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Les importations de pétrole au Québec

23 mars 2016

pétroleAvec les affirmations intempestives du premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, sur le fait que les Québécois qui reçoivent de la péréquation grâce aux autres provinces canadiennes «utilisent du pétrole de n’importe quel autre pays que le Canada» (notamment «de l’Irak, de l’Algérie, de l’Arabie Saoudite, du Venezuela et des États-Unis») et qui osent poser des questions avant d’accepter le passage du pipeline Énergie Est de TransCanada, mon billet datant d’un peu plus d’un an sur les importations du Québec et du Canada a eu un important regain de popularité. Cela me réjouit et me gêne en même temps, car je ne sais pas si les données que j’ai présentées sont encore pertinentes compte tenu de la forte baisse du prix du pétrole. J’ai donc pensé que ce serait une bonne idée de mettre à jour ce billet et de le compléter avec des données sur les importations interprovinciales.

Les importations internationales

Le graphique qui suit présente la proportion des importations internationales de pétrole du Québec provenant des plus importants pays fournisseurs de 2013 à 2015, selon les données de Statistique Canada compilées par Industrie Canada sur le site des Données sur le commerce en direct. Pour ce, j’ai utilisé les données pour l’industrie «Extraction de pétrole et de gaz» (code SCIAN 211). Notons que ces données ne tiennent pas compte des importations provenant des autres provinces canadiennes.

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Ce graphique montre que, si la répartition des importations de pétrole par le Québec par pays de provenance a changé de façon spectaculaire entre 2013 et 2014, ce changement fut minime entre 2014 et 2015. Alors que seulement 8,4 % de la valeur de ses importations de pétrole venait des États-Unis en 2013, c’était le cas de 52,4 % de celles-ci en 2014 et de 54,1 % en 2015 (et même de 64,0 % en janvier 2016)! Ce sont les importations en provenance du Kazakhstan (baisse de 15,5 points de pourcentage), de l’Algérie (10,8 points), de la Norvège (7,0 points) et du Royaume-Uni (5,8 points) qui ont le plus diminué. On remarquera en outre une légère hausse de la part des importations en provenance du Nigéria, de l’Algérie et de la Norvège en 2015, mais sans que cela modifie le portrait d’ensemble.

Le graphique suivant montre l’évolution de la part des importations de pétrole au Québec dans les cinq pays mentionnés par M. Wall.

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Si M. Wall a visé juste en parlant des États-Unis (ligne bleue), mais seulement de 2013 à 2015, et, dans une moindre mesure, de l’Algérie (ligne rouge vin), il est totalement dans l’erreur dans le cas des trois autres pays qu’il a mentionnés. En effet, le Québec n’a pas importé un seul baril du Venezuela (ligne rouge) depuis 2010 (mais très peu, même s’il en faisait venir davantage de 1994 à 2002), de l’Irak (ligne jaune, difficile à voir, car cachée la plupart des années par la ligne verte) depuis 2010 aussi (en fait, il n’en a acheté qu’en 2002 et de 2007 à 2010, et jamais plus de 1,0 % de ses importations totales) et de l’Arabie saoudite (ligne verte) depuis 2006 (jamais plus de 2,0 % de ses importations totales, taux atteint en 1994 seulement). Bref, dans le cas du Québec, M. Wall ne semble pas avoir pris la peine de s’informer avant de faire ses déclarations incendiaires.

Les importations en provenance des provinces canadiennes

En rédigeant le billet précédent sur ce sujet, je n’avais pas trouvé de source postérieure à 2012 sur les importations de pétrole en provenance des provinces canadiennes. Depuis, j’ai pris connaissance de l’existence de deux tableaux cansim de Statistique Canada qui fournissent des données à ce sujet. Le graphique qui suit a été réalisé avec le tableau 126-0001. Il présente l’évolution de la proportion des importations totales de pétrole par le Québec (interprovinciales et internationales) qui proviennent du Canada.

