrir un compte offshore : Dans ce chapitre, comme son titre l’indique, l’auteur montre à quel point il est facile de s’ouvrir un compte dans un paradis fiscal. L’article racontant cette expérience est accessible ici.

L’avenir radieux des paradis fiscaux : Malgré les efforts de l’OCDE, l’auteur entrevoit un avenir radieux pour les paradis fiscaux pour les raisons suivantes :

  • aucun ne semble souffrir des mesures adoptées jusqu’à maintenant;
  • ils sont trop bien intégrés au système financier mondial;
  • les gens qui les utilisent sont parmi les plus puissants économiquement et politiquement;
  • on invente toujours de nouvelles façons de les utiliser.

Il risque donc d’avoir des paradis fiscaux jusqu’à la fins de nos jours!

Et alors…

Lire ou ne pas lire? J’ai hésité à lire ce livre, car la quatrième de couverture et le court compte-rendu de Louis Cornellier me faisaient trop penser au livre Paradis fiscaux : la filière canadienne d’Alain Deneault que j’ai présenté dans ce billet. Mais, bon, Alain Deneault n’a pas de monopole sur le sujet! En fait, ce livre est tout à fait complémentaire à ceux de Deneault sur le même sujet. Il est clairement moins analytique, mais contient beaucoup plus d’exemples de cas concrets. Avec la parution récente des Paradise Papers, l’auteur pourrait sûrement ajouter quelques chapitres à ce livre s’il décidait de le mettre à jour! Mais, même sans cet ajout, il ne faut pas hésiter à le lire (d’autant plus que les notes sont en bas de page!).

Rapport sur le revenu minimum garanti : pourquoi 55 % du seuil de pauvreté?

18 novembre 2017

Le rapport final (en deux volumes totalisant 528 pages!) du Comité d’experts sur le revenu minimum garanti est paru cette semaine et fait jaser pas mal. Dès sa parution, le Collectif pour un Québec sans pauvreté a dénoncé ses recommandations «irresponsables». Il n’est toutefois pas surpris de la timidité des recommandations du comité qui sont loin de correspondre au plan de lutte à la pauvreté «ambitieux» que ce gouvernement s’était engagé à adopter : «Le mandat était davantage orienté vers la recherche de moyens de simplifier le régime et d’en permettre une gestion plus efficiente, tout en favorisant l’incitation au travail».

Le ministre qui a commandé ce rapport, François Blais, de son côté, a attendu une journée avant de réagir. Il a manifesté sa déception, ce qui n’est pas étonnant, car il a toujours appuyé le concept du revenu minimum garanti (RMG) et ne peut accepter qu’on lui dise que ce type de revenu causerait des «problèmes d’équité, d’incitation au travail et d’acceptabilité sociale» et que cette mesure n’est qu’une «utopie», même si qualifiée par les «expert.es» d’inspirante!

En fait, cette partie des conclusions des «expert.es» n’est pas étonnante. Le rapport présente en effet huit scénarios qui débouchent sur des résultats insatisfaisants (un des expert.es, Jean-Michel Cousineau, a expliqué cette partie du rapport à RDI économie cette semaine), ce qui m’a fait penser beaucoup à la méthode adoptée il y a un peu plus d’un an par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) qui est arrivé à peu près aux mêmes conclusions dans une étude exhaustive sur la question (voir ce billet pour plus de précision).

Je me pencherai plutôt dans ce billet sur la recommandation qui a fait le plus réagir le Collectif pour un Québec sans pauvreté, soit de porter le montant de l’aide sociale à 55 % du seuil de faible revenu de la mesure du panier de consommation (MPC), ce qui le ferait passer de 9192 $ à 9664 $ par année (montants qui comprennent les prestations d’aide sociale ainsi que les crédits d’impôt pour la TPS et pour la solidarité), ce qui représenterait une hausse de 472 $ ou de 5,1 %. Pour comprendre comment le comité en est arrivé à cette recommandation, je vais présenter les parties pertinentes du chapitre 2 de la quatrième partie du premier volume du rapport, intitulé Établir un seuil minimal explicite : le soutien aux plus démunis, soit ses pages numérotées 97 à 139.

Définition d’un seuil de référence

Pour le comité, le seuil de référence applicable à l’aide sociale doit être inférieur à un seuil de pauvreté (concept qui, en passant, n’est pas défini par Statistique Canada qui a affirmé à de nombreuses reprises ne pas publier de seuil de pauvreté). Selon le comité: «Le seuil de pauvreté définit le revenu disponible nécessaire pour couvrir les besoins de base», alors que «Le seuil de référence définit le revenu de base que le régime de soutien du revenu doit garantir aux prestataires. Il devrait être utilisé pour établir le niveau d’aide minimal à offrir dans le cadre du régime de soutien du revenu, en tenant compte de la capacité des personnes à gagner des revenus du travail». Pour les «expert.es», «le seuil de référence est forcément inférieur au seuil de pauvreté, afin de maintenir une incitation au travail. C’est l’accroissement du revenu par l’intégration au marché du travail qui permettra au prestataire de dépasser le seuil de pauvreté».

Je m’excuse de citer autant le rapport, mais cette relation entre le seuil de pauvreté (qui sera assimilé au seuil de faible revenu de la MPC dans la suite du rapport) et le seuil de référence établi par le comité est essentielle à comprendre pour suivre leur démarche (et pouvoir la critiquer de façon efficace!). Selon ces définitions, la différence entre ces deux seuils sera plus grande pour les prestataires sans contraintes à l’emploi que pour les prestataires qui en subissent, et diminuera en fonction de la sévérité des contraintes. Après avoir défini ces différences, le comité ose affirmer que le seuil de référence rejoint «la notion de seuil présente dans la définition du revenu minimum garanti», alors que le propre de toutes les formes de RMG est justement d’être unique et remis de façon inconditionnelle, que les personnes qui reçoivent le versement du montant correspondant au seuil de référence doivent respecter de nombreux critères et que le montant versé varie selon les caractéristiques des prestataires.

La mesure du panier de consommation

Les «expert.es» expliquent dans cette section pourquoi il et elles ont choisi le seuil de faible revenu de la MPC pour définir le seuil de pauvreté. Le seuil de faible revenu de la MPC est tout d’abord une mesure absolue du faible revenu, car basé sur le coût d’un panier de consommation «correspondant à un niveau de vie de base», et non relative comme les deux autres indicateurs de faible revenu publiés par Statistique Canada, soit les seuils de faible revenu (SFR) et la mesure de faible revenu (MFR). Ensuite, elle est mesurée dans chaque province (ce qui n’est pas le cas des SFR et de la MFR) et même selon la taille de l’agglomération où on vit. Il y a par exemple six seuils différents de faible revenu au Québec selon la MPC, comme on peut le voir sur cette page de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Les «expert.es» expliquent l’avantage d’utiliser un indicateur qui tient compte du coût de la vie différent selon l’agglomération où on habite, mais n’expliquent pas pourquoi ils ne proposent finalement qu’un seul seuil de référence, pourtant calculé en fonction du (et non «des») seuil de faible revenu de la MPC…

La détermination du seuil de référence

«Le niveau d’aide minimal à offrir dans le cadre du régime de soutien du revenu ne correspond pas au seuil de pauvreté, mais à un seuil de référence permettant d’octroyer une aide suffisante, tout en maintenant une incitation au travail.»

