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Peut-on s’opposer à la hausse sans faire la grève?

30 avril 2012

En regardant les nouvelles sur Facebook ce matin, j’ai lu un de mes «amis» qui conseillait de ne jamais lire André Pratte le matin si on ne veut pas perdre son énergie. J’ai donc suivi son conseil et ne l’ai lu qu’en après-midi! Et, peut-être parce que j’ai suivi son conseil, cela m’a donné l’énergie pour écrire ce billet.

En général, les éditoriaux d’André Pratte sur la grève des étudiantEs sont tellement grossiers qu’il me font plus rigoler qu’autre chose. Mais, me rappelant un article du Devoir où on parlait d’une recherche auprès des parlementaires qui concluait qu’André Pratte est l’éditorialiste le plus influent après Michel David, je me suis dit que je devais faire un effort pour réagir à son éditorial de ce matin. Pas que ça va changer quelque chose, je ne m’illusionne pas, mais ça va faire du bien!

Voici l’objet de sa réflexion profonde de ce matin (en fait, d’hier, j’imagine!).

Minorité?

«Dans les universités, moins d’un étudiant sur trois boycotte ses cours. Enfin, le Québec comptant un million de personnes âgées de 16 à 25 ans, les grévistes constituent moins de 20 % de la jeunesse québécoise. Pourquoi cette minorité devrait-elle dicter les décisions de l’État?»

Mis à part que cette phrase affirme que des grévistes font un boycott et non une grève, incohérence mineure comparée à celles qu’on trouve dans le reste de ce paragraphe et de cet éditorial, elle semble aussi vouloir dire que, pour s’opposer à une mesure, on doit absolument faire la grève! Je m’oppose à cette conclusion, mais je ne ferai pas la grève pour autant!

D’une part, les jeunes qui ne sont pas aux études mais qui s’opposent quand même à la hausse des droits de scolarité risquent de vivre un problème existentiel important s’ils veulent organiser une grève étudiante. D’autre part, d’autres qui sont aux études peuvent très bien s’opposer à la hausse des droits de scolarité sans nécessairement vouloir faire la grève. On peut le déplorer, mais c’est comme ça. Et d’autres voudraient la faire, mais la majorité des étudiantEs de leur établissement (ou de leur département, faculté, etc.) peut avoir décidé de ne pas la faire. D’autres la font sans vouloir la faire pour la raison inverse. Ça s’en vient compliqué…

En fait, pas tant que ça… Si M. Pratte avait vraiment voulu savoir la proportion de jeunes qui s’opposent à la hausse des droits de scolarité, il n’avait qu’à lire le journal! Par exemple, ce sondage de Léger mise-en marché montre à la page 6 que 58 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans (désolé, il manque ceux et celles qui ont 16 et 17 ans…) appuient la position des étudiantEs et 37 % celle du gouvernement.

Un cas isolé? Dans celui-ci, diffusé dans son journal (et je l’invite à le lire), il est écrit : «60% des répondants âgés de 18 à 34 ans se prononcent contre la hausse des droits de scolarité.». Bon, là on a les répondants âgés de 26 à 34 ans qui s’ajoutent, mais ceux-là ont quand même une probabilité plus faible d’être aux études et d’être contre la grève, ce qui fait sûrement diminuer la proportion réelle de jeunes âgés de 16 à 25 ans qui s’y opposent. Pas encore satisfait? Ce dernier sondage indique (encore à la page 6) que 74 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans appuient la position des étudiantEs et seulement 15 % celle du gouvernement. Alors, où sont la majorité et la minorité?

Calculs

Plus loin dans son éditorial, il fait de savants calculs :

«Grâce à l’étalement de la hausse sur sept ans, un jeune qui entreprend l’an prochain ses études de baccalauréat verra ses dépenses de scolarité augmenter d’un total de 1524$ sur trois ans par rapport au niveau actuel, 426$ de moins que sous l’ancien scénario »

Par contre, il passe sous silence le fait qu’un jeune qui commencera ses études en histoire dans sept ans paiera environ 20 000 $ de plus pour obtenir un doctorat. En dollars constants, on parle d’au moins 15 000 $. Ça fait 30 000 fois le 0,50 $ de la ministre… Et cette somme n’a pas diminué avec ce «nouveau scénario».

Et alors…

Au delà de ces arguments faux ou démagogiques, notre sage employé de Gesca et de Power Corporation semble ignorer que le mouvement de grève étudiante puisse avoir des objectifs qui ne sont pas uniquement individualistes et monétaires. C’est aussi, entre autres, le principe de l’utilisateur-payeur, la marchandisation croissante de l’éducation et le mépris du gouvernement envers ses jeunes que cette grève conteste.

Mais, le fait que de jeunes citoyens puissent avoir de tels objectifs autres que bassement individualistes ne semble pas passer par la tête de notre influent éditorialiste…

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12 commentaires leave one →
  1. 30 avril 2012 20 h 21 min

    «on parlait d’une recherche auprès des parlementaires qui concluait qu’André Pratte est l’éditorialiste le plus influent après Michel David«

    Ouai, cela nous donne une bonne idée de la qualité de nos parlementaires.

    Je ne comprends pas qu’ils peuvent donner autant de crédibilité à un trou de cul comme ça.
    Si les parlementaires le trouvent très influent, tout ce que je peux dire c’est qu’ils choisissent très mal leurs influences et par ce fait même ils sont autant trou de cul que lui.

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  2. 30 avril 2012 21 h 15 min

    «Si les parlementaires le trouvent très influent, tout ce que je peux dire c’est qu’ils choisissent très mal leurs influences»

    Écoute, peut-être que l’étude date un peu. Je n’ai jamais aimé ses éditoriaux, mais il s’est nettement empiré depuis une couple d’années.

