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Prisonnier de son passé

9 octobre 2009

Hier soir, j’ai assisté à la projection du documentaire québécois « Questions Nationales » aux locaux de la Société Saint-Jean Baptiste à Montréal.  Je savais fort bien que les membres et sympatisants de cette société n’ apprendraient pas grand chose sur l’historique du mouvement indépendantiste québécois et qu’ils seraient probablement déçus de constater que le film n’en est pas un de promotion, voire de propagande pour le projet d’indépendance du Québec.

On me dit que ce film suscite toujours de bonnes discussions après le visionnement.  À cette activité de la SSJB, on a pu constater que les grands défenseurs de l’indépendance ont cette tendance à porter une grande importance à l’histoire et à formuler de grandes théories qui pourraient expliquer pourquoi le peuple québécois refuse encore de se donner un pays.  Certaines interventions donnaient l’impression que son interlocuteur tentait d’impressionner la salle grâce à une connaissance approfondie du sujet alors que d’autres nous transportaient vers des hymnes poétiques, appelant notre coeur, notre fierté et notre raison à appuyer la naissance du pays.  Si les indépendantistes purs et durs tentent de convaincre les québécois de se joindre à eux pour réaliser l’indépendance, ce n’est pas en utilisant cette approche qu’ils réussiront.  L’ambiance qui règnait à la SSJB me rappelait une réflexion de Noam Chomsky, telle que citée dans un bouquin de Normand Baillargeon:

« Les intellectuels ont un problème: ils doivent justifier leur existence…  La plupart des choses qui sont comprises, à part peut-être certains secteurs de la physique, peuvent être exprimées à l’aide de mots très simples et dans des phrases très courtes.  Mais si vous faites cela, vous ne devenez pas célèbre, les gens ne révèrent pas vos écrits.  Il y a là un défi pour les intellectuels.  Il s’agira de prendre ce qui est plutôt simple et de le faire passer pour très compliqué et très profond.  Les groupes d’intellectuels interagissent comme cela.  Ils se parlent entre eux et le monde est supposé les admirer, les traiter avec respect, etc.  Mais traduisez en langage simple ce qu’ils disent et vous trouverez bien souvent ou bien rien du tout, ou bien des truismes, ou bien des absurdités« . – Entretiens avec Noam Chomsky, N. Baillargeon et D. Barsamian.

J’en ai marre du discours indépendantiste qui s’adresse aux convaincus.  Il est temps pour les forces souverainistes de changer de discours et d’investir leurs énergies à convaincre les québécois de réanimer ce projet inachevé.  En passant, pour eux et celles qui n’ont pas encore vu le film, il sera présenté le 26 octobre prochain au cinéma Beaubien.  La projection sera suivie d’un débat avec Amir Khadir et Jonathan Valois.  Consultez le site de l’Aut’ Journal pour réserver vos billets.

Ajout (14h45): Je ne veux pas laisser entendre que les souverainistes n’apprendront rien de ce film, au contraire.  En plus de découvrir les projets d’indépendance nationale de l’Écosse et de la Catalogne, cet excellent documentaire nous ramène à l’essentiel du débat: pourquoi la majorité des québécois n’est-elle pas prête à se donner un pays?  Ceux qui tiennent à ramener le débat sur la place publique auront tout à gagner à voir ce film qui nous amène à réfléchir sur l’avenir de la démarche indépendantiste.

2 commentaires leave one →
  1. 9 octobre 2009 14 h 11 min

    Je crois aussi que ce projet mérite une profonde relecture. Il est prisonnier d’une vision beaucoup trop passéiste. Ce n’est certes pas en se rappelant des Patriotes qu’on se donne des arguments pour se construire un pays…

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  2. 9 octobre 2009 18 h 40 min

    Je crois que un nombre important de québécois reprendra goût au projet d’indépendance lorsqu’il y aura un autre évènement qui causera une cassure avec le fédéralisme. Un gouvernement conservateur à Ottawa sera peut-être l’élément déclencheur, qui sait?

    Mais de continuellement raviver le passé ne donnera rien. Il faut regarder en avant. Ce documentaire permet d’installer le tremplin. Du moins, je le crois.

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