J’ai beau lire et relire cette phrase, je ne comprends pas comment une aide peut être suffisante tout en étant inférieure au coût d’un panier de consommation «correspondant à un niveau de vie de base». On ajoute que le seuil de référence doit être moins élevé que le seuil de pauvreté pour éviter que des gens en emploi soient incités «à se retirer du marché du travail en raison d’un écart trop faible de revenu disponible» (!). Ça doit en effet être le rêve de bien des personnes en emploi de le quitter pour enfin pouvoir vivre avec un revenu équivalent au seuil de pauvreté!

Selon ce concept, le seuil de référence doit être assez bas pour inciter au travail et ne pas inciter à quitter un emploi, mais assez élevé pour permettre aux personnes sans contraintes à l’emploi «de combler l’ensemble de leurs besoins immédiats», ces besoins représentant un sous-ensemble de ceux pris en compte par la MPC. Ce seuil, déjà inférieur à celui de pauvreté, pourrait en plus être réduit s’il dépasse «la capacité de payer du gouvernement» (phrase encore plus inepte qu’elle paraît dans un contexte où le gouvernement s’apprête à baisser les impôts justement parce qu’il a tellement fait de compressions que sa capacité de payer ne pose vraiment pas de problème).

Proposition du seuil de référence

J’arrive enfin au véritable objet de ce billet : pourquoi avoir établi le seuil de référence pour les personnes sans contraintes à l’emploi à 55 % du seuil de faible revenu de la MPC? Le comité explique vouloir proposer seulement un ordre de grandeur de ce seuil pour guider la décision du gouvernement. Pour trouver cet ordre de grandeur, le comité se base sur deux points de repère.

– l’actualisation de travaux réalisés dans les années 1980 : Denis Fugère et Pierre Lanctôt ont produit en 1985 un document intitulé Méthodologie de détermination des seuils de revenu minimum au Québec dans lequel ils ont élaboré «des paniers de consommation représentant les besoins essentiels que devraient pouvoir satisfaire les ménages». En utilisant l’indice des prix à la consommation (IPC) sans alcool ni tabac pour le Québec (choix plus que paternaliste qui ne tient même pas compte de l’évolution des prix des éléments qui font partie du panier de l’étude de Fugère et Lanctôt, lacune qu’il et elles soulèvent, mais sans la pallier), les «expert.es» font passer le coût du panier de base de 440 $ par mois en 1985 à 10 302 $ par année en 2017. On notera que Vivian Labrie, dans un document produit pour l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) intitulé La hauteur de la barre à l’aide sociale – Quelques jalons de 1969 à aujourd’hui, avait estimé la valeur de ce panier à 10 727 $ en 2016 en utilisant cette fois l’IPC complet).

En plus, alors que nos «expert.es» n’ont même pas pris la peine de mentionner dans leur rapport de 592 pages le contenu de ce sous-panier de la MPC, Mme Labrie nous apprenait dans son document que Fugère et Lanctôt ont plutôt calculé le coût de trois paniers différents et que celui retenu par les «expert.es» est le moins fourni des trois et qu’il ne contient que des dépenses liées à l’alimentation, le logement, l’entretien ménager, les soins personnels et l’habillement, ne permettant des dépenses de transport, d’ameublement et de communication que dans le deuxième panier. En utilisant ce panier, le comité ne permet donc pas aux prestataires d’avoir un téléphone pour savoir si un employeur les convoque, de l’argent pour prendre le métro ou un autre moyen de transport pour se rendre à une entrevue d’emploi et encore moins d’avoir un ordinateur et un accès Internet (cela était rare en 1985…) pour chercher des emplois, tout en affirmant que ces prestataires doivent trouver un emploi pour espérer atteindre un revenu équivalent au seuil de pauvreté! En plus, le comité avoue qu’il s’agit «d’une première évaluation, ne tenant pas compte de l’évolution qu’aurait dû suivre la composition du panier», car il est bien certain qu’un panier conçu en 2017 contiendrait bien plus de biens et services que celui ici utilisé datant de 32 ans. Finalement, en utilisant ce panier déficient qui ne permet même pas d’aller à une entrevue d’emploi, le comité arrive à un montant atteignant 58 % du seuil de faible revenu de la MPC (je ne sais pas pourquoi il est écrit 57 % dans le rapport, puisque 10 302 / 17 716 = 58,15 %), soit tout de même trois points de pourcentage de plus que le 55 % finalement retenu ou 638 $ de plus que leur recommandation (la différence pourrait aussi être de 458 $, car le comité parle parfois d’un revenu actuel de 9192 $ et d’autres fois de 9372 $, en incluant le «supplément pour personne seule»; mais, bon, cela change peu de choses). On le voit, 57 % du seuil de pauvreté, et encore plus 58 %, c’était trop pour le comité.

– le parallèle avec la couverture dans un régime d’assurance chômage : Ici, le comité cite trois études datant des années 1970 qui avancent qu’un «taux de remplacement de 50 % devrait être retenu sur la base des coûts et des bénéfices de l’assurance chômage». Je trouve cela étrange, car ce taux est actuellement de 55 %, était (voir la troisième page de ce document, numérotée 47) de 60 % au début des années 1990, de 66,7 % dans les années 1970 et même de 75% «pour les prestataires avec personnes à charge» (période où ont été écrit les études citées par le comité). Là, nos «expert.es» prétendent que «Appliqué au salaire minimum, le taux de remplacement déterminé par un système d’assurance chômage représente le plafond que devrait atteindre le soutien du revenu, pour une personne sans contraintes à l’emploi» car, attention à l’explication, elle peut donner le tournis, «il serait en effet inéquitable qu’une personne sans contraintes à l’emploi reçoive davantage du système de soutien du revenu que le montant d’assurance chômage versé à un travailleur au salaire minimum ayant perdu son emploi». Non seulement le comité ajoute ici un critère qu’il n’a jamais mentionné avant, mais il confond ainsi une mesure touchant des personnes (assurance chômage) avec une mesure appliquée à un ménage (aide sociale) et pire, il semble ignorer qu’on peut toucher des prestations d’aide sociale pour combler des prestations d’assurance-emploi insuffisantes dans des situations comme celle qu’il décrit, si bien sûr, la personne satisfait aux critères de l’aide sociale.

– résultat : de 50 % à 60 % de la mesure du panier de consommation : Et voilà le travail, le comité tranche entre les deux taux obtenus dans les deux points de repère qu’il a utilisés. Il s’excuse presque de ne pas avoir retenu seulement le taux de 50 % (alors que, je le répète, le taux de remplacement de l’assurance-emploi au Canada est de 55 %) en précisant qu’un «taux de remplacement théorique du revenu de 50 %, tel que proposé pour un système d’assurance chômage, correspond à une fourchette entre 50 % et 60 % du revenu disponible». Fiou!

Voilà donc la méthode très scientifique utilisée par nos «expert.es» pour en arriver à ce taux de 55 %.