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On peut voir que les provinces canadiennes ont comblé moins de 5 % des besoins en pétrole du Québec de 1992 à 2001. Les 14 années suivantes, cette proportion a varié entre 6 % et 12 % pour terminer la période à 8 % en 2015. Cela pourrait donner raison en partie au discours de M. Wall, quand il affirme que les Québécois «utilisent du pétrole de n’importe quel autre pays que le Canada». Par contre, ce que ne laisse pas voir ce graphique, cette proportion a soudainement atteint plus de 50 % en décembre 2015 (mais 47 % avec les données de l’autre tableau cansim que j’ai découvert récemment, le 134-0001, proportion moins élevée, mais tout de même en forte hausse sur les taux des mois précédents), ce qui ne s’était pas vu depuis avril 1986 selon le tableau 126-0001 et depuis mai 1986 selon tableau 134-0001! Or, ce mois de décembre 2015 est celui qui a suivi l’entrée en fonction de la canalisation 9B d’Enbridge, le 30 novembre 2015. Comme ce pipeline fonctionne toujours, on peut s’attendre à ce que cette proportion se maintienne ou même augmente au cours des prochains mois et des prochaines années.

Le tableau 134-0001, bien que présentant des données incomplètes de 2013 à 2015, fournit d’autres précisions sur l’évolution des importations interprovinciales de pétrole. Ainsi, on y apprend (en recoupant parfois ces données avec celles du tableau cansim 126-0001) que les importations de pétrole canadien du Québec provenaient toutes de l’Ouest canadien de 1973 à 1997 (sauf en 1992), soit avant l’exploitation des sables bitumineux, toutes de l’Est canadien de 1998 à 2012, donc de Terre-Neuve (sauf en 2009, année où 5 % de ce pétrole provenait de l’Ouest), puis encore en majorité de Terre-Neuve en 2013 et 2014, et toutes de l’Ouest canadien d’avril à décembre 2015. Le fait que ce changement soit survenu avant l’entrée en fonction de la canalisation 9B d’Enbridge peut sembler étrange, mais il faut se rappeler que Suncor acheminait «du pétrole lourd de l’Ouest par train jusqu’à la raffinerie de Montréal depuis décembre 2013».

Et alors…

Il serait bien sûr imprudent de conclure sur la base de données sur un seul mois, surtout que les données des deux tableaux cansim que j’ai utilisés pour la deuxième partie de ce billet sont incomplètes et ne concordent pas parfaitement de 2013 à 2015 (même si elles présentent les mêmes tendances). Mais, comme ce mois correspond justement au premier mois de fonctionnement du pipeline d’Enbridge et que le volume d’arrivages total (importations interprovinciales et internationales) en décembre 2015 fut même plus élevé que lors des mois précédents ou que lors du mois de décembre 2014 (ce qui montre que les données de ce mois sont tout de même crédibles), elles semblent montrer un phénomène réel, même si on devra attendre les prochaines données pour pouvoir estimer avec plus de précision l’ampleur de ce revirement. Et, on notera que le flux de pétrole passant dans ce pipeline a été interrompu à quelques reprises en décembre dernier. Il est donc possible, sinon probable, que le volume de ses livraisons augmente au cours des prochains mois.

Si la tendance du mois de décembre 2015 se maintenait ou même s’accentuait, cela signifierait que le discours complet de M. Wall, et non seulement la partie de son discours qui repose sur les supposés pays d’où le Québec achète son pétrole, n’aurait simplement plus aucune pertinence. En effet, cela signifierait que le Québec utilise maintenant en majorité du pétrole du Canada (malheureusement…), et beaucoup moins du pétrole «de n’importe quel autre pays»! En plus, si, comme cela semble le cas, le Québec achète déjà la majorité de son pétrole de l’Ouest du pays, le pipeline Énergie Est de TransCanada ne pourrait pas faire augmenter de beaucoup cette proportion, quoi qu’en dise M. Wall. On ne le répétera jamais assez, ce pipeline ne vise pas à approvisionner le Québec (ni le Nouveau-Brunswick), mais bien à exporter le pétrole sale de l’Ouest vers d’autres pays. Et, le pire, c’est qu’il semble que les pétrolières canadiennes ont réussi à nous refiler leur pétrole sale par le pipeline d’Enbridge à un niveau bien plus élevé qu’on ne le pensait (en tout cas, que je ne le pensais). À suivre!

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One Comment leave one →
  1. 15 avril 2016 15 h 21 min

    «Il est donc possible, sinon probable, que le volume de ses livraisons augmente au cours des prochains mois.»

    De fait, même si le tableau cansim 134-0001 (que Statcan a mis à jour ce matin) ne fournit toujours pas de données complètes, celles publiées permettent d’estimer que près de 60 % de l’approvisionnement du Québec en pétrole en janvier 2016 provenait de l’Ouest canadien et 40 % des importations, dont la majorité de celles-ci venaient des États-Unis.

    J'aime

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