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  3. 30 avril 2012 21 h 17 min

    Jean-François Lisée aborde aussi cet éditorial, mais d’un angle différent:

    La tyrannie de la minorité

    Moi, j’avais un troisième angle, mais cela demanderait à être peaufiné : peut-on imposer la dictature de la majorité aux minorités?

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  4. youlle permalink
    30 avril 2012 22 h 44 min

    @ Yves

    « «on parlait d’une recherche auprès des parlementaires qui concluait qu’André Pratte est l’éditorialiste le plus influent après Michel David« »

    Ce serait ma conclusion à moi aussi et je ne suis pas trou de cul comme lui. Aussi Chrétien est d’après moi le meilleur politicien que le Québec et le Canada ait connu, environ 45 ans de vie politique et il les a gagnés ses référendums.

    Et voyez-vous si j’avais à fourrer ben raide le Québec c’est ces deux la que je choisirais. La famille power à très bien choisis ses loups et plusieurs en sont satisfaits.

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  5. 1 mai 2012 6 h 41 min

    «Et voyez-vous si j’avais à fourrer ben raide le Québec c’est ces deux la que je choisirais.«

    C’est ce que je disais Youlle, des trous de cul compétent dans leur domaine. Entre vous et moi c’est quand même malheureux que pour certains il soit si influent.

    Chrétien n’a pas gagné tout seul ses référendums alors je ne lui attribue pas tout le mérite. Cependant, une chose de certaine, par ses stratégies pour les gagner il a effacé son parti de la carte.

    Il a beau être un vieux loup expérimenté et intelligent, mais quand je regarde de quoi a l’air le parti Libéral aujourd’hui, je me pose de sérieuses questions.

    Et si pour vous quelqu’un qui vole, trompe, ment, en fait le meilleur des trous de cul, ben là on est d’accord. 😉

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  6. 1 mai 2012 16 h 08 min

    La jugeotte est réputée transmissible de poire en fils.

    Yves Pratte, le père du dédétorrialiste de La Presse, était lui aussi un bon monsieur aux idées planantes. Même qu’il a été Président d’Air Canada (ça, c’est planant!). Et juge à la Cour Suprême.

    Quand ton père a été juge à la Suprime Courte, forcément, t’as d’la jugeotte, puisque la jugeotte, ça se transmet de PAPA en TATA.

    = = =

    les grévistes constituent moins de 20 % de la jeunesse québécoise. Pourquoi cette minorité devrait-elle dicter les décisions de l’État?»

    Quelle est la proportion des Québécois qui ont voté Libéral en décembre 2008, déjà? Ah oui, j’me souviens: 42,08 du vote, 1,366,046 électeurs, sur un total de 5,738,811 électeurs inscrits. Bref, le PLQ de Chean Jarest gouverne le Québec parce que 23,8% des électeurs inscrits ont voté pour lui.
    Source

    Je pourrais toujours ajouter que parmi ces 1366046 électeurs qui ont voté libéral, ils sont même pas trois à l’avoir fait en sachant que le PLQ allait hausser les frais de scolarité en 2012.

    Alors, mon cher Pratte, tu peux retourner à ta bécosse et y préparer ton prochain dédétorrial.

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  7. 1 mai 2012 17 h 44 min

    « Bref, le PLQ de Chean Jarest gouverne le Québec parce que 23,8% des électeurs inscrits ont voté pour lui.»

    C’est aussi une bonne comparaison! Comme celle de Martine Desjardins qui a soulevé que les libéraux votent à main levée durant leurs congrès…

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  8. youlle permalink
    1 mai 2012 17 h 54 min

    @ Yves

    « Il a beau être un vieux loup expérimenté et intelligent, mais quand je regarde de quoi a l’air le parti Libéral aujourd’hui, je me pose de sérieuses questions. »

    Dans vos questions, si vous vous posiez les suivante:

    Se pourrait-il qu’il ait fait d’une pierre deux coups?

    Se pourrait-il que certains influents s’entendand très bien avec Harper voulaient se débarrasser du parti libéral?

    Avec quelles institutions ou entreprises Crétien a-il des liens étroits?

    Mon avis à moi: Crétien n’était pas assez cave pour agir sans mettre son parti dans la dèche.

    Et Martin lui. Ce dernier déclenche une enquête à son désavantage mettant au pouvoir Harper avec lequel la famille power s’entend très bien. Trop niais?

    Mais de qui Martin a obtenu sa flotte de bateaux?

    Maudit hasard!

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  9. 2 mai 2012 7 h 05 min

    @ Papitibi

    «parce que 23,8% des électeurs inscrits ont voté pour lui.»

    Un lecteur du Devoir va plus loin que vous, il arrive à 17,6 %!

    Une minorité tyrannique?

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  10. barefootluc permalink
    2 juin 2012 8 h 55 min

    « «on parlait d’une recherche auprès des parlementaires qui concluait qu’André Pratte est l’éditorialiste le plus influent après Michel David«

    Ouai, cela nous donne une bonne idée de la qualité de nos parlementaires.

    Je ne comprends pas qu’ils peuvent donner autant de crédibilité à un trou de cul comme ça. » [Yves]

    Probablement qu’ils ne savent pas qu’il a son emploi grâce à ses liens sanguins? 8;-)

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  11. barefootluc permalink
    2 juin 2012 9 h 07 min

    « Yves Pratte, le père du dédétorrialiste de La Presse, était lui aussi un bon monsieur aux idées planantes. Même qu’il a été Président d’Air Canada (ça, c’est planant!). Et juge à la Cour Suprême. » [papitibi]

    Détail important:
    « Il est le fils d’Yves Pratte, un conseiller de Paul Desmarais et ancien membre du conseil d’administration de Power Corporation »
    [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Pratte ]

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