Et alors…

Même si la méthode utilisée par les membres du Comité d’experts sur le revenu minimum garanti est assez déconcertante, je crois qu’il valait la peine de la présenter. Cette méthode n’est bien sûr qu’un des aspects de la conclusion du comité qui doit être critiquée. Par exemple, le Collectif pour un Québec sans pauvreté, en plus de dénoncer cette recommandation, comme je l’ai mentionné en amorce, a aussi souligné le fait que le programme Objectif emploi, qui donne le pouvoir de faire diminuer les prestations d’aide sociale de 224 $ par mois (portant la proportion de leurs prestations sur le seuil de faible revenu de la MPC à 37 %) à des prestataires qui refuseraient de suivre ce programme, entrera bientôt en vigueur. Vivian Labrie, dans le premier de trois billets sur ce rapport, souligne de son côté l’absence dans ce rapport du critère qui porterait sur «ce qu’il en coûte pour vivre», et rappelle que «le Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CCLPES), (…) a aussi proposé de porter «dans une première étape» la garantie minimale de revenu à 80 % du seuil de la MPC». Les Oliviers (Gentil et Grondin) qui ont écrit cette lettre au Devoir mentionnent comme moi l’incohérence de considérer le seuil de référence comme un RMG, alors qu’un RMG se veut inconditionnel et se dit universel, et rappellent pertinemment que «l’article 45 de la Charte des droits et libertés reconnaît un droit à des mesures d’assistance financière et à des mesures sociales «susceptibles d’assurer un niveau de vie décent».

De mon côté, j’aimerais ajouter quelques mots sur l’obsession des «expert.es» sur le concept d’incitation au travail. Cette incitation existe bel et bien, mais n’a pas selon moi l’importance et l’ampleur qu’il et elles lui prêtent. En effet, nous avons bien d’autres motifs de chercher un emploi et de vouloir en occuper un que de chercher à avoir un revenu plus élevé. Que ce soit pour socialiser, se sentir utile, contribuer à la société ou se valoriser, les humains ont bien d’autres raisons de vouloir travailler que de vouloir passer d’un revenu de misère à un revenu qui, oh joie, permettrait d’atteindre le seuil de pauvreté. Cela dit, si on veut vraiment augmenter les incitatifs pour les personnes qui touchent des prestations et qui n’ont pas de contraintes à l’emploi, pourquoi ne pas recommander de hausser le salaire minimum à 15,00 $ de l’heure? Cela rejoindrait leur objectif de maintenir un fort incitatif à l’emploi (et cela permettrait même de l’augmenter), corrigerait la fausse injustice du prestataire d’assurance-emploi qui travaillait au salaire minimum et qui gagnerait moins qu’un prestataire de l’aide sociale et permettrait en plus à l’Association des restaurateurs du Québec de faire diminuer l’ampleur de la pénurie de main-d’œuvre qu’elle dit subir ou même de l’éliminer complètement. C’est fou le nombre de problèmes qu’une hausse du salaire minimum à 15,00 $ pourrait régler!

Homo deus

13 novembre 2017

Sapiens : une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari fut un des livres que j’ai le plus apprécié au cours des dernières années. Je lui ai d’ailleurs consacré deux billets. Malgré cela, j’étais un peu méfiant en débutant le livre suivant d’Harari, dont le titre, Homo deus – Une brève histoire de l’avenir, me faisait penser à une suite conçue pour voguer sur le succès de Sapiens. En plus, je me tiens loin des livres de futurologie. En fait, je n’en lis jamais. Et, ce n’est sûrement pas le contenu de la quatrième de couverture qui est parvenu à calmer mes craintes, avec des prévisions comme celle-ci : «les algorithmes, de plus en plus intelligents, pourront se passer de notre pouvoir de décision». Mais, bon, je ne pouvais pas ne pas le lire…

1. Le nouvel ordre du jour humain : De façon volontairement provocatrice (enfin, j’espère), l’auteur se demande «Qu’allons-nous faire de nous?», maintenant que l’humanité a réussi à maîtriser les famines, les épidémies et les guerres? Il sait bien que ces problèmes ne sont pas complètement disparus, mais il montre que, historiquement, ils sont maintenant de très faible ampleur par rapport aux calamités qu’ils ont causées antérieurement, éliminant des proportions importantes de populations. Il resterait bien l’équilibre écologique à atteindre, mais l’auteur doute que l’humain soit jamais assez sage pour le faire.

Selon lui, il «se fixera probablement comme prochains objectifs l’immortalité, le bonheur et la divinité», transformant Homo sapiens en Homo deus. Il développe ensuite sur ces trois thèmes. Il explique que la mort a toujours une cause et qu’elle est donc un problème technique, certes complexe, mais qu’on pourrait résoudre, mais probablement pas au XXIe siècle, ajoute-t-il (je résume grossièrement). Quant au bonheur, c’est peut-être encore plus compliqué, parce qu’on ne sait pas trop encore ce que c’est et donc comment y parvenir et comment le faire durer (le bonheur passe, comme le disait Yvon Deschamps…). L’auteur considère que c’est en modifiant la biochimie humaine qu’on pourrait y parvenir (je résume encore plus grossièrement). Finalement, hisser «les humains au rang des dieux peut se faire selon trois directions : le génie biologique, le génie cyborg et le génie des êtres non organiques». Ce type de dieu ressemblerait plus aux dieux grecs qu’au dieu biblique tout-puissant, bien sûr, soit un dieu avec des pouvoirs plus grands que l’humain actuel. L’auteur conclut en précisant que sa prévision concerne les objectifs de l’humanité, ce qui ne veut pas dire qu’ils seront poursuivis par tous les humains (sûrement pas par les classes les plus pauvres!) ni qu’ils seront atteints.

Première partie – Homo sapiens conquiert le monde

2. L’anthropocène : Cherchant à définir ce qui caractérise la relation d’Homo sapiens avec les autres animaux, l’auteur constate tout d’abord que la très grande majorité de ceux-ci sont domestiques (près de 90 % de la biomasse des grands animaux) et que cette proportion a augmenté rapidement au cours des derniers siècles et même au cours des dernières années. Alors que ceux qui considèrent que l’ère actuelle devrait s’appeler l’anthropocène depuis la révolution industrielle sont accusés d’exagérer (cela signifie que l’être humain serait le principal agent de changement de l’écologie mondiale), l’auteur, lui, considère que l’anthropocène ne date pas de deux ou trois cents ans, mais bien de 70 000 ans! Il reprend ici quelques thèmes abordés dans son livre précédent (Sapiens), notamment sur l’extinction de la mégafaune, la souffrance des animaux d’élevage, la distinction entre l’homme et les autres animaux amenée par les religions théistes (contrairement aux religions animistes), distinction qui se manifeste entre autres par l’invention de l’âme et par les rites de sacrifices animaux.

3. L’étincelle humaine : L’auteur se demande s’il existe une étincelle qui pourrait justifier la supériorité que s’octroie Sapiens sur les autres animaux. Il analyse la provenance de l’âme et montre que, comme elle ne peut pas être apparue par un processus d’évolution (de sélection naturelle), elle ne peut pas exister. D’autres attribuent la supériorité de Sapiens au fait qu’il serait le seul animal doué de conscience. Or, qu’est-ce que la conscience? Après une longue analyse, l’auteur conclut que les humains ont de fait une conscience, mais les autres animaux aussi, quoique moins étendue. Mais en fait, l’étincelle qui a permis à l’être humain de se distinguer des autres animaux est selon l’auteur sa capacité à coopérer avec un nombre très élevé d’autres humains qu’il ne connaît pas jumelée à celle d’inventer des histoires et d’y croire, comme de créer des «entités intersubjectives» (religions, monnaie, nations, personnes morales, droit de propriété, institutions, etc.), comme il l’a expliqué plus en détail dans Sapiens.

Deuxième partie – Homo sapiens donne sens au monde

4. Les conteurs : L’auteur développe sur l’importance des histoires (notamment des mises en récit et des légendes) dans les croyances de Sapiens et dans le fonctionnement des sociétés humaines, et montre qu’elles en ont pris encore davantage avec l’invention de l’écriture (monnaie, contrats, livres sacrés, documents bureaucratiques, cartes géographiques, etc.). Même s’il reprend encore des thèmes abordés dans son livre précédent, ses exemples sont parfois un peu différents.

5. Le couple dépareillé : Le couple dépareillé du titre est formé de la religion et de la science. J’ai trouvé ce chapitre beaucoup plus faible que ce qu’écrit l’auteur habituellement. Pour une réflexion plus approfondie sur ce sujet, je suggère plutôt le livre L’impossible dialogue – Sciences et religions de Yves Gingras dont j’ai parlé dans ce billet.

6. L’alliance moderne : L’auteur considère que la modernité, même si elle «a l’air d’un deal d’une extrême complexité» peut en fait se résumer ainsi : «les hommes acceptent d’abandonner le sens en échange du pouvoir». Il poursuit en montrant que le capitalisme de marché est intimement lié à l’obsession de la croissance qu’on observe maintenant partout sur la planète. Mais, comme les ressources de la Terre sont limitées, cette croissance ne pourra pas se poursuivre éternellement. Seule l’alliance moderne entre l’humanisme et la science peut nous permettre de nous en tirer.

7. La révolution humaniste : Selon l’auteur, qui assimile l’humanisme à une religion (parlant par exemple de «la foi en l’humanité»), la révolution humaniste permet de «créer du sens pour un monde qui en est dépourvu». Avec l’humanisme, Sapiens fait ses choix de lui-même et les justifie par ses goûts et ses intérêts. Ce ne sont plus des dieux ou des rois qui lui disent quoi faire et pourquoi le faire. L’auteur distingue ensuite trois genres d’humanisme : un libéral (qui serait celui en force un peu partout actuellement), un socialiste et le dernier évolutionniste (en fait, l’auteur décrit cet humanisme comme du darwinisme social, voire de l’eugénisme).

Troisième partie – Homo sapiens perd le contrôle

8. La bombe à retardement au laboratoire : L’auteur tente (d’une façon qui ne m’a pas convaincu) de démontrer que le libre arbitre n’existe pas, que tous nos choix sont le résultat de processus déterministes et aléatoires. Il donne de nombreux exemples pour appuyer son affirmation, mais je n’en ai pas trouvé un seul le moindrement convaincant. Par exemple, ce n’est pas parce que, de fait, certains de nos choix n’en sont pas vraiment que nous n’en faisons jamais.

9. Le grand découplage : Selon l’auteur, trois développements enlèveront les dernières illusions de Sapiens sur son supposé libre arbitre :

  • le système politique et militaire n’attachera plus de valeur aux êtres humains (car des robots et des ordinateurs les remplaceront pour faire la guerre et pour produire);
  • il en accordera à l’espèce humaine, mais pas aux individus;
  • il n’en accordera qu’à «une nouvelle élite de surhommes améliorés», mais plus à «la masse de la population».

Il donne ensuite de très nombreux exemples (pertinents, en général) pour montrer que des robots ou des ordinateurs pourraient à long terme remplacer avantageusement les humains dans presque tous les emplois. Mais, cela se fera-t-il? Il ne se pose même pas la question. Ce n’est pas étonnant, car, sûrement par biais de confirmation, il cite pour appuyer ses dires l’étude la plus critiquée sur le sujet, celle de Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne (étude qui prévoit la disparition de la moitié des emplois en seulement 10 ou 20 ans et qui a été brillamment démolie par une autre étude de l’OCDE dont j’ai parlé dans ce billet). Il faut lui pardonner, car, après tout, il n’est qu’un Sapiens qui n’a aucun libre arbitre!

L’auteur vante ensuite les algorithmes d’analyse des données massives du type de ceux de Google et de Facebook. Si nous portions des bidules électroniques dès notre naissance, laissions ces algorithmes avoir accès à toute l’information possible sur nous (dont nos courriels, voire nos conversations intimes), non seulement Google pourrait nous avertir quand un rhume s’en vient en raison de variations des signaux de notre métabolisme, mais il pourrait choisir nos amis et conjoints bien mieux que nous le faisons, nous proposer l’emploi qui correspond le mieux à nos intérêts et aptitudes (s’il restait des emplois…). et même voter à notre place pour le parti qui défend le plus adéquatement nos valeurs (et les politicien.nes pourraient ajuster plus efficacement leurs promesses aux désirs majoritaires de la population)! Merveilleux, non?

10. L’océan de la conscience : Ce chapitre porte sur l’utilisation de la technologie pour transformer Homo sapiens en Homo deus. C’est ça, mais pas vraiment. Je n’ai pas bien compris ce qu’il tentait de prouver avec les anecdotes présentées dans ce chapitre. Qu’un Homo deus est en fait un humain gavé de soma?

11. La religion des data : La religion des données, ou le dataïsme, est une «théorie générale qui unifie toutes les disciplines scientifiques, de la musicologie à la biologie, en passant par l’économie». Chaque humain serait un processeur de données, dont le nombre a augmenté et dont les connexions se sont ensuite multipliées. Selon l’auteur, les dataïstes viseraient à étendre ces connexions dans tout l’univers. Si les données et les algorithmes qui régissent Homo sapiens ont été sélectionnés par l’évolution et ont donc passé le test de milliards d’options différentes, ils demeurent bien élémentaires par rapport à ce que peuvent développer les données massives et les algorithmes dotés de composants d’intelligence artificielle qui leur permettent de s’améliorer sans cesse. Homo sapiens est donc dépassé et sera inévitablement remplacé (j’ai tenté de résumer du mieux que je le peux ce chapitre, mais je n’y suis sûrement pas parvenu, considérant certains passages comme du délire à l’état pur…).

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Les appréhensions que j’avais en abordant ce livre se sont révélées nettement insuffisantes. Je n’ai jamais détesté autant un livre d’un auteur dont j’avais autant apprécié le précédent. Il n’y a finalement absolument rien dans ce livre qui m’a plu, si ce n’est quelques exemples supplémentaires sur des éléments qu’il avait abordés dans son livre précédent. Non seulement il répète plusieurs parties de ce livre, mais ce qu’il y ajoute n’a jamais éveillé mon intérêt. Ses démonstrations sont laborieuses, ses analyses sont plus souvent qu’autrement caricaturales et sans nuances, ses raisonnements sont souvent fautifs, ses sources sont parfois douteuses quand elles ne sont pas carrément erronées (il a même créé une page pour compiler des erreurs directes de faits; même si ces erreurs ne touchent pas l’essentiel de son livre, elles illustrent bien le manque de rigueur de l’auteur dans sa rédaction) et, pire, il semble ne pas vraiment comprendre la théorie de l’évolution (ni la différence entre le communisme et le capitalisme d’État totalitariste soviétique).

Je ne suis pas le seul à remettre en question la rigueur de l’auteur. Voici un exemple que j’ai lu après avoir écrit le paragraphe précédent (que je n’ai pas modifié par la suite) : «Mais dans certains domaines, ces connaissances [celles transmises dans ce livre] sont sujettes à caution, parfois erronées à force d’être schématiques ou partielles, au point qu’on se demande si elles sont de première main ou s’il répète ce qu’il a lu dans les livres répertoriés dans la bibliographie. Une bibliographie où ne figurent que des ouvrages et des articles contemporains. La culture classique de Harari, en littérature et en philosophie, sans parler de la théologie, semble très succincte». Dans un autre article, on l’accuse entre autres de «réductionnisme informatique» et, en science cognitive, de «confondre la carte avec le territoire». J’étais bien content de constater que je ne suis pas le seul à remettre en question les affirmations, les raisonnements et les sources de l’auteur de ce livre. Finalement, je n’ai trouvé nulle part dans ce livre le dieu promis par le titre. Ah, j’allais oublier : comme si ce n’était pas assez, ses notes (26 pages) sont à la fin…

L’auteur a beau conclure son livre en disant que celui-ci n’est pas une prophétie, mais ne fait que présenter des possibilités pour «élargir nos horizons», celles-ci sont tellement provocatrices et extrêmes qu’elles ne m’ont même pas fait réfléchir. En fait, si la lecture de ce livre peut m’avoir servi à une seule chose, c’est de vous mettre en garde et vous conseiller de ne pas y toucher!

Le transport de pétrole en train

11 novembre 2017

En lisant un article nous annonçant une augmentation prévue du transport de pétrole «par train au cours des prochains mois [et aussi dans les années à venir] en raison d’une hausse de la production dans les sables bitumineux de l’Alberta», je me suis dit qu’il était temps que je mette à jour mon billet annuel sur le transport du pétrole en train.

On a vu dans le dernier billet sur ce sujet que les prévisions de Transports Canada ne semblaient pas en voie de se réaliser. En effet, plutôt que de tripler «Entre la fin 2013 [après la tragédie de Lac-Mégantic] et la fin 2016», le nombre de wagons transportant du pétrole au Canada a diminué de 57 % entre décembre 2013 et juillet 2016. Par contre, on pouvait constater que, après avoir atteint un niveau plancher en mai 2016, ce nombre avait augmenté un peu en juin et juillet (de 30 %). Je comptais examiner la situation quand les données de la fin décembre seraient disponibles, mais je n’y ai pas pensé… Mais, bon, avec cette nouvelle prévision, ça vaut la peine de regarder ces données pour voir si la hausse de juin et juillet s’est poursuivie et si cela a permis à la prévision de Transports Canada de se réaliser.

Transport de pétrole en train depuis 2008

Le graphique qui suit montre justement l’évolution du nombre de wagons transportant du pétrole et du mazout au Canada. Pour mieux apprécier les mouvements récents, j’ai fait partir ce graphique en janvier 2008 plutôt qu’au début de la série du tableau cansim que j’ai utilisé (le 404-0002), en janvier 1999. Cela nous permet de constater qu’il y a eu peu de changement de 2008 à 2011 (et il n’y en avait eu guère plus entre 1999 et 2008).

Tout cela a commencé à changer vers la fin de 2011. Si on évite de tenir compte des variations saisonnières (sans surprise, les chargements diminuent le printemps et l’été, et augmentent l’hiver, ceux de janvier ayant été en moyenne 23 % plus élevés que celles de mai entre 1999 et 2017), le nombre de wagons transportant du pétrole et du mazout a augmenté de près de 250 % entre septembre 2010 et le sommet de janvier 2014, donc après la tragédie de Lac-Mégantic, ce nombre étant passé d’environ 5000 à 17 400. Puis, ce nombre a commencé à baisser. Finalement, il a diminué de plus de 60 % entre son sommet de janvier 2014 (17 400) et son plancher récent de mai 2016 (6550). Il est ensuite reparti en hausse jusqu’en octobre 2016 pour demeurer assez stable par la suite (si ce n’est deux petites pointes en mars et en avril 2017), soit entre 11 400 et 12 500, avec 12 400 en fin de période (août 2017). Je peux enfin conclure sur la prévision de Transports Canada : au lieu de tripler entre décembre 2013 et décembre 2016, le nombre de wagons transportant du pétrole a plutôt diminué de 30 % (de 16 000 à 11 400).

Comme ces données portent uniquement sur le Canada, elles ne nous permettent pas de connaître la situation spécifique au Québec. J’ai entendu récemment dans une entrevue avec Pierre-Olivier Pineau (excellente au demeurant) à RDI Économie Gérald Fillion présenter des données sur le transport du pétrole dans l’Est et dans l’Ouest. Même s’ils n’ont pas insisté sur cette distinction, le tableau qu’ils ont présenté (voir ci-contre) donnait l’impression que ces données pouvaient servir à estimer la quantité de pétrole qui circule dans l’Est et dans l’Ouest du Canada. En fait, ces données portent sur le lieu de chargement de ces trains, pas sur le lieu où ils circulent. Les données sur la division Ouest compilent les chargements effectués entre Thunder Bay, en Ontario, et la côte du Pacifique et celles sur la division Est le nombre de ceux effectués entre Armstrong, en Ontario, et la côte de l’Atlantique. Cela est expliqué dans l’encadré au bas de ce communiqué. Tant qu’à parler de ces données, aussi bien les montrer!

Le graphique qui suit nous permet de constater que le nombre de wagons transportant du pétrole et du mazout chargés dans chacune des deux divisions était semblable de 2008 à 2011. Tout d’un coup, tout a changé vers la fin de 2011. On voit que, non seulement le nombre de ces wagons chargés dans la division Ouest a grimpé en flèche entre novembre 2011 et décembre 2014 (hausse de près de 400 %, de 2900 wagons à plus de 14 100), mais, à partir de 2013, le nombre de ces wagons chargés dans la division Est a chuté, passant de son sommet de près de 5900 en mars 2013 à guère plus de 2000 en juillet 2014, une baisse de 65 %, pour demeurer assez stable par la suite, soit entre 1000 et 2100, terminant cette période à 1600 en août 2017. En fait, le gros de la baisse s’est réalisé en un seul mois, soit entre juin et juillet 2014 (baisse de plus de 50 %, de 4250 wagons à 2100). J’aimerais bien expliquer cette baisse, mais ne sachant pas d’où vient ce pétrole et où il se rendait, ce n’est pas facile de le savoir! Si la période de cette baisse correspondait à un événement particulier, on pourrait comprendre, mais là, je ne vois pas.

L’évolution des chargements de la division Ouest est plus facile à comprendre. Tout d’abord, la hausse de ces chargements, peu importe leur destination, correspond à l’augmentation de la production de pétrole dans l’Ouest, surtout provenant des sables bitumineux (voir aussi les tableaux cansim 126-0001 et 126-0003). Ensuite, on peut voir sur le graphique que la dernière chute du nombre de ces chargements a commencé après son sommet atteint en octobre 2015 (plus de 14 100 wagons), soit le dernier mois précédant l’entrée en fonction de la canalisation 9B d’Enbridge à la suite de son inversion à la fin novembre 2015. Il est possible que d’autres facteurs aient joué, les chargements de la division Ouest ne se dirigent pas tous vers le Québec et les Maritimes (j’espère!), mais la coïncidence serait étonnante si ce facteur n’avait pas influencé cette baisse. Finalement, s’il est courant que le nombre de chargements provenant de l’Ouest diminue en mai, la baisse de mai 2016 fut particulièrement forte (baisse de 48 %) et correspond au mois où les feux de forêt ont fait diminuer la production dans la région de Fort McMurray. Par la suite, mises à part les deux petites pointes mentionnées plus tôt en mars et en avril 2017, le nombre de chargements provenant de l’Ouest du Canada a repris un niveau à peine 10 à 20 % moins élevé qu’en 2014. On voit donc que la hausse récente provient uniquement des chargements effectués dans l’Ouest, donc surtout en Alberta. Mais, depuis, pas de hausse importante encore…

Et alors…

On a vu que le nombre de trains transportant du pétrole et du mazout n’a pas triplé entre 2013 et 2016, comme Transports Canada le prévoyait il y a deux ans. Au contraire, leur nombre a plutôt diminué. Cela dit, ce n’est pas parce que les prévisions de 2015 ne se sont pas réalisées que celles émises il y a deux semaines vont nécessairement être fausses. D’une part, ces prévisions ne sont pas farfelues comme celles de Transports Canada (qui n’était même pas capable de fournir les bonnes données pour les années précédant ses prévisions) et sont prudentes, ne mentionnant pas de niveau précis d’augmentation, et, d’autre part, elles proviennent d’organismes et d’entreprises proches de l’industrie (GMP FirstEnergy et l’Association canadienne des producteurs pétroliers) qui n’ont pas l’habitude de se vanter de ce genre de croissance (quoiqu’elles pourraient présenter cette menace pour mettre de la pression pour que les pipelines qu’elles veulent construire soient acceptés…). Mais, où ces trains se dirigeront-ils? Ça, on ne le sait pas encore…

L’empire de l’or rouge

6 novembre 2017

Dans son livre L’empire de l’or rouge – enquête mondiale sur la tomate d’industrie, le journaliste Jean-Baptiste Malet relate les résultats d’une enquête qu’il a menée pendant deux ans tout autour du globe pour savoir «Où, comment et par qui ces tomates [d’industrie qu’on nous vend en boîte de conserve, sur une pizza ou dans une bouteille de ketchup] sont-elles cultivées et récoltées?». On verra que l’histoire que nous raconte l’auteur n’est qu’une autre facette du «capitalisme mondialisé», où tout n’est qu’une marchandise.

Chapitre premier : L’auteur décrit tout d’abord le travail d’ouvriers et surtout ouvrières chinois.es dans des champs de tomates immenses. Ces ouvrier.ères sont souvent accompagné.es de leurs enfants (les moins jeunes travaillent aussi) qui s’intoxiquent souvent en mangeant des tomates non lavées recouvertes de pesticides. Il nous invite ensuite dans une usine de première transformation qui produit du concentré de tomates qui sera exporté vers des usines de deuxième transformation (ketchup, pâtes de tomates, etc.) de pays occidentaux, surtout. Il explique finalement le rôle prépondérant de la société Heinz à toutes les étapes de la production et de la commercialisation.

Chapitre II : Le concentré exporté de la Chine ne sert pas qu’aux produits Heinz, mais aussi à ceux supposément typiques de différentes régions (dont de la Provence). L’auteur nous apprend que la tomate industrielle est bien différente de celles qu’on achète : plus dure et contenant moins de liquide et plus de chair. Elle représenterait le quart de la production mondiale de tomates (information à prendre avec des pincettes, car les données fournies par l’auteur ne balancent pas toujours et sont parfois carrément erronées).

Chapitre III : L’auteur raconte quelques événements historiques illustrant la puissance de la société Heinz et montre à quel point elle est représentative de la place prise par les entreprises géantes dans le capitalisme mondialisé. On apprend entre autres que Henry John Heinz a appliqué le taylorisme et a compris l’importance d’offrir de bons salaires bien avant Henry Ford. Heinz n’a d’ailleurs jamais connu de grève, à une époque où celles-ci étaient nombreuses et sévèrement réprimées.

Chapitre IV : L’auteur explique comment il a réussi à rencontrer un ancien président de la plus grosse société chinoise de production de concentré de tomates. Le résultat est intéressant, mais n’explique que le processus qui a amené la Chine à s’intéresser à la production de tomates, sans plus.

Chapitre V : L’auteur nous parle maintenant de la société italienne Petti. Elle aussi utilise des tomates industrielles pour ses produits courants, mais aussi d’autres tomates notamment bio pour ses produits de luxe.

Chapitre VI : L’auteur explique les différents mouvements d’importations-exportations (et de réexportations) de produits de la tomate entre la Chine, l’Italie et le reste du monde (l’Afrique servant entre autres à écouler les concentrés périmés, voire pourris), en profitant souvent d’une réglementation laxiste ou contournée (notamment par des entreprises gérées par la mafia qui prétendent par exemple que des concentrés chinois qu’elles mettent en conserve sont italiens). J’en profite pour insérer l’image ci-contre qui illustre les mouvements les plus importants de ce commerce.

Chapitre VII : L’auteur raconte l’histoire de la conserve, de l’amélioration des techniques agricoles pour la culture de tomates en Italie, de l’évolution de ses exportations et finalement de l’invention de machines pour accélérer la fabrication de divers produits de la tomate, dont du concentré, machines qui seront ensuite exportées dans de nombreux pays, dont en Chine à partir des années 1990.

Chapitre VIII : Nous visitons dans ce chapitre une usine désaffectée en Chine.

Chapitre IX : L’auteur nous explique que la croissance de la production de tomates en Chine dans les années 1990 s’est réalisée à la suite d’ententes avec des fabricants de machinerie italienne et avec d’autres sociétés italiennes de distribution de tomates pour écouler cette nouvelle production. Mais, les Chinois ont construit trop d’usines et ont dû en détruire quelques-unes, dont celle que nous avons visitée dans le chapitre précédent. L’auteur décrit ensuite le cartel italien qui a alors gonflé pour accaparer une grande partie de la production mondiale et pour permettre les magouilles présentées dans les précédents chapitres. La croissance de la production chinoise a aussi été entourée d’irrégularités (camps de travail, pots de vin, etc.). Au bout du compte, la Chine est devenue le plus grand exportateur mondial de tomates industrielles dans les années 2000 et le deuxième producteur (derrière les États-Unis) à égalité avec l’Italie.

Chapitre X : L’auteur se penche plus à fond sur la croissance de la société transnationale Heinz. Il raconte comment elle a su profiter de ses liens avec le parti républicain et des interventions d’anciens politiciens, comme Henry Kissinger, pour favoriser ses investissements en Chine et en Afrique (notamment au Zimbabwe du dictateur Robert Mugabe). Il poursuit en relatant les nombreux scandales de rappels de pots de nourriture pour bébés Heinz produits en Chine depuis au moins 10 ans, alors qu’on a retrouvé des traces de mélamine dans ses produits, puis d’autres fois du mercure et enfin du plomb.

Chapitre XI : Nous visitons cette fois une des plus grosses usines de première transformation de tomates. Même si la production dans ses trois usines équivaut à celle de la Chine, la société Morning Star de Californie n’embaucherait que 400 employé.es! L’auteur présente diverses innovations qui ont permis ce niveau d’automatisation inégalé ailleurs (pour l’instant!).

L’auteur raconte ensuite que la culture de la tomates (et d’autres produits) a été marquée en Californie par le quasi-esclavage des ouvriers, d’abord autochtones, puis chinois (immigrés à l’origine pour construire le chemin de fer), japonais et mexicains. Ce n’est que lorsque John Kennedy mit fin en 1963 au programme qui permettait aux propriétaires de disposer d’une main-d’œuvre immigrante presque infinie pour remplacer les ouvriers plus revendicateurs que les conditions de travail se sont un peu améliorées. Mais cela n’a pas duré, car les propriétaires ont alors investi pour développer une tomate qui pouvait être récoltée par des machines (avant cela, les machines écrapoutissaient les tomates), la tomate d’industrie. Dès 1970, 98 % de la récolte était automatisée, avec seulement quelques employé.es pour compléter le travail de la machinerie et pour vérifier son fonctionnement.

Chapitre XII : L’auteur revient plus en détail sur le commerce de tomates en conserve en Afrique. Vendu comme italiennes (car mis en conserves en Italie…), ces produits sont en fait du concentré chinois transformé. D’ailleurs, les Chinois ont fini par se passer de leurs intermédiaires italiens pour transformer eux-mêmes leur concentré, le mettre en conserve et le vendre en Afrique.

Chapitre XIII : L’auteur nous fait visiter une conserverie chinoise, beaucoup moins moderne que l’usine californienne visitée il y a deux chapitres. Elle compte beaucoup plus de travailleurs, mais ceux-ci doivent endurer des conditions de travail très difficiles (chaleur, bruit, plancher glissant, etc.), avec des mesures de sécurité minimales.

Chapitre XIV : Se faisant passer pour un négociant qui veut exporter des conserves de concentré de tomates en Afrique lors d’un Salon international de l’alimentation (SIAL) tenu à Paris, l’auteur fait avouer à des représentants chinois qu’ils coupent leur concentré avec de l’amidon ou du soya ou de la poudre de carottes, ou… On lui propose même parfois de les couper davantage pour faire baisser les prix! Ainsi, selon l’auteur, il ne resterait souvent que le tiers de concentré de tomates dans les conserves les moins chères et guère plus de 50 % dans les plus chères!

Chapitre XV : L’auteur nous amène dans ce chapitre au Ghana. Anciennement gros producteur et transformateur de tomates, il n’en produit plus seulement que pour en vendre au marché. Ce recul est à la fois dû à des événements politiques (ajustements structurels, renversements politiques menés par la CIA, etc.) et à l’envahissement de ce marché par les concentrés (coupés…) chinois.

Chapitre XVI : Ce ne fut pas mieux au Sénégal. Autre pays avec une industrie vigoureuse de la tomate, le Sénégal a aussi subi les conséquences néfastes des ajustements structurels et du dumping chinois de concentré de tomates. L’auteur nous montre que la quasi disparition de cette industrie n’est pas étrangère avec la vague d’immigration africaine en Europe (surtout en Italie) par la Méditerranée et avec les nombreuses morts qu’elle entraîne.

Chapitre XVII : L’auteur nous fait maintenant voir des ghettos du sud de l’Italie, dans les Pouilles. On y trouve de nombreux Africain.es qui ont survécu à leur traversée de la Méditerranée et qui sont exploité.es par les «caporaux» mafieux de l’industrie agricole, notamment pour la récolte des tomates. Non seulement leurs salaires sont ridicules, mais il est amputé des frais de logement (des baraques sans eau courante!) et de transport pour se rendre des ghettos aux champs (!!). Et, bien sûr, les autorités regardent ailleurs. Ce chapitre est étrangement un des plus durs du livre, la vie de ces ouvriers étant encore plus misérable que celle des paysans africains ou chinois.

Chapitre XVIII : L’auteur retrace l’histoire des «caporaux» mafieux qui se sont imposés bien avant l’arrivée de l’immigration illégale. Ils contrôlent donc depuis des décennies (son récit commence vers 1920) la main-d’œuvre agricole de l’Italie.

Chapitre XIX : Dans ce dernier chapitre, l’auteur visite une usine ghanéenne dans laquelle on produit des conserves pour l’ancien président de la plus grosse société chinoise de production de concentré de tomates rencontré au chapitre IV. Sans jeu de mots, on atteint ici le fond du baril, les concentrés utilisés étant carrément pourris avant même d’être mis en conserve.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce livre est un véritable concentré de capitalisme mondialisé juteux! On n’en saura jamais assez sur les multiples facettes de l’exploitation des humains par d’autres sapiens… Même si j’ai des réserves envers le style journalistique, surtout que l’auteur cite rarement ses sources et fournit parfois des données douteuses ou que je sais carrément fausses (totaux qui ne balancent pas, secteur financier qui accaparerait 46 % du PIB des États-Unis, etc.), ce livre se lit très bien. En plus, je dois avouer que je ne connaissais pas grand-chose du commerce de la tomate d’industrie et des magouilles qui l’entourent. Que des capitalistes trompent leur clients sur la nature et l’origine des produits qu’ils vendent n’est pas étonnant, c’est même classique, mais qu’ils fournissent de la nourriture qu’ils savent avariée à leurs clients atteint un autre sommet du capitalisme sauvage. En plus, les notes sont en bas de page!

L’amour éternel des gros chars

3 novembre 2017

Dans le dernier billet que j’ai rédigé sur les gros chars, je n’ai pu que conclure que, même si le prix de l’essence peut parfois influencer le choix entre l’achat d’une voiture particulière et celui d’un véhicule utilitaire sport (VUS), l’amour des gros chars augmente année après année tant chez les Québécois.es que chez les autres Canadien.nes. Maintenant que plus d’un an s’est écoulé depuis la parution de ce billet, il est temps de vérifier si la tendance à la hausse des ventes de VUS a ralenti ou s’est maintenue.

Comme à l’habitude, je vais me servir des données du tableau cansim 079-0003 de Statistique Canada pour examiner les tendances à moyen et à long termes des ventes de camions (catégorie qui comprend, selon la note 3 de ce tableau, «les mini-fourgonnettes, les véhicules utilitaires sport, les camions légers et lourds, les fourgonnettes et les autobus») et de voitures particulières. Puis, j’examinerai si ces tendances varient d’une province à l’autre et finalement l’évolution de la provenance des camions et des voitures particulières.

Tendance à long terme

Le graphique qui suit montre la tendance annuelle à long terme de la proportion de camions dans les ventes de véhicules neufs au Québec (ligne rouge) et dans le reste du Canada (ligne bleue). On voit que cette tendance haussière n’a connu que quelques interruptions depuis 1981 (à la fin des années 1980, de 1999 à 2008 et en 2012 au Québec), mais que cette proportion a toujours été nettement plus élevée dans le reste du Canada qu’au Québec, soit d’entre neuf (en 1986) et 17 (en 2014) points de pourcentage, selon les années. Au bout du compte, cette proportion a augmenté de respectivement 42 et 44 points de pourcentage dans le reste du Canada et au Québec entre 1981 et 2016, soit de 27,5 à 69,5 % dans le reste du Canada (une hausse de plus de 150 %) et de 13,2 à 57,3 % au Québec (une hausse de 330 %!).

Plus troublant encore, les deux hausses annuelles les plus importantes depuis 35 ans ont eu lieu au Québec au cours des deux dernières années, des hausses de 5,3 points en 2015 et de 5,7 points en 2016, ce qui a ramené l’écart avec le Canada de 17,4 points en 2014 à 12,2 points en 2016. Bref, alors qu’on pouvait penser que la tendance à la hausse s’était calmée en constatant la relative stabilité de cette proportion entre 2010 et 2014, loin de s’amoindrir, l’amour des Québécois.es pour les gros chars s’est intensifié en 2015 et en 2016 et cela, au rythme le plus élevé de son histoire. D’autres données, dont celles du tableau cansim 079-0004, montrent que cette tendance touche surtout les ventes de camions légers (qui représentaient 97,3 % du nombre de camions vendus au Québec et au Canada en 2016), dont celles des véhicules utilitaires sport (VUS).

Tendance à moyen terme

Le graphique qui suit montre le même genre de données, mais par mois entre le premier janvier 2010 et le dernier mois pour lequel des données sont disponibles, soit août 2017 (donnée diffusée il y a un peu plus de deux semaines par Statistique Canada).

Ce graphique ne permet pas seulement d’observer des données plus récentes (soient celles de janvier à août 2017), mais fait ressortir les tendances de court terme et saisonnières. On peut d’ailleurs constater plus clairement que dans le graphique précédent que la tendance à la hausse de la proportion de camions dans les ventes de véhicules neufs s’est considérablement ralentie de 2010 à 2014 au Québec, mais qu’elle a soudain repris de la vigueur depuis la fin 2014. On voit aussi que la tendance a été bien plus régulière dans le reste du Canada. Cette proportion a même dépassé au Québec la barre des 65 % en décembre 2016, alors qu’elle n’avait même jamais atteint 55 % avant 2015. Et les données des huit premiers mois de 2017 surpassent ceux des huit mois correspondants de 2016 par entre 1,3 et 4,5 points de pourcentage, et cela même si le prix de l’essence a été en moyenne 0,10 $ plus élevé par litre au cours de ces huit mois.

Tendances par province

C’est bien beau de comparer le Québec avec le reste du Canada, mais je me suis dit qu’il serait intéressant de savoir dans quelles provinces les gros chars sont les plus populaires et dans lesquelles cette popularité a le plus augmenté. Comme un graphique avec dix lignes serait illisible, j’ai plutôt choisi de ne présenter que les données des années de départ et d’arrivée du premier graphique, soit 1981 et 2016.

Ce graphique permet de constater que la tendance des dernières décennies fut semblable dans toutes les provinces. Cela dit, on peut remarquer que c’est au Québec que la proportion de camions dans les ventes de véhicules neufs était la plus faible à la fois en 1981 et en 2016 (ce qui ne me console pas vraiment). Sans surprise, c’est en Saskatchewan et en Alberta que cette proportion était la plus élevée au court de ces deux années, et en fait, au cours de chacune des 35 années de cette série, s’échangeant toutefois le premier rang de temps en temps. Mais, avec des taux de 82,2 % et 78,7 % en 2016, il est clair que ces proportions ne pourront plus augmenter autant à l’avenir! Cette limite commence d’ailleurs à se faire sentir, car ces provinces se sont classées aux deuxième (37 points de pourcentage) et troisième (41 points) rangs (derrière la Colombie-Britannique avec 34 points) de celles où la hausse fut la plus basse entre 1981 et 2016. À l’inverse, ce fut en Ontario (48 points), au Manitoba (45 points) et au Québec (44 points) que cette proportion a le plus augmenté.

Pays de provenance

Tant qu’à explorer les données du tableau cansim 079-0003 que je n’avais jamais regardées auparavant, pourquoi ne pas jeter un coup d’œil sur la provenance des véhicules neufs? Le graphique qui suit présente justement l’évolution de la proportion des voitures particulières (ligne rouge) et des camions (ligne jaune) dans les ventes de véhicules neufs au Québec provenant de l’Amérique du Nord. Malheureusement, les données ne permettent pas plus de précision sur la région de provenance des véhicules (qui sont, de toute façon, de plus en plus rarement construits dans un seul pays). Cela dit, ce graphique nous permet de voir que plus de 90 % des camions vendus au Québec de 1994 à 1996 avaient été fabriqués en Amérique du Nord (avec un sommet de 94,0 % cette année-là, ce qui veut dire que seulement 6,0 % de ces camions avaient été fabriqués ailleurs). Cette proportion a ensuite diminué graduellement pour atteindre 75,6 % en 2016. Cette baisse peut sembler faible, mais cela veut dire que la proportion de camions fabriqués ailleurs est passée de 6,0 % en 1996 à 24,4 % en 2016, proportion quatre fois plus élevée! Il semble donc que les fabricants de l’Amérique du Nord ont perçu plus rapidement l’engouement pour les gros chars (engouement qu’ils ont sûrement contribué à créer) que ceux des autres pays.

La ligne rouge présente sensiblement la même tendance que la jaune, montrant que la proportion de voitures particulières fabriquées en Amérique du Nord a diminué quelque peu en début de période, a augmenté fortement par la suite pour atteindre 83 % en 1996, pour diminuer régulièrement pour connaître son niveau plancher de 49 % en 2010, pour finalement terminer cette période à 63 % en 2016. Il semble donc clair qu’il s’est passé quelque chose vers le milieu des années 1990, mais je ne connais pas assez le marché des véhicules automobiles pour tenter une explication…

Et alors…

Que conclure de ces résultats? Ils confirment encore une fois, mais avec encore plus d’ampleur, que rien ne peut entamer l’amour des gros chars des Québécois.es et des autres Canadien.nes, ni l’environnement ni les désastres climatiques dus au réchauffement climatique ni même le prix de l’essence. Seule une intervention musclée des gouvernements pourrait peut-être freiner ou même inverser cette tendance. Mais, jamais ceux qu’on a actuellement n’auront le courage de penser à la qualité de vie des générations suivantes plutôt qu’à la satisfaction de la consommation ostentatoire des adultes actuels. Il faudrait penser à les changer (les gouvernements, pas les adultes…)! Malheureusement, les électeurs et électrices qui pourraient le faire sont les mêmes personnes qui sont en amour avec les gros